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Le triomphe littéraire et politique d’Han Kang

Jenny Farrell

—2 avril 2025

Dans un pays où la domination masculine est profondément ancrée et la voix des femmes invisibilisée, le prix Nobel de littérature décerné à Han Kang n’est pas seulement un symbole de résistance : c’est une victoire politique.

Le 10 décembre 2024, le prix Nobel de littérature était décerné à Han Kang, une autrice foncièrement en phase avec la douloureuse histoire de la violence et de la résistance en Corée du Sud. Elle est ainsi devenue la première femme asiatique à obtenir cet honneur – en Corée du Sud, seul un autre homme l’avait reçu avant elle. Cette reconnaissance trouve un écho profond auprès des forces progressistes du pays, car elle représente une validation de taille au cœur des turbulences politiques actuelles. Pris au dépourvu par la renommée mondiale de l’écrivaine, le gouvernement conservateur du président Yoon Suk-yeol s’est efforcé de reconnaître sa réussite, tout en se gardant de révéler les contradictions de ses propres politiques réactionnaires.

L’histoire de la Corée du Sud tout au long du XXe siècle illustre la domination de régimes alignés sur des forces impérialistes extérieures, en particulier celle des États-Unis, qui ont constamment réprimé les mouvements progressistes. Sous l’occupation japonaise (1910-1945), les ressources et la main-d’œuvre coréennes avaient été exploitées à des fins impérialistes. Le mouvement pour l’indépendance s’était alors étendu à tous les secteurs de la société, et les groupes de gauche, y compris les communistes et les socialistes, ont, en plus de réclamer l’indépendance, défendu les réformes agraires et les droits des travailleurs. Une nouvelle classe travailleuse est ensuite apparue dans les ports, les chemins de fer, les mines et certaines usines, alors que le Japon transformait le pays en une base stratégique pour son expansion planifiée en Asie.

Après la défaite du Japon en 1945, la Corée a été scindée en deux le long du 38e parallèle. Le régime militaire américain en Corée a brutalement réprimé toutes les organisations ou groupes luttant pour les droits démocratiques, démantelant de fait le mouvement syndical jusqu’à la fin des années 1980. Dans les zones rurales, le soutien massif aux luttes en faveur de la démocratie a entraîné d’importants mouvements sociaux, lesquels ont été violemment réprimés. À commencer par le soulèvement de Jeju en 1948, lors duquel des dizaines de milliers de personnes ont été tuées alors qu’elles s’opposaient au gouvernement soutenu par les États-Unis. La classe dirigeante, à commencer par le régime de Syngman Rhee, farouchement anticommuniste, s’appuyait fortement sur la violence pour se maintenir au pouvoir.

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