L’État-providence n’est pas un miracle de charité, issu d’un dialogue éclairé ou d’une politique modérée « raisonnable ». Il a plutôt été une concession obtenue par les travailleurs, au terme de décennies de lutte contre le patronat.
L’État-providence, dans ses différentes versions, a été célébré comme l’une des plus grandes réussites du mouvement ouvrier en Europe occidentale. Et ce n’est pas une surprise : l’État-providence a représenté un progrès immense pour les conditions de vie et de travail de la population en général. La santé, l’espérance de vie et la Sécurité sociale se sont développées de manière prodigieuse en une période relativement courte, au fur et à mesure que l’État-providence émergeait au cours du XXe siècle.
Cependant, dans les dernières décennies, les institutions et les services de protection sociale ont été soumis à une pression accrue. La question est désormais de savoir si l’État-providence survivra à l’actuel projet politique de la droite : l’offensive néolibérale. Sur ce point, les avis divergent considérablement, tant au sein qu’en dehors du mouvement ouvrier. Certains soutiennent que les principales institutions de l’État-providence sont intactes, et que les dérégulations ainsi que les ajustements effectués depuis les années 1980 étaient fondamentalement nécessaires pour préparer l’État-providence à une nouvelle ère. D’autres, dont je fais partie, considèrent que l’État-providence a été soumis à une pression immense et à des attaques de puissantes forces économiques et politiques.
D’importantes mesures de régulation politique ont été démantelées, les pensions publiques ont été affaiblies, l’accès aux institutions de protection sociale a été restreint, les régimes universels ont été remplacés par des octrois conditionnels de ressources, les contributions des usagers ont augmenté, et les intérêts économiques privés ont envahi des secteurs clés. En d’autres termes, l’existence même de l’État-providence est désormais menacée.
La lutte sociale comme fondement
Les discussions autour de la crise de l’État-providence sont toutefois généralement simplistes. Le concept global d’État-providence est souvent abordé sans tenir compte de ses origines sociales et historiques, ni des rapports de force qui l’ont rendu possible. Si nous voulons réellement appréhender le potentiel et les perspectives de l’État-providence, une étude plus approfondie de ce modèle social particulier est cruciale.
Soyons clairs : la qualité et le niveau des services sociaux est une question de pouvoir économique, social et politique. L’émergence du mouvement syndical, en alliance avec d’autres mouvements populaires, et leur lutte menée pendant des décennies contre le capital et les intérêts patronaux, a créé des rapports de force inédits, par le biais de régulations du marché, de la propriété publique et du contrôle démocratique des infrastructures de base. Cela nous a apporté une protection sociale et des services publics universels et de haute qualité.

