Chris Kaspar de Ploeg replace le génocide en Palestine, les bombardements de l’Iran et la militarisation aux États-Unis et dans l’Union européenne dans le contexte de l’histoire plus large du capitalisme et de l’impérialisme. «Le fascisme et le libéralisme ne sont pas des pôles qui s’opposent.»
Chris Kaspar de Ploeg est journaliste et écrivain. Il est notamment l’auteur de l’excellente trilogie De Grote koloniale oorlog, dont deux tomes sont déjà parus et dont le troisième est en cours d’écriture. Il fait partie des jeunes voix émergentes de la gauche aux Pays-Bas. C’est plutôt frappant, à une époque où règne une culture quasi hostile à la lecture, où tout doit recueillir un «like» en trois secondes. «La lecture, c’est ce qui m’a le plus donné confiance en moi. Je pense que c’est un excellent moyen de mieux réfléchir au monde qui nous entoure et d’en comprendre les causes profondes. Cela vous permet d’élaborer une meilleure stratégie d’organisation, car celle-ci se fait malheureusement encore trop souvent de manière spontanée et non stratégique. La CIA donne un argument intéressant en faveur de la lecture: ‘Si un article peut vous amener à changer d’avis, seul un livre peut transformer fondamentalement votre vision du monde.’»

Chris allie l’écriture au militantisme. C’est un militant anti-impérialiste de longue date. En 2015, Il a fait partie des leaders étudiants qui ont mené l’une des plus grandes mobilisations étudiantes de ces dernières décennies à Amsterdam. Une occupation de bâtiments universitaires qui a duré deux mois. La répression brutale – arrestations, détentions de plusieurs jours et même des amendes pouvant atteindre 100.000 euros par jour et par étudiant – a provoqué une onde de choc dans tout le pays. «Je trouve qu’il est également important d’organiser. C’est bien de faire beaucoup de bruit, mais il faut aussi passer à l’action pour apporter des changements concrets.»
Entre 1971 et 2021, le Sud global a connu une surmortalité de 38 millions de personnes à cause des sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne (UE).
«Ces actions étudiantes ont marqué un tournant pour moi. En plus de lire et d’écrire, je me suis mis à m’impliquer beaucoup plus activement dans l’organisation. Cela a eu un impact considérable. L’occupation du Maagdenhuis a été diffusée en direct sur AT5 et suivie par près de 2 millions de téléspectateurs. La rectrice de l’université a été chassée sous les huées et a dû démissionner. Ma mère, qui est infirmière, m’a raconté que certaines de ses collègues disaient avoir «les mêmes problèmes avec leurs responsables». Ce sentiment que le changement est possible et que l’on peut avoir un impact est très puissant. Toutes les personnes que je connais qui faisaient partie de ce mouvement à l’époque sont restées actives par la suite, sous différentes formes.

Chris a grandi entouré d’histoires de génocides. Tant du côté maternel que paternel, arménien et juif, il y a eu des victimes d’un génocide, une grande partie de la famille ayant été massacrée. «Pour beaucoup de gens, le génocide en Palestine a été une sorte de choc. Cela m’a moi-même profondément touché, mais je n’en ai pas été surpris. Dans mes livres, je me place dans une perspective beaucoup plus longue. C’est justement parce que rien n’a fondamentalement changé dans la nature de l’impérialisme qui a conduit à deux guerres mondiales et à l’Holocauste que je ne suis pas surpris que de tels événements se reproduisent aujourd’hui.»

