Recherche militaire, munitions, drones: sous prétexte d’urgence géopolitique, de paix et de sécurité, l’Union européenne finance depuis 2017 à coups de milliards une industrie qu’elle avait juré de ne jamais soutenir.
En 2017, l’Union européenne (UE) a commencé à financer des projets de recherche et développement dans le domaine militaire. Cela semblait pourtant une ligne rouge pour l’UE quelques années auparavant: en effet, selon l’article 41.2 du traité sur l’Union européenne, le budget communautaire n’est pas censé financer des opérations «ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense».

La justification, ou base légale, pour ce nouveau financement a dès lors été fondée sur les compétences de la Commission européenne dans le domaine du marché intérieur et de la compétitivité industrielle. Dès leur conception, ces programmes de soutien à l’industrie de l’armement vont donc avoir comme objectif principal de soutenir la compétitivité du secteur, y compris à l’échelle mondiale.
Les mêmes bénéficiaires: de la R&D à la production
Considérant l’industrie de l’armement comme un moteur essentiel de l’augmentation des exportations et des dépenses militaires, le Réseau européen contre le commerce des armes (ENAAT) s’est très vite intéressé aux bénéficiaires de ces nouveaux financements, et les résultats sont édifiants.
L’idée d’un système de souscription à la Netflix, par lequel les pays européens «s’abonneraient» à l’avance pour recevoir des armes, a même été évoquée.
Dans les années 2017-2020, les 590 millions d’euros dédiés à la recherche et au développement (R&D) militaire à travers deux programmes pilotes (l’Action préparatoire et le PEDID)1ont principalement profité aux acteurs qui domineront ensuite eux-mêmes le Fonds européen de la défense — Leonardo, Thales et Indra concentraient déjà à eux seuls plus d’un cinquième du budget (22,7 %), tandis que les quatre grandes puissances militaires (France, Italie, Espagne, Allemagne) en récoltaient déjà près des deux tiers (65,1 %). Une concentration qui contredit l’esprit des financements européens, censés plutôt compenser les inégalités entre pays, renforcer la cohésion régionale, et soutenir en priorité le tissu des petites et moyennes entreprises à travers l’Europe.

