Les luxueux hôtels de Bali sont bâtis sur des fosses communes. Peu le savent mais un million de supposés communistes ont été traqués et assassinés méthodiquement dans toute l’Indonésie (1965-1966). Les conséquences de ce terrible carnage ont été désastreuses pour le monde entier.
Le soixantième anniversaire des grands massacres anticommunistes indonésiens est discret. Il y a eu des colloques à Amsterdam1ou à Paris2 mais rien en Indonésie : les commémorations y sont toujours interdites. L’omerta pèse lourdement sur le quatrième pays le plus peuplé de la planète. Ce n’est néanmoins pas davantage connu ailleurs : au cœur de l’espace indopacifique a eu lieu l’extermination dans une barbarie sans nom du troisième plus gros parti communiste au monde avec l’aide américaine. Ce bain de sang est advenu durant un réchauffement de la Guerre froide en Extrême-Orient alors que la décolonisation prenait une teinte toujours plus rouge. La réaction des élites a été si violente que le Tiers Monde ne s’en est jamais vraiment remis. Voici pourquoi.
Un pays-océan toujours marqué par l’héritage colonial
L’Indonésie reste actuellement souvent ignorée, impensée et incomprise, notamment à cause du manque de références culturelles communes et du désintérêt de l’Occident. C’est peut-être le sort de l’Insulinde (Asie du sud-est insulaire), tiraillée à travers les siècles entre les mondes chinois, indien, arabe et océanien. Le plus large archipel du globe s’étale pourtant sur une vaste surface : 5 200 km séparent Aceh (nord de Sumatra) de Merauke (Papouasie méridionale), c’est-à-dire la même distance qu’entre Londres et Tachkent. La population d’Indonésie a toujours été nombreuse (73 millions d’habitants en 1945 et bientôt 300 millions en 2035) et se répartit très inégalement entre 17 000 îles. Près de deux tiers des Indonésiens résident ainsi à Java.

Malgré l’expansion anarchique de sa capitale Jakarta (42 millions d’habitants), le pays le plus volcanique du monde demeure agraire et très inégalitaire. Sans cesse en retard au regard de ses voisins (Chine et Japon notamment), l’industrie est plutôt rudimentaire, avec quelques aciéries, filatures ou usines automobiles. Son sous-sol est riche (nickel, charbon, gaz et surtout pétrole). Shell et Chevron en ont profité à foison. Quant au détroit de Malacca où passe un tiers du commerce maritime mondial, c’est d’abord la cité-État de Singapour qui en bénéficie. 30% des autochtones sont des paysans pauvres. Des millions d’agriculteurs labourent de petites parcelles de terre à Java (moins d’un hectare) tandis que de grandes firmes (Wilmar, Astra ou Sinar Mas) exploitent d’immenses palmeraies. Les monocultures continuent en effet à économiquement primer : sucre, cacao, huile de palme, riz, café, etc. C’est un legs de l’époque colonial.
Les monocultures continuent à primer économiquement. C’est un legs de l’époque colonial.
Au début, via la puissante compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), le mercantile empire hollandais a graduellement pris pied en Indonésie au XVIIe-XVIIIe siècles, en priorité pour la mainmise des épices. La VOC n’a pas hésité à exterminer les Bandas pour le monopole de la noix de muscade (1621) puis les Chinois de Batavia (nom colonial de Jakarta) pour le contrôle du sucre de canne (1740). Ces « pogroms » aux intentions plutôt génocidaires brisent le mythe d’un colonialisme néerlandais relativement doux. L’exploitation impérialiste des Pays-Bas (1800-1949) déchaîne la prédation impitoyable d’un archipel soumis au travail forcé et aux monocultures par le biais de sanglantes répressions (surtout en 1815-1830). L’Indonésie se mue en immense plantation axée sur l’exportation, aux dépens de cultures vivrières. Les disettes sont par conséquent chroniques. Les Indes orientales financent amplement la révolution industrielle des Pays-Bas. 100 000 à 300 000 colons (métis inclus) se les partagent en énormes domaines agricoles. L’essor du train a pour but l’accélération du transit des récoltes vers les ports.
Durant 350 ans, le colonialisme hollandais a entretenu une fragmentation socioculturelle entre les Indonésiens, selon leur ethnie (javanais, soundanais, malais, balinais, etc.) et leur religion. Même si l’Indonésie est le plus gros pays musulman en raison de son poids démographique, le sunnisme régional a connu pas mal de particularités et certaines îles sont en majorité chrétiennes (Papouasie, Timor), voire même hindoue (Bali). L’administration coloniale a offert un meilleur statut juridique à la minorité chinoise (2,5% des habitants), ce qui a nourri un ressentiment profond à leur égard et des tensions interethniques qui se dévoileront en particulier en 1965…
David Van Reybrouck décrit très bien toute cette histoire coloniale en donnant la parole aux derniers témoins de cette époque dans Revolusi, l’Indonésie et la naissance du monde moderne3.
Le PKI, une force d’abord pionnière puis prépondérante (1914-1965)
Les courants anticoloniaux apparaissent vers 1910-1920. Sont fondés alors une large ligue patriotique par des étudiants éclairés, un lobby religieux par des notables conservateurs et un groupe socialiste par des syndicalistes. Rivales, ces trois forces vont parfois s’entraider. Ce petit club marxiste établi en 1914 par un cheminot rotterdamois, Henk Sneevliet, se rallie ensuite au bolchévisme. Le précurseur Parti communiste indonésien crée une garde rouge et tente de se mettre fin 1917 à la tête d’une mutinerie de 3 000 soldats de la base navale de Surabaya (Java). Les meneurs sont cependant arrêtés et condamnés aux Pays-Bas à 40 ans de prison. Sneevliet parvient à s’échapper à temps. Le PKI est le premier parti communiste d’Asie (1920), avant la fondation des PC de Chine et d’Inde, et se construit rapidement, malgré la répression, sous la direction d’un instituteur de Sumatra (Tan Malaka) en s’insérant localement : seuls 25 membres sur 400 sont Néerlandais en 1919. Cet ancrage populaire conduit le PKI à mener la révolte de Java en 1926. Or, par précipitation, désorganisation et surestimation de la conscience politique des masses, c’est un échec cuisant : des milliers de militants sont tués et 20 000 incarcérés4.
Clandestin, le PKI se rétablit peu à peu mais ne réapparaît vraiment qu’en 1945. L’Indonésie est entretemps envahie en 1942 par le Japon. Pauvre en énergies fossiles, l’Empire nippon en avait fait l’objectif stratégique majeur de son entrée en guerre, quitte à affronter les Anglo-Saxons. L’occupant flatte d’abord le sentiment national indonésien en se présentant comme le grand frère, libérateur anti-occidental de l’Asie. Mais la confusion s’évanouit vite, même si des indépendantistes se sont laissé berner dans la collaboration. Le régime militariste exploite sans vergogne l’archipel et l’affame, causant la pire famine de toute la Seconde Guerre mondiale (quatre millions de morts). De nombreux Indonésiens sont réquisitionnés pour le travail forcé ou les bordels de l’armée (« femmes de réconfort »). Mais le Japon se rend début août 1945, laissant le pouvoir vacant en Indonésie. Sans attendre l’arrivée américano-néerlandaise, les résistants indonésiens saisissent l’occasion. Une semaine après Nagasaki, de jeunes militants forcent Sukarno à déclarer l’indépendance. Le chef de file nationaliste, emprisonné plusieurs fois par les Hollandais, s’est peu compromis avec l’occupant japonais. Cet acte très audacieux, premier du genre dans le monde colonisé d’alors, initie une sale guerre coloniale de quatre ans.
En proie à une insurrection communiste en Malaisie, le Royaume-Uni se dépêche de réinstaller fin 1945 son allié hollandais à la tête des Indes orientales pour l’aider à sécuriser l’Insulinde dans sa globalité. Les Pays-Bas s’acharnent à mener des offensives aveugles et perdues d’avance. Comme en Algérie, ce conflit banalise de cruelles violences gratuites, souvent sous un angle interethnique5. A contrario de la pondération de Sukarno qui est axé sur la diplomatie, le PKI embrasse l’élan populaire indépendantiste et forme des bataillons du front de libération nationale. Son influence au sein des syndicats et même du gouvernement rebelle s’accroît. C’est donc dans un contexte de galvanisation des républicains indonésiens que survient l’affaire de Madiun (septembre 1948). Après une trêve contestée (Renville), l’armée régulière d’Indonésie exige le désarmement de régiments du PKI rassemblés dans cette ville de Java et, face à leur refus, attaque ce bastion communiste, avec l’aide de milices islamistes. Après un combat aussi meurtrier qu’inégal, les officiers harcèlent et traquent les militants du PKI mais également leurs alliés. Les dirigeants les plus à gauche sont assassinés opportunément dans la foulée : le chef du PKI (Musso), son prédécesseur (Tan Malaka, qui avait créé entretemps un autre parti) et Amir Sjarifuddin. Ce socialiste avait quitté peu avant le poste de Premier ministre pour rallier le PKI. Avec 12 000 morts et 36 000 incarcérations, cette grave répression annonce 1965…6
La grave répression de 1948 (12 000 morts et 36 000 incarcérations), annonce les massacres de 1965.
Rassurés par cette violente réaction anticommuniste de l’armée, proche de l’aristocratie de Java, les États-Unis pressent les Pays-Bas de reconnaître en 1949 leur défaite. 100 000 Indonésiens auront payé de leur vie l’indépendance. Sukarno s’impose naturellement à la tête du nouvel État et cherche impérativement à concilier l’armée avec les trois grands courants de la Revolusi : les nationalistes de son parti national indonésien (PNI), le PKI et les conservateurs religieux. Ces derniers sont regroupés dans une vaste coalition moderniste, le Masyumi, mais minée par une forte franche traditionnaliste et rurale qui se traduit par une sédition islamiste (Darul Islam, 1948-1962) puis une scission (Nahdlatul Ulama, 1952). Irritée par le penchant laïc de la gauche, la NU prendra vite le pas sur son rival modéré, entrainant une radicalisation graduelle des ligues musulmanes7. Le Nasakom8 est un fragile équilibre, plutôt artificiel, entre des forces peu compatibles. Bien que décimé, le PKI n’est pas interdit et se rétablit. Doté d’une grande autorité morale, Sukarno lui confie deux ministères. C’est nécessaire pour contrebalancer la droite religieuse : le PNI est d’abord un agrégat de notables peu ancrés dans les masses. Certains sont même proches du PKI, comme le Premier ministre Ali Sastroamidjojo, car la doctrine du PNI (marhaenisme) se définit souvent comme « le marxisme adapté aux conditions indonésiennes ».
Jusqu’alors surtout urbain et intellectuel, le PKI s’enracine amplement dans les campagnes, sous l’influence maoïste, passant de 5 000 membres (1950) à 1,5 million (1959). Malgré un programme radical axé sur la réforme agraire, son chef Aidit reste prudent, persuadé de gauchir Sukarno. Suspicieux envers les communistes durant la Revolusi, le président indonésien joue un rôle moteur dans l’affirmation politique du Tiers Monde en organisant en 1955 à Bandung la première conférence des non-alignés. Ce recentrage anti-impérialiste l’amène à se rapprocher de nations socialistes (Chine, Yougoslavie, Inde, Birmanie) contre l’OTASE (SEATO), l’alliance militaire anticommuniste créée en 1954 par les États-Unis pour surveiller l’Asie du Sud-Est9. Durant cette brève période démocratique, le PKI se renforce à travers les luttes aux côtés des syndicats ou via ses très populaires campagnes d’alphabétisation et récolte 16% aux élections législatives de 1955 (notamment 30% à Java central et oriental), davantage encore aux municipales de 1957. Le scrutin de 1959 est même annulé de peur que sa progression soit constante. L’élite indonésienne et l’Occident s’inquiètent de cette situation incertaine10.
Les communistes touchent 20 millions d’Indonésiens via divers mouvements de masse (paysan, ouvrier, juvénile, culturel, etc.), à l’image de sa branche féminine
La rancœur s’accroît dans l’armée. Un putsch d’officiers est maté. Une sédition militaire éclate à Sumatra et Sulawesi avec l’appui de la CIA. Mais l’état-major n’est jamais purgé. Loin de là : l’influence des généraux s’accroît dans l’administration. À la suite d’un attentat islamiste raté, Sukarno se durcit et introduit en 1957 la loi martiale et le concept autoritaire de « démocratie guidée ». Le Parlement est dissous. L’opposition islamo-conservatrice et socialiste est proscrite. Le régime devient hyper-présidentialiste, avec l’aide des trois grands partis majoritaires. Le lien se resserre entre Sukarno, le PKI et la Chine, spécialement via un ambitieux projet de Nasakom à un niveau international : la Conefo aurait eu pour but de refonder l’ONU sous un angle tiers-mondiste. Moult pays étaient partants en Asie et Afrique11. Sont nationalisées des centaines de firmes, y compris britanniques. Puis vient en 1962 la guerre avec la Malaisie, alors récemment formée sous l’influence directe de Londres pour « encercler » l’Indonésie. Sukarno veut annexer la partie malaise de Bornéo pour en faire un État indépendant. Le PKI appuie cette intervention en solidarité avec la guérilla communiste locale (Sarawak). Mais la défaite indonésienne contre les renforts du Commonwealth nourrit l’exaspération de l’armée envers le président vieillissant, hormis la fidèle aviation. Toujours plus méfiante, la NU islamiste se raidit. L’anticommunisme devient central dans son logiciel, surtout après la réforme agraire (1960)12. Sukarno, son radical ministre des affaires étrangères Subandrio et bien d’autres cadres du PNI se tournent encore plus vers le PKI, appelé à s’élargir davantage et à jouer un rôle de premier plan à la tête du pays.
Des massacres aux intentions et méthodes génocidaires (1965-1966)
Le PKI est au sommet de sa gloire en 1965. Un immense meeting pour ses 45 ans démontre sa force le 23 mai en remplissant le plus grand stade de Jakarta en présence de Sukarno. Outre les 3,5 millions de membres du PKI (troisième plus gros PC du monde), les communistes touchent 20 millions d’Indonésiens via divers mouvements de masse (paysan, ouvrier, juvénile, culturel, etc.), à l’image de sa branche féminine (plutôt autonome). Avec trois millions de militantes (1965), Gerwani milite pour l’égalité sexuelle dans un pays très conservateur et se classe probablement comme la plus grande ligue féministe au monde. Le PKI sent le vent dans son dos et appelle à l’armement de milices populaires, pour soutenir la guerre contre la Malaisie mais aussi afin de supplanter l’armée. Cette force d’appoint aurait ordonné 15 millions de paysans. Le Premier ministre chinois Zhou Enlai encourage ardemment Sukarno à l’accepter13.
Les États-Unis se sont entretemps alarmés du tournant marxiste de l’Asie du Sud-Est. Si le Vietnam et l’Indonésie basculent du côté communiste, le Japon et les Philippines deviendraient neutralistes : c’est par conséquent le détroit de Malacca et tout l’accès oriental à l’océan Indien qui échapperaient à l’Occident. Intensifiant le contact avec l’état-major indonésien, Washington lui offre via l’OTASE des millions de $ en équipement militaire et au moins 5 000 noms de communistes « depuis les échelons supérieurs jusqu’aux cadres locaux de villages », avec l’aide de l’ambassadeur américain Marshall Green à Jakarta (1965-1969)14. Son prédécesseur Howard Jones, son homologue britannique Andrew Gilchrist et l’espionnage hollandais avaient aussi suggéré de se tenir prêt à saisir l’opportunité de briser légitimement le PKI si une révolte avortée advenait. JFK avait admis que la CIA aiderait l’armée de façon à empêcher le PKI d’hériter de l’Indonésie à la mort de Sukarno. L’administration Lyndon Johnson était encore plus persuadée qu’une dictature militaire y serait bien plus efficace qu’une réforme du système démocratique15.
La tension est maximale le 30 septembre 1965 quand un groupe de sous-officiers partisans de l’aile gauche du PNI capturent avec négligence et tuent grossièrement six chefs de l’armée. Mais d’autres s’échappent à temps, comme Suharto. Attendant depuis longtemps l’occasion d’agir, ce général (alors peu connu mais pourtant déjà blâmé en 1959 pour corruption) prend aussitôt la tête des troupes et écrase les rebelles retranchés sur une base aérienne. « Il y a des occasions où l’on doit frapper fort au moment décisif », avouera plus tard un diplomate américain. La CIA avait des espions partout (au PKI inclus), connaissait ce complot bâclé et en a informé Suharto qui a ourdi la terrible réponse au « mouvement du 30 septembre » (G30S)16.
« Il y a des occasions où l’on doit frapper fort au moment décisif », avouera plus tard un diplomate américain.
Suharto appelle à éliminer à la racine les fauteurs de troubles. La radio le répète partout ad nauseam. La presse dramatise l’homicide des six généraux en diffusant de faux récits (sadisme, mutilations) en ciblant en particulier le Gerwani et en agitant le spectre d’une attaque imminente du PKI contre les mosquées ou les dignitaires religieux. L’ordre est clairement formulé aux soldats et aux civils d’« anéantir totalement » le PKI. Un conseil de guerre est constitué le 14 octobre pour transformer les vieilles rancœurs des élites régionales en hystérie meurtrière et planifier puis superviser minutieusement les massacres. Suharto remplace sans coup férir Sukarno, dès lors neutralisé et assigné à résidence. Le président essayera en vain d’utiliser des ressorts légaux pour le freiner, avant de tout lui céder, laissant périr dans la sauvagerie 20 ans d’anticolonialisme novateur. Il mourra malade en 1970.
Pris au dépourvu, le PKI ne s’est clairement pas préparé à ce putsch maladroit et n’en mesure pas les conséquences, minimisant l’affaire qui soulève pourtant toute la droite comme un seul homme. Il est possible qu’Aidit et quelques dirigeants du PKI aient été au courant du complot, sans toutefois l’approuver. Trop confiants, les communistes ne se mobilisent pas et attendent le ressac rapide de la réaction. Mais tout s’effondre brusquement. Les premières violences surviennent lors du sac du siège du PKI à Jakarta (8 oct.). Le parti est vite décapité. Aidit est exécuté fin novembre à Yogyakarta. Pétrifiés, les communistes n’arrivent quasi jamais à résister aux massacres, seulement parfois à fuir. Beaucoup se rendent eux-mêmes à la police, certains que la légalité et leur bonne foi suffiront à les sauver. Les nations socialistes ne réalisent ni la vulnérabilité du PKI ni la rapidité de sa destruction et sont inaptes à l’aider réellement17.
L’armée pilote des hommes de troupe, des milices tribales et des groupes de jeunes étudiants (quelquefois menés par leurs professeurs) mais les trois principaux types de meurtriers de masse sont les ligues religieuses, les forces spéciales et les bandes de voyous. Primo, les islamistes jouent un rôle clé dans les tueries, surtout à Aceh et à l’est de Java. Tuer les communistes devient un devoir religieux. « Verser leur sang est comparable à l’abattage de poulets » assure alors la Muhammadiyah, second réseau islamique après la NU. Tous deux appellent à la guerre sainte. Proches des islamistes, les propriétaires fonciers se vengent de la réforme agraire (1960) et des récentes occupations paysannes de leurs terres. Les athées et « infidèles » sont pourchassés aussi par des factions catholiques et protestantes là où le christianisme est majoritaire. De même à Bali : les hautes castes hindouistes y sont à la manœuvre. Ce qui n’empêche pas des violences interethniques ailleurs par des islamistes…
Secundo, les paracommandos dirigent les opérations d’épuration surtout dans la très peuplée partie centrale de Java (le plus gros bastion du PKI) et s’appuient sur des cohortes de jeunes auxiliaires. La Pemuda Pancasila se distingue notamment au nord de Sumatra où le PKI est très ancré dans le prolétariat agricole. L’armée est travaillée depuis longtemps par une idéologie fasciste : anticommunisme rabique, conservatisme (pour un ordre social divin), bigoterie, xénophobie (communiste = chinois), misogynie exacerbée (les femmes communistes sont des sorcières nymphomanes, perverses et sadiques), etc. Tertio, les supplétifs de l’armée recrutent massivement dans les bas-fonds de la société. Beaucoup de petits voyous rejoignent les escadrons de la mort. Anwar Congo, au centre de The Act of Killing, en est le meilleur exemple et se vantera d’avoir tué mille communistes à la chaîne (1965-1966)18. Ces trois types de meurtriers de masse s’entrecroisent, s’entraident, se cooptent et profitent des massacres pour s’accaparer les biens de leurs victimes, voire de racketter les survivants. C’est une vraie vengeance de classe, un bain de sang au service d’une extorsion colossale19.
Java est l’épicentre de la répression. Des camions de paras et de fanatiques sillonnent les grandes routes pour nettoyer l’est de l’île. Des familles au complet y passent. Viols, tortures et mutilations sont banalisés. Rivières et rues sont jonchées de cadavres. Bali perd 5 à 8% de sa population (100 000 morts), voire jusqu’à 15% comme dans la zone de Kesiman. C’est l‘île la plus proportionnellement touchée. Les pratiques génocidaires y sont les plus évidentes : des villages entiers sont déplacés vers de véritables centres de mise à mort. La bestialité est normalisée. Des têtes sont empalées sur des piques le long des routes. Des corps sont accrochés à des radeaux sur des cours d’eau pour être vus de tous. Plusieurs égorgeurs racontent avoir bu le sang de leur victime dans The Look of Silence20. La haine anticommuniste s’abat aussi sur les Sino-Indonésiens, les partisans de l’aile gauche du PNI, les LGBT (bissus), les musulmans modérés, les intellectuels et les adeptes de cultes animistes ou hétérodoxes. Certaines minorités, religieuses ou ethniques, sont poussées à en décimer d’autres pour prouver leur loyauté21. La notion de génocide réapparaît ainsi encore plus clairement dans le caractère de ces hécatombes.
Les massacres se répandent ensuite dans le pays. 500 000 communistes supposés sont tués dans les six premiers mois, souvent à l’arme blanche (machette). Suivront en 1966 au moins 500 000 autres meurtres. Les violences se perpétuent jusqu’en 1969 : les escadrons de la mort repassent plusieurs fois au même endroit pour s’assurer que le PKI ne s’y reconstitue pas, comme à Java central. Sarwo Edhie, commandant des paras, estimera à trois millions le nombre de morts. Un million de suspects sont spoliés et déportés pour maintes années sans aucune forme de procès en camps de travaux forcés, comme l’île de Buru (Moluques)22. L’esclavagisme de ce système concentrationnaire profitera notamment à des firmes américaines comme Goodyear. Beaucoup meurent en détention (brutalités, malnutrition). Les militantes de Gerwani sont fréquemment violées23. Les orphelins de militants assassinés sont placés dans des familles fidèles au nouveau régime. La qualification de génocide pour ce cas a fait moult fois l’objet d’expertises de juristes, de philosophes et d’historiens. Rien à avoir avec la Shoah. Mais est-ce un génocide politique, un politicide, un populicide ? La dynamique génocidaire est pour le moins nettement établie : une population a été désignée, stigmatisée, déshumanisée et exterminée avec un rare succès24.
Durant et après la tuerie, les services secrets américains, britanniques et australiens renseignent les assassins, couvrent leurs crimes et relayent leur propagande anticommuniste.
L’Occident porte une responsabilité énorme dans le massacre de 1965. Des milliers d’officiers indonésiens ont été préparés aux États-Unis, notamment à la fameuse École des Amériques, où la propagande la plus dure leur a été martelée, sans parler des infox sans cesse diffusées dans la presse. Les assassins ont été formés, briefés et armés avant 1965, voire même incités à agir au plus vite. Durant et après la tuerie, les services secrets américains, britanniques et australiens les renseignent, couvrent leurs crimes et relayent leur propagande. Comme lors de l’annonce de l’assassinat de Patrice Lumumba (1961), la désinformation insiste d’abord sur la nature spontanée et populaire d’émeutes excessives. Time parle ainsi de « la meilleure nouvelle pour le camp occidental depuis des années en Asie » (oct. 1965) et le New York Times de « lueur en Asie » (juin 1966). NBC fait en 1967 un reportage complaisant sur une plantation labourée par des travailleurs forcés. La CIA raye fin janvier 1966 presque tous les noms de sa liste fournie aux tueurs. « Les Américains nous ont appris à haïr les communistes », expliquera un bourreau indonésien dans The Look of Silence. Le matraquage anticommuniste anglo-saxon a clairement donné des ailes aux tortionnaires en Asie du Sud-Est mais aussi ailleurs25.
Les tragiques conséquences en Indonésie et dans le Tiers Monde (1966-2026)
Après le massacre, Suharto impose une dictature inspirée du Japon impérial (Ordre nouveau). Son règne s’est caractérisé par la prédation des richesses nationales au profit de son clan et de firmes américaines comme Caltexsa (Chevron). La plus grande mine d’or du monde est ainsi cédée à Freeport-McMoRan. Les progrès en faveur des ouvriers, paysans, femmes, minorités, des libertés fondamentales ou encore de la laïcité sont balayés. Universités, syndicats, presse et opposition sont écrasés et reformatés. L’armée tue au moins 100 000 indépendantistes papous (1966-1998) et 12 000 autres à Aceh (1989-1998). La discrimination envers les Chinois d’Indonésie s’aggrave, afin d’attiser la sinophobie. La haine anticommuniste est à nouveau mobilisée lors de l’invasion et l’occupation du Timor oriental (1975-1999). Les mêmes ressorts génocidaires sont accentués à l’extrême, si bien qu’un quart des 800 000 habitants en meurent. 22 cadres communistes encore en prison sont éliminés discrètement entre 1985 et 1990. Suharto réprime violemment en 1998 une nouvelle révolte étudiante, comme en 1974 et 1978, mais finit par démissionner dans la foulée, avant de mourir dans son lit (2008) sans jamais avoir été jugé26.
Les effets du massacre se ressentent davantage dans le monde. L’Indonésie se réaligne en 1966 sur la diplomatie américaine. Washington peut se concentrer sur le Vietnam et y déployer au maximum sa puissance de feu. Tout l’arc d’endiguement contre l’Asie communiste est renforcé avec des opérations secrètes en Thaïlande, Malaisie et aux Philippines. C’est un tournant de la Guerre froide. L’extermination du PKI donne le signal d’une grande contre-offensive mondiale contre le Tiers Monde. C’est la vengeance du Free World contre Bandung. Les États-Unis forment des milliers d’officiers de pays alliés à la lutte contre-insurrectionnelle et utilisent le cas indonésien pour faire comprendre que tout est permis contre le communisme. Ce backlash impérialiste inédit touchera également l’Amérique latine. Des militaires peignent sur les murs « Jakarta arrive » (Chili)27 pour terroriser la contestation et fomentent des plans comme Operaçāo Jacarta (Brésil) pour préparer de meurtrières répressions. La Jakarta Method sera déclinée de diverses façons à travers ce qu’on appelle aujourd’hui le Sud global comme l’analyse un ancien journaliste du Washington Post avec beaucoup de pertinence. Même en France, le groupe néo-fasciste Occident reprend texto en 1966 l’exhortation de Suharto : « tuez tous les communistes où ils se trouvent »28. La croisade anticommuniste des États-Unis a torpillé le mouvement socialiste mondial en normalisant durablement la violence politique contre des partis légalistes. Les guévaristes du MIR (Chili) voient dans l’exemple indonésien la preuve que la voie modérée est vouée à l’échec. L’historien Vijay Prashad plaide également en ce sens à propos de graves revers des communistes en Irak et au Soudan29.
Les trois principaux types de meurtriers de masse sont les ligues religieuses, les forces spéciales et les bandes de voyous.
The Jakarta Method de Vincent Bevins a marqué l’historiographie de cet événement et surtout de ses conséquences dans le monde en suscitant des débats importants dans de nombreux pays sur l’ingérence américaine au nom de l’anticommunisme et des massacres encore peu étudiés30.
Le massacre en Indonésie a aussi radicalisé les communistes d’Extrême-Orient, spécialement en Chine. L’extermination du plus proche allié du PCC a aidé les « ultra-maoïstes » à prendre le contrôle du parti, exciter les Gardes rouges et déchaîner la Révolution culturelle (1966-1976). Les guérillas marxistes se sont raidies presque partout : Thaïlande, Philippines, Birmanie et surtout au Cambodge. Les Khmers rouges ont dès lors sensiblement accéléré leur virage dans un sectarisme paranoïaque, puriste, messianique et nationaliste, se séparant graduellement du grand frère vietnamien31. Les carnages indonésien et cambodgien comportent d’ailleurs beaucoup d’analogies à dix ans d’écart : ampleur avoisinante, tueries idéologiques de civils, terreur, approche américaine relativement similaire, impunité, etc. L’un est très connu, l’autre pas du tout. La comparaison est d’autant plus forte avec le traitement médiatique du génocide concomitant au Timor oriental. The New York Times l’a abordé 16,8 fois moins que les atrocités de Pol Pot sur la même période (1975-1979). Leur dimension est pourtant semblable, toute proportion gardée32. Cette mémoire très sélective n’est pas due au hasard.
L’omerta a toujours fait force de loi en Indonésie. Pour prendre conscience du niveau de déni, il faut voir la propagande affligeante imposée aux Indonésiens depuis 60 ans. Un grand « musée de la trahison du PKI » au sud-est de Jakarta singe avec des mannequins le roman national éculé de l’Ordre nouveau avec une scénographie drôle sans le vouloir. G30S/PKI (1984) l’est encore plus. Longtemps le film le plus coûteux jamais produit en Indonésie (800 millions de roupies), ce nanar de 4h30 a été diffusé à la télévision d’État chaque 30 septembre et dans toutes les écoles. 97% des adultes déclarent l’avoir vu au moins une fois (2000). The Look of Silence montre d’ailleurs la leçon édifiante d’un instituteur dans une école actuelle. Le marxisme et l’athéisme restent par contre illégaux, malgré la fin formelle de la dictature. Le Code pénal sanctionne encore de sept ans de prison toute tentative, écrite ou verbale, de « diffuser la pensée communiste ». Des raids policiers le rappellent souvent avant les élections comme dans des librairies à Jakarta (2016), Padang (2019) ou Pandansari (2024). Un militant climatique a même été condamné pour « apologie du communisme » à dix mois de prison (2018). Même si les interdictions professionnelles héréditaires ont été abolies (1998), il est toujours très ardu pour l’enfant d’un communiste de postuler à la fonction publique, l’armée et la police33.
La reconnaissance des massacres de 1965 progresse pourtant doucement en Indonésie. Après la chute de Suharto (1998), son successeur Abdurrahman Wahid (1999-2001) a présenté ses excuses explicitement au nom de son parti (NU), mais a refusé de laisser les chercheurs excaver les charniers repérés. La commission nationale des droits de l’homme (Komnas HAM) a ensuite publié en 2012 un rapport historique, resté en partie secret, sur le sujet et a appelé en vain le gouvernement à agir. Le premier documentaire d’Oppenheimer a provoqué en 2012 un séisme, même si sa diffusion en Indonésie a été assez informelle, et amené des militants à organiser à La Haye un procès symbolique en 2015, dans la foulée de la sortie du second film. Grâce à plusieurs témoignages de victimes, le Tribunal international des peuples (IPT1965) a condamné en 2016 comme génocide les massacres anticommunistes. Le président Joko Widodo (2014-2024) a évolué graduellement, d’abord en tenant en 2016 un symposium nommé « Disséquer la tragédie de 1965 » puis en permettant pour la première fois un débat public (2023) sur le carnage avec à la clé une reconnaissance de son caractère criminel, malgré des protestations islamistes, militaires et policières. Des exilés de 1965 ont pu retrouver leur citoyenneté. Simultanément est diffusée avec un certain succès d’audience la mini-série Cigarette Girl sur Netflix qui met en scène ouvertement des exactions de 196634. L’historiographie s’est subitement fort épaissie35.
Les deux documentaires de Joshua Oppenheimer (The Act of Killing et The Look of Silence) ont permis de faire connaître à une très large échelle et de manière crue à quel point les assassins de masse indonésiens ont été jusqu’à leur mort non seulement absous de leur crime mais même valorisés à ce titre par les élites, au détriment de victimes condamnés à l’injustice et au silence.
Un militant climatique a même été condamné pour « apologie du communisme » à dix mois de prison.
Mais les rares procédures judiciaires contre des bourreaux ont automatiquement conduit à l’acquittement. Leur poids et celui de leurs héritiers sont toujours trop lourds à chaque étage de l’État indonésien. « Jokowi » a été réfréné entre autres par son ministre de la Défense, Prabowo Subianto. Cet ex-commandant des forces spéciales n’est nul autre que l’ancien beau-fils de Suharto et est lui-même compromis dans de graves atteintes aux droits de l’homme. Élu président en 2024, Subianto a clairement rompu avec son prédécesseur. Le projet d’établir une sorte de commission de vérité et réconciliation comme en Afrique du Sud après l’apartheid et de réhabilitation des victimes est à l’arrêt, malgré la vague de grandes manifestations en 2025. Les archives officielles restent inaccessibles. Les derniers témoins disparaissent peu à peu. Le nouveau manuel scolaire a d’ailleurs encore édulcoré le passage sur 1965-196636.
Les descendants de victimes et les militants ne se découragent pas. Une association se réunit chaque jeudi depuis 2007 devant le Palais présidentiel pour exiger la relance d’un plan de justice transitionnelle et restaurative. Un premier monument a été érigé officieusement en 2015 avec neuf noms sur le site de la fosse commune de Plumbon (Java central). Taman 65 est fondé parallèlement et tout aussi informellement à Denpasar (Bali) à l’initiative de survivants et de familles comme un espace communautaire alternatif avec le buste d’un enseignant communiste assassiné. Des ossements sont fréquemment déterrés ces dernières années lors de la construction d’hôtels classés cinq étoiles, comme le Beach Hotel Sanur inauguré en 1966 sur les cendres d’un village brûlé. Ce petit mémorial offre l’occasion à des témoins, artistes et personnalités d’y exprimer leur ressenti contre une loi du silence qui n’a que trop duré. En parler, c’est déjà la fissurer. En Indonésie comme en Occident. Les États-Unis ont reconnu leur implication dans le massacre mais n’ont jamais présenté d’excuses, comme par exemple Bill Clinton envers les Tutsis (1998). L’ex-candidat à la présidence Mitt Romney s’en est même vanté en 2011 dans un débat. Barack Obama a passé une partie de son enfance en Indonésie (1967-1971) et évoque dans son autobiographie le climat de peur qui régnait alors à Jakarta mais s’est bien gardé durant sa présidence de s’exprimer à nouveau sur ce sujet (de même que ses successeurs)37 .
Les États-Unis ont reconnu leur implication dans le massacre mais n’ont jamais présenté d’excuses.
Propager l’information ici et ailleurs contribuera à briser les mythes et à forcer les représentants politiques à se positionner publiquement sur ce sujet. C’est en tout cas le moins que l’on puisse faire pour aider les fantômes des communistes indonésiens à enfin reposer en paix, avant que les charniers ensevelis ne soient noyés par les eaux qui ne cessent de grignoter l’archipel…
Footnotes
- ACCS (Amsterdam Center for Conflict Studies, University of Amsterdam), IISG and Watch65 (dir.), Remembering and Solidary-Making: 60 Years after 1965, actes de colloque, Amsterdam, 17-19 September 2025.
- Les Cahiers d’Histoire (revue critique) et Solidarité Indonésie (dir.), Commémoration du 60e anniversaire du génocide de 1965-66 en Indonésie, actes de colloque, Paris, 6-7 septembre 2025.
- Revolusi. L’Indonésie et la naissance du monde moderne ; De Bezige Bij, 2020 (NL) ; Actes Sud, 2022 (FR).
- XIE K., « (Un)preparing a revolution. The Comintern in the prelude to the 1926-1927 uprisings in Indonesia” in The Russian Revolution in Asia: From Baku to Batavia, Oxford, Routledge, p.122-137.
- Voir à ce sujet le récent film de Jim Taihuttu, De Oost (Des soldats et des ombres), sur Prime Video (2021), et les deux tomes de la BD Rampokan de Peter van Dongen (1998-2004), chez Oog & Blik (NL) et Dupuis (FR).
- [1] SUGIYAMA A., « Remembering and Forgetting Indonesia’s Madiun Affair: Personal Narratives, Political Transitions, and Historiography, 1948-2008 » in Indonesia, vol.92, 2011, p.19-42.
- MADINIER R., L’Indonésie, entre démocratie musulmane et islam intégral. Histoire du parti Masjumi, Paris, Karthala, 2011.
- [1] Concept d’unité des trois grands courants politiques d’Indonésie (Nasionalisme, Agama [religion], Komunisme).
- Lire L’esprit de Bandung de l’Institut Tricontinental de recherche sociale, Lava, hors-série, mai 2025 [en ligne]
- REX M., Indonesian Communism Under Sukarno: Ideology and Politics 1959-65, Cornll University Press, 1974.
- IDE D., « The US Cheered On Suharto’s Massacres in Indonesia » in Jacobin, 30 sept. 2025 [en ligne](Conefo : Conference of the New Ewerging Forces).
- MADINIER R., « Islam et communisme, frères ennemis du nationalisme indonésien » in Cause commune, n°24, juillet-août 2021, p.31-34 [en ligne]
- [1] Le film The Year of Living Dangerously (L’année de tous les dangers) de Peter Weir (1982) avec Mel Gibson, Sigourney Weaver et Linda Hunt restitue très bien l’explosif climat politique indonésien de 1965.
- MOUSSAOUI R., « Indonésie. Crime de masse à l’ombre de la CIA » in L’Humanité, 19 oct. 2017 [en ligne].
- SIMPSON B. R., Economists with Guns: Authoritarian Development and US-Indonesian Relations, 1960-1968, Stanford University Press, 2008.
- MELIN J., L’extermination programmée des communistes indonésiens. Archives inédites, Paris, Delga, 2023.
- ROOSA J., Buried Histories: The Anticommunist Massacres of 1965-1966 in Indonesia, University of Wisconsin Press, 2020.
- The Act of Killing est un documentaire dano-britannico-norvégien de Joshua Oppenheimer (2012).
- [1] Geoffrey B. Robinson est sûrement le chercheur qui a travaillé le plus la question. Lire L’Archipel du génocide. Les massacres de masse perpétrés contre les communistes en Indonésie (1965-1966), Paris, Delga, 2021.
- The Look of Silence est un documentaire danois de Joshua Oppenheimer (2014).
- MEYERFELD B., « En Indonésie, la mémoire du massacre des communistes est déjà la grande perdante des élections » in Mediapart, 16 avril 2019 [en ligne]
- Lire à ce propos les quatre tomes du Buru Quartet de Pramoedya, édité en français chez Zulma (2017-2018).
- [1] POHLMAN A., Women, Sexual Violence and the Indonesian Killings of 1965-66, Oxford, Routledge, 2015.
- EICKHOFF M., VAN KLINKEN G., ROBINSON G., « 1965 Today: Living with the Indonesian Massacres » in Journal of Genocide Research, 2017, vol.19, n°4, p.449-464 ; RENAUT A., « Le massacre indonésien est-il un génocide et en quel sens ? » in Centre Asie du Sud-Est (Ehess) et Cahiers d’Histoire (dir.), Les violences de masse en Indonésie (1965-1966) et la question de la réconciliation, actes de colloque, Paris, 19 janv. 2016 [en ligne].
- [1] G. VANN, « Indonesia Still Hasn’t Escaped Suharto’s Genocidal Legacy » in Jacobin, 29 sep. 2021 [on line] ; FINN D., « Suharto’s US-Backed Coup in Indonesia Supplied a Template for Worldwide Mass Murder » in Jacobin, 15 feb. 2022 [on line].
- BARI D., « En Indonésie, la « solution finale » du « monde libre » » in L’Humanité Dimanche, 15 oct. 2015, p.85-89 ; « Timor oriental. La naissance d’un État dans la douleur » in L’Humanité Dimanche, 19 mai 2022, p.77-81 ; MEYER-HILFIGER M., « En Indonésie, la révolue méconnue des Papous » in National Geographic, 4 oct. 2022.
- Tricontinental Institute, « Coup d’État contre le tiers monde : Chili, 1973 » in Lava, sept. 2023 [en ligne]
- THOMAS A., « L’anticommunisme, l’autre moteur de Jean-Marie Le Pen » in Cahiers d’histoire, n°161, 2024, p.134-144.
- PRASHAD V., Une histoire politique du Tiers Monde, Quatineau, Écosociété, 2009.
- BEVINS V., The Jakarta Method. Washington’s Anticommunist Crusade and the Mass Murder Program that Shaped Our World, New York, Public Affairs, 2020. Lire la recension de Wim DE CEUKELAIRE, « L’actualité des massacres anticommunistes en Indonésie », in Lava, n°20, printemps 2020, p.110-117.
- ZHOU T., Migration in the Time of Revolution, NY, Cornell University Press, 2019, p.163-174 cité in BEVINS V., Jakarta Method, op.cit., p.165-169 ; KIERNAN B., Pol Pot the Future: Confidential Leadership Documents from Democratic Kampuchea, Yale University Press, 1988, p. 213-226 ; « Mass murder and genocide in Indonesia and Cambodia, 1965-79 : Cold War, state, and region » in Handbook of Genocide Studies, 2023, p.95-105.
- CHOMSKY N., Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media, NY, Pantheon Books, 1988 ; G. VANN M., « Comparative History of Genocide in Southeast Asia. Using Cambodia and East Timor in Asian Civilizations and World History Survey Courses » in Education about Asia, vol.20, n°1, 2015, p.21-27.
- « Indonésie : quatre Malaisiens arrêtés pour vente du Manifeste du PC » in Asialyst, 3 oct. 2016 [en ligne] ; « La “peur des rouges” relancée en Indonésie avant les élections » in AFP, 17 mars 2019 [en ligne] ; « Petugas KPPS Temukan Surat Suara Gambar Palu Arit di TPS Semarang » in CNN Indonesia, 15 feb. 2024 [on line]
- La production Gadis Kretek se distingue d’autant plus par sa réalisation et sa distribution indonésienne.
- Citons encore ROOSA J., Pretext for Mass Murder, University of Wisconsin, 2006. Cet historien (University of British Columbia) a réalisé une bibliographie exhaustive de 1965 : https://www.jroosa.org/1965-bibliography-trial
- PEDROLETTI B., « En Indonésie, les « regrets » de Joko Widodo sur les crimes de masse » in Le Monde, 17 janvier 2023 ; G. VANN, « Indonesia Still Hasn’t Escaped Suharto’s Genocidal Legacy, op.cit. ; MEYERFELD, « En Indonésie, la mémoire, op.cit. ; LOESCH J., « Un an de présidence Prabowo : entre populisme économique et reflux démocratique » in Briefings de l’Ifri, 3 nov. 2025 [en ligne] ; ASVI WARMAN A., « Le président Jokowi et la résolution des problèmes de droits de l’homme » in Les violences de masse en Indonésie, op.cit [en ligne].
- VILLEDUC C., « En Indonésie, les victimes des purges de la dictature réclament toujours des comptes » in La Libre, 5 fév. 2024 ; G. VANN M., « In Indonesia, Popular Memory Fights Against Official Amnesia » in Jacobin, 30 sep. 2025 [on ligne] ; BEECH H., SUHARTONO M., « On Bali, the Holiday Vibe Masks Memories of a Massacre » in The New York Times, 17 dec. 2025 [on line] ; CHANT S., « Talking about 1965 » in Inside Indonesia, n°161, jul-sep. 2025 [on line] ; « Nous les avons aidés à se moderniser » (M. Romney) in « Immigration, Racial Profiling, Patriot Act Divide Republicans At GOP Debate » in ABC News, 23 nov. 2011 [on line] ; OBAMA B., Dreams from My Father, 1995.
