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La militarisation et la guerre reposent sur les énergies fossiles

Khem Rogaly

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Mathieu Strale + Kas Bakx

—24 septembre 2026

Alors que l’Europe accélère sa militarisation au nom de la sécurité, les conséquences climatiques et sociales restent largement absentes du débat public. Khem Rogaly montre comment guerre, énergies fossiles et rivalités impériales menacent à la fois la transition écologique et les conditions de vie de la classe travailleuse.

La crise climatique qui s’accélère ne peut pas être comprise et résolue sans se poser la question de ses liens avec la militarisation et l’impérialisme. Pourtant, ces enjeux restent peu abordés dans les débats dominants sur le climat, qui privilégient les solutions technologiques dépolitisées ou les mécanismes de marché. C’est dans ce contexte qu’a émergé leTransition Security Project, co-dirigé par Khem Rogaly Son travail montre comment les infrastructures militaires et les politiques impérialistes alimentent les émissions de gaz à effet de serre et les destructions environnementales et réduisent les espaces démocratiques nécessaires à une politique climatique à la hauteur de la crise. Or, selon lui, la militarisation et l’impérialisme ont été largement sous-estimés au sein du mouvement climat, d’une manière qui rappelle la mise à l’écart des enjeux de classe. Pour Khem Rogaly, en se militarisant, l’Europe compromet sa décarbonation, affaiblit ses infrastructures sociales et s’enferme dans une position subordonnée au sein de l’ordre impérial déclinant et agressif des États-Unis.

Kas Bakx La précédente Commission européenne disait vouloir mettre l’accent sur le Green Deal et les politiques climatiques. Aujourd’hui le nouvel agenda stratégique, souvent porté par les mêmes personnes et forces politiques, place la militarisation au centre des objectifs. Or, ce changement de priorité est rarement présenté comme contradictoire. Pourtant, l’impact de la militarisation sur le climat est majeur, à commencer par ses conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre.

Khem Rogaly Les émissions constituent le point de départ le plus évident, mais le problème est plus large et comporte plusieurs dimensions. Commençons par là: en 2019, avant l’explosion des dépenses militaires observée au cours des cinq dernières années, au niveau mondial, les armées étaient responsables d’environ 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente à peu près le double des émissions du transport maritime et de l’aviation civile réunis.

Khem Rogaly mène des recherches sur les armées et les industries militaires, leur économie politique, ainsi que leur rôle dans la crise climatique. Il collabore également avec des travailleurs afin d’explorer la reconversion de certaines parties du secteur militaire vers des productions industrielles vertes. Khem Rogaly est codirecteur du Transition Security Project (Transition Security Project). Il est titulaire d’un MPhil en histoire mondiale et d’un BA en histoire de l’Université de Cambridge.

Lorsqu’on regarde d’où proviennent ces émissions, on constate qu’elles sont directement liées au fonctionnement des armées contemporaines. Cela inclut la puissance aérienne, les avions de chasse, les frappes aériennes, mais aussi toute la logistique nécessaire au maintien d’une infrastructure militaire. Il faut également compter la puissance navale: les navires de guerre et les carburants qui les alimentent.

Les émissions militaires proviennent donc principalement de l’usage massif d’énergies fossiles, à la fois pour les opérations militaires elles-mêmes et pour leur logistique. À cela s’ajoute la production d’armements. Construire des avions de chasse, des chars ou des navires militaires est une activité fortement émettrice de carbone.

Or, l’OTAN représente bien plus de la moitié de ces dépenses militaires et, par conséquent, plus de la moitié des émissions associées. Cette dynamique risque encore de s’accélérer dans les années à venir avec les nouveaux objectifs de dépenses fixés par l’Alliance et la perspective d’un budget militaire américain atteignant 1 500 milliards de dollars.

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