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Horizon 2028 : quand l’U.E. prépare son réarmement sur le sang des Palestiniens

Isis Pohl

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Kenny Agboton

—23 avril 2026

L’Union européenne augmente son budget militaire et Israël en sera le principal bénéficiaire. Le prochain programme-cadre de l’UE pour la recherche et l’innovation,“Horizon 2028”, va pousser plus loin encore la folie militariste et la collaboration avec l’État génocidaire israélien.

La recherche en Europe fonce dans le mur de la militarisation

L’Union européenne a fait un choix brutal : son prochain budget sera consacré à l’armement. Le plan ReArm Europe, renommé Readiness 2030, pour éviter toute polémique, en est l’épine dorsale. 800 milliards de fonds redirigés, levés et prêtés pour le militaire aux dépens des dépenses dans la santé, l’agriculture ou l’éducation.

La recherche universitaire, elle, n’échappera pas aux plans militaristes de la Commission.

Isis Pohl est étudiante en criminologie, militante aux Jeunes FGTB et coordonnatrice de Stop Funding Genocide.

Horizon, c’est le programme phare de la Commission européenne pour la recherche et l’innovation. Depuis 2014, ce programme vise à nourrir l’excellence scientifique et technologique de l’UE, stimuler la compétitivité et créer des emplois. Horizon 2020-2027 repose sur 5 grandes missions : l’adaptation au changement climatique, les villes connectées et neutres en carbone, la recherche sur le cancer, un pacte pour des sols sains en Europe et la restauration de nos océans et nos eaux. En somme : des recherches pour le climat et contre le cancer.

Pour le nouveau programme Horizon 2028, on double la mise : le budget du programme européen de recherche passe de 80 milliards d’euros à 175 milliards d’euros.

Surtout, la présentation de ce futur programme par la Commission européenne affiche de nouvelles priorités, complètement différentes. Le 3ème pilier, intitulé “le pilier de l’innovation”, est explicite : “Le Conseil européen de l’innovation (CEI) sera élargi afin de financer, par étapes, des projets de rupture à haut risque et introduira un axe stratégique dédié aux startups de la défense et des technologies à double usage

La Commission européenne est claire : désormais, l’une des grandes priorités de la recherche chez nous, c’est la militarisation.

Israël le partenaire VIP de l’Union européenne 

Quid, dans tout ça, du lien avec Israël ?

L’Union européenne et Israël sont liés à travers un cadre de collaboration avantageux : l’accord d’association UE-Israël. Ce cadre normalise l’Etat d’Israël et en fait un partenaire privilégié de l’Union européenne en matière de coopération économique, académique et de dialogue politique. Vous nous voyez venir, le nom du programme académique est Horizon.

La Commission européenne est claire : désormais, l’une des grandes priorités de la recherche chez nous, c’est la militarisation.

Accéder aux fonds d’Horizon Europe est un parcours du combattant où le « rendement » devient un critère essentiel de sélection. Dans cette course aux financements, le futur programme Horizon 2028, axé sur la défense, place Israël en partenaire incontournable. Leur atout ? Des technologies de surveillance et d’armement déjà rodées (en Palestine) et utilisées comme un laboratoire à ciel ouvert.

Pour les universités européennes, le dilemme est éthique mais surtout financier. Face à l’austérité, intégrer un consortium avec des institutions israéliennes devient un avantage stratégique pour séduire la Commission européenne avec du matériel « éprouvé ». Refuser cette collaboration, c’est risquer l’exclusion de contrats lucratifs. La quête de survie académique force ainsi les universités à s’aligner sur des projets répressifs pour garantir leur propre financement.

Kenny Agboton est étudiant en affaires européennes, co-fondateur de l’ASBL Racism Search, représentant ULB de Stop Funding Genocide

Pourtant le boycott académique d’Israël n’a rien de symbolique, Maya Wind, citoyenne israélienne, chercheuse à l’Université de Californie à Riverside et autrice du livre Towers of Ivory and Steel, How Israeli Universities Deny Palestinian Freedom confirme cette mécanique. Elle y démontre que les universités israéliennes jouent un rôle crucial dans le maintien du système d’apartheid et de colonisation en Palestine. De la même façon, le programme de sept ans pourrait défigurer la recherche européenne pour longtemps, en l’intégrant dans un complexe militaro-industriel-universitaire, à l’image de ce qui s’est produit en Israël. Les universités construites hier comme vecteur de paix, pourraient demain être tributaires de la guerre.

L’urgence est là. Alors que les négociations sur ce programme de recherche sont en cours, non seulement à Bruxelles, mais dans tous les gouvernements des Etats membres, les politiques comme les recteurs et rectrices restent silencieux·ses.

Pas d’Horizon 2028 avec Israël et pas de recherche universitaire pour la guerre. Interpellons nos ministres, nos commissaires et députés européens.

Face au reniement de l’Union européenne et des universités, les étudiant·e·s du monde entier se sont mobilisé·e·s et ont déjà arraché des victoires. À l’Université libre de Bruxelles (ULB), l’occupation est parvenue à pousser les autorités à rompre les partenariats bilatéraux avec les universités israéliennes. Ailleurs, à Dublin, Barcelone, Amsterdam, Milan, Lausanne ou Ljubljana; même schéma et mêmes résultats. À l’Université de Gand (UGent), la mobilisation a abouti à un précédent historique : le retrait officiel de l’université du projet européen OSTEONET avant son terme, suite à une évaluation négative de sa commission d’éthique sur le partenaire israélien. Ce désengagement a reçu l’aval de la Commission européenne, qui a renoncé à toute sanction financière, ouvrant la voie à l’annulation d’autres collaborations au sein du programme Horizon dans toute l’Europe.

Et l’Etat israélien ne cesse de s’en inquiéter. L’Association des directeurs d’université israélienne a même mis en place un groupe de travail contre le boycott . Preuve indéniable que le boycott académique attaque directement là où ça fait mal. Leurs universités pourraient perdre les milliards alloués par la Commission, en plus de l’isoler des réseaux scientifiques mondiaux et impacter leur légitimité à l’international.

Le génocide à Gaza se poursuit, le Liban est bombardé et une partie du territoire est annexé. Il est temps de mettre les génocidaires face aux conséquences de leurs actes et prendre les décisions qui s’imposent.

Pas d’Horizon 2028 avec Israël et pas de recherche universitaire pour la guerre.  Interpellons nos ministres, nos commissaires et députés européens. Faisons monter la pression sur nos recteurs et rectrices pour qu’ils et elles excluent formellement l’Etat d’Israël de leurs projets Horizon 2028.  Nous avons déjà atteint un boycott partiel qui paraissait impossible à atteindre, il y a quelques années. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas parvenir au boycott total ?

Dans cette ère de l’armement et du mépris de l’humanité; ce sera notre mobilisation, ou notre perdition.

Cet article parait dans Magma, la rubrique jeune de Lava Media. Retrouvez tous les articles de la rubrique : https://lavamedia.be/fr/category/articles-fr/magma-fr/