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Des racines du fascisme et de ses variantes

Kurt Gossweiler

— 16 décembre 2019

Lorsque naît un monopole, il ne cherche pas à imposer sa dominance sur le plan économique uniquement, mais sur le plan politique également. C’est l’essence même du fascisme. (*)

Avant même qu’on ne parle de fascisme, les marxistes s’interrogeaient déjà sur les changements politiques qu’entraînerait le passage de la libre concurrence capitaliste au capitalisme monopoliste. En 1910, dans son étude sur le capital financier1, l’économiste marxiste autrichien Rudolf Hilferding distinguait déjà de nouvelles tendances économiques, politiques et idéologiques qui n’ont trouvé leur pleine expression que sous le fascisme2.

Les travaux d’Hilferding sont importants en ce sens qu’ils réfutent les idées qui démentent l’origine impérialiste de l’idéologie fasciste. «Ce que veut le capital financier, ce n’est pas la liberté, mais la domination», écrit-il. «Le capital financier a besoin de l’État, qui doit lui assurer par sa politique douanière et une politique salariale stricte le contrôle du marché intérieur et lui faciliter la conquête de marchés extérieurs. […] La politique de force sans limites devient rapidement un besoin fondamental du capitalisme financier.» Hilferding a démontré que l’objectif d’expansionnisme, découlant de l’économie, a complètement modifié la vision du monde de l’élite: «L’idéal pacifique pâlit et l’idée de l’humanité est remplacée par l’idéal de la grandeur et de la puissance. […] L’idéal est d’assurer à sa propre nation la domination sur le monde, effort aussi illimité que la tendance au profit du capital dont il découle. Cet effort devient une nécessité économique. […] L’idéologie raciste est ainsi une justification sous déguisement scientifique des ambitions du capital financier. […] À l’idéal d’égalité démocratique s’est substitué un idéal oligarchique de domination. Simultanément la force croissante des ouvriers pousse le capital à renforcer encore le pouvoir de l’État en tant que sauvegarde contre les revendications prolétariennes. Ainsi l’idéologie de l’impérialisme apparaît comme une victoire sur les vieilles idées libérales.» 3

Lénine écrit dans son œuvre majeure sur l’impérialisme que «les particularités politiques de l’impérialisme sont la réaction sur toute la ligne et le renforcement de l’oppression nationale».4 «L’impérialisme», poursuit Lénine, «est l’âge du capital financier et des monopoles, qui provoquent partout des tendances à la domination et non à la liberté.» 5 Dans un autre ouvrage datant également de 1916, il écrit: «La superstructure politique qui coiffe la nouvelle économie, le capitalisme monopoliste […] c’est le tournant à partir de la démocratie vers la réaction politique. À la libre concurrence correspond la démocratie. Au monopole correspond la réaction politique.»6

Le passage au capitalisme monopoliste comme préalable fondamental

Lorsque naît un monopole, il ne cherche pas à imposer sa domination sur le plan économique uniquement, mais sur le plan politique également. Cette pulsion résulte d’une pulsion objective, autrement dit l’envie de ne pas simplement réaliser un profit moyen «normal», mais des profits monopolistes supplémentaires, de façon a ce que les accumulations nécessaires pour pouvoir survivre face à la concurrence puissent être préservées. Les profits monopolistes sont donc réalisés au détriment de toute la société. La démocratie civile et le parlementarisme offrent néanmoins quelques possibilités – limitées il est vrai – aux classes non monopolistes et aux couches de la population de se défendre contre l’exploitation accrue et le pillage organisé par le capital financier et les grands propriétaires fonciers qui y sont étroitement liés. Et c’est principalement pour cette raison que ces derniers tentent d’éliminer les quelques possibilités existantes, d’anéantir la démocratie parlementaire et d’asseoir une dictature ouverte et illimitée, quelle qu’en soit la forme et quel que soit le nom qu’on lui donne.

Tout ceci nous amène à ce que Palmiro Togliatti formule en ces termes: «Il est impossible de définir l’essence même du fascisme si on ne connaît pas l’impérialisme… La réponse, on la trouve chez Lénine, dans ses ouvrages sur l’impérialisme.» 7 C’est là une approche tout à fait valable puisque l’avènement du fascisme et son évolution historique vont confirmer les caractéristiques politiques de l’impérialisme telles que les a caractérisées Lénine.

Le fascisme, en tant que mouvement politique, et plus précisément en tant que régime politique, s’est développé partout comme le noyau absolu de la tendance impérialiste à la domination et la violence. Le passage de la libre concurrence au capitalisme monopoliste constitue donc la base économique et par conséquent la première et principale condition de l’avènement du fascisme. La tendance à la réaction et à la violence de l’oligarchie financière qui découle de cette base économique, son attitude foncièrement hostile envers la démocratie et sa quête naturelle et offensive d’un pouvoir sans limites constituent les premières racines du fascisme. La tendance impérialiste à la réaction et à la violence n’a pris une forme fasciste qu’après la Première Guerre mondiale et après la victoire de la Révolution d’Octobre, autrement dit au moment où la crise généralisée du capitalisme est devenue un fait avéré.

La crise généralisée du capitalisme comme condition directe

La crise généralisée du capitalisme, qui a éclaté au même moment que la Première Guerre mondiale comme conséquence inéluctable de l’intensification des contradictions impérialistes, est une crise qui touche l’ensemble du système social. La révolution russe a fait naître au sein du capital monopoliste un profond désir de non seulement restreindre les faits et gestes du mouvement ouvrier, mais aussi d’aller beaucoup plus loin et de carrément le museler. L’attitude hostile de l’élite vis-à-vis de la démocratie prendra par conséquent des formes beaucoup plus intenses.

Le désir du capital monopoliste d’accroître son monopole économique en y ajoutant un monopole du pouvoir s’était jusque-là surtout traduit par des tentatives continues de renforcer le pouvoir exécutif au détriment du parlement et par la prise de mesures répressives contre le mouvement ouvrier. À cela s’ajoute désormais une revendication plus violente de l’élite, celle d’anéantir le mouvement ouvrier révolutionnaire et l’Union soviétique. L’élite va alors se servir des groupements réactionnaires du capital financier, ce qui débouchera notamment sur des actions armées contre la Russie soviétique. Situation que Lénine caractérise en ces termes: «tous les événements sur l’échiquier politique mondial se concentrent nécessairement autour d’un même point central, à savoir le combat de la bourgeoisie mondiale contre la République soviétique de Russie.» 8

Une autre conséquence de cette revendication est que le spectre politique va être «enrichi» en organisations et partis dont le principal objectif est d’anéantir le communisme et le mouvement ouvrier en recourant principalement à la violence. Ces nouvelles organisations font leur apparition après la défaite de l’armée conventionnelle et de la police face aux ouvriers révolutionnaires armés. En 1918, les soldats de l’ancienne armée allemande ont ignoré l’ordre de réprimer la révolte des matelots et des ouvriers et ont rejoint la Révolution de novembre. Il va se produire plus ou moins la même chose dans les pays de l’Entente qui ont envoyé leurs troupes combattre l’Armée rouge. Avec ce qu’il reste de l’ancienne armée, des groupes de combat vont être constitués qui, à l’instar des Freikorpsen en Allemagne, sont généralement sous les ordres d’officiers contre-révolutionnaires. S’ils parviennent à réprimer les révoltes, ils n’ont pas la force, en Allemagne surtout, d’affronter la résistance d’une classe ouvrière unie et d’imposer une dictature ouverte. En témoignent les tentatives avortées de donner forme à un tel régime et en particulier l’échec retentissant du putsch de Kapp. Il leur manque une pensée politique porteuse pour pouvoir mettre sur pied une base parmi les masses.

À l’inverse, les partis traditionnels – y compris ceux à droite de l’échiquier politique – n’ont ni la structure requise, ni l’organisation, ni l’idéologie pour affronter un combat militant extraparlementaire proche d’une guerre civile contre le mouvement ouvrier. De son côté, la social-démocratie ne convient pas du tout pour ce genre de combat. Malgré ses leaders de droite, elle est restée pour les cercles les plus réactionnaires du capital financier la cible de ce genre d’offensive.

Togliatti définit le parti fasciste comme étant «un parti bourgeois d’un genre nouveau».

Les événements révolutionnaires, qui se sont déroulés dans de nombreux pays au lendemain de la victoire de la Révolution d’Octobre, ont permis aux dirigeants de réaliser que leur arsenal ne suffisait plus et que pour faire face aux changements il leur fallait une organisation plus moderne et une arme nouvelle tant sur le plan militaire que sur le plan politique pour pouvoir lutter contre le mouvement ouvrier. Le fascisme a été la réponse à ce besoin pressant. Togliatti définit d’ailleurs le parti fasciste comme étant «un parti bourgeois d’un genre nouveau». Sa fonction principale et ses méthodes existaient déjà bien avant que le parti lui-même ne voie le jour et qu’on ne trouve un concept pour le définir ou qu’on lui donne un nom, notamment les interventions en tant que force de protection militante du capital en faisant régner un climat de terreur aux allures de guerre civile contre le mouvement ouvrier d’une part, et l’agitation et la propagande démagogique d’autre part dans le but de rallier un maximum de partisans.

Le fascisme est donc né de la nécessité de passer de la défensive à l’offensive dans la lutte contre le socialisme. L’hégémonie doit être rétablie par l’anéantissement des partis communistes et de l’Union soviétique. La nécessité d’une organisation capable d’amener d’importantes parties de la classe laborieuse à se détourner du mouvement ouvrier internationaliste d’orientation marxiste pour se rapprocher de manière durable de la politique ouvertement impérialiste est un besoin tout aussi impérieux. Le problème de la «nationalisation de la communauté ouvrière» est un problème de premier ordre pour la classe dominante, en particulier dans les pays où les idées révolutionnaires ont eu une forte résonnance. Parmi les grandes puissances impérialistes, ce sont principalement l’Allemagne et l’Italie qui sont concernées.

Le fascisme en Europe après la Première Guerre mondiale

Bien avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, l’évolution inégale du capitalisme avait déjà donné naissance à des tendances et des ambitions antidémocratiques allant de pair avec le passage au capitalisme monopoliste, mais dont les répercussions n’ont pas été les mêmes partout. Les conséquences de la crise généralisée du capitalisme – la sortie de la Russie du système mondial, la désorganisation de l’économie capitaliste, l’intensification des contradictions de classes et des conflits sociaux – ont eu après la guerre un impact différent selon les pays. De manière générale, on distingue trois groupes différents :

  • Le premier groupe réunit les pays qui grâce à la guerre n’ont (pratiquement) connu qu’une avancée. Parmi les pays qui ont participé à la guerre, seuls les États-Unis sont concernés. Alors qu’en 1913, ils avaient une dette de trois milliards de dollars vis-à-vis de l’Europe, cette dette va non seulement complètement disparaître après la guerre, mais c’est à eux à présent que les alliés doivent de l’argent. En effet, les alliés doivent aux États-Unis neuf milliards en prêts et fournitures de guerre. L’impérialisme américain, qui ne s’est pas affaibli avec la guerre, mais qui est devenu au contraire beaucoup plus puissant, dispose à présent de moyens beaucoup plus importants qu’auparavant, des moyens qui vont lui permettre d’amasser des gains considérables sur le dos des autres peuples. Dans de telles circonstances, l’émergence d’un mouvement ouvrier suffisamment puissant pour menacer le système est impossible; même un parti politique réformiste d’une certaine importance n’y est pas parvenu. La puissance économique qui émane du dollar rend inutile la mise en place d’un régime national qui repose essentiellement sur le recours à une violence brutale contre la classe laborieuse.Parmi les pays qui vont pleinement profiter de la guerre, on retrouve également les pays dits neutres qui sont intervenus en qualité de courtiers et fournisseurs des deux côtés et qui en tant que banques centrales ont pu amasser des sommes d’argent considérables grâce aux bénéfices de guerre différés, il s’agit en particulier des Pays-Bas et de la Suisse, mais aussi des États scandinaves, à savoir la Norvège, le Danemark et la Suède. Outre leur position neutre avantageuse, la structure économique et sociale spécifique de ces pays a contribué à ce qu’on n’en arrive pas à des contradictions de classes aussi aiguës qu’en Allemagne par exemple. Là aussi, la nécessité d’un régime fasciste ne se fait pratiquement pas sentir.
  • Le second groupe réunit les grandes puissances victorieuses d’Europe occidentale, Grande-Bretagne et France en tête. Les ravages et les dépenses de guerre ont accablé la population de ces pays. À cela viennent s’ajouter les pertes que le capital a dû assumer lorsque le gouvernement soviétique a décidé d’annuler toutes les dettes extérieures tsaristes. La bourgeoisie de ces grandes puissances a néanmoins pu compenser une partie de ces dettes et de ces pertes en les répercutant sur l’ennemi vaincu, quant à l’autre partie, elle a été répercutée sur les populations des colonies et des territoires où ces grandes puissances ont pu exercer leur influence. On a de cette manière évité une intensification extrême des contradictions de classes. Ces compensations expliquent pourquoi après la Première Guerre mondiale la classe dominante des pays d’Europe occidentale jugeait plus judicieux de maintenir la démocratie libérale et d’en supporter les coûts plutôt que d’entreprendre des tentatives hasardeuses pour mettre un terme à cette forme de société par la violence.Parmi les vainqueurs, l’Italie fait figure d’exception. Si l’élite italienne n’a pas perdu la guerre, elle estime néanmoins que la victoire lui est passée sous le nez. En effet, ses souhaits n’ont pas été réalisés, que ce soit sur la côte Adriatique ou en Afrique. La fin de la guerre a par ailleurs entraîné l’effondrement de l’industrie lourde. Et la situation dans laquelle se trouve l’Italie ressemble plus à celle du perdant allemand qu’à celle des autres pays qui ont remporté la guerre. «En Italie», a déclaré Clara Zetkin, «le fascisme a trouvé dans cette économie affaiblie et disloquée un terreau fertile. […] Tous les effets négatifs de la guerre ont porté un coup fatal à l’économie et aux finances publiques. Une crise effroyable a éclaté. Industrie, artisanat et commerce se sont retrouvés à l’arrêt, entraînant faillite sur faillite […] La guerre a également laissé des centaines de milliers d’invalides, de veuves et d’orphelins derrière elle. Avec la crise, les soldats démobilisés désespérément à la recherche d’un emploi ont rejoint les masses d’ouvriers, ouvrières et employés licenciés. Une gigantesque vague de misère s’est abattue sur l’Italie qui a connu son point culminant entre l’été de l’année 1920 et le printemps de l’année 1921.» 9 Tout comme ce fut le cas en Allemagne en 1918/19, il n’y avait en Italie aucune possibilité de renverser le système capitaliste malgré la tension révolutionnaire. La raison était, selon Gramsci et Togliatti, l’absence d’un parti communiste10.
  • Le troisième groupe réunit les perdants de la Première Guerre mondiale. Ce groupe inclut une seule grande puissance: l’Allemagne. Dans aucun des autres États impérialistes, l’écho de la Révolution d’Octobre n’a résonné aussi longtemps. De même, aucun autre pays n’a été aussi durement touché par les effets de la crise généralisée du capitalisme11. Tous les facteurs qui avant la Première Guerre mondiale ont conduit à l’agression et l’expansionnisme allemand se sont amplifiés. Le domaine d’exploitation est amputé d’un huitième de sa superficie suite à l’expropriation de toutes les colonies et à la restriction territoriale. En raison des réparations de guerre imposées, le capital monopoliste allemand doit partager ses bénéfices avec les vainqueurs. La compétitivité de l’Allemagne est par ailleurs très affaiblie. Étant donné les circonstances, la démocratie libérale devient pour les capitalistes monopolistes allemands un luxe qu’ils ne peuvent plus se permettre12. Une première attaque a lieu en 1920 avec le putsch de Kapp. Même si le fiasco est total, on ne perd pas de vue l’objectif final qui est la mise en place d’une dictature sans restriction. Dans les projets des monopolistes allemands et de la noblesse, la République de Weimar n’est dès le départ qu’une «république à durée limitée» 13.

Dans les projets des monopolistes allemands et de la noblesse, la République de Weimar n’est dès le départ qu’une «république à durée limitée».

Tout cela explique pourquoi l’Allemagne est le seul État hautement industrialisé où le fascisme va recevoir, dès 1919 à 1923, le soutien massif de plusieurs cercles au sein de la classe dominante et va pouvoir se développer et devenir un mouvement qui aura l’audace de commettre un coup d’État. L’Allemagne de 1918 est par ailleurs la preuve historique qu’il n’existe pas d’automatisme économique qui conduise inévitablement au fascisme14. Pour le capital monopoliste, la situation dans les années 1918-1923 est indéniablement plus urgente qu’en 1933. La différence c’est qu’à cette époque, un mouvement ouvrier fort va venir contrecarrer les projets dictatoriaux. En ce qui concerne un éventuel lien fatal et indéniable entre crises et victoire fasciste, il n’existe pas de preuves théoriques ou historiques.

Outre ces trois groupes, il convient d’également s’intéresser aux États le long de la frontière occidentale de l’Union soviétique, à l’est et au sud-est de l’Europe et de leur accorder une attention toute particulière. Dans ces pays, le développement capitaliste est nettement moins avancé par rapport aux pays d’Europe occidentale et d’Europe centrale, ce qui laisse supposer que les conditions pour que le fascisme puisse s’y développer sont à peine remplies. Or dans un système mondial capitaliste, les relations politiques intérieures des petits États sont dirigées et très fortement influencées par les grandes puissances et leurs puissants monopoles. Par ailleurs, l’avènement du fascisme est une conséquence de la crise généralisée du capitalisme. L’exemple de l’Union soviétique a été très inspirant, en particulier pour ses voisins. Dans ces pays, les flagrantes contradictions sociales vont donner naissance à des mouvements révolutionnaires, et en Hongrie cela va même déboucher sur la mise en place d’une république des conseils15. La terreur blanche et les ambitions fascistes dans cette région sont donc alimentées par deux sources différentes: la contre-révolution interne et les efforts des grandes puissances pour encercler l’Union soviétique d’États ennemis. Un cercle que l’on va cyniquement baptiser «cordon sanitaire». Si le but est d’empêcher que la révolution ne se propage, l’objectif est surtout de mettre en place des positions de départ en vue d’une campagne militaire contre le pouvoir soviétique16.

Les États d’Europe de l’Est restent aux yeux des grandes puissances une base idéale pour une intervention contre l’Union soviétique.

Hormis en Autriche et en Tchécoslovaquie, on aura dans ces pays dont le développement économique accuse un certain retard une série de similitudes17: une bourgeoisie relativement affaiblie, une classe ouvrière faible en nombre, mais potentiellement dangereuse, une économie affaiblie et fracassée par la guerre, un appareil d’État désorganisé et un antisémitisme largement répandu18. Les partis communistes sont en place depuis peu et leurs cadres les plus actifs sont soit persécutés, soit emprisonnés, voire liquidés. Il existe néanmoins quelques différences de taille entre ces États, notamment en ce qui concerne leur passé et le camp qu’ils ont choisi durant la Première Guerre mondiale. De ce point de vue, on distingue trois groupes :

  • Le premier groupe se compose des États qui jusqu’en 1918 ont fait partie de la Russie, à savoir la Finlande, les pays baltes, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et le Royaume de Pologne. En Finlande et dans les pays baltes, un pouvoir soviétique est mis en place en 1917/18 qui sera renversé par les soldats allemands et les troupes de l’Entente. La démocratie libérale est donc imposée à ces pays par les baïonnettes des armées étrangères. L’ordre sera «rétabli» par la terreur blanche. En effet, l’élite de ces pays ne peut prendre le risque de laisser la démocratie s’installer sans restrictions majeures. Les partis communistes sont toujours là, soit ils sont totalement interdits, soit ils se retrouvent dans une situation de semi (il) légalité. Ces États restent aux yeux des grandes puissances une base idéale pour une intervention contre l’Union soviétique. Il est donc de leur intérêt de faire en sorte que dans aucun de ces pays ne soit mis en place un gouvernement véritablement démocratique, susceptible de nouer des relations amicales avec l’Union soviétique. En Pologne également, le mouvement des conseils est réprimé par la violence avec l’aide de l’Entente. L’alliance entre ouvriers et paysans en Union soviétique est vécue comme cauchemardesque par la bourgeoisie polonaise et les grands propriétaires fonciers polonais. C’est ce qui explique que la Pologne sera reconstruite comme l’un des États les plus réactionnaires d’Europe, tant en ce qui concerne la politique nationale qu’en ce qui concerne la politique étrangère19. En mai 1926, un régime dictatorial est mis en place après le coup d’État du général Pilsudski, comparable au régime de l’amiral Horthy en Hongrie.
  • Le second groupe réunit les États qu’on désigne par le terme «alliés» de l’Entente, qui font partie des vainqueurs de la Première Guerre mondiale et qui, au détriment des perdants, ont pu étendre leur territoire. Dans la région en question, la Roumanie fait partie de ce groupe. Tout comme la Pologne, la Roumanie bénéficie du soutien de l’Entente. Avec l’aide des troupes roumaines, l’Entente va mettre un terme à la république des conseils de Hongrie. Tout comme la classe dominante polonaise, la classe dominante roumaine craint plus que tout que le rayonnement du pouvoir soviétique ne se propage à sa propre population20. Une crainte que vient renforcer le mouvement ouvrier qui, dans ce pays très peu développé, peut compter sur un noyau révolutionnaire bien organisé parmi les ouvriers de l’extraction pétrolière et du chemin de fer. C’est pour cela que la classe dominante roumaine n’autorisera qu’un régime civil et démocratique extrêmement limité. Le parti communiste qui a vu le jour après la grande grève générale de 1920 fera l’objet de persécutions constantes pour finalement être interdit en 1924.
  • Le troisième groupe réunit les alliés de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale, à savoir la Hongrie et la Bulgarie. Ce n’est donc en rien un hasard si dans ces pays la classe dominante va très vite pouvoir ouvertement asseoir sa dictature. En 1919-20 déjà pour la Hongrie après le renversement de la République des conseils et en juin 1923 pour la Bulgarie. Les fondements de la société civile dans ces pays sont non seulement menacés par les facteurs qui entrent en ligne de compte dans toute la région, mais aussi par les traités de paix de Trianon (avec la Hongrie) 21 et de Neuilly (avec la Bulgarie) 22 qui vont leur imposer d’énormes pertes territoriales – un tiers de la superficie totale de la Hongrie –, d’énormes frais en réparations et une forte diminution de leurs troupes. Grâce à la terreur blanche, la dictature de l’amiral Horthy va pouvoir s’installer en Hongrie et rester au pouvoir de manière ininterrompue jusqu’en octobre 1944 malgré plusieurs changements, date à laquelle Ferenc Szálasi, marionnette des fascistes allemands, prendra le relais.

Pour une grande partie de la population hongroise, le traité de Trianon est synonyme d’extrême dégradation sociale. La plupart des Hongrois sont face à un trou noir, ils sont sans logement et sont de plus en plus nombreux à se retrouver dans une situation désespérée et en grand désarroi. Près de 14 000 wagons sont alors transformés en logements de fortune23. De nombreux officiers et militaires de carrière que l’armée affaiblie n’est plus en mesure d’héberger se retrouvent eux aussi privés de leurs moyens de subsistance. Ce ressentiment va délibérément être canalisé au profit de l’antisémitisme. Des rangs de la classe moyenne déracinée vont naître des organisations fascistes, qui vont associer nationalisme débridé et revanchisme à des slogans antisémites et anticapitalistes, et qui, de leur propre initiative, vont terroriser non seulement les ouvriers, mais aussi organiser le pillage des boutiques et habitations de riches bourgeois juifs, et même s’opposer aux grands propriétaires fonciers24. Initialement, ces groupes vont apporter leur soutien à la dictature de l’amiral Horthy lors des opérations de liquidation des ouvriers socialistes. Le souhait de la Hongrie qui réclame une révision du traité de Trianon ainsi que la restitution des territoires perdus, mais aussi la nature même du régime vont logiquement la rapprocher de l’Italie fasciste et de l’Allemagne d’Hitler, pays avec lesquels elle signera finalement une alliance. Le leitmotiv de l’établissement et du maintien de la dictature sous Horthy est et reste l’oppression du mouvement ouvrier, mais aussi empêcher que le Parti communiste ne puisse un jour devenir une véritable force.

L’alliance entre ouvriers et paysans en Union soviétique est vécue comme cauchemardesque par l’élite polonais.

En Bulgarie, le mouvement révolutionnaire est lui aussi confronté à une terreur violente et aux persécutions après l’échec de la révolte à l’automne 191825. Malgré tout, l’influence des communistes ne cesse de s’étendre. Quarante pour cent des ouvriers sont membres du Parti communiste26. Tout comme c’est le cas en Hongrie, la bourgeoisie bulgare recourt largement aux services de l’armée. Le 9 juin 1923, après un coup d’État, un régime dictatorial est ainsi mis en place, qui portera le nom du ministre président Alexander Zankoff, arrivé au pouvoir grâce à ce putsch27. La révolte qui fait suite à l’appel du Parti communiste bulgare est matée et le PCB se retrouve plongé dans l’illégalité la plus totale28. Tout comme c’est le cas en Hongrie, la classe dominante bulgare n’est pas en mesure de stabiliser son hégémonie sous un régime civil démocratique. Dès 1923, le peuple bulgare se retrouve soumis à une dictature comparable à celle d’Horthy.

Les deux principaux types de dictature fasciste

Dans cette région on a donc vu se former dans les années antérieures à l’année 1923 des États avec une démocratie civile limitée, d’une part, et deux États avec une dictature ouverte, d’autre part. Concernant la nature de ces régimes, les points de vue divergent. Certains les qualifient de dictatures fascistes avec quelques caractéristiques propres29, 30. Georgi Dimitrov, par exemple, écrit en 1928: «Les conditions particulières dans ces pays d’Europe du Sud-est vont conférer au fascisme un caractère propre et spécifique. Dans ces pays, le fascisme, contrairement au fascisme en Italie par exemple, n’a pas été imposé par un mouvement de masse d’en bas, mais a au contraire été imposé d’en haut. Le fascisme s’appuie sur un pouvoir d’État usurpé, sur les forces militaires de la bourgeoisie et le pouvoir financier du capital bancaire et tente d’influencer les masses et de trouver auprès d’elles un soutien idéologique, politique et organisationnel.» D’autres estiment au contraire que ces dictatures se distinguent des dictatures fascistes, car certaines de leurs caractéristiques fondamentales sont absentes. En effet, dans ces pays, il n’existe pas de capital financier ou alors il est très peu développé. Ces régimes ne sont pas arrivés au pouvoir grâce à un mouvement fasciste de masse31. La terreur exercée dans ces pays est moins violente que celle exercée en Italie ou en Allemagne, et les partis ouvriers, les syndicats et même les partis communistes ne sont pas interdits partout.

Lorsqu’on prend le fascisme allemand comme critère ultime, le concept de fascisme n’est plus envisagé dans le meilleur des cas que comme deux cas historiques uniques.

Certes si l’on compare, par exemple, les dictatures d’Horthy et de Zankoff avec le fascisme allemand de grandes différences sautent aux yeux. Néanmoins, tout comme il est vrai qu’on ne peut qualifier de dictature fasciste tout ce qui n’est pas une pure démocratie civile, il n’est pas non plus correct de dire que l’Italie et l’Allemagne sont les deux seuls États véritablement fascistes. Le problème c’est qu’il n’existe pas de catalogue reprenant l’ensemble des caractéristiques propres à un régime parlementaire civil permettant de le distinguer d’un régime fasciste. Ce qu’il faut c’est dénombrer les caractéristiques fascistes spécifiques à chaque pays et les décortiquer32. Prendre une seule variante, par exemple le modèle allemand, comme référence pour définir «le» fascisme est erroné. Parmi les différentes variantes d’une même sorte, il en existe toujours un certain nombre qui exprime toutes les caractéristiques spécifiques de la catégorie en question, autrement dit qui est l’incarnation «classique» de la catégorie. En ce qui concerne le fascisme, c’est notamment le cas de la variante allemande. Or, le fait que les autres variantes ne possèdent pas de manière aussi manifeste toutes les caractéristiques de la catégorie ne signifie pas qu’elles n’appartiennent pas à cette même catégorie. Lorsqu’on prend le fascisme allemand comme critère ultime pour déterminer ce qui peut être qualifié de fascisme et ce qui ne le peut pas, le concept de fascisme n’est plus envisagé comme une catégorie, mais dans le meilleur des cas comme deux cas historiques uniques: l’Italie et l’Allemagne.

Si on envisage les choses sous cet angle, les dictatures en Hongrie et en Bulgarie, de même que celles qui seront instaurées plus tard en Pologne, en Lituanie et au Portugal, sont des variantes fascistes qui, en raison des circonstances, n’ont pu se développer et devenir une forme parfaite et nettement définie du fascisme classique. La question qui se pose dès lors est de savoir si cette interprétation n’entraîne pas une utilisation exagérée du terme fascisme et comment distinguer les différentes sortes de dictatures réactionnaires, militaires et fascistes? Reinhard Kühnl propose le critère suivant: «Les dictatures fascistes arrivent au pouvoir avec l’aide d’un mouvement de masse. Ces dictatures allient terreur et propagande dans le but d’influencer la population sur le plan organisationnel et idéologique, d’inciter les masses à soutenir activement le système et isoler l’opposition, y compris sur le plan idéologique.» 33

Tout d’abord, opposer les dictatures militaires et les dictatures fascistes n’est pas une solution pour arriver à une qualification. En effet, le terme «dictature militaire» est aussi employé pour des régimes dont les caractéristiques politiques et sociales sont totalement divergentes, allant de la dictature relativement modérée, comme celle par exemple instaurée sous le général Von Seeckt en Allemagne en 1923, à la dictature fasciste, comme celle instaurée par les colonels en Grèce et surtout celle instaurée au Chili sous le régime de Pinochet.

Les puissances occidentales vont laisser l’Allemagne nazie enchaîner de manière incessante et sans faille une série de succès retentissants.

Mais le plus important c’est que la présence d’un mouvement de masse n’est absolument pas une caractéristique typique du fascisme «classique». Tant l’exemple italien (crise Matteotti) que l’exemple allemand (30 juin 1934) ont démontré qu’après la prise de pouvoir par les partis de masse fascistes, la désillusion s’est rapidement emparée des militants et sympathisants avec pour conséquence une forte diminution de la base qui soutenait massivement la dictature. Le fait qu’en Allemagne, cette tendance à la baisse a pu être contrée s’explique par les succès qu’a enregistrés le régime nazi, qui a ainsi gagné en prestige, et pas seulement aux yeux de la population allemande. À l’époque, ils sont nombreux à croire dans le début irrévocable d’une nouvelle ère fasciste. Mais l’avancée triomphale et impérieuse de l’Allemagne nazie jusqu’en 1941 est due en grande partie à la destruction planifiée et annoncée de l’Union soviétique. C’est donc pour cette raison que les puissances occidentales vont accepter que l’Allemagne d’Hitler déchire le Traité de Versailles et se lance dans un ambitieux programme de réarmement. Le régime va ainsi permettre la réalisation d’un véritable «miracle», à savoir la fin du chômage. En enrayant le chômage, le fascisme va remporter auprès des ouvriers une victoire morale qui dépasse de loin celle de toute la démagogie fasciste réunie. C’est pour ces mêmes raisons que les puissances occidentales vont le laisser enchaîner, de manière incessante et sans faille, une série de succès retentissants en politique étrangère, allant de la reconquête du bassin de la Sarre, qui redevient allemand, au «retour» de la région des Sudètes, suite au Traité de Munich. Les victoires successives remportées par la Wehrmacht fasciste sur tous les fronts vont entretenir un mythe d’invincibilité, qui ne commencera à se dissiper qu’en 1941 avec les victoires de l’Armée rouge de Moscou.

La présence d’un mouvement de masse comme critère est donc problématique en ce sens que cela détourne notre attention de l’essence même du fascisme, à savoir la dictature violente du capital financier et des grands propriétaires fonciers, pour la porter sur les moyens qui ont permis au fascisme de se propager. Les leaders fascistes et conservateurs se sont mis d’accord sur un objectif commun. Ainsi, la mise en place d’un mouvement de masse fasciste avec milices privées contre-révolutionnaires intervenant sur ordre de l’appareil d’État, répression des grèves par la violence, perturbation des manifestations, organisation de pogroms, etc., se développent essentiellement là où le besoin de la classe dominante de démanteler la démocratie civile est urgent et pressant et où un coup d’État militaire impliquant l’armée régulière s’avère difficilement praticable. Ce mouvement est un nouveau moyen d’atteindre un objectif qui était là avant le mouvement lui-même. Bien entendu, ce nouveau mouvement va lui aussi avoir une certaine influence sur la forme que va prendre la dictature qui arrive ainsi au pouvoir. Cette dictature va donc développer une série de caractéristiques spécifiques qui ne vont pas en faire une nouvelle sorte, mais tout au plus un nouveau type au sein d’une seule et même catégorie de «dictature fasciste».

Sur ce point, il apparaît judicieux de rappeler les remarques de Togliatti qui souligne que le fascisme italien n’a pas hérité son caractère «totalitaire» du parti fasciste, mais du capital monopoliste. «Le fascisme n’est pas né totalitaire, il est devenu totalitaire lorsque les cercles dirigeants au sein de la bourgeoisie ont finalement atteint une unité économique et politique.» 34 La thèse de Togliatti permet de comprendre plus aisément les particularités de la variante fasciste d’Europe de l’Est et du Sud-est. Étant donné que le développement capitaliste est à la traîne dans ces pays, le capital financier n’en est qu’à ses balbutiements. Autrement dit, il n’a pas encore la force nécessaire pour réunir au sein d’un seul et même parti les intérêts contradictoires des différents groupes et des différentes fractions de la bourgeoisie. C’est ce qui explique pourquoi dans ces pays l’intérêt commun de cette classe ne sera pas représenté par un parti unique, mais par un dictateur qui va autour de lui développer un culte de la personnalité en se présentant comme leader et sauveur de la nation, non soumis aux décisions du parlement et du gouvernement, mais jouissant d’un pouvoir sans limites. Le fait que le pluralisme politique ne disparaît pas est une conséquence de ces intérêts contradictoires.

Le fascisme italien a également connu une phase au cours de laquelle les partis d’opposition, y compris le parti communiste, étaient légalement représentés.

Dans cette région, le fascisme n’aura donc pas le soutien d’un mouvement fasciste de masse puisqu’il arrive au pouvoir grâce à un coup d’État avant même la naissance d’un parti fasciste de masse. Les fascistes sont donc contraints de trouver d’autres piliers. Les régimes fascistes en Hongrie et en Bulgarie n’auront d’autre choix que de légaliser les partis ouvriers non- réformistes pendant une courte période.35 Mais pas plus que l’interdiction des partis communistes ne prouve l’existence d’un régime fasciste – il suffit de songer à la RFA après l’interdiction du KPD (1956) – l’existence «légale» temporaire d’un parti communiste sous un régime dictatorial n’est pas une preuve de son caractère non fasciste. Le fascisme italien a d’ailleurs également connu une phase au cours de laquelle les partis d’opposition, en ce compris le parti communiste, étaient légalement représentés au parlement. On avait malgré tout affaire à du fascisme.

Il n’existe pas de critères d’application générale permettant d’établir si une dictature donnée est fasciste ou ne l’est pas.

En résumé, il n’existe pas de critères d’application générale – sans analyse approfondie de chaque cas pris individuellement – permettant d’établir si une dictature donnée est fasciste ou ne l’est pas. La nécessité de ce genre de critères s’avère néanmoins utile pour donner un sens à la lutte contre le fascisme, lorsque l’ennemi est réellement fasciste et non une prétendue forme de fascisme. On court le risque sinon de commettre des erreurs irréparables dans la lutte contre le fascisme36. Bien sûr, il n’est pas nécessaire de chercher ni d’inventer une nouvelle définition du fascisme. À chaque fois que le fascisme pointe le bout de son nez, on est dans la caractérisation de Dimitroff. La dictature fasciste est une dictature fondamentalement antisocialiste; son attitude antidémocratique est profondément enracinée dans son antisocialisme. C’est pour cette raison que les dictatures militaires en Amérique latine par exemple, mises en place en grand nombre au cours de la première moitié du vingtième siècle par l’impérialisme britannique et américain, ne sont pas des dictatures fascistes. Les leaders de ces régimes se défendaient en effet contre la menace des mouvements indépendantistes, dirigés par la bourgeoisie nationale, qui eux-mêmes s’opposaient à l’hégémonie des consortiums nord-américains et britanniques. Il est important de toujours déterminer, au travers d’une analyse concrète de la naissance, du caractère de classe, de la fonction et des méthodes de gouvernance de chacun des régimes dictatoriaux, leurs caractéristiques spécifiques de manière à pouvoir proposer une ligne stratégique et tactique correcte dans la lutte pour l’indépendance nationale, la démocratie et le socialisme.

(*) Le présent article est une version très condensée de l’article «Des racines du fascisme et de ses variantes», de Kurt Gossweiler, paru dans Jahrbuch für Geschichte der sozialistischen Länder Europas, dl. 24/1. Berlin 1980, p. 7-36. Le texte a aussi été retravaillé dans le cadre de ce dossier. Une traduction francophone (quasi) intégrale de la version originale est parue dans Kurt Gossweiler, Hitler, l’irrésistible ascension ?, Aden, 2006. L’intro est de la rédaction, la première note de bas de page également.

 

Footnotes

  1. Dans son ouvrage, Le capital financier (1910), l’économiste marxiste autrichien Rudolf Hilferding (1877-1941) décrit le développement d’une nouvelle sorte de capital où la banque occupe une place centrale au détriment des entreprises industrielles: «Une partie de plus en plus grande du capital de l’industrie n’appartient pas aux industriels qui l’emploient. Ils n’en obtiennent la disposition que par la banque, qui représente à leur égard le propriétaire. En outre, la banque doit fixer une part de plus en plus grande de ses capitaux dans l’industrie. Elle devient ainsi dans une mesure croissante capitaliste industrielle. J’appelle le capital bancaire, – par conséquent capital sous forme d’argent, qui est de cette manière transformé en réalité en capital industriel – le capital financier […] La puissance des banques s’accroît, elles deviennent les fondateurs et finalement les maîtres de l’industrie, dont elles tirent les profits à elles en tant que capital financier». Rudolf Hilferding, Le capital financier, Éditions de Minuit, Paris, 1970, p. 317-318.
  2. F. Oelßners préface dans Rudolf Hilferding, Das Finanzkapital. Eine Studie über die jüngste Entwicklung des Kapitalismus. Berlin 1947, p. XVII.
  3. Ibid., p. 462 et suivantes.
  4. Lénine, Werke, Partie 22, Berlin 1963, p. 292.
  5. Ibid., p. 302.
  6. Lénine, Werke, Partie 23, Berlin 1969, p. 34.
  7. Palmiro Togliatti, Lektionen über den Faschismus, Frankfurt 1973, p. 9.
  8. Lénine, Werke, Partie 31, Berlin 1965, p. 134; voir également Geschichte der Diplomatie, dl. 2: Die Diplomatie der Neuzeit (1872 – 1919). Berlin 2 1948, p. 446 et suivantes; W. G. Truchanovski (éditeur), Geschichte der internationalen Beziehungen 1917- 1939. Berlin 1963, p. 56 et suivantes.
  9. Clara Zetkin, « Der Kampf gegen den Faschismus. Bericht auf dem III. Erweiterten Plenum des Exekutivkomitees der Kommunistischen Internationale, 20 juin 1923. » Dans Clara Zetkin, Zur Theorie und Taktik der kommunistischen Bewegung. Leipzig 1974, p. 301 et suivantes.
  10. Palmiro Togliatti, Antonio Gramsci: Ein Leben für die italienische Arbeiterbewegung. Berlin, 1954, p. 27 et suivantes.
  11. W. B. Brjunin, Die Große Sozialistische Oktoberrevolution und die deutsche Arbeiterbewegung in den Jahren 1917/18. Berlin 1956, p. 3 ; Wolfgang Ruge, Deutschland von 1917 bis 1933. Berlin 1974, p. 16 et suivantes – Concernant l’importance de l’impact de la crise généralisée du capitalisme sur l’Allemagne, voir Gossweiler, Großbanken, Industriemonopole, Staat. Berlin 1971, p. 95 et suivantes.
  12. Gossweiler 1971, p. 99 et suivantes.
  13. Comme dans le titre percutant d’une histoire de la République de Weimar: Wolfgang Ruge: Weimar – Republik auf Zeit. Berlin 1969.
  14. L’idée de cet automatisme inévitable se retrouve par exemple à la base de l’interprétation du fascisme de A. Sohn-Rethel, voir A. Sohn-Rethel, Ökonomie und Klassenstruktur des deutschen Faschismus. Aufzeichnungen und Analysen. Frankfurt am Main 1973, p. 126, 188.
  15. Concernant les répercussions de la Révolution d’Octobre dans les pays des Balkans, voir Georgi Dimitroff, Ausgewählte Schriften in drei Bänden, dl. 2. Berlin 1958, p. 324 et suivantes.
  16. Concernant les pays des Balkans, voir: Chr. Kabaktschief, « Die Balkanpolitik der Entente. » Dans Die Kommunistische Internationale, n°. 12, 1920, p. 112 et suivantes; concernant la Roumanie: S. I. Samoilov, Rumänien. Berlin 1951, p. 44 et suivantes; voir également Geschichte der Diplomatie, troisième volume, pt. I: Die Diplomatie in der Periode der Vorbereitung des zweiten Weltkrieges (1919 – 1939), éd.: W. P. Potjomkin, Berlin 1948, p. 132 et suivantes
  17. Dyktatury w Europie środkowo-wschodniej 1918 – 1939. Konferencja naukowa w Instytucie Historii Polskiej Akademii Nauk, 2-3 XII 1971, Wrocław – Warszawa – Kraków – Gdańsk 1973, p. 15 ; M. Lacko, Le fascisme – les fascismes en Europe centrale orientale, XIIIe Congrès international des sciences historiques, Moscou 16-23 août 1970. Moscou 1970, p. 7 et suivantes.
  18. Francis L. Carsten, Der Aufstieg des Faschismus in Europ, Frankfurt am Main 1968, p. 200 et suivantes, 213 et suivantes; Ernst Nolte, Die faschistische Bewegungen. Die Krise des liberalen Systems und die Entwicklung der Faschismen. Munich 1966, p. 230, 234. – Concernant l’antisémitisme en Hongrie, voir R. M. Bigler: «Heil Hitler and Heil Horthy! The nature of Hungarian racist nationalism and its impact on German-Hungarian relations 1919-1945», in: East European Quarterly, vol. VIII, nr. 3, 1974, p. 251 et suivantes.
  19. « Die kapitalistische Welt und die Kommunistische Internationale (Manifest, angenommen vom II. Weltkongreß der Kommunistischen Internationale, 17. Juli bis 7. August 1920)», dans: Die Kommunistische Internationale. Auswahl von Dokumenten der Kommunistischen Internationale von der Gründung bis zum VI. Weltkongreß, 1919-1927. Berlin 1955, p. 61.
  20. Nolte 1966, p. 214 ; «In Rumänien werden Sozialisten und Kommunisten einfach niedergeknüppelt, heißt es in einem Bericht der deutschen Gesandtschaft.» (En Roumanie, les socialistes et les communistes sont tout simplement matraqués, peut-on lire dans une note de la mission diplomatique allemande).
  21. Handbuch der Verträge 1871 – 1964, publié par Helmuth Stoecker, Berlin 1968, p. 206 et suivantes.
  22. Ibid, 205 et suivantes.
  23. J. Pogany, «Die Krise der Kleinen Entente und Ungarn», dans Die Kommunistische Internationale, Nr. 19 (1922), p. 49 et suivantes.
  24. Ibid., p. 50.
  25. Dimitroff, Ausgewählte Schriften, partie 2, p. 370; Die Kommunistische Internationale, Nr. 21 (1922), p. 112.
  26. Die Kommunistische Internationale, nr. 27 (1923), p. 116; voir Dimitroff, Ausgewählte Schriften, partie 2, p. 173.
  27. Ernstgert Kalbe, «Über die faschistische Dictatur der 20er Jahre in Bulgarien und die deutschen Hilfsaktionen für die bulgarischen Arbeiter und Bauern », dans: ZfG 4/1957, p. 749 et suivantes; Dimitroff, Ausgewählte Schriften, partie 2, p. 173 et suivantes, 333 et suivantes.
  28. Ibid., p. 141 et suivantes.
  29. Ibid., p. 369. — Il va de soi que la formulation employée par Dimitroff en ce qui concerne le développement «par le bas» du fascisme n’a rien à voir avec la conception du fascisme inacceptable pour les marxistes en tant que mouvement contestataire à l’origine petit-bourgeois qui s’est emparé du pouvoir «d’en bas». Si l’on s’en tient au contenu du concept, dans tous les cas — comme ne cesse de le souligner Dimitroff — le fascisme n’est qu’un instrument des exploiteurs au pouvoir. Y compris les historiens comme Wolfgang Schieder le reconnaissent (voir Wolfgang Schieder, «Faschismus», dans Sowjetsystem und demokratische Gesellschaft. Eine vergleichende Enzyklopädie, partie II, Freiburg, — Bâle — Vienne 1968, p. 473).
  30. Concernant le régime de Piłsudski voir: A. J. Manusevič, «U istokov ‘sanazii’», dans: Novaja i novejšaja istorija, 3/1974, p. 156 et suivantes; concernant le régime Horthy voir: Strassenreiter, «Die Vereinigung der beiden Arbeiterparteien in Ungarn (juin 1948)». Dans: Beiträge zur Geschichte der Arbeiterbewegung, 3 / 1976, p. 418 et suivantes.
  31. Par exemple l’historien polonais J Żarnowski. (« Authoritarian regimes in Central and Southeastern Europe in the inter-war period – analogies and differences, Summary», in: Dyktatury, p. 39 et suivantes).
  32. Dimitroff, Ausgewählte Schriften, partie 2, p. 629. et suivantes.
  33. Kühnl, Reinhard, «Probleme einer Theorie über den internationalen Faschismus, Teil II: Empirische Untersuchung und theoretische Interpretation», in: Politische Vierteljahresschrift, Opladen, XVI. Jahrgang 1975, p. 104 ; voir aussi: Reinhard Kühnl, Faschismustheorien. Texte zur Faschismusdiskussion 2. Ein Leitfaden, Hambourg 1979, p. 192 et suivantes, 231 et suivantes.
  34. Togliatti, Lektionen, p. 30. La notion de «totalitarisme», telle qu’elle est utilisée ici par Togliatti, n’a rien à voir avec la notion de «totalitarisme» des partisans de cette doctrine. Alors que pour eux il est question d’un contrôle total sur l’ensemble de la population, avec toutes ses classes et couches, exercé par un seul centre de pouvoir, le parti au pouvoir tout-puissant, voire un seul homme, chez Togliatti ce n’est rien d’autre que le monopole du parti fasciste au gouvernement sur le droit d’existence en tant que seul parti légal.
  35. I. Barta/I. T. Berend/P. Hanák/M. Lacko/L. Makkai/Zs. L. Nagy/Gy. Ranki, Die Geschichte Ungarns, Budapest 1971, p. 553; Carsten, Der Aufstieg des Faschismus, p. 202, 206 et suivantes.
  36. Voir Togliatti, Lektionen, p. 13; Dimitroff, Ausgewählte Schriften, partie 2, p. 540 e