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La gauche doit balayer devant sa porte

Felix Bartels

—22 juin 2022

Si la gauche veut s’opposer au bellicisme, elle doit attaquer l’impérialisme dans son ensemble. Les leçons de Liebknecht, Lénine et Luxemburg sont toujours d’actualité en 2022.

Actuellement, quiconque connaît un peu d’histoire est sûr de devoir faire face à des réactions hostiles. Certes, il est admis que la guerre en Ukraine n’est pas tombée du ciel, que l’OTAN s’est étendue vers l’est depuis 1991 et que l’alliance a un palmarès impressionnant d’agressions militaires. Mais « ce n’est pas le bon moment pour en parler ». Probablement parce qu’en géopolitique, rien n’est lié à autre chose.

Felix Bartels est un auteur, un chercheur littéraire et un éditeur. Il travaille à Berlin pour le groupe d’édition Eulenspiegel, où il est responsable de la maison d’édition Aurora. Il publie régulièrement sur la théorie politique, l’histoire de la philosophie, la littérature et le cinéma, notamment dans les médias de gauche Junge Welt, Neues Deutschland et konkret.

On est accusé de « whataboutism »1 en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « drujba » (amitié en ukrainien). Et cela vient de personnes qui appellent aujourd’hui à la livraison d’armes et au réarmement, ou même à la participation aux opérations de combat. Cela vient en tout cas de personnes qui ont fait de cette vision unilatérale du conflit une question de conscience, et qui ne ménagent pas leurs efforts pour nous imposer un tableau dans lequel la Russie est uniquement coupable, l’Ukraine uniquement victime et le dénommé Occident uniquement spectateur. Elles rejettent toute interrogation sur les liens, sous prétexte que cela équivaudrait à justifier la guerre. Beaucoup d’entre elles ne découvrent toutefois leur amour de la paix que maintenant, lorsque, pour changer, c’est un autre que l’OTAN qui largue des bombes.

Grands et petits esprits

Avant de ranger ses troupes en ordre de bataille, il faut avoir un plan clair à l’esprit. En effet, revenir en arrière n’est ensuite plus possible. Faisons un instant comme si nous ne savions rien, ayons un regard naïf au lieu d’avoir une vue d’ensemble. Un pays se sert de la guerre civile dans un pays voisin comme prétexte pour violer la souveraineté dudit pays, l’attaquer et séparer de force la région habitée par la minorité opprimée. Ensuite, ce pays légitime cet acte militaire par un référendum dans cette région. Si on dresse ce tableau sans mentionner aucun nom, il apparaît que tant la guerre en Ukraine que la guerre au Kosovo correspondent à cette description. Ce que La Russie fait aujourd’hui, c’est ce que l’OTAN fait depuis des décennies.

Il en va de même dans le domaine de la guerre psychologique. Depuis quelque temps, on assiste à une levée de boucliers soigneusement étudiée contre les filiales des médias d’État russes et les prétendues usines à trolls qui influencent les populations des États occidentaux. On se sent déstabilisé et on souligne que la propagande russe ne vise pas seulement la gauche anti-impérialiste, mais aussi les milieux de droite. On alimente ainsi à nouveau l’idée d’un front rouge-brun. Donc : un pays tente de renforcer une opposition politiquement disparate (à la fois de gauche et de droite) d’un autre pays par le biais de médias et d’un soutien financier direct, c’est-à-dire qu’il vise une déstabilisation avec l’objectif à long terme d’imposer une orientation politique qui lui convient dans cet autre pays. Mais n’est-ce pas là une constante de la politique étrangère étasunienne depuis 1945 ? N’est-ce pas exactement ce que l’Occident fait en Ukraine depuis 2004 ?

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