Fusionnant libertarisme tech et conservatisme, la pensée ‘Make America Great Again’ sacrifie la démocratie au profit de la liberté absolue du capital. Une offensive «paléo-libertaire» qui progresse en Europe.

Cela peut sembler paradoxal: des milliardaires libertariens de la tech de la Silicon Valley qui ne jurent que par «moins d’État» tout en applaudissant les actions autoritaires du gouvernement Trump. Pourtant, la fusion du libertarisme et du conservatisme constitue le socle idéologique du mouvement MAGA. L’objectif est en effet le même: plus de liberté pour le capital et moins d’égalité imposée par l’État, même si cela se fait au détriment de la démocratie elle-même. Cette mouvance radicale s’appuie sur la même théorie économique qui a servi de fondement au néolibéralisme. Et, tout comme le néolibéralisme venu d’Amérique a fini par déferler sur l’Europe, notre continent n’est pas non plus à l’abri de cette pensée «paléo-libertaire».
Le mouvement de droite «Make America Great Again» (MAGA) a pour représentants des personnes et des institutions scientifiques que l’on associe (ou qui se rattachent elles-mêmes) au camp du libertarianisme. En plus d’être le mécène et un proche du vice-président américain J. D. Vance, Peter Thiel, propriétaire du logiciel de surveillance Palantir, qui équipe l’armée et les services secrets, compte également parmi les principaux soutiens de la présidence Trump. Le Projet 2025 de la Heritage Foundation, un think tank qui a posé les bases de nombreux décrets de Trump, emprunte lui aussi beaucoup au libertarianisme et à sa revendication d’un rôle de l’État caractérisé par le renforcement du pouvoir exécutif et l’abolition de toutes les réglementations perçues comme des entraves à la propriété privée.
Pour les libertariens, les défaillances du marché sont nécessairement le signe d’une intervention de l’État qui entrave la coordination volontaire des acteurs du marché.
La realpolitik de Trump s’écarte néanmoins de l’idéologie libertarienne sous de nombreux aspects. On ne peut pas dire que la vision d’un anarchisme libertarien – une société concurrentielle capitaliste sans la moindre violence étatique – soit inscrite dans l’ADN du mouvement MAGA, bien au contraire: tout accord implique une référence à la force supérieure de l’État, capable de l’imposer en dernier recours. L’idée d’un fanatisme libertarien pour la violence pourrait sembler contradictoire: en realpolitik, le seul moyen de faire avancer le capitalisme consiste à renforcer la violence étatique, comme le démontre la présidence Trump. Si l’idéologie libertarienne ne coïncide donc pas avec la politique de l’administration Trump, elle révèle néanmoins certaines vérités sur son programme, en ce qu’elle constitue aussi la base idéologique de la lutte mondiale contre toute forme de conception «socialiste» ou liée à l’État-providence en faveur d’une société plus juste.
La propriété avant toute chose
La notion de néolibéralisme est étroitement liée à la «Société du Mont-Pèlerin» fondée par Friedrich Hayek en 1947. Dans l’imaginaire néolibéral, le capitalisme est menacé par l’avancée insidieuse du socialisme et par un État-providence tentaculaire. Le libertarianisme est le prolongement logique de ce programme idéologique, dont la conviction centrale est que les seules missions de l’État doivent être de protéger le marché et la concurrence économique, et de garantir la sécurité intérieure et extérieure.

L’idée de liberté radicale défendue par le libertarianisme se fonde sur la croyance en une institution symbolisant cette liberté et lui donnant une force matérielle: la propriété privée et son déploiement illimité1. En ce sens, l’État doit être réduit au minimum et la libre concurrence doit être favorisée autant que possible. La tâche du gouvernement ne consiste en rien d’autre qu’aider à imposer de manière universelle les principes de propriété et d’appropriation, comme le décrivait l’un des pères fondateurs du libertarianisme conservateur, Murray Rothbard: «Mais comme le libertarien se positionne contre les attaques à l’encontre des droits de propriété personnels, il s’oppose tout aussi fermement aux invasions étatiques dans le domaine de la propriété ou de l’économie de marché sous la forme de contrôles, de réglementations, de subventions ou d’interdictions quelconques. Si chaque individu a le droit de disposer de sa propriété sans avoir à craindre de restrictions agressives, il a aussi le droit de la céder sans entrave (par testament ou don) ou de l’échanger contre la propriété d’autrui (par un accord libre dans une économie de marché libre). Le libertarien défend le droit illimité à la libre propriété et au libre échange, c’est-à-dire un capitalisme de laissez-faire»2.
Du point de vue libertarien, toutes les relations entre personnes sont des relations d’échange (ou «deal-making», pour reprendre les termes de Donald Trump) et sont soumises aux lois de la libre concurrence. Le rôle de l’État se limite à garantir le respect de la propriété et la validité des contrats. Les organisations internationales comme l’OMS et les banques centrales n’ont plus aucune légitimité puisqu’elles ne contribuent pas à l’accomplissement du devoir impératif de l’État de protéger la propriété3.
Les différences sociales engendrées par la propriété ne seraient que la marque de la liberté individuelle.
La liberté se définit donc comme un état dans lequel les droits de propriété de chaque personne sur son propre corps et ses biens matériels légitimes sont respectés et dans lequel il n’y a donc aucune intervention en la matière. Un élève de Murray Rothbard, le chercheur en sciences sociales Hans-Hermann Hoppe, l’a formulé de manière programmatique: «Une société est libre lorsque chaque personne est reconnue en tant que propriétaire exclusive de son propre corps physique, lorsque chaque personne est libre de faire de biens précédemment sans propriétaire sa propriété privée par un acte d’appropriation initial, lorsque chaque personne est libre d’utiliser son corps et les biens qu’elle s’est appropriés la première (sans porter atteinte à l’intégrité physique de la propriété d’autres personnes) et lorsque chacun est libre de conclure avec d’autres personnes des contrats mutuellement avantageux concernant leurs propriétés respectives. Toute atteinte à ces droits constitue une agression, et l’absence de liberté au sein d’une société se mesure à l’ampleur de ces atteintes»4.
Il découle de la conception libertarienne du marché et de la concurrence un rejet total des revendications en faveur d’une plus grande égalité sociale. La lutte contre l’égalitarisme (revendiqué par la gauche) est indissociable du logiciel libertarien. Les différences sociales qu’engendre la propriété sont en quelque sorte la marque de la liberté individuelle.
L’école autrichienne
L’école autrichienne est issue de ce qui fut appelé la querelle des méthodes en économie à la fin du XIXe siècle. Il s’agit fondamentalement d’un conflit entre les partisans d’un «ordre spontané», selon qui l’intégration des individus au sein de l’économie de marché doit se faire spontanément, c’est-à-dire sans aucune contrainte de la part de l’État, et les représentants d’une école «interventionniste», qui jugent nécessaire une intervention politique dans l’économie de marché. Le rejet des régulations sociopolitiques résulte d’une conception selon laquelle l’«échange marchand» représente la forme de garantie de survie sur le plan de la liberté la mieux adaptée à l’être humain: «Comme cela découle de la nature humaine, il est impossible de l’éviter dans toute société où la division du travail et les échanges marchands liés ont atteint une telle intensité que les moyens de subsistance de chacun dépendent de l’attitude des autres. Dans ce type de société, chacun est servi par ses semblables et, en retour, les sert. Les prestations sont fournies sur une base volontaire: pour qu’une personne fasse quelque chose pour moi, je dois lui proposer quelque chose d’autre, qu’elle préférera et contre laquelle elle acceptera d’échanger cette chose. L’ensemble du système repose sur le caractère volontaire des échanges de prestations»5.
Le lien entre capitalisme et liberté forme le noyau théorique de l’école autrichienne qui constitue le fondement économique de l’idéologie du capitalisme libertarien. Sa théorie de l’action humaine célèbre la propriété privée, considérée comme la meilleure expression de la condition humaine. D’après cette théorie, l’être humain agit toujours en vue d’un objectif auquel il attribue une importance subjective. Pour poursuivre ces objectifs, l’acteur doit accepter des coûts qu’il compare aux objectifs subjectifs. En ce sens, chaque personne agit comme un entrepreneur: si la valeur subjective de l’objectif est supérieure aux coûts, il y a bénéfice et elle décide donc de poursuivre. Si les coûts dépassent la valeur subjective, c’est l’inverse qui se produit. Du fait qu’elle est visée par les deux parties, une opération d’échange est donc forcément une affaire qui améliore la situation des personnes impliquées dans l’échange.
Les réglementations étatiques empêchent les échanges volontaires d’avoir lieu, un exemple cité régulièrement étant le salaire minimum. Conformément à cette doctrine économique du salut, le capitalisme représente l’ordre social qui, par la division du travail et l’échange, permet de satisfaire au maximum les besoins et, grâce à l’épargne et à l’accumulation de capital, d’accroître constamment les richesses. Dans cette conception, le marché ne saurait échouer: il fonctionne toujours de la manière dont les participants le souhaitent. Les défaillances du marché sont nécessairement le signe d’une intervention de l’État qui entrave la coordination volontaire des acteurs du marché.
Le démon étatiste
Cette théorie économique s’oppose évidemment de manière explicite à la théorie marxiste de la valeur, qui veut que la valeur d’un produit soit déterminée par le temps de travail socialement nécessaire, qu’elle rejette comme contraire à la liberté, car opposée au principe de l’action humaine sans contraintes6. De ce rejet découlent d’autres «constats» économiques: comme il ne peut y avoir d’exploitation du fait que chacun essaie d’accroître sa propriété avec les moyens à disposition, l’existence de classes aux intérêts objectifs différents est, elle aussi, une idée socialiste délirante qui ne sert à rien d’autre qu’empêcher, au moyen de l’État, d’accroître la propriété privée. Il en va de même de l’idée de justice sociale, qui ne peut être obtenue que par des interventions qui faussent le marché et menacent dès lors la liberté des personnes. La notion d’État-providence est également visée, qui se fait fort de venir en aide aux individus et les empêche de ce fait de se lancer dans des échanges sur le marché et d’accroître leur propre richesse.
Comme l’aide sociale et les réglementations ne peuvent être mises en place qu’avec l’argent retiré aux acteurs du marché (sous la forme d’impôts!), les réductions d’impôts contribuent à forger la liberté et toute forme de création monétaire par l’État doit être rejetée avec véhémence7.
Pour la Silicon Valley, les États deviennent des «start-up» dont l’efficacité est mesurée à l’aune de la faiblesse de leur fiscalité, de leurs salaires et de leurs réglementations.
«L’acte d’entreprendre» constitue le point culminant et l›incarnation de l’existence humaine, et doit être considéré comme un véritable miracle: «L’acte d’entreprendre rend possible la coexistence pacifique de huit milliards de personnes (…). Toutes les personnes impliquées dans le processus de marché participent à ce processus qui ne prend jamais fin, car nos connaissances évoluent constamment et parce que nous nous fixons de nouveaux objectifs, ce qui conduit à de nouveaux déséquilibres qui peuvent à leur tour être découverts et coordonnés par des entreprises en quête de profit, ce qui entraîne de nouveaux désirs et objectifs, et donc des perspectives de profit, et ainsi de suite. Se forme ainsi un processus aussi créatif et coordonné que le facteur humain le permet. Un big bang social poussé par la fonction entrepreneuriale. Un véritable miracle»8.
Pour les libertariens, la suppression d’un impôt réduit toujours le pouvoir de l’État et constitue donc une étape importante vers la liberté. Dans une déclaration du Parti libertarien américain datée d’octobre 1971, année de sa fondation, on pouvait lire ceci: «Nous ne pouvons pas nous limiter à un certain degré de désétatisation, car cela serait interprété comme une approbation de l’étatisme et de la violation des droits. Parce que nous ne devons jamais nous trouver dans une position où nous représenterions la continuation de la tyrannie, nous devons soutenir toutes les mesures de désétatisation, partout et chaque fois que nous le pouvons».
Le succès du «premier moteur»
L’un des livres les plus vendus au monde, que Donald Trump lui-même a probablement lu, s’intitule La Grève et a été écrit par Ayn Rand. L’auteure y exalte la lutte de l’affirmation entrepreneuriale contre une communauté gouvernée par l’État-providence – une dystopie de la mauvaise gestion collectiviste. La morale du roman, qui consiste à célébrer la supériorité d’un individu déterminé exclusivement par la défense de ses propres intérêts, le «premier moteur», contre ce qu’imposent un gouvernement médiocre et des bureaucrates parasites, constitue un autre pilier de l’idéologie libertarienne9.
Ce que Rand appelle l’«objectivisme» fait du capitalisme la seule forme de société conforme à la nature humaine. Le développement sans entrave des forces du marché représente le meilleur mécanisme de répartition des ressources sociales. L’action de l’État au-delà de la garantie du droit et de la propriété (comme les régulations économiques, la mise en place d’un «filet social», etc.) a un effet destructeur sur les énergies productives ancrées dans l’entrepreneuriat. Le mantra capitaliste («to get things done») prôné par Rand accompagne sur le plan idéologique la disruption jugée nécessaire par le mouvement MAGA, qui vise à supprimer définitivement toutes les entraves à la libre entreprise.
La liberté et l’égalité doivent dès lors être considérées comme des contradictions politiques: la liberté est synonyme d’indépendance de la personne et d’institutions au développement libre et organique (comme la famille), tandis que l’égalité est synonyme de collectivisme imposé par l’État et de déni des différences que le capitalisme, en tant que forme d’existence correspondant à la nature humaine, engendre nécessairement. Pour donner un exemple: le mouvement pour les droits des transgenres est perçu par les partisans MAGA comme une idéologie d’identification de groupe qu’ils considèrent comme l’expression de l’égalité, de l’arbitraire et du relativisme. La lutte que mène le mouvement contre cette «idéologie» est en quelque sorte une lutte pour la liberté de l’individu souverain.
La démocratie se présente davantage comme un rituel que comme la véritable constitution du pouvoir politique par des élections libres.
La lutte concurrentielle capitaliste, dans laquelle chaque individu poursuit son bonheur dans l’esprit de la «pursuit of happiness» inscrite dans la Constitution américaine et vise uniquement à réussir dans la compétition qui lui est imposée, au mépris de ceux qui n’arrivent pas à s’imposer, constitue la base matérielle de l’idéologie de l’individualité souveraine. Ce n’est certainement pas un hasard si l’économie de l’Internet est considérée comme le fer de lance de la reconquête de l’individualité souveraine, en ce qu’elle rendrait obsolètes les réglementations étatiques. La plupart des principaux acteurs de la sphère numérique s’affichent dès lors comme des admirateurs d’Ayn Rand, qui fournit la justification philosophique de leur personnalité apparemment supérieure10.
Un État pourtant indispensable
Selon le message libertarien, la vraie liberté et l’innovation règnent là où l’argent peut se multiplier. Il faudrait donc corriger d’urgence le fait que cette doctrine de salut ne soit pas appliquée partout dans le monde et que gouvernements et partis restent contaminés par le «poison» égalitariste du socialisme et de l’État-providence. Dans cette optique, l’idéologie d’un capitalisme libéré de toutes ses chaînes inclut aussi l’exigence d’une mondialisation destinée à surmonter les régulations étatiques à l’échelle mondiale.
Le secteur des Big Tech de la Silicon Valley joue un rôle moteur dans une stratégie globale d’entreprises internationales qui considèrent le marché mondial comme le produit d’un entrepreneuriat souverain, affranchi de toute intervention étatique11. Dans cette vision, les États deviennent des «start-up» caractérisées par leur efficacité, mesurée à l’aune de la faiblesse de leur fiscalité, de leurs salaires et de leurs réglementations. L’accroissement des inégalités sociales est alors perçu comme le signe d’une «liberté positive» à atteindre.
Que cette vision rende en réalité l’État et ses instruments répressifs plus indispensables que jamais, ne déclare nullement superflue l’application stricte de l’ordre public contre les opposants internes et réclame au contraire la revalorisation de l’État-nation comme pivot de la liberté humaine, peut sembler constituer une contradiction avec l’idéal libertarien d’un État minimal. Mais, dans la pratique, même une société de citoyens libres a besoin d’un pouvoir monopolistique garantissant leur liberté.
La réconciliation du libertarisme et du conservatisme
Lorsque Donald Trump s’adresse au peuple qu’il gouverne, la Bible à la main, et annonce vouloir protéger la famille du spectre de l’avortement et qualifie l’Amérique de «God’s own country», plus d’un libertarien pourrait s’interroger sur le rapport avec la liberté du marché. Dans ce contexte, l’accent mis sur les valeurs nationales et culturelles qui encouragent un comportement vertueux et (par analogie avec l’objectivisme d’Ayn Rand) défendent des principes moraux objectifs (comme l’antiégalitarisme) constitue l’un des principes d’un libertarianisme jugeant le conservatisme culturel et la liberté radicale du marché comme indissociables. Le refus de l’intervention de l’État dans l’économie et la vie sociale correspond à la revendication en faveur du maintien des valeurs et des normes traditionnelles, perçues comme le fondement de la société12.
Des institutions comme la famille et la religion revêtent une importance particulière et sont considérées comme des remparts de la société civile contre l’étatisme13. Le Projet 2025 – «Mandate for Leadership» esquisse les traits d’une Amérique où l’avortement est strictement interdit, où règne une morale sexuelle répressive, où il n’existe pas d’écoles publiques et où la justice se montre ferme – les principes chrétiens constituant la base explicite de ce programme. «Les familles composées d’une mère et d’un père (mariés) et de leurs enfants sont le fondement d’une nation bien ordonnée et d’une société saine», peut-on lire chez Roger Severino, auteur de la Heritage Foundation. Le Projet 2025 entend «renforcer le mariage en tant que norme, réunir les familles brisées et encourager les couples non mariés à choisir le mariage» – au moyen de programmes éducatifs, d’incitations fiscales et d’autres méthodes14.
La position de la famille, la propriété privée, le marché libre et la notion de liberté sont considérés comme des émanations de la culture chrétienne, faisant des valeurs du christianisme (surtout protestant) des éléments fondamentaux du développement du capitalisme: «Les valeurs, morales, conventions et traditions conservatrices sont bénéfiques, selon les paléolibertariens, à la prospérité et à la cohésion au sein de la société civile. Les êtres humains sont inégaux par nature, ce qui conduit à des hiérarchies naturelles. L’autorité naturelle est à la fois nécessaire et importante. Elle se manifeste dans des structures sociales volontaires comme la famille, l’Église et la communauté»15.
Le principe des paléolibertariens selon lequel l’homme a besoin d’institutions naturelles qui, en tant que piliers de la vie en communauté, offrent aux individus soutien et orientation, fait partie des fondements de la morale libertarienne. L’opposition découlant de la concurrence capitaliste est complétée par la construction d’une vie intellectuelle et morale dont les racines sont la famille, le groupe social et la nation. La nostalgie paléolibertarienne d’un ordre fondé moralement et garanti par la parole de Dieu se permet la contradiction selon laquelle la communauté patriotique et la souveraineté de la volonté individuelle vont de pair par nature. La stabilité, l’ordre, la continuité, la gratitude et le sens du devoir constituent les impératifs conservateurs de l’ordre des valeurs patriotiques et libertariennes16. Et c’est sur cette base que sont combattus les programmes de genre et de diversité, considérés comme le produit d’une idéologie libérale progressiste déviée17.
Erreur étatiste
Le programme libertarien se révèle sous toutes ses facettes comme l’idéal d’une concurrence capitaliste libérée de toute contrainte. Dans cette optique, l’État est considéré comme une contradiction institutionnalisée du commandement de ne pas convoiter la propriété d’autrui. En tant que modèle de programme de gouvernement, cet agenda exige en quelque sorte une révolution à tous les niveaux de la vie sociale et de l’autorité d’État institutionnalisée. En fin de compte, l’État démocratique constitue lui aussi une erreur étatiste, l’égalité démocratique étant absolument incompatible avec l’idée d’un droit universel à l’accroissement de la propriété. Dans la conception libertarienne, la démocratie, en tant qu’ordre étatique, n’est pas définie par le fait que nous nous gouvernions nous-mêmes, mais «en démocratie, chacun peut espérer s’élever dans le cercle des dominants et ainsi, au lieu de payer des impôts, consommer les impôts que les autres doivent payer»18.
Le blogueur américain Curtis Yarvin, sur qui se sont appuyés non seulement Peter Thiel, mais aussi le vice-président américain J. D. Vance, dénonce la démocratie comme une illusion, le pouvoir réel n’appartenant pas aux responsables politiques élus, mais étant représenté par une élite d’universitaires, de bureaucrates et de journalistes, qu’il appelle «la cathédrale». Cette «cathédrale» crée une conformité idéologique et ce système idéologique, ce «deep state», ne peut être brisé par des élections. Ainsi, la démocratie se présente davantage comme un rituel que comme la véritable constitution du pouvoir politique par des élections libres. Les vraies détentrices du pouvoir sont les élites non élues, qui conçoivent aussi les fondements idéologiques de l’exercice du gouvernement19. Au fond, cette idéologie est, selon Yarvin, de nature communiste, même aux États-Unis, qu’il qualifie de pays «communiste sur le plan culturel».
L’idéal MAGA est un nouvel ordre mondial fondé sur une morale conservatrice, plaçant le travail acharné, la famille et la morale chrétienne au centre
La vision de Yarvin transcende la démocratie et est celle d’un système de pouvoir centralisé, fondé sur les compétences et équivalant à une entreprise correctement gérée. La prise de décision devrait être réservée à ceux qui disposent de l’expertise ad hoc et exercent des responsabilités gouvernementales, comme le PDG d’une entreprise gérée de manière efficace. L’idéal libertarien serait un État fonctionnant de la même manière que dans le monde des affaires. Les entreprises qui réussissent s’y caractérisent par l’efficacité et le pragmatisme. Elles doivent agir de manière à être rentable, et leur survie dépend de leur propre discipline et de l’évolution du marché, et non de la volonté politique ou des conjonctures de l’opinion publique20.
Dans son Projet 2025, la Heritage Foundation reprend la thèse, contenue dans cette critique de la démocratie, d’une autonomisation d’une grande partie de la bureaucratie étatique par rapport au gouvernement, et parle d’un «État administratif». Celui-ci se serait autonomisé par rapport au pouvoir central et se caractériserait par des «piliers de l’isolement». Les critiques portent notamment sur le pouvoir du législatif, l’autonomisation de la bureaucratie administrative et les possibilités de contrôle trop limitées du président. «Retire All Government Employees» (RAGE), ou «mettez tous les employés du gouvernement à la retraite»: telle est la recommandation du blogueur Yarvin, qui a pris forme au sein du Department of Government Efficiency (DOGE) anciennement dirigé par Elon Musk.
Les auteurs du «Mandate for Leadership» souhaitent mettre fin à l’État de bureaucratie qui restreint le pouvoir du président en renforçant le pouvoir exécutif. Le président américain se verrait attribuer davantage de pouvoirs et le Congrès, en tant qu’organe de contrôle de l’exécutif, serait encore plus réduit qu’il ne l’est déjà. Un élément important du renforcement du pouvoir exécutif est la possibilité donnée au président d’abroger le pouvoir constitutionnel du Congrès d’établir le budget de l’État et de prendre le contrôle de la composition du gouvernement fédéral.
Le Projet 2025 formule des objectifs en ce sens: renforcer l’engagement du personnel en faveur du projet MAGA, augmenter le nombre de postes de fonctionnaires occupés par du personnel politique proche et prendre des mesures pour inciter les fonctionnaires actuels à agir conformément à la vision du président. («Nous voulons les traumatiser», a déclaré Russell Vought, responsable du projet, à propos des fonctionnaires qui ne seraient pas fidèles à la ligne). Le recours à la force publique, limitée ni par le droit ni par une bureaucratie excessive, comme moyen de gouvernance selon des critères entrepreneuriaux constitue l’idéal d’une constitution d’État libertarienne, dont la raison d’être est de donner au capital un plus grand pouvoir de disposition sur les hommes et les ressources naturelles de la Terre21.
Isolationnisme, tu parles!
La liberté du capital exige la liberté des peuples du monde et la vision libertarienne consiste à rendre cette liberté aux peuples. Le jugement porté sur l’ordre mondial fondé sur des règles – avec les Nations unies et l’Organisation mondiale du commerce – défendu par les alliés occidentaux, est donc négatif: il aurait profondément nui à l’Amérique, renforcé la Chine, sapé la souveraineté des États-nations et attiré des migrants de toutes origines. L’Union européenne serait une tentative permanente de priver les États-nations de leur capacité de décision souveraine et d’établir un pouvoir supra-étatique22.
Les auteurs du «Mandate for Leadership» appellent à transformer l’OTAN, les alliés devant assumer une responsabilité beaucoup plus grande pour leur propre défense conventionnelle. Le principe directeur de l’attaque contre l’ordre mondial fondé sur des règles est baptisé «America First» et a valu à l’administration Trump d’être accusée, à tort, d’isolationnisme. Car il n’en est nullement question si l’on regarde les choses en face: au cours de la première année de son mandat, le président américain a remis en question l’indépendance du Canada et l’appartenance du Groenland au Danemark, a fait bombarder les Houthis au Yémen et les installations nucléaires en Iran, a exercé un chantage sur les pays d’Amérique latine par le biais de politiques douanières et de sanctions dans le but d’imposer sa politique migratoire et s’en est pris à des gouvernements comme ceux de Cuba et du Venezuela, opposés à l’impérialisme américain.
Les droits de l’homme et le droit international n’ont guère plus d’importance que les obligations liées aux alliances, considérées comme des charges unilatérales pour la glorieuse puissance dirigeante américaine. Avec, pour toile de fond, l’idéal d’un monde dans lequel tous les États-nations organisent leur propre défense, déclarent la guerre à l’ensemble des réglementations socialistes et liées à l’État-providence et poursuivent leur développement économique de manière autonome, le rêve du «changement par le commerce» (Wandel durch Handel: libéraliser les pays socialistes en les intégrant au commerce mondial capitaliste, ndlr) est présenté comme ayant échoué. Du point de vue patriotique et libertarien, les États-Unis paient le prix de la mondialisation sans frein, qui a renforcé la concurrence et n’a laissé que ruines industrielles à la classe ouvrière nationale23.
L’idéal du mouvement MAGA est un nouvel ordre mondial fondé sur une morale conservatrice, qui transcende la fausse croyance dans le progrès de la mondialisation néolibérale et place le travail acharné, la famille et la morale chrétienne au centre. Les années durant lesquelles la classe ouvrière et les familles ont été sacrifiées sur l’autel de l’économisme néolibéral seront remplacées – telle est en tout cas la promesse – par un âge d’or au cours duquel un nouveau conservatisme montrera la voie: «Faith. Family. Work. Worship. Sovereignity. Sacrifice»24 (Foi. Famille. Travail. Culte. Souveraineté. Sacrifice) À partir de là, les États-Unis doivent consolider et étendre leur leadership économique à travers le monde.
Il n’est guère besoin de préciser qu’un ordre mondial au sein duquel les États-nations luttent contre la migration et promeuvent le pouvoir du capital comprend une hiérarchie quasi-naturelle de la communauté des États. Dans ce monde, des acteurs comme la République populaire de Chine, dont les succès sur le marché mondial sont obtenus, dans la vision MAGA, aux dépens des États-Unis, n’ont pas plus leur place que les «shithole countries» (trous à rats), dont l’échec économique témoigne de l’inaptitude du peuple et de la nation. Trump, devenu entre-temps candidat au prix Nobel de la paix et dont la «politique de paix» consiste en des menaces de guerre de toutes sortes pour imposer ses «deals», est également chargé de montrer aux autres nations la voie vers un avenir post-libéral glorieux.
«Oser plus de capitalisme»
L’actuel chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Friedrich Merz, a lui aussi repris dès 2008 dans son ouvrage intitulé «Mehr Kapitalismus wagen» (Oser plus de capitalisme), certaines idées fondamentales de la vision libertarienne du monde pour débattre de «l’État distributif», et donc du principe de justice distributive: «Dans la mesure où notre économie de marché repose sur la concurrence et la propriété, elle se nourrit d’une part de l’inégalité naturelle qui fait de nous des individus uniques, dotés de talents différents, et d’autre part de l’inégalité matérielle qui résulte nécessairement de la libre concurrence pour les meilleures idées, innovations et produits. Si la conséquence qui en découle n’est guère populaire, il est important de la formuler par honnêteté politique: la réduction des inégalités matérielles n’est pas une fin politique en soi dans une communauté organisée selon les principes de l’économie de marché»25.
L’agenda politique de la communauté de valeurs occidentale suit plus ou moins ce programme et vise à renforcer la compétitivité et à réduire l’État-providence débordant. La militarisation de l’État et de la société se fait sous des auspices démocratiques et la lutte contre la migration doit sauver notre communauté de valeurs de la submersion. Les critiques que formulent des libéraux modérés à l’encontre du mouvement MAGA, de son leader erratique et narcissique, des pulsions antidémocratiques et de la trahison de l’ordre des valeurs occidentales font état d’un système «qui nous met tous en danger»26. Et pourtant, le monde occidental interprète depuis longtemps les dangers qui émanent des idées libertariennes comme une chance pour le capitalisme et prépare les pays et leurs habitants à lutter dans des conditions de concurrence plus complexes. L’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale implique d’ailleurs aussi de déclarer la guerre à d’autres États autocratiques comme la Russie.
Face à l’idéologie libertarienne et à sa mise en œuvre insidieuse, il ne faut pas s’étonner que de plus en plus de gouvernements jugent inévitable une plus grande inégalité sociale, fassent de l’entrepreneur la figure de proue de l’action sociale, stigmatisent la bureaucratie comme un frein à une gouvernance efficace, subordonnent la protection du climat et la durabilité de l’économie aux intérêts de valorisation capitalistes et – pour reprendre les termes du chancelier en exercice de la nation leader européenne – mettent tout en œuvre pour «oser plus de capitalisme».
Cet article a été initialement publié en deux parties dans Junge Welt les 13 et 14 août 2025.. «Champ libre pour le capital» et «La démocratie comme carcan» www.jungewelt.de/artikel/505943.ideologiekritik-freie-bahn et www.jungewelt.de/artikel/506152.ideologiekritik-demokratie-als-fessel.
Compilation et traduction par Lava Media.
Footnotes
- Ce concept de liberté n’a rien à voir avec la liberté en tant que compréhension des nécessités objectives de l’exercice de la volonté. Il promeut l’arbitraire de la propriété privée imposée et défendue par la force de l’État.
- Murray Rothbard: For a New Liberty. The Libertarian Manifesto. («Pour une nouvelle liberté. Le manifeste libertarien»).
- Milton Friedman, penseur libéral d’un ordre libertarien du marché, considère donc le rôle de l’État comme une sorte d’arbitre: «L’usage généralisé du marché réduit la tension à laquelle est soumis le tissu social, car il ôte à la conformité son caractère nécessaire quant aux activités, quelles qu’elles soient, qui relèvent du marché. Plus large est le champ des activités que couvre ce dernier, moins nombreuses sont les questions sur lesquelles il est nécessaire d’obtenir des décisions explicitement politiques et, donc, de parvenir à un accord. À l’inverse, plus rares sont les questions qui appellent sur elles un accord, plus on a de chances de s’entendre tout en gardant une société libre.» Milton Friedman: Kapitalismus und Freiheit. 14. Auflage, Stuttgart 2024, S. 47.
- Hans-Herrmann Hoppe: Getting Libertarianism Right («Bien comprendre le libertarianisme»). Auburn (Alabama) 2018, p. 37.
- Ludwig von Mises: The Historical Setting of the Austrian School of Economics («Le cadre historique de l’école autrichienne d’économie»).
- Selon Eugen von Böhm-Bawerk, penseur de l’école autrichienne, il n’existe pas d’exploitation, au contraire: les entrepreneurs aident les travailleurs, car ils leur verseraient leur salaire à l’avance. Pour lui, Marx ignore le facteur temps et la préférence temporelle. Il surestime en outre le facteur travail. La théorie de la valeur-travail de Marx serait circulaire. Le progrès technique ne remplace pas le travail humain, il le rend seulement plus productif et permet ainsi l’augmentation du stock de capital et de la prospérité générale.
- Les représentants de l’école autrichienne critiquent avec véhémence l’abandon de l’étalon-or par le gouvernement Nixon et la possibilité pour la banque centrale de battre monnaie. La monnaie fiduciaire serait l’expression d’une volonté de régulation étatique, qu’il faudrait empêcher en supprimant les banques centrales.
- Phillip Bagus: Die Ära Milei. Argentiniens neuer Weg («L’ère Milei. La nouvelle voie de l’Argentine»). München 2025, p. 179
- L’objectif déclaré de Rand lors de l’écriture de ce roman était de «montrer à quel point le monde a désespérément besoin des premiers moteurs et à quel point il les traite mal», et de décrire «ce qui arriverait dans un monde sans eux».
- Dans un ouvrage également recommandé par Peter Thiel, il est dit de manière programmatique: «Au plus haut niveau de productivité, ces individus souverains entreront en concurrence et interagiront dans des conditions qui rappellent les relations entre les dieux dans la mythologie grecque. L’insaisissable Olympe du prochain millénaire sera dans le cyberespace». James Dale Davidson/William Rees-Mogg: The Sovereign Individual («L’individu souverain»). New York 1997, p. 18
- Dans son livre «Le capitalisme de l’apocalypse», Quinn Slobodian montre sur la base de différents exemples comment l’idéal de villes privées et de paradis fiscaux sans régulation étatique inspire un «postcolonialisme» libertarien qui considère les États comme des entreprises et les citoyens comme des clients, et qui aspire à un nouvel ordre mondial. Les États sont considérés comme le lieu où des «citoyens contractuels» ont pu se réunir et conclure un véritable contrat social, de sorte qu’il est impossible de porter atteinte aux droits de propriété privée au nom du «bien commun». Il n’y a pas de politique collective, mais seulement des individus atomisés, qui sont leurs propres «souverains». Quinn Slobodian: Le capitalisme de l’apocalypse. Ou le rêve d’un monde sans démocratie.
- Les libertariens conservateurs, comme les paléolibertariens, se distinguent des néolibéraux, qui interprètent également la liberté comme le fait de ne pas être lié à la morale bourgeoise et rejettent les hiérarchies et les autorités traditionnelles.
- Cf. Phillip Bagus: Die Ära Milei. Argentiniens neuer Weg («L’ère Milei. La nouvelle voie de l’Argentine»).
- David A. Graham: Der Masterplan der Trump-Regierung. Wie ein radikales Netzwerk in Amerika die Macht übernimmt («Le plan directeur de l’administration Trump. Comment un réseau radical prend le pouvoir en Amérique»). Frankfurt am Main 2025, p. 76
- Bagus, p. 109
- Cf. Patrick J. Deneen: Regime Change. Towards a Postliberal Future («Changement de régime. Vers un avenir post-libéral»). London 2023
- Sam Bright décrit une vision qui en découle: «Une vision dans laquelle les super-riches mèneraient une vie de luxe, libérée des restrictions fiscales et réglementaires, tandis que la majorité se démènerait pour travailler sans la moindre protection et irait à l’église le dimanche, les femmes mettant au monde des enfants qu’elles ne pourraient pas se permettre et pour lesquels il n’y aurait ni soins de santé ni éducation, et la seule forme d’amour acceptée étant l’hétérosexualité», Sam Bright: Heritage Foundation and Allies Discuss Dismantling the EU («La Heritage Foundation et ses alliés discutent du démantèlement de l’Union européenne»), 2025, www.desmog.com/2025/03/14/heritage-foundation-project-2025-allies-mcc-ordo-iuris-discuss-dismantling-the-eu-european-union
- Hans-Herrmann Hoppe: Getting Libertarianism Right «Bien comprendre le libertarianisme»). Auburn (Alabama) 2018, p. 81
- Curtis Yarvin alias Mencius Moldbug: An Open Letter to Open-Minded Progressives («Lettre ouverte aux progressistes ouverts d’esprit»), chapitre 1, A Horizon Made of Canvas («Un horizon sous forme de toile»), article de blog du 17 avril 2008.
- Yarvin recommande un nouveau système de fonctionnement appelé patchwork: «L’idée de base du patchwork est de briser les gouvernements pourris que l’histoire nous a légués et de les remplacer par une toile mondiale de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers de mini-pays souverains et indépendants, gouvernés par leur propre groupe sans tenir compte des opinions de leurs habitants», cité dans Hugo Thornton Rowley: Curtis Yarvin and the Neoreactionary Canon, Made Simple («Curtis Yarvin et le canon néoréactionnaire expliqués simplement»). Auto-édition 2025, p. 35 ss.
- La contradiction de ne pouvoir libérer davantage le capital par une diminution de la régulation étatique qu’en renforçant le pouvoir exécutif de l’État est évidente et constitue un autre exemple de contradiction du programme du libertarianisme, qui n’en manque pas.
- La Heritage Foundation estime que: «L’UE évolue vers un État quasi-fédéral qui limite le pouvoir de décision national» et «impose aux États membres des politiques motivées par l’idéologie, sans aucun mandat», Bright, 2025.
- Cf. Kevin Roberts: America’s Golden Age: A Return to the Permanent Things («L’âge d’or américain: un retour aux valeurs immuables»), Heritage Foundation, 10 juin 2025, www.heritage.org/conservatism/commentary/americas-golden-age-return-the-permanent-things
- Ibid
- Friedrich Merz: Mehr Kapitalismus wagen. Wege zu einer gerechten Gesellschaft («Oser plus de capitalisme. Les voies d’une société juste»). München 2008, p. 28
- Cf. Elmar Thevessen: Deadline. Wie das System Trump die Demokratie aushöhlt und uns alle gefährdet («Deadline. Comment le système Trump sape la démocratie et nous met tous en danger»). München 2025

