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La gauche face à l’ouverture des frontières

Grégory Mauzé

— 17 décembre 2018

Face à l’impasse des politiques migratoires, les forces qui aspirent à la transformation sociale doivent concilier défense des droits fondamentaux et lutte contre le capital.

Un bilan d’étape de quatre décennies de protectionnisme migratoire en Europe et ailleurs oblige à en constater l’échec. La fermeture des frontières n’a pas permis de préserver la main-d’œuvre nationale, mais elle a plongé dans l’illégalité des millions de travailleurs étrangers dont le statut précaire tire vers le bas l’ensemble de la condition salariale. L’entretien de la fiction d’un Occident assailli par la misère du monde a conduit à un arsenal répressif au montant financier exorbitant et au coût humain accablant.

Face à ce sombre tableau, les appels à rompre avec la gestion restrictive des frontières se sont multipliés. L’instauration d’un espace de libre circulation des personnes entre nations occidentales et pays tiers s’est notamment imposée comme une hypothèse à même d’ébrécher le consensus public marqué par l’hostilité à l’immigration. Novatrice et radicale, cette proposition fait l’objet de deux interprétations principales, portées par des courants dont les fondements politiques et les motivations divergent sensiblement.

Un mot d’ordre ambigu

L’une a été popularisée aux États-Unis d’Amérique (USA) par les cénacles libéraux et libertariens. Ceux-ci estiment que l’État n’a, pas plus qu’en matière socioéconomique, vocation à intervenir pour réguler la mobilité des personnes1. Si les considérations humanitaires sont parfois invoquées, l’aversion pour la fermeture des frontières tient surtout au fait qu’elle freine la croissance économique. Ainsi, la libre circulation garantirait une allocation optimale des facteurs de production et permettrait, par le jeu de l’offre et de la demande, de bénéficier aux migrants, à la société d’accueil et à la société de départ2. Cette perspective a notamment été défendue par le candidat investi par le Parti libertarien pour l’élection présidentielle américaine de 2016, Gary Johnson.

Une autre approche de cette question provient des mobilisations sociales en faveur des immigrés. Bien souvent imbriquée aux dynamiques anticapitalistes et altermondialistes3, elle se fonde sur la nécessité d’ouvrir les frontières pour assurer le respect des droits de l’Homme et le principe d’égalité. En Europe, cette revendication a été popularisée dans les années 1990 par les mouvements de soutien aux sans-papiers, avant d’essaimer dans les sphères intellectuelles et associatives. Le collectif No Borders, créé en 1999, en a fait son cheval de bataille. Plusieurs organisations s’y sont ralliées, à l’instar du réseau Migreurop qui réclame la liberté de circulation depuis 20104. Certaines structures ont développé un argumentaire en vue de défendre une conception de la liberté de circulation couplée à celle d’installation et à l’égalité des droits, ce afin d’éviter la mise en concurrence entre travailleurs nationaux et étrangers5. D’autres estiment, en revanche, qu’il convient de soutenir le droit à la mobilité sans condition préalable6.

L’essentiel de l’immigration des pays occidentaux en provenance de pays tiers correspond à une contrainte.

La tragique actualité migratoire européenne a permis à cette acception de l’ouverture des frontières de progresser au niveau politique, essentiellement à gauche. Néanmoins, la revendication n’a, pour l’heure, que rarement été endossée par les organisations syndicales et partisanes qui s’inscrivent dans le sillage du mouvement ouvrier, qui représentent pourtant un relais traditionnel des droits des migrants7. Elle n’a pas non plus fait de leur part l’objet d’une réflexion approfondie visant à développer les conditions de sa mise en œuvre.

Défis et opportunités

Cette réticence s’explique par plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, le rapport ambigu qu’entretient le mouvement ouvrier à l’immigration : garantie pour les travailleurs de trouver ailleurs, dans certaines circonstances, les moyens de leur épanouissement, voire de leur subsistance, la mobilité internationale est aussi utilisée par le patronat pour contenir les augmentations salariales (voir encadré n°1)8. L’absence de consensus sur les conséquences concrètes d’une telle révolution dans la gestion des frontières nourrit également les inquiétudes en ce qui concerne la soutenabilité des États-Providence9. L’approche libertarienne de cette thématique et son investissement par une certaine droite, qui y voit une façon de parachever le principe de concurrence libre et non faussée, a par ailleurs tendance à renforcer ces craintes.

À cela s’ajoute, pour les partis de gauche, une configuration politique et sociétale peu favorable à un tel débat. En l’état, la proposition de liberté complète de circulation semble en effet difficilement audible, à l’heure où celle-ci est de plus en plus contestée au sein même de l’espace Schengen. En outre, d’indispensables mesures d’urgence, telles que la création de canaux migratoires légaux, la délivrance de visas humanitaires, ou encore l’organisation d’opérations de sauvetage en mer dignes de ce nom ne requièrent pas l’ouverture préalable des frontières.

Pour autant, s’insérer pleinement dans ce débat pour définir les conditions d’une mise en œuvre progressiste de la liberté de circulation ne manque pas d’intérêt pour ceux qui entendent contester l’hégémonie néolibérale. Politiquement, ce projet incarne, comme le note Harald Bauder de l’Université de Ryerson au Canada, une «critique radicale de l’intolérable condition actuelle de restriction à la mobilité transfrontalière»10. Il permet, dès lors, d’en formuler une critique puissante, de la même façon que le mot d’ordre de «réémigration» utilisé par l’extrême droite européenne sert d’outil pour conceptualiser le rejet des minorités ethniques, religieuses et culturelles.

Cette réflexion peut donc contribuer à poser les jalons une politique globale de gestion des flux migratoires qui ne serait pas seulement réactive. Ceci semble d’autant plus urgent que règne, aux yeux du grand public, un certain flou entre le soutien opportuniste à l’immigration par le patronat et l’ouverture des frontières comme outil de défense des droits fondamentaux. Le dissiper représente un moyen de déconstruire un amalgame dont pâtissent tant la gauche que les initiatives de solidarité avec les migrants.

Comprendre la mobilité internationale

Une contribution utile à ce débat de la part de la gauche de transformation fidèle aux idéaux d’émancipation, de justice sociale et d’égalité requiert de se fonder sur une analyse matérialiste. Cela implique, en premier lieu, de comprendre le rôle de la mobilité internationale en régime capitaliste. Cette question est éminemment complexe, puisque la migration peut, selon les cas, servir les intérêts des travailleurs, ceux du capital, voire servir ou desservir simultanément certaines franges de chaque camp (voir encadré n°1). Il est d’autre part nécessaire d’appréhender les rapports de domination à l’œuvre à chaque étape du parcours migratoire.

Sur ce point, force est de constater que l’essentiel de l’immigration des pays occidentaux en provenance de pays tiers correspond à une contrainte. Cette dernière a pour origine les bouleversements économiques, politiques, sociaux ou climatiques11. Il convient dès lors de sortir d’une vision romancée de la mobilité, trop souvent associée à la seule idée de liberté, qui fait l’impasse tant sur la réalité vécue par les émigrés que sur leurs préférences personnelles. Les déplacements de populations tels qu’ils existent actuellement ne relèvent pas de la marche naturelle du monde, mais en sont au contraire le signe de profonds dysfonctionnements. Le droit de chercher ailleurs la jouissance de ses droits doit incontestablement être garanti12, pour des raisons sociales et humanitaires évidentes. Toutefois, pour échapper au risque «que les symptômes des difficultés soient traités sans que les causes le soient», le politologue et géographe à l’université d’Exeter (Royaume-Uni) Nick Gillsoutient que l’ouverture des frontières doit être combinée à des politiques résolues pour la paix et le développement13.

Tout projet de droit à migrer doit aller de pair avec de la défense du droit à ne pas migrer.

La question n’est donc pas seulement de fluidifier la mobilité des personnes contraintes de fuir, mais aussi de prévenir la violence première qui pousse à l’exil. Dès lors, tout projet de droit à migrer doit aller de pair avec de la défense du droit à ne pas migrer. Cela implique de battre en brèche la croyance libertarienne selon laquelle la libre circulation serait la panacée pour lutter contre la pauvreté et les inégalités mondiales. Faciliter l’émigration peut, certes, dans certaines circonstances, servir à limiter les risques d’explosion sociale ou de crise humanitaire dans le pays de départ14. Cette mesure doit néanmoins s’accompagner de politiques publiques volontaristes ambitieuses sur les plans national et international: élévation des standards sociaux, fin des relations commerciales agressives de la part des États du centre15, lutte contre la concentration des terres… Des pistes autrement plus satisfaisantes pour les droits et libertés fondamentales que la seule possibilité de fuir un pays dépossédé de ses richesses.

Mobilité internationale des travailleurs et accumulation du capital

Le capitalisme international entretient un rapport ambigu aux migrations , qui peuvent tour à tour favoriser ou freiner le processus d’accumulation.

De façon générale , il privilégie l’immobilité du facteur travail. En ce qu’elle raréfie la main-d’œuvre en compétition , l’émigration force en effet les employeurs à revaloriser la condition salariale. On a pu notamment constater ce phénomène lors de l’élargissement à l’Est de l’espace Schengen.

Mettre en concurrence la main-d’œuvre étrangère avec le prolétariat national permet aussi d’affaiblir l’organisation ouvrière. Ce fut l’approche du patronat dans les pays occidentaux dès l’apparition du salariat moderne. Le mouvement ouvrier y a historiquement répondu en défendant l’égalité des droits salariaux et en intégrant les nouveaux arrivants dans les syndicats.

L’existence de pénuries objectives de main-d’œuvre peut conduire patronat et syndicats à s’accorder ponctuellement sur le besoin d’immigration. Dans les pays d’Europe occidentale ce fût notamment le cas durant l’après-guerre dans le domaine du charbon : la revalorisation des conditions de travail s’étant révélés insuffisante pour pourvoir les emplois vacants , les organisations de travailleurs acceptèrent le recours aux contingents de main-d’œuvre étrangère issus du pourtour méditerranéen.

Notons encore que si l’existence d’un chômage de masse affaiblit l’organisation ouvrière et rend le besoin d’immigration économique moins pressant pour les employeurs , ceux-ci n’ont pas pour autant renoncé à soutenir sa relance.

Droits individuels et droits collectifs

L’essentiel n’est pas tant de garantir un droit-liberté spécifique (en l’occurrence, celui d’aller et venir), mais de s’assurer que les personnes puissent disposer de l’ensemble de leurs droits individuels et collectifs fondamentaux. La question n’est pas anodine puisque l’idéologie néolibérale tend précisément à jouer la première génération de droits contre la seconde et la troisième (voir encadré n°2). La critique de Marx de l’acception libérale des droits humains issue des lumières est, à cet égard, tout aussi pertinente que durant la révolution industrielle. Sans rejeter la validité de ceux-ci, le philosophe allemand relevait qu’ils étaient sans objet pour le plus grand nombre, tant que n’étaient pas reconnus les droits économiques et sociaux qui permettent d’en bénéficier concrètement.

Il est donc fondamental de ne pas sombrer dans ce piège idéologique lorsqu’on en vient à aborder la question de la libre circulation, et d’analyser celle-ci à l’aune d’une vision globale des droits. Ce point est essentiel dans la mesure où les problématiques migratoires se prêtent tout particulièrement aux lectures unidimensionnelles qui occultent certains de ses aspects. Le droit à chercher ailleurs les moyens de l’épanouissement et de l’émancipation peut, en effet, entrer en conflit avec certains droits collectifs, et inversement.

Le brain drain, ou «fuite de cerveaux», illustre à souhait cette potentielle contradiction. Le départ de travailleurs qualifiés formés dans les pays pauvres d’émigration pour occuper des emplois mieux rémunérés à l’étranger constitue, pour les pays d’accueil, un gain net, supérieur à la perte relative pour les pays d’origine. Outre son coût financier, ce phénomène peut engendrer des conséquences sociales dramatiques, notamment dans le domaine médical16. Ainsi, on estime qu’un taux d’expatriation de qualifiés devient catastrophique pour le pays de départ lorsqu’il avoisine les 20%. Or, il atteint bien souvent un taux compris entre 30 et 80% pour les pays les plus pauvres17.

Une libéralisation des flux migratoires allant de pair avec la régularisation des travailleurs irréguliers pourrait, sous certaines conditions, représenter une partie de la solution. De substantiels progrès pourraient en effet être faits dans la lutte contre le «gaspillage des cerveaux», soit l’emploi de travailleurs qualifiés pour des postes non qualifiés, à condition qu’elle soit accompagnée de programmes de reclassement et de formation appropriés. La libre circulation permettrait de faciliter les allées et venues pour les travailleurs sans-papiers qui en étaient privés, et de valoriser dans le pays d’origine le savoir-faire ainsi accumulé. Cette mesure risquerait toutefois d’accélérer le brain drain des pays dans lesquels il est le plus problématique, et l’ouverture totale des frontières ne serait, dans un premier temps, envisageable qu’au cas par cas. Pour lutter contre le handicap pour le pays de départ, Mouhoud El Mouhoub, professeur à l’université Paris Dauphine, propose de créer une taxe internationale sur les États bénéficiant de l’immigration des travailleurs qualifiés, qui servirait à financer le développement. Sans résoudre tous les problèmes posés par la fuite des cerveaux, elle permettrait de diminuer le coût social pour le pays d’origine18.

Outre la défense des droits fondamentaux, il s’agit de substituer aux rapports d’oppression des rapports de solidarité.

La décision d’ouvrir ou non les frontières ne doit donc pas se fonder sur le seul droit à la mobilité, mais associer un ensemble plus large de droits collectifs. Ceci impose de prendre en compte les enjeux en terme de développement pour les pays de départ. Soit l’exact opposé de l’immigration sélective prônée par l’Union Européenne et la plupart des États occidentaux, conçue en fonction des bénéfices que peut en tirer l’économie de la société d’accueil.

Exigence d’égalité

On l’a dit, l’antagonisme capital-travail se révèle particulièrement complexe à saisir lorsqu’il s’agit de migrations. Dans certaines configurations, les préférences du capital peuvent être, jusqu’à un certain point, conciliables avec le respect des droits fondamentaux et les impératifs humanitaires. La crise de l’asile de l’été 2015 en Allemagne est à cet égard symptomatique. La politique d’accueil des réfugiés de la Chancelière Angela Merkel fut soutenue tant par les syndicats et l’essentiel des formations de gauche que par les fédérations d’employeurs, qui y voyaient l’occasion de relancer l’immigration économique19.

L’existence d’objectifs communs entre représentants des deux «camps» sociaux ne doit pas faire perdre de vue le fait que les flux migratoires peuvent être instrumentalisés par le patronat, qui peut se parer des atours du progrès social pour mieux s’y attaquer. C’est en ce sens que l’économiste à la George Mason University (USA), Bryan Caplan, plaide pour que l’ouverture des frontières s’accompagne de la suppression du salaire minimum pour les travailleurs immigrés, mesure censée leur permettre de disposer d’un avantage comparatif dans la compétition salariale20. Cette option est partagée par certains lobbies patronaux et une partie de leurs relais politiques. Il en va ainsi de la proposition du gouvernement allemand d’instaurer en 2016 des mini-jobs à 0,80 euros de l’heure pour les réfugiés (contre 1,05 euros pour les nationaux), officiellement présentée pour faciliter leur intégration. Il n’est pas inconcevable d’imaginer que des nouveaux arrivants eux-mêmes estiment qu’il puisse être dans leur intérêt d’aller dans le sens de propositions de ce type.

Trois générations de droits humains

Droits-libertés : issus de la philosophie des Lumières. Ils impliquent la non-intervention de l’État dans les affaires privées. Exemples : droits à la mobilité , liberté de conscience , à la liberté d’association.

Droits-créances : nés dans la foulée des mobilisations ouvrières des XIXe et XXe siècles. Il s’agit de droits économiques , sociaux et culturels , nécessitant une obligation d’intervention de l’État. Exemples : droit au travail , à l’éducation , à la santé.

Droits solidaires ( non garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ) : nés à la fin du XXe siècle. Ils supposent l’action au niveau international. Exemples : droits au développement , droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs ressources naturelles.

Comment, dès lors, arbitrer cet apparent conflit ? «Avec ou sans liberté de circulation, l’égalité des droits, économiques et sociaux en particulier, de toutes les personnes présentes sur le territoire doit primer», explique Antoine Mathchercheur à l’IRESDe fait, aucun projet de transformation sociale ne peut s’accommoder de situations qui, en créant un marché du travail au rabais, s’attaquent frontalement aux intérêts des classes populaires. Une conception progressiste de la liberté de circulation passera donc par la régularisation de tous les travailleurs présents et de la pleine égalité des droits. Tout en représentant un pas en avant vers la justice migratoire, cette mesure portera un coup sévère à la capacité des employeurs de pratiquer le «dumping social internalisé» grâce à la main-d’œuvre irrégulière21.

Cette exigence d’égalité permet d’objectiver un tant soit peu l’intérêt général des classes laborieuses – au-delà des divergences d’intérêts ponctuelles entre nationaux et étrangers – à préserver les normes sociales et salariales. «Cet objectif n’est pas négociable, même en échange d’une plus grande liberté de circulation», ajoute Antoine Math. Un rappel utile, dans la mesure où certains partisans inconditionnels de la libre circulation sont disposés à tendre la main à tous les acteurs allant en ce sens, indépendamment de leur position dans l’antagonisme de classe22.

Créer du commun

Le fait que la question de la libre circulation ne se superpose pas toujours au clivage gauche-droite rend sa dimension émancipatrice particulièrement complexe à saisir. L’investir réellement permet néanmoins à la gauche de mettre en exergue une série d’impensés sur la thématique migratoire, et partant, d’éclairer certains angles morts de son paradigme de lutte contre les injustices.

Si le mouvement ouvrier et ses héritiers sont susceptibles d’apporter leur pierre à l’édifice d’une conception progressiste de ce projet, c’est bien en raison de leur vocation et, parfois, de leur capacité, à créer du commun au-delà des frontières. Outre la défense des droits fondamentaux, il s’agit de substituer aux rapports d’oppression des rapports de solidarité. D’où le danger d’alliances contre nature avec les zélateurs de la main invisible du marché, moins motivés par les considérations humanitaires que par les intérêts bien compris du capital.

Faire le tri entre les différentes façons de parvenir à cet objectif peut sembler dérisoire vu l’urgence à combattre la logique mortifère des frontières. Reste que seul un projet égalitaire peut rendre l’idée radicale de libre circulation crédible et éviter le nivellement social par le bas dans les pays d’accueil et la poursuite cynique du processus d’exploitation dans les pays de départ.

L’histoire démontre abondamment que les coalitions pour le changement n’ont rien de naturel, quand bien même les catégories subalternes partagent une même condition d’oppression. Elles doivent être forgées par la pratique sociale et politique, qui doit elle-même se fonder sur les bons outils analytiques. À charge, pour la gauche de transformation, de travailler à ce que les alliances se forment sur base de l’intérêt commun à lutter contre un système de domination, et non sur les divisions artificielles créées pour le perpétuer.

Footnotes

  1. Selon l’économiste libéral Harry Binswanger, aucun travailleur n’aurait «de droit à être exempté de la compétition dans le marché du travail» grâce à des politiques protectionnistes de gestion des flux aux frontières, et les entreprises auraient le droit «d’embaucher les travailleurs les moins chers» quel que soit le côté de la frontière d’où ils proviennent. Harry Binswanger, «Open Immigration», Immigration Daily2006.
  2. Dylan Matthews, The case for open borders, 15 décembre 2014.
  3. Lire notamment la Charte sociale des Migrants adoptée au Forum social mondial de Dakar de 2011.
  4. En écho à certains de leurs membres, à l’instar du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) en France, qui exprimait déjà des revendications en ce sens dès 1997.
  5. La Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers (CIRé), membre belge de Migreurop, estime que «l’instauration de la liberté de circulation» doit être «précédée d’avancées notables en matière de garantie d’accès égale et effective des nationaux, des Européens et des migrants aux droits sociaux et économiques» ainsi que d’une «application plus efficace et uniforme du droit du travail». CIRé, «Pourquoi nous sommes pour la liberté de circulation et d’installation», 1er avril 2015.
  6. La défense du droit inconditionnel à migrer est notamment portée par le Gisti.
  7. Plusieurs partis d’extrême gauche ont fait leur la revendication d’ouverture des frontières, tels que la LCR en Belgique et le NPA en France. Le parti belge francophone ECOLO a également fait un pas dans ce sens en organisant, octobre 2016, un laboratoire d’idées consacré à la question migratoire. Elodie Blogie, Ecolo ose l’ouverture sur la migration, Le Soir, 18 octobre 2016
  8. Marie-Thérèse Coenen, Les syndicats et les immigrés. Du rejet à l’intégration, Éditions Vie Ouvrière, Bruxelles, 1999.
  9. Si la plupart des études concluent à un impact légèrement positif de l’immigration sur les comptes sociaux, l’impact d’une libéralisation totale des flux migratoires reste difficile à prévoir.
  10. Harald Bauder, Open Borders : A Utopia ?Justice spatiale | Spatial justice, n° 5 déc. 2012-déc. 2013.
  11. Saskia Sassen, «Mais pourquoi émigrent-ils ?», Le Monde diplomatique, novembre 2000.
  12. Conformément à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
  13. Nick Gill, «Whose “ No Borders“ ? Achieving Border Liberalization for the Right Reasons», Refuge, vol 26, n°2, 2009.
  14. Notamment parce que le départ des populations économiquement surnuméraire peut permettre de limiter l’accumulation dramatique du chômage et le maintien de salaires structurellement bas. Voir les débats entre «États fantômes» et «États morts-vivants». Bryan Caplan, «Ghost World and Zombieland», 6 août 2015, econlog.econlib.org
  15. Á l’image des traités de libre-échange tels que l’ALENA, signé entre les USA, le Canada et le Mexique, qui ont permis aux deux premiers d’inonder le marché local du troisième en produits agricoles à bas prix massivement subventionnés, ruinant les producteurs locaux et les poussant à l’exode. Jean-Baptiste Velut, NAFTA’s Developmental Impact on Mexico : Assessment and prospectsIdeAs, 2011.
  16. Karl Blanchet, Regina Keith, «L’Afrique tente de retenir ses médecins», Le Monde diplomatique, décembre 2006.
  17. El Mouhoub, Mouhoud, «Économie mondiale et circulations migratoires», Cité in : Liberté de circulation : un droit, quelles politiques ?, janvier 2011.
  18. Ibidem.
  19. Jean-Louis Thiériot, L’Allemagne face aux migrants: bons sentiments ou business ?, Le figaro, 7 september 2015.
  20. David Henderson, Caplan On Immigration ,  18 septembre 2010.
  21. Terray, Emmanuel, «Le travail des étrangers en situation irrégulière ou la délocalisation sur place», in : Etienne Balibar, Monique Chemillier-Gendreau, Jacqueline Costa-Lascoux, Emmanuel Terray, Sans-papiers, l’archaïsme fatal, Paris, La Découverte, 1999.
  22. Vooral verdedigd door de specialist rond ecologische migratie François Gemenne ( universiteit van Luik ). François Gemenne, Désolation, revuenouvelle.be, 22 november 2016.