Article

Hillary Clinton et le féminisme des élites

Kathleen Geier

— 19 avril 2017

L’échec de la candidate démocrate à l’élection présidentielle a révélé les immenses inégalités entre les femmes.

Le racisme était certainement un facteur important. Bon nombre d’études ont montré que les partisans de Trump atteignaient des scores élevés quand on mesure le ressentiment racial1. Le sexisme joue aussi un rôle. Hillary Clinton a été soumise à un tir incessant d’attaques misogynes de Trump, de ses partisans et sur les réseaux sociaux. Pas étonnant que l’écart des sexes dans le vote, 24 %2, soit le plus important dans l’histoire des élections présidentielles. Et si vous vous interrogez encore sur l’importance du rôle joué par le racisme et la misogynie dans cette élection, le nombre effrayant d’actes de violence et de harcèlement commis à l’encontre des femmes et des personnes de couleur à la suite de la victoire de Trump devrait balayer vos derniers doutes3.

Des fractures importantes entre féministes et électrices

Mais comme c’est toujours le cas après chaque élection, les causes du résultat de ce mardi 8 novembre 2016 sont multiples. J’aimerais pointer une cause supplémentaire : les inégalités économiques, et plus précisément les inégalités économiques entre les femmes. Les femmes de couleur ont largement soutenu Clinton, ce qui est compréhensible puisque, historiquement, les Démocrates s’intéressent plus à elles que les Républicains. Les femmes blanches, en revanche, se sont largement tournées vers Trump et leur vote a été d’une importance capitale4. Pour autant, les femmes blanches n’ont pas toutes soutenu Trump : leur vote se caractérise par une large fracture de classe5. Le critère le plus courant pour délimiter la classe ouvrière est l’absence d’études supérieures. Et si les femmes blanches diplômées ont soutenu Hillary avec une marge de 6 %, les femmes blanches n’ayant pas fait d’études ont préféré Trump avec une marge de 28 %. Il faut additionner cela à un fossé de classe déjà béant dans ce groupe, 34 %, soit 10 % de plus que cet écart record entre les sexes.

Les différences de classe parmi les femmes sont un sujet presque tabou. Mais des chercheurs comme Leslie McCall ont constaté que les inégalités économiques entre les femmes sont aussi importantes et ont augmenté aussi rapidement que celles entre les hommes6. Cette division économique parmi les femmes a créé l’une des fractures les plus importantes dans le féminisme contemporain : les femmes qui ont une bonne profession ont récolté une part disproportionnée des acquis du féminisme et dominent donc le mouvement féministe. Aussi la distance sociale entre elles et les femmes moins privilégiées continue-t-elle à croître. Au cours des décennies qui ont suivi le début de la deuxième vague féministe, les femmes instruites ont eu accès à des emplois de haut niveau, tandis que les femmes de classe ouvrière ont vu leur salaire baisser et, en raison de l’augmentation des divorces et de la monoparentalité au sein de la classe ouvrière, ont pris en charge le lourd fardeau des tâches familiales. Pourtant, les groupes féministes dominants et les experts ont systématiquement mis en avant les problèmes sociaux et culturels qui concernent les femmes aisées, marginalisant les préoccupations économiques de la masse des femmes.

Les divisions de classe entre les femmes ont atteint des sommets lors de l’élection de 2016, quand le féminisme dominant a trahi les femmes de manière spectaculaire. Les féministes mainstream ont vendu des salades en affirmant que l’élection d’une femme présidente améliorerait le sort des femmes en tant que classe. Reprenant la thèse douteuse de Sheryl Sandberg7, elles ont affirmé que mettre des femmes aux commandes permettrait naturellement d’améliorer la situation des femmes en général8, alors qu’en réalité, les observations à ce sujet sont au mieux mitigées9. Il a également été beaucoup question de la façon dont une femme présidente « normaliserait » le pouvoir des femmes.

Les féministes mainstream ont vendu des salades en affirmant que l’élection d’une femme présidente améliorerait le sort des femmes en tant que classe.

Mais si vous êtes une femme tentant chaque mois de joindre les deux bouts et angoissée par les perspectives économiques de plus en plus sombres, pour vous comme pour vos enfants, cela ne vous apportera pas grand-chose qu’une multimillionnaire10 parvienne à briser le « plafond de verre ». Pire encore, Clinton, que les féministes considéraient allègrement comme la personne à laquelle pouvaient s’identifier les travailleuses (après tout, ces féministes, elles, s’y identifiaient), s’avéra une candidate péniblement insuffisante. En plus d’un bilan politique riche en trahisons envers les femmes, les personnes de couleur, les travailleurs et d’autres groupes d’électeurs clés, elle s’est montrée arrogante et a pris de mauvaises décisions en prononçant des discours en faveur de Wall Street et créant son propre serveur de messagerie pour le ministère des Affaires étrangères. Des erreurs politiques impardonnables…

« I’m with her » ou « she’s with us » ?

Certaines propositions politiques de Clinton étaient solides, en particulier ses plans de congé familial payé et d’élargissement de services pour les enfants. Mais Clinton n’a jamais réussi à faire passer un message convaincant qui aurait persuadé les gens qu’elle s’intéressait à des gens comme eux. Il est révélateur qu’elle ait eu l’air beaucoup plus à l’aise en s’adressant aux ploutocrates de Wall Street que dans ses discours de campagne11. Tout aussi problématique était son slogan, « I’m With Her » [je la soutiens], qui aurait mieux convenu à des fan girls. Pourquoi ne pas avoir choisi quelque chose plus inclusif et démocratique, par exemple « She’s With Us » [elle est avec nous] ? En outre, durant cette période de populisme affiché, ses nombreuses apparitions avec des célébrités comme l’actrice Lena Dunham et la chanteuse Katy Perry n’ont fait que la desservir12.

Les échecs de Clinton en tant que candidate sont l’une des raisons qui m’amènent à douter du rôle déterminant qu’aurait joué le sexisme des électeurs dans le résultat de l’élection (bien que cela ait certainement joué un rôle). Ce qui a causé sa perte n’est probablement pas son sexe, mais plutôt son incapacité à se rapprocher des électeurs. On peut imaginer que d’autres femmes démocrates, notamment l’agitatrice populiste démocrate Elizabeth Warren, auraient remporté ces élections haut la main. Contrairement à Hillary, Warren a l’avantage de ne pas être une des architectes d’échecs politiques du passé (l’ALENA, la déréglementation de Wall Street, etc.) qui ont contribué au désastre économique profond dont tant d’électeurs de la classe ouvrière ont souffert.

Ce qui a causé sa perte n’est probablement pas son sexe, mais plutôt son incapacité à se rapprocher des électeurs.

Les effets destructeurs des politiques menées par Bill Clinton dans les régions rurales sinistrées de l’Ohio, du Michigan et de la Pennsylvanie sont revenus hanter Hillary. Les habitants de ces régions, pour la plupart des Blancs et des ouvriers, ont été durement touchés par l’abandon des grandes industries et les problèmes sociaux et économiques qui en ont résulté : taux de chômage record, réduction de la mobilité, hausse de la consommation de drogues, et le reste. Dans les reportages qu’il a réalisés dans des villes de la région industrielle en déclin au sud-ouest de l’Ohio et à l’est du Kentucky, le journaliste Alec MacGillis décrit « l’atmosphère générale de déclin qui pèse sur les villes où les pharmacies et les prêteurs sur gages dominent les rues principales en ruines et où les grandes maisons victoriennes s’effondrent faute d’occupants13. » L’effondrement social et économique de ces lieux abandonnés apparaît clairement quand on les compare aux villes côtières de l’Amérique, qui sont, elles, en plein essor. La croissance des inégalités régionales14 a certainement été l’un des facteurs déterminants de cette élection, tout comme elle l’a été pour le Brexit15.

Les travailleuses invisibles

Dans ces communautés ouvrières blanches, ce sont les femmes qui ont connu les pires difficultés. Peut-être avez-vous entendu parler de cette fameuse étude qui montre un déclin sans précédent de l’espérance de vie parmi les Américains blancs n’ayant pas fait d’études supérieures16. Comme l’a souligné le statisticien Andrew Gelman, « depuis 2005, le taux de mortalité des femmes a augmenté, pas celui des hommes17. » En plus de l’insécurité économique et de la hausse du taux de mortalité, les femmes de la classe ouvrière ont subi un autre affront : l’invisibilité. Pendant la campagne, on a pu lire d’innombrables articles sur les préoccupations des femmes issues de l’élite républicaine18 et des travailleurs blancs19, mais pratiquement rien concernant les femmes de la classe ouvrière. Tamara Draut, l’une des rares journalistes qui ont pris la peine de s’entretenir avec des femmes de la classe ouvrière, a mis en évidence la douleur qu’elles ressentent face à leur marginalisation :

« Les dizaines d’entretiens que j’ai menés auprès des femmes de la classe ouvrière à travers le pays ont tous un point commun : elles se sentent invisibles dans la vie politique, économique et culturelle. Elles estiment que nos dirigeants politiques ne se soucient ni de leurs problèmes ni de leurs aspirations — du quotidien épuisant partagé entre le travail et la famille jusqu’au rêve de donner à leurs enfants un avenir meilleur grâce à l’université, sans leur imposer une dette paralysante20. »

Depuis les élections du mardi 8 novembre, partout sur les réseaux sociaux et dans les grands médias, les libéraux américains ont déversé des critiques hystériques de la classe ouvrière blanche. Mais ces accès de colère envers les « pitoyables21 » ne feront que nourrir le monstre du populisme de droite. Comme le tweetait Alec MacGillis : « Le rejet de Trump par les grands médias ne fait que le soutenir [dans sa campagne]. » La classe ouvrière blanche est tout à fait consciente du mépris des élites libérales à son encontre, merci bien. Mais les élites de gauche oublient une chose : le racisme de la classe ouvrière blanche, qu’ils détestent à juste titre, est lui-même exacerbé par une économie défaillante. (Des études ont montré que le racisme prospère pendant les périodes de difficultés économiques22.)

Si nous voulons mettre fin à ce cauchemar et vaincre le trumpisme pour de bon, nous devons comprendre comment regagner ces électeurs. Nous n’avons pas le choix. Les Blancs de la classe ouvrière représentent environ un tiers de l’électorat. Les Démocrates ne pourront pas remporter d’élections nationales sans reconquérir une partie de leurs votes. Bien sûr, les progressistes ne devraient jamais faire appel au racisme et au sexisme de ces électeurs (laissons cela aux Républicains). Mais nous avons au moins un solide terrain commun : l’économie.

Un féminisme élitiste

Les femmes de la classe ouvrière blanche semblent plus ouvertes que les hommes aux arguments progressistes (62 % d’entre elles ont voté pour Trump23, contre 72 % de leurs homologues masculins). Cela suggère que la voie la plus prometteuse serait de promouvoir un programme économique solide axé sur les besoins des femmes : un salaire minimum de 15 dollars l’heure, des services universels de garde d’enfants et un congé familial avant l’entrée à l’école primaire, des congés payés, un enseignement supérieur gratuit, des lois sévères punissant le non-versement des salaires, garantissant des horaires corrects et des salaires égaux entre hommes et femmes24. L’une des forces d’un tel programme est que son attrait ne se cantonne pas aux femmes. Dans notre merveilleux système économique, un nombre croissant d’hommes travaillent désormais dans des conditions de travail précaires — bas salaires, indemnités minimes, peu ou pas de sécurité — qui caractérisaient traditionnellement l’emploi des femmes. De telles politiques aideraient donc aussi les hommes. Elles seraient non seulement justes, mais aussi politiquement pragmatiques.

En plus de l’insécurité économique et de la hausse du taux de mortalité, les femmes de la classe ouvrière doivent faire face à un autre obstacle : l’invisibilité.

Mais le Parti démocrate n’est pas le seul à avoir besoin de réformes. Le mouvement féministe, lui aussi, doit se réorienter. Les féministes seraient bien inspirées de baisser le ton de leur culture nombriliste et de s’abstenir d’absurdités pseudo-féministes comme en témoigne le livre de la femme d’affaires Sheryl Sandberg En avant toutes25. Elles doivent cesser de se focaliser sur les obstacles rencontrés par les élites féminines et se pencher sur les difficultés que doivent affronter la grande majorité des femmes. Si le féminisme redevenait un mouvement dynamique, impulsé par les revendications populaires plutôt qu’obnubilé par les préoccupations des élites, qui sait jusqu’où le mènerait son combat…

  1. Traduction de l’article : « Inequality Between Women Is Crucial to Understanding Hillary’s Loss », The Nation, 11 novembre 2016, http://www.thenation.com/article/inequality-between-women-is-crucial-to-understanding-hillarys-loss/.

Footnotes

  1. Michael Tesler, « Trump is the first modern Republican to win the nomination based on racial prejudice », The Washington Post, 1 août 2016. Voir : http://www.washingtonpost.com/news/monkey-cage/wp/2016/08/01/trump-is-the-first-republican-in-modern-times-to-win-the-partys-nomination-on-anti-minority-sentiments/?utm_term=.ac7ffbc51b28.
  2. Daniel Paquette, « The unexpected voters behind the widest gender gap in recorded election history », The Washington Post, 9 novembre 2016. Voir : http://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2016/11/09/men-handed-trump-the-election/?utm_term=.3e33e2f4a472.
  3. Sean O’Kane, « Day 1 in Trump’s America », 9 novembre 2016. Voir : https://medium.com/@seanokane/day-1-in-trumps-america-9e4d58381001#.954anial5.
  4. Clare Malone, « Clinton Couldn’t Win Over White Women », FiveThirtyEight, 9 novembre 2016. Voir : http://fivethirtyeight.com/features/clinton-couldnt-win-over-white-women/.
  5. Stanley Feldman et Melissa Herrmann, « CBS News Exit Polls : How Donald Trump won the U.S. presidency », CBS News, 9 novembre 2016. Voir : http://www.cbsnews.com/news/cbs-news-exit-polls-how-donald-trump-won-the-us-presidency/.
  6. Leslie McCall, Men against Women, or the Top 20 Percent against the Bottom 80 ? How does growing economic inequality affect traditional patterns of gender inequality ?, Council on Temporary Families, 13 octobre 2013. Voir : http://web.archive.org/web/20131016205533/www.contemporaryfamilies.org/Economic-Issues/men-against-women-or-the-top-20-percent-against-the-bottom-80.html.
  7. Sheryl Sandberg est directrice des opérations de Facebook (NDLR).
  8. Sarah Kliff, « How I came to realize that a woman president would be a huge deal », Vox, 7 novembre 2016. Voir : http://www.vox.com/2016/6/8/11866664/clinton-gender-2016.
  9. Kathleen Geier, « Women Rule the World. Don’t Celebrate Yet, Feminists. Their policies on women’s issues matter more than their gender does », New Republic, 14 juillet 2016. Voir : https://newrepublic.com/article/135089/women-rule-world-dont-celebrate-yet-feminists.
  10. Daniel Gross, « How Hillary and Bill Clinton Parlayed Decades of Public Service into Vast Wealth », Fortune, 16 février 2016. Voir : http://fortune.com/2016/02/15/hillary-clinton-net-worth-finances/.
  11. Amy Chozik et Nicholas Confessore, « Hacked Transcripts Reveal a Genial Hillary Clinton at Goldman Sachs Events », The New York Times, 15 octobre 2016. Voir : http://www.nytimes.com/2016/10/16/us/politics/wikileaks-hack-hillary-clinton-emails.html?_r=0.
  12. Sarah Jones, « Hillary Clinton’s Celebrity Feminism Was a Failure », New Republic, 10 novembre 2016. Voir : https://newrepublic.com/article/138624/hillary-clintons-celebrity-feminism-failure.
  13. Alex MacGillis, « “White Trash” — The Original Underclass », Pro Publica, 5 août 2016. Voir : http://www.propublica.org/article/white-trash-the-original-underclass.
  14. Philip Longman, « Bloom and Bust. Regional inequality is out of control. Here’s how to reverse it », Washington Monthly, novembre-décembre 2015. Voir : http://washingtonmonthly.com/magazine/novdec-2015/bloom-and-bust/.
  15. Mike Baker, Urban votes moved further left. Rural votes moved MUCH further right, Twitter. Référence au New York Times, « Presidential Election Results : Donald J. Trump Wins », 13 décembre 2016. Voir : https://twitter.com/ByMikeBaker/status/796235031014318080.
  16. Anne Case et Angus Deaton, Rising morbidity and mortality in midlife among white non-Hispanic Americans in the 21st century, 8 décembre 2015. Voir : http://www.pnas.org/content/112/49/15078.full.pdf.
  17. Andrew Gelman, « Death rates have been increasing for middle-aged white women, decreasing for men », Statistical Modeling, Causal Inference, and Social Science, 10 novembre 2015. Voir : http://andrewgelman.com/2015/11/10/death-rates-have-been-increasing-for-middle-aged-white-women-decreasing-for-men/.
  18. Trip Gabriel, « Abandoning Donald Trump and, for Some Women, the G.O.P., Too », The New York Times, 28 octobre 2016. Voir : http://www.nytimes.com/2016/10/28/us/politics/donald-trump-republican-party-women.html?_r=0.
  19. John Wagner, « Clinton plans new effort to win over white, working-class men », The Washington Post, 7 octobre 2016. Voir : http://www.washingtonpost.com/politics/clinton-plans-new-effort-to-win-over-white-working-class-men/2016/10/07/6ffb7e1a-8ca0-11e6-875e-2c1bfe943b66_story.html?utm_term=.cd9572be7b02.
  20. Tamara Draut, « Trump and Clinton, these working class women need good jobs », CNN, 25 octobre 2016. Voir : http://edition.cnn.com/2016/10/25/opinions/working-class-women-election-draut/.
  21. En anglais, « deplorable » ; c’est l’expression employée par Hillary Clinton le 9 septembre 2016 pour qualifier « la moitié des supporters de Trump » (NDLR).
  22. Bryce Covert, « A Bad Economy Can Make People More Racist », Think Progress, 13 juin 2014. Voir : https://thinkprogress.org/a-bad-economy-can-make-people-more-racist-9a308c0df822#.v86n2ys2y.
  23. Steve Green, « That said, a couple of things », Fully Myelinated, 9 novembre 2016. Voir : https://fullymyelinated.wordpress.com/2016/11/09/that-said-a-couple-of-things/.
  24. Lonnie Golden, « Irregular Work Scheduling and Its Consequences », Economic Policy Institute, 9 avril 2015. Voir : http://www.epi.org/publication/irregular-work-scheduling-and-its-consequences/.
  25. Sheryl Sandberg, En avant toutes : Les femmes, le travail et le pouvoir, J. C. Lattès, Paris, 2013. Traduction de Lean In : Women, Work, and the Will to Lead, 2013 (NDLR).