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La faille écologique du capitalisme

Kohei Saito

— 1 octobre 2018

Alors que les solutions techniques existent déjà, pourquoi le capitalisme semble-t-il incapable de résoudre la crise majeure de notre temps ?

La faille écologique du capitalisme

La terre connaît actuellement une chaleur mortelle. En juin 2018, environ 70 personnes sont mortes au Québec1, Canada, à la suite d’une violente vague de chaleur. Au Japon également, 30 personnes furent victimes de la canicule en 10 jours – parmi elles un enfant de 6 ans décédé après une excursion avec son école primaire – et plus de 10 000 personnes furent traitées à l’hôpital après avoir subi un coup de chaleur2.

Mais la canicule n’est pas le seul problème mortel : en raison de la température plus élevée des océans, une plus grande quantité d’eau de mer s’évapore. L’air contient donc une plus grande concentration en vapeur d’eau, ce qui, en conséquence, provoque une instabilité climatique et entraîne des pluies plus abondantes. En juillet dernier, Fukuoka, au Japon, fut frappé par de violentes tempêtes qui causèrent la mort de 40 personnes. Ce furent les orages les plus ravageurs depuis 50 ans. Toutefois, les pluies en juillet 2018 furent encore plus dévastatrices dans l’Ouest du Japon, 200 personnes sont mortes dans les intempéries. En bref : l’exception est devenue la règle, et les anciennes manières de penser ne sont pas particulièrement utiles face au réchauffement climatique.

Changement climatique et capitalisme

Compte tenu de cette situation, les scientifiques pronostiquent que si les émissions de CO2 ne sont pas réduites de 40 à 70 % d’ici 2050, la température moyenne mondiale en l’an 2100 aura augmenté de plus de 2 °C par rapport à celle de l’époque de la révolution industrielle. Si le niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre se maintient jusque-là, l’augmentation de la température pourrait même atteindre 4,8 °C, ce qui pourrait à son tour entraîner une augmentation inattendue de la température en raison des mécanismes de rétroaction. Si l’augmentation de 0,8 °C depuis la révolution industrielle a déjà provoqué des changements très nets et néfastes au niveau de notre quotidien, il est clair qu’une telle progression aurait des conséquences catastrophiques pour la civilisation humaine en l’an 2100.

Les politiciens et les bureaucrates de leur côté ont également pris conscience de la menace du changement climatique – l’Accord international conclu à Paris en 2016 en est la preuve. Même si les démarches prévues ne sont pas suffisantes pour prévenir le changement climatique – une enquête montre bien que la température moyenne augmentera, dans les conditions de cet accord, d’environ 3,0 degrés – cet accord constitue tout de même une démarche importante pour une coopération internationale pour lutter contre le changement climatique par rapport au déficient Protocole de Kyoto.

L’époque moderne a poursuivi le projet technocratique de domination de la nature dans toute la mesure du possible.

Mais cet espoir disparut rapidement lorsque le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, déclara son retrait de l’accord en faveur de sa politique « America First » au profit de la croissance économique et de la production de pétrole aux États-Unis. Sans la participation des États-Unis, le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre, une réalisation des objectifs de l’accord est illusoire. Ce triste processus montre que le régime capitaliste dans le monde, basé sur la concurrence et l’égoïsme, n’est pas en état d’imposer une contre-mesure vraiment efficace par rapport au changement climatique au niveau mondial. Pourquoi le capitalisme n’est-il pas capable de trouver une solution efficace ?

Il semble étrange à première vue que le régime capitaliste ne soit pas en mesure de résoudre le problème de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, alors qu’il semble s’agir d’un problème purement technique. Après tout, le capitalisme a relevé de nombreux défis au cours de son histoire pour nous permettre au fur et à mesure une vie toujours plus facile et confortable. L’inaptitude du capitalisme à faire face à la crise écologique est plutôt surprenante, surtout face aux technologies innovantes telles que la géo-ingénierie, le projet Desertec ou le stockage de carbone dans le sol.

Mais lorsqu’on compare le passé avec le présent et que l’on tient compte des nombreux autres problèmes écologiques tels que l’appauvrissement de la biodiversité, la désertification et les incidents nucléaires majeurs, on peut se demander si la technologie a vraiment progressé3, vu que la situation écologique au niveau mondial s’est détériorée malgré le développement rapide de la productivité.

D’une part, il semblerait que l’époque moderne a poursuivi le projet technocratique d’une domination de la nature dans toute la mesure du possible. D’autre part, ce développement technologique est à l’origine de la crise écologique qui s’aggrave de plus en plus, l’homme restant impuissant face aux catastrophes naturelles malgré sa productivité accrue. Désormais, la « Dialectique de la Raison » se réalise dans la mesure où le projet moderne de la maîtrise de la nature se transforme en subordination au pouvoir incontrôlable de cette dernière. De même, l’idée de Francis Fukuyama, considérant la victoire de la démocratie libérale et du capitalisme comme la « fin de l’histoire » humaine, se réalise désormais sous la forme ( modifiée ) de la « fin de la civilisation humaine » en raison de la domination du capitalisme néolibéral et de la dégradation globale de l’environnement qui en résulte.

Le concept du métabolisme chez Marx et la crise écologique

Face à cette tendance contradictoire du développement capitaliste, il existe une tension entre la société capitaliste et la nature, et c’est Karl Marx qui, à travers sa theorie du métabolisme, a analysé cette tendance à la dégradation de la nature comme une contradiction centrale de la production capitaliste. Marx analyse la société et la nature à partir de leur interaction4. Et c’est cette interaction, le rapport organique entre le travail et la nature, qu’il nome métabolisme. Cette relation est d’abord considérée comme une « la condition générale du métabolisme entre l’homme et la nature, la condition naturelle éternelle de la vie des hommes » 5, c’est-à-dire comme fait purement physiologique, l’homme étant incapable de produire et de se reproduire sur terre sans interaction matérielle avec le monde extérieur.

Cette affirmation peut sembler banale, mais ce que veut dire Marx par cette thèse est que ce métabolisme subit certaines modifications économiques en fonction de la façon dont la société organise son travail. Marx souligne surtout que dans la société capitaliste, l’homme poursuit inlassablement la réorganisation du rapport entre l’homme et la nature pour l’exploiter au maximum, ce qui finit par le détruire6.

Cette destruction est due au fait que la valeur de l’objectivation « purement sociale » du travail abstrait ne peut pas prendre suffisamment en compte les aspects matériels de ce métabolisme. Plus le capital réorganise l’ensemble du processus de travail et le processus de circulation en faveur de son utilisation la plus efficace, plus le métabolisme entre l’homme et la nature est médiatisé unilatéralement et finalement sapé.

Dans ce contexte, la nature a un effet « élastique » , puisqu’elle peut être modifiée en fonction des besoins du capital. Le problème est cependant que cette élasticité n’est pas infinie, puisqu’elle dépend des différentes propriétés matérielles. Si un certain point est dépassé, elle perd son élasticité matérielle. Le problème étant que le capital ne reconnaît pas cette frontière naturelle et essaie toujours de la surmonter en inventant de nouvelles valeurs d’utilité et de nouveaux objets de travail à l’aide de nouvelles technologies. En un sens, puisque chacune des barrières naturelles contredit la logique interne du capital, sa production se meut en contradictions de celle de la nature. Marx étudie donc cette relation contradictoire entre la logique de l’exploitation capitaliste et le métabolisme universel de la nature7.

Ensuite, il attire également l’attention sur le renversement capitaliste de la réalité : la production par le métabolisme humain avec la nature sert à l’origine à la satisfaction de besoins concrets, mais dans le capitalisme, elle est subordonnée à la logique objective de l’exploitation. Selon Marx, c’est précisément la déviation de ces deux logiques qui provoque une « déchirure irréparable » en relation avec le métabolisme social et naturel. Cette « faille métabolique » ( metabolic rift), que John Bellamy Foster a découvert8 dans Le Capital, est une manifestation d’une contradiction du capitalisme.

À l’époque, Marx soulignait, sur la base d’un problème d’épuisement des sols, que la production capitaliste « perturbe […] le métabolisme entre l’homme et la terre, c est-à-dire le retour au sol des composantes [ du sol ] usées par l’homme sous forme de nourriture et de vêtements, donc l’éternelle condition naturelle d’une fertilité durable du sol » 9. Plus le capital poursuit sa propre exploitation, plus l’écart entre ces deux logiques est grand, de sorte que le capital sape les conditions matérielles d’une production durable et du libre développement humain.

Le développement capitaliste et l’introduction de la technologie sont de plus inévitablement limités par la logique de la valeur. En d’autres termes, leur principe est l’optimisation du profit, qui néglige l’autre principe, c’est-à-dire les limites du monde matériel, qui devrait être prises en considération afin de prévenir la crise écologique. Le capital refuse de prendre les mesures nécessaires si cela implique une diminution de son profit. Si la production capitaliste est orientée vers la valeur comme principe d’organisation du métabolisme entre l’homme et la nature, la production durable n’aura jamais qu’une importance marginale. Mais la tension entre le capital et la nature est encore plus profonde. En effet, si la productivité double ou triple avec la technologie, la nature ne peut pas soudainement fournir une demande accrue de matières premières.

Le capital sape les conditions matérielles d’une production durable et du libre développement humain.

Cependant, il serait faux de penser qu’avec l’aggravation de la crise écologique, le déclin du taux de profit provoquerait une crise de l’accumulation du capital10. Selon la théorie de la sous-production de la nature, que James O’Connor a d’abord définie comme la « deuxième contradiction du capitalisme »11, la crise écologique est subordonnée à la crise économique et joue donc un rôle secondaire. Toutefois, il convient de souligner que la crise économique ne résulte pas nécessairement de la dégradation des conditions matérielles de production. Par exemple, la hausse des prix du pétrole n’a pas mis en évidence des difficultés à accumuler du capital, mais le prix plus élevé a incité les compagnies pétrolières à aller encore plus loin et à exploiter d’anciens champs pétrolifères non rentables, les sables bitumineux et les schistes, et à appliquer de nouvelles techniques telles que le « fracking ». Ces progrès technologiques permettent d’éviter la crise économique et de faire encore plus de profit.

Mais ceci est fatal compte tenu du changement climatique. La tentative du capital, d’atténuer sa propre tendance à provoquer des crises à l’aide de l’élasticité matérielle de la nature, aggrave la crise écologique du fait de la négligence du métabolisme universel de la nature. En d’autres termes : le capitalisme ne s’effondre pas, mais le développement humain libre, dans et avec la nature, devient impossible.

Marx, d’autre part, a expressément demandé « aux producteurs associés de régler leur métabolisme avec la nature de façon rationnelle » 12. Ce projet de développement libre et durable exige avant tout de subordonner la logique de l’accumulation capitaliste au métabolisme naturel. Cela inclut évidemment une réflexion critique sur la nature de technologies existantes ainsi que sur les sciences naturelles et le renoncement aux techniques irrationnelles. Cependant, il n’est pas nécessaire de renoncer à la croissance en tant que telle. La croissance post-capitaliste peut être rendue possible en investissant dans les énergies renouvelables, les transports publics et un large éventail de domaines « à faible émission de carbone » tels que l’éducation, les soins et les arts.

Un bon anthropocène ?

Certains auteurs « de gauche » s’y opposent, car, selon eux, une telle nostalgie romantique d’un bon vieux temps n’est pas une solution adéquate au problème du changement climatique. Selon eux, le monde s’est déjà transformé en un hybride social et naturel à l’époque de l’« anthropocène » – une nouvelle période géologique où la surface de la Terre est entièrement recouverte de produits et sous-produits issues d’activités humaines13 – ainsi que la nature en tant que telle n’existe plus.

Dans l’article « Love Your Monster » , Bruno Latour affirme, par exemple, que le péché du Dr Frankenstein n’est pas d’avoir créé un monstre, mais de l’avoir abandonné. Latour applique cette analogie à la crise écologique actuelle : « Ce n’est pas que nous avons échoué à prendre soin de la Création, mais nous avons échoué à prendre soin de nos créations technologiques. Nous confondons le monstre et son créateur et tenons nos créations pour responsables de nos péchés contre la nature. Notre péché n’est pas d’avoir créé des technologies, mais de ne pas les avoir aimées et de ne pas avoir pris soin d’elles. C’est comme si nous avions décidé que nous n’étions pas capables de poursuivre l’éducation de nos enfants. » 14 Selon Latour, à l’ère de la crise écologique, la technologie moderne et la productivité ne devraient pas être simplement abandonnées. Il ne faut pas avoir peur des inventions de l’homme. La bonne voie pour l’avenir est de viser une éducation « hybride » entre la société et la nature en utilisant la technologie existante pour produire « un degré d’intimité croissant avec les nouvelles natures que nous créons sans cesse »15.

L’exploitation du capital est toujours réalisable, même si les îles et les zones côtières disparaissent sous l’eau.

Un fait digne d’être mentionné dans ce contexte est que l’article fut publié par le Breakthrough Institute, où Latour est un chercheur chevronné. Cette usine éco-responsable recommande la géo-ingénierie comme contre-mesure au changement climatique. Celle-ci prévoit un effet de refroidissement de la terre par l’application d’aérosols sulfatés dans l’air et la réduction du rayonnement solaire ( SRM, Solar Radiation Management ou gestion du rayonnement solaire), ainsi que l’énergie nucléaire en tant qu’énergie propre. Dans une brochure du Breakthrough Institute intitulée An Eco-modern Manifesto, on peut y lire que la poursuite de l’intervention sur la nature par le biais de « processus socio-économiques et technologiques » est une condition indispensable pour un « bon anthropocène » 16.

De ce point de vue, il ne serait pas nécessaire de vaincre la production capitaliste si le développement technologique est en état de réaliser le « bon anthropocène ». En d’autres termes, pour cet institut, le « fossé écologique » résultant de l’écart entre le métabolisme social et le métabolisme naturel n’est pas considéré comme une contradiction du capitalisme. Comme Leigh Phillips l’affirme expressément, ici, « il n’y a pas de rupture de l’échange métabolique ». Le concept moniste d’« hybride » 17, compatible avec le capitalisme, est donc totalement incompatible avec l’écosocialisme de Marx, qui vise plutôt une production durable sur la base d’une reconnaissance des frontières naturelles.

Johan Rockström, directeur du Stockholm Reselience Centre, est bien connu pour proposer le terme « frontières planétaires » ( « planetary boundaries » ). Avec l’augmentation des émissions de CO2 au cours du développement capitaliste due à la consommation massive de combustibles fossiles, la température moyenne augmente, et en même temps l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre provoque l’acidification des mers. Une valeur limite ( point de basculement ) une fois dépassée entraîne un changement irréversible avec des mécanismes de rétroaction inattendus et des conséquences rapides pour l’environnement, met en garde Rockström.

Nous devons changer fondamentalement notre vue de l’économie pour que notre pollution ne transforme pas radicalement notre monde physique.

Par exemple, la disparition de la glace en Antarctique peut libérer le méthane et d’autres gaz à effet de serre qu’elle contient dans l’air, de sorte que la vitesse du changement climatique peut s’avérer beaucoup plus rapide que prévu. En outre, l’extinction ou la réduction de certaines espèces de poissons en raison de l’acidification des océans perturbe la chaîne alimentaire et risque de provoquer l’extinction d’autres espèces. Cet enchaînement inattendu de conséquences négatives est un processus naturel qui découle des limites matérielles de la nature. L’homme ne peut donc ni le provoquer ni le changer arbitrairement.

Les émissions de CO2, d’autre part, sont une cause fondamentale directement déterminée par la production et peuvent donc être consciemment modifiées par l’homme. En bref, il est nécessaire de réguler consciemment la logique objective du capital qui perturbe le métabolisme entre l’homme et la nature, sur la base d’une reconnaissance des « limites de la planète ». Contrairement à une vision hybride, une conception d’une autre forme de ce métabolisme n’est possible qu’après séparation du social et du naturel et modification surtout du social18.

En résumé, d’une part, l’idée répandue que le développement technologique dans le capitalisme pourrait résoudre la crise écologique est trop optimiste. Elle ignore la forme capitaliste du développement technologique, qui n’est principalement pas orientée vers la durabilité, mais vers l’appropriation de bénéfices supplémentaires. Cependant, l’idée qu’avec la crise écologique le capitalisme tomberait automatiquement en déclin à un moment donné est, elle aussi, trop optimiste. Elle sous-estime le pouvoir élastique du capital, qui essaie toujours de surmonter tous les obstacles.

Lutte des classes contre capitalisme catastrophe

Dans ce contexte, il existe un fait inquiétant qui nous rappelle la thèse de Naomi Klein sur le « capitalisme catastrophe19 » selon laquelle la « fin de la civilisation » ne peut être assimilée à la « fin du capitalisme ». Comme nous l’avons déjà mentionné, le capitalisme est un système social de production dont l’objectif principal n’est pas la satisfaction des besoins humains, mais l’exploitation. Cet objectif est toujours réalisable, même si les îles et les zones côtières disparaissent sous l’eau et que ses habitants ne peuvent plus y vivre. Le capital est si flexible qu’il peut se déplacer d’un endroit à un autre, tandis que les habitants perdent leur propre pays, leurs traditions, leur culture et leurs bases matérielles et sociales. Il s’agit d’une nouvelle « accumulation primitive » au 21e siècle qui crée un « prolétariat environnemental » , dont la souffrance et la lutte concernent non seulement les conditions industrielles, mais aussi les conditions écologiques de production20.

Le capital trouve même de nouvelles opportunités de profit dans le changement climatique et les catastrophes qui en résultent pour en profiter davantage en vendant non seulement plus de climatisations, de maisons et de voitures, mais aussi de nouveaux organismes génétiquement modifiés ( OGM ) résistant aux canicules et aux sécheresses, des assurances et des abris contre les ouragans et les inondations, et l’échange de droits d’émission. Le « 1 % » peut alors continuer d’accroître sa fortune. En même temps, les conséquences négatives du changement climatique sont délocalisées autant que possible, de sorte que les populations du Sud et les pauvres, qui ne disposent ni des capitaux ni des technologies nécessaires, sont les premiers à en souffrir.

La faille écologique du capitalisme

La plus grande injustice de ce régime de classe dans la souffrance réside dans le fait que ceux qui contribuent le moins au changement climatique en souffrent le plus, tandis que les riches, malgré leurs émissions massives de gaz à effet de serre, peuvent maintenir leur mode de vie confortable et même profiter financièrement de cette évolution négative. Par conséquent, la lutte de classe au niveau mondial deviendra encore plus importante dans les années à venir afin de pouvoir obtenir la protection et la compensation nécessaires par le principe de la justice climatique. De plus, un engagement sérieux en faveur du changement climatique avec et après Marx – c’est-à-dire ni optimisme technologique ni monisme hybride – peut rendre l’accumulation de capital plus difficile. Avant tout, il faut une stricte séparation de l’idéologie dominante du néolibéralisme afin de consommer moins, de réduire les voyages par avion et d’investir davantage dans les transports publics, d’imposer des taxes accrues aux riches et aux grandes entreprises et de retirer les installations d’extraction de pétrole trop coûteuses environmentalement telles que le gaz de schiste ou les sables bitumineux : « En bref, nous devons changer fondamentalement notre vue de l’économie pour que notre pollution ne transforme pas radicalement notre monde physique 21 ».

Footnotes

  1. Voir : Up to 70 people dead after Quebec heat wave
  2. Voir : https://mainichi.jp/english/articles/20180719/p2g/00m/0dm/101000c
  3. David Graeber affirme en outre que le développement rapide n’est qu’illusoire, parce que le développement technologique en réalité n’a rien réalisé de ce qui fut imaginé dans les films des années 1970 comme technologie future du 21ème siècle. On peut donc se demander à juste 6tre si les technologies « de rêve » comme la géo-ingénierie ou le stockage du carbone dans le sol s’avèreront réellement être des moyens efficaces dans de lutte contre le changement climatique. Voir David Graeber, The Utopia Rules : On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy ( New York : Melville House, 2016).
  4. Georg Lukács, Conversation with Lukács (Cambridge, MA : MIT Press, 1974), p 43.
  5. MEGA II/6. p 198.
  6. MEGA II/1. P 322 et suivantes.
  7. Voir notamment : MEGA II/4.2. p 753.
  8. John Bellamy Foster, Marx’s Ecology : Materialism and Nature ( New York : Monthly Review Press, 2000).
  9. MEGA II/6. p 476.
  10. Jason W. Moore, Capitalism in the Web of Life : Ecology and the Accumulation of Capital ( London : Verso, 2015).
  11. James O’Connor, Natural Causes : Essays in Ecological Marxism ( New York : The Guilford Press, 1998).
  12. MEGA II/4.3. p 838.
  13. Paul J. Crutzen, « Geology of Mankind ». Dans : Nature 415, 2002, p. 23.
  14. Bruno Latour, « Love Your Monster » Breakthrough Journal n°2 ( Automne 2011), p 22.
  15. Ibid., p. 25.
  16. Un manifest éco-moderniste ( 2015).
  17. Leigh Phillips, Austerity Ecology & The Collapse-Porn Addicts : A Defence of Growth, Progress, Industry and Stuff ( Winchester : Zero Books, 2015), ch. 11.
  18. Andreas Malm, The Progress of This Storm : Nature and Society in a Warming World ( London : Verso, 2018), p 72.
  19. Naomi Klein, Die Schock-Strategie : Der Aufstieg des Katastrophen-Kapitalismus ( Berlin : Fischer, 2009).
  20. John Bellamy Foster, « Why Ecological Revolution ? » Monthly Review 61, n°. 8 ( janvier 2010).
  21. Naomi Klein, This Changes Everything : Capitalism vs Climate ( New York : Simon & Schuster 2014), p 83.