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La nouvelle droite

Herwig Lerouge

— 17 décembre 2018

Ico Maly découvre le dénominateur commun de Trump, du FN, de l’AfD, de l’alt-right et de la N-VA. Inquiétant et indispensable pour la compréhension de la montée de l’extrême droite.

Comment se fait-il que ce soit précisément dans les pays où aussi bien les citoyens que les hommes politiques se donnent pour des parangons de la démocratie qu’apparaissent le plus nettement de fortes tendances antidémocratiques ? Comment se fait-il qu’une bonne partie de ce que le Vlaams Blok déclarait dans les années 1990 est proclamé aujourd’hui comme s’il s’agissait de grandes vérités disant de quoi il retourne exactement et remettant les points sur les i ? Comment se fait-il que le nationalisme connaisse une telle montée ? Peut-on taxer de fascisme light les forces sous-tendant la campagne de Trump ? Existe-t-il un danger de percée de forces ouvertement fascistes ? Dans son dernier livre, Nieuw Rechts, le spécialiste de la culture Ico Maly nous explique ce qu’il en est réellement.

Ico Maly est un spécialiste de la culture ; il enseigne les médias numériques et la politique à Tilburg University. Son dernier ouvrage Nieuw Rechts (La nouvelle droite) a été publié récemment aux éditions EPO. Plus tôt, il avait déjà publié N-VA: Analyse van een politieke ideologie (La N-VA : Analyse d’une idéologie politique). Il est également rédacteur en chef de diggitmagazine.com

Pour Maly, Trump n’est pas simplement un phénomène américain, mais un avatar de la tradition du courant européen hostile aux Lumières. Il renvoie à des évolutions similaires, un peu partout dans le monde, entre des courants qui ne sont pas tout à fait sur la même ligne mais qui, par les réseaux virtuels transnationaux de la nouvelle droite, constituent néanmoins un conglomérat. Ainsi, on perçoit les liens entre la montée de Trump, la N-VA de De Wever et Francken, le Brexit, le succès de Wilders, Baudet, de l’Alternative für Deutschland et du Front national en France.

Maly ne fait pas de prédictions mais veut comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Il décrit comment la percée des médias sociaux et de la numérisation ont été d’une importance déterminante dans ce phénomène. C’est pourquoi il décortique les algorithmes et écume le net en quête de trolls, de mèmes et de l’alt-right. Le livre fournit une image exceptionnellement révélatrice et inquiétante de la montée de la nouvelle droite. Il s’agit aussi d’un appel urgent à ne plus attendre et à mettre sur pied un contre-mouvement vraiment adapté à notre époque.

Le populisme néolibéral et nationaliste de Trump

Dans les médias traditionnels, Trump, Wilders et consorts sont généralement qualifiés de « populistes ». Maly ne rejette pas le terme, mais l’interprétation antidémocratique qu’on lui confère souvent, tant à gauche qu’à droite. Selon Maly, le populisme n’est pas une idéologie, mais un « cadre auquel doivent souscrire une multiplicité d’acteurs ». Le populisme suppose une certaine connaissance des revendications ou besoins du peuple (ou, du moins, d’une partie du peuple) et quelqu’un qui prétend parler au nom de ce même peuple. Le populiste doit passer pour authentique mais il a également besoin d’une infrastructure qui transmettra son message à ce peuple. Le populisme ne concerne pas seulement l’apport, mais aussi ce que le public et les médias font du message du populiste. Aujourd’hui, en cette ère numérique, ce n’est que dans une mesure restreinte que les hommes politiques font du populisme. Des millions de citoyens et même des algorithmes reproduisent le discours politique. Pour Maly, le discours de Trump est du « populisme sorti du manuel » et il va même jusqu’à établir la comparaison entre son discours et Mein Kampf.

La percée des médias sociaux a été d’une importance déterminante pour la montée de la nouvelle droite.

À l’instar d’Hitler, Trump bénéficie d’un terrain fertile, en une période succédant à une crise économique, dans une situation où, sur le plan mondial, les États-Unis risquent de perdre leur hégémonie et leur statut de greatest nation on earth, de la même façon que l’Allemagne qui, après 1918, avait souffert de sa défaite humiliante. Une partie de la population qui, voici vingt ans, connaissait une certaine prospérité, peuple désormais les poor whites, de la même façon que la classe moyenne allemande avait été ruinée par la crise de 1929, avec comme conséquence un avenir d’une incertitude sans précédent. Trump joue avec l’idée que les États-Unis sont en déclin (infrastructures, chômage…) – Clinton le niait – et doivent retrouver leur grandeur. Il doit à nouveau y avoir des emplois, et de bons emplois comme à l’époque où l’Amérique était encore « grande ».

Du fait que la classe ouvrière allemande se montrait très hostile au capitalisme, Hitler devait intégrer une composante anticapitaliste à l’image de l’ennemi et, en même temps, créer un sentiment national chez les travailleurs. L’ennemi, c’étaient le capital financier juif d’une part – mais pas l’allemand – et, d’autre part, les socialistes et les communistes qui, par la lutte des classes, semaient la division dans la nation allemande et empêchaient ainsi le pays de retrouver sa grandeur. Pour Trump, l’ennemi, c’est l’élite, ceux qui, par le mondialisme, « ont transféré nos emplois vers l’étranger, ont conclu de mauvais accords commerciaux et ont ouvert les frontières à de mauvais immigrants venus de pays où femmes et homosexuels sont maltraités » ou qui « violent nos femmes », comme les Mexicains et les noirs. Ceux-ci sont alors mis en opposition « aux personnes qui séjournent ici légalement ».

Avec le peuple, Trump va chasser cette élite cosmopolite de la Maison-Blanche. Ce ne sera pas facile, car cette élite reçoit le soutien des média et de grand capital. Par le peuple, Trump entend ici « la communauté avec les mêmes valeurs », l’Amérique de nos grands-parents. Bref, il s’agit ici de l’Amérique de l’homme blanc. C’est la gauche qui a détruit l’Amérique et les vieilles valeurs américaines doivent donc être rétablies. Trump craint explicitement le racisme. Il ne parle jamais explicitement de la race blanche, mais il est clair pour tout le monde, y compris l’extrême droite, que son peuple est l’Amérique blanche. C’est pourquoi il a également invité le Ku Klux Klan à voter pour lui.

Les trolls et le populisme algorithmique

Un populiste doit se profiler comme un homme du peuple et le peuple doit adopter son message et le diffuser. Dans le passé, un homme politique dépendait des médias traditionnels et de campagnes publicitaires très onéreuses. Les médias numériques ont désormais un impact essentiel sur le débat de société et la politique. On ne peut le sous-estimer. Maly montre très bien comment les populistes utilisent les nouvelles technologies et les médias numériques.

L’activisme en ligne a entre autres contribué à faire passer l’idée que Trump représente la voix du peuple. La lutte de Trump contre la « presse politiquement correcte », vendue à l’élite, est même devenue l’un des thèmes principaux destinés à le profiler solidement comme l’homme du peuple. Il a négligé et ridiculisé les médias et c’est par des tweets qu’il communique directement avec sa base. Le mouvement de soutien à Trump n’était pas uniforme, mais allait de la nouvelle droite aux médias et plates-formes néonazies des plus brunes.

L’enjeu est de dégager les traits généraux du fascisme dans chaque contexte historique. C’est ce que fait Maly en cette époque du numérique.

Nous savons entre-temps qui est Steve Bannon, devenu depuis conseiller – éphémère – de Trump. Il était rédacteur en chef du site d’extrême droite Breitbart et était connu pour son racisme et son islamophobie. Breitbart est l’un des principaux porte-parole, sinon le plus radical, de l’alt-right, un réseau de médias numériques mais aussi d’éditeurs, de comités de spécialistes et de plates-formes comme 4chan et The Daily Stormer. L’alt-right prône le nationalisme blanc, le déterminisme culturel (l’emploi du mot « racial » est hors de question), l’inégalité culturelle, sociale et entre les genres1, la domination autoritaire et l’idée d’un Occident en déclin. Pour l’alt-right, la démocratie n’est possible que rivée à un socle linguistique et ethnoculturel homogène. La résurrection, la lutte pour retrouver la grandeur de l’Amérique, est une lutte pour ces idéaux. Par ailleurs, il y a encore The Daily Stormer (d’après Der Stürmer, le journal du NSDAP), aujourd’hui le médium le plus populaire de l’extrême droite aux États-Unis. Pour ces néonazis, Breitbart et l’« alt-right » ne sont pas assez radicaux. Ce conglomérat a contribué à l’installation au pouvoir de Trump, surtout via sa propagande numérique, son agitation, son organisation et ses collectes de fonds. Avec la personnalisation et la commercialisation d’internet et à l’aide de banques de données très chères à l’achat, la campagne de Trump a pu s’adresser à chacune de ces bulles d’extrême droite en recourant chaque fois à un langage approprié.

La montée des nouvelles technologies a abouti à un grand nombre d’algorithmes qui déterminent ce qu’on nous donne à voir quand nous nous servons de Google, mais aussi ce qu’on veut bien ou ne veut pas nous montrer lorsque nous ouvrons Facebook. Comme nulle autre, les campagnes en faveur de Trump ont mis sur pied une campagne profondément mûrie qui allait impliquer en ligne tous ses partisans, jusqu’à ceux d’extrême droite, tandis que l’autre camp allait être plongé dans le doute.

Le succès de la campagne de l’alt-right doit donc s’expliquer par la convergence entre les idéologues d’extrême droite et les jeunes activistes de l’Internet. Ils ont structuré une armée de trolls, de jeunes activistes isolés, souvent instables. Ils ont assuré une production de masse de mèmes racistes, souvent emballés d’humour. Une grenouille issue du monde de la caricature, Pepe the Frog, refondue en symbole nazi, est devenue un élément central de leur campagne de soutien à Trump. Les plates-formes numériques de l’alt-right travaillent également avec des robots qui envoient, retweetent, likent et collectent des dizaines de milliers de messages. Au nom de la « liberté d’expression », ils recourent à la violence verbale pour s’en prendre aux transgenres, aux migrants et à la gauche politiquement correcte. Certains sites de l’alt-right, qui soutenaient Trump, comme celui de Milo Yiannopoulos, ont plus de deux millions de fans. S’il désigne une cible sur son mur Facebook, ses disciples passent alors à l’action. Les personnes qui osent critiquer Breitbart et, par extension, l’alt-right et Trump, seront victimes de ses troupes de choc numériques. Les gens sont attaqués par une déferlante apparemment interminable d’antisémitisme, de haine et de menaces de mort.

Par toute une série d’algorithmes informatiques et cette même culture des trolls, ils ont créé une réalité fictive, un peuple fictif. Ce peuple, Trump s’en est servi ensuite pour faire passer son propre programme et il a déclaré qu’il s’occupait de « ce que veut le peuple ». En ne cessant de répéter cette fiction, elle finit par passer pour vraie et on décroche des victoires électorales. Ico Maly qualifie ce programme de « populisme algorithmique ».

Le grand problème devient ainsi le glissement dans la façon dont nous réfléchissons à la démocratie, dit Maly. Les hommes politiques vont tenir compte de plus en plus de cette prétendue « voix du peuple ». Ils se mettent de plus en plus en quête de cette opinion publique artificielle. Ceux qui, par les stratégies médiatiques nécessaires, peuvent s’arranger pour orienter cette « voix du peuple », ont beaucoup de pouvoir. Quant aux préoccupations réelles des gens, on peut alors les ignorer tout simplement. Ici, Maly passe toutefois un peu vite sur la façon dont les médias traditionnels et autres comités de spécialistes continuent eux aussi à créer un peuple, une opinion publique. Depuis des décennies, eux aussi confisquent la démocratie. Même s’il est vrai que de nouveaux médias proposent aujourd’hui un espace pour diffuser largement la propagande d’extrême droite jusqu’il y a peu encore bannie des médias traditionnels.

Le fascisme numérique

Au cœur du discours néo-droitier de Trump bouillonne un nouveau fascisme numérique américain, déclare Maly. À juste titre, il explique que cela se passe dans un tout autre contexte que le fascisme du 20e siècle. Les divers aspects du fascisme sont historiquement définis. Il n’y a pas aujourd’hui de parti fasciste comparable aux nazis allemands. Même dans les années trente du siècle dernier, il n’existait pas de modèle de fascisme. À l’époque, comme l’a étudié fort à propos l’historien allemand Kurt Gossweiler, le fascisme avait également revêtu des formes diverses, à la suite de circonstances historiques, économiques et politiques différentes.2 L’Allemagne et l’Italie étaient des régimes fascistes déclarés qui avaient été mis en place avec un mouvement de masse. Dans d’autres pays, il avait été imposé par en haut à la suite d’un coup d’État ou par une fascisation progressive. En certains endroits, il s’agit d’une dictature terroriste, dans d’autres, les partis d’opposition finissent par être de nouveau admis.

Les troupes de choc du fascisme digital ne dépendent pas de leur Grand Leader.

Il est question, dans chaque contexte spécifique, de dégager les traits généraux du fascisme. Et c’est ce que fait Ico Maly en cette époque du numérique. Aujourd’hui, l’espace numérique est un important domaine pour l’action politique, où se développent des mouvements politiques, où des individus sont transformés en militants et des militants en masses politisées et politiquement engagées. L’alt-right, le mouvement qui a contribué à pousser Trump vers la présidence, a plus de choses en commun avec le fascisme que ne veulent le comprendre de nombreux commentateurs.

Selon Maly, ce serait « une erreur que de ramener de telles armées de trolls idéologiquement endoctrinés à une masse amorphe de quelques jeunes gens frustrés et isolés qui trollent de leur propre chef, face à l’écran de leur ordinateur installé dans la cave de leurs parents ». Il existe une structure en ligne manifeste mais complexe, et celle-ci a des effets tant en ligne que hors ligne. Les troupes de choc du fascisme digital ne dépendent pas de leur Grand Leader, elles ne sont pas une composante d’une organisation hiérarchiquement structurée. L’alt-right dispose actuellement d’une structure en réseau, avec divers nœuds autour desquels surgissent des armées de trolls idéologiquement nourris et dirigés.

Ils sont formés pour devenir des néonazis purs et durs. Ils croient qu’ils sont militants dans une guerre raciale. Leur but ? Rendre les blancs « racialement conscients » par l’action en ligne, mais également hors ligne, si c’est faisable. On n’en reste pas toujours à la violence verbale. Lors d’un speech de Yiannopoulos à l’Université de Washington, un de ses fans avait abattu un manifestant de gauche.

De la Nouvelle Droite à l’alt-right

Selon Maly, nous assistons aujourd’hui à la véritable percée politique de ce qui a débuté en tant que Nouvelle Droite dans les années soixante du siècle dernier en France. À l’époque, le philosophe de droite français Alain de Benoist avait fondé son Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE). Le courant qui en avait émané allait s’appeler la Nouvelle Droite. C’était une tentative de l’extrême droite de sortir d’un coin où, après la Seconde Guerre mondiale, plus personne ne voulait encore se tenir : le racisme, la collaboration, le fascisme et le nazisme. La pensée de gauche, marxiste et antifasciste donnait à l’époque le ton en France, tant sur le plan culturel que philosophique.

Le GRECE fut fondé dans l’intention de constituer un comité de spécialistes qui allait avoir pour tâche de développer une idéologie droitière cohérente et de permettre à une conception droitière du monde de faire son entrée générale par une stratégie métapolitique. Le GRECE ne voulait pas devenir directement un mouvement politique. Il utilisait la stratégie du penseur marxiste italien et dirigeant du Parti communiste italien, Antonio Gramsci. Pour changer la société, estimait Gramsci, il fallait d’abord combattre l’hégémonie idéologique et les idées dominantes.3

Définir la nouvelle droite comme une resucée de deux siècles anti-Lumières est trop limité.

La nouvelle droite ne prétend plus que la race blanche est supérieure, elle estime simplement que chaque groupe ethnique doit avoir son propre territoire afin de conserver son particularisme. Cela s’appelle l’« ethnopluralisme ». En Europe, cela revient à la défense de « notre identité », contre la diversité et l’immigration. Ainsi, par exemple, Orban veut fermer ses frontières parce que l’Europe « se déchristianise ». La nouvelle droite tire à boulets rouges sur la lutte pour l’égalité et elle est partisane d’une hiérarchie dans la société. L’insistance sur les droits individuels affaiblit les liens organiques de la communauté.

Il existe naturellement des différences au sein de la nouvelle droite selon des particularités locales, mais selon Maly, le mouvement de la nouvelle droite dans son ensemble est une « resucée de deux siècles d’une vieille lutte politique, culturelle et idéologique contre les Lumières et qu’on a appelée l’anti-Lumières ». Il cite Zeev Sternhell, qui insistait sur le fait que la montée du fascisme au 20e siècle ne pouvait être comprise sans se pencher sur le très vieux combat idéologique anti-Lumières contre les Lumières (radicales), contre l’humanisme, contre les droits universels de l’homme et, en fin de compte, contre la démocratie également. Au nom du peuple, de la nation, l’idéologie démocratique était attaquée. Il n’en va pas autrement aujourd’hui. De même que les penseurs de l’anti-Lumières ne voulaient pas revenir à un passé révolu, les penseurs, activistes et hommes politiques de la nouvelle droite veulent eux aussi bâtir une nouvelle modernité. Une modernité qui ne s’appuie pas sur les droits humains universels, sur une démocratie éclairée ou sur des idéaux tels la liberté et l’égalité.

Dès le départ, le projet de la nouvelle droite est transnational, explique Maly. Dans chaque pays, il se manifeste d’une manière différente mais, pour l’essentiel, il partage la même idéologie. Il n’existe aucune structure organisationnelle formelle, mais cela n’en permet pas moins les échanges politiques. Des hommes politiques de la nouvelle droite, comme Wilders, Orbán et Marine Le Pen concluent des alliances informelles et il existe un réseau mondial de sympathisants qui se réunissent sur d’obscurs forums internautiques ou constituent des groupes Facebook et vont puiser leurs informations dans Breitbart ou GeenStijl. « Ce qui rend l’alt-right novatrice », écrit Ico Maly, « c’est qu’elle greffe la nouvelle tradition de droite sur la culture internautique libertaire antagoniste et transfrontalière ». La guerre culturelle du 21e siècle se déroule en grande partie en ligne et l’alt-right dispose d’une armée internautique qui ne recule devant rien.

Chez nous aussi, la droite réactionnaire essaie de s’organiser sur internet et, ici aussi, les mèmes jouent un rôle. Ainsi en est-il du groupement Schild en Vrienden. Il a réuni des membres de la N-VA et du Vlaams Belang après les meetings aux universités qu’avait tenus Theo Francken (N-VA). Le groupe entend organiser l’extrême droite dans la vie réelle aussi et, en même temps, il mène des campagnes – dont des campagnes de haine – contre un collaborateur de couleur de la VRT, contre les transgenres et les féministes. Ainsi, par exemple, un mème de Schild en Vrienden a-t-il appelé à violer une étudiante de gauche. Le danger de groupes comme Schild en Vrienden, c’est qu’ils n’aillent s’organiser dans la vie réelle, selon le modèle de Génération identitaire en France.

La normalisation de la nouvelle droite

Aujourd’hui, nous assistons à la récolte des semences plantées en leur temps. Aujourd’hui, à la Maison-Blanche, siège un président qui fait partie de l’alt-right. Avec Trump, la nouvelle droite a en main le centre du pouvoir mondial. Cela a rendu euphoriques les alliés européens. Le Pen et le Front national, Wilders et son PVV, Farage et l’UKIP, De Winter et le Vlaams Belang, ainsi que des mouvements de masse d’extrême droite qui ont le vent en poupe, comme Pegida et Génération identitaire, se sentent confortés à juste titre par la victoire de Trump. Dans le monde entier, surgissent des politiciens et des mouvements politiques qui rêvent d’un monde composé de nations et régions ethnoculturelles souveraines et homogènes. Des endroits où l’intérêt de la nation, du groupe est perçu comme plus important que les droits de l’individu.

Une partie de la droite extrême européenne revêt aujourd’hui une forme directement fasciste, voire néonazie : Aube dorée en Grèce, Jobbik en Hongrie, Svoboda et le Secteur de Droite en Ukraine … De nombreux cadres et anciens dirigeants du Front national français, du FPÖ autrichien et du Vlaams Belang chez nous entretiennent des liens avec le fascisme historique et la collaboration avec les nazis ou s’en réclament. La limite entre ces nazis et un certain nombre de partis européens d’extrême droite est de plus en plus floue. Ils ont en commun nombre d’idées de base : l’islamophobie, le nationalisme, le rejet des droits humains individuels.

La « Gleichschaltung » à laquelle nous avons également assisté en Allemagne entre 1929 et 1933, semble avoir été enclenchée.

Toutefois, eux-mêmes prétendent n’avoir rien à voir avec le fascisme, car ils sont partisans de la démocratie parlementaire. Cela les maintient à l’intérieur du débat légitime. C’est à bon escient que Maly examine cela de plus près. Ils prônent la démocratie mais, dans ce cas, il s’agit toutefois d’une autre démocratie que celle des penseurs radicaux des Lumières, comme Thomas Paine, Rousseau, etc., chez qui l’accent est placé sur l’égalité, les droits de l’homme et la représentation, explique Maly. Pour la N-VA et des personnes comme Baudet et Wilders aux Pays-Bas, l’accent est placé sur la nation, sur une identité nationale partagée. Wilders est le prototype de l’homme politique de la nouvelle droite. Ce n’est pas un fasciste ouvert, mais bien un anti-démocrate qui voudrait supprimer le principe d’égalité de la constitution et le remplacer par un article qui établirait la culture dominante judéo-chrétienne et humaniste. Pour lui, les droits démocratiques sont liés à l’affiliation à la nation et à nos valeurs.

Pour la N-VA, tout le monde peut devenir membre de la nation flamande, même les immigrés, mais, dans ce cas, à condition que ces derniers se soumettent intégralement à l’ordre moral de cette nation ethnique, qu’ils reconnaissent les valeurs préétablies de la nation. Quand Francken, selon ses propres dires, va prendre la parole dans des centres de réfugiés et y déclare : « Vous êtes les bienvenus, mais l’Europe n’est pas une page blanche, nous avons deux mille ans d’histoire avec des influences juives, grecques et romaines. Vous, les réfugiés, devez respecter tout cela et vous adapter à nous », dans ce discours, la démocratie est du nationalisme, pour l’essentiel. La différence avec le « s’adapter ou dégager » du Vlaams Belang devient ici très minime.

Thierry Baudet est emballé par Spengler, l’exemple d’Hitler. De même que Trump, il reprend chez Spengler le thème du déclin de l’Occident. Ce sont l’immigration, l’héritage de Mai 68 et l’élite multiculturelle qui ont causé la chute de l’Occident. L’Union européenne ne peut être une démocratie, puisqu’on y parle tant de langues. C’est une absurdité, bien sûr, affirme Maly, car une démocratie ne repose pas sur l’identité mais bien sur une constitution, sur la liberté et l’égalité, sur des citoyens réfléchis.

Parfois, les hommes politiques de la nouvelle droite vont même jusqu’à se prétendre les véritables défenseurs des Lumières. Par exemple, ceux qui défendent les homosexuels et les femmes contre la gauche, laquelle est aveugle au danger islamique. Mais ce soutien aux valeurs progressistes sert surtout de bâton pour asséner des coups aux musulmans. Et il y a encore une grande différence quand il s’agit explicitement de racisme, explique Maly. On n’entendra jamais, par exemple, De Wever se plaindre de l’argent qui disparaît dans les poches de Mohammed. Quoique,… quand, lors d’un meeting à Halle, j’entends Francken exciter toute la clique N-VA présente en disant que son père a « une pension bien trop petite parce que tous ces réfugiés qui nous envahissent reçoivent automatiquement 1100 euros par mois sans avoir jamais cotisé ».

Quelle démocratie ?

Selon Ico Maly, la percée de la nouvelle droite est également liée au « défaut du système » dans la démocratie représentative : la tendance au compromis, qui crée un fossé entre le citoyen et la politique. Pour la nouvelle droite, le citoyen émancipé doit pouvoir imposer la volonté de la majorité par référendum. Maly réfute cette idée et la définit comme la dictature de la majorité sur la minorité. La démocratie représentative et le compromis font en sorte que l’on doit également tenir compte de la volonté de la minorité. Mais dans leur vision, la seule chose qui compte, c’est la voix du peuple qui se fait entendre par la bouche des hommes politiques.

C’est ainsi, selon lui, que le discours de la nouvelle droite fait insidieusement son chemin au sein de tous les partis. Les choses qui, prétendument, « ne doivent pas être dites », figurent à la une des principaux quotidiens. La rhétorique islamophobe, totalement impensable il y a vingt ans, se fait désormais entendre dans chaque campagne électorale. Même les hommes politiques de la social-démocratie n’osent plus défendre la société diversifiée, par crainte de se faire traiter de bons samaritains naïfs, et le discours de Rutte et Rutten — « Agissez selon les normes ou partez » et « Comportez-vous normalement » — est une version camouflée du discours raciste du Vlaams Blok, « s’adapter ou décamper » des années 1990, déclare Maly.

La définition de la nouvelle droite en tant qu’anti-Lumières fait toutefois en sorte que l’alternative à cette même nouvelle droite se limite généralement aux idéaux des Lumières et à la défense de la démocratie et des droits de l’homme. Ici, Maly perd toutefois un peu de vue que, dans son essence, cette démocratie est elle aussi conçue à l’aune d’une petite minorité de la population. Il défend la démocratie représentative contre la démocratie directe, qui constituerait une dictature de la minorité. Mais la représentativité, dans notre société, n’empêche nullement la majorité de n’avoir rien à dire dans bien des questions et le fait qu’une petite minorité de capitalistes et de propriétaires des médias peut influencer la majorité de telle sorte que cette dernière intègre l’opinion de l’élite. Il définit la véritable démocratie comme le compromis, ou le consensus. C’est certainement le meilleur système dans le cas d’une véritable égalité, donc également sur le plan économique. Même si une démocratie directe, avec un débat démocratique, peut elle aussi avoir une importante valeur éducative et démocratique.

Il contourne toutefois un peu trop le fossé réel entre la population et le monde politique. Ce n’est uniquement la résultante de la démagogie de la nouvelle droite, mais aussi du parlementarisme, devenu complètement érodé. Certes, nous devons combattre les attaques contre l’État de droit, mais nous avons tout intérêt à prendre aussi à cœur les critiques fondées des simples citoyens à l’encontre de l’establishment existant. Sinon, ces critiques resteront un important terreau pour les mauvaises herbes de la nouvelle droite.

Le danger de la peste brune

En situant l’essence de la nouvelle droite dans l’attaque contre les idéaux des Lumières et en mettant trop l’accent sur la bataille des idées, Maly se prive de la possibilité de démasquer la nouvelle droite sur le plan de sa quasi-unanimité avec l’establishment, au point de vue socioéconomique. Cela ressort partout où elle se retrouve au pouvoir et la chose ressortira clairement aussi aux États-Unis.

Quelle est l’ampleur du danger représenté par Trump ? Après son élection, bien des gens pensaient qu’il n’allait pas tenir longtemps. L’opposition était encore importante au sein de l’élite à Washington. Toutefois, pour sa campagne sur les médias alternatifs, il avait déjà reçu le soutien de la haute finance. Le milliardaire d’extrême droite Robert Mercer, CEO de Renaissance Technologies – l’un des fonds d’investissement les plus performants – et financier de Breitbart News, introduisait son rédacteur en chef Bannon auprès de Donald Trump. C’est ainsi qu’est né le triangle Trump-Bannon-Mercer. Mercer mettait à la disposition de Trump son argent, ses connexions et sa technologie, à savoir l’entreprise Cambridge Analytica, dont Mercer est un des plus gros investisseurs et où Bannon siège au conseil d’administration.

On pensait toutefois que ce soutien du monde des entreprises était marginal et que cela ne marcherait pas avec la seule alt-right. Ce soutien du grand capital peut toutefois s’accroître rapidement. La « Gleichschaltung » (mise au pas) du capital, comme l’appelle John Bellamy Foster, à laquelle nous avons également assisté en Allemagne entre 1929 et 1933, semble avoir été enclenchée.4 À l’époque aussi, il avait fallu quelques années avant que la totalité de l’élite financière et économique désire voir Hitler au pouvoir. Gossweiler décrit l’évolution de ces contradictions au sein des cercles politiques, économiques et militaires dirigeant l’Allemagne à l’issue de la Première Guerre mondiale. Certains hésitèrent longtemps à soutenir les nazis, surtout dans les nouveaux secteurs comme l’industrie électrique et l’industrie chimique. La différence entre les deux groupes ne résidait pas dans leur aversion pour la république de Weimar qui, à leur yeux, avait fait trop de concessions au mouvement ouvrier. Les divergences concernaient la façon de combattre la république : par un coup d’État ou par un développement constitutionnel lent et progressif en direction d’une dictature. Les deux groupes voulaient restaurer la puissance allemande dans le monde. Ce n’est que lorsque le NSDAP se mit à stagner et que les communistes allemands menacèrent de prendre plus d’ampleur que la social-démocratie qu’ils dépassèrent leurs querelles internes et qu’ils décidèrent de confier plus rapidement le pouvoir au parti d’Hitler.

Le plan de Trump prévoyant d’augmenter le budget américain de la défense de 54 milliards de dollars et d’obliger les partenaires de l’OTAN à consacrer 2 % de leur budget à l’armement sera accueilli avec jubilation par le puissant complexe militaro-industriel. Sa décision de continuer à libérer de ses régulations le marché du capital économique et financier, de réduire de 35 % l’impôt sur le capital en le ramenant à 25 % sera également applaudie par l’ensemble des banquiers et des multinationales. Derrière ces plans, on voit clairement l’ombre du monde financier et de l’industrie de l’armement. Le gouvernement Trump ressemble d’ailleurs de plus en plus à un cabinet de vieux serviteurs de Goldman Sachs.

De quoi alimenter une contre-stratégie

Ico Maly fournit une inestimable contribution à la description et à la compréhension de la montée de la nouvelle droite et du danger qu’elle représente. Même si son livre fournit de nombreuses indications sur ce que les antifascistes feraient mieux d’aborder autrement, il ne développe nulle part de contre-stratégie. Que le fascisme puisse être contré dépendra en premier lieu, selon moi, de la venue d’une alternative anticapitaliste contre les catastrophes de la mondialisation capitaliste, la crise démocratique, la crise climatique et la menace de guerre.

Depuis deux décennies déjà, la nouvelle droite capitalise sur les perdants autochtones de cette mondialisation néolibérale, dit avec raison Maly. La mondialisation néolibérale a mené à un démantèlement de l’État-providence, à une érosion de la démocratie, à la domination du marché et aux délocalisations, au passage d’une économie industrielle à une économie post-industrielle en Occident, à une augmentation de la migration, à des développements technologiques qui ont rendu la mondialisation tangible et à la montée de la nouvelle droite comme réponse à ces développements. Les États nationaux ont perdu le contrôle sur les multinationales, qui dressent les gens les uns contre les autres dans une course impitoyable. C’est ainsi que naissent un précariat et une nouvelle migration comme résultantes de causes économiques et écologiques.

L’alternative dépendra en premier lieu de l’apparition ou pas d’une alternative crédible qui entamera la lutte contre le système qui abat toutes ces catastrophes sur les gens. Ce sont finalement les livres de poche cornés et les photocopies illégales décolorées qui ont rendu Hobsbawm célèbre. Dans les années 1990, les privatisations ont été une nécessité économique pour la poursuite de l’accumulation du capital. Gérard de Sélys le décrit en détail dans Privé de public, à qui profitent les privatisations. De nouveaux marchés étaient nécessaires, par la mondialisation et la privatisation, pour un capitalisme à bout de souffle. Il fallait augmenter les marges bénéficiaires par la doctrine de la compétitivité, allant de pair avec le démantèlement de la sécurité sociale et des services publics. Le tout emballé dans l’idéologie de la liberté absolue à l’égard de l’ingérence de l’État. La voie s’ouvrit à l’extrême droite quand les dirigeants des partis socialistes, eux aussi, se laissèrent entraîner dans l’illusion de la fin des idéologies et qu’ils propagèrent TINA (There Is No Alternative). La confusion idéologique au sein du mouvement ouvrier, l’abandon du terrain de la lutte sociale, l’anathème jeté sur le socialisme en tant que perspective libérèrent la voie au discours ethnocentrique, anticommuniste, anti-syndical, anti-migration en tant que prétendu barrage à la mondialisation capitaliste.

Comme dans les années 1930, le fascisme dans sa forme contemporaine risque d’avoir une chance en tant que sauveur du capitalisme. Il sera profilé comme une nouvelle forme de démocratie, comme essaie de le faire la nouvelle droite aujourd’hui. Mais, dans les deux cas, l’essentiel est de garantir le pouvoir du un pour cent, les super-riches.

La tâche de Trump aujourd’hui consiste à détourner toute la frustration accumulée autour de la catastrophe de la mondialisation néolibérale dans des voies qui ne remettent pas en question le système capitaliste en tant que tel. La marée montante de la nouvelle droite est le discours qui doit tenir à l’écart de la lutte contre le un pour cent l’Américain au chômage, le col blanc déclassé ou le petit indépendant menacé. Trump est là pour imposer plus de libéralisme encore aux États-Unis, moins d’ingérence de l’État, moins d’impôts pour les riches. Sa lutte contre la mondialisation signifie en premier lieu plus d’accords commerciaux avantageux pour les États-Unis et une politique agressive contre les importants concurrents. En premier lieu la Chine et, au besoin, avec la guerre comme conséquence.

La bataille des idées et le combat social

Ico Maly nous encourage très à propos à prendre à cœur la bataille des idées et ce, bien plus que ce n’est le cas actuellement. La montée de Trump et le mouvement alt-right en sont la meilleure preuve. Des groupes d’activistes en ligne qui transmettent et répètent les mêmes messages, avec un nouveau langage des mèmes. Quand on connaît les algorithmes de Facebook et que l’on contrôle de très près l’interaction de se propre base, dit Ico Maly, on sait alors à quelle heure il vaut mieux poster quelque chose. Quand ce genre de message reçoit tout de suite une dizaine de like, Facebook le reprend et il est en route. Imaginez que le syndicat, avec ses milliers de militants, se mette stratégiquement au travail de cette façon, quel impact cela pourrait avoir !

Mais la bataille des idées, surtout sur le plan de la masse, et aussi importante qu’elle soit, ne se fait pas uniquement par des livres, des sites internet et des mèmes. Pour cela, allons donc consulter Gramsci aussi.5 Il reconnaît que la masse est submergée par toutes sortes de canaux par l’idéologie dominante qui, alors, sera considérée naturellement comme allant de soi par l’écrasante majorité. Mais, dit Gramsci, il y a aussi au sein de chaque classe sociale un noyau de « bon sens rassis » qui s’appuie sur l’observation directe de la réalité. Sans ce noyau de « bon sens rassis », il serait impossible pour les travailleurs de se libérer de la surabondance de propagande que la bourgeoisie déverse sur eux. Ils ne seraient pas en état de protester contre son pouvoir économique et politique.

La bataille des idées ne se fait pas uniquement par des livres, des sites internet et des mèmes.

C’est un regard sur le monde qui émane de son activité sociale productive et qui, même s’il n’est que très « embryonnaire », exprime les intérêts réels des gens qui produisent. Pourtant, nous ne le voyons pas très souvent à l’œuvre, ce « bon sens rassis ». Gramsci a une explication, pour cette contradiction. Ainsi, en « temps normal » (c’est-à-dire en dehors des périodes de mouvement de masse et de mobilisation), la conscience des travailleurs est dominée par la pression de la concurrence capitaliste à laquelle ils sont soumis en permanence et elle est également dominée par les idées de la classe dirigeante : c’est ce que Gramsci appelle « la pensée de tous les jours ». Cette « pensée de tous les jours » reçoit sa forme sur base de convictions religieuses à propos de la nature humaine, conceptions qui, généralement, ne divisent pas la société en classes, mais en groupes qui se font mutuellement concurrence (noirs/blancs, homosexuels/hétérosexuels, croyants/incroyants …). Selon Gramsci, le « bon sens rassis » ne peut s’accroître que par l’action et la mobilisation, c’est-à-dire dans la lutte. La tâche consiste donc à encourager toute rébellion spontanée, à la soutenir dans ce but et à entraîner les opprimés dans l’action.

Il convient de mener la bataille des idées avec plus d’intensité encore que ce n’est le cas actuellement, mais c’est insuffisant pour ériger un rempart contre les puissants moyens de propagande des classes dirigeantes. C’est surtout la lutte quotidienne, par la mobilisation de la masse dans des buts concrets bien définis, qui donne la possibilité aux masses populaires d’étendre leurs champ de perception et d’approfondir progressivement leur compréhension des mécanismes et rapports sociaux. Plus la lutte sociale sera prioritaire, moins le poison du racisme, du nationalisme pénétrera dans les larges couches de la population, et plus la contradiction réelle verra le jour : celle entre le travail et le capital.

Footnotes

  1. Pour cela, nous allons consulter l’idéologue fasciste Julius Evola. À ses yeux, la femme est essentiellement « instable », elle vit pour les autres et n’a pas d’âme, pas d’ego. Evola prône le retour de l’homme alpha, viril, dominant et violent et il considère que l’inégalité sociale est naturelle. Tout le monde doit être fier de son rôle dans la société. En version moderne, cela devient un plaidoyer en faveur d’un capitalisme effréné au sein duquel aucune loi, aucune règle, aucun syndicat ne peuvent entraver l’inégalité existante. Cette idéologie est très répandue dans Silicon Valley.
  2. Kurt Gossweiler, Hitler, l’irrésistible ascension. Essais sur le fascismeÉditions Aden, Bruxelles, 2006, p. 167 et suivantes.
  3. Il n’est pas inintéressant de savoir que l’ancien président du Vlaams Blok, Frank Vanhecke, a rédigé son mémoire de licence à la VUB sous le titre Metapolitieke strategie, organisatie en ideeën van Kultureel Nieuw-Rechts in Frankrijk : G.R.E.C.E. 1967-1981 (Stratégie, organisation et idées métapolitiques de la Nouvelle Droite culturelle en France : le GRECE, 1967-1981).
  4. John Bellamy Foster, « Trump in the White House. Tragedy and farce », Monthly Review Press, New York, 2017.
  5. Antonio Gramsci, Marxisme als filosofie van de praxis (Le marxisme en tant que philosophie de la praxis), édité et traduit (en néerlandais) par Yvotte Schols, Van Gennep Amsterdam, 1972.