Il n’est pas de combat pour la décolonisation auquel Andrée Blouin n’ait pris part. Ses adversaires la qualifiaient de «femme la plus dangereuse d’Afrique». Elle conseillait Lumumba et dirigeait le plus grand mouvement de femmes congolais. Critique de son autobiographie.
Andrée Blouin (1921–1986) fut une force politique exceptionnelle dans la décolonisation africaine. Née en Afrique-Équatoriale française d’une mère africaine et d’un père français, elle grandit commemétissedans un ordre colonial où l’ascendance «mixte» était fortement hiérarchisée sur les plans juridique et social. Cette position lui donna accès aux structures coloniales sans la préserver de l’exclusion, ce qui contribua à forger sa conscience politique. D’une vie marquée par l’exil et la lutte, elle s’éleva au rang de figure influente des mouvements d’indépendance en Afrique centrale. Au Congo, elle collabora étroitement avec Patrice Lumumba et joua un rôle clé dans la mobilisation politique autour de l’indépendance de 1960.

En 1983 parut My Country, Africa: Autobiography of the Black Pasionaria, en collaboration avec son amie et éditrice Jean MacKellar1. Eve, la fille de Blouin, obtint les droits d’auteur et publia en 2025 une nouvelle édition qui rompt avec l’accent psycho-social de la première version pour incarner davantage le testament politique que Blouin souhaitait léguer. Les rédacteurs Adom Getachew et Thomas Meaney, auteurs de la préface, repositionnent Blouin comme une voix centrale du Sud global2. Début 2026 parurent une traduction néerlandaise et une traduction française3.
La vie d’Andrée Blouin, ses choix et sa lucidité politique fascinent de nombreuses femmes. Entre autres, Nadia Nsayi, qui a signé la préface de l’édition EPO, et la journaliste Elien Spillebeen, qui a publié une recension dansMO, aux côtés de plusieurs autres voix féminines issues du monde associatif, académique et journalistique, désireuses de mettre en lumière son engagement politique4.
Pendant la rédaction de cette recension, l’AfricaMuseum a fait la une des médias pour avoir refusé de transmettre des archives géologiques sur le Congo à l’entreprise minière américaine Kobold Metals5. Le ministre Theo Francken, compétent pour la Défense mais aussi pour le Commerce extérieur, a déclaré lors de sa visite à Mining Indaba, le salon annuel des mines en Afrique du Sud, que la Belgique devait s’impliquer davantage dans la course aux matières premières critiques, en visant surtout le Congo6. Par ailleurs, Anneleen Van Bossuyt, ministre de l’Asile et de la Migration, s’est entretenue à Kinshasa avec le président congolais afin de réduire l’accueil des réfugiés en provenance du Congo7Van Droogenbroeck, K., & Van den Broeck, A. (2026, 18 avril). Hardvochtig of gewoon consequent? Wat de ontradingsmissie van Anneleen Van Bos

