{"id":5865,"date":"2017-12-22T07:18:52","date_gmt":"2017-12-22T05:18:52","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=5865"},"modified":"2022-06-06T14:43:21","modified_gmt":"2022-06-06T12:43:21","slug":"transformer-le-travail-pour-une-societe-durable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/","title":{"rendered":"Transformer le travail pour une soci\u00e9t\u00e9 durable"},"content":{"rendered":"<p>Le \u00ab travail \u00bb, dans la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00abmal n\u00e9cessaire\u00bb \u00e0 la cr\u00e9ation de revenu pour la consommation.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-5873 size-full\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Foster1-Lava03-illus-redkitten.jpg\" alt=\"Transformer le travail pour une soci\u00e9t\u00e9 durable\" width=\"1488\" height=\"1013\" \/>\n<div id=\"_idContainer109\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<p class=\"_-2-1-Lava---article-body-HIGHLIGHT ParaOverride-3\"><em><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">Oh\u00a0! que je hais cette vie oisive. J\u2019ai besoin de m\u2019occuper.<br \/>\n<\/span><\/em>(William Shakespeare, Henri\u00a0IV\u00a0: Premi\u00e8re partie, acte\u00a0II, sc\u00e8ne\u00a0IV)<\/p>\n<p class=\"_-1-Lava---article-INTRO\">Les visions d\u2019un avenir post-capitaliste durable ax\u00e9 sur la r\u00e9duction du temps de travail et l\u2019expansion du temps libre, sans r\u00e9pondre au besoin d\u2019un travail charg\u00e9 de sens, sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"_idContainer110\" class=\"_idGenObjectStyleOverride-2\">\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La nature et le sens du travail dans la soci\u00e9t\u00e9 du futur ont profond\u00e9ment divis\u00e9 les penseurs \u00e9cologistes, socialistes, utopistes et romantiques depuis la r\u00e9volution industrielle<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-1-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-1-5865' title='Cet essai est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Harry Magdoff et a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par son article &lt;em&gt;\u00ab\u00a0The Meaning of Work\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Monthly Review&lt;\/span&gt;, vol.\u00a034, num\u00e9ro\u00a05 (octobre 1982), p.\u00a0115.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Certains th\u00e9oriciens radicaux ont consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus juste ne n\u00e9cessiterait qu\u2019une rationalisation des relations de travail actuelles accompagn\u00e9e d\u2019un temps libre allong\u00e9 et d\u2019une distribution plus \u00e9quitable. D\u2019autres se sont concentr\u00e9s sur le besoin de transcender le syst\u00e8me tout entier du travail ali\u00e9n\u00e9 et de faire du d\u00e9veloppement de relations de travail cr\u00e9atives l\u2019\u00e9l\u00e9ment central d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9volutionnaire. Dans ce qui semble \u00eatre un effort pour contourner ce conflit tenace, les visions actuelles de la prosp\u00e9rit\u00e9 durable, m\u00eame si elles ne nient pas la n\u00e9cessit\u00e9 du travail, la repoussent souvent en arri\u00e8re-plan et se concentrent plut\u00f4t sur une extension consid\u00e9rable du temps libre<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-2-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-2-5865' title='Pour un livre cons\u00e9quent sur la durabilit\u00e9 \u00e9cologique et \u00e9conomique qui cependant ne consacre qu\u2019une petite partie de son analyse au sujet du travail, voir Tim Jackson,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Prosperity without Growth,\u00a0&lt;\/span&gt;Earthscan, Londres, 2011.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019augmentation du temps de non-travail semble \u00eatre un bonheur sans m\u00e9lange, facilement envisageable dans une soci\u00e9t\u00e9 sans croissance. En revanche, la question du travail en tant que telle pose bien des difficult\u00e9s, puisqu\u2019elle renvoie aux racines du syst\u00e8me socio-\u00e9conomique actuel, \u00e0 sa division du travail et \u00e0 ses relations de classe. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019aucune planification \u00e9cologique coh\u00e9rente ne peut se concevoir sans consid\u00e9rer le probl\u00e8me de l\u2019<span class=\"Lava---TEXT-italic\">homo faber<\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire le r\u00f4le historique, constructif et cr\u00e9atif dans la transformation de la nature, et donc de la relation sociale envers la nature, qui caract\u00e9rise l\u2019humanit\u00e9 en tant qu\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans les litt\u00e9ratures socialistes et utopiques du 19e\u00a0si\u00e8cle, il est possible de distinguer deux grandes tendances en ce qui concerne l\u2019avenir du travail, repr\u00e9sent\u00e9es d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par <strong>Edward Bellamy<\/strong>, auteur du\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Looking Backward<\/span><\/em>, et de l\u2019autre par <strong>William Morris<\/strong>, auteur des\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part<\/span><\/em>. Bellamy, qui soutient un point de vue qui nous est familier aujourd\u2019hui, voyait l\u2019am\u00e9lioration de la m\u00e9canisation et une organisation enti\u00e8rement technocratique comme indispensables pour augmenter le temps libre, consid\u00e9r\u00e9 comme le bien supr\u00eame.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, Morris, dont l\u2019analyse d\u00e9rive de <strong>Charles Fourier<\/strong>, de <strong>John Ruskin<\/strong> et de <strong>Karl Marx<\/strong>, souligne la centralit\u00e9 du travail utile et agr\u00e9able, ce qui suppose l\u2019abolition de la division capitaliste du travail. De nos jours, le point de vue m\u00e9caniste de Bellamy ressemble davantage aux conceptions populaires d\u2019une \u00e9conomie durable que la perspective plus radicale de Morris. Ainsi, la notion de <em>\u00ab\u00a0lib\u00e9ration du travail\u00a0\u00bb<\/em> comme fondement d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 durable a-t-elle \u00e9t\u00e9 largement promue dans les \u00e9crits des premiers penseurs \u00e9cosocialistes et partisans de la d\u00e9croissance comme <strong>Andr\u00e9 Gorz<\/strong> et <strong>Serge Latouche<\/strong><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-3-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-3-5865' title='Voir Andr\u00e9 Gorz,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Les Chemins du paradis&lt;\/span&gt;, Galil\u00e9e, 1983\u00a0; Serge Latouche,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Petit trait\u00e9 de la d\u00e9croissance sereine&lt;\/span&gt;, Mille et Une Nuits, Paris, 2007. Les premiers penseurs \u00e9cosocialistes comme Gorz ont essay\u00e9 d\u2019associer analyse \u00e9cologique et th\u00e9orie socialiste, la premi\u00e8re prenant souvent le pas sur la derni\u00e8re. En revanche, les \u00e9cosocialistes qui suivirent ou les marxistes \u00e9cologiques ont cherch\u00e9 \u00e0 construire sur les fondations \u00e9cologiques du mat\u00e9rialisme historique classique. Sur cette distinction, voir John Bellamy Foster et Paul Burkett,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Marx and the Earth,&lt;\/span&gt;\u00a0Brill, Boston, 2016, p.\u00a0111.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>Le \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb, dans la th\u00e9orie n\u00e9oclassique,\u00a0est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00abmal n\u00e9cessaire\u00bb \u00e0 la cr\u00e9ation de revenu pour la consommation<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">J\u2019affirme ici que l\u2019id\u00e9e, unilat\u00e9rale et incompl\u00e8te, d\u2019une lib\u00e9ration presque totale du travail est au final incompatible avec une soci\u00e9t\u00e9 vraiment durable. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 le point de vue h\u00e9g\u00e9monique sur le travail dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e occidentale, en remontant jusqu\u2019\u00e0 la Gr\u00e8ce Antique, je me pencherai sur les id\u00e9es contradictoires de Marx et d\u2019<strong>Adam Smith<\/strong>. Cela nous permet d\u2019\u00e9voquer la divergence qui a oppos\u00e9 les penseurs socialistes et utopiques sur la question du travail, en nous concentrant sur la diff\u00e9rence entre Bellamy et Morris. Tout cela m\u00e8ne \u00e0 la conclusion que le potentiel r\u00e9el d\u2019une future soci\u00e9t\u00e9 durable ne r\u00e9side pas tant dans l\u2019extension du temps libre, mais dans sa capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un nouveau monde de travail collectif et cr\u00e9atif, contr\u00f4l\u00e9 par les producteurs associ\u00e9s.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">L\u2019id\u00e9ologie h\u00e9g\u00e9monique du travail et du loisir<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le discours que l\u2019on trouve aujourd\u2019hui dans tous les manuels d\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique d\u00e9peint le travail en des termes purement n\u00e9gatifs, comme un inconv\u00e9nient ou un sacrifice. Les sociologues et les \u00e9conomistes pr\u00e9sentent souvent cela comme un ph\u00e9nom\u00e8ne trans-historique, partant de la Gr\u00e8ce classique et se prolongeant jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Cela a permis \u00e0 <strong>Adriano Tilgher<\/strong>, th\u00e9oricien italien de la culture, de d\u00e9clarer en 1929\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Pour les Grecs, le travail \u00e9tait une mal\u00e9diction et rien d\u2019autre\u00a0\u00bb<\/em>, en appuyant cette affirmation sur des citations de <strong>Socrate<\/strong>, <strong>Platon<\/strong>, <strong>X\u00e9nophon<\/strong>, <strong>Aristote<\/strong>, <strong>Cic\u00e9ron<\/strong> et autres, qui repr\u00e9sentent ensemble la perspective aristocratique de l\u2019Antiquit\u00e9<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-4-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-4-5865' title='Adriano Tilgher,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Homo Faber&lt;\/span&gt;, Regnery, Chicago, 1958, p.\u00a0310\u00a0; Aristote, Politique, Les Belles Lettres, Paris, 1960-1989.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Avec l\u2019\u00e9mergence du capitalisme, le travail \u00e9tait vu comme un mal n\u00e9cessaire qui requiert de la contrainte. C\u2019est ainsi qu\u2019en\u00a01776, \u00e0 l\u2019aube de la r\u00e9volution industrielle, Adam Smith a d\u00e9fini dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>La Richesse des nations<\/em>\u00a0<\/span>le travail comme un sacrifice impliquant <em>\u00ab\u00a0le travail et la peine\u2026 de notre propre corps\u00a0\u00bb<\/em>. Cela exige du travailleur \u00ab<em>\u00a0toujours qu\u2019il sacrifie la m\u00eame portion de son repos, de sa libert\u00e9, de son bonheur<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-5-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-5-5865' title='Adam Smith,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations&lt;\/span&gt;, Guillaumin, Paris, 1843, Livre\u00a0I&lt;span class=&quot;lava---superscript _idGenCharOverride-1&quot;&gt;er&lt;\/span&gt;\u00a0chapitre\u00a05 (tome I, p.\u00a038, p.\u00a041).'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>. Quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, en\u00a01770, on avait publi\u00e9 un trait\u00e9 anonyme intitul\u00e9\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Essay on Trade and Commerce<\/span><\/em>, \u00e9crit par un personnage (qu\u2019on a plus tard cru \u00eatre <strong>J.\u00a0Cunningham<\/strong>) que Marx d\u00e9crit comme <em>\u00ab\u00a0le plus fanatique repr\u00e9sentant des int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie industrielle du 18e\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb<\/em>. Ce trait\u00e9 avan\u00e7ait la proposition que, pour briser l\u2019esprit d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019oisivet\u00e9 des travailleurs anglais, il fallait \u00e9tablir des <em>\u00ab\u00a0maisons de travail\u00a0\u00bb<\/em> id\u00e9ales o\u00f9 seraient emprisonn\u00e9s les pauvres, et en faire des <em>\u00ab\u00a0des maisons de terreur o\u00f9 l\u2019on ferait travailler quatorze heures par jour, de telle sorte que, le temps des repas soustrait, il resterait douze heures de travail pleines et enti\u00e8res\u00a0\u00bb<\/em>. Des id\u00e9es similaires ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9es dans les d\u00e9cennies suivantes par <strong>Thomas Robert Malthus<\/strong>, ce qui a men\u00e9 \u00e0 la\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">New Poor Law<\/span><\/em>\u00a0de 1834<span id='easy-footnote-6-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-6-5865' title='Auteur anonyme cit\u00e9 par Paul Lafargue dans\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/www.marxists.org\/francais\/lafargue\/works\/1880\/00\/lafargue_18800000.htm&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Le Droit \u00e0 la paresse\u00a0: R\u00e9futation du droit au travail\u00a0&lt;\/span&gt;de 1848&lt;\/a&gt;, (1883), chapitre\u00a02 ; Karl Marx,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Le Capital,&lt;\/span&gt;\u00a0Livre\u00a0I, Messidor\/\u00c9ditions sociales, Paris, 1983, p.\u00a0610, note\u00a033. Voir aussi p.\u00a0713-714, note\u00a083 et p.\u00a0827, note\u00a0221.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019id\u00e9al de l\u2019avenir n\u2019est pas la r\u00e9duction du travail \u00e0 un minimum, mais plut\u00f4t la r\u00e9duction de la souffrance au travail \u00e0 un minimum<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Aujourd\u2019hui, l\u2019id\u00e9ologie \u00e9conomique n\u00e9oclassique traite la question du travail comme un compromis entre loisir et travail, minimisant ainsi l\u2019importance de sa propre d\u00e9signation g\u00e9n\u00e9rale du travail comme d\u00e9sutilit\u00e9 afin de le pr\u00e9senter comme un choix financier personnel et non le r\u00e9sultat d\u2019une contrainte<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-7-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-7-5865' title='David A. Spencer,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;The Political Economy of Work&lt;\/span&gt;, Routledge, Londres, 2009, p.\u00a070.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cependant il reste vrai que, comme l\u2019a observ\u00e9 l\u2019\u00e9conomiste allemand Steffen R\u00e4tzel en 2009, le <em>\u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb<\/em>, dans la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, <em>\u00ab\u00a0est consid\u00e9r\u00e9 comme un mal n\u00e9cessaire \u00e0 la cr\u00e9ation de revenu pour la consommation<\/em><span id='easy-footnote-8-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-8-5865' title='Steffen R\u00e4tzel, \u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;http:\/\/www.ww.uni-magdeburg.de\/fwwdeka\/femm\/a2009_Dateien\/2009_05.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Revisiting the Neoclassical Theory of Labor Supply\u00a0: Disutility of Labor, Working Hours, and Happiness&lt;\/a&gt;\u00a0\u00bb, Otto von Guericke, University Magdeburg,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Faculty of Economics and Management Paper&lt;\/span&gt;\u00a0no\u00a05, 2.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Cette conception du travail, qui tire sa force de l\u2019ali\u00e9nation qui caract\u00e9rise la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, a bien s\u00fbr \u00e9t\u00e9 remise en question bien des fois par les penseurs radicaux. Cette situation n\u2019est ni universelle ni \u00e9ternelle, et le travail ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 seulement comme d\u00e9sutilit\u00e9 \u2014 m\u00eame si les conditions impos\u00e9es par notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine le rendent tel et n\u00e9cessitent donc la coercition<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-9-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-9-5865' title='Dans l\u2019\u00e9tude cit\u00e9e plus haut, R\u00e4tzel d\u00e9montre que dans les conditions actuelles, le travail n\u2019est pas qu\u2019une d\u00e9sutilit\u00e9, mais bien un fondement du bonheur pour l\u2019homme. Il semble \u00e9vident que cela serait encore plus vrai dans des environnements de travail non ali\u00e9n\u00e9.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En effet, le mythe selon lequel les penseurs de la Gr\u00e8ce antique \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral contre le travail, en continuit\u00e9 historique avec l\u2019id\u00e9ologie dominante actuelle, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9 par le professeur de lettres classiques et philosophe des sciences marxiste <strong>Benjamin Farrington<\/strong> dans son \u00e9tude de\u00a01947,\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>Head and Hand in Ancient Greece<\/em>.\u00a0<\/span>Farrington a d\u00e9montr\u00e9 que ces points de vue, bien qu\u2019assez r\u00e9pandus dans les factions aristocratiques repr\u00e9sent\u00e9es par Socrate, Platon et Aristote, \u00e9taient combattues par les philosophes pr\u00e9socratiques et \u00e9taient contredits par le contexte historique plus g\u00e9n\u00e9ral de la philosophie, de la science et de la m\u00e9decine grecques, remontant \u00e0 des traditions de connaissance tir\u00e9e du savoir-faire pratique. Farrington a ainsi \u00e9crit que\u00a0: <em>\u00ab\u00a0l\u2019illumination centrale des philosophes mil\u00e9siens\u00a0\u00bb<\/em>, la source de la philosophie grecque, <em>\u00ab\u00a0\u00e9tait la notion selon laquelle l\u2019univers tout entier fonctionne de la m\u00eame mani\u00e8re que le peu qui en est contr\u00f4l\u00e9 par les hommes\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est ainsi que <em>\u00ab\u00a0toute technique humaine\u00a0\u00bb<\/em> d\u00e9velopp\u00e9e dans le processus du travail, comme la cuisine, la sculpture, l\u2019artisanat et l\u2019agriculture, \u00e9tait \u00e9valu\u00e9e en fonction de ses fins pratiques, mais aussi en fonction de ce qu\u2019elle disait de la nature des choses. Pendant la p\u00e9riode hell\u00e9nistique, les \u00e9picuriens puis les lucr\u00e9tiens, ont transmis ce point de vue mat\u00e9rialiste, th\u00e9orisant le royaume de la nature sur la base de l\u2019exp\u00e9rience acquise par le travail pratique de l\u2019homme. Tout cela prouve le grand respect accord\u00e9 au travail, et au travail artisanal en particulier<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-10-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-10-5865' title='Benjamin Farrington,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/archive.org\/details\/headandhandinanc035061mbp&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Head and Hand in Ancient Greece&lt;\/a&gt;,&lt;\/span&gt;\u00a0Watts, Londres, 1947, p.\u00a019, p.\u00a02829. Voir aussi Ellen Meiksins Wood,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Peasant-Citizen and Slave,&lt;\/span&gt;\u00a0Verso, Londres, 1998, p.\u00a0134145'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les mat\u00e9rialistes de l\u2019Antiquit\u00e9 ont donc construit leurs id\u00e9es autour d\u2019une profonde connaissance du travail et du respect pour la connaissance du monde qu\u2019il apportait \u2014 en contraste frappant avec les id\u00e9alistes qui, repr\u00e9sentant le d\u00e9dain aristocratique pour le travail manuel, ont soutenu les mythes c\u00e9lestes et les id\u00e9aux anti-travail. On peut retrouver cette vision dans une d\u00e9claration que X\u00e9nophon attribue \u00e0 Socrate\u00a0: <em>\u00ab\u00a0les arts appel\u00e9s m\u00e9caniques sont d\u00e9cri\u00e9s, et c\u2019est avec raison que les gouvernements en font peu de cas\u00a0\u00bb<\/em> (<span class=\"Lava---TEXT-italic\">De l\u2019\u00c9conomie, chap.\u00a04).\u00a0<\/span>Rien ne pourrait \u00eatre plus \u00e9loign\u00e9 de la vision des mat\u00e9rialistes grecs, qui consid\u00e9raient le travail comme l\u2019incarnation des relations organiques, dialectiques entre la nature et la soci\u00e9t\u00e9<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-11-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-11-5865' title='Voir Foster et Burkett,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Marx and the Earth&lt;\/span&gt;, op.cit., p.\u00a065. Les points de vue de la soci\u00e9t\u00e9 grecque sur le travail \u00e9taient profond\u00e9ment affect\u00e9s par l\u2019existence de l\u2019esclavage. Pourtant, cet impact a \u00e9t\u00e9 encore plus grand pour l\u2019aristocratie qui d\u00e9pendait \u00e9norm\u00e9ment des esclaves que pour le demos, fond\u00e9 sur les citoyens libres et qui \u00e9tait surtout compos\u00e9 d\u2019artisans et de paysans. Ces distinctions de classe au sein de la polis \u00e9taient refl\u00e9t\u00e9es dans les divisions entre les perspectives id\u00e9aliste et mat\u00e9rialiste. Voir Ellen Meiksins Wood et Neal Wood,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Class Ideology and Ancient Political Theory,\u00a0&lt;\/span&gt;Oxford University Press, Oxford, 1978.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">De m\u00eame, la conception possessive et individualiste du travail d\u00e9velopp\u00e9e par Smith et qui repr\u00e9sente la perspective bourgeoise qui lui a succ\u00e9d\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remise en question par les penseurs socialistes. Dans un \u00e9crit de 1857-1858, Marx a d\u00e9clar\u00e9\u00a0:<\/p>\n<div class=\"kader\">\n<p class=\"_-2-1-Lava---article-body-HIGHLIGHT\"><em>\u00ab\u00a0Tu travailleras \u00e0 la sueur de ton front\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, telle est la mal\u00e9diction que J\u00e9hovah attacha \u00e0 Adam, et c\u2019est ainsi que Smith con\u00e7oit le travail. Le <strong>\u00ab\u00a0repos\u00a0\u00bb<\/strong> serait, en revanche, l\u2019\u00e9tat correspondant \u00e0 la <strong>\u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong> et au <strong>\u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb<\/strong>. A.\u00a0Smith ne semble pas se douter qu\u2019un individu se trouvant dans <strong>\u00ab\u00a0un \u00e9tat normal de sant\u00e9, de force et de vigueur intellectuelle\u00a0\u00bb<\/strong> ait besoin d\u2019interrompre son repos pour effectuer une quantit\u00e9 normale de travail. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"_-2-1-Lava---article-body-HIGHLIGHT\">Sans doute a-t-il raison de dire que, dans ses formes historiques \u2014 esclavage, servage et salariat \u2014, le travail ne cesse d\u2019\u00eatre rebutant, car c\u2019est du\u00a0<span class=\"Lava---text-higlight-ITALIC\">travail forc\u00e9, impos\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur<\/span>et en face duquel le non-travail est <em>\u00ab\u00a0libert\u00e9 et bonheur\u00a0\u00bb<\/em>. Cela est doublement vrai du travail [&#8230;] n\u2019ayant pas restaur\u00e9 les conditions subjectives et objectives [&#8230;] qui en font du\u00a0<span class=\"Lava---text-higlight-ITALIC\">travail attractif<\/span>\u00a0dans lequel l\u2019homme se r\u00e9alise lui-m\u00eame [&#8230;].<\/p>\n<p class=\"_-2-1-Lava---article-body-HIGHLIGHT\">Au demeurant, A.\u00a0Smith a uniquement en vue les esclaves du capital<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-12-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-12-5865' title='Karl Marx,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Fondements de la critique de l\u2019\u00e9conomie politique (Gundrisse),&lt;\/span&gt;\u00a0vol.\u00a02, Anthropos, Paris, 1968, p.\u00a0114115. Ici, Marx fait r\u00e9f\u00e9rence au m\u00eame passage de Smith que cit\u00e9 plus haut.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ici, Marx affirme que la conception de Smith de la libert\u00e9 en tant que <em>\u00ab\u00a0non-travail\u00a0\u00bb<\/em>, loin d\u2019\u00eatre une v\u00e9rit\u00e9 immuable, \u00e9tait le produit de conditions historiques sp\u00e9cifiques associ\u00e9es au salariat exploit\u00e9. Pour Marx, ce sont seulement des circonstances non ali\u00e9n\u00e9es du travail qui <em>\u00ab\u00a0en font du travail attractif\u00a0\u00bb<\/em>, lorsqu\u2019il n\u2019est plus une marchandise. Cela requiert de nouvelles formes plus \u00e9lev\u00e9es de production sociale sous le contr\u00f4le des producteurs associ\u00e9s. Tout ceci prend bien s\u00fbr ses racines dans la puissante critique du travail ali\u00e9n\u00e9 que livre Marx dans ses\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques de 1844<span id='easy-footnote-13-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-13-5865' title='Karl Marx,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Early Writings&lt;\/span&gt;, Londres, Penguin, 1974, p.\u00a0322-334.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour Marx, les \u00eatres humains sont avant tout des \u00eatres corporels. Retirer \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 ses relations mat\u00e9rielles en s\u00e9parant radicalement le travail intellectuel et le travail manuel revenait \u00e0 garantir l\u2019ali\u00e9nation humaine<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-14-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-14-5865' title='Joseph Fracchia, &lt;em&gt;\u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/monthlyreview.org\/2017\/03\/01\/organisms-and-objectifications\/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Organisms and Objectifications\u00a0: A Historical-Materialist Inquiry Into the \u2018Human and Animal\u2019&lt;\/a&gt;\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Monthly Review\u00a0&lt;\/span&gt;68, no\u00a010 (mars 2017), p.\u00a0116.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">Utopisme socialiste\u00a0: Bellamy et Morris<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pourtant, si on pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce que des socialistes rejettent le point de vue h\u00e9g\u00e9monique des relations de travail associ\u00e9es au capitalisme, la mesure dans laquelle \u00e7a s\u2019est traduit dans des vues sur les relations de travail fondamentalement diff\u00e9rentes de celles du statu quo a vari\u00e9 dans la litt\u00e9rature socialiste elle-m\u00eame. Bien que peu lu aujourd\u2019hui,\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Looking Backward\u00a0<\/span>de Bellamy, publi\u00e9 en\u00a01888, \u00e9tait le livre le plus populaire de l\u2019\u00e9poque, apr\u00e8s\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">La Case de l\u2019oncle Tom<\/span>\u00a0et\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Ben-Hur,<\/span>\u00a0vendu \u00e0 des millions d\u2019exemplaires et traduit dans plus d\u2019une vingtaine de langues. Erich Fromm a remarqu\u00e9 qu\u2019en\u00a01935, \u00ab\u00a0trois personnalit\u00e9s exceptionnelles, Charles Beard, John Dewey et Edward Weeks\u00a0\u00bb, ont chacune class\u00e9 le roman de Bellamy au second rang apr\u00e8s\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">le Capital<\/span>\u00a0de Marx parmi les livres les plus influents de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-15-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-15-5865' title='Erich Fromm, &lt;strong&gt;\u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb&lt;\/strong&gt; dans l\u2019ouvrage d\u2019Edward Bellamy,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Looking Backward,&lt;\/span&gt;\u00a0New American Library, New York, 1960. Le premier livre du Capital n\u2019a \u00e9t\u00e9 traduit en anglais qu\u2019en\u00a01886, il a pouvait donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en\u00a01935 comme une \u0153uvre datant du demisi\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le roman utopique de Bellamy a paru dans une p\u00e9riode d\u2019expansion \u00e9conomique, d\u2019industrialisation et de concentration du capital rapides aux \u00c9tats-Unis. Le personnage principal, Julian West, se r\u00e9veille \u00e0 Boston en l\u2019an\u00a02000 pour d\u00e9couvrir une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement transform\u00e9e selon les principes socialistes<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-16-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-16-5865' title='Bellamy,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Looking Backward\u00a0&lt;\/span&gt;; Magdoff, &lt;em&gt;\u00ab\u00a0The Meaning of Work\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;, p.\u00a012.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les tendances \u00e0 la formation de grands groupes dans le\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Gilded Age\u00a0<\/span>(l\u2019\u00e2ge d\u2019or am\u00e9ricain de la fin du 19e) ont abouti \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une gigantesque entreprise monopolistique unique, ensuite nationalis\u00e9e, ce qui a mis l\u2019\u00e9conomie sous le contr\u00f4le total de l\u2019\u00c9tat. Cela a donn\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s organis\u00e9e et \u00e9galitaire. Tous les individus devaient rejoindre l\u2019arm\u00e9e des travailleurs \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt et un ans, travailler pendant trois ans comme ouvriers puis passer \u00e0 une profession plus qualifi\u00e9e, le travail obligatoire prenant fin \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-cinq ans. Tous les citoyens pouvaient envisager d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un certain stade de leur vie au statut d\u2019homme ou de femme de loisir. Dans la vision de Bellamy, le travail \u00e9tait encore con\u00e7u comme une corv\u00e9e et non un plaisir, et le but \u00e9tait de le transcender en fin de compte.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Morris, qui \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque la cheville ouvri\u00e8re de la Ligue socialiste bas\u00e9e \u00e0 Londres, a \u00e9crit un article tr\u00e8s critique sur le livre de Bellamy en se centrant sur ses caract\u00e9risations du travail et du loisir. Il \u00e9crivit ensuite son propre roman utopique socialiste,\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part<\/span><\/em>, qui pr\u00e9sente un point de vue tr\u00e8s diff\u00e9rent sur le travail dans une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9volu\u00e9e. Morris, selon <strong>E. P. Thompson<\/strong>, <em>\u00ab\u00a0\u00e9tait un utopiste communiste pouss\u00e9 par la force de la nouvelle tradition romantique<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-17-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-17-5865' title='E. P. Thompson,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;William Morris, Romantic to Revolutionary&lt;\/span&gt;, Pantheon, New York, 1976, p.\u00a0792. Pour une excellente analyse de la conception du travail de Morris, voir Phil Katz,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Thinking Hands\u00a0: The Power of Labour\u00a0&lt;\/span&gt;in William Morris,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Heatherington&lt;\/span&gt;, Londres, 2005.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>. Sa compr\u00e9hension du r\u00f4le du travail \u00e9tait grandement influenc\u00e9e par Fourier, Ruskin et Marx, qui avaient tous critiqu\u00e9, bien qu\u2019en adoptant des points de vue politiques tr\u00e8s diff\u00e9rents, la division du travail et des relations de travail ali\u00e9n\u00e9es et d\u00e9form\u00e9es sous le capitalisme. De Fourier, Morris reprend l\u2019id\u00e9e que le travail devrait \u00eatre organis\u00e9 pour \u00eatre agr\u00e9able<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-18-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-18-5865' title='William Morris, &lt;a href=&quot;http:\/\/www.laltiplano.fr\/nouvelles-de-nulle-part.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Nouvelles de Nulle part&lt;\/a&gt;, L\u2019Altiplano, 2009, p.\u00a0217)\u00a0; William Morris et Ernest Belfort Bax, Socialism\u00a0: Its Growth and Outcome, Sonnenschein, Londres, 1893, p.\u00a0215\u00a0; Jonathan Beecher, Charles Fourier, University of California Press, Berkeley, 1986, p.\u00a0274296.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De Ruskin, il reprend l\u2019id\u00e9e que les arts d\u00e9coratifs et architecturaux de la fin de la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale t\u00e9moignaient des conditions diff\u00e9rentes dans lesquelles les artisans avaient v\u00e9cu et travaill\u00e9, leur permettant de canaliser librement leurs pens\u00e9es, leurs croyances et leur esth\u00e9tique dans tout ce qu\u2019ils faisaient. Comme l\u2019a \u00e9crit Thompson, <em>\u00ab\u00a0Ruskin [&#8230;] a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 d\u00e9clarer que le \u201cplaisir des hommes \u00e0 travailler pour gagner leur pain\u201d r\u00e9side dans les fondements m\u00eames de la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 lier cela \u00e0 l\u2019ensemble de sa critique des arts<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-19-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-19-5865' title='Thompson, William Morris, p.\u00a03537\u00a0; John Ruskin, The Stones of Venice, vol.\u00a02, Collier, New York, 1900, p.\u00a0163165.'><sup>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>. De Marx, Morris reprend la critique mat\u00e9rialiste historique de l\u2019exploitation du travail qui se trouve \u00e0 la racine du lien social fond\u00e9 sur l\u2019argent de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste de classe.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La synth\u00e8se qui en r\u00e9sulte est formul\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e8bre proposition de Morris selon laquelle <em>\u00ab\u00a0l\u2019art est l\u2019expression de la joie de l\u2019homme au travail\u00a0\u00bb<\/em>. Le travail cr\u00e9atif, affirme-t-il, \u00e9tait essentiel pour les \u00eatres humains qui doivent <em>\u00ab\u00a0soit cr\u00e9er quelque chose, soit faire croire qu\u2019on peut le faire\u00a0\u00bb<\/em>. En observant la connexion historique entre l\u2019art et le travail dans les p\u00e9riodes pr\u00e9industrielles, Morris a affirm\u00e9 que <em>\u00ab\u00a0tous les hommes qui ont laiss\u00e9 des traces de leur existence derri\u00e8re eux ont pratiqu\u00e9 l\u2019art\u00a0\u00bb<\/em>. Il y a toujours un <em>\u00ab\u00a0plaisir sensuel v\u00e9ritable\u00a0\u00bb<\/em> dans le travail dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019art, et dans l\u2019art dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit de travail non ali\u00e9n\u00e9\u00a0; et ce plaisir augmente <em>\u00ab\u00a0en fonction de la libert\u00e9 et de l\u2019individualit\u00e9 du travail\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019objectif principal de la soci\u00e9t\u00e9 devrait \u00eatre de maximiser le plaisir au travail, tout en satisfaisant les v\u00e9ritables besoins des humains. Morris a observ\u00e9 que c\u2019\u00e9tait <em>\u00ab\u00a0le manque de plaisir dans le travail quotidien qui a rendu nos villes et nos maisons sordides, et tous les accessoires de la vie mauvais, insignifiants et laids, telles des insultes hideuses \u00e0 la beaut\u00e9 de la terre qu\u2019ils d\u00e9figurent<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-20-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-20-5865' title='William Morris, Collected Works, vol.\u00a023, Longmans, Green, New York, 1910, p.\u00a0173\u00a0; News from Nowhere and Selected Writings and Designs, Penguin, Londres, 1962, p.\u00a0140143\u00a0; Signs of Change, Longmans, Green, Londres, 1896, p.\u00a0119.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>.<\/p>\n<blockquote><p>Pour Morris, l\u2019art est l\u2019expression de la joie de l\u2019homme au travail<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Morris d\u00e9nonce le travail g\u00e2ch\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 produire un nombre infini d\u2019objets inutiles, comme <em>\u00ab\u00a0des fils barbel\u00e9s, des canons de cent tonnes et des panneaux publicitaires qui vont d\u00e9figurer nos champs le long des chemins de fer et ainsi de suite\u00a0\u00bb<\/em>. Il a \u00e9galement critiqu\u00e9 les <em>\u00ab\u00a0produits frelat\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> qui ne sont pour lui que g\u00e2chis de vies humaines, ainsi que la pollution de l\u2019environnement naturel et social qui s\u2019ensuit<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-21-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-21-5865' title='May Morris (dir.), William Morris\u00a0: Artist, Writer, Socialist, vol.\u00a02, Cambridge University Press, 1936, p.\u00a0478479\u00a0; William Morris, Signs of Change, p.\u00a017.'><sup>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Morris n\u2019a pas choisi ses exemples par hasard. Les <em>\u00ab\u00a0fils barbel\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> et les <em>\u00ab\u00a0canons de cent tonnes\u00a0\u00bb<\/em> renvoient aux guerres et \u00e0 l\u2019industrie de l\u2019armement de l\u2019Empire britannique. (Aujourd\u2019hui les \u00c9tats-Unis font plus de mille milliards de dollars par an de d\u00e9penses militaires r\u00e9elles \u2014 autres que les d\u00e9penses avou\u00e9es<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-22-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-22-5865' title='Mark Strauss, &lt;a href=&quot;https:\/\/www.smithsonianmag.com\/history\/ten-inventions-that-inadvertently-transformed-warfare-62212258\/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Ten Inventions that Inadvertently Transformed Warfare&lt;\/a&gt;\u00a0, Smithsonian, 18\u00a0septembre 2010; John Bellamy Foster, Hannah Holleman et Robert W. McChesney, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/monthlyreview.org\/2008\/10\/01\/the-u-s-imperial-triangle-and-military-spending\/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;The U.S. Imperial Triangle and Military Spending&lt;\/a&gt;&lt;\/em&gt;, Monthly Review\u00a060, no\u00a05 (octobre 2008), p.\u00a0119.'><sup>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.) Les <em>\u00ab\u00a0panneaux d\u2019affichage\u00a0\u00bb<\/em> font r\u00e9f\u00e9rence au ph\u00e9nom\u00e8ne du marketing en g\u00e9n\u00e9ral. (Aujourd\u2019hui, plus de mille milliards de dollars sont d\u00e9pens\u00e9s dans le marketing aux \u00c9tats-Unis<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-23-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-23-5865' title='Fred Magdoff et John Bellamy Foster, &lt;a href=&quot;https:\/\/monthlyreview.org\/2010\/03\/01\/what-every-environmentalist-needs-to-know-about-capitalism\/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;What Every Environmentalist Needs to Know about Capitalism&lt;\/a&gt;, Monthly Review Press, New York, 2011, p.\u00a04653.'><sup>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>.) Les<em> \u00ab\u00a0produits frelat\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ensemble du probl\u00e8me des aliments trafiqu\u00e9s ou au d\u00e9veloppement d\u2019additifs destin\u00e9s avant tout \u00e0 augmenter les ventes et \u00e0 r\u00e9duire les co\u00fbts, ainsi qu\u2019\u00e0 la production de nombreuses marchandises de mauvaise qualit\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9s par ce que nous appelons maintenant l\u2019obsolescence programm\u00e9e. (Aujourd\u2019hui la p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019effort de vente dans la production affecte presque tous les produits<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-24-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-24-5865' title='Concernant l\u2019analyse de Marx sur l\u2019alt\u00e9ration alimentaire dans l\u2019Angleterre du 19e\u00a0si\u00e8cle, qui a sans aucun doute influenc\u00e9 Morris, voir John Bellamy Foster, \u00ab\u00a0Marx as a Food Theorist\u00a0\u00bb, Monthly Review\u00a068, no\u00a07 (d\u00e9cembre 2016), p.\u00a028.'><sup>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>.)<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Selon Morris, la production de biens dangereux et socialement inutiles est en m\u00eame temps un g\u00e2chis du travail humain<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-25-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-25-5865' title='La critique du gaspillage \u00e9conomique et \u00e9cologique et sa th\u00e9orisation en termes de reproduction sociale a longtemps \u00e9t\u00e9 au centre de l\u2019\u00e9conomie politique marxienne, notamment les concepts sp\u00e9cifiquement capitalistes de valeur d\u2019usage et de valeur d\u2019usage n\u00e9gative. Voir par exemple Paul A.\u00a0Baran et Paul M.\u00a0Sweezy, Monopoly Capital, Monthly Review Press, New York, 1966\u00a0; Michael Kidron, Capitalism and Theory, Pluto, Londres, 1974\u00a0; John Bellamy Foster,\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/monthlyreview.org\/2011\/09\/01\/the-ecology-of-marxian-political-economy\/&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;The Ecology of Marxian Political Economy&lt;\/a&gt;, Monthly Review\u00a063, no\u00a04 (septembre 2011), p.\u00a0116. Ces analyses consid\u00e8rent le gaspillage non pas dans des termes \u00e9thiques, mais bien \u00e9conomiques et \u00e9cologiques, en tant que crit\u00e8re de reproduction sociale. Une arme nucl\u00e9aire par exemple repr\u00e9sente une impasse, car elle n\u2019apporte aucune contribution \u00e0 la reproduction sociale.'><sup>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il a \u00e9crit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Pensez, je vous en conjure, aux biens fabriqu\u00e9s en Angleterre, l\u2019atelier du monde, et ne serez-vous pas aussi perplexe que moi \u00e0 la pens\u00e9e de la masse de choses qu\u2019aucun homme sain ne peut d\u00e9sirer, mais que notre travail inutile cr\u00e9e et vend<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-26-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-26-5865' title='Morris, Signs of Change, p.\u00a0148149.'><sup>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0?\u00a0<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En critiquant les pertes engendr\u00e9es par cette production, son manque de valeur esth\u00e9tique et l\u2019ali\u00e9nation du travail, Morris ne s\u2019attaquait pas \u00e0 la production m\u00e9canique en elle-m\u00eame, il insistait plut\u00f4t sur le fait que la production devrait \u00eatre organis\u00e9e pour que l\u2019\u00eatre humain ne soit pas r\u00e9duit, comme le disait Marx, \u00e0 un \u00ab\u00a0accessoire annexe de la machine\u00a0\u00bb. Comme Morris le dit lui-m\u00eame, le travailleur a \u00e9t\u00e9 d\u00e9valoris\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste industrielle \u00ab\u00a0pas m\u00eame au rang de machine, mais au rang de partie de cette grande machine miraculeuse&#8230; l\u2019usine<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-27-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-27-5865' title='Marx, Capital, Livre\u00a0I, p.\u00a0724\u00a0; William Morris, &lt;em&gt;\u00ab\u00a0Art and its Producers\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;, dans Art and its Producers and The Arts and Crafts Today, Longmans, Londres, 1901, p.\u00a0910.'><sup>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans des termes similaires \u00e0 ceux de Marx sur le travail ali\u00e9n\u00e9 dans les\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Manuscrits de 1844,\u00a0<\/span>Morris a d\u00e9clar\u00e9 dans sa conf\u00e9rence de 1888 <em>\u00ab\u00a0L\u2019art et ses producteurs\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>:<em> \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat de la vie [de l\u2019ouvrier en usine] est s\u00e9par\u00e9 de l\u2019objet de son travail\u00a0\u00bb<\/em>. Le travail du prol\u00e9taire<\/p>\n<div class=\"kader\">\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">est devenu un <em>\u00ab\u00a0emploi\u00a0\u00bb<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire tout au plus l\u2019opportunit\u00e9 de gagner sa vie selon la volont\u00e9 de quelqu\u2019un d\u2019autre. Le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat qui reste accroch\u00e9 \u00e0 la production de biens dans ce syst\u00e8me a compl\u00e8tement quitt\u00e9 le travailleur ordinaire et n\u2019est rattach\u00e9 qu\u2019aux organisateurs de ce travail\u00a0; et cet int\u00e9r\u00eat n\u2019a g\u00e9n\u00e9ralement pas grand chose \u00e0 voir avec la production de biens en tant qu\u2019objets \u00e0 porter, \u00e0 regarder&#8230; bref \u00e0 utiliser, mais seulement en tant qu\u2019unit\u00e9s de compte dans le grand jeu du March\u00e9-Mondial<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-28-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-28-5865' title='Morris, \u00ab\u00a0Art and its Producers\u00a0\u00bb, p.\u00a09-10. Les ellipses sont de Morris, elles marquent une pause.'><sup>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour Morris, le point de vue de Bellamy \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0la vision purement moderne, sans rien d\u2019historique ni d\u2019artistique\u00a0\u00bb<\/em>. Il pr\u00e9sentait l\u2019id\u00e9al du <em>\u00ab\u00a0professionnel de la classe moyenne\u00a0\u00bb<\/em>, qui, dans le Boston utopique du\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>Looking Backward<\/em>,<\/span>\u00a0est devenu accessible \u00e0 tous apr\u00e8s quelques ann\u00e9es de travail ordinaire. <em>\u00ab\u00a0L\u2019impression qu\u2019il [Bellamy] produit est qu\u2019il y a une \u00e9norme arm\u00e9e, parfaitement entra\u00een\u00e9e, pouss\u00e9e par un destin myst\u00e9rieux \u00e0 d\u00e9sirer sans cesse produire des marchandises afin de satisfaire tous les caprices d\u00e9pensiers et absurdes qui leur viennent.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<blockquote><p>L\u2019id\u00e9al de l\u2019avenir n\u2019est pas la r\u00e9duction du travail \u00e0 un minimum, mais plut\u00f4t la r\u00e9duction de la souffrance au travail \u00e0 un minimum<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">\u00c0 l\u2019inverse, Morris a d\u00e9clar\u00e9 que <em>\u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9al de l\u2019avenir ne vise pas la r\u00e9duction de l\u2019\u00e9nergie de l\u2019homme par la r\u00e9duction du travail \u00e0 un minimum, mais plut\u00f4t la r\u00e9duction de la souffrance au travail \u00e0 un minimum, qui sera alors tellement r\u00e9duit qu\u2019il cessera d\u2019\u00eatre de la souffrance\u00a0\u00bb<\/em>. Tant que la production n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9e par un concept strict de productivit\u00e9 li\u00e9 aux profits capitalistes, rien n\u2019emp\u00eache que le travail soit cr\u00e9atif et artistique. L\u2019utopie de Bellamy, avec son \u00ab\u00a0semi-fatalisme \u00e9conomique\u00a0\u00bb mortif\u00e8re, s\u2019inqui\u00e9tait \u00ab\u00a0inutilement\u00a0\u00bb de trouver \u00ab\u00a0une motivation \u00e0 travailler pour remplacer la peur de la faim, qui est \u00e0 pr\u00e9sent notre seule motivation, alors qu\u2019on ne r\u00e9p\u00e9tera jamais assez que le v\u00e9ritable incitant \u00e0 un travail utile et heureux doit \u00eatre du plaisir dans le travail lui-m\u00eame<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-29-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-29-5865' title='William Morris, Political Writings, Thoemmes, Bristol, 1994, p.\u00a0419-125.'><sup>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part<\/span>\u00a0pr\u00e9sente la version utopique de Morris. Un homme nomm\u00e9 William \u2014 appel\u00e9 par ceux qu\u2019il rencontre William Guest (qui se traduit par <em>\u00ab\u00a0invit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>) \u2014 se r\u00e9veille apr\u00e8s un r\u00eave (mais l\u2019auteur entretient volontairement le doute sur le fait que William continue ou non de r\u00eaver) pour se retrouver \u00e0 Londres au d\u00e9but du 22e\u00a0si\u00e8cle, environ un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s une perc\u00e9e r\u00e9volutionnaire dans les ann\u00e9es\u00a01950 qui a men\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 socialiste communautaire<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-30-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-30-5865' title='Les dates fournies dans le texte laissent certains probl\u00e8mes en suspens. Morris a chang\u00e9 certaines dates dans la version en feuilleton du journal Commonweal, en repoussant certains \u00e9v\u00e9nements dans l\u2019avenir. Par exemple, le pont, mentionn\u00e9 dans le chapitre\u00a02, est dit avoir \u00e9t\u00e9 construit en\u00a01971 dans la version Commonweal, alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 construit en\u00a02003 dans le livre. En suivant les dates de l\u2019\u00e9dition de\u00a01891, le Grand changement est arriv\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01950. La guerre civile commence en\u00a01952 et semble se terminer lors du \u00ab\u00a0nettoyage des maisons\u00a0\u00bb en\u00a01955. William Guest est inform\u00e9 t\u00f4t dans le texte que le pont construit en\u00a02003 n\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0pas tr\u00e8s ancien\u00a0\u00bb selon les normes historiques. Hammond fait plus tard r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nouvelle \u00e9poque qui aurait dur\u00e9 environ 150\u00a0ans, ce qui la placerait au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a02100. Une r\u00e9f\u00e9rence plus indirecte \u00e0 &lt;em&gt;\u00ab\u00a0il y a deux cents ans\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt; semblerait faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la p\u00e9riode qui a suivi la fin du 19e ou le d\u00e9but du 20e\u00a0si\u00e8cle. Morris, News from Nowhere, Oxford University Press, p.\u00a08, 14, 46, 69, 94, 184.'><sup>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans cette utopie, la technologie sert \u00e0 r\u00e9duire le travail p\u00e9nible, et non \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 le travail en g\u00e9n\u00e9ral. Au lieu de cela, la production est tourn\u00e9e vers les v\u00e9ritables besoins et la production artistique. Il y a de nouvelles formes d\u2019\u00e9nergies moins destructrices et la pollution a \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9e. Apr\u00e8s le Grand changement, les travailleurs sont d\u2019abord rest\u00e9s ancr\u00e9s dans la perspective m\u00e9canique du travail, mais ensuite <em>\u00ab\u00a0sous le masque du plaisir qui n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9 \u00eatre du travail, le travail qui \u00e9tait du plaisir commen\u00e7a \u00e0 repousser le labeur m\u00e9canique&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> Les machines <em>\u00ab\u00a0ne pouvaient pas fournir des \u0153uvres d\u2019art, et [\u2026] de plus en plus c\u2019\u00e9tait des \u0153uvres d\u2019art qu\u2019on demandait\u00a0\u00bb<\/em>. Les arts et les sciences se sont av\u00e9r\u00e9s \u00ab\u00a0in\u00e9puisables\u00a0\u00bb, tout comme les possibilit\u00e9s de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine en termes de travail charg\u00e9 de sens, d\u00e9barrassant ainsi la production capitaliste pr\u00e9c\u00e9dente d\u2019une \u00ab\u00a0vaste quantit\u00e9 de choses inutiles<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-31-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-31-5865' title='Morris, Nouvelles de Nulle part, p.\u00a0427, 428 et passim.'><sup>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>Les id\u00e9alistes, repr\u00e9sentant le d\u00e9dain aristocratique pour le travail manuel, ont soutenu les mythes c\u00e9lestes et les id\u00e9aux anti-travail<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">De nos jours, le point de vue de Morris peut choquer par sa <em>\u00ab\u00a0critique artistique\u00a0\u00bb<\/em> d\u00e9su\u00e8te et moralisatrice du capitalisme. Des penseurs comme <strong>Luc Boltanski<\/strong> et <strong>\u00c8ve Chiapello<\/strong> voient la d\u00e9faite d\u2019une telle critique, repr\u00e9sent\u00e9e par des figures aussi vari\u00e9es que Morris et <strong>Charles Baudelaire<\/strong>, comme l\u2019un des nombreux r\u00e9sultats de la flexibilit\u00e9 et de l\u2019innovation post-fordistes de la fin du 20e\u00a0si\u00e8cle. Le <em>\u00ab\u00a0nouvel esprit du capitalisme\u00a0\u00bb<\/em>, affirment-ils, implique une int\u00e9gration omnipr\u00e9sente des formes artistiques dans la production capitaliste.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La faiblesse de l\u2019analyse de Boltanski et de Chiapello r\u00e9side justement dans la confusion entre apparences superficielles et caract\u00e9ristiques fondamentales du syst\u00e8me. Ils sont donc victimes du f\u00e9tichisme de la marchandise dans ses formes les plus nouvelles et les plus \u00e0 la mode, et \u00e9chouent donc \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 quel point la <em>\u00ab\u00a0critique artistique\u00a0\u00bb<\/em> et la <em>\u00ab\u00a0critique sociale\u00a0\u00bb<\/em> sont inextricablement li\u00e9es et insurmontables dans le syst\u00e8me capitaliste. Apr\u00e8s la crise du capitalisme mondial en 2008-2009, les critiques sociales et artistiques classiques de l\u2019ali\u00e9nation et de l\u2019exploitation repr\u00e9sent\u00e9es par Marx et Morris n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 autant d\u2019actualit\u00e9<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-32-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-32-5865' title='Luc Boltanski et \u00c8ve Chiapello, The New Spirit of Capitalism, Verso, Londres, 2005, 38, p.\u00a0466-467, 535-536. Concernant les contradictions historiques de la pens\u00e9e fordiste et post-fordiste, voir John Bellamy Foster, &lt;em&gt;\u00ab\u00a0The Fetish of Fordism\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;, Monthly Review\u00a039, no\u00a010 (mars 1988), p.\u00a01-13.'><sup>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019un des points forts de la vision de Morris sur le travail dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part\u00a0<\/span>part r\u00e9side dans sa description de l\u2019\u00e9galit\u00e9 relative des sexes au travail. Dans un chapitre intitul\u00e9 <em>\u00ab\u00a0The Obstinate Refusers\u00a0\u00bb<\/em>, qui fournit le seul exemple d\u2019un ma\u00eetre-artisan en train de travailler dans le roman utopique de Morris, cette position est occup\u00e9e par une femme, dame Philippa, une sculptrice ou ma\u00e7onne. Bien que le contrema\u00eetre soit un homme, c\u2019est Philippa qui choisit quand et de quelle mani\u00e8re se d\u00e9roule le travail. Sa fille taille \u00e9galement la pierre, tandis qu\u2019un jeune homme sert le repas. Le travail dans la soci\u00e9t\u00e9 de\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part<\/span>\u00a0n\u2019est donc plus strictement sexu\u00e9 (m\u00eame si Morris n\u2019est pas exempt de contradictions dans son analyse \u00e0 ce propos, en d\u00e9crivant un monde en plein changement)<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-33-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-33-5865' title='Morris, Nouvelles de Nulle part, p.\u00a0414-419. La tentative f\u00e9ministe de Morris saute aux yeux avec le nom de Philippa, un hommage \u00e9vident \u00e0 sa contemporaine Philippa Fawcett, une math\u00e9maticienne extr\u00eamement dou\u00e9e et d\u00e9fenseuse des droits des femmes, que Morris admirait beaucoup. William Morris, We Met Morris\u00a0: Interviews with William Morris, 1895-1896, Spire, Reading, 2005, p.\u00a093-95. En tant qu\u2019\u0153uvre d\u2019art complexe et mim\u00e9tique, la romance utopique de Morris d\u00e9peint une soci\u00e9t\u00e9 qui a v\u00e9cu un grand changement et qui \u00e9volue encore, une mimesis qui refl\u00e8te la pr\u00e9histoire du capitalisme, mais aussi le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir potentiel de Nulle part. C\u2019est encore plus \u00e9vident dans sa fa\u00e7on de traiter les sexes.'><sup>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Comme Marx, Morris a li\u00e9 aux questions \u00e9cologiques son analyse de la possibilit\u00e9 d\u2019un travail non ali\u00e9n\u00e9 et cr\u00e9atif en reconnaissant comme indissociables la d\u00e9gradation des relations de travail des humains et celle de la nature. Pour Marx, la possession de la terre \u00e9tait comparable \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des \u00eatres humains et tout aussi irrationnelle, aboutissant \u00e0 l\u2019esclavage et \u00e0 l\u2019exploitation des deux. De la m\u00eame mani\u00e8re, pour Morris, dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste \u2014 comme Clara l\u2019exprime dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Nouvelles de nulle part \u2014\u00a0<\/span>les gens voulaient \u00ab<em>\u00a0r\u00e9duire la \u201cNature\u201d en esclavage, puisqu\u2019ils croyaient que la \u201cNature\u201d \u00e9tait une chose distincte d\u2019eux-m\u00eames<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-34-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-34-5865' title='Morris, Nouvelles de Nulle part, p.\u00a0427\u00a0; Marx, Capital, Livre\u00a0III, chap.\u00a046, \u00c9ditions sociales, tome\u00a03, 1960, p.\u00a0159.'><sup>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>. Morris affirmait d\u00e9j\u00e0 de son temps que la production de houille devait \u00eatre r\u00e9duite de moiti\u00e9, \u00e0 la fois \u00e0 cause du travail gaspill\u00e9 et dangereux pour la sant\u00e9 qu\u2019elle n\u00e9cessite, mais aussi \u00e0 cause de la pollution massive qu\u2019elle cr\u00e9e. Il a affirm\u00e9 qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus rationnelle pouvait permettre une grande r\u00e9duction dans la production de charbon tout en r\u00e9pondant mieux aux besoins des hommes, ouvrant ainsi de nouvelles portes au progr\u00e8s humain<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-35-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-35-5865' title='Voir Morris, Nouvelles de Nulle part, p.\u00a0165\u00a0; John Bruce Glasier, William Morris and the Early Days of the Socialist Movement, Longmans, Green, Londres, 1921, p.\u00a076, 81-82.'><sup>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">La critique de la\u00a0division du travail<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Marx et Morris affirmaient tous deux que le d\u00e9go\u00fbt pour le travail dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise \u00e9tait le produit de l\u2019organisation ali\u00e9n\u00e9e du travail, un point de vue qui combinait les critiques esth\u00e9tiques et politico-\u00e9conomiques du capitalisme. D\u00e8s les premi\u00e8res civilisations humaines, et m\u00eame avant, la division du travail s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e entre les sexes, entre ville et campagne et entre travail intellectuel et manuel. Le capitalisme avait \u00e9tendu et approfondi cette division in\u00e9gale, lui donnant une forme encore plus ali\u00e9n\u00e9e en s\u00e9parant les travailleurs des moyens de production et en imposant un r\u00e9gime de travail strictement hi\u00e9rarchique qui divisait les travailleurs dans les t\u00e2ches \u00e0 effectuer, mais qui fragmentait aussi l\u2019individu. Cette division complexe du travail formait la base de tout l\u2019ordre des classes du capitalisme. D\u00e8s lors, renverser le r\u00e9gime du capital signifiait d\u2019abord d\u00e9passer l\u2019ali\u00e9nation du travail et cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment \u00e9galitaire bas\u00e9e sur l\u2019organisation collective du travail par les producteurs associ\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Comme pour Marx, la critique de la division du travail n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9l\u00e9ment mineur pour Morris. Dans une traduction libre de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise du\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Capital\u00a0<\/span>de Marx, Morris a \u00e9crit\u00a0: \u00ab<em>\u00a0Ce n\u2019est pas seulement le travail qui est divis\u00e9, subdivis\u00e9 et r\u00e9parti entre divers individus, c\u2019est l\u2019individu lui-m\u00eame qui est morcel\u00e9 et m\u00e9tamorphos\u00e9 en ressort automatique d\u2019une op\u00e9ration exclusive<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-36-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-36-5865' title='Thompson, William Morris, p.\u00a037-38\u00a0; Marx, Capital, Livre\u00a0I, chap.\u00a016, \u00a7\u00a05, dans la traduction que lisait alors Morris, \u00c9ditions sociales, tome\u00a02, 1948, p.50.'><sup>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<em>\u00a0\u00bb<\/em> Morris, qui se plaignait de la <em>\u00ab\u00a0d\u00e9gradation de l\u2019ouvrier en machine\u00a0\u00bb<\/em>, consid\u00e9rait cela comme l\u2019essence de la critique socialiste (et romantique) du proc\u00e8s de travail capitaliste<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-37-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-37-5865' title='Ruskin, The Stones of Venice, vol.\u00a02, p.\u00a0163\u00a0; Thompson, William Morris, p.\u00a037-38.'><sup>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ces probl\u00e8mes sont \u00e9t\u00e9 remis sur le devant de la sc\u00e8ne \u00e0 la fin du 20<span class=\"lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e<\/span>\u00a0si\u00e8cle par <strong>Harry Braverman<\/strong> en\u00a01974 avec\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Labor and Monopoly Capital: The Degradation of Work in the Twentieth Century<\/span><\/em>. Braverman y montre comment la mont\u00e9e de l\u2019organisation scientifique sous le capitalisme monopoliste a transform\u00e9 la subsomption habituelle du travail dans le capital en un v\u00e9ritable processus mat\u00e9riel, comme le montre l\u2019\u0153uvre de <strong>Frederick Winslow<\/strong> <strong>Taylor<\/strong>\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Principles of Scientific Management<\/span><\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-38-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-38-5865' title='Harry Braverman, Labor and Monopoly Capital, Monthly Review Press, New York, 1998.'><sup>38<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La centralisation du savoir et le contr\u00f4le du processus de travail au sein de l\u2019organisation ont permis une \u00e9norme extension de la division complexe du travail et ont donc augment\u00e9 les profits pour le capital. Ce que Braverman a appel\u00e9 la \u00ab\u00a0d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9rale du travail dans le capitalisme monopoliste\u00a0\u00bb saisissait le fondement mat\u00e9riel de l\u2019ali\u00e9nation grandissante et de la d\u00e9qualification de la vie active pour une vaste majorit\u00e9 de la population.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">N\u00e9anmoins, l\u2019\u00e9volution des technologies et des capacit\u00e9s humaines pr\u00e9sage de nouvelles possibilit\u00e9s r\u00e9volutionnaires plus en accord avec Marx qu\u2019avec Smith. Braverman a \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<div class=\"kader\">\n<p class=\"_-2-1-Lava---article-body-HIGHLIGHT\"><em>Les technologies modernes ont en fait une forte tendance \u00e0 d\u00e9truire les anciennes divisions du travail en r\u00e9unifiant les processus de production [&#8230;]. Le processus r\u00e9unifi\u00e9 dans lequel l\u2019ex\u00e9cution de toutes les \u00e9tapes [par exemple, dans l\u2019exemple de Smith de la fabrication des \u00e9pingles] est int\u00e9gr\u00e9e au m\u00e9canisme de fonctionnement d\u2019une seule machine semblerait \u00e0 pr\u00e9sent le rendre appropri\u00e9 \u00e0 un collectif de producteurs associ\u00e9s, dont aucun n\u2019aurait besoin de passer toute sa vie \u00e0 faire la m\u00eame chose et qui pourraient tous participer \u00e0 l\u2019ing\u00e9nierie, \u00e0 la conception, \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration, \u00e0 la r\u00e9paration et \u00e0 l\u2019op\u00e9ration de ces machines toujours plus productives. Un tel syst\u00e8me n\u2019impliquerait aucune perte de production et il repr\u00e9senterait la r\u00e9unification de l\u2019artisanat dans un corps d\u2019ouvriers bien sup\u00e9rieur aux anciens artisans. Les travailleurs peuvent \u00e0 pr\u00e9sent ma\u00eetriser la technologie de leur processus de production au niveau de l\u2019ing\u00e9nierie et peuvent se r\u00e9partir entre eux de mani\u00e8re \u00e9quitable toutes les t\u00e2ches li\u00e9es \u00e0 cette forme de production qui est devenue ais\u00e9e et automatique<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-39-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-39-5865' title='Braverman, Labor and Monopoly Capital, p.\u00a0320.'><sup>39<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour Braverman, le d\u00e9veloppement de la technologie ainsi que du savoir et des capacit\u00e9s de l\u2019homme, en plus de l\u2019automation, permet donc une relation au processus de travail plus compl\u00e8te et cr\u00e9ative \u00e0 l\u2019avenir, rompant ainsi avec la division complexe et extr\u00eame du travail qui caract\u00e9risait un syst\u00e8me capitaliste qui ne sert qu\u2019au profit. Il existe de nouvelles ouvertures pour le travail non ali\u00e9n\u00e9 et l\u2019art dans le travail, qui retrouveraient en allant plus loin ce qui avait \u00e9t\u00e9 perdu avec la chute de l\u2019artisan. Mais cela n\u00e9cessite un changement social radical.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Un aspect cl\u00e9 de la th\u00e8se de Braverman \u00e9tait une critique du marxisme lui-m\u00eame, dans sa forme d\u00e9velopp\u00e9e en Union sovi\u00e9tique o\u00f9 \u00e9taient apparus des environnements de travail d\u00e9grad\u00e9s similaires \u00e0 ceux du capitalisme, mais sans la contrainte du ch\u00f4mage, ce qui a conduit \u00e0 des probl\u00e8mes chroniques de productivit\u00e9. Il a soulign\u00e9 notamment que L\u00e9nine avait pr\u00e9conis\u00e9 l\u2019adoption de certains aspects de l\u2019organisation scientifique de Taylor dans l\u2019industrie sovi\u00e9tique en d\u00e9clarant qu\u2019elle associait <em>\u00ab\u00a0la cruaut\u00e9 raffin\u00e9e de l\u2019exploitation bourgeoise aux conqu\u00eates scientifiques les plus pr\u00e9cieuses\u00a0\u00bb<\/em> dans ce domaine. Les planificateurs sovi\u00e9tiques ult\u00e9rieurs ont n\u00e9glig\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments plus critiques de la position de L\u00e9nine et ont appliqu\u00e9 le taylorisme tel quel, en reproduisant exactement les m\u00e9thodes les plus grossi\u00e8res de l\u2019organisation capitaliste du travail.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En URSS et \u00e0 gauche en g\u00e9n\u00e9ral, on a oubli\u00e9 la critique de Marx (et de Morris) du proc\u00e8s de travail capitaliste et le progr\u00e8s s\u2019est r\u00e9duit \u00e0 des am\u00e9liorations relativement mineures des conditions de travail, \u00e0 un certain degr\u00e9 de <em>\u00ab\u00a0contr\u00f4le par les travailleurs\u00a0\u00bb<\/em> et \u00e0 une planification centralis\u00e9e. Braverman notait que\u00a0: <em>\u00ab\u00a0la similarit\u00e9 entre la pratique sovi\u00e9tique et la pratique capitaliste traditionnelle pousse \u00e0 la conclusion que l\u2019industrie moderne ne peut pas s\u2019organiser autrement\u00a0\u00bb<\/em>, une conclusion qui allait pourtant \u00e0 l\u2019encontre du v\u00e9ritable potentiel du d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s humaines et des besoins ancr\u00e9s dans la technologie moderne<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-40-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-40-5865' title='Braverman, Labor and Monopoly Capital, p.\u00a08-11. \u00c0 ses d\u00e9buts, dans les ann\u00e9es\u00a030, la psychologie des relations humaines a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans l\u2019organisation, surtout pour rendre le travail plus attractif et moins ali\u00e9nant, m\u00eame si cela n\u2019a pas impliqu\u00e9 de changement fondamental de la d\u00e9gradation objective du travail lui-m\u00eame. Braverman aborde ce sujet dans un chapitre parlant de l\u2019habituation du travailleur au mode de production capitaliste.'><sup>40<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019ali\u00e9nation et la d\u00e9gradation du travail n\u2019\u00e9taient pas inh\u00e9rentes aux relations modernes de travail, elles \u00e9taient impos\u00e9es par des priorit\u00e9s de profit et de croissance qui ont \u00e9t\u00e9 partiellement reproduites en Union sovi\u00e9tique, sapant ainsi la promesse lib\u00e9ratrice originelle de la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">Un monde de\u00a0travail cr\u00e9atif<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ce que nous avons vu pr\u00e9c\u00e9demment sugg\u00e8re que l\u2019essence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 socialiste durable doit se trouver dans le processus de travail, c\u2019est-\u00e0-dire, pour reprendre Marx, dans le m\u00e9tabolisme de la soci\u00e9t\u00e9 et de la nature. Les visions d\u2019un avenir post-capitaliste ax\u00e9 sur l\u2019expansion du temps libre et la prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, sans r\u00e9pondre au besoin d\u2019un travail charg\u00e9 de sens, sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<blockquote><p>Marx affirme que la conception de Smith de la libert\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0non-travail est le produit de conditions historiques sp\u00e9cifiques associ\u00e9es au salariat exploit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pourtant, de nos jours, la plupart des repr\u00e9sentations d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 durable future pr\u00e9sentent le travail et la production comme des concepts d\u00e9termin\u00e9s \u00e9conomiquement et technologiquement, ou simplement \u00e9vacu\u00e9s par l\u2019automation, et se concentrent plut\u00f4t sur la maximation du loisir en tant qu\u2019objectif supr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, souvent associ\u00e9e \u00e0 la garantie d\u2019un revenu de base<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-41-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-41-5865' title='Beaucoup de visions progressistes de l\u2019avenir remplacent une sorte de d\u00e9terminisme technologique par la volont\u00e9 humaine. Voir par exemple les discussions dans Paul Mason, Postcapitalism, Penguin, Londres, 2015.'><sup>41<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On peut le voir dans les travaux de th\u00e9oriciens comme Latouche et Gorz. Le premier d\u00e9finit la <em>\u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb<\/em>, dont il est un des principaux promoteurs, comme une formation sociale <em>\u00ab\u00a0qui va au-del\u00e0 de la soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le travail\u00a0\u00bb<\/em>. En rejetant comme <em>\u00ab\u00a0propagande pro-travail\u00a0\u00bb<\/em> les arguments de la gauche pour le d\u00e9veloppement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle le travail a un r\u00f4le plus cr\u00e9atif, Latouche d\u00e9fend une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 <em>\u00ab\u00a0le loisir et le jeu seraient valoris\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du travail<\/em><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-42-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-42-5865' title='Latouche, Petit trait\u00e9 de la d\u00e9croissance sereine, Mille et Une Nuits, Paris, 2007.'><sup>42<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0<em>\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La premi\u00e8re analyse \u00e9cosocialiste de Gorz adopte une position similaire. Dans son livre\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>Les Chemins du paradis<\/em>\u00a0<\/span>de\u00a01983, sous-titr\u00e9\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">L\u2019agonie du capital<\/span><\/em>, il revient \u00e0 la notion aristocratique d\u2019Aristote selon laquelle la vie est plus enrichissante en dehors du domaine mondain du travail. Gorz imagine une importante r\u00e9duction du temps de travail, <em>\u00ab\u00a0la fin de la soci\u00e9t\u00e9 du travail\u00a0\u00bb<\/em>, avec des salari\u00e9s qui ne travaillent que mille heures par an sur une p\u00e9riode de vingt ans. Son id\u00e9e de la r\u00e9duction du travail formel, rendue in\u00e9vitable dans une soci\u00e9t\u00e9 future, est en fait celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dont tous les membres sont des petits-bourgeois \u2014 un cadeau de la <em>\u00ab\u00a0r\u00e9volution micro\u00e9lectronique\u00a0\u00bb<\/em> et de l\u2019automation.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les relations standard de travail, telles qu\u2019elles sont con\u00e7ues dans\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Les Chemins du paradis<\/span><\/em>, seraient domin\u00e9es par l\u2019automation, et la r\u00e9duction du temps de travail qui en d\u00e9coule permettrait de r\u00e9partir les postes plus qualifi\u00e9s et plus agr\u00e9ables entre davantage de personnes. Mais cela n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 la seconde place, derri\u00e8re la promesse d\u2019une importante augmentation du temps libre, ce qui permet aux individus de se consacrer \u00e0 toutes sortes d\u2019activit\u00e9s autonomes, d\u00e9peintes comme des activit\u00e9s individuelles de loisir et une production domestique en non en termes de travail associ\u00e9. Le lieu de travail habituel du capitalisme est abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation scientifique tayloriste, tandis que les probl\u00e8mes plus complexes de l\u2019automation et de la d\u00e9gradation du travail sont \u00e0 peine abord\u00e9s. La libert\u00e9 est vue comme non-travail, sous forme de loisir pur ou bien de production domestique ou informelle. Le point de vue socialiste alternatif, qui est centr\u00e9 sur la transformation du travail lui-m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 future, est rejet\u00e9 cat\u00e9goriquement comme provenant des \u00ab\u00a0disciples de la religion du travail<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-43-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-43-5865' title='Andr\u00e9 Gorz, Les Chemins du paradis, Galil\u00e9e, 1983\u00a0; Herbert Applebaum, The Concept of Work, State University of New York Press, Albany, 1992, p.\u00a0561-565. On pourrait dire que l\u2019analyse du travail de Gorz dans son ouvrage Capitalisme, socialisme, \u00e9cologie est plus nuanc\u00e9e. Mais plus tard, Gorz adopte la notion selon laquelle la conception classique du travail est constitu\u00e9e de \u00ab\u00a0douleur, de m\u00e9contentement et de fatigue\u00a0\u00bb, et que la notion de travail faisant partie du processus cr\u00e9atif \u00e9tait une invention du mouvement ouvrier du 19e\u00a0si\u00e8cle. Il d\u00e9clare\u00a0: &lt;em&gt;\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9ologie du travail, pour laquelle \u201cle travail, c\u2019est la vie\u201d et qui exige qu\u2019il soit pris au s\u00e9rieux, v\u00e9cu comme une vocation \u2014 l\u2019id\u00e9ologie du travail avec son utopie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de producteurs [la conception de Marx] fait alors le jeu du patronat, consolide les rapports capitalistes de production et de domination et l\u00e9gitime les privil\u00e8ges d\u2019une \u00e9lite du travail, [\u2026]\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt; Capitalisme, socialisme, \u00e9cologie, \u00c9ditions Galil\u00e9e, 1991.'><sup>43<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019un des points forts de la vision de Morris sur le travail dans les Nouvelles de Nulle part r\u00e9side dans sa description de l\u2019\u00e9galit\u00e9 relative des sexes au travail<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pourtant les types d\u2019automation et de robotisation totales que l\u2019on pr\u00e9voit maintenant pour la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste de demain, souvent trait\u00e9s comme repr\u00e9sentant des tendances t\u00e9l\u00e9ologiques in\u00e9vitables \u2014 conduisant \u00e0 des d\u00e9bats sur un \u00ab\u00a0monde sans travail\u00a0\u00bb \u2014, ne s\u2019accordent pas bien \u00e0 une conception de soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019\u00e9conomie stables o\u00f9 les \u00eatres humains ne seraient ni accessoires ni esclaves des machines<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-44-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-44-5865' title='Derek Thompson, &lt;em&gt;\u00ab\u00a0A World Without Work\u00a0\u00bb&lt;\/em&gt;, Atlantic, juillet-ao\u00fbt 2015.'><sup>44<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pas plus que le fatalisme dominant de notre \u00e9poque n\u2019est suffisamment ancr\u00e9 dans une critique des contradictions du capitalisme contemporain. Dans l\u2019\u00e9conomie politique d\u2019aujourd\u2019hui, on peut affirmer que la productivit\u00e9 n\u2019est pas trop faible mais trop \u00e9lev\u00e9e. Un d\u00e9veloppement seulement quantitatif \u2014 mesur\u00e9 en rendement ou en croissance du PIB \u2014 n\u2019est donc plus le d\u00e9fi principal pour r\u00e9pondre aux besoins sociaux. Comme l\u2019affirment <strong>Robert W. McChesney<\/strong> et <strong>John Nichols<\/strong> dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>People Get Ready<\/em>,\u00a0<\/span>dans une soci\u00e9t\u00e9 plus rationnelle bas\u00e9e sur l\u2019abondance, on mettrait l\u2019accent sur les aspects qualitatifs des conditions de travail<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-45-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-45-5865' title='Robert W. McChesney et John Nichols, People Get Ready, Nation, New York, 2016, p.\u00a096-114.'><sup>45<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les relations de travail seraient consid\u00e9r\u00e9es comme un fondement de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la sociabilit\u00e9 plut\u00f4t que de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et de l\u2019asociabilit\u00e9. Les travaux r\u00e9p\u00e9titifs et peu qualifi\u00e9s seraient remplac\u00e9s par des formes d\u2019emploi actif qui viseraient l\u2019\u00e9panouissement humain complet. Le capital commun de savoir de la soci\u00e9t\u00e9, qui constitue la technologie, serait utilis\u00e9 \u00e0 promouvoir un progr\u00e8s social durable plut\u00f4t que le profit et l\u2019accumulation pour une minorit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les humains ont besoin de travail cr\u00e9atif dans leurs r\u00f4les en tant qu\u2019individus, mais ils en ont aussi besoin dans leurs r\u00f4les sociaux puisque le travail est partie int\u00e9grante de la soci\u00e9t\u00e9. Un monde dans lequel la plupart des gens sont en dehors des activit\u00e9s de travail, comme le d\u00e9crit Kurt Vonnegut dans son roman futuriste\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Le Pianiste d\u00e9cha\u00een\u00e9,\u00a0<\/span>serait plus qu\u2019une dystopie<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-46-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-46-5865' title='Kurt Vonnegut, Jr., Player Piano, Simon and Schuster, New York, 1952. Le pianiste d\u00e9cha\u00een\u00e9, Casterman, 1975.'><sup>46<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019arr\u00eat complet du travail, comme on le voit dans de nombreux projets \u00ab\u00a0post- travail\u00a0\u00bb, ne peut que conduire \u00e0 une sorte d\u2019ali\u00e9nation absolue\u00a0: l\u2019ali\u00e9nation du noyau de <em>\u00ab\u00a0l\u2019activit\u00e9 vitale\u00a0\u00bb<\/em>, qui suppose que les \u00eatres humains soient des agents de transformation qui interagissent avec la nature. Abolir le travail reviendrait \u00e0 une rupture avec l\u2019existence objective dans sa forme la plus porteuse de sens, active et cr\u00e9ative \u2014 une rupture avec l\u2019essence m\u00eame de l\u2019esp\u00e8ce humaine<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-47-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-47-5865' title='Marx, Early Writings, p.\u00a0327-329.'><sup>47<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019incapacit\u00e9, dans certaines conceptions d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 durable, de prendre en compte tout le potentiel du travail des hommes librement associ\u00e9s ne conduit qu\u2019\u00e0 discr\u00e9diter les critiques, souvent courageuses, de la croissance \u00e9conomique qui caract\u00e9risent les perspectives \u00e9cologiques radicales d\u2019aujourd\u2019hui. La cons\u00e9quence malheureuse en est qu\u2019une grande partie des arguments en faveur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 prosp\u00e8re sans croissance ont plus en commun avec Bellamy qu\u2019avec Morris (ou Marx), puisqu\u2019ils se pr\u00e9occupent presque exclusivement de l\u2019extension du loisir en tant que non-travail, tout en minimisant les possibilit\u00e9s productrices et cr\u00e9atrices de l\u2019humanit\u00e9. En v\u00e9rit\u00e9, il est impossible d\u2019imaginer un futur viable qui ne rel\u00e8verait pas de la m\u00e9tamorphose du travail en lui-m\u00eame. Pour Morris, comme nous l\u2019avons vu, l\u2019art et la science \u00e9taient les deux domaines \u00ab\u00a0in\u00e9puisables\u00a0\u00bb de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine auxquels tout le monde pouvait participer activement dans le contexte du travail humain associ\u00e9.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><img decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-5886 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Foster2-Lava03-illus-redkitten-216x400.jpg\" alt=\"Transformer le travail pour une soci\u00e9t\u00e9 durable\" width=\"216\" height=\"400\" \/>Dans une soci\u00e9t\u00e9 socialiste future caract\u00e9ris\u00e9e par une prosp\u00e9rit\u00e9 durable qui reconna\u00eet les limites mat\u00e9rielles comme un principe essentiel \u2014 en accord avec la notion \u00e9picurienne selon laquelle <em>\u00ab\u00a0la richesse sans la limite est grande pauvret\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> \u2014, il est crucial d\u2019envisager des relations de travail enti\u00e8rement nouvelles socialement et \u00e9cologiquement durables<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-48-5865' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/transformer-le-travail-pour-une-societe-durable\/#easy-footnote-bottom-48-5865' title='Brad Inwood et L. P. Gerson (dir.), The Epicurus Reader, Hackett, Indianapolis, 1994, p.\u00a037.'><sup>48<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019id\u00e9e re\u00e7ue selon laquelle la maximation du loisir, du luxe et de la consommation est le but principal du progr\u00e8s humain et que les gens refuseront de produire s\u2019ils ne sont pas contraints ou motiv\u00e9s par l\u2019avidit\u00e9 perd toute sa force au vu des contradictions profondes de notre soci\u00e9t\u00e9 de surproduction et de surconsommation. Le point de vue dominant va \u00e0 l\u2019encontre de nos connaissances anthropologiques sur de nombreuses cultures pr\u00e9-capitalistes et n\u2019est pas \u00e0 la hauteur d\u2019une conception r\u00e9aliste de la nature humaine changeante, qui prenne en compte l\u2019\u00e9volution historique des \u00eatres humains en tant qu\u2019animaux sociaux. La motivation \u00e0 cr\u00e9er et \u00e0 contribuer dans sa vie \u00e0 la reproduction sociale de l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, associ\u00e9e aux normes plus \u00e9lev\u00e9es impos\u00e9es par le travail collectif, offre un stimulus puissant \u00e0 un constant d\u00e9veloppement libre de l\u2019homme. La crise universelle qui marque notre temps n\u00e9cessite une phase de changement r\u00e9volutionnaire intransigeant\u00a0; un changement qui vise \u00e0 utiliser l\u2019\u00e9nergie humaine dans le travail cr\u00e9atif et socialement productif dans un monde de durabilit\u00e9 \u00e9cologique et d\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle. Au final, il n\u2019existe pas d\u2019autre moyen de concevoir une prosp\u00e9rit\u00e9 v\u00e9ritablement durable.<\/p>\n<p class=\"_-1-Lava---notes-EDITION _idGenParaOverride-1\"><em>Cet article est une version r\u00e9vis\u00e9e de\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/monthlyreview.org\/2017\/09\/01\/the-meaning-of-work-in-a-sustainable-society\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">The Meaning of Work in a Sustainable Society: A Marxian View<\/a>, publi\u00e9 en mars 2017 par le Center for the Understanding of Sustainable Prosperity de l\u2019universit\u00e9 de Surrey.\u00a0<span class=\"LAVA---EDITION-italic\">Monthly Review, volume\u00a069, num\u00e9ro\u00a04<\/span>\u00a0(septembre 2017).<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les visions d\u2019un avenir post-capitaliste durable ax\u00e9 sur la r\u00e9duction du temps de travail et l\u2019expansion du temps libre, sans r\u00e9pondre au besoin d\u2019un travail charg\u00e9 de sens, sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n","protected":false},"author":577,"featured_media":5873,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[662,2750,637,1433],"class_list":["post-5865","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-ecologie-fr","tag-john-bellamy-foster-fr","tag-marxisme-fr","tag-socialisme-fr","issues-numero-3"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/577"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5865"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5865\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39411,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5865\/revisions\/39411"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5873"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}