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Les racines du trumpisme s’étendent dans toute l’histoire des États-Unis

Brian Becker

—25 juin 2026

Trump est à la fois une rupture et une continuité. Sur le plan intérieur, il veut revenir sur les acquis de la révolution des droits civiques et restaurer le pouvoir sans entraves des entreprises. À l’étranger, il utilise la même logique impériale que celle qui a dominé tous les gouvernements avant lui.

Il est difficile de croire que quelqu’un comme Donald Trump ait pu arriver au pouvoir politique suprême aux États-Unis. Vu son mode de communication et de prise de décision étrange et totalement imprévisible, il est tentant de le considérer comme une exception: un phénomène historique où un personnage fortuit s’est retrouvé au bon endroit au bon moment.

Les coïncidences et la chance ont sans aucun doute joué un rôle dans l’ascension de Trump vers le pouvoir. On ne se souvient pas non plus d’un dirigeant mondial dans l’histoire récente qui ait agi comme il l’a fait. Mais au-delà de sa personnalité, les forces à l’origine de la montée de Trump et de l’extrême droite ont des racines historiques profondes. Une analyse plus détaillée montre que le système politique et social étasunien nourrit organiquement l’idéologie d’extrême droite. Cette idéologie anime le secteur d’extrême droite de la classe dirigeante étasunienne. Pour cette classe dirigeante, la seconde administration de Trump est un moyen de changer la forme de gouvernance au sein des États-Unis. Elle veut revenir sur les réformes radicales de la révolution des droits civiques (1955-1970).

Brian Becker a cofondé le Parti pour le socialisme et la libération et a participé activement à de nombreuses luttes sociales aux États-Unis depuis les années 1960. Aujourd’hui, il présente The Socialist Program, un podcast qui met en lumière l’actualité et les questions politiques d’un point de vue socialiste.

Cette «révolution» n’était pas une révolution sociale en profondeur. Elle n’a pas modifié les relations fondamentales en matière de propriété. La classe capitaliste a conservé le pouvoir politique et social. L’impact sur la vie politique et sociale aux États-Unis a toutefois été profond. Les réalisations du mouvement des droits civiques ont été en grande partie l’équivalent d’une Second Reconstruction (Seconde Reconstruction, 1955-1970). La First Reconstruction s’est déroulée après la guerre civile américaine (guerre de Sécession, 1861-1865) et a fini par être écrasée dans le sang. Fondé sur la terreur d’État contre l’Amérique noire, le processus a conduit à une forme brutale d’apartheid et à une suprématie blanche systémique. La Seconde Reconstruction a été l’aboutissement longtemps retardé de la révolution démocratique civile pour les Noirs des États-Unis.

La lutte de masse pour mettre fin à l’apartheid aux États-Unis dans les années 1960 et 1970 a conduit à d’autres mouvements de masse pour les droits des femmes et des millions de personnes LGBTQI, pour la protection de l’environnement, la réglementation de la sécurité sur le lieu de travail, l’accessibilité pour les personnes porteuses de handicap et la représentation politique des Noirs, des Latinos et d’autres communautés opprimées. La politique et la vie sociale du pays ont alors connu de profonds changements. La majeure partie de la classe dirigeante a accepté la nouvelle réalité. Mais un secteur d’extrême droite de cette même classe dirigeante a travaillé pendant des décennies, essentiellement en coulisses, pour infiltrer les tribunaux et les assemblées législatives par des idéologues de droite. L’arrivée de Trump en tant que leader «populiste» et son second mandat à la Maison-Blanche ont donné à ce mouvement semi-fasciste un véhicule populaire au sein de la classe dirigeante, même si ses politiques réelles sont impopulaires.

Le programme de Trump et du mouvement MAGA est une tentative de retour à une époque où le contrôle sans partage de l’ensemble de la société était entre les mains de ceux qui veulent perpétuer l’apartheid et le non-pouvoir des 40 millions d’Afro-Américains et de la population latino qui ne cesse de croître. Trump utilise la feuille de route élaborée par le Project 2025 et par les secteurs les plus à droite de l’establishment politique étasunien. Il vise à changer radicalement la forme de gouvernance en érodant les droits démocratiques et en mettant fin à toutes les réglementations qui empêchent les sociétés capitalistes d’exercer un contrôle sans entraves sur la société.

Sur le plan intérieur, la politique de Trump représente donc une tentative d’imposer un changement radical. Mais dans le domaine de la politique étrangère, les actions hyperagressives de Trump sur des questions cruciales s’alignent sur les anciennes ambitions impérialistes étasuniennes. Malgré ses côtés imprévisibles et clownesques, Trump représente aussi la continuité lorsqu’il s’agit de déployer la puissance militaire et la coercition économique des États-Unis comme principaux instruments de la politique étrangère de Washington.

La guerre contre l’Iran, le blocus de Cuba, le blocus naval du Venezuela et l’enlèvement de Maduro, le soutien au génocide israélien à Gaza et à la guerre au Liban, la vente d’armes à Taïwan pour un montant de 40 milliards… Toutes ces actions sont basées sur des principes partagés par les démocrates et les républicains. Elles constituent une continuité stratégique et se conforment au consensus de la classe dirigeante.

Dans cet article, nous examinons dans quelle mesure Trump représente quelque chose de différent à certains égards, mais aussi comment il poursuit la politique profondément enracinée de la classe dirigeante.

L’idéologie d’État des USA est la suprématie de la race blanche

Si on n’habite pas aux États-Unis, on ne peut probablement pas se faire une idée exacte de l’ampleur du système de ségrégation raciale. Après l’échec de la First Reconstruction (1865-1876), Washington a mis en place un système de terreur basé sur la race. Les brutalités policières, l’incarcération massive pour des délits mineurs et la violence allaient de pair. Près de 7 000 personnes ont été lynchées dans les décennies qui ont suivi la guerre civile. Les lyncheurs étaient rarement arrêtés et les rares qui l’ont été étaient acquittés par des jurys exclusivement blancs. Les lynchages étaient des événements publics au cours desquels de grandes foules de Blancs faisaient la fête dans une atmosphère de pique-nique pendant que des Noirs étaient pendus, passés à tabac ou abattus puis brûlés. Régulièrement, les Noirs qui tentaient de voter aux élections étaient assassinés. En 1900, le pourcentage de Noirs votant dans le Mississippi était inférieur à 2%. En 1964, lors de la dernière élection présidentielle avant l’adoption du Voting Rights Act de 1965, la proportion d’électeurs noirs dans le Mississippi était encore d’à peine 5%.

La forme étasunienne de l’apartheid ne se limitait pas à la séparation légale des Blancs et des Noirs dans les États du Sud. La ségrégation était extrême et imposée par la terreur et la violence. Toute tentative de fournir un logement aux Noirs en dehors des zones restreintes prévues à cet effet était sanctionnée dans tout le pays. À Rochester, dans l’État de New York, où j’ai grandi, la communauté noire représentait environ 18% des 300 000 habitants en 1970. Dans le lycée public pour enfants de la classe ouvrière que j’ai fréquenté, sur un total de 2 000 élèves, il n’y avait pas un seul élève noir. Mon père était l’un des 55 000 travailleurs d’Eastman Kodak. Le nombre de travailleurs noirs chez Kodak était inférieur à 100. Au milieu des années 1960, une révolte a éclaté parmi les chômeurs de Rochester. Ceux-ci exigeaient que Kodak emploie au moins 600 Noirs. L’entreprise a refusé. La lutte pour un accord sur le recrutement de travailleurs noirs a duré six ans.

En dehors des États-Unis, le terme sundown towns (villes du coucher du soleil) n’est probablement pas connu. En 1970, il y avait environ 10 000 «sundown towns» disséminées dans tout le pays. Il s’agissait de communes ou de banlieues entièrement blanches qui excluaient les Noirs par le biais de lois discriminatoires en matière de logement et d’une répression policière soutenue par l’État. Les résidents blancs de ces «villes du coucher du soleil» avaient recours à la violence extrajudiciaire contre les Noirs. Si des Noirs se présentaient dans une ville après le coucher du soleil, ils étaient arrêtés ou maltraités.

Les forces à l’origine de la montée de Trump et de l’extrême droite ont des racines historiques profondes.

Ce système basé sur un racisme et une violence extrêmes était considéré comme «normal» dans la société étasunienne. Cela allait donc bien au-delà de la législation en vigueur dans certains États du Sud. Le racisme extrême était la norme, et non l’exception. Le racisme liait les ouvriers blancs à leurs patrons capitalistes blancs. Ça a été l’exemple le plus pénible de réconciliation de classes aux États-Unis. Le mouvement des droits civiques – une véritable révolution – a brisé ce statu quo et a conduit à une expansion considérable des droits démocratiques et à d’autres conflits qui ont ébranlé les droits prétendument incontestables du capital.

Le racisme décomplexé est une caractéristique centrale du phénomène Trump. Lui et ses hauts fonctionnaires présentent leur campagne de déportation de masse comme une tentative d’expulser toute personne «incompatible avec la civilisation occidentale». Ils tentent systématiquement de dissimuler l’histoire de l’esclavage dans les institutions fédérales telles que les parcs nationaux et autres sites historiques. Sur les réseaux sociaux, les comptes officiels du gouvernement Trump font même ouvertement référence aux slogans de la propagande nazie, comme par exemple le post du ministère du Travail: «One Homeland. One People. One Heritage.» (Une patrie, un peuple, un héritage)1.

Presque tout le monde sait que les idées racistes sont très répandues aux États-Unis, conséquence du système esclavagiste et de l’expansion coloniale sur le continent nord-américain et au-delà. Mais la suprématie blanche aux États-Unis n’est pas seulement une affaire d’attitudes sociales. La suprématie blanche est une idéologie d’État explicite. Elle a constitué la base du régime politique qui a gouverné le pays jusqu’à son renversement lors de la révolution des droits civiques dans les années 1950 et 1960.

Outre leur participation au système esclavagiste en tant que propriétaires d’autres êtres humains, les «Pères fondateurs», qui ont jeté les bases de ce régime, étaient des partisans idéologiques déclarés de la suprématie blanche. Citons par exemple cette description abjecte et raciste de personnes noires, tirée du tristement célèbre ouvrage de Thomas Jefferson Notes on the State of Virginia: «De manière générale leur existence semble relever davantage de la sensation que de la réflexion. À cela doit être attribuée leur propension à dormir lorsqu’ils sortent de leurs amusements et ne sont pas employés à travailler. Un animal dont le corps est au repos et qui ne pense pas est forcément porté à dormir.»2 Nous savons que le système politique étasunien s’inspirait des idées des Lumières. Il reposait sur des principes tels que «l’égalité de tous devant la loi» et «l’autorité légitime de l’État requiert le consentement de ceux qui sont gouvernés». Pourtant, la citation ci-dessus montre clairement qu’en pratique, ces principes ne s’appliquaient qu’aux Blancs.

Ce genre d’opinion au sein de l’élite dirigeante n’a malheureusement pas disparu avec l’abolition de l’esclavage en 1865. Prenons l’exemple de Woodrow Wilson, président de 1913 à 1921. Son père était aumônier dans l’armée confédérée. Dans son enfance, la famille de Wilson était servie par des esclaves fournis par l’église de son père. En ce qui concerne les opinions racistes, Wilson est peut-être le plus célèbre pour avoir projeté le film Birth of a Nation à la Maison-Blanche. Le film dépeint le Ku Klux Klan comme un groupe de héros qui, au lendemain de la guerre civile, a sauvé la population blanche du Sud du «danger» que représentait la population noire nouvellement affranchie3. On le sait peu, mais Wilson lui-même apparaît dans le film.

En effet, le film reprend un certain nombre de citations attribuées à Wilson. Avant d’entrer en politique, Wilson a été universitaire et recteur de l’université de Princeton. Durant cette période, il a écrit le livre History of the American People. Dans son film, le réalisateur D.W. cite Griffith Wilson comme suit: «Les hommes blancs étaient mus par un instinct de conservation. Finalement naquit un grand Ku Klux Klan, un véritable empire du Sud destiné à protéger les États du Sud.»

Le Ku Klux Klan est probablement l’organisation terroriste la plus célèbre de l’histoire des États-Unis. Le père de Trump en était au moins un sympathisant.

Le Klan est peut-être l’organisation terroriste la plus connue de l’histoire des États-Unis. En même temps, il s’agissait aussi d’un mouvement politique de grande ampleur, avec des partisans jusque dans les plus hautes sphères du gouvernement. Différentes versions du Klan ont existé au fil de l’histoire des États-Unis. Au départ, il s’agissait d’une tentative de défaire le verdict révolutionnaire de la guerre civile par la force brutale. Cette violence visait à inverser l’émancipation politique et économique de la population noire dans le Sud pendant la période de la First Reconstruction. Les meurtres, les menaces de mort, les incendies criminels et les violences de masse faisaient partie des tactiques préférées du KKK. Le «second» Klan, apparu au début du 20e siècle, est resté farouchement opposé aux droits des Noirs américains. Il a également ajouté un nouvel élément à son idéologie: la haine des migrants.

Trump est loin d’être le premier démagogue d’extrême droite à utiliser les sentiments anti-immigrés pour faire avancer son programme. À son apogée, dans les années 1920, le Klan comptait environ cinq millions de membres. Ce succès reposait en grande partie sur la défense des «valeurs étasuniennes» contre «l’influence étrangère»4. Si Trump père n’en était peut-être pas membre, il était au moins un sympathisant de ce mouvement. En 1927, il a été arrêté dans des émeutes lors d’une marche du Klan à New York5. La classe dirigeante a utilisé le Klan comme une arme contre le mouvement ouvrier émergent et de plus en plus radical. Dans le même temps, le Klan est parvenu à mobiliser de larges pans de la classe moyenne blanche et certains ouvriers blancs avec ses idées de suprématie blanche et son opposition à l’immigration.

Le manuel officiel du Ku Klux Klan limitait l’adhésion aux «hommes blancs nés aux États-Unis d’Amérique, citoyens non juifs qui ne doivent aucune forme d’allégeance à un gouvernement, une nation, une institution, une secte, un dirigeant, une personne ou un peuple étranger». Plus loin dans le texte, on peut lire: «Les Chevaliers du Ku Klux Klan (…) se consacrent à la tâche nécessaire de développer un véritable esprit de patriotisme américain. Les membres du Klan doivent être les exemples d’un patriotisme pur. Ils doivent organiser le sentiment patriotique des protestants blancs nés aux États-Unis pour défendre les institutions typiquement américaines. Les membres du Klan sont attachés au principe selon lequel l’Amérique doit redevenir américaine par la proclamation de doctrines américaines, la diffusion d’idéaux américains, la création d’opinions américaines saines et la préservation des institutions américaines.»

La mission du mouvement d’extrême droite autour de Trump est de défaire les acquis de deux périodes d’avancées progressistes: le New Deal et le mouvement des droits civiques.

La lutte héroïque du mouvement des droits civiques dans les années 1950 et 1960 a mis fin au régime d’apartheid aux États-Unis. Le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965 ont légalement interdit la discrimination fondée sur la race. Ces réformes ont aussi amené un changement idéologique: défendre ouvertement la suprématie blanche est devenu socialement inacceptable. Désormais, les messages racistes devaient être formulés en langage codé, avec une certaine marge de déni plausible. Cela se traduisait par des expressions telles que «sévir contre la criminalité» ou des attaques contre les «bénéficiaires de l’aide sociale». Le fait d’exprimer ouvertement sa sympathie pour une hiérarchie raciale fondée sur une prétendue supériorité biologique a disparu du courant politique dominant.

La frange la plus réactionnaire de la population étasunienne a vécu cette évolution comme une forme d’oppression. Pour elle, il s’agissait de «censure» au nom du «politiquement correct». Trump exploite précisément ce courant en tenant des propos ouvertement racistes qui remettent en cause le consensus issu de la révolution des droits civiques. Le «Trumpisme» cherche à revenir à l’époque de la ségrégation Jim Crow6. Trump ne se contente d’ailleurs pas d’attaquer les acquis idéologiques du mouvement des droits civiques. Il prend également des mesures pour démanteler ses acquis juridiques. Il le fait notamment en nommant des juges qui ont largement érodé le Voting Rights Act, comme l’a démontré une décision historique rendue en avril 20267.

Un opposant à l’élite ? Quelle mascarade !

Trump se présente comme le héros des «hommes et femmes oubliés», les laissés pour compte de l’économie mondialisée. Il a promis de ramener des millions d’emplois dans le secteur industriel grâce à des droits de douane. Il a également vanté des mesures telles que «l’exonération fiscale des pourboires», qui profiteraient à certains des travailleurs les plus vulnérables. En réalité, ses politiques profitent surtout aux super-riches. Ceux-ci ont bénéficié de certaines des plus importantes réductions d’impôts de l’histoire des États-Unis. Grâce au démantèlement des réglementations environnementales et de la protection du travail, les entreprises ont obtenu de plus en plus de marge pour augmenter leurs profits. Sans sa posture populiste, cependant, Trump n’aurait jamais été en milieu de mobiliser suffisamment d’électeurs. Il est loin d’être le premier politicien étasunien à avoir travaillé de la sorte.

Prenons l’exemple d’Andrew Jackson, un des héros de Trump. Jackson a été président de 1829 à 1837 et est souvent considéré comme le premier populiste de l’histoire politique des États-Unis, plusieurs de ses politiques ayant été conçues pour mobiliser le soutien des masses8. Il a par exemple fermé la Second Bank of the United States (la banque centrale du pays). De nombreux Étasuniens ordinaires considéraient cette banque comme un outil des riches commerçants et industriels qui renforçait les inégalités. Comme les conditions de propriété requises pour exercer le droit de vote venaient d’être abolies dans la plupart des États, presque tous les hommes blancs pouvaient voter9. Les campagnes de Jackson visaient donc à séduire le plus grand nombre. Aucun président avant lui ne s’était présenté aussi clairement comme le défenseur de «l’homme ordinaire».

Pourtant, ce sont clairement les riches et les puissants qui ont le plus profité de la présidence d’Andrew Jackson. Bien qu’il ne soit pas issu d’une famille riche, au moment où il a commencé à nourrir des ambitions politiques, il s’était déjà hissé parmi l’élite esclavagiste du Sud et possédait plus d’une centaine d’esclaves. Il défendait ouvertement l’esclavage et utilisait son pouvoir présidentiel pour réprimer les groupes abolitionnistes qui envoyaient de la littérature anti-esclavagiste au Sud par le biais du système postal fédéral10. Il exigeait même des fonctionnaires postaux qu’ils divulguent le nom des personnes abonnées à des publications abolitionnistes. Ce faisant, il les exposait directement à l’intimidation et à la violence de rue.

Andrew Jackson est aussi tristement célèbre pour le rôle central qu’il a joué dans le génocide des populations indigènes. En tant que colonel de la milice du Tennessee, il a dirigé les troupes qui ont mené la guerre contre les Creeks en Alabama et en Géorgie. Après que les hommes d’Andrew Jackson s’étaient rendus coupables de massacres et de destruction parmi le peuple muscogee, celui-ci s’est vu chassé de ses terres. Une fois président, Jackson a étendu cette politique. En 1830, il a signé l’Indian Removal Act, qui imposait le nettoyage ethnique de toutes les populations indigènes à l’est du fleuve Mississippi. Cela a conduit au tristement célèbre Trail of Tears, la marche de la mort partie du sud-est des États-Unis11.

Qui a tiré profit de ce génocide ? Les propriétaires d’esclaves qui ont établi des plantations sur les territoires volés et les spéculateurs immobiliers qui ont acheté d’immenses étendues de terre. Cependant, Jackson avait compris que, pour garantir de tels avantages à sa classe d’élite, il devait pouvoir compter sur un large soutien parmi les couches inférieures et moyennes de la population.

Le 20e siècle a également connu son lot de personnages similaires. Charles Coughlin (1891-1979) était l’animateur de l’un des programmes radiophoniques les plus populaires du pays, et un pionnier concernant l’utilisation de médias modernes à des fins de propagande politique. Coughlin, un prêtre catholique surnommé le «prêtre radio», a fondé des organisations fascistes telles que la National Union of Social Justice et le Christian Front. Pendant la Grande Dépression, il s’est d’abord comporté comme un allié de Franklin Roosevelt, avant de se retourner farouchement contre lui et le New Deal. Ses émissions exploitaient l’énorme colère suscitée par l’injustice du système capitaliste. Outre des impôts plus élevés pour les super-riches, il plaidait en faveur la nationalisation «du secteur bancaire, du crédit et de la monnaie, de l’électricité, de l’éclairage, du pétrole, du gaz naturel et des ressources naturelles que Dieu nous a donnés.»12

Mais qui Coughlin tenait-il pour responsable de la misère de la classe ouvrière ? Pas la classe capitaliste qui exploitait les gens et provoquait un chômage de masse. Non, Coughlin accusait les Juifs. Il les estimait également coupables de l’essor du mouvement communiste. Coughlin admirait ouvertement Hitler et le fascisme international. Cette logique de bouc émissaire se retrouve aujourd’hui dans la rhétorique de Trump portant sur une «invasion» d’« immigrés illégaux». Il associe d’ailleurs ces attaques à des théories du complot sur les «mondialistes» qui seraient responsables de la disparition des emplois industriels et des revenus stables pour les familles.

Les mesures réelles de Trump ne profitent qu’aux super-riches, mais sans une position populiste, il ne serait pas en mesure de mobiliser suffisamment d’électeurs.

George Wallace, gouverneur de l’Alabama, était la figure de proue du mouvement ségrégationniste radical qui s’est opposé jusqu’au bout à l’égalité raciale. Tout comme Trump, il faisait usage de procédés rhétoriques pour dépeindre les mouvements pour la justice sociale comme l’œuvre d’une élite progressiste manipulatrice. Wallace affirmait que le mouvement des droits civiques était une conspiration d’« intellectuels prétentieux» qui voulaient imposer leur mode de vie au Sud. Lors des élections présidentielles de 1968, Wallace s’est présenté comme candidat indépendant. Il défendait ouvertement la ségrégation raciale et s’est imposé dans cinq États: l’Alabama, la Louisiane, le Mississippi, la Géorgie et l’Arkansas. Mais il bénéficiait également d’un large soutien dans le Nord. Vingt-cinq mille personnes ont en effet assisté au discours de Wallace au Madison Square Garden de Manhattan lors de la campagne de 1968.

Lors des élections présidentielles de 1976, George Wallace a déclaré: «Vous, les gens ordinaires de la classe moyenne, payez des prix élevés partout (…) mais nous exonérons d’impôts la Fondation Ford, nous exonérons leurs milliards et les centaines de millions de la Fondation Rockefeller. Les Carnegie et les Mellon bénéficient aussi de ces avantages, tandis que les travailleurs, les agriculteurs et les petits entrepreneurs paient la facture.»

L’un des prédécesseurs les plus immédiats du mouvement d’extrême droite de Donald Trump n’est autre que Pat Buchanan. Après avoir été un influent propagandiste de droite pour les administrations Nixon et Reagan, Buchanan s’est présenté aux élections présidentielles de 1992, 1996 et 2 000. Il s’inscrivait toutefois en rupture avec le consensus néolibéral des deux grands partis. Lors de l’annonce de sa campagne pour 2 000, il a déploré «le démantèlement de l’empire industriel le plus puissant que le monde ait jamais connu. Morceau par morceau, emploi par emploi, usine par usine, on délocalise13. La voie d’accès qui permettait autrefois à des dizaines de millions d’Américains pauvres et travailleurs d’accéder à la classe moyenne, est désormais en ruine.»

Cependant, pour Buchanan, ce recul n’était pas la conséquence d’un système économique axé sur la maximisation du profit. Il le considérait comme un élément du déclin de la civilisation occidentale. Dans son livre Death of the West, publié en 2002, il écrit: «Maintenant que les peuples occidentaux ont entamé leur agonie, les salles vides de la Maison de l’Occident ne le resteront pas longtemps. En Amérique, les places qui étaient destinées aux 40 millions de non nés depuis Roe v. Wade14, ont été perdues, prises par les pauvres reconnaissants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. À mesure que les Européens renoncent aux enfants, leurs places seront également prises par des étrangers.» Aujourd’hui, cette idée est connue sous le nom de «théorie du grand remplacement». Les mouvements d’extrême droite en Europe et les partisans du trumpisme sont plus que ravis de la répandre.

Trump et les objectifs stratégiques de l’empire étasunien

Contrairement à ce que Trump prétend, sa présidence est en parfaite continuité avec celle de ses prédécesseurs. Le fil rouge est un engagement inconditionnel en faveur de la guerre et de l’agression dans le monde entier, au service des grandes banques et des entreprises qui dominent l’économie étasunienne. Donald Trump s’inscrit dans une longue tradition de présidents étasuniens qui utilisent leur écrasante puissance militaire pour étendre leur influence dans le monde.

Dès ses débuts, le gouvernement américain n’a cessé de mener des guerres pour promouvoir l’expansion coloniale sur le continent nord-américain. Cette tendance s’est accentuée après la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis se sont alors imposés comme la première superpuissance capitaliste, et ils ont pris la tête du bloc impérialiste par le biais d’institutions telles que l’OTAN. Pendant la guerre froide, les États-Unis ont mené des guerres longues et dévastatrices contre les populations de la Corée et du Vietnam. En outre, de nombreuses interventions militaires non moins impérialistes ont pris place: le Liban, Cuba, la République dominicaine, la Grenade, le Panama et de nombreux autres pays ont été attaqués. À cela s’ajoutent des coups d’État et des opérations secrètes qui ont causé d’énormes dégâts humains: l’installation du Shah en Iran en 1953, le coup d’État contre le président guatémaltèque démocratiquement élu Jacobo Árbenz en 1954, et le putsch contre Salvador Allende au Chili en 1973, qui a porté au pouvoir le régime fasciste de Pinochet. Même après la chute de l’Union soviétique, cet interventionnisme n’a pas cessé. Washington a mené des opérations militaires en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Yémen, au Pakistan, en Somalie et en Syrie.

Trump s’est révélé aussi belliqueux que tous ses prédécesseurs. Il utilise ouvertement un langage colonial qui n’a plus été utilisé depuis des générations.

Les médias commerciaux et d’autres institutions influentes aux États-Unis disposent encore d’innombrables moyens pour créer du soutien aux interventions étrangères de Washington. Pourtant, cette propagande perd peu à peu en puissance. De nombreux Étasuniens sont en effet las de ces guerres interminables. Les guerres en Irak et en Afghanistan ont clairement mis en lumière que ce que les politiciens présentent comme une opération militaire à court terme peut facilement déboucher sur une occupation de plusieurs années. Des dizaines de milliers de soldats de l’époque de la «guerre contre le terrorisme» sont rentrés avec de graves séquelles physiques et psychologiques. S’ils sont rentrés. Dans le même temps, on prend de plus en plus conscience du fait que la machine de guerre pèse lourdement sur les finances publiques. Le budget militaire en constante augmentation engloutit également des moyens qui pourraient être utilisés pour s’attaquer aux problèmes sociaux auxquels sont confrontés les travailleurs.

Trump avait parfaitement capté ce sentiment lorsqu’il s’est présenté aux élections présidentielles pour la première fois, en 2016. Depuis, il tente de se faire passer pour un «président de la paix». Il a attaqué ses prédécesseurs et ses rivaux pour avoir déclenché des guerres interminables et s’est présenté comme un leader si puissant que les autres pays s’aligneraient naturellement sur lui. En réalité, Trump s’est avéré aussi belliqueux que ses prédécesseurs. De plus, il utilise ouvertement une rhétorique colonialiste qui avait pratiquement disparu de la politique étasunienne mainstream depuis des générations.

Depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, il est évident que ses promesses de campagne étaient vaines. Outre son soutien sans faille au génocide israélien à Gaza, il a proclamé une nouvelle «stratégie de sécurité nationale». Il y envisage l’ensemble de l’hémisphère occidental comme la sphère d’influence exclusive de Washington. Il a commencé par une violente campagne contre les petites embarcations dans les Caraïbes et sur la côte pacifique de l’Amérique du Sud. Cette situation a finalement culminé en une attaque généralisée contre le Venezuela, au cours de laquelle le président Nicolás Maduro a été kidnappé. À plusieurs reprises, Trump a menacé de faire la guerre à Cuba tout en renforçant le blocus économique contre l’île. Même le Groenland n’a pas échappé à ses ambitions coloniales débridées.

À cela s’ajoute sa guerre contre l’Iran. Le bombardement brutal du pays a fait des milliers de morts et a déclenché un conflit qui a déstabilisé l’ensemble du Moyen-Orient. Le Liban, en particulier, paie aujourd’hui le prix fort du rôle joué par l’armée israélienne, équipée par les États-Unis. Trump, lui, est coincé dans un bourbier: il ne parvient pas à contraindre l’Iran à des concessions humiliantes, mais il n’est pas non plus disposé à admettre sa défaite. En même temps, le détroit d’Ormuz reste bloqué, avec des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale.

La majorité du public étasunien s’oppose à la politique de guerre de Trump. Un sondage réalisé fin mars a montré que la plupart des Étasuniens désapprouvent les récentes interventions de leur pays contre le Venezuela et l’Iran, et que les guerres précédentes – en Afghanistan, en Libye et en Irak – ne bénéficient pas non plus d’un grand soutien15.

Lorsqu’il a brièvement semblé que Trump avait lancé une série d’opérations militaires réussies, de nombreuses voix critiques au sein de la classe dirigeante sont restées silencieuses. Même les commentateurs qui l’ont attaqué sur sa politique intérieure ont applaudi l’enlèvement de Maduro. Certains ont même admiré la supériorité technologique déployée au cours de l’opération. Pendant un certain temps, l’establishment a espéré qu’une démonstration de puissance militaire écrasante pourrait restaurer, voire raviver, la puissance mondiale des États-Unis, qui est en train de s’affaiblir. Cependant, la guerre contre l’Iran s’est rapidement transformée en un échec humiliant. Bien que l’Iran ait subi de lourds dommages et perdu plusieurs dirigeants, son système politique est resté intact. L’Iran a également conservé le contrôle du détroit d’Ormuz, malgré l’énorme disparité militaire entre les deux pays. En réalité, les actions erratiques de Trump ont continué de discréditer Washington sur le plan international.

De plus en plus de personnes, en particulier des jeunes, arrivent à la conclusion que tout le système de domination de la classe des milliardaires doit disparaître.

Enfin, les déclarations de Trump sur l’OTAN doivent être envisagées séparément des politiques réelles de son administration. Il attaque régulièrement cette alliance en public et flirte parfois avec l’idée d’une sortie des États-Unis. En réalité, ces déclarations servent surtout à faire pression sur les alliés européens. Trump veut qu’ils augmentent fortement leurs dépenses militaires pour atteindre un pourcentage plus élevé de leur PIB. L’administration Trump veut transformer l’OTAN en un appareil militaire encore plus puissant. Cela représente à la fois une menace pour la paix mondiale et une source lucrative de revenus pour l’industrie étasunienne de l’armement.

Les citoyens refusent de reculer

Trump a remporté les élections de 2024 dans un contexte où le bipartisme est fortement discrédité. Dans un premier temps, il s’est attaqué à Joe Biden, dont la faible réponse à la crise de l’inflation lui a valu beaucoup de mépris et dont le soutien au génocide de Gaza a brouillé de nombreux électeurs progressistes. Or, ce sont précisément ces électeurs qui étaient nécessaires pour vaincre Trump. Lorsque la détérioration mentale de Joe Biden est devenue douloureusement apparente lors de son débat avec Trump, les démocrates ont poussé la vice-présidente Kamala Harris sur le devant de la scène. Toutefois, elle aussi a été identifiée aux échecs de l’administration Biden et n’a pas eu le temps de mener une véritable campagne présidentielle.

Pourtant, la plupart des Étasuniens soutiennent des mesures telles que les soins de santé universels, l’annulation de la dette étudiante, le renforcement des droits syndicaux et d’autres réformes progressistes. L’égalité des droits en matière de mariage et le droit à l’avortement bénéficient également d’un large soutien. Une grande partie des jeunes, peut-être même une majorité, ont une vision positive du socialisme16. En outre, de nombreux Étasuniens rejettent les guerres que Trump mène ou menace de mener dans le monde. Sa cote de popularité oscille aujourd’hui autour de 40% et devrait encore baisser.

Le mouvement d’extrême droite qui entoure Trump veut revenir sur les acquis de deux périodes importantes de progrès social dans l’histoire des États-Unis: le New Deal des années 1930 et le mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960. Son gouvernement a déjà pris des mesures dans ce sens, mais s’est heurté à une résistance farouche. Des manifestations de masse rassemblant des millions de personnes ont eu lieu à plusieurs reprises depuis le retour au pouvoir de Trump. Des mobilisations contre les déportations massives aux manifestations du «No Kings Day», de la grève générale à Minneapolis le 23 janvier 2026 au National Shutdown du 30 janvier et aux mobilisations du 1er mai, le contre-mouvement grandit à vue d’œil. Le mouvement anti-Trump prend de l’ampleur car il représente de plus en plus la voix de la majorité de la population étasunienne.

Alors que le président tente de revenir en arrière, son offensive contre les droits sociaux et économiques fondamentaux pourrait avoir l’effet inverse. De plus en plus de personnes, en particulier parmi les jeunes, arrivent à la conclusion qu’une société dans laquelle la classe des milliardaires détient le pouvoir doit fondamentalement changer. Cela pourrait annoncer une nouvelle période de conflits sociaux, plus radicale que tout ce que les États-Unis ont connu au cours des dernières décennies.

Footnotes

  1. https://krishnamoorthi.house.gov/media/press-releases/congressman-krishnamoorthi-leads-38-house-democrats-condemning-white
  2. www.americanyawp.com/reader/the-early-republic/thomas-jefferson-notes-on-the-state-of-virginia-1788/
  3. https://millercenter.org/president/wilson/life-before-the-presidency
  4. https://ehistory.osu.edu/sites/default/files/mmh/clash/Imm_KKK/KKK%20pages/KKK-page2.htm
  5. www.washingtonpost.com/history/2023/04/04/fred-trump-arrests/
  6. Note du traducteur: Le nom «Jim Crow» renvoie à un personnage caricatural raciste d’un spectacle de ménestrels de 1830. Ce dernier a ensuite donné son nom au système de ségrégation raciale légale aux États-Unis. Les «lois Jim Crow» étaient un ensemble de lois racistes et de règles locales introduites principalement dans les États du sud des États-Unis à partir de la fin du 19e siècle. Elles imposaient une ségrégation raciale stricte entre les Étasuniens blancs et noirs dans les écoles, les transports publics, les logements, les restaurants et autres installations publiques. Par le biais de diverses mesures, elles limitaient également le droit de vote des citoyens noirs. Le système est resté largement en place jusqu’au mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960.
  7. Note du traducteur: Il s’agit d’une décision de la Cour suprême des États-Unis d’avril 2026 (Louisiana v. Callais) sur la délimitation des circonscriptions en Louisiane. Avec cette décision, une majorité conservatrice de la Cour Suprême a limité l’application de la section 2 du VotingRights Act de 1965. Cette décision rend plus difficile la contestation légale de la discrimination raciale dans les circonscriptions électorales.
  8. www.usnews.com/news/ken-walshs-washington/articles/2017-03-16/president-donald-trump-pays-homage-to-andrew-jackson
  9. Note du traducteur: Entre 1810 et 1840 environ, la plupart des États étasuniens ont progressivement supprimé les exigences en matière de propriété pour les électeurs blancs de sexe masculin par le biais d’amendements constitutionnels et de lois de réforme. Quand Andrew Jackson a été élu en 1828, le suffrage était pratiquement universel pour les hommes blancs. En Belgique, le suffrage universel unique (pour les hommes) n’a été introduit qu’en 1919.
  10. https://millercenter.org/dont-mess-mail
  11. Note du traducteur: Le «Trail of Tears» fait référence à la déportation forcée de dizaines de milliers d’« Indiens» du sud-est des États-Unis dans les années 1830, à la suite de l’Indian Removal Act de 1830, sous la présidence d’ Andrew Jackson. La déportation de la nation Cherokee vers l’Oklahoma actuel en particulier est tristement célèbre: des milliers de personnes sont mortes en route à cause de la faim, de la maladie et de l’épuisement.
  12. www.theatlantic.com/magazine/archive/1935/12/father-coughlin/652107/
  13. https://buchanan.org/blog/pjb-presidential-announcement-speech-297
  14. Note du traducteur: Roe v. Wade (1973) a reconnu que le droit à la vie privée prévu par le quatorzième amendement donnait aux femmes un droit constitutionnel à l’avortement. Cette protection fédérale a été levée en 2022 par Dobbs v. Jackson Women’s Health Organisation, remettant le pouvoir de réglementer l’avortement en grande partie entre les mains de chaque État.
  15. www.realclearpolling.com/stories/analysis/rcp-poll-americans-opposed-every-20th-century-u-s-war
  16. www.cato.org/blog/young-americans-socialism-too-much-thats-problem-libertarians-must-fix