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Elle a sillonné l’entièreté du pays pour y organiser les travailleurs, essentiellement des mineurs, mais aussi des femmes et des enfants. Elle a notamment organisé une marche des enfants sur Washington pour militer contre leur travail forcé. Les grèves des mineurs de Cabin Creek et Paint Creek, qui ont duré de 1912 à 1913, ont été largement soutenues par Mother Jones. Elles ont été le début de ce qu’on a appelé les West Virginia Coal Wars, une période de grèves et actions militantes minières de près de 10 ans. Les mineurs demandaient une augmentation de salaire, une amélioration de leurs conditions de travail et la reconnaissance du syndicat de la United Mine Workers. Lorsque les employeurs ont refusé ces demandes, les tensions ont augmenté, et les entreprises ont embauché des agents armés pour casser le mouvement. Les grévistes ont réagi en s’armant à leur tour, avec l’aide de militants du parti socialiste. Le gouverneur de la Virginie-Occidentale a alors décrété la loi martiale dans la région, ce qui n’a fait qu’augmenter les tensions. En 1920, celles-ci étaient à leur apogée et ont enclenché la Battle of Blair Mountain – la plus grande insurrection aux États-Unis depuis la guerre civile. Mother Jones a été une figure centrale de ces «guerres minières», jusqu’à son arrestation. Enfermée dans une prison militaire, elle a été condamnée à 20 ans de prison pour incitation à la violence. Sous la pression d’une intense mobilisation, le gouverneur a fini par la libérer après seulement 85 jours d’incarcération. Elle a repris son travail militant jusqu’à sa mort à plus de 90 ans, en 1930. |
Ce grand rassemblement qui se tient ici ce soir indique la présence dans l’État d’une maladie devant être éradiquée. Le peuple a patiemment souffert de cette maladie; il a enduré les insultes, l’oppression, les outrages; il a cherché de l’aide auprès de ses patrons, des tribunaux, du procureur général, en vain. Ils ont été ignorés. Ils ne doivent pas être écoutés, contrairement aux grandes entreprises.
Quand nous nous trouvions sur les terrains du Capitole la dernière fois que vous êtes venus, vous étiez munis d’une pétition pour le gouverneur demandant un recours et une solution pacifiques à cette situation. Les propriétaires de mines, les banquiers, les pilleurs de l’État ont été entendus, contrairement à vous.

À présent, voilà qu’ils proposent de mettre sur pied une commission, suggérée par les propriétaires de mines. Les mineurs ont soumis une liste de noms parmi lesquels choisir, et les propriétaires ont déclaré: «Nous ne voulons pas de commission.» Puis, lorsqu’ils ont découvert que le Congrès, le gouvernement fédéral, s’apprêtait à intervenir et à examiner votre maudit système de péonage, ils se sont montrés disposés à accepter cette commission.
Alors, ils se sont réunis — les cerveaux rusés des exploitants se sont rassemblés. Quel genre de commission ont-ils mis en place ? Un évêque, un «ilote du ciel» travaillant pour Jésus; un avocat, et un membre de la milice de l’État, originaire de Fayette City. Au nom de Dieu, que savent ces hommes de vos tourments là-haut, à Cabin Creek et à Paint Creek ? Voyez-vous l’insulte directe que vos représentants officiels opposent à votre intelligence ? Ils vous considèrent comme une bande d’ennemis, plutôt que comme ceux qui accomplissent le travail. S’ils avaient voulu être équitables, ils auraient choisi trois mineurs, trois exploitants et deux citoyens. (…)
Maintenant, venez avec moi remonter ces ruisseaux, et voyez les limiers des propriétaires de mines, approuvés par vos responsables publics. Voyez-les insulter les femmes, voyez-les remonter la voie ferrée. Je me suis rendue là-haut et ils m’ont suivie comme des meutes de chiens. Mais un jour, c’est moi qui les suivrai. Quand je les verrai aller en enfer, je ramasserai le charbon et je l’entasserai sur eux.
Je regarde les petits enfants nés dans des conditions aussi horribles. Je regarde les petits enfants qui ont été jetés dehors.
Maintenant, laissez-moi vous poser une question. Quand un mineur — un mineur à qui ils ont arraché une jambe dans les mines sans jamais lui verser un centime de dédommagement — a protesté, ils se sont introduits chez lui il y a tout juste une semaine, ont jeté à la rue tous ses biens terrestres, et lui, sa femme et ses six enfants ont dormi sur le bord de la route toute la nuit. Supposons que nous ayons pris le propriétaire d’une mine, sa femme et ses enfants pour les jeter sur la route et les forcer à y dormir toute la nuit, les journaux hurleraient à «l’anarchie». (…)
Partout où les travailleurs luttent contre les voleurs, c’est là que je me trouve.
Mais, mes concitoyens, mes compatriotes, lorsqu’ils pillent ces mineurs, ces enfants, jetés sur les grandes routes, insultés — pensez-vous qu’ils deviendront de bons citoyens en grandissant ? La vengeance et le ressentiment s’enracineront en eux s’ils parviennent à l’âge adulte; ils se développeront, ils tueront, ils assassineront pour se venger de ceux qui les ont dépouillés. Je veux que vous mettiez fin à cela. Je veux que les enfants bénéficient des meilleures influences, je veux que les enfants reçoivent une bonne instruction, je veux que les femmes ne connaissent que le bien, je veux laisser à cette nation des hommes plus nobles et des femmes plus grandes.
Prenez possession de ce Capitole, ce terrain est le vôtre. C’est vous qui avez bâti ce Capitole, n’est-ce pas ? C’est vous qui payez les agents publics, n’est-ce pas ? C’est vous qui avez payé pour ce terrain, n’est-ce pas ? Alors, à qui appartient-il ? Dès lors, pourquoi la milice vous a-t-elle chassés ? Vous avez été hypnotisés. Le problème est qu’ils voulaient perpétuer le système esclavagiste. Ils vous maintiennent sous hypnose. Ils veulent que les pasteurs vous répètent qu’à votre mort, un lit vous attendra au paradis. (…)
Vous n’êtes qu’une bande de lâches et vous n’avez pas assez de moelle dans votre colonne vertébrale pour graisser la queue de deux chats noirs. Si vous étiez des hommes animés d’un tant soit peu de sang révolutionnaire, vous ne toléreriez pas les gardes Baldwin, n’est-ce pas ? Non, vous ne le toléreriez pas. (…)
J’ai déjà vécu la loi martiale par le passé, mais elle n’avait jamais été poussée à un tel extrême. Nous étions au moins autorisés à aller rendre visite aux nôtres. Ici, en Virginie-Occidentale, vous ne pouvez pas vous déplacer. Vous ne pouvez pas tenir de réunion. Je veux vous dire que le droit à la liberté d’expression sera maintenu, dussent-ils engager toute la milice de l’État pour nous assassiner. Nous n’abandonnerons pas ce droit.
J’ai ici des lettres reçues des esclaves de la Norfolk and Western: «Pour l’amour de Dieu, Mother, venez et faites quelque chose pour nous.» J’en ai reçu de New River: «Pour l’amour de Dieu, venez faire quelque chose pour nous, et aidez-nous.» (…) Durant des siècles et des siècles, ils vous ont maintenus sous le coup du fouet. Est-ce là une chose que vous, citoyens, allez cautionner ? N’y a-t-il pas un problème ? Dites, les gars, arrêtez ça. Très bien, alors. Ils viendront à votre rencontre le jour des élections. Vous pourrez porter une baïonnette le 5 novembre; vous pourrez vous rendre aux urnes, y déposer une baïonnette et la leur planter en plein cœur.
Alors, ils ne pourront plus avoir de milice. Ils ne vous le voleront pas [ le bulletin ] si vous faites votre devoir. J’aimerais bien voir les limiers des grandes entreprises voler mon bulletin de vote si j’en avais un. Je les balaierais. L’un d’eux finirait à l’atelier de mécanique pour réparations et il n’en sortirait pas de sitôt après que j’en aurais fini avec lui. Vous autres, avec la bosse des corporations sur le dos, j’espère que vous le ferez. (…)
C’est là ma mission: faire tout ce qui est en mon pouvoir pour élever l’humanité afin qu’elle brise ses chaînes. Les mineurs me sont proches. Les ouvriers de la sidérurgie le sont aussi. Une fois, lorsque je me suis saisie de la question mexicaine, je me suis rendue au Congrès pour y porter l’affaire. Elle a été présentée devant la grande commission. Dalzell (représentant républicain au Congrès et défenseur des grands intérêts industriels, NdR) m’a dit: «Mother Jones, où vivez-vous ?» J’ai répondu: «Aux États-Unis, monsieur.» «Dans quelle partie des États-Unis ?» a-t-il demandé. J’ai dit: «Partout où les travailleurs luttent contre les voleurs, c’est là que je me trouve. Parfois, je suis en Arizona pour combattre les voleurs et les pirates sangsues de la Southern Pacific», ai-je dit. «Parfois, je suis là-haut, dans le bassin sidérurgique, à combattre ces meurtriers et ces pillards; parfois, je suis en Pennsylvanie pour y combattre les voleurs, les meurtriers et les sangsues, et par le Dieu éternel, nous allons vous balayer et vous mettre hors d’état de nuire.» (…)
Une autre chose que je fais pour les miens, c’est de leur montrer comment l’Armée du Salut a vu le jour. C’était une nécessité pour le capitalisme. En développant le machinisme, le capitalisme a commencé à s’étendre, une oligarchie de Wall Street a commencé à déployer ses tentacules, et il lui a fallu une Armée du Salut pour façonner les esprits des travailleurs et les maintenir satisfaits de leur sort. Il m’arrive de montrer comment l’Armée du Salut, l’Église et toutes les autres institutions deviennent commerciales à l’époque dans laquelle nous vivons. Je ne les tourne pas en dérision. D’une certaine manière, elles accomplissent un bon travail. Je ne les approuve pas, car je sais qu’elles sont capitalistes dans leur nature même.
Lorsque le Mail ou tout autre journal prétend que je les tourne en dérision, je tiens à déclarer que c’est faux. Je montre toujours aux travailleurs comment ils sont hypnotisés, et peu m’importe qu’il s’agisse de l’Armée du Salut, de l’Église ou de l’évêque siégeant au sein de cette commission.
Le choix des membres de cette commission représentait les trois ailes du capitalisme. Il n’y a aucune aile des travailleurs au sein de cette commission. À en juger par les questions qu’ils posent, il est d’une évidence flagrante qu’ils ne comprennent rien à votre maladie ni à vos tourments, et qu’ils n’en ont jamais fait l’étude.
Dès lors, mes frères, je ne me laisserai pas museler par le Mail. J’ai déjà été assassinée par ce porc visqueux par le passé, mais cela ne m’a jamais fait reculer. J’ai croisé le fer au milieu de la nuit avec les limiers, mais cela ne m’a jamais fait renoncer au drapeau rouge. Je leur dis que nous sommes engagés dans une lutte jusqu’au bout. (…)
Toute la machine du capitalisme est pourrie jusqu’à la moelle. Ce rassemblement de ce soir marque un jalon dans le progrès des mineurs et des travailleurs de l’État de Virginie-Occidentale. Je serai à vos côtés, et les gardes Baldwin s’en iront. Vous ne serez pas des serfs, vous marcherez, marcherez, marcherez encore, de jalon en jalon, vers la liberté humaine; vous vous lèverez comme des hommes à l’aube d’un jour nouveau et l’esclavage recevra son coup de grâce. Il doit mourir.
Née Mary G. Harris Jones en 1837, Mother Jones fut surnommée «la femme la plus dangereuse d’Amérique» par un procureur général. Elle fut interdite de séjour dans plusieurs États américains, arrêtée et emprisonnée à de multiples reprises pour son militantisme. Organisatrice syndicale, membre du

