Une exposition au musée de Mons et un livre aux éditions de l’ULB nous amènent à nous questionner sur la relation des artistes belges avec le communisme.
Deux initiatives complémentaires font découvrir un aspect très peu connu de notre histoire culturelle : les peintres et sculpteurs qui ont été membres ou sympathisants communistes.
Des artistes font déjà partie des dirigeants du jeune Parti communiste belge à sa création, d’autres les rejoindront ou adhéreront (ou seront compagnons de route) au trotskysme, au maoïsme ou au communisme libertaire.
Après la Seconde guerre mondiale, l’idéal communiste est auréolé à la fois du sacrifice de nombreux communistes (belges et étrangers) dans la Résistance belge et du rôle prépondérant de l’Armée rouge dans la victoire contre le nazisme.
En 1947, le Parti communiste belge, qui réorganise et modernise sa presse, décide de faire appel aux artistes pour soutenir, par une vaste exposition, la presse communiste. Les réponses sont très nombreuses. Trois cents tableaux et une trentaine d’autres objets d’art sont réunis et l’exposition est visitée par la reine Elisabeth en personne.

C’est à partir de cette – longue – liste de membres ou sympathisants pratiquant la peinture ou la sculpture que le commissaire de l’exposition de Mons, Paul Aron, a recréé le réseau des artistes sensibles aux idéaux du communisme.
Le résultat est au-delà de ce qu’on peut imaginer. Non seulement on y retrouve de grands noms connus (dont René Magritte, membre dûment enregistré au P.C.B), mais leur style n’a rien d’uniforme. Malgré les
« conseils » du parti aux artistes d’embrasser le réalisme, qui est censé être compréhensible par tous et peut véhiculer facilement des messages sociaux et politiques, les artistes communistes se sont en réalité embarqués dans toutes les tendances du XXᵉ siècle : réalisme, surréalisme, abstraction, art figuratif ou non…
L’exposition – qui, ouverte jusqu’au 15 août, peut être cet été un très beau but d’excursion à Mons – donne de magnifiques exemples de cette diversité.
Le livre qui, en plus du catalogue, accompagne l’exposition ouvre quant à lui de nombreuses interrogations : peut-on être un « artiste communiste » sans être membre d’un parti communiste ? L’art communiste existe-t-il ? Le réalisme est-il la seule voie possible pour délivrer un message social ou politique ?
L’histoire de l’art tient peu compte des opinions des peintres, mais pourtant les orientations idéologiques peuvent être sous-jacentes, même à de l’art abstrait. Enfin, la catégorie d’ « artistes communistes » est elle-même interrogée. Existe-t-elle ? Ne devrions-nous pas finalement lui préférer l’idée de communistes ayant peint et sculpté selon leur propre tempérament ? Leurs talents sont divers, l’hétérogénéité est leur caractéristique et les fils qui les relient au-delà des apparences sont ténus mais à découvrir.
Extraits de l’introduction (pages 7 et 11) du livre de Paul Aron et Anne Morelli
« L’expression même « artistes communistes » ne va pas de soi. Elle suppose qu’il y ait un lien, visible ou non, entre les convictions d’un individu et sa peinture. Elle suppose également que l’artiste ait fait connaître ses opinions politiques et que sa peinture ait été reçue et appréciée en relation avec ces opinions.

En réalité, les choses sont bien plus compliquées. Parce que l’artiste peut soutenir des opinions changeantes, parce que sa peinture peut évoluer, parce qu’il souhaite dissocier complètement son art de l’expression de ses convictions ou parce que le sens des mots, tant « artiste » que « communiste », peut également se transformer. »
« L’histoire de l’art tend à signaler les orientations idéologiques des peintres lorsqu’elles sont visibles, évidentes dans la peinture. Mais qu’en est-il de manifestations plus discrètes ? La recherche d’une luminosité, d’une vibration, d’un rapprochement inattendu de deux coulées d’encre ne peut-elle également manifester l’exercice de la liberté ou les qualités de « bon ouvrier » d’un peintre qui s’efforce de vivre son art comme un refus de l’aliénation capitaliste ? Pour quelle raison la foi en un avenir meilleur ne pourrait-elle s’esquisser dans un portrait d’enfant ou un élan lyrique abstrait ? Le rêve d’une sexualité enrichissante ? La solidarité des couleurs ? »
