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Discours aux Osages

Tecumseh

—25 juin 2026

Les colons états-uniens n’étaient guère plus de 4 millions lors de leur prise d’indépendance en 1776. En 1830, ils étaient déjà 13 millions. En 1791, Knox et Jefferson affirmaient que les autochtones détenaient un droit de sol et devaient être laissés tranquilles. Mais très vite, la pression des colons poussa le gouvernement fédéral à racheter la Louisiane à la France en 1803 et à déplacer de force les natifs vers ces terres tout en rachetant les leurs.

Parmi ceux qui s’opposaient à ces rachats, Tecumseh affirmait que ces terres appartenaient aux peuples autochtones dans leur ensemble et ne pouvaient être vendues. Né en 1768, ce chef Shawnee rencontre en 1810 William Henry Harrison, futur président des États-Unis, pour exiger l’annulation d’un traité de rachat de terres. Devant le refus d’Harrison, il le menace de guerre et parcourt le continent à la recherche d’alliés. Son projet de confédération autochtone sera nommé la Rébellion de Tecumseh et durera deux ans. C’est lors de ces voyages qu’il rencontre les Osages de l’actuel Oklahoma. Sans utiliser le terme, il dénonce le plan génocidaire de l’occupant.

Tecumseh rallie 3 500 guerriers à sa cause. En 1812, quand la guerre éclate entre les Britanniques et les États-Unis, il rejoint le camp anglais pour combattre son véritable ennemi: le colon américain. En 1813, lors d’une bataille, Tecumseh est tué – et son rêve de confédération avec lui. À la fin des années 1830, les derniers Shawnees d’Ohio sont déplacés de force à l’ouest du Mississippi, et le président Jackson, ignorant les promesses de Jefferson, occupe les terres autochtones par menaces, rachats et traités forcés.

Tecumseh reste une figure centrale de l’histoire native américaine. Souvent exotisé sous les traits du «noble sauvage», il a longtemps été difficile de distinguer la fiction de la réalité. Tecumseh est bel et bien un symbole d’une lutte anti-impérialiste et anti-génocidaire du 19e siècle.

 

F nous sommes amis; nous devons nous entraider pour porter nos fardeaux. Le sang de beaucoup de nos pères et de nos frères a coulé comme de l’eau sur le sol, pour satisfaire l’avarice des hommes blancs. Nous sommes nous-mêmes menacés d’un grand mal; rien ne les apaisera sinon la destruction de tous les hommes rouges.

Les hommes blancs ne sont pas les amis des Indiens: rien ne les satisfera, sinon l’intégralité de nos territoires de chasse.

Frères, — Quand les hommes blancs ont posé le pied pour la première fois sur nos terres, ils avaient faim; ils n’avaient aucun endroit où étendre leurs couvertures ou pour allumer leurs feux. Ils étaient faibles; ils ne pouvaient rien faire par eux-mêmes. Nos pères eurent pitié de leur détresse et partagèrent librement avec eux tout ce que le Grand Esprit avait donné à ses enfants rouges. Ils leur donnèrent de la nourriture quand ils avaient faim, des remèdes quand ils étaient malades, étendirent des peaux pour qu’ils puissent dormir et leur donnèrent des terres pour qu’ils puissent chasser et cultiver le maïs.

Frères, — Les Blancs sont comme des serpents venimeux: lorsqu’ils ont froid, ils sont faibles et inoffensifs; mais ranimez-les par la chaleur, et ils piquent leurs bienfaiteurs à mort. Le peuple blanc est venu parmi nous dans la faiblesse; et maintenant que nous les avons rendus forts, ils souhaitent nous tuer ou nous repousser, comme ils le feraient avec des loups et des panthères.

Tecumseh, chef Shawnee, rêvait d’une confédération unissant les tribus natives pour résister à l’expansion coloniale états-unienne. Un projet titanesque, brisé dès 1811 par William Henry Harrison (futur président), dont les soldats rasèrent le quartier général. Loin de se résigner, il leva en 1813 une armée de 3 000 guerriers issus de 32 tribus. Il mourut cette même année à la bataille de la rivière Thames, tué, dit-on, par le futur vice-président Richard Johnson.

Frères, — Les hommes blancs ne sont pas les amis des Indiens: au début, ils n’ont demandé que la terre suffisante pour un wigwam; à présent, rien ne les satisfera sinon l’intégralité de nos territoires de chasse, du lever au coucher du soleil. Frères, — Les hommes blancs veulent plus que nos territoires de chasse; ils souhaitent tuer nos guerriers; ils tueraient même nos vieillards, nos femmes et nos petits.

Frères — Mon peuple souhaite la paix; les hommes rouges souhaitent tous la paix; mais là où se trouvent les Blancs, il n’y a point de paix pour eux, si ce n’est sur le sein de notre mère.

Frères, — Les hommes blancs méprisent et trompent les Indiens; ils les maltraitent et les insultent; ils ne pensent pas que les hommes rouges soient assez bons pour vivre. Les hommes rouges ont enduré de nombreuses et grandes blessures; ils ne devraient plus les subir. Mon peuple ne le fera pas; ils sont déterminés à se venger; ils ont empoigné le tomahawk; ils le gaveront de sang; ils boiront le sang du peuple blanc.

Frères, — Mon peuple est brave et nombreux; mais le peuple blanc est trop fort pour eux seuls. Je souhaite que vous preniez le tomahawk avec eux. Si nous nous unissons tous, nous ferons en sorte que les rivières teintent les grandes eaux de leur sang.

Frères, — Si vous ne vous unissez pas à nous, ils nous détruiront d’abord, puis vous deviendrez une proie facile pour eux. Ils ont détruit de nombreuses nations d’hommes rouges parce qu’elles n’étaient pas unies, parce qu’elles n’étaient pas amies les unes des autres. Il enverra ses braves guerriers contre eux; il nous enverra des fusils, et tout ce dont nous aurons besoin — il est notre ami, et nous sommes ses enfants.

Frères, — Notre Grand Père, par-delà les grandes eaux, est en colère contre les Blancs, nos ennemis.

Frères, — Qui sont ces Blancs pour que nous les craignions ? Ils ne courent pas vite et sont de bonnes cibles à abattre: ce ne sont que des hommes; nos pères en ont tué beaucoup; nous ne sommes pas des squaws, et nous tacherons la terre de rouge avec leur sang.

Frères, — Nous devons être unis; nous devons fumer la même pipe; nous devons mener les batailles les uns des autres; et, par-dessus tout, nous devons aimer le Grand Esprit; il est de notre côté; il détruira nos ennemis et rendra tous ses enfants rouges heureux.

Ce texte est gardé presque en son entièreté. 3 courts passages ont été retirés, par soucis d’espace. Deux de ceux-ci portaient sur le «Grand Esprit», figure religieuse à laquelle Tecumseh fait référence en tant qu’origine du monde et comme étant en colère avec l’envahisseur blanc. Source du texte original: History Is A Weapon (HIAW)