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Sécurité sociale : un morceau de socialisme dans le capitalisme

Daniel Zamora

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Mathieu Strale

—2 avril 2026

L’histoire de la Sécurité sociale est celle de plus d’un siècle de lutte de classe. Une lutte toujours à l’œuvre pour protéger la « cathédrale des travailleurs », contre ceux qui veulent réécrire son histoire pour mieux en attaquer les fondements, et pour conserver ce morceau de socialisme dans le capitalisme.

La Sécurité sociale est l’objet de luttes intenses, tant sur son financement que sur sa nature. Dans son dernier livre, Over welvaart, Bart De Wever dépeint la Sécurité sociale comme le fruit d’un partage de richesse issu de la prospérité capitaliste, héritage de la doctrine sociale de l’Église. Pour lui, la Sécurité sociale serait un système d’assistance publique géré par l’État pour protéger les citoyens contre les risques de la vie, tout en exigeant une « responsabilité individuelle ». Cette vision réduit la protection sociale à une forme de charité, un filet de sécurité limité aux soins des pauvres, des malades et des âgés, et dont l’octroi dépendrait de la discipline de chacun et ne serait accessible qu’aux « méritants » et aux « courageux ». Une forme de paix sociale, où le capital et le travail marcheraient main dans la main.

Cette lecture contredit l’histoire de la Sécurité sociale. Elle efface délibérément le rôle de la classe travailleuse. La Sécurité sociale n’est ni un cadeau du Pape, ni une émanation généreuse du capitalisme, mais la « solidarité organisée de la classe travailleuse ». Elle constitue un « morceau de socialisme dans le capitalisme », une part de la richesse produite par le travail et soustraite à la logique du profit pour assurer une reproduction sociale démarchandisée.

La réécriture de l’histoire par Bart De Wever a un but politique. En dénaturant la nature de classe de la Sécurité sociale et le fait qu’elle s’est construite contre les capitalistes, en transformant une protection collective en une question de droits individuels et conditionnés, il construit le cadre idéologique qui permet les attaques contre son financement, son étendue et son fonctionnement. Il enchaîne d’ailleurs sa réécriture de l’histoire par une explication sur la nécessité « pragmatique » et « inévitable » de faire des économies, d’augmenter la responsabilité individuelle des « bénéficiaires », de les « activer » et de « restaurer la valeur travail ».

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