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Entre la révolution et la guerre civile américaine (1789-1861), les femmes ont massivement participé à la vie industrielle et militante, mais peu de traces ont été préservées. Souvent, les seuls témoignages sont ceux de femmes privilégiées qui pouvaient parler avec plus de liberté et dont on gardait soigneusement les lettres. Pourtant, les femmes, souvent de la classe ouvrière, étaient aux avant-postes des combats contre l’esclavage et des luttes féministes. En 1848, la première convention féministe américaine a eu lieu à Seneca Falls. Elle fuit suivie de conventions partout dans le pays. Devenue prédicatrice, Sojourner Truth prend la parole en 1851 lors de la convention d’Akron, dans l’Ohio. Dans son court discours baptisé Ain’t I a woman, elle exprime son indignation face à sa condition de femme mais aussi face à sa condition de personne noire. Ce discours fut rapporté une première fois par son collègue Marcus Robinson, dans le journal Anti Slavery Bugle en 1851. En 1863, une autre version a été publiée. Celle de Frances Dana Gage, organisatrice de la Convention et femme blanche. Dans cette version, la phrase Ain’t I a woman apparait, accompagnée d’un dialecte du sud. Truth, originaire du nord du pays et ayant eu le néerlandais comme langue maternelle, ne parlait probablement pas avec cet accent que Gage lui projette. Toutefois, c’est cette version qui resta dans la mémoire collective, et c’est celle-ci que nous avons fait le choix de garder ici. Sojourner Truth fut à la fois abolitionniste et féministe noire. Elle a dû se battre contre l’esclavagisme, contre le racisme, y compris des réformistes blancs, et contre la misogynie des militants hommes. Cette triple peine fut aussi son triple combat, qu’elle lia tout au long de son activisme. En 1867, à plus de 80 ans, elle délivra un discours à l’American Rights Association: «On parle beaucoup du droit de vote des hommes noirs, mais pas un mot de celui des femmes noires. Et si les hommes noirs obtiennent leurs droits mais pas les femmes, vous voyez, les hommes noirs deviendront les maîtres des femmes et ce sera tout aussi mauvais que ça l’a été. (…) J’ai été esclave pendant 40 ans et libre pendant 40 ans, et je resterai 40 ans de plus pour me battre pour les droits égaux pour tous. Je suppose que je suis gardée ici parce qu’il me reste quelque chose à faire; je suppose je dois encore aider à briser les chaînes.» Sojourner Truth, née esclave, émancipée par sa propre fuite, passa sa vie à se battre sur plusieurs fronts. Au cours de sa longue vie, elle a assisté à la proclamation d’émancipation de 1863, au droit de vote des premières femmes en 1869 et au droit de vote des hommes noirs en 1870. Le droit des femmes ne fut finalement constitutionnalisé qu’en 1920, et les personnes noires sont constamment privées de leurs droits civiques encore aujourd’hui. |
Bon, les enfants, quand il y a autant de raffut quelque part, c’est qu’il y a quelque chose de chamboulé. Je crois qu’entre les Noirs du Sud et les femmes du Nord, qui parlent toutes de leurs droits, l’homme blanc va bientôt être dans le pétrin. Mais de quoi parle-t-on ici au juste ?

Cet homme là-bas dit que les femmes ont besoin d’être aidées pour monter en voiture, et qu’on doit les porter pour passer les fossés, et qu’elles doivent avoir les meilleures places partout. Personne ne m’aide jamais à monter en voiture, ou à passer les fossés, ou ne me donne une meilleure place ! Et ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J’ai labouré, planté et rempli des granges, et aucun homme ne pouvait me devancer ! Et ne suis-je pas une femme ? Je pouvais travailler autant qu’un homme, et manger autant qu’un homme —quand j’avais assez à manger— ainsi que supporter tout autant le fouet ! Et ne suis-je pas une femme ? J’ai mis au monde treize enfants, et vu la plupart d’entre eux être vendus comme esclaves, et quand j’ai pleuré avec ma douleur de mère, personne à part Jésus ne m’écoutait ! Et ne suis-je pas une femme ?
Maintenant que les femmes décident de remettre le monde en place et de le refaire tourner rond, les hommes feraient mieux de les laisser faire.
Puis ils parlent de ce truc dans la tête; comment est-ce qu’ils l’appellent déjà ? [des membres de l’audience lui répondent en chuchotant : « l’intellect »]
C’est ça, chéri. Qu’est-ce que ça a à voir avec les droits des femmes ou les droits des Noirs ? Quand bien même mon verre ne ferait qu’un demi, et le tien une pinte, ne serait-ce pas méchant de ne pas me laisser remplir le mien ?
Puis ce petit homme habillé en noir juste là, il dit que les femmes ne peuvent pas avoir autant de droits que les hommes, parce que le Christ n’était pas une femme ! Et ton Christ, d’où il vient ? Il est né de Dieu et d’une femme ! L’homme n’a rien à voir avec Lui.
Si la première femme que Dieu a créée était assez forte pour mettre le monde à l’envers à elle toute seule, alors les femmes ensemble devraient être capables de le remettre en place, et de le refaire tourner rond ! Et maintenant qu’elles demandent à s’y mettre, les hommes feraient mieux de les laisser faire.
Merci de m’avoir écoutée, et maintenant la vieille Sojourner n’a rien de plus à dire.
Sojourner Truth est née esclave à la fin du 18

