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C’est le 16 juin 1918, dans l’État de l’Ohio, que Debs prononça son célèbre discours contre la guerre. Cela lui valut d’être arrêté deux semaines plus tard, au nom de ce fameux Espionage Act. Il est condamné à 10 ans de prison. Lors de son procès, il ne chercha pas à nier ses opinions. Au contraire, il les réitéra lors d’un nouveau discours. Depuis sa prison, il refit campagne pour la présidentielle de 1920 et obtint près d’un million de voix. Il fut amnistié en décembre 1921 par le président Harding. Eugene V Debs, avant d’être un militant politique connu pour ses prises de positions anti-guerre, avait été un fervent syndicaliste. En 1893, en pleine crise économique, Debs fonda la American Railway Union. Il fut condamné une première fois pour ses actions syndicales, et il affirma que c’est en prison qu’il fut conquis par la pensée socialiste. Par la suite, c’est sous sa présidence que le parti socialiste devint réellement un mouvement national – avec près de 100 000 membres. Le parti, certes populaire, fut rapidement traversé par des querelles intestines. Certaines figures de gauche, comme Ray Ginger ou encore Susan Anthony, le critiquaient pour ne pas suffisamment inclure la cause antiraciste ou féministe dans sa lutte. Debs réfuta ces positions en affirmant que la classe ouvrière devait rester unie et que le parti devait représenter toute la classe, même s’il soutenait évidemment les luttes contre la ségrégation des travailleurs noirs. Debs s’opposa aussi à ceux qui dans le syndicat Industrial Workers of the World, dont il était resté très proche, optaient pour un syndicalisme apolitique qui prônait la violence et le sabotage. Eugene Debs reste encore aujourd’hui un exemple pour le mouvement socialiste états-unien. Ce n’est pas un hasard si Zohran Mamdani, nouveau maire de gauche de New York, le cita lors de son discours de victoire: «Merci mes amis, le soleil s’est peut-être couché sur notre ville ce soir mais, comme l’a dit un jour Eugene Debs: “Je vois poindre l’aube d’un jour meilleur pour l’humanité.”» |
Parler au nom des travailleurs, plaider la cause des hommes, des femmes et des enfants courbés sous le labeur, servir la classe ouvrière, a toujours été pour moi un immense privilège, un devoir d’amour.
Je reviens d’une visite là où trois de nos camarades les plus loyaux paient le prix fort de leur dévouement envers la cause de la classe ouvrière. Comme beaucoup d’entre nous, ils ont pris conscience qu’exercer son droit constitutionnel à la liberté d’expression dans un pays qui lutte pour la sécurité de la démocratie dans le monde est extrêmement dangereux.
En m’adressant à vous cet après-midi, je suis conscient que certaines limites sont imposées au droit à la liberté d’expression. Je dois parler avec précaution et prudence, et redoubler de vigilance dans le choix de mes mots. Si je ne peux pas dire tout ce que je pense, je ne dirai rien que je ne pense pas. Je préfère mille fois être une âme libre en prison qu’être un flagorneur et un lâche dans la rue. Ils peuvent bien mettre ces garçons et d’autres parmi nous sous les verrous, mais ils ne peuvent pas mettre en prison le mouvement socialiste. Les barreaux séparent leurs corps des nôtres, mais leurs âmes sont ici cet après-midi. Ils ne font que payer la peine que tous les hommes ont payée au cours de l’histoire pour s’être levés et avoir cherché à ouvrir la voie à de meilleures conditions pour l’humanité. Sans les hommes et les femmes qui, dans le passé, ont eu le courage moral d’aller en prison, nous vivrions encore dans la jungle. (…) Mais avant de poursuivre dans cette voie, permettez-moi de rappeler une petite histoire qui, je pense, nous intéresse tous.

En 1869, Liebknecht père, ce grand guerrier de la révolution sociale, a été arrêté et condamné à trois mois de prison pour la guerre qu’il menait, en tant que socialiste, contre le Kaiser et les junkers (seigneurs terriens, ndlt) qui gouvernaient l’Allemagne. Pendant ce temps, la guerre franco-prussienne a éclaté. Liebknecht et Bebel étaient les deux députés socialistes au Reichstag. Ils sont les seuls à avoir eu le courage de protester contre la prise de l’Alsace-Lorraine à la France et son annexion à l’Allemagne. Pour cela, ils ont été condamnés à deux ans de prison, accusés tous deux de haute trahison. Parce que même à cette époque, il y a presque cinquante ans, ces dirigeants, ces précurseurs du mouvement socialiste international luttaient contre le Kaiser et les junkers d’Allemagne. Ils continuent de les combattre à ce jour. Des milliers de socialistes ont croupi dans les prisons allemandes pour leur lutte héroïque contre la classe dirigeante despotique de ce pays.
Les guerres ont toujours été déclarées par la classe dominante et menées par la classe dominée. La classe dominante a toujours eu tout à gagner et rien à perdre; la classe dominée a toujours eu tout à perdre, et rien à gagner.
Continuons notre voyage dans le temps. Vous vous souvenez qu’à la fin de son second mandat présidentiel, Theodore Roosevelt s’est rendu en Afrique pour faire la guerre à certains de ses ancêtres. Vous vous souvenez qu’à la fin de son expédition, il a visité les capitales d’Europe et qu’il a été reçu à dîner, honoré et glorifié par tous les Kaisers, tsars et empereurs de l’Ancien Monde. Il s’est rendu à Potsdam alors que le Kaiser s’y trouvait et, d’après les récits publiés dans les journaux étasuniens, lui et le Kaiser n’ont pas tardé à se tutoyer. Ils affichaient une grande familiarité et se donnaient des claques dans le dos. Selon les mêmes témoignages, après avoir passé en revue les troupes du Kaiser, Roosevelt s’est enthousiasmé pour ses légions et a déclaré: «Si j’avais une telle armée, je pourrais conquérir le monde.» Il connaissait le Kaiser à l’époque aussi bien qu’il le connaît aujourd’hui. Il savait qu’il était le Kaiser, la Bête de Berlin. Et pourtant, il s’est laissé divertir par la Bête de Berlin; il a dîné avec la Bête de Berlin; il s’est tenu côte à côte avec la Bête de Berlin. Et pendant que Roosevelt se faisait recevoir royalement par l’empereur allemand, ce même empereur faisait jeter en prison les dirigeants du Parti socialiste pour avoir combattu son pouvoir et celui des junkers allemands. Roosevelt était l’invité d’honneur de la «Maison-Blanche» du Kaiser pendant que les socialistes croupissaient dans ses geôles pour l’avoir défendu. Qui se battait alors pour la démocratie ? Roosevelt ? Roosevelt, qui a été honoré par le Kaiser, ou les socialistes qui ont été emprisonnés sur ordre du Kaiser ? «Qui se ressemble s’assemble.»
Lorsque la presse a rapporté que l’empereur Guillaume et l’ex-président Theodore s’étaient reconnus immédiatement et qu’ils étaient devenus amis au premier contact, elle a fait l’aveu fatal à la prétention de Theodore Roosevelt d’être l’ami des gens du peuple et le champion de la démocratie. Les journaux ont admis qu’ils étaient des amis intimes, qu’ils se ressemblaient beaucoup, et que leurs idées comme leurs idéaux étaient à peu près les mêmes. Si Theodore Roosevelt est le grand champion de la démocratie et l’ennemi juré de l’autocratie, pourquoi était-il l’invité d’honneur de l’empereur de Prusse ? Et lorsqu’il a rencontré le Kaiser et lui a fait honneur dans les conditions qui sont les siennes, n’était-ce pas une preuve assez forte qu’il était lui-même un Kaiser dans l’âme ? Et maintenant, après avoir été le convive de l’empereur Guillaume, la Bête de Berlin, voilà qu’il revient au pays et qu’il veut envoyer dix millions d’hommes là-bas pour tuer le Kaiser, pour assassiner son vieil ami. Plutôt étrange, vous ne trouvez pas ? Pourtant, c’est lui le patriote, et nous les traîtres. Je vous mets au défi de trouver un socialiste, où que ce soit sur la terre, qui ait jamais été l’invité de la Bête de Berlin, sauf en tant que détenu de sa prison, Liebknecht père et Liebknecht fils héroïque de son immortel géniteur. (…) Lénine, Trotski et d’autres figures de proue de la révolution ont été accusés d’être des traîtres, d’avoir conclu une paix traîtresse avec l’Allemagne. Examinons brièvement ce point. Au moment de la révolution, la Russie était en guerre depuis trois ans. Sous le régime tsariste, elle avait perdu plus de quatre millions de soldats mal vêtus, mal équipés, à moitié morts de faim, tués ou rendus invalides sur le champ de bataille. Elle était totalement ruinée. Ses soldats étaient pour la plupart dépourvus d’armes. Voilà ce que le tsar et son régime ont légué à la révolution. Lénine et Trotski ne sont pas responsables de ces conditions, pas plus que les bolcheviks. Les seuls responsables de cette situation consternante étaient le tsar et sa bureaucratie pourrie. Lorsque les bolcheviks sont arrivés au pouvoir et ont fouillé les archives, ils ont découvert et exposé les traités secrets conclus entre le tsar et le gouvernement français, le gouvernement britannique et le gouvernement italien, proposant, une fois la victoire acquise, de démembrer l’empire allemand et de détruire les Puissances centrales. Ces traités n’ont jamais été niés ou répudiés. La presse étasunienne en a très peu parlé. Je dispose d’une copie de ces traités qui montrent que l’objectif des Alliés est exactement le même que celui des Puissances centrales, à savoir la conquête et la spoliation des nations les plus faibles, ce qui a toujours été le but de la guerre. À travers l’Histoire, les guerres ont toujours été menées pour conquérir et piller. Au Moyen-Âge, lorsque les seigneurs féodaux, qui habitaient les châteaux dont les tours sont encore visibles le long du Rhin, voulaient agrandir leurs domaines, accroître leur pouvoir, leur prestige et leur richesse, ils se déclaraient la guerre. Mais ils ne faisaient pas la guerre eux-mêmes, pas plus que les seigneurs féodaux modernes, les barons de Wall Street. Les barons féodaux du Moyen Âge, les prédécesseurs économiques des capitalistes d’aujourd’hui, déclaraient toutes les guerres. Et leurs misérables serfs livraient toutes les batailles. On avait appris aux pauvres serfs ignorants à vénérer leurs maîtres, à croire que lorsque ceux-ci se déclaraient la guerre, il était de leur devoir patriotique de se jeter les uns sur les autres et de s’égorger mutuellement pour le profit et la gloire des seigneurs et des barons qui les méprisaient. Voilà fondamentalement ce qu’est la guerre. Les guerres ont toujours été déclarées par la classe dominante et menées par la classe dominée. La classe dominante a toujours eu tout à gagner et rien à perdre; la classe dominée a toujours eu tout à perdre (en particulier la vie), et rien à gagner.
Ils vous ont toujours enseigné et entraîné à croire qu’il était de votre devoir patriotique d’aller à la guerre et de vous faire massacrer sur leurs ordres. Mais dans toute l’Histoire du monde, vous, le peuple, n’avez jamais eu voix au chapitre pour déclarer la guerre. Et aussi étrange que cela puisse paraître, aucune guerre menée par aucune nation, à quelque époque que ce soit, n’a jamais été déclarée par le peuple.
Permettez-moi d’insister sur ce fait, on ne le répétera jamais assez. La classe ouvrière qui mène toutes les batailles, la classe ouvrière qui fait les sacrifices suprêmes, la classe ouvrière qui verse abondamment son sang et fournit les cadavres, n’a encore jamais eu son mot à dire, que ce soit pour déclarer la guerre ou pour conclure la paix. C’est la classe dominante qui fait invariablement les deux. Ils sont les seuls à déclarer la guerre et à conclure la paix.
Jamais ne demandez pourquoi; Obéissez, et allez au trépas. Voilà leur devise. Nous nous y opposons au nom des ouvriers de cette nation qui se réveillent.
Si la guerre est juste, qu’elle soit déclarée par le peuple. Vous qui avez votre vie à perdre, vous avez bien plus que tout autre le droit de décider de la question cruciale de la guerre ou de la paix. (…) Ce sont les minorités qui ont fait l’Histoire de ce monde. Ce sont les rares personnes qui ont eu le courage de prendre place au front; qui ont été assez fidèles à elles-mêmes pour dire la vérité qui était en elles; qui ont osé s’opposer à l’ordre établi des choses; qui ont épousé la cause des pauvres qui souffrent et qui luttent; qui ont défendu la cause de la liberté et de la justice sans se soucier des conséquences personnelles. Ce sont eux, les quelques héros qui se sont sacrifiés, qui ont écrit l’Histoire de l’humanité et qui ont ouvert la voie pour passer de la barbarie à la civilisation.
Vous devez posséder vos propres outils. Ainsi vous serez réellement maîtres de votre travail, jouirez du fruit de votre labeur, et vous serez des hommes libres plutôt que des esclaves de l’industrie.
(…) Mais, grâce à Dieu, à toutes les époques et dans toutes les nations, il s’est trouvé des esprits courageux et indépendants, et ils ont su être à la hauteur de leur mission historique. Et nous, rassemblés ici aujourd’hui, sommes leurs éternels obligés, car dans leur lutte pour nous laisser un monde meilleur, ils ont souffert, se sont sacrifiés, ont été emprisonnés, ont eu les os brisés sur la roue de torture, ont été brûlés sur le bûcher et ont eu leurs cendres dispersées au vent par les mains de la haine et de la vengeance. Nous leur sommes infiniment redevables pour ce qu’ils ont accompli et ce qu’ils ont enduré pour nous et, la seule façon de leur témoigner notre gratitude est de faire de notre mieux pour ceux qui viendront après nous. Voilà l’objectif principal de tous les socialistes de la planète. Ils commettent des erreurs, mais en tirent des leçons. Ils essuient de nombreuses défaites, mais se renforcent grâce à elles. Ils ne reculent jamais. Le cœur du socialiste international ne bat jamais en retraite.
Voulez-vous hâter le jour de la victoire ? Rejoignez le Parti socialiste ! N’attendez pas demain, rejoignez-nous ! Inscrivez votre nom sans crainte et prenez votre place qui vous revient. En particulier en ces temps, vous avez surtout besoin de savoir que vous n’êtes pas faits pour être des esclaves et de la chair à canon. Vous devez savoir que vous n’avez pas été créés pour travailler, produire et vous appauvrir afin d’enrichir un exploiteur oisif. Vous devez savoir que vous avez un esprit à développer, une âme à faire grandir et une dignité humaine à préserver. Vous devez entrer en contact avec vos camarades et vos collègues de travail, prendre conscience de vos intérêts, de vos pouvoirs et de vos possibilités en tant que classe. Vous devez savoir que vous appartenez à la grande majorité de l’humanité. Cela sera le changement le plus important de votre vie, et le jour viendra où vous me remercierez de l’avoir proposé. Pour moi, ce fut une journée mémorable. Je m’en souviens très bien. C’était comme passer des ténèbres de minuit à la lumière de midi. (…) Le système capitaliste prétend avoir une grande considération pour l’intelligence et la récompenser. Les capitalistes s’attribuent tout le mérite d’avoir des cerveaux supérieurs. Lorsque nous nous sommes aventurés à dire que le jour viendrait où la classe ouvrière gouvernerait, ils ont répondu sans ambages: «Jamais ! Il faut de la cervelle pour gouverner». Et bien sûr, les ouvriers n’en ont pas. Et ils s’efforcent de le prouver en soutenant fièrement les partis politiques de leurs maîtres, sous l’administration desquels ils sont maintenus dans la pauvreté et la servitude.
Le gouvernement exploite aujourd’hui ses chemins de fer afin de poursuivre plus efficacement la guerre. La propriété privée s’est totalement effondrée et le gouvernement a dû venir à la rescousse. Nous avons toujours affirmé que le peuple devait être propriétaire des chemins de fer et les exploiter au profit du peuple. C’est ce que nous préconisions il y a vingt ans. Mais les capitalistes et leurs hommes de main s’y sont catégoriquement opposés. «Il faut de la cervelle pour diriger les chemins de fer», ont-ils rétorqué, moqueurs. Il y a peu, McAdoo, le gouverneur général des chemins de fer exploités par le gouvernement, a congédié tous les présidents à haut salaire et autres surnuméraires. En d’autres termes, il a licencié les «cerveaux». Pourtant, tous les trains sont arrivés et repartis à l’heure. Avez-vous remarqué une détérioration depuis le départ des «cerveaux» ? Le système, à présent, est opéré par des «mains», bien plus efficacement qu’il ne l’était auparavant. Cela démontre, infailliblement, la qualité de leurs «cerveaux» capitalistes, tant vantés et si coûteux. Leur cervelle est du genre que vous pouvez obtenir à un prix raisonnable sur le marché. Ils se sont toujours attribués le mérite d’avoir des cerveaux supérieurs et ont ainsi justifié la suprématie de leur classe. Il est vrai que leur cerveau a la ruse du renard, du loup, mais pour ce qui est du cerveau qui dénote l’intelligence réelle et la mesure de la capacité intellectuelle, ils sont les personnes les plus terriblement ignorantes de la planète.
Le syndicat industriel est le précurseur de la démocratie industrielle. Quand vous êtes unis et agissez ensemble pour le bien commun, votre pouvoir est invincible.
Donnez-moi cent capitalistes comme on en trouve ici dans l’Ohio et laissez-moi leur poser une dizaine de questions simples sur l’Histoire de leur propre pays. Je vous prouverai qu’ils sont aussi ignorants et incultes que les membres de la soi-disant classe inférieure. Ils connaissent mal l’Histoire, sont étrangers à la science, ignorent la sociologie et sont aveugles à l’art, mais ils savent comment exploiter, comment escroquer, comment voler, et comment le faire légalement. Ils font toujours les choses dans la légalité, car la classe qui a le pouvoir de voler à grande échelle a également le pouvoir de contrôler le gouvernement et de légaliser ce vol. Je regrette que le manque de temps m’empêche d’aborder plus longuement cet aspect de la question.
Ils ne cessent de parler de votre devoir patriotique. Leur devoir patriotique ne les préoccupe pas, seulement le vôtre. Il y a une nette différence. Leur devoir patriotique ne les conduit jamais sur la ligne de front ou dans les tranchées. (…) Oui, un changement est certainement nécessaire. Pas seulement un changement de parti, mais un changement de système. Un passage de l’esclavage à la liberté et du despotisme à la démocratie à l’échelle du monde. Lorsque ce changement se produira enfin, nous passerons de la brutalité à la fraternité. Pour y parvenir, nous devons éduquer et organiser les travailleurs sur le plan industriel et politique. (…)
Et la guerre survient contre la volonté de la population. Lorsque Wall Street dit «guerre», la presse dit «guerre» et l’Église ne tarde pas à répondre «Amen». À toutes les époques, les prédicateurs ont été du côté des dirigeants et non du côté du peuple. (…) L’action politique et l’action syndicale doivent se compléter et se soutenir mutuellement. Vous ne ferez jamais advenir la république socialiste en votant. Vous devrez en jeter les bases dans les organisations de travailleurs de l’industrie. Le syndicat industriel est le précurseur de la démocratie industrielle. Quand vous êtes unis et agissez ensemble pour le bien commun, votre pouvoir est invincible.
Lorsque vous vous serez organisés dans votre industrie, vous apprendrez rapidement que vous pouvez la gérer et la faire fonctionner. Vous vous rendrez vite compte que vous n’avez pas besoin des maîtres et des exploiteurs oisifs. Ce ne sont que des parasites. Ils ne vous emploient pas comme vous l’imaginez. C’est vous qui les employez pour vous prendre ce que vous produisez. C’est ainsi qu’ils fonctionnent dans l’industrie. Vous pouvez tout à fait vous en passer. Vous n’avez pas besoin de dépendre d’eux pour votre travail. Vous ne pourrez jamais être libres tant que vous travaillerez et vivrez à leurs crochets. Vous devez posséder vos propres outils. Ainsi vous serez réellement maîtres de votre travail, jouirez du fruit de votre labeur, et vous serez des hommes libres plutôt que des esclaves de l’industrie.
Organisez-vous dans vos industries et rendez votre organisation complète. Ensuite, réunissez-vous dans le Parti socialiste. Votez comme vous faites grève et faites grève comme vous votez. Votre syndicat et votre parti embrassent la classe ouvrière. Le Parti socialiste exprime les intérêts, les espoirs et les aspirations des laborieux du monde entier. Faites entrer vos collègues dans le syndicat industriel et le parti politique auxquels ils appartiennent légitimement. Entrez dans les rangs du Parti socialiste et prenez votre place; contribuez à inspirer les faibles et à convaincre ceux qui doutent. Apportez votre pierre à l’édifice pour hâter l’avènement d’un jour meilleur et plus lumineux pour nous tous.
Lorsque nous nous unirons et agirons ensemble sur le terrain industriel et lorsque nous voterons ensemble le jour des élections, nous développerons le pouvoir historique de la seule classe capable d’apporter – et qui apportera – une paix durable dans le monde. Nous aurons alors l’intelligence, le courage et la puissance nécessaires à notre grande mission. En temps voulu, l’industrie sera organisée sur une base coopérative. Nous conquerrons le pouvoir public. Nous transférerons alors les titres de propriété des chemins de fer, des lignes télégraphiques, des mines, des usines et de grandes industries à la collectivité du peuple. Nous prendrons possession de toutes ces infrastructures sociales au nom du peuple. Nous aurons alors une démocratie industrielle. Nous serons une nation libre dont le gouvernement est du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Oui, en temps voulu, nous prendrons le pouvoir dans cette nation et dans le monde entier. Nous détruirons toutes les institutions capitalistes asservissantes et dégradantes, et les recréerons en institutions libres et humanistes. Tous les jours, le monde évolue sous nos yeux. Le soleil du capitalisme se couche; celui du socialisme se lève. Il est de notre devoir de construire la nation nouvelle et la république libre. Nous avons besoin de bâtisseurs industriels et sociaux. Nous, socialistes, sommes les bâtisseurs du monde plus beau à venir.
En temps voulu, l’heure sonnera et cette grande cause triomphante, la plus grande de l’Histoire, proclamera l’émancipation de la classe ouvrière et la fraternité de toute l’humanité.
L’Espionage Act, en 1917, et la Sedition Act, en 1918, sont des lois fédérales états-uniennes visant à interdire toute immixtion dans les opérations militaires des États-Unis, et notamment dans les stratégies de recrutement de l’appareil militaire. C’était un outil pénal qui avait pour but d’éteindre les sentiments anti-guerre de la population états-unienne. Du fait de ces lois, près de 900 personnes furent emprisonnées, dont Eugene V Debs, président du parti socialiste et quintuple candidat à la présidentielle états-unienne. Le président Wilson l’appelait «traître à son pays», notamment parce qu’en 1918, Debs avait apporté son soutien à des camarades emprisonnés pour s’être opposés à la conscription pour la Première Guerre mondiale.

