{"id":789,"date":"2017-04-20T13:57:34","date_gmt":"2017-04-20T11:57:34","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/legalite-comme-postulat\/"},"modified":"2022-06-07T16:41:25","modified_gmt":"2022-06-07T14:41:25","slug":"legalite-comme-postulat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9galit\u00e9 comme postulat"},"content":{"rendered":"<p>Toute l\u2019histoire humaine est travers\u00e9e par la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9. Cette aspiration doit fonctionner comme un horizon pour l\u2019avenir mais aussi comme un pr\u00e9suppos\u00e9 politique, ici et maintenant.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1058\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/Artboard-1-copy-11.jpg\" alt=\"\" width=\"1531\" height=\"1054\" \/>\n<p>La pens\u00e9e \u00e9galitaire est irr\u00e9sistible. Nous entretenons une r\u00e9sistance profond\u00e9ment enracin\u00e9e contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9. Les critiques pleuvent contre \u00ab le 1 % \u00bb, contre les banquiers cupides ou contre les sp\u00e9cialistes m\u00e9dicaux en g\u00e9n\u00e9ral. Nous nourrissons une aversion spontan\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9mun\u00e9rations aberrantes et des grands managers qui s\u2019octroient ces revenus faramineux. Aucun argument ne pourrait chasser cette aversion. De m\u00eame, bien des gens estiment inadmissible que certains aient plus de droits que d\u2019autres. Et l\u2019on peut s\u2019attendre \u00e0 une indignation g\u00e9n\u00e9rale chaque fois que des hommes politiques se hissent au-dessus de la normalit\u00e9 et se servent \u00e0 l\u2019avenant.<\/p>\n<p>Nous vivons pourtant dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019in\u00e9galit\u00e9. Aussi, ses d\u00e9fenseurs emploient-ils tout leur z\u00e8le \u00e0 justifier cette in\u00e9galit\u00e9 et son bien-fond\u00e9 moral. Cela se traduit parfois par d\u2019\u00e9pais volumes, tel le livre du directeur d\u2019Itinera, Marc De Vos : <em>Ongelijk maar fair<\/em><span id='easy-footnote-1-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-1-789' title='Marc De Vos, &lt;em&gt;Ongelijk maar fair : Waarom onze samenleving ongelijker is dan we vrezen, maar rechtvaardiger dan we hopen&lt;\/em&gt;, Louvain, LannooCampus, 2015.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Notre \u00ab obsession \u00bb de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u00e9g\u00e9n\u00e8re, estime De Vos. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 est in\u00e9vitable en raison de la nature humaine, de la diversit\u00e9, du d\u00e9veloppement technologique, de la r\u00e9partition naturelle des talents,\u2026 et Marc De Vos de passer en revue toute une kyrielle d\u2019arguments. \u00ab Le succ\u00e8s \u00e9mane d\u2019un triangle d\u2019or de g\u00e8nes forts, de formation solide et de personnalit\u00e9 ad\u00e9quate. L\u2019\u00e9chec est un triangle des Bermudes de g\u00e8nes faibles, de formation d\u00e9ficiente et de personnalit\u00e9 inad\u00e9quate. \u00bb Une pointe de th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution, l\u2019incontournable fonctionnement du march\u00e9 et la responsabilit\u00e9 individuelle : tels sont les ingr\u00e9dients typiques utilis\u00e9s pour rationaliser l\u2019in\u00e9galit\u00e9. De l\u2019encadrement soci\u00e9tal, De Vos ne dit pratiquement rien. Que le syst\u00e8me capitaliste de production ait provoqu\u00e9 un accroissement gigantesque de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 dans le monde n\u2019entre pas dans son propos.<\/p>\n<h2>Pas de d\u00e9mocratie sans \u00e9galit\u00e9<\/h2>\n<p><em>Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9<\/em>. La R\u00e9volution fran\u00e7aise a mis un terme aux privil\u00e8ges de la noblesse et du clerg\u00e9, aux privil\u00e8ges de naissance, et a \u00e9lev\u00e9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits au rang de principe cl\u00e9. Dans les ann\u00e9es de la r\u00e9volution, les <em>Enrag\u00e9s<\/em> ont mis tout en \u0153uvre pour traduire cette pens\u00e9e \u00e9galitaire en termes socio\u00e9conomiques. Babeuf et ses partisans de la Conjuration des \u00c9gaux plaid\u00e8rent ensuite en faveur du droit de chacun \u00e0 une part \u00e9gale dans toute propri\u00e9t\u00e9. Une fois cette pens\u00e9e \u00e9galitaire lanc\u00e9e, il s\u2019av\u00e9ra que rien n\u2019allait plus l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<div id=\"_idContainer100\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER\">La lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 est-elle en m\u00eame temps une lutte pour la libert\u00e9\u00a0 ?<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Le philosophe lib\u00e9ral Alexis de Tocqueville (1805-1859) le comprit comme nul autre. Comme r\u00e9sultat de la r\u00e9volution, il voyait bien plus qu\u2019un simple changement de r\u00e9gime politique. Il discernait une nouvelle forme de soci\u00e9t\u00e9 sous l\u2019emprise de la pens\u00e9e \u00e9galitaire. Bien s\u00fbr, de grandes in\u00e9galit\u00e9s s\u2019\u00e9taient maintenues et, avec le d\u00e9veloppement du capitalisme, elles allaient encore s\u2019accro\u00eetre, mais, selon la conviction de Tocqueville, la mentalit\u00e9 et l\u2019image de soi de cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e9taient fondamentalement \u00e9galitaires, ce qui engendrait une dynamique d\u00e8s lors malais\u00e9e \u00e0 enrayer. Un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s la r\u00e9volution, il posa la question rh\u00e9torique : \u00ab Pense-t-on qu\u2019apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la D\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches<span id='easy-footnote-2-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-2-789' title='Alexis De Tocqueville, &lt;em&gt;De la D\u00e9mocratie en Am\u00e9rique&lt;\/em&gt;, Paris, Laffont, 1986, p. 39.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span> ? \u00bb Et, un peu plus loin : \u00ab Il est impossible de comprendre que l\u2019\u00e9galit\u00e9 ne finisse pas par p\u00e9n\u00e9trer dans le monde politique comme ailleurs. On ne saurait concevoir les hommes \u00e9ternellement in\u00e9gaux entre eux sur un seul point, \u00e9gaux sur les autres ; ils arriveront donc, dans un temps donn\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00eatre sur tous<span id='easy-footnote-3-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-3-789' title='Ibid., p. 80.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb En effet, de tout temps, de nouveaux groupes ont revendiqu\u00e9 leurs droits au nom de cette irr\u00e9sistible pens\u00e9e \u00e9galitaire : esclaves, travailleurs, femmes, peuples coloniaux, minorit\u00e9s, holebis, etc. \u00ab Apr\u00e8s chaque concession nouvelle, les forces de la d\u00e9mocratie augmentent \u00bb, \u00e9crivait Tocqueville<span id='easy-footnote-4-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-4-789' title='Ibid., p. 83.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Le socialisme est un produit de cette dynamique.<\/p>\n<p>Tocqueville a analys\u00e9 ce processus avec \u00e9tonnement et admiration, mais, en m\u00eame temps, avec la crainte d\u2019un aristocrate lib\u00e9ral oblig\u00e9 de s\u2019adapter \u00e0 un processus historique irr\u00e9sistible que personne ne semblait en mesure de ma\u00eetriser. Il craignait que ce processus n\u2019augmente encore le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat. Quand les gens r\u00e9clament l\u2019\u00e9galit\u00e9, pensait-il, ils font appel \u00e0 l\u2019\u00c9tat ; cela se traduit par un nivellement n\u00e9faste. Il \u00e9crivit \u00e0 ce propos : \u00ab Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n\u2019en donner \u00e0 personne<span id='easy-footnote-5-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-5-789' title='Ibid., p. 81.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Selon Tocqueville, les gens du monde moderne pr\u00e9f\u00e8rent encore que personne n\u2019ait de droit plut\u00f4t que l\u2019un ait plus de droits que l\u2019autre. Il en r\u00e9sulte le danger de voir appara\u00eetre un r\u00e9gime sans libert\u00e9 dans lequel une masse d\u2019individus \u00e9gaux, mais sans pouvoir, se retrouveront face \u00e0 un pouvoir \u00e9tatique central. Pour emp\u00eacher cela, le droit d\u2019association est important, car toutes sortes d\u2019associations de la soci\u00e9t\u00e9 civile peuvent alors constituer un tampon entre les individus sans pouvoir et l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La pulsion \u00e9galitaire menace de saper la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale : Tocqueville a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers \u00e0 d\u00e9velopper cet argument lib\u00e9ral. Mais il sous-estimait \u00e0 quel point, dans cette lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, les gens allaient s\u2019organiser et combien ces organes de lutte, associations, partis et syndicats allaient constituer un contre-pouvoir. Ils peuvent emp\u00eacher que l\u2019\u00c9tat devienne tout-puissant. Ainsi la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 est-elle en m\u00eame temps une lutte pour la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Le philosophe fran\u00e7ais \u00c9tienne Balibar s\u2019oppose r\u00e9solument \u00e0 l\u2019id\u00e9e lib\u00e9rale qu\u2019une tension existerait entre la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9. Chaque fois que des gens entament un combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, argumente-t-il, ils le font \u00e9galement au nom de la libert\u00e9 et inversement. Pour d\u00e9signer cela, il avance un n\u00e9ologisme : l\u2019<em>\u00e9galibert\u00e9<\/em>. Les r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais combattaient tout autant l\u2019absence de libert\u00e9 de l\u2019Ancien R\u00e9gime que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des privil\u00e8ges de la noblesse. Depuis, chaque grand mouvement de lutte, du mouvement ouvrier au f\u00e9minisme, de la d\u00e9colonisation \u00e0 l\u2019antiracisme, s\u2019est r\u00e9clam\u00e9 des principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Balibar inverse \u00e9galement son argument : l\u2019oppression de la libert\u00e9 va de pair avec des formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9 et, dans une situation o\u00f9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019existe pas, la libert\u00e9 n\u2019existe pas non plus. La bourgeoisie d\u00e9fend souvent son pouvoir et sa richesse contre les protestations des travailleurs en s\u2019en prenant aux libert\u00e9s : le droit de gr\u00e8ve, la libert\u00e9 d\u2019expression ou la libert\u00e9 d\u2019association. Balibar explique que, m\u00eame sous certains r\u00e9gimes du socialisme r\u00e9ellement existant au vingti\u00e8me si\u00e8cle, la n\u00e9gation des droits et des libert\u00e9s est all\u00e9e de pair avec des in\u00e9galit\u00e9s sociales et politiques. Les deux vont toujours ensemble : \u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019exemples de limitation ou de suppression des libert\u00e9s sans in\u00e9galit\u00e9s sociales, ni d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sans limitations ou suppression des libert\u00e9s<span id='easy-footnote-6-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-6-789' title='\u00c9tienne Balibar, &lt;em&gt;Les fronti\u00e8res de la d\u00e9mocratie&lt;\/em&gt;, Paris, La D\u00e9couverte, 1992, p. 137.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<p>La pens\u00e9e sous-jacente de Balibar est que la libert\u00e9 ou l\u2019\u00e9galit\u00e9 ne sont pas des principes qui tombent simplement du ciel. Ils sont le r\u00e9sultat d\u2019un combat politique. Les gens n\u2019ont pas de droits sans mener un combat politique permanent en vue de les obtenir et de les garder. La logique de ce combat est toujours une logique d\u2019<em>\u00e9galibert\u00e9<\/em>. C\u2019est pourquoi Balibar fait du droit de chacun de faire de la politique le plus important des droits. Cela comporte \u00e9galement le droit de s\u2019organiser collectivement. Aussi, la lutte pour l\u2019<em>\u00e9galibert\u00e9<\/em> n\u2019a absolument rien \u00e0 voir avec le r\u00e9gime de non-libert\u00e9 ses individus atomis\u00e9s et passifs contre lequel Tocqueville mettait en garde. En m\u00eame temps, l\u2019<em>\u00e9galibert\u00e9<\/em> n\u2019est pas non plus une chose que l\u2019on r\u00e9alise un jour et qui reste d\u00e9finitivement acquise. Il subsiste en permanence un \u00e9cart entre id\u00e9al et r\u00e9alit\u00e9, surtout dans le syst\u00e8me capitaliste, qui alimente continuellement l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des classes. C\u2019est pourquoi la lutte pour l\u2019<em>\u00e9galibert\u00e9<\/em> doit sans cesse se renouveler et s\u2019approfondir.<\/p>\n<h2>Rawls et sa d\u00e9fense d\u2019une r\u00e9partition in\u00e9gale<\/h2>\n<p>Dans <em>Ongelijk maar fair<\/em>, Marc De Vos tend \u00e0 adh\u00e9rer aux vues du philosophe am\u00e9ricain John Rawls (1921-2002) et ce n\u2019est pas un hasard. La th\u00e9orie de la justice de Rawls constitue en gros le cadre de la philosophie politique anglo-am\u00e9ricaine des d\u00e9cennies \u00e9coul\u00e9es<span id='easy-footnote-7-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-7-789' title='John Rawls, &lt;em&gt;Th\u00e9orie de la justice&lt;\/em&gt; (1971), Paris, Seuil, 1987.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>. Rawls tente une exp\u00e9rience de pens\u00e9e typique de la philosophie n\u00e9olib\u00e9rale : il repr\u00e9sente la soci\u00e9t\u00e9 comme le produit d\u2019un contrat entre les individus de cette soci\u00e9t\u00e9. Et d\u2019ajouter que nous devons imaginer que nous concluons ce contrat derri\u00e8re un \u00ab voile d\u2019ignorance \u00bb : nous esquissons les contours \u00e9conomiques, juridiques et politiques de la soci\u00e9t\u00e9 sans savoir quelle position nous allons y assumer. En d\u2019autres termes, nous devons faire abstraction du sexe, de l\u2019origine, des talents, de la couleur de peau et de toutes sortes d\u2019autres hasards qui influencent notre destin\u00e9e. La situation dans laquelle les gens d\u00e9lib\u00e8rent du cadre soci\u00e9tal derri\u00e8re le voile de l\u2019ignorance, Rawls l\u2019appelle \u00ab la position originelle \u00bb.<\/p>\n<p>Imaginez qu\u2019il n\u2019y a pas encore de soci\u00e9t\u00e9 et qu\u2019un certain nombre d\u2019individus sont assis autour d\u2019une table afin de profiler leur soci\u00e9t\u00e9 future sans savoir quelle position ils vont occuper dans cette soci\u00e9t\u00e9. Que savent-ils toutefois ? Ils disposent d\u2019un savoir \u00e9conomique, psychologique et sociologique g\u00e9n\u00e9ral. Ils partent du principe qu\u2019il y aura p\u00e9nurie : en cas d\u2019abondance, le probl\u00e8me d\u2019une r\u00e9partition \u00e9quitable ne se pose d\u2019ailleurs pas, car tout le monde peut prendre autant qu\u2019il le souhaite. Ici, Rawls \u00e9met la supposition lib\u00e9rale typique que, dans leur position originelle, les individus ne sont int\u00e9ress\u00e9s que par leur propre sort et ne vont pas le comparer en permanence avec celui des autres. Ils vont faire en sorte que, dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 venir, eux-m\u00eames s\u2019en tireront du mieux qu\u2019ils pourront. Seulement ils ne savent pas encore o\u00f9 ils vont se retrouver. De ce fait, ils en arrivent \u00e0 une logique dans laquelle l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel va co\u00efncider avec l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Quand on ignore dans quelle position on va se retrouver, il vaut mieux faire en sorte que toutes les positions soient les meilleures possible. Aussi personne n\u2019ira pr\u00f4ner une dictature puisque la possibilit\u00e9 de devenir un sujet opprim\u00e9 sera bien plus \u00e9lev\u00e9e que celle d\u2019assumer le r\u00f4le du dictateur. Les arguments racistes ou sexistes sont \u00e9galement exclus : dans la position originelle, personne ne pr\u00e9tendra que les hommes doivent gagner plus que les femmes parce qu\u2019ils sont plus forts physiquement ou plus rationnels, car on ne sait pas encore de quel sexe on sera soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans cette situation, nous devons r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la r\u00e9partition de ce que Rawls appelle les \u00ab biens sociaux primaires \u00bb, les choses dont tout le monde a besoin, quelle que soit la position sociale qu\u2019on occupe : droits et libert\u00e9s, opportunit\u00e9s, pouvoir, revenus et bien-\u00eatre, respect de soi, sa propre valeur\u2026 Dans cette position originelle, selon Rawls, les individus rationnels vont opter pour une s\u00e9rie la plus compl\u00e8te possible de droits \u00e9gaux et de libert\u00e9s pour tous. Un choix inverse, dans lequel certaines classes sociales, comme dans l\u2019Ancien R\u00e9gime, ont des privil\u00e8ges et privent de droits d\u2019autres classes sociales, saperait en effet le respect de soi et le sentiment de sa propre valeur, toujours selon Rawls.<\/p>\n<p>Les individus en position originelle acceptent toutefois, d\u2019apr\u00e8s Rawls, qu\u2019il puisse exister une certaine in\u00e9galit\u00e9, du fait qu\u2019il y a toutes sortes d\u2019emplois, mais \u00e0 la condition stricte que tout le monde dispose de chances \u00e9gales de s\u2019approprier ces emplois. D\u2019une simple \u00e9galit\u00e9 formelle des chances, ils ne se satisferaient pas. Que chacun ait une chance \u00e9gale de postuler un emploi au sommet devient formel et d\u00e9nu\u00e9 de contenu quand celui qui n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un enseignement sup\u00e9rieur peut concourir, mais n\u2019a, quoi qu\u2019il en soit, pas l\u2019ombre d\u2019une chance d\u2019y arriver. Dans la position originelle, les gens optent pour une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle des chances et donc aussi pour un enseignement public aux fondations solides qui peut compenser le fait que certaines personnes sont n\u00e9es dans un environnement moins stimulant sur le plan intellectuel.<\/p>\n<div id=\"_idContainer104\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER\">Comment , partant de points de d\u00e9part \u00e9galitaires, peut-on arriver \u00e0 des conclusions in\u00e9galitaires ?<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Le discours de Rawls pr\u00eate \u00e0 la controverse quand il s\u2019agit de la r\u00e9partition de la richesse et des revenus. Selon lui, les individus en position originelle ne choisissent pas une r\u00e9partition \u00e9gale de cette richesse quand ils savent que certaines personnes sont n\u00e9es avec plus de talents que d\u2019autres. Donner \u00e0 ces personnes un stimulant financier, pour tirer parti de leurs talents au maximum, peut se traduire par une croissance \u00e9conomique plus grande au profit de tous. Car, lorsque le g\u00e2teau \u00e0 partager devient plus grand, le revenu de chacun peut s\u2019am\u00e9liorer. Selon Rawls, les gens en position originelle prendraient surtout en consid\u00e9ration les moins nantis. Dans une soci\u00e9t\u00e9 totalement \u00e9galitaire, le g\u00e2teau produit risque d\u2019\u00eatre plus petit, car les gens talentueux ne re\u00e7oivent alors pas de stimulant pour faire plus d\u2019efforts et le niveau g\u00e9n\u00e9ral de revenus reste bas, estime Rawls. Il vaut donc mieux tol\u00e9rer l\u2019in\u00e9galit\u00e9 puisque le sort des moins nantis s\u2019en trouve am\u00e9lior\u00e9.<\/p>\n<p>Pourquoi des individus en position originelle se concentreraient-ils sur le sort des moins nantis ? Ne pourrait-on pas prendre des risques, derri\u00e8re le voile de l\u2019ignorance, favoriser la position des mieux nantis et esp\u00e9rer pouvoir faire partie de ce groupe ? Ce ne serait pas rationnel, r\u00e9pond Rawls, car c\u2019est toute votre destin\u00e9e qui est en jeu, et il n\u2019est pas rationnel de jouer avec elle. Dans une telle situation, les gens sont d\u2019ailleurs r\u00e9ticents au risque et font en sorte que le pire des sc\u00e9narios puisse encore d\u00e9passer malgr\u00e9 tout les attentes. L\u2019argument de Rawls est proche de celui de \u00ab l\u2019\u00e9conomie du ruissellement \u00bb (<em>trickle-down economics<\/em>) : lorsque les riches s\u2019enrichissent, des miettes tombent de la table pour les autres. Mais son argument est plus fort : il ne suffit pas que les pauvres re\u00e7oivent des miettes, il faut choisir la forme de r\u00e9partition in\u00e9gale qui conviendra le mieux aux moins nantis. La condition de l\u2019enrichissement des nantis n\u2019est pas seulement, chez lui, que les pauvres progressent aussi, mais qu\u2019ils progressent au maximum. Pas mal de gens qui utilisent l\u2019argumentation de Rawls pour approuver l\u2019in\u00e9galit\u00e9 n\u00e9gligent cet aspect et se retrouvent en fin de compte dans l\u2019\u00e9conomie du ruissellement. Marc De Vos est l\u2019un d\u2019eux.<\/p>\n<p>De Vos et bien d\u2019autres s\u2019empressent aussi d\u2019\u00e9carter la conviction de Rawls selon laquelle les individus en position originelle n\u2019opteraient pas pour le capitalisme courant<span id='easy-footnote-8-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-8-789' title='C\u2019est \u00e9galement le centre d\u2019int\u00e9r\u00eat du travail de Frank Vandenbroucke sur Rawls. Voir Frank Vandenbroucke, &lt;em&gt;Social Justice and Individual Ethics in an Open Society. Equality, Responsibility, and Incentives&lt;\/em&gt;, Berlin, Springer, 2001.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. Ils garantiraient cependant le droit de propri\u00e9t\u00e9, car chacun a besoin de toutes sortes de choses pour assurer ses propres besoins. Mais ils ne choisiraient jamais de faire en sorte que les moyens de production deviennent la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019une classe restreinte. Rawls sugg\u00e8re qu\u2019ils opteraient pour une forme de capitalisme du peuple, avec un actionnariat tr\u00e8s vaste ou pour un socialisme lib\u00e9ral, comme dans un socialisme de march\u00e9 o\u00f9 des entreprises coop\u00e9ratives produisent pour un march\u00e9 concurrentiel<span id='easy-footnote-9-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-9-789' title='John Rawls, Een theorie van rechtvaardigheid, p. 40.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>. Mais l\u00e0 n\u2019est pas le point central de Rawls. L\u2019argument central qui lui a valu la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 est sa d\u00e9fense d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 de revenus potentiellement significative en partant d\u2019une position de d\u00e9part \u00e9galitaire.<\/p>\n<h2><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-1061\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/LAVA1-redkitten-Lievens-TRK020-513x600.png\" alt=\"\" width=\"513\" height=\"600\" \/>La gr\u00e8ve de l\u2019investissement<\/h2>\n<p>L\u2019argument de Rawls est ing\u00e9nieux et pas mal de sociaux-d\u00e9mocrates et de socialistes n\u2019y trouvent rien \u00e0 redire<span id='easy-footnote-10-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-10-789' title='Alex Callinicos, &lt;em&gt;Equality&lt;\/em&gt;, Cambridge, Polity, 2000 ; Jacques Bidet, &lt;em&gt;John Rawls et la th\u00e9orie de la justice&lt;\/em&gt;, Paris, PUF, 1995.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>. Mais sa vision de la r\u00e9partition des revenus se heurte naturellement aussi \u00e0 des r\u00e9sistances : comment, partant de points de d\u00e9part \u00e9galitaires, peut-on malgr\u00e9 tout en arriver \u00e0 des conclusions fort in\u00e9galitaires ? Ainsi, il y a la virulente critique du marxiste Jerry Cohen (1941-2009). <em>If you\u2019re an egalitarian, how come you\u2019re so rich ?<\/em> dit sans confusion possible le titre d\u2019un de ses ouvrages : si tu es pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, pourquoi es-tu si riche<span id='easy-footnote-11-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-11-789' title='Gerald Allan Cohen, &lt;em&gt;If you\u2019re an egalitarian, how come you\u2019re so rich ?&lt;\/em&gt; Harvard, Harvard University Press, 2001. Sur Cohen, voir \u00e9galement Nicholas Vrousalis, &lt;em&gt;The Political Philosophy of G.A. Cohen. Back to Socialist Basics&lt;\/em&gt;, Londres, Bloomsbury, 2015.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span> ? Cohen donne l\u2019exemple du gouvernement Thatcher qui, en 1988, avait ramen\u00e9 le taux d\u2019imposition des plus riches de 60 \u00e0 40 %<span id='easy-footnote-12-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-12-789' title='Gerald Allan Cohen, &lt;em&gt;Rescuing Justice and Equality&lt;\/em&gt;, Londres, Harvard University Press, 2008, p. 27.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. Pour justifier la mesure, on avait pr\u00e9tendu que les riches avaient gagn\u00e9 eux-m\u00eames leur richesse et que, pour cette raison, il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 loyal de leur appliquer des tarifs d\u2019imposition \u00e9lev\u00e9s. On peut \u00e9galement d\u00e9fendre la mesure en s\u2019appuyant sur le travail de Rawls, en partant du raisonnement que les moins nantis peuvent aller mieux quand, gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e9ductions fiscales, les plus productifs peuvent devenir plus productifs encore. Mais, selon Cohen, ce raisonnement pose probl\u00e8me. Un argument n\u2019est convaincant que lorsqu\u2019on peut l\u2019utiliser ouvertement, et ce n\u2019est pas le cas ici. Or, les riches ne peuvent utiliser l\u2019argument parce que cela revient \u00e0 dire : \u00ab Nous exigeons des gains plus \u00e9lev\u00e9s, sinon nous refusons d\u2019engager nos talents ou nos capacit\u00e9s. \u00bb Pour les riches, l\u2019argument r\u00e9el est donc implicitement une menace de se mettre \u00ab en gr\u00e8ve \u00bb s\u2019ils ne sont pas tr\u00e8s bien pay\u00e9s, un ultimatum : ils exigent une plus grosse part du g\u00e2teau, sinon ils feront en sorte que le g\u00e2teau devienne plus petit. Mais, si les mieux nantis adoptaient une attitude plus \u00e9galitaire, ils n\u2019exigeraient pas un revenu plus \u00e9lev\u00e9 pour fournir leur contribution et la position des moins nantis pourrait \u00eatre alors bien meilleure.<\/p>\n<p>Rawls se concentre sur la distinction entre moins et mieux nantis ou entre les gens tr\u00e8s peu et hautement sp\u00e9cialis\u00e9s et il parle l\u00e0 de r\u00e9partition in\u00e9gale des talents et comp\u00e9tences \u00e0 la naissance. Personne n\u2019a \u00ab m\u00e9rit\u00e9 \u00bb ses talents, estime-t-il : ils sont les r\u00e9sultats du hasard, de la chance. C\u2019est pourquoi la soci\u00e9t\u00e9 doit consid\u00e9rer les talents et leurs fruits comme un bien commun dont la gestion doit profiter le plus possible aux moins nantis. Mais bien s\u00fbr les choses ne marchent pas comme cela dans le monde r\u00e9el : on y entend ce genre d\u2019argument, mais plut\u00f4t pour justifier le comportement des d\u00e9tenteurs de capitaux. Il n\u2019est plus question, d\u00e8s lors, de gens talentueux qui n\u2019investiront plus leurs talents, mais de poss\u00e9dants qui retireront leur capital : nous assisterions donc non pas \u00e0 une gr\u00e8ve des talents, mais \u00e0 une gr\u00e8ve des investissements ? Eh oui, c\u2019est aussi ce qui se joue quand les auteurs n\u00e9olib\u00e9raux d\u00e9fendent l\u2019in\u00e9galit\u00e9 : les imp\u00f4ts doivent diminuer sinon, le capital se retire.<\/p>\n<p>Cohen compare cela \u00e0 une prise d\u2019otage. On pourrait argumenter : les enfants doivent \u00eatre aupr\u00e8s de leurs parents ; si on ne paie pas le kidnappeur, il ne lib\u00e9rera pas l\u2019enfant ; en cas d\u2019enl\u00e8vement, il vaut donc mieux payer une ran\u00e7on. Mais ce raisonnement sonne autrement dans la bouche d\u2019un kidnappeur : \u00ab Si vous ne payez pas, vous ne reverrez plus votre enfant. \u00bb Avec ce discours, le kidnappeur se place hors de tout cadre moral. Le kidnappeur \u00ab devrait \u00eatre honteux d\u2019utiliser cet argument, parce qu\u2019il en a cr\u00e9\u00e9 lui-m\u00eame la pr\u00e9misse \u00bb, \u00e9crit Cohen<span id='easy-footnote-13-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-13-789' title='Ibid., p. 40.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. Le fait est, d\u2019ailleurs, qu\u2019il n\u2019\u00e9nonce plus simplement une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ou un principe moral, mais fait en sorte que son discours soit logique et qu\u2019il porte.<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame des r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4t. Le kidnappeur dit : \u00ab Tu acceptes de payer ou je tue ton enfant. \u00bb Le nanti dit : \u00ab Tu acceptes l\u2019in\u00e9galit\u00e9, o\u00f9 je refuse d\u2019engager mes talents (ou mon capital). \u00bb Quand un riche dit qu\u2019une imposition plus lourde op\u00e8re au d\u00e9triment des moins nantis, il dit en fait qu\u2019il va fermer le robinet de son talent (non m\u00e9rit\u00e9, en derni\u00e8re instance) ou de son capital. C\u2019est une mystification de pr\u00e9senter cela comme une loi \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale. \u00c0 l\u2019instar du kidnappeur, par son comportement, le riche fait en sorte que son discours se mue en v\u00e9rit\u00e9. Ce faisant, il se discr\u00e9dite moralement, estime Cohen. Le riche ne peut recourir \u00e0 l\u2019argument des <em>incitatifs<\/em>, car \u00ab pourquoi travaillerait-on moins dur quand l\u2019imp\u00f4t est de 60 au lieu de 40 %<span id='easy-footnote-14-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-14-789' title='Ibid., p. 42.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span> ? \u00bb<\/p>\n<p>Pour qu\u2019un argument en faveur de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 soit convaincant, tout le monde doit pouvoir l\u2019utiliser face \u00e0 n\u2019importe qui. Cela n\u2019est pas possible ici de fa\u00e7on cr\u00e9dible. Dans <em>Why not socialism ?<\/em>, Cohen cite l\u2019exemple du gros salaire qui, chaque jour, se rend \u00e0 son travail dans sa voiture rapide et d\u00e9passe chaque fois l\u2019autobus. Un jour, le gros salaire doit lui-m\u00eame prendre le bus. Il peut s\u2019en plaindre aupr\u00e8s d\u2019un autre automobiliste, mais il ne peut dire \u00e0 aucun passager de l\u2019autobus : \u00ab C\u2019est quand m\u00eame terrible : je suis contraint de prendre l\u2019autobus, aujourd\u2019hui<span id='easy-footnote-15-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-15-789' title='Gerald Allan Cohen, &lt;em&gt;Why Not Socialism ?&lt;\/em&gt;, Princeton, Princeton University Press, 2009, p. 36.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span> ! \u00bb Car ses joues se couvriraient du rouge de la honte et, avec de tels propos, il s\u2019ali\u00e9nerait compl\u00e8tement la communaut\u00e9 des passagers du bus.<\/p>\n<p>Un exemple parall\u00e8le est celui des sp\u00e9cialistes m\u00e9dicaux qui se plaignent, malgr\u00e9 des salaires faramineux, de ne pas gagner assez et vont jusqu\u2019\u00e0 refuser de soigner des patients qui, refusant de prendre une chambre individuelle, emp\u00eachent du m\u00eame coup le sp\u00e9cialiste de facturer des suppl\u00e9ments d\u2019honoraires.<\/p>\n<p>Cohen conclut que l\u2019argument de Rawls en faveur de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u00e9bouche sur une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019a plus rien d\u2019un \u00ab vivre ensemble \u00bb ni d\u2019une communaut\u00e9, mais qui s\u2019est mu\u00e9e en un univers d\u2019hypocrisie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Dans une position originelle, n\u2019opterions-nous pas plut\u00f4t pour une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il serait agr\u00e9able de vivre ensemble et o\u00f9 une communication et une argumentation honn\u00eates seraient possibles ?<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9galit\u00e9 comme point de d\u00e9part<\/h2>\n<p>Nous parlions de Babeuf et de sa Conjuration des \u00c9gaux, dans le contexte de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Quelques d\u00e9cennies plus tard, des groupes fran\u00e7ais s\u2019inspirant du socialisme utopique de Saint-Simon allaient d\u00e9velopper toutes sortes de rituels \u00e9galitaires. Au cours de rassemblements, ces groupes, souvent compos\u00e9s de gens de tous bords, \u00e9changeaient leurs v\u00eatements afin d\u2019effacer les diff\u00e9rences de classes<span id='easy-footnote-16-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-16-789' title='Oliver Davis, &lt;em&gt;Jacques Ranci\u00e8re&lt;\/em&gt;, Cambridge, Polity Press, 2010, p. 56.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>, pour tenter d\u2019en arriver \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019instant m\u00eame, et non pas dans un lointain avenir.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les socialistes et les communistes n\u2019ont plus cess\u00e9 de se demander quelle attitude prendre face \u00e0 toutes les formes existantes et bien r\u00e9elles d\u2019in\u00e9galit\u00e9. Aux yeux du dirigeant communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937), il est \u00ab un fait qu\u2019il existe des dominants et des domin\u00e9s, des dirigeants et des dirig\u00e9s \u00bb. La question cl\u00e9 est : \u00ab Le but est-il qu\u2019il y ait toujours des dominants et des domin\u00e9s ou s\u2019agit-il plut\u00f4t de cr\u00e9er les conditions dans lesquelles cette distinction ne serait plus n\u00e9cessaire<span id='easy-footnote-17-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-17-789' title='Antonio Gramsci, &lt;em&gt;Selections from the Prison Notebooks&lt;\/em&gt;, Londres, Lawrence &amp;amp; Wishart, 1998, 483, p. 144.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span> ? \u00bb Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 au sein de laquelle certains, plus que d\u2019autres, sont en \u00e9tat de prendre l\u2019initiative et la direction des luttes, des syndicats et des partis : de par leur formation, leur contexte, leurs capacit\u00e9s. Nous devons organiser la lutte de telle sorte, \u00e9crit Gramsci, qu\u2019en y participant chacun puisse acqu\u00e9rir les comp\u00e9tences et les id\u00e9es pour prendre soi-m\u00eame l\u2019initiative politique, de sorte que la distinction entre dirigeants et dirig\u00e9s dispara\u00eetra. C\u2019est m\u00eame, selon Gramsci, un but crucial du socialisme. En d\u2019autres termes, l\u2019\u00e9galit\u00e9 est un but, mais on ne peut atteindre ce but qu\u2019en partant d\u00e9j\u00e0 de la pens\u00e9e \u00e9galitaire dans la lutte actuelle.<\/p>\n<div id=\"_idContainer106\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER\">Nous devons organiser la lutte de telle sorte qu\u2019en y participant chacun puisse acqu\u00e9rir les comp\u00e9tences et les id\u00e9es pour prendre soi-m\u00eame l\u2019initiative politique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Le philosophe fran\u00e7ais Jacques Ranci\u00e8re va encore plus loin. Son id\u00e9e de base est que l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas le but que nous devons rechercher, mais un postulat dont nous devons partir. Sa source d\u2019inspiration est Joseph Jacotot (1770-1840), un r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais qui, apr\u00e8s la chute de Napol\u00e9on, avait gagn\u00e9 la Belgique.<span id='easy-footnote-18-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-18-789' title='Jacques Ranci\u00e8re, &lt;em&gt;Le ma\u00eetre ignorant : cinq le\u00e7ons sur l\u2019\u00e9mancipation intellectuelle&lt;\/em&gt;, Paris, Fayard, 2009.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span> Il alla enseigner le fran\u00e7ais dans ce qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de Louvain et se servit \u00e0 cet effet d\u2019une m\u00e9thode r\u00e9volutionnaire. Sans pouvoir parler lui-m\u00eame le n\u00e9erlandais, il enseignait le fran\u00e7ais \u00e0 de jeunes Flamands, et avec succ\u00e8s. Jacotot refusait d\u2019adopter la position omnisciente du professeur donnant des explications \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves et pratiquant ainsi un transfert de savoir. Il donnait \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves une \u00e9dition bilingue d\u2019un texte et les d\u00e9fiait ensuite d\u2019en retrouver eux-m\u00eames la signification et la construction des phrases. Plus tard, il alla m\u00eame donner des cours de piano alors que lui-m\u00eame ne pouvait jouer de cet instrument. Son point de d\u00e9part \u00e9tait simple : chacun a la capacit\u00e9 de se servir de son intelligence et a, par cons\u00e9quent, la possibilit\u00e9 de s\u2019instruire lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1064\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/LAVA1-redkitten-Lievens-TRK0201.png\" alt=\"\" width=\"378\" height=\"272\" \/>Ranci\u00e8re en fait le point de d\u00e9part de sa philosophie politique. Chaque ordre social ou politique est in\u00e9galitaire. Dans chaque soci\u00e9t\u00e9, les gens assument toutes sortes de r\u00f4les et de positions entre lesquels existent des relations hi\u00e9rarchiques. Mais, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan de ces relations in\u00e9gales fonctionne subtilement une \u00e9galit\u00e9 plus fondamentale. Cela semble paradoxal, mais l\u2019\u00e9galit\u00e9 est la supposition cach\u00e9e des relations in\u00e9gales, hi\u00e9rarchiques et, sans elle, ces derni\u00e8res ne fonctionneraient pas.<\/p>\n<p>Imaginez qu\u2019un directeur donne un ordre \u00e0 un ouvrier et lui demande ensuite : \u00ab Tu as compris ? \u00bb<span id='easy-footnote-19-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-19-789' title='Jacques Ranci\u00e8re, &lt;em&gt;La m\u00e9sentente : Politique et philosophie&lt;\/em&gt;, Paris, Galil\u00e9e, 1995, p. 73.'><sup>19<\/sup><\/a><\/span> Il s\u2019agit d\u2019une question \u00e9trange, car, naturellement, la question n\u2019est pas de savoir si l\u2019ouvrier a bien compris l\u2019ordre. Cela veut seulement dire : \u00ab Tu dois faire ce que je t\u2019ai command\u00e9. \u00bb Avec sa question, le directeur entend surtout affirmer la hi\u00e9rarchie : il y a des gens qui prennent la parole, et d\u2019autres qui doivent se taire et ex\u00e9cuter ce qu\u2019on leur a ordonn\u00e9. Mais celui qui donne un ordre suppose que la personne qui le re\u00e7oit peut l\u2019interpr\u00e9ter et le comprendre. En d\u2019autres termes, il pr\u00e9sume que la personne qui re\u00e7oit l\u2019ordre dispose de la m\u00eame capacit\u00e9 que lui de se servir de son intelligence. L\u2019ordre suppose en ce sens une \u00e9galit\u00e9. Que se passe-t-il quand l\u2019ouvrier proteste ? En prenant la parole, il montre qu\u2019il peut lui aussi parler et penser et qu\u2019en ce sens, lui et la personne qui le commande sont \u00e9gaux. Ils partagent une langue et un monde communs et la discussion est donc possible. Le directeur, de son c\u00f4t\u00e9, affirmera qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de discuter mais uniquement de travailler. Le paradoxe est alors : le directeur nie la discussion, le conflit et pr\u00e9tend qu\u2019il y a consensus, mais, en m\u00eame temps, il d\u00e9clare qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019espace pour la discussion. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019ouvrier affirme qu\u2019il y a bel et bien un conflit et montre en m\u00eame temps qu\u2019il existe une langue et un monde communs dans lesquels tous deux peuvent entamer la discussion.<\/p>\n<p>Il se passe donc quelque chose d\u2019int\u00e9ressant quand les ouvriers entrent en conflit, protestent, occupent l\u2019usine, adressent une r\u00e9ponse au directeur. Ils agissent alors comme s\u2019ils \u00e9taient les \u00e9gaux du directeur, comme s\u2019ils avaient, tout autant que lui, le droit de s\u2019exprimer. Ce qu\u2019ils font donc, c\u2019est amener \u00e0 la surface une supposition cach\u00e9e : la hi\u00e9rarchie de l\u2019ordre ne peut exister sans une \u00e9galit\u00e9 fondamentale sous-jacente. Mais, quand on fait monter cette \u00e9galit\u00e9 \u00e0 la surface et qu\u2019on la rend visible, cela a un effet des plus subversifs.<\/p>\n<p>Les travailleurs qui protestent ne revendiquent pas simplement l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans un lointain avenir. Ils m\u00e8nent leur action \u00e0 partir de la supposition qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9gaux ici et maintenant. Chaque fois que des gens agissent politiquement, explique Ranci\u00e8re, ils le font \u00e0 partir du postulat d\u2019\u00e9galit\u00e9 : ils font comme s\u2019ils \u00e9taient les \u00e9gaux des puissants, m\u00eame s\u2019il existe de facto toutes sortes de formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomique, politique ou autre. Agir \u00e0 partir du postulat de l\u2019\u00e9galit\u00e9 a toujours un effet tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur. Une grande partie de la philosophie de Ranci\u00e8re s\u2019appuie sur ses recherches historiques sur les d\u00e9buts du mouvement ouvrier fran\u00e7ais dans les ann\u00e9es 1820-1830<span id='easy-footnote-20-789' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/legalite-comme-postulat\/#easy-footnote-bottom-20-789' title='Jacques Ranci\u00e8re, &lt;em&gt;La nuit des prol\u00e9taires. Archives du r\u00eave ouvrier&lt;\/em&gt;, Paris, Fayard, 1981 ; Jacques Ranci\u00e8re, &lt;em&gt;Aux bords du politique&lt;\/em&gt;, Paris, Gallimard, 1998.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span>. Mais il donne \u00e9galement des illustrations plus r\u00e9centes. Ainsi, il y a Rosa Parks, la femme de couleur qui, en 1955, \u00e0 Montgomery, avait refus\u00e9 de c\u00e9der sa place dans le bus \u00e0 un passager blanc et \u00e9tait devenue un symbole du mouvement des droits civils. Rosa Parks ne revendiquait pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans le futur, mais agissait comme si elle \u00e9tait l\u2019\u00e9gale du blanc. Ainsi, elle rendait visible quelque chose que l\u2019ordre existant aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 tenir invisible.<\/p>\n<p>L\u2019action politique d\u00e9mocratique, argumente Ranci\u00e8re, part toujours de l\u2019\u00e9galit\u00e9. On ne va pas demander aux politiciens d\u2019assurer plus d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir : on va montrer dans ses actions que l\u2019on est \u00e9gal et qu\u2019on peut faire de la politique soi-m\u00eame. Chaque fois que des travailleurs font gr\u00e8ve, que des mouvements sociaux manifestent, que des militants bloquent les rues, que des femmes ou des minorit\u00e9s prennent la parole dans des endroits o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019y attendrait pas, il se produit quelque chose de similaire. C\u2019est un concept important pour la politique socialiste. L\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas seulement un id\u00e9al lointain, elle est enracin\u00e9e dans la lutte m\u00eame. C\u2019est pour cela que des militants et \u00e9lus socialistes choisissent de vivre avec un salaire modeste d\u2019ouvrier : eux aussi partent du postulat d\u2019\u00e9galit\u00e9, ici et maintenant. Cela semble un acte symbolique innocent, mais \u00e7a ne l\u2019est pas. Ses effets sont tr\u00e8s subversifs : on rend ainsi visible le fait que des formes existantes d\u2019in\u00e9galit\u00e9, par exemple entre hommes politiques et citoyens, ne sont absolument pas normales ou naturelles. En m\u00eame temps, l\u2019on cr\u00e9e ainsi les conditions pour faire de la politique d\u2019une fa\u00e7on tout \u00e0 fait diff\u00e9rente, d\u00e9mocratique et socialiste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toute l\u2019histoire humaine est travers\u00e9e par la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9. 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