Si la génération Palestine, qui s’est levée contre le génocide à Gaza, veut continuer de porter haut les couleurs de l’anti-impérialisme, c’est le moment pour elle de se lever pour Cuba.
Dans trois semaines, à Cuba les hôpitaux ne fonctionneront plus. C’est ce que Trump a décidé en empêchant n’importe quel pays de livrer du pétrole à Cuba. Trump veut asphyxier Cuba jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le 29 janvier, il a signé un “executive order” pour imposer des droits de douanes gigantesques à n’importe quel pays fournissant du pétrole à Cuba. Cette menace vise en premier lieu le Mexique et le Vénézuela, les deux principaux fournisseurs de pétrole du pays. Même si les deux pays veulent tenir tête, la menace que Trump fait planer sur eux est immense. Quel pays pourrait supporter de telles sanctions économiques ?
Pourtant, priver Cuba de pétrole, c’est le priver de tout. C’est le priver d’électricité pour faire tourner son économie et ses hôpitaux. C’est le priver de carburant pour que sa population puisse se déplacer. C’est le priver d’énergie pour faire fonctionner son secteur alimentaire.
Priver Cuba de pétrole, c’est briser des millions de vies et sans doute risquer des milliers de morts. Les Cubains parlent eux-mêmes d’un décret génocidaire.

Priver Cuba de pétrole, c’est en définitive une déclaration de guerre pour tenter, une fois de plus, de faire tomber l’île et d’ainsi provoquer un changement de régime, comme l’affirme le président américain lui-même. En effet, la signature de ce décret s’inscrit dans la continuité d’une campagne ancienne et particulièrement agressive visant à faire tomber « l’île insurgée »1. Cuba vit déjà sous le blocus économique américain depuis 65 ans. Il s’agit d’un blocus illégal, condamné chaque année par l’Assemblée générale des Nations Unies et qui a fait perdre à l’île plusieurs dizaines de milliards de dollars, dont 7,5 milliards de dollars seulement pour l’année 2024. Ce blocus a des conséquences concrètes et meurtrières. Il empêche l’île – pourtant dotée d’un système de santé performant – d’accéder à des médicaments essentiels en quantité suffisante, fragilise l’approvisionnement alimentaire, entrave le commerce et freine le développement économique. Il n’a pour autant jamais empêché les Cubains de se battre pour imposer leur propre voie. C’est cette résistance que Trump cherche aujourd’hui à briser.
En Palestine ou à Cuba, l’impérialisme cherche le contrôle
Peu de personnes de ma génération pensent encore que la colonisation et le génocide des Palestiniens aient réellement à voir avec une guerre de religion ou avec un « problème millénaire très compliqué », comme on pouvait parfois l’entendre avant octobre 2023. Le génocide à Gaza mais surtout le soutien tant actif que passif des pays occidentaux a rendu clair pour une grande partie de la « génération Palestine » que le contrôle de cette partie du monde était centrale pour ces puissances. Israël permet aux USA d’avoir un certain contrôle sur le Moyen-Orient et ils ne sont prêts à perdre l contrôle sur une région aussi stratégique sous aucun prétexte, pas même au prix du meurtre de 70 000 Palestiniens2. D’une certaine manière, le génocide et sa violence ont rendu les choses plus claires : c’est l’impérialisme qui est à l’œuvre en Palestine.
Priver Cuba de pétrole, c’est la priver de tout. C’est la priver d’électricité pour faire tourner son économie et ses hopitaux, de carburant pour que sa population et d’énergie pour faire fonctionner son secteur alimentaire.
Des milliers de kilomètres séparent Cuba et la Palestine. Leur histoire n’est pas la même. Les langues, les cultures, les traditions sont différentes. Et pourtant, les mêmes logiques sont à l’œuvre. Les USA ont toujours estimé qu’ils devaient avoir le contrôle total du continent américain et que, d’une certaine manière, si leurs 50 états étaient leur maison, les pays d’Amérique latine étaient leur jardin. C’est ce qu’on appelle la doctrine Monroe3. Jusqu’en 1959, le destin de Cuba n’échappait pas à cette règle. La dictature de Batista maintenait les Cubains dans des conditions d’existence misérables pendant que les richesses partaient vers les grands groupes américains. Les révolutionnaires cubains, dirigés par Fidel Castro, ont mis fin à cette dictature en mettant en place une société socialiste où les richesses produites par les cubains reviennent aux cubains mêmes. Les communistes cubains ont lancé des grandes campagnes d’alphabétisation, rendu l’école et les soins gratuits, et ont œuvré au développement de l’industrie. Et surtout, ils ont commencé à tracer leur propre voix. C’est ce que les USA ne leur ont jamais pardonné : avoir choisi leur indépendance et avoir donné l’exemple qu’il était possible de faire autrement que le capitalisme. Ainsi, le blocus criminel contre Cuba qui dure depuis 65 ans est une tentative permanente d’étouffer ce contre-exemple. Aujourd’hui, Trump remet à jour la doctrine Monroe, qu’il l’appelle désormais la doctrine Donroe4. Il cherche à exercer un contrôle sur tout le continent pour préparer sa guerre contre la Chine : le Vénézuela, Cuba, le Groenland. L’hémisphère tout entier doit être aligné sur les intérêts américains. Aucune forme de dissidence ne peut plus être tolérée.
Des milliers de kilomètres séparent Cuba et la Palestine. Et pourtant, l’agressivité de l’impérialisme américain se déchaîne des deux côtés du globe ; il ne connaît ni frontière ni limite.
« Cuba fought for the world, now the world must rise for Cuba »5
Depuis la révolution cubaine en 1959, Cuba s’est toujours engagé aux côtés des peuples en lutte pour leur libération. Cuba a été aux côtés de l’Angola, de l’Afrique du Sud et bien d’autres. Les Palestiniens en lutte pour leur indépendance et leur liberté n’ont pas fait exception.
Cuba et son dirigeant historique Fidel Castro ont toujours porté haut la lutte du peuple palestinien. En 1979, à la tribune de l’ONU, il déclarait : « Je ne me souviens d’aucun autre événement dans notre histoire contemporaine qui soit comparable à l’expulsion, à la persécution et au génocide que l’impérialisme et le sionisme infligent aujourd’hui au peuple palestinien. Dépossédés de leurs terres, expulsés de leur propre patrie, dispersés à travers le monde, persécutés et assassinés, les héroïques Palestiniens constituent un exemple impressionnant d’abnégation et de patriotisme, et sont le symbole vivant du plus grand crime de notre époque. »6 En 2026, peu de chefs d’État arriveraient à énoncer un tel discours, même après 2 ans et demi de génocide dans la bande de Gaza.

La république de Cuba a soutenu la Palestine et sa résistance en reconnaissant et en soutenant l’OLP7 ainsi que le droit du peuple palestinien à résister. Elle a notamment envoyé des soldats en renfort dans des pays arabes lors de la guerre du Kippour en 19738 et a défendu la cause palestinienne sur la scène internationale chaque fois qu’elle en avait la possibilité. L’île fait également partie des premiers pays à reconnaître la Palestine le 16 novembre 1988, au lendemain de sa déclaration d’indépendance. Une reconnaissance que la Belgique n’a toujours pas été capable de faire.
Cuba s’est battu pour la liberté de tous les peuples, aussi bien dans les moments « faciles », comme dans les années 1970, lorsque les mouvements d’indépendance avaient le vent en poupe, que dans les moments plus difficiles, comme dans les années 1990, lorsqu’une partie du monde a cru à la fin de l’Histoire et à la domination totale des États-Unis. La boussole profondément internationaliste des Cubains n’a jamais dévié ; leur engagement en faveur de la Palestine non plus.
Encore aujourd’hui, les Cubains manifestent massivement leur soutien à la Palestine. En octobre 2025, ce sont des dizaines de milliers de Cubains qui ont défilé dans les rue de La Havane contre le génocide à Gaza avec à la tête du cortège le président de l’île Miguel Diaz Canel portant fièrement le keffieh palestinien autour du cou. Une scène qu’on aurait du mal à imaginer dans les fameuses démocraties européennes dont les dirigeants ont brillé par leur lâcheté.
La violence qui s’est déchainée sous sa forme la plus brute en Palestine, celle du génocide, et celle et qui s’abat depuis 65 ans à Cuba à travers l’embargo et qui risque de prendre un tournant d’une intensité que les cubains n’ont jamais connues ont la même racine : l’impérialisme.
Cuba ne s’arrête pas aux mots et aux manifestations. Des centaines de Palestiniens étudient la médecine sur l’île gratuitement comme signe de solidarité. De plus, à l’inverse des USA, Cuba n’exporte pas d’armes à Israël. Il forme toutefois les médecins qui soigneront les victimes des balles américaines.
La génération Palestine doit devenir une nouvelle génération anti-impérialiste
Partout dans le monde, une génération s’est levée pour la Palestine. Les occupations qui ont eu lieu en resteront toujours le symbole. Ces occupations ont été le lieu de débat et d’une politisation intense. Des milliers d’étudiants ont (ré)appris le mot impérialisme. Comme cela a été également le cas avec la génération qui s’est levée pour le Vietnam dans les années 1970 ou encore celle qui a lutté contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1990. La question maintenant est de savoir que fera cette génération.
La réponse semble claire : chaque étudiant qui s’est levé pour la Palestine doit se sentir proche du sort des Cubains et des autres peuples en résistance. La violence qui s’est déchainée sous sa forme la plus brute en Palestine, celle du génocide, et celle et qui s’abat sur Cuba depuis 65 ans à travers l’embargo, et qui menace aujourd’hui de prendre une intensité inédite que les Cubains n’ont jamais connu, ont la même racine : l’impérialisme.
Les pétroliers ont déjà cessé d’arriver à Cuba. L’île n’a pas de grandes réserves. Ne le laissons pas tomber. Défendons Cuba et son peuple. Soyons cette génération qui se bat pour l’indépendance et l’autodétermination de tous les peuples et finalement, soyons celle qui mettra fin à l’impérialisme.
Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire. – Che Guevara

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Footnotes
- Cuba, l’île insurgée, Noam Chomsky et Vijay Prashad, éditions critiques.
- RTBF – Environ 70.000 Gazaouis décédés depuis le début de la guerre, selon l’armée israélienne
- Qui tient son nom de James Monroe, 5ème président des Etats-Unis d’Amérique
- Contraction de “Donald” et de “Monroe”
- Appel du mouvement Progressive international : « Cuba stood for the world. Now, the world must rise for Cuba.”
- Fidel Castro, discours devant les Nations Unies, 12 octobre 1979
- Organisation de libération de la Palestine
- Guerre qui oppose Israël et les pays arabes voisins pour récupérer des territtoire sous occupation israëlienne
