{"id":53454,"date":"2025-06-18T13:58:27","date_gmt":"2025-06-18T11:58:27","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=53454"},"modified":"2025-10-06T17:11:04","modified_gmt":"2025-10-06T15:11:04","slug":"repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/","title":{"rendered":"Repenser les relations de l\u2019Europe avec la Russie"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Europe doit reconna\u00eetre que sa propre s\u00e9curit\u00e9 et celle de l\u2019Ukraine ne peuvent pas \u00eatre assur\u00e9es par une strat\u00e9gie de confrontation visant \u00e0 isoler la Russie, \u00e0 aggraver la guerre et \u00e0 renforcer l\u2019hostilit\u00e9 entre l\u2019UE et la Russie.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-53515\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Lava33-illus-redkitten-TRK012web01_Article-B-1273x900.jpg\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"594\" \/>\n<p>Depuis la fin de la guerre froide en 1991, la relation entre l\u2019Union europ\u00e9enne ( UE ) et la Russie a \u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9e d\u2019occasions manqu\u00e9es, de m\u00e9fiance et de rat\u00e9s strat\u00e9giques. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, cette relation fragile a men\u00e9 \u00e0 une confrontation en Ukraine. La guerre en cours en Ukraine \u2013 d\u00e9vastatrice sur les plans humain, \u00e9conomique et g\u00e9opolitique \u2013 a consid\u00e9rablement et dangereusement creus\u00e9 le foss\u00e9 entre la Russie et l\u2019UE. C\u2019est pourquoi il est urgent de r\u00e9\u00e9valuer la fa\u00e7on dont l\u2019Europe comprend les motivations de la Russie et la mani\u00e8re dont elle devrait interagir avec cette voisine.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le discours dominant en Europe selon lequel la Russie a attaqu\u00e9 l\u2019Ukraine sans raison est historiquement superficiel au point d\u2019\u00eatre insignifiant et dangereux sur le plan strat\u00e9gique. Il est essentiel de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension plus nuanc\u00e9e des pr\u00e9occupations historiques de la Russie en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 une reconnaissance des provocations occidentales apr\u00e8s 1991, \u00e0 un retour de la diplomatie et de la neutralit\u00e9 pour l\u2019Ukraine, et de revenir aux principes de s\u00e9curit\u00e9 collective adopt\u00e9s par les institutions europ\u00e9ennes d\u2019apr\u00e8s-guerre. Mes propositions ne sont pas un appel \u00e0 l\u2019apaisement; elles visent \u00e0 jeter les bases d\u2019une paix durable en Europe et d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 pour l\u2019Ukraine.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Position strat\u00e9gique de la Russie : pour la d\u00e9fense, et non la conqu\u00eate de l\u2019Occident<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Afin de comprendre comment l\u2019Europe doit s\u2019engager avec la Russie, nous devons commencer par revoir la fa\u00e7on dont la Russie se per\u00e7oit et per\u00e7oit sa s\u00e9curit\u00e9. Pendant des si\u00e8cles, le comportement g\u00e9opolitique de la Russie a moins \u00e9t\u00e9 guid\u00e9 par son pr\u00e9tendu expansionnisme vers l\u2019ouest que par la crainte d\u2019une invasion occidentale. Non pas que la Russie succomberait \u00e0 une sorte de parano\u00efa, mais cette peur est ancr\u00e9e dans sa longue histoire. La Russie a \u00e9t\u00e9 envahie \u00e0 plusieurs reprises par l\u2019Occident, souvent avec des cons\u00e9quences catastrophiques pour elle. Le Temps des troubles, au d\u00e9but du 17<span class=\"Lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e<\/span>\u00a0si\u00e8cle, o\u00f9 la Russie a \u00e9t\u00e9 envahie par la Pologne et la Lituanie; le d\u00e9but du 18<span class=\"Lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e\u00a0<\/span>si\u00e8cle, marqu\u00e9 par les invasions su\u00e9doises; l\u2019invasion par Napol\u00e9on en 1812 et, bien s\u00fbr, l\u2019invasion par l\u2019Allemagne nazie en 1941 : toutes ont laiss\u00e9 de profondes cicatrices dans la m\u00e9moire collective de la Russie. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019escarmouches frontali\u00e8res mineures, mais de menaces existentielles qui ont co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 d\u2019innombrables Russes et caus\u00e9 une profonde d\u00e9vastation mat\u00e9rielle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_53234\" aria-describedby=\"caption-attachment-53234\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-53234\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/jeffreysachs-400x600.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-53234\" class=\"wp-caption-text\">Jeffrey D. Sachs est professeur d\u2019\u00e9conomie et directeur du Centre pour le d\u00e9veloppement durable \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Columbia. Il a \u00e9t\u00e9 conseiller de l\u2019ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies. Il est sp\u00e9cialis\u00e9 dans les relations internationales et le d\u00e9veloppement international.<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">M\u00eame l\u2019occupation sovi\u00e9tique des pays de l\u2019Europe de l\u2019Est apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale \u2013 bien qu\u2019indubitablement r\u00e9pressive \u2013 n\u2019est pas n\u00e9e d\u2019un imp\u00e9rialisme sovi\u00e9tique ou russe. Il s\u2019agissait surtout d\u2019une strat\u00e9gie pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9, motiv\u00e9e par le traumatisme de l\u2019invasion hitl\u00e9rienne, qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 27 millions de Sovi\u00e9tiques, et par la d\u00e9cision unilat\u00e9rale des \u00c9tats-Unis et de leurs alli\u00e9s de r\u00e9armer l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1940. Le r\u00e9armement de l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest par les \u00c9tats-Unis a renforc\u00e9 la d\u00e9termination de Moscou \u00e0 maintenir une zone tampon militaire entre l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest et l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Tout au long des ann\u00e9es 1950, l\u2019Union sovi\u00e9tique a tent\u00e9 de mettre fin \u00e0 la menace du r\u00e9armement de l\u2019Allemagne en faisant pression sur les \u00c9tats-Unis pour qu\u2019ils acceptent une Allemagne neutre, d\u00e9militaris\u00e9e et r\u00e9unifi\u00e9e. Staline a poursuivi dans cette voie en 1952 ( dans la fameuse note de Staline ) et Khrouchtchev a r\u00e9essay\u00e9 en 1955 avec le retrait des forces d\u2019occupation sovi\u00e9tiques en Autriche comme mod\u00e8le de neutralit\u00e9 pouvant \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne. L\u2019Union sovi\u00e9tique s\u2019\u00e9tait retir\u00e9e de l\u2019Autriche suite \u00e0 la d\u00e9claration de neutralit\u00e9 de celle-ci en 1955 et \u00e0 sa promesse de ne jamais devenir membre de l\u2019OTAN. L\u2019Union sovi\u00e9tique esp\u00e9rait utiliser l\u2019exemple de l\u2019Autriche pour inciter les \u00c9tats-Unis \u00e0 faire de m\u00eame avec l\u2019Allemagne. Le grand diplomate \u00e9tasunien George Kennan soutenait r\u00e9solument la strat\u00e9gie de paix avec l\u2019Union sovi\u00e9tique sur la base de la neutralit\u00e9 et du d\u00e9sarmement de l\u2019Allemagne. Cependant, Washington a fermement rejet\u00e9 l\u2019initiative sovi\u00e9tique et a choisi d\u2019int\u00e9grer l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest remilitaris\u00e9e \u00e0 l\u2019OTAN en 1955.<\/p>\n<div id=\"_idContainer069\" class=\"Bloc-de-texte-standard\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-4-Lava---article-STREAMER---C-left\">Pendant des si\u00e8cles, le comportement g\u00e9opolitique de la Russie a moins \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 par son pr\u00e9tendu expansionnisme vers l\u2019ouest que par la crainte d\u2019une invasion par l\u2019Occident.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans le contexte actuel, il faut aborder l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie en f\u00e9vrier 2022 \u00e0 travers ce prisme historique. Il faut se demander pourquoi la Russie a envahi l\u2019Ukraine et si cette invasion aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, les \u00e9v\u00e9nements de f\u00e9vrier 2022 sont une r\u00e9ponse \u00e0 30 ans de politiques \u00e9tasuniennes agressives envers la Russie, depuis la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique en d\u00e9cembre 1991. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019attitude totalement d\u00e9daigneuse des \u00c9tats-Unis envers les pr\u00e9occupations de la Russie en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La guerre de f\u00e9vrier 2022 aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e \u00e0 de maintes occasions. Les \u00c9tats-Unis auraient pu choisir de ne pas \u00e9tendre l\u2019OTAN \u00e0 l\u2019Ukraine. Les \u00c9tats-Unis auraient pu choisir de ne pas soutenir un violent coup d\u2019\u00c9tat en f\u00e9vrier 2014 contre le pr\u00e9sident ukrainien prorusse. Les \u00c9tats-Unis auraient pu inciter l\u2019Ukraine \u00e0 appliquer les accords de Minsk II. Les \u00c9tats-Unis auraient pu choisir de n\u00e9gocier avec la Russie en d\u00e9cembre 2021, lorsque le pr\u00e9sident Poutine a pr\u00e9sent\u00e9 un projet d\u2019accord russo-\u00e9tasunien sur les garanties de s\u00e9curit\u00e9<span id='easy-footnote-1-53454' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/#easy-footnote-bottom-1-53454' title='https:\/\/mid.ru\/ru\/foreign_policy\/rso\/nato\/1790818\/.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. M\u00eame dans les semaines qui ont suivi l\u2019invasion, la guerre aurait pu prendre fin en avril 2022, dans le cadre du communiqu\u00e9 d\u2019Istanbul. Parce qu\u2019en fin de compte, l\u2019invasion russe ne visait pas \u00e0 conqu\u00e9rir l\u2019Ukraine, mais plut\u00f4t \u00e0 la conduire \u00e0 accepter la neutralit\u00e9 et \u00e0 renoncer \u00e0 son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Guerre en Ukraine : expansion occidentale et \u00e9rosion de la confiance<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La guerre en Ukraine n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une agression russe non provoqu\u00e9e, comme on l\u2019entend souvent aujourd\u2019hui. Elle est, au contraire, la cons\u00e9quence de d\u00e9cennies d\u2019empi\u00e8tement de l\u2019Occident, et en particulier des \u00c9tats-Unis, sur ce que la Russie consid\u00e8re comme sa zone de s\u00e9curit\u00e9. Apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique, de nombreux dirigeants russes \u2013 en particulier ceux qui \u00e9taient favorables aux r\u00e9formes et \u00e0 la d\u00e9mocratie \u2013 esp\u00e9raient une nouvelle architecture de s\u00e9curit\u00e9 qui inclurait la Russie comme partenaire. Bien qu\u2019ils le nient aujourd\u2019hui, les \u00c9tats-Unis et l\u2019Allemagne avaient explicitement et \u00e0 plusieurs reprises promis au pr\u00e9sident sovi\u00e9tique, Mikha\u00efl Gorbatchev, et au pr\u00e9sident russe, Boris Eltsine, que l\u2019OTAN n\u2019avancerait pas davantage vers l\u2019est et que, plus globalement, l\u2019Occident ne profiterait pas de la faiblesse relative de l\u2019Union sovi\u00e9tique et de la Russie dans le contexte de la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne en 1990<span id='easy-footnote-2-53454' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/#easy-footnote-bottom-2-53454' title='National Security Archive. \u201cNATO Expansion: What Gorbachev Heard.\u201d 12 d\u00e9cembre 2017.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"CharOverride-29\">.<\/span>\u00a0Ils ont manifestement menti.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">D\u00e8s 1992, la Maison Blanche a commenc\u00e9 \u00e0 planifier l\u2019expansion de l\u2019OTAN. En 1994, l\u2019administration Clinton a \u00e9labor\u00e9 un plan \u00e0 long terme pour \u00e9tendre l\u2019OTAN, contredisant totalement les promesses formul\u00e9es quelques ann\u00e9es auparavant. \u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1990, l\u2019OTAN a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tendre vers l\u2019est, en int\u00e9grant d\u2019abord la Pologne, la Hongrie et la R\u00e9publique tch\u00e8que, puis, en 2004, les \u00c9tats baltes, la Roumanie, la Bulgarie, la Slov\u00e9nie et la Slovaquie. C\u2019est plus qu\u2019empi\u00e9ter.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1990, les \u00c9tats-Unis avaient l\u2019intention d\u2019\u00e9tendre l\u2019OTAN \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019Europe centrale et orientale, ainsi qu\u2019au Caucase du Sud, G\u00e9orgie comprise. Le plan consistait \u00e0 encercler la Russie dans la r\u00e9gion de la mer Noire et donc \u00e0 encercler la flotte russe en eaux chaudes bas\u00e9e \u00e0 S\u00e9bastopol, en Crim\u00e9e, depuis 1783. Cette strat\u00e9gie s\u2019inscrivait dans la m\u00eame ligne que celle de Lord Palmerston et de Napol\u00e9on III pendant la guerre de Crim\u00e9e ( 1853-1856).<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Zbigniew Brzezi\u0144ski ( politicologue et expert en politique internationale des \u00c9tats-Unis, conseiller des pr\u00e9sidents Lyndon Johnson, Jimmy Carter et Barack Obama ) a d\u00e9crit cette man\u0153uvre en 1997 dans son livre\u00a0<span class=\"italics_Lava---TEXT-italic\">Le Grand \u00c9chiquier<span id='easy-footnote-3-53454' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/#easy-footnote-bottom-3-53454' title='Zbigniew Brzezi\u0144ski \u00e9tait politologue, professeur universitaire et une figure cl\u00e9 de la politique internationale des \u00c9tats-Unis des ann\u00e9es 1960 \u00e0 2010. Il a \u00e9t\u00e9 conseiller des pr\u00e9sidents Lyndon Johnson, Jimmy Carter et Barack Obama. Son \u0153uvre majeure est\u00a0&lt;span class=&quot;italics_Lava---note-SOURCE-italic&quot;&gt;Le Grand \u00c9chiquier : l\u2019Am\u00e9rique et le reste du monde&lt;\/span&gt;, New York: Basic Books, 1997.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0et dans un article notable sur la g\u00e9ostrat\u00e9gie pour l\u2019Eurasie dans le magazine \u00e9tasunien\u00a0<span class=\"italics_Lava---TEXT-italic\">Foreign Affairs<\/span>. Selon Brzezi\u0144ski, la Russie reculerait devant un tel plan, con\u00e7u par les \u00c9tats-Unis pour encercler et affaiblir la Russie. L\u2019\u00e9tat profond \u00e9tasunien aurait m\u00eame parl\u00e9 de \u00ab d\u00e9coloniser la Russie \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la diviser en plusieurs morceaux. Brzezi\u0144ski estimait qu\u2019il fallait pousser la Russie \u00e0 devenir une conf\u00e9d\u00e9ration faible compos\u00e9e de trois parties largement autonomes : la Russie europ\u00e9enne, la Russie sib\u00e9rienne et la Russie extr\u00eame-orientale.<\/p>\n<div id=\"_idContainer074\" class=\"Bloc-de-texte-standard\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-4-Lava---article-STREAMER---C-right\">Une partie de l\u2019\u00c9tat profond \u00e9tasunien aurait m\u00eame parl\u00e9 de diviser la Russie en trois morceaux : la Russie europ\u00e9enne, la Russie sib\u00e9rienne et la Russie extr\u00eame-orientale.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Brzezi\u0144ski s\u2019est longuement interrog\u00e9 sur la mani\u00e8re dont la Russie r\u00e9agirait \u00e0 une strat\u00e9gie aussi agressive de la part des \u00c9tats-Unis, de l\u2019Europe et de l\u2019OTAN. Sa r\u00e9ponse sans d\u00e9tour respirait l\u2019arrogance \u00e9tasunienne des ann\u00e9es 1990. Selon lui, la Russie s\u2019inclinerait devant la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019Occident. Il argumentait sa pr\u00e9diction comme suit : \u00ab La seule v\u00e9ritable option g\u00e9ostrat\u00e9gique de la Russie, celle qui pourrait lui donner un r\u00f4le international r\u00e9aliste et maximiser ses chances de se transformer et de se moderniser socialement, est l\u2019Europe. Et pas n\u2019importe quelle Europe; une Europe transatlantique, de l\u2019UE \u00e9largie et de l\u2019OTAN. Cette Europe prend forme \u2026 et il est probable qu\u2019elle restera \u00e9troitement li\u00e9e aux \u00c9tats-Unis. La Russie n\u2019aura d\u2019autre choix que de s\u2019y rallier si elle veut \u00e9viter un dangereux isolement g\u00e9opolitique.\u00bb<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Cette pr\u00e9diction de Brzezi\u0144ski illustre l\u2019erreur strat\u00e9gique fondamentale de l\u2019Occident qui a cru pouvoir menacer la Russie, \u00e9tendre ses bases militaires vers elle, renverser les gouvernements proches de ses fronti\u00e8res au travers de r\u00e9volutions de couleur, et m\u00eame viser \u00e0 la d\u00e9manteler tout en estimant qu\u2019elle ne ferait rien d\u2019autre que de se soumettre docilement \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019Occident.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Le pas de trop de l\u2019OTAN en 2008<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">C\u2019est en 2008 lors du sommet de l\u2019OTAN \u00e0 Bucarest que s\u2019est jou\u00e9e une \u00e9tape d\u00e9cisive, quand l\u2019alliance a d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019Ukraine et la G\u00e9orgie \u00ab rejoindraient l\u2019OTAN \u00bb<span id='easy-footnote-4-53454' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/#easy-footnote-bottom-4-53454' title='OTAN, \u00ab D\u00e9claration du Sommet de Bucarest \u00bb 3 avril 2008.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Bien qu\u2019aucune \u00e9ch\u00e9ance n\u2019ait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e, Moscou a re\u00e7u la nouvelle comme une grave provocation. Le soul\u00e8vement de Ma\u00efdan en 2014, soutenu activement par les gouvernements occidentaux et qui a men\u00e9 \u00e0 la destitution du pr\u00e9sident \u00e9lu d\u00e9mocratiquement, Viktor Yanukovych, a marqu\u00e9 un autre moment cl\u00e9. De l\u2019avis de Moscou, que je rejoins sur la base de nombreuses preuves, il ne s\u2019agissait pas d\u2019une r\u00e9volution populaire mais d\u2019un violent coup d\u2019\u00c9tat soutenu par l\u2019Occident qui a d\u00e9finitivement mont\u00e9 l\u2019Ukraine contre la Russie. L\u2019annexion de la Crim\u00e9e par la Russie et son soutien aux s\u00e9paratistes du Donbass ont suivi peu apr\u00e8s. Le r\u00e9gime mis en place \u00e0 Kiev apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat parlait de repousser la flotte russe hors de la Crim\u00e9e. La Russie a agi pour \u00e9viter que la Crim\u00e9e ne tombe aux mains de l\u2019OTAN.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Alors que les interventions de la Russie en Crim\u00e9e et dans le Donbass \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme une agression russe et ont \u00e9t\u00e9 largement condamn\u00e9es par l\u2019Occident, elles r\u00e9sultent en fait directement du r\u00f4le des \u00c9tats-Unis et de l\u2019UE dans la d\u00e9stabilisation de la r\u00e9gion par leur soutien au changement de r\u00e9gime et leur rejet insolent des pr\u00e9occupations russes en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. Les accords de Minsk II, n\u00e9goci\u00e9s par la Russie, la France et l\u2019Allemagne et sign\u00e9s en 2015 avec le soutien unanime du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies, avaient pour objectif annonc\u00e9 de r\u00e9soudre le conflit dans le Donbass avec la mise en place d\u2019un processus d\u2019autonomie n\u00e9goci\u00e9e pour les r\u00e9gions ethniquement russes. Mais l\u2019Ukraine, \u00e0 nouveau avec le soutien de l\u2019Occident, a \u00e9hont\u00e9ment refus\u00e9 de mettre en \u0153uvre les accords. Dans le m\u00eame temps, les \u00c9tats-Unis et l\u2019Europe ont continu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019arm\u00e9e ukrainienne pour en faire la plus grande arm\u00e9e d\u2019Europe. En 2022, la Russie \u00e9tait convaincue que l\u2019Ukraine \u00e9tait effectivement une base avanc\u00e9e de l\u2019OTAN, \u00e9quip\u00e9e d\u2019armes occidentales de pointe et ouvertement hostile \u00e0 Moscou. L\u2019invasion qui a suivi est n\u00e9e de la perception d\u2019un encerclement et non d\u2019une ambition imp\u00e9rialiste visant \u00e0 ressusciter l\u2019Union sovi\u00e9tique, comme l\u2019ont pr\u00e9tendu certains dirigeants occidentaux.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Le sabotage du processus de paix d\u2019Istanbul par les \u00c9tats-Unis et le Royaume-Uni<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En avril 2022, alors que la Russie et l\u2019Ukraine \u00e9taient sur le point de signer un accord de paix \u00e0 Istanbul, avec le gouvernement turc comme m\u00e9diateur, les \u00c9tats-Unis et le Royaume-Uni ont dissuad\u00e9 l\u2019Ukraine de s\u2019y engager<span id='easy-footnote-5-53454' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/repenser-les-relations-de-leurope-avec-la-russie\/#easy-footnote-bottom-5-53454' title='Voir https:\/\/michael-von-der-schulenburg.com\/how-the-chance-was-lost-for-a-peace-settlement-of-the-ukraine-war\/.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>, condamnant ainsi des centaines de milliers d\u2019Ukrainiens \u00e0 la mort et \u00e0 la souffrance. Le cadre du processus d\u2019Istanbul fournit toutefois les bases pour un accord de paix aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le projet d\u2019accord de paix ( du 15 avril 2022 ) et le communiqu\u00e9 d\u2019Istanbul ( du 29 mars 2022 ) sur lequel il \u00e9tait bas\u00e9, proposaient un moyen raisonnable et direct pour mettre fin au conflit. Par ailleurs, depuis qu\u2019elle a rompu unilat\u00e9ralement les n\u00e9gociations il y a trois ans, l\u2019Ukraine, qui a subi de lourdes pertes, perdra finalement plus de territoires qu\u2019elle n\u2019en aurait perdus en avril 2022. Mais elle peut encore gagner l\u2019essentiel : la souverainet\u00e9, des accords de s\u00e9curit\u00e9 internationaux et la paix.<\/p>\n<blockquote><p>Depuis plus de trois ans, il n\u2019y a pas eu de relations diplomatiques de haut niveau significatives entre l\u2019UE et la Russie. Ce silence n\u2019est pas seulement irresponsable, il est dangereux.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Lors des n\u00e9gociations de 2022, les points convenus \u00e9taient la neutralit\u00e9 permanente de l\u2019Ukraine et des garanties internationales de s\u00e9curit\u00e9 pour l\u2019Ukraine. La disposition finale des territoires disput\u00e9s devait \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e au fil du temps, sur la base de n\u00e9gociations entre les deux parties, au cours desquelles chacune s\u2019engageait \u00e0 s\u2019abstenir de recourir \u00e0 la force pour modifier les fronti\u00e8res. La structure pr\u00e9cise du dispositif de s\u00e9curit\u00e9 devait encore \u00eatre n\u00e9goci\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Alors qu\u2019un projet d\u2019accord \u00e9tait presque achev\u00e9 le 15 avril, les \u00c9tats-Unis sont intervenus pour interrompre le processus. Avec le Royaume-Uni, ils ont convaincu l\u2019Ukraine de rejeter la neutralit\u00e9 et de continuer \u00e0 se battre. Les \u00c9tats-Unis lui avaient promis leur soutien total \u00ab aussi longtemps qu\u2019il le faudrait \u00bb. L\u2019Ukraine s\u2019est retir\u00e9e des n\u00e9gociations et a ensuite exclu toute possibilit\u00e9 de les reprendre. Depuis, elle a perdu pas moins d\u2019un million de soldats, morts ou gravement bless\u00e9s, tout en perdant davantage de territoire.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Le silence de la diplomatie : une occasion manqu\u00e9e pour l\u2019Europe<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019absence quasi-totale de diplomatie est peut-\u00eatre l\u2019accusation la plus accablante de la politique occidentale depuis 2022. Depuis plus de trois ans, il n\u2019y a eu aucun contact de haut niveau significatif entre l\u2019UE et la Russie. Ce silence est non seulement irresponsable mais aussi dangereux.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La diplomatie n\u2019exige pas d\u2019\u00e9quivalence morale. Elle requiert du r\u00e9alisme et du pragmatisme et de reconna\u00eetre qu\u2019une paix durable n\u2019est possible que par le dialogue. M\u00eame pendant les jours les plus sombres de la guerre froide, les dirigeants \u00e9tasuniens et sovi\u00e9tiques ont maintenu des canaux de communication et n\u00e9goci\u00e9 des trait\u00e9s de contr\u00f4le des armements. Cet esprit d\u2019engagement, consacr\u00e9 par les accords d\u2019Helsinki et la cr\u00e9ation de l\u2019Organisation pour la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe ( OSCE), est aujourd\u2019hui absent. L\u2019Europe, qui supporterait le poids de toute escalade, est celle qui a le plus \u00e0 gagner d\u2019une relance de la diplomatie. Elle doit faire valoir ses int\u00e9r\u00eats ind\u00e9pendants et encourager le dialogue pour jeter les bases d\u2019un r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9. Aucune solution militaire n\u2019existe pour l\u2019Ukraine et les co\u00fbts de cette guerre prolong\u00e9e ne feront qu\u2019augmenter, tant pour l\u2019Ukraine et la Russie que pour l\u2019Europe.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Un chemin vers la paix : neutralit\u00e9, contr\u00f4le des armements et s\u00e9curit\u00e9 collective<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019Europe devrait soutenir un cadre en cinq parties pour une paix durable.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Premi\u00e8rement, l\u2019OTAN doit s\u2019engager \u00e0 ne pas s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019Ukraine. Cela ne signifie pas capituler face aux exigences de la Russie, mais plut\u00f4t de reconna\u00eetre les r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques qui existent depuis le d\u00e9but. L\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019OTAN n\u2019est pas essentielle \u00e0 sa souverainet\u00e9 ou \u00e0 sa s\u00e9curit\u00e9. Au contraire, elle est devenue une ligne rouge qui a pouss\u00e9 le pays dans une guerre d\u2019usure avec la Russie. Une Ukraine neutre \u2013 comme l\u2019Autriche pendant la guerre froide \u2013 pourrait toujours poursuivre son int\u00e9gration dans l\u2019UE, la gouvernance d\u00e9mocratique et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique tout en \u00e9vitant de devenir un pion ou une victime de la concurrence des grandes puissances.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Deuxi\u00e8mement, l\u2019Ukraine devrait adopter un statut de neutralit\u00e9 dans le cadre d\u2019une garantie de s\u00e9curit\u00e9 plus large. La neutralit\u00e9 n\u2019est pas synonyme de faiblesse, elle peut \u00eatre assortie de garanties de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019un contr\u00f4le international. Un tel statut rassurerait la Russie tout en respectant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Ukraine. La souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale d\u2019une Ukraine neutre devraient \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es par un accord international adopt\u00e9 par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Troisi\u00e8mement, aussi douloureux que cela puisse \u00eatre, l\u2019Ukraine subira des pertes territoriales. L\u2019Europe pr\u00e9tend s\u2019opposer \u00e0 toute modification territoriale par la force mais, en fait, la majeure partie de l\u2019Europe a reconnu le Kosovo, que l\u2019OTAN a violemment s\u00e9par\u00e9 de la Serbie lors d\u2019une campagne de bombardement de 78 jours en 1999. La division du Soudan ( entre le Soudan et le Soudan du Sud ) est un autre cas r\u00e9cent de modification de fronti\u00e8re pouss\u00e9e par les \u00c9tats-Unis. Bien entendu, les \u00c9tats-Unis et l\u2019Europe auraient pu \u00e9pargner \u00e0 l\u2019Ukraine toute perte de territoire, s\u2019ils n\u2019avaient pas conspir\u00e9 pour renverser le gouvernement ukrainien en f\u00e9vrier 2014. De m\u00eame, la perte du Donbass aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e si les \u00c9tats-Unis et l\u2019UE avaient insist\u00e9 sur la mise en \u0153uvre par l\u2019Ukraine des accords de Minsk II.<\/p>\n<div id=\"_idContainer077\" class=\"Bloc-de-texte-standard\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-4-Lava---article-STREAMER---C-right\">\u00c0 ce stade, l\u2019alternative \u00e0 la diplomatie n\u2019est pas une victoire sur la Russie, mais la d\u00e9vastation de l\u2019Ukraine et peut-\u00eatre du monde en cas d\u2019escalade vers une guerre nucl\u00e9aire.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Quatri\u00e8mement, les \u00c9tats-Unis et la Russie doivent revenir au contr\u00f4le des armes nucl\u00e9aires. Le retrait unilat\u00e9ral des \u00c9tats-Unis du Trait\u00e9 sur la limitation des syst\u00e8mes de d\u00e9fense antimissiles en 2002 et du Trait\u00e9 sur les forces nucl\u00e9aires \u00e0 port\u00e9e interm\u00e9diaire en 2019, ainsi que la suspension du Trait\u00e9 New START et son expiration imminente en 2026, ont plac\u00e9 le monde dans une situation pr\u00e9caire. Le risque d\u2019escalade accidentelle ou d\u2019erreur strat\u00e9gique est de plus en plus grand, en particulier sur une sc\u00e8ne aussi instable que l\u2019Europe de l\u2019Est. L\u2019Europe devrait faire pression sur Washington et Moscou pour reprendre les n\u00e9gociations sur le contr\u00f4le des armes nucl\u00e9aires et la stabilit\u00e9 strat\u00e9gique.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Cinqui\u00e8mement, le principe de la s\u00e9curit\u00e9 collective en Europe doit \u00eatre r\u00e9tabli. L\u2019OSCE, n\u00e9e du processus d\u2019Helsinki, s\u2019est construite sur l\u2019id\u00e9e que la paix en Europe se construit sur la coop\u00e9ration et non sur confrontation. Elle visait \u00e0 cr\u00e9er un espace de s\u00e9curit\u00e9 paneurop\u00e9en o\u00f9 tous les pays, quelque soient leurs alliances, avaient une voix et un int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire valoir. Cette vision doit \u00eatre raviv\u00e9e.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">L\u2019imp\u00e9ratif moral et strat\u00e9gique pour la paix<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019approche que je recommande est souvent rejet\u00e9e par les critiques, qui la consid\u00e8rent na\u00efve ou trop conciliante. Pourtant, elle est ancr\u00e9e dans les dures le\u00e7ons de l\u2019histoire et les dangers pressants du pr\u00e9sent. L\u2019Europe ne peut pas se permettre d\u2019avancer \u00e0 t\u00e2tons dans une guerre plus vaste. Elle ne peut pas non plus continuer \u00e0 sous-traiter sa s\u00e9curit\u00e9 et sa position strat\u00e9gique \u00e0 Washington, dont les int\u00e9r\u00eats ne sont pas toujours align\u00e9s sur ceux du continent europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019imp\u00e9ratif moral est \u00e9galement clair. La guerre en Ukraine a tu\u00e9 des centaines de milliers de<img decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-53512\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Lava33-illus-redkitten-TRK012web01_Article-B-small-600x600.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"600\" \/> personnes, en a d\u00e9plac\u00e9 des millions d\u2019autres et a d\u00e9truit d\u2019innombrables infrastructures. Chaque mois qui passe alourdit le bilan. La reconstruction de l\u2019Ukraine prendra des d\u00e9cennies et n\u00e9cessitera des centaines de milliards de dollars, et elle ne pourra s\u00e9rieusement commencer que lorsque les combats auront cess\u00e9. En outre, la guerre a accentu\u00e9 la division du monde en blocs hostiles, affaibli la coop\u00e9ration mondiale en mati\u00e8re de changement climatique et de d\u00e9veloppement et provoqu\u00e9 des perturbations \u00e9conomiques qui ont affect\u00e9 de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e les pays du Sud global. La paix en Ukraine n\u2019est pas seulement une question r\u00e9gionale, c\u2019est une priorit\u00e9 mondiale.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Un appel au renouvellement du leadership diplomatique europ\u00e9en<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019Europe est d\u00e9sormais confront\u00e9e \u00e0 un choix. Elle peut continuer \u00e0 poursuivre une strat\u00e9gie de confrontation qui vise \u00e0 isoler la Russie, \u00e0 aggraver la guerre et \u00e0 renforcer l\u2019hostilit\u00e9 entre l\u2019UE et la Russie. Ou elle peut prendre l\u2019initiative de tracer une nouvelle voie vers la paix. Cela n\u00e9cessiterait une vision, du courage et une volont\u00e9 de rompre avec le discours dominant.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Avant tout, il faut recadrer le d\u00e9bat. La paix n\u2019est pas une faiblesse. La diplomatie n\u2019est pas l\u2019apaisement. La neutralit\u00e9 n\u2019est pas une capitulation. Il s\u2019agit d\u2019outils permettant de construire un ordre de s\u00e9curit\u00e9 durable et inclusif. L\u2019Europe devrait \u00e9galement parler d\u2019une seule voix pour exhorter Washington \u00e0 donner la priorit\u00e9 au contr\u00f4le des armements et \u00e0 la diplomatie et non \u00e0 la poursuite de la guerre.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019Europe devrait r\u00e9investir dans les institutions de s\u00e9curit\u00e9 collective et de diplomatie. L\u2019OSCE devrait \u00eatre revitalis\u00e9e. L\u2019avenir de l\u2019Ukraine ne devrait pas \u00eatre assur\u00e9 par la guerre, mais par la neutralit\u00e9, la reconstruction et l\u2019int\u00e9gration dans un ordre europ\u00e9en pacifique et prosp\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La paix ne signifie pas non plus geler le conflit. L\u2019Europe doit au contraire reconna\u00eetre que sa propre s\u00e9curit\u00e9 et celle de l\u2019Ukraine ne peuvent pas \u00eatre assur\u00e9es par la confrontation, l\u2019exclusion ou l\u2019escalade militaire vis-\u00e0-vis de la Russie. La s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne doit se construire sur la diplomatie, le compromis et la renaissance d\u2019un cadre de s\u00e9curit\u00e9 collective qui reconna\u00eet les pr\u00e9occupations de s\u00e9curit\u00e9 nationale de tous les acteurs, y compris de la Russie.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Personne ne gagne la guerre en Ukraine, et encore moins cette derni\u00e8re. Mais il est encore temps d\u2019\u00e9viter une catastrophe totale. L\u2019Europe devrait revenir \u00e0 la diplomatie et s\u2019engager dans le travail difficile, mais n\u00e9cessaire, de r\u00e9tablissement de la paix. \u00c0 ce stade, l\u2019alternative \u00e0 la diplomatie n\u2019est pas une victoire sur la Russie, mais la d\u00e9vastation de l\u2019Ukraine et peut-\u00eatre du monde en cas d\u2019escalade vers une guerre nucl\u00e9aire. L\u2019Europe ne doit pas agir sous le coup de la col\u00e8re ou de la peur, mais dans la poursuite d\u2019un avenir o\u00f9 la coop\u00e9ration \u00e0 travers le continent remplace le conflit et o\u00f9 la paix est de nouveau possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Europe doit reconna\u00eetre que sa propre s\u00e9curit\u00e9 et celle de l\u2019Ukraine ne peuvent pas \u00eatre assur\u00e9es par une strat\u00e9gie de confrontation visant \u00e0 isoler la Russie, \u00e0 aggraver la guerre et \u00e0 renforcer l\u2019hostilit\u00e9 entre l\u2019UE et la Russie.<\/p>\n","protected":false},"author":7184,"featured_media":53515,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[3247,4020,3163],"class_list":["post-53454","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-europe","tag-jeffrey-sachs-fr","tag-russie","issues-numero-33"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7184"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53454"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53454\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":53595,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53454\/revisions\/53595"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}