{"id":49878,"date":"2024-09-15T15:30:17","date_gmt":"2024-09-15T13:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=49878"},"modified":"2024-10-04T12:40:15","modified_gmt":"2024-10-04T10:40:15","slug":"genocide-ambiant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/","title":{"rendered":"G\u00e9nocide ambiant"},"content":{"rendered":"<p>Daniel Zamora revient sur ce \u00ab\u00a0brillant \u00e9chec\u00a0\u00bb de Jonathan Glazer qu&rsquo;est \u00ab\u00a0The Zone of Interest\u00a0\u00bb. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-50508\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png\" alt=\"\" width=\"2067\" height=\"1406\" \/>\n<p>\u00ab\u00a0Messieurs, dans cent ans, un autre film sera tourn\u00e9 en couleur, montrant les jours terribles que nous devons endurer. Voulez-vous jouer un r\u00f4le dans ce film qui nous fera revivre dans cent ans\u2009? \u2026 Je peux vous assurer que ce sera un grand film, passionnant et magnifique, qui vaut la peine d\u2019\u00eatre d\u00e9fendu. Soyez patients\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Joseph Goebbels, \u00e0 propos du film Kolberg, 1945<\/p>\n<p>Dans sa critique acerbe du film <em>Kapo<\/em> (1960) de Gillo Pontecorvo, le r\u00e9alisateur et critique de cin\u00e9ma Jacques Rivette affirmait qu\u2019il \u00e9tait impossible de repr\u00e9senter un camp de concentration en s\u2019engageant dans la voie du r\u00e9alisme. Toute tentative de recr\u00e9er son horreur \u00e9tait, d\u00e8s le d\u00e9part, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, car elle devait \u00eatre \u00ab physiquement supportable pour le spectateur \u00bb. De ce point de vue, \u00ab toute approche traditionnelle \u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab rel\u00e8ve du voyeurisme et de la pornographie \u00bb. Rivette, qui allait devenir l\u2019une des figures de proue de la Nouvelle Vague fran\u00e7aise, \u00e9tait particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une s\u00e9quence dans laquelle l\u2019un des personnages se suicide en se jetant dans des barbel\u00e9s \u00e9lectrifi\u00e9s. La sc\u00e8ne s\u2019ach\u00e8ve par un travelling avant en contre-plong\u00e9e qui permet de centrer le cadavre dans le dernier plan. Une d\u00e9cision de mise en sc\u00e8ne qui, du point de vue de Rivette, \u00ab ne m\u00e9rite que le plus profond m\u00e9pris \u00bb<span id='easy-footnote-1-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-1-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref1_sdisfuq&quot;&gt;Jacques Rivette, \u00ab\u00a0De l\u2019abjection\u00a0\u00bb, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Cahiers du Cin\u00e9ma&lt;\/em&gt;'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Selon lui, le style de montage relativement impersonnel de <em>Nuit et brouillard<\/em> d\u2019Alain Resnais offrait une solution partielle \u00e0 ce probl\u00e8me de repr\u00e9sentation. Ce qui \u00e9tait crucial dans le documentaire de Resnais de 1956, c\u2019est que ce qui importait n\u2019\u00e9tait pas <em>ce qui<\/em> \u00e9tait montr\u00e9 au public, mais <em>la mani\u00e8re<\/em> dont cela \u00e9tait montr\u00e9. Une question qui devait naturellement trouver son point culminant dans <em>Shoah<\/em> (1985) de Claude Lanzmann et son rejet apparent de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p><em>La Zone d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/em> de Jonathan Glazer offre naturellement sa propre r\u00e9ponse \u00e0 ces questions. En se concentrant sur la vie priv\u00e9e quotidienne du commandant d\u2019Auschwitz, Rudolph H\u00f6ss, le film d\u00e9place explicitement le camp lui-m\u00eame hors de l\u2019\u00e9cran. Comme l\u2019a expliqu\u00e9 Glazer, bien qu\u2019il ait d\u2019abord eu l\u2019intention de \u00ab suivre Rudolf H\u00f6ss au travail \u00bb, il a finalement abandonn\u00e9 cette id\u00e9e, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019\u00ab il ne [lui] semblait pas \u00e9thique de rejouer cette barbarie, parce que nous ne pouvons m\u00eame pas nous approcher de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb<span id='easy-footnote-2-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-2-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref2_m3r93b3&quot;&gt;Pierre Charpillot et Antoine Desrues, \u00ab\u00a0Interview : les nazis sont toujours d\u00e9peints au cin\u00e9ma comme des monstres\u00a0\u00bb, &lt;\/a&gt;'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. En visitant le site o\u00f9 la maison a \u00e9t\u00e9 construite, Glazer a imm\u00e9diatement r\u00e9alis\u00e9 la force potentielle d\u2019un film qui se d\u00e9roulerait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur du camp, l\u00e0 o\u00f9, \u00e0 quelques m\u00e8tres d\u2019Auschwitz, les H\u00f6ss jouaient avec leurs enfants, prenaient le soleil pr\u00e8s de la piscine, ou faisaient du jardinage. Le drame du film de Glazer tourne donc autour de l\u2019annonce faite \u00e0 H\u00f6ss en 1943 qu\u2019il allait \u00eatre rappel\u00e9 du commandement d\u2019Auschwitz. Cette d\u00e9cision, comme Glazer l\u2019a d\u00e9couvert dans les archives d\u2019Auschwitz, a conduit \u00e0 une dispute entre H\u00f6ss et sa femme, qui ne voulait pas quitter leur confortable villa et la vie qu\u2019ils y avaient construite. \u00ab Ma famille a eu la vie belle \u00e0 Auschwitz \u00bb, se souvient-il dans son autobiographie, \u00ab tous les souhaits de ma femme ou de mes enfants ont \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9s \u00bb<span id='easy-footnote-3-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-3-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref3_tgk4wgz&quot;&gt;Rudolph H\u00f6ss,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Death Dealer: The Memoirs of the SS Kommandant at Auschwitz.&lt;\/em&gt;'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. La juxtaposition d\u2019un lieu que Hedwig H\u00f6ss appelait son \u00ab paradis des fleurs \u00bb et du camp lui-m\u00eame, hors \u00e9cran, permet \u00e0 Glazer de traiter le jud\u00e9ocide sans le repr\u00e9senter r\u00e9ellement. Le camp n\u2019existe qu\u2019en arri\u00e8re-plan, reconstitu\u00e9 num\u00e9riquement et apparaissant presque comme un paysage. Le r\u00e9sultat est un film audacieux et formellement captivant que <em>Les Cahiers du Cin\u00e9ma<\/em> ont d\u00e9crit comme un \u00ab drame petit-bourgeois au c\u0153ur d\u2019un g\u00e9nocide \u00bb<span id='easy-footnote-4-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-4-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref4_jg44qdi&quot;&gt;\u00ab\u00a0La parole et les cris. Table ronde sur La Zone d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Cahiers du Cin\u00e9ma&lt;\/em&gt;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>En se concentrant sur la vie priv\u00e9e quotidienne du commandant d\u2019Auschwitz, Rudolph H\u00f6ss, le film d\u00e9place explicitement le camp lui-m\u00eame hors de l\u2019\u00e9cran.<\/p><\/blockquote>\n<p>La d\u00e9cision d\u2019adopter le point de vue des nazis plut\u00f4t que celui des victimes a cependant n\u00e9cessit\u00e9 des choix formels radicaux pour \u00e9viter que le public ne ressente de l\u2019empathie pour les protagonistes. Tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de petites cam\u00e9ras fix\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et autour de la maison, le film offre une vision d\u00e9tach\u00e9e de la vie domestique de la famille. Comme l\u2019a not\u00e9 le directeur de la photographie du film, \u0141ukasz \u017bal, il fallait \u00eatre \u00ab aussi objectif que possible pour t\u00e9moigner [de l\u2019Holocauste] sans f\u00e9tichiser ou glorifier le sujet \u00bb<span id='easy-footnote-5-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-5-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref5_4auosiy&quot;&gt;John Boone, &lt;\/a&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/aframe-stg.oscars.org\/news\/post\/the-zone-of-interest-cinematography-sound-interview&quot;&gt;\u00ab\u00a0The Context Is Everything\u00a0: \u2018Behind the Sights and Sound of &amp;lsquo;The Zone of Interest\u2019\u00a0\u00bb,&lt;\/a&gt;'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>. Avec toutes les cam\u00e9ras (et microphones) tournant en m\u00eame temps et cach\u00e9s aux acteurs, et avec l\u2019\u00e9quipe travaillant en dehors du plateau, le r\u00e9sultat ressemble \u00e0 une vid\u00e9o de surveillance, d\u00e9crite par Glazer lui-m\u00eame comme \u00ab Big Brother chez les nazis \u00bb. \u00ab Je voulais donner l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019auteur \u00bb<span id='easy-footnote-6-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-6-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref6_50qoelu&quot;&gt;Charpillot et Desrues, \u00ab\u00a0Interview\u00a0: les nazis sont toujours d\u00e9peints au cin\u00e9ma comme des monstres\u00a0\u00bb, 75.&lt;\/a&gt;'><sup>6<\/sup><\/a><\/span> ajoute-t-il. L\u2019effet est saisissant, cr\u00e9ant une distance entre les personnages et un public plac\u00e9 dans une position d\u2019observation quasi clinique. Nous ne nous sentons jamais proches de H\u00f6ss et de sa famille, et nous avons \u00e0 peine acc\u00e8s \u00e0 leur int\u00e9riorit\u00e9. Cette impression est encore renforc\u00e9e par le fait que \u017bal n\u2019a utilis\u00e9 que des objectifs et des cam\u00e9ras modernes pour \u00e9viter toute \u00ab patine historique \u00bb. Il est donc clair, d\u00e8s le d\u00e9part, que ce que nous voyons est con\u00e7u pour ressembler \u00e0 une sorte de mus\u00e9e, ou \u00e0 une reconstitution historique. Le fait que nous soyons toujours face \u00e0 une reconstitution, et non \u00e0 la chose elle-m\u00eame, est \u00e9galement soulign\u00e9 par les sc\u00e8nes de flash forward dans le v\u00e9ritable mus\u00e9e d\u2019Auschwitz<span id='easy-footnote-7-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-7-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref7_694fl36&quot;&gt;On the Holocaust and representation listen to Guillaume Orignac on the &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Sortie de Secours.&lt;\/em&gt;'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Mais si Glazer n\u2019a pas film\u00e9 le camp, sa pr\u00e9sence colonise tout de m\u00eame l\u2019\u00e9cran par le bruit. \u00ab Le vrai film \u00bb, a-t-il souvent affirm\u00e9, \u00ab est le film invisible \u00bb<span id='easy-footnote-8-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-8-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref8_gm09mf9&quot;&gt;Charpillot et Desrues, \u00ab\u00a0Interview\u00a0: les nazis sont toujours d\u00e9peints au cin\u00e9ma comme des monstres\u00a0\u00bb, 73.&lt;\/a&gt;'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. Johnnie Burn, le concepteur sonore du film, a pass\u00e9 des mois \u00e0 lire des d\u00e9tails techniques sur le camp et ses lieux et a essay\u00e9 de recr\u00e9er aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que possible le \u00ab monde sonore \u00bb d\u2019Auschwitz. Des enregistrements d\u2019ateliers textiles, d\u2019incin\u00e9rateurs, de coups de feu, de cris de douleur ou de d\u00e9tresse constituent le \u00ab deuxi\u00e8me film \u00bb. Ici, la dissonance ressentie par le spectateur est amplifi\u00e9e par le fait que les personnages ne manifestent g\u00e9n\u00e9ralement aucune r\u00e9action aux sons qui les entourent. Le \u00ab premier \u00bb film est donc totalement ind\u00e9pendant du \u00ab second \u00bb, faisant peser toute la pression de la distance entre les deux sur le spectateur qui tente de donner un sens \u00e0 leur relation. Pour Glazer, cette tension joue un r\u00f4le sp\u00e9cifique : laisser le film en quelque sorte incomplet, de sorte que le spectateur \u00ab devient aussi un auteur [du film] \u00bb. Mais, ce faisant, le film trahit son projet de faire du spectateur un observateur distant. Il oblige constamment le public \u00e0 s\u2019interroger sur son propre malaise, produit par la mise en sc\u00e8ne excessive de la dissonance entre le son et l\u2019image. C\u2019est comme si la tension avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e principalement pour son effet sur le spectateur, plut\u00f4t que pour les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019histoire elle-m\u00eame. Contrairement \u00e0 <em>Le Fils de Saul<\/em> de L\u00e1szl\u00f3 Nemes, o\u00f9 le son provenant du camp lui-m\u00eame \u00e9tait con\u00e7u comme un moyen de \u00ab compl\u00e9ter la perception de l\u2019image \u00bb et \u00ab d\u2019approfondir la perspective de la machinerie du camp \u00bb<span id='easy-footnote-9-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-9-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref9_c601lj9&quot;&gt;Amir Ganjavie, \u00ab\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 de la mort\u00a0\u00bb\u00a0: An Interview with L\u00e1szl\u00f3 Nemes about &amp;lsquo;Son of Saul&amp;rsquo;\u00a0\u00bb,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt; MUBI Notebook.&lt;\/em&gt;'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>, dans l\u2019approche de Glazer, ce que nous <em>entendons<\/em> est con\u00e7u pour nous forcer \u00e0 remettre en question ce que nous voyons.<\/p>\n<blockquote><p>Si Glazer n\u2019a pas film\u00e9 le camp, sa pr\u00e9sence colonise tout de m\u00eame l\u2019\u00e9cran par le bruit.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans une sc\u00e8ne en particulier, H\u00f6ss supervise l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un train dans le camp. Le plan le montre en contre-plong\u00e9e, rendant le train lui-m\u00eame invisible, et pourtant bien pr\u00e9sent \u00e0 travers la fum\u00e9e qu\u2019il d\u00e9gage et les horribles cris de panique des d\u00e9port\u00e9s. Les pleurs des enfants, les supplications des m\u00e8res, les coups de feu et les cris des soldats allemands contrastent avec le gros plan imp\u00e9n\u00e9trable du visage de H\u00f6ss. Cette sc\u00e8ne, qui rompt avec le ton plus neutre du reste du film, cr\u00e9e un sentiment de d\u00e9tresse extr\u00eame. Les cris ne deviennent ici \u00e0 l\u2019\u00e9vidence rien de moins qu\u2019un \u00ab\u00a0son Spielberg\u00a0\u00bb, o\u00f9 le public est totalement immerg\u00e9 dans la terreur du \u00ab\u00a0g\u00e9nocide ambiant\u00a0\u00bb, selon les termes de Glazer. En effa\u00e7ant lentement la t\u00eate de H\u00f6ss par un lent fondu encha\u00een\u00e9, ne laissant au public qu\u2019un \u00e9cran vide et des sons terrifiants, Glazer a produit le type d\u2019effets dramatiques qu\u2019il voulait \u00e9viter. Cette sc\u00e8ne, l\u2019une des rares \u00e0 se d\u00e9rouler dans le camp lui-m\u00eame (probablement l\u2019entr\u00e9e d\u2019Auschwitz\u00a0II-Birkenau), au lieu d\u2019intensifier la distanciation formelle du film, la sape radicalement.<\/p>\n<p>Le <em>malaise<\/em> produit par le contraste entre le son et l\u2019image a donc pour but d\u2019obliger le spectateur \u00e0 se remettre en question. \u00ab La raison pour laquelle j\u2019ai fait ce film \u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, \u00ab c\u2019est pour essayer de r\u00e9affirmer notre proximit\u00e9 avec ce terrible \u00e9v\u00e9nement que nous pensons appartenir au pass\u00e9. Pour moi, ce n\u2019est jamais du pass\u00e9, et en ce moment, je pense que quelque chose en moi est conscient que ces choses sont en train de remonter avec la croissance du populisme de droite partout dans le monde \u00bb. \u00ab Tous nos choix ont \u00e9t\u00e9 faits pour refl\u00e9ter et nous confronter au pr\u00e9sent \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Glazer dans son discours de remise des Oscars, \u00ab pas pour dire \u2018\u2018regardez ce qu\u2019ils ont fait \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2019\u2019, mais plut\u00f4t \u2018\u2018regardez ce que nous faisons aujourd\u2019hui\u2019\u2019 \u00bb. Notamment, l\u2019int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 de Glazer pour l\u2019aspiration \u00ab grotesque \u00bb des H\u00f6sses \u00e0 devenir une famille bourgeoise, qui nous les rend plus familiers. Le probl\u00e8me des films d\u00e9crivant les nazis comme des monstres, selon Glazer, est qu\u2019ils \u00ab nous laissent intacts, en paix avec nous-m\u00eames, parce que nous ne pourrons jamais \u00eatre comme eux \u00bb<span id='easy-footnote-10-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-10-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref10_q76hejo&quot;&gt;Charpillot et Desrues, \u00ab\u00a0Interview\u00a0: les nazis sont toujours d\u00e9peints au cin\u00e9ma comme des monstres\u00a0\u00bb, 74.&lt;\/a&gt;'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_35307\" aria-describedby=\"caption-attachment-35307\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-35307\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Zamora2-600x600.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-35307\" class=\"wp-caption-text\">Daniel Zamora est professeur de sociologie a l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles. Il est le co-auteur de Welfare for markets: a global history of basic income ( University of Chicago Press , 2023 , \u00e9crit avec Anton J\u00e4ger ).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans cette perspective, il n\u2019est pas surprenant que Glazer ait admis avoir \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par les id\u00e9es d\u2019Hannah Arendt sur la \u00ab banalit\u00e9 du mal \u00bb<span id='easy-footnote-11-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-11-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/www.theguardian.com\/film\/2023\/dec\/10\/jonathan-glazer-the-zone-of-interest-auschwitz-under-the-skin-interview&quot;&gt;\u00ab\u00a0Jonathan Glazer on his Holocaust film The Zone of Interest\u00a0\u00bb&lt;\/a&gt;&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref11_g5e3i6m&quot;&gt;, The Guardian, 10 d\u00e9cembre 2023.&lt;\/a&gt;'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. Dans son c\u00e9l\u00e8bre rapport pour <em>The New Yorker<\/em> sur le proc\u00e8s d\u2019Adolph Eichmann en 1961, Arendt avait d\u00e9crit Eichmann comme un \u00ab d\u00e9class\u00e9 \u00bb avec \u00ab une extraordinaire diligence \u00e0 chercher son avancement personnel \u00bb mais qui n\u2019avait \u00ab aucune motivation \u00bb. Son \u00ab manque d\u2019imagination \u00bb et sa \u00ab pure inconscience \u00bb, \u00e9taient donc ce qui l\u2019avait \u00ab pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 devenir l\u2019un des plus grands criminels de cette p\u00e9riode \u00bb<span id='easy-footnote-12-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-12-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref12_j2dd1p5&quot;&gt;Hannah Arendt, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil.&lt;\/em&gt;'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. Dans un article \u00e9crit en 1977, Arendt a pr\u00e9cis\u00e9 son concept expliquant la \u00ab superficialit\u00e9 manifeste \u00bb d\u2019Eichmann \u00ab qui rendait impossible de remonter le mal incontestable de ses actes \u00e0 un niveau plus profond, \u00e0 des racines ou \u00e0 des motifs \u00bb<span id='easy-footnote-13-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-13-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref13_tlo0x9q&quot;&gt;Hannah Arendt, \u00ab\u00a0Thinking-I\u00a0\u00bb,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt; The New Yorker.&lt;\/em&gt;'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. \u00ab Il n\u2019y avait aucun signe en lui de motifs id\u00e9ologiques fermes \u00bb, a-t-elle ajout\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ainsi que Rudolph H\u00f6ss appara\u00eet dans le film : un vulgaire carri\u00e9riste sans grand sens de l\u2019id\u00e9ologie. Il devait \u00eatre, comme le note Glazer, \u00ab occup\u00e9 en permanence, car si on s\u2019arr\u00eate, on pense \u00bb. Et si on pense, on r\u00e9fl\u00e9chit \u00bb<span id='easy-footnote-14-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-14-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/www.theguardian.com\/film\/2023\/dec\/10\/jonathan-glazer-the-zone-of-interest-auschwitz-under-the-skin-interview&quot;&gt;Jonathan Glazer parle de son film sur l\u2019Holocauste, La zone d\u2019int\u00e9r\u00eat&lt;\/a&gt;.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit d\u2019un personnage \u00ab banal \u00bb, principalement motiv\u00e9 par le gain mat\u00e9riel et d\u00e9peint \u00e0 travers un drame familial auquel nous pourrions tous nous identifier.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ma famille a eu la vie belle \u00e0 Auschwitz \u00bb, se souvient-il dans son autobiographie, \u00ab tous les souhaits de ma femme ou de mes enfants ont \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9s \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le point de vue d\u2019Arendt sur Eichmann est cependant loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 parmi les historiens. Elle a notamment \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9e pour son manque d\u2019interaction avec des preuves r\u00e9elles. Non seulement elle a quitt\u00e9 J\u00e9rusalem trois jours <em>avant <\/em>le d\u00e9but du long t\u00e9moignage d\u2019Eichmann, mais elle a essentiellement fond\u00e9 ses conclusions sur quelques sources secondaires. Raul Hilberg, sur lequel elle s\u2019appuyait beaucoup et qui avait publi\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e une \u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence sur l\u2019Holocauste intitul\u00e9e <em>La Destruction des Juifs d\u2019Europe<\/em>, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 noter que, pour une raison quelconque, Arendt \u00ab n\u2019a pas reconnu l\u2019ampleur de ce que [Eichmann] avait fait \u00bb ni \u00ab discern\u00e9 les voies qu\u2019[il] avait trouv\u00e9es au plus profond de la machine administrative allemande pour justifier ses actions sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00bb. Il n\u2019y avait pas de \u00ab banalit\u00e9 \u00bb, souligne Hilberg, dans ce \u00ab mal \u00bb<span id='easy-footnote-15-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-15-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref15_8ly2mgb&quot;&gt;Raul Hilberg,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt; The Politics of Memory. &lt;\/em&gt;&lt;em&gt;The Journey of a Holocaust Historian.&lt;\/em&gt;'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>. Ce qui est vrai pour Eichmann l\u2019est aussi pour H\u00f6ss. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 une crise religieuse dans sa jeunesse et abandonn\u00e9 son projet de devenir pr\u00eatre, il a rejoint des groupes paramilitaires nationalistes volontaires et a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs assassinats politiques. En 1922, il prend sa carte du parti nazi et s\u2019appr\u00eate \u00e0 devenir, selon ses propres termes, \u00ab un national-socialiste fanatique \u00bb. \u00ab J\u2019\u00e9tais fermement convaincu \u00bb, ajoute-t-il, \u00ab que notre id\u00e9e s\u2019imposerait dans tous les pays, modifi\u00e9e par les diverses coutumes locales, et qu\u2019elle deviendrait progressivement dominante. Cela briserait alors la domination de la juiverie internationale \u00bb<span id='easy-footnote-16-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-16-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref16_5bw1hha&quot;&gt;H\u00f6ss, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Death Dealer.&lt;\/em&gt;'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>. Lorsqu\u2019il rejoint les SS-Totenkopfverb\u00e4nde (formation \u00e0 t\u00eate de mort) en 1934, il est affect\u00e9 \u00e0 Dachau o\u00f9 il d\u00e9couvre la tristement c\u00e9l\u00e8bre devise \u00ab Arbeit Macht Frei \u00bb qu\u2019il reproduira au-dessus de l\u2019entr\u00e9e principale d\u2019Auschwitz lorsqu\u2019il en deviendra le commandant en octobre 1940.<\/p>\n<p>Son r\u00f4le y a \u00e9t\u00e9 crucial, transformant radicalement l\u2019objectif du camp \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1941, alors que la situation sur le front de l\u2019Est se d\u00e9t\u00e9riorait pour l\u2019Allemagne. L\u2019ensemble du syst\u00e8me concentrationnaire a \u00e9t\u00e9 r\u00e9orient\u00e9 pour servir l\u2019effort de guerre contre le bolchevisme, H\u00f6ss supervisant des changements radicaux qui allaient consid\u00e9rablement d\u00e9t\u00e9riorer les conditions de vie. Pour accro\u00eetre la production et l\u2019efficacit\u00e9, il a notamment mis en place un nouveau syst\u00e8me de triage qui s\u00e9parait imm\u00e9diatement les personnes jug\u00e9es \u00ab\u00a0inaptes\u00a0\u00bb au travail (qui allaient mourir instantan\u00e9ment) de celles qui pouvaient \u00eatre envoy\u00e9es travailler dans les sites de production massifs construits autour du camp. Il supervise \u00e9galement, pour faire face \u00e0 la surmortalit\u00e9, la cr\u00e9ation de quatre cr\u00e9matoriums modernes par deux entreprises priv\u00e9es afin d\u2019\u00e9liminer plus rapidement les corps qui s\u2019amoncellent. Loin de se focaliser sur sa vie priv\u00e9e, H\u00f6ss se consacre \u00e0 son devoir avec une extr\u00eame ferveur. \u00ab Je ne vivais que pour mon travail \u00bb, se souvient-il, au point qu\u2019il avouera plus tard ses profonds regrets de ne pas avoir pass\u00e9 \u00ab plus de temps avec [sa] famille \u00bb<span id='easy-footnote-17-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-17-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref17_bpg2w28&quot;&gt;H\u00f6ss, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Death Deale.r&lt;\/em&gt;'><sup>17<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Pour moi, ce n\u2019est jamais du pass\u00e9, et en ce moment, je pense que quelque chose en moi est conscient que ces choses sont en train de remonter avec la croissance du populisme de droite partout dans le monde.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Plut\u00f4t que le p\u00e8re de famille ordinaire d\u00e9peint dans le film, H\u00f6ss \u00e9tait un personnage id\u00e9ologiquement motiv\u00e9, enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 son parti. La \u00ab solution finale \u00bb n\u2019\u00e9tait pas seulement le produit de carri\u00e9ristes \u00ab irr\u00e9fl\u00e9chis \u00bb ou d\u2019un processus abstrait de \u00ab d\u00e9shumanisation \u00bb, comme l\u2019exprime dit Glazer, mais l\u2019aboutissement de la guerre totale lanc\u00e9e par Hitler sur le front de l\u2019Est. Comme l\u2019affirme Arno J. Mayer, l\u2019extermination des Juifs a v\u00e9ritablement pris un tournant s\u00e9rieux \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1941, avec la fin des victoires \u00e9clatantes du blitzkrieg. \u00ab Les fondements id\u00e9ologiques et sociaux du r\u00e9gime nazi \u00bb, affirme Mayer, \u00ab exigeaient que la guerre \u00e0 l\u2019Est soit transform\u00e9e en une lutte \u00e0 mort, ce qui impliquait \u00e9galement une escalade de la fureur pseudo-religieuse qui l\u2019accompagnait. \u00c0 partir de la fin de l\u2019ann\u00e9e 1941, la lutte contre l\u2019Arm\u00e9e rouge, la \u00ab croisade \u00bb contre le bolchevisme et la guerre contre les Juifs, devenues totales, sont unies par un lien fatal \u00bb<span id='easy-footnote-18-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-18-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref18_tgor643&quot;&gt;Arno J. Mayer, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;Why Did The Heavens Not Darken?&lt;\/em&gt;'><sup>18<\/sup><\/a><\/span>. En d\u2019autres termes, l\u2019id\u00e9ologie <em>et<\/em> la guerre d\u2019extermination \u00e0 l\u2019Est sont cruciales pour donner un sens \u00e0 H\u00f6ss.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il n\u2019est pas difficile d\u2019imaginer qu\u2019une telle repr\u00e9sentation est moins attrayante pour un cin\u00e9aste qui veut que nous nous reconnaissions dans les nazis. L\u2019id\u00e9ologie et l\u2019engagement politique fanatique sont pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui les rend diff\u00e9rents de nous, ou ce qui rend l\u2019analogie entre hier et aujourd\u2019hui moins convaincante. Mais en choisissant d\u2019effacer l\u2019id\u00e9ologie et le fanatisme, <em>La zone d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/em> fait preuve d\u2019une bien pi\u00e8tre compr\u00e9hension de son sujet. L\u2019analogie historique, comme l\u2019a not\u00e9 le grand historien Marc Bloch, ne peut se r\u00e9duire \u00e0 une \u00ab chasse aux ressemblances \u00bb ou se satisfaire \u00ab d\u2019analogies forc\u00e9es \u00bb<span id='easy-footnote-19-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-19-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref19_scem6tg&quot;&gt;Marc Bloch, \u00ab\u00a0Pour une histoire compar\u00e9e des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes\u00a0\u00bb,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt; Revue de synth\u00e8se historique.&lt;\/em&gt;'><sup>19<\/sup><\/a><\/span>, mais a plut\u00f4t pour t\u00e2che de d\u00e9couvrir les sp\u00e9cificit\u00e9s des diff\u00e9rentes p\u00e9riodes historiques. Ce n\u2019est que par l\u2019utilisation de l\u2019analogie <em>et<\/em> de la d\u00e9sanalogie que l\u2019historien peut, en m\u00eame temps, saisir le pass\u00e9 et la nouveaut\u00e9 caract\u00e9ristique de notre pr\u00e9sent. Il ne s\u2019agit donc pas, comme l\u2019a r\u00e9cemment soutenu Samuel Moyn \u00e0 propos des comparaisons entre Trump et le fascisme, de dire que certains \u00e9v\u00e9nements sont \u00ab incommensurables \u00bb dans le monde <span id='easy-footnote-20-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-20-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref20_5zge3fr&quot;&gt;Samuel Moyn, \u00ab\u00a0The Trouble with Comparisons\u00a0\u00bb,&lt;\/a&gt;&lt;em&gt;The New York Review of Books.&lt;\/em&gt;'><sup>20<\/sup><\/a><\/span>, ni de nier que la comparaison devrait \u00eatre historiographiquement admissible, mais plut\u00f4t qu\u2019en faisant ressembler le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, ou le pr\u00e9sent au pass\u00e9, nous rendons \u00e0 la fois le pass\u00e9 <em>et<\/em> le pr\u00e9sent impossibles illisibles. En l\u2019absence de guerre et d\u2019id\u00e9ologie, Glazer est contraint de se rabattre sur des platitudes telles que l\u2019id\u00e9e que cela peut se reproduire parce que \u00ab\u00a0c\u2019est en nous\u00a0\u00bb. Nous raconter la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente que les \u00eatres humains sont capables et parfois d\u00e9sireux de faire des choses horriblement mauvaises les uns aux les autres ne nous aide pas \u00e0 comprendre pourquoi ils le font dans des contextes diff\u00e9rents. Dans le cas de H\u00f6ss, une fa\u00e7on de le d\u00e9montrer aurait \u00e9t\u00e9 de montrer comment sa vision d\u2019une \u00ab\u00a0bonne vie\u00a0\u00bb est d\u00e9finie par les ambitions sociales et \u00e9conomiques d\u2019une bourgeoisie qui, selon les termes d\u2019Hitler, se voyait de plus en plus menac\u00e9e par les \u00ab\u00a0objectifs jud\u00e9omarxistes\u00a0\u00bb de l\u2019Union sovi\u00e9tique, \u00ab\u00a0le plus grand serviteur de la juiverie\u00a0\u00bb. En d\u2019autres termes, une lecture de la famille H\u00f6ss non seulement en termes de mobilit\u00e9 ascendante et de revanchisme de classe, mais aussi en tant qu\u2019incarnation de la normalit\u00e9 pour une id\u00e9ologie qui identifiait un amalgame entre le communiste et le juif comme son plus grand ennemi. Ainsi, malgr\u00e9 l\u2019impressionnant travail d\u2019archivage r\u00e9alis\u00e9 par Glazer et son \u00e9quipe en ce qui concerne les d\u00e9tails de la maison ou la reconstitution des sons, le film montre une compr\u00e9hension appauvrie de ce qui a pr\u00e9cipit\u00e9 l\u2019Holocauste tout en nous laissant d\u00e9sempar\u00e9s sur la fa\u00e7on de saisir les d\u00e9fis de notre pr\u00e9sent.<\/p>\n<blockquote><p>En choisissant d\u2019effacer l\u2019id\u00e9ologie et le fanatisme, <em>La zone d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/em> fait preuve d\u2019une bien pi\u00e8tre compr\u00e9hension de son sujet.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour repr\u00e9senter l\u2019Holocauste, Claude Lanzmann a dit un jour \u00e0 Raul Hilberg, \u00ab il faut cr\u00e9er une \u0153uvre d\u2019art \u00bb<span id='easy-footnote-21-49878' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#easy-footnote-bottom-21-49878' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/sabzian.be\/text\/#footnoteref21_oo6bq6o&quot;&gt;Raul Hilberg, &lt;\/a&gt;&lt;em&gt;The Politics of Memory.&lt;\/em&gt;'><sup>21<\/sup><\/a><\/span>. Cela signifie, selon lui, une \u0153uvre qui n\u2019a d\u2019autre but qu\u2019elle-m\u00eame, d\u00e9pourvue, comme il l\u2019a dit, de \u00ab l\u2019intention de frapper le c\u0153ur \u00bb de celui qui la regarde. En d\u2019autres termes, tout le contraire du sentimentalisme de <em>La liste de Schindler<\/em>. C\u2019est donc l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre et son refus absolu de la dramatisation qui importent. Lanzmann, comme il l\u2019a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, n\u2019a jamais eu l\u2019intention d\u2019\u00e9duquer son public ou de lancer une bataille politique contre les n\u00e9gationnistes qui se faisaient de plus en plus entendre en France au milieu des ann\u00e9es quatre-vingt. Les d\u00e9cisions formelles et la structure du film devaient<img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-50511 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30small.png\" alt=\"\" width=\"435\" height=\"434\" \/> suivre leurs propres r\u00e8gles et n\u2019\u00e9taient pas soumises \u00e0 des imp\u00e9ratifs ext\u00e9rieurs. Et c\u2019est peut-\u00eatre ce qui manque au brillant \u00e9chec de Glazer. Alors que ses choix formels sont originaux et novateurs, il semble incapable de concilier deux objectifs oppos\u00e9s\u00a0: son engagement contre la dramatisation et sa volont\u00e9 de provoquer le spectateur. Si le film r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er une distance entre son public et ses protagonistes gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019utilisation innovante de cam\u00e9ras cach\u00e9es et de d\u00e9cors mus\u00e9aux, il met \u00e9galement \u00e0 mal cet engagement en s\u2019appuyant sur le contraste entre le son et l\u2019image dans le seul but de troubler son public. Son film, en d\u2019autres termes, semble divis\u00e9 entre sa politique et son esth\u00e9tique, cette derni\u00e8re l\u2019emportant g\u00e9n\u00e9ralement sur la premi\u00e8re.<\/p>\n<h5><a href=\"https:\/\/sabzian.be\/text\/%E2%80%9Cambient-genocide%E2%80%9D\">Publi\u00e9 initialement dans <em>Sabzian<\/em>, \u00ab <em>Ambient Genocide<\/em> \u00bb, critique de <em>The Zone of Interest<\/em> de Jonathan Glazer (2023), Daniel Zamora, 12 juin 2024.<\/a><\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Daniel Zamora revient sur ce \u00ab\u00a0brillant \u00e9chec\u00a0\u00bb de Jonathan Glazer qu&rsquo;est \u00ab\u00a0The Zone of Interest\u00a0\u00bb. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.<\/p>\n","protected":false},"author":31,"featured_media":50508,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17,82],"tags":[433,2514],"class_list":["post-49878","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","category-monocle-fr","tag-art","tag-daniel-zamora-fr","issues-numero-30"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"aioseo_head":"\n\t\t<!-- All in One SEO 5.0.1.1 - aioseo.com -->\n\t<meta name=\"description\" content=\"Daniel Zamora revient sur ce &quot;brillant \u00e9chec&quot; de Jonathan Glazer qu&#039;est &quot;The Zone of Interest&quot;. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.\" \/>\n\t<meta name=\"robots\" content=\"max-image-preview:large\" \/>\n\t<meta name=\"author\" content=\"Daniel Zamora\"\/>\n\t<meta name=\"google-site-verification\" content=\"M91YhmyZU9gzTRUuTNiNii1YDMlCdjob5YRHRK47qsw\" \/>\n\t<meta name=\"keywords\" content=\"art,daniel zamora\" \/>\n\t<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/\" \/>\n\t<meta name=\"generator\" content=\"All in One SEO (AIOSEO) 5.0.1.1\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:site_name\" content=\"Lava Media\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:title\" content=\"G\u00e9nocide ambiant | Lava\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:description\" content=\"Daniel Zamora revient sur ce &quot;brillant \u00e9chec&quot; de Jonathan Glazer qu&#039;est &quot;The Zone of Interest&quot;. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/\" \/>\n\t\t<meta property=\"fb:app_id\" content=\"846358645511450\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:image:secure_url\" content=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2067\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1406\" \/>\n\t\t<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-09-15T13:30:17+00:00\" \/>\n\t\t<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-10-04T10:40:15+00:00\" \/>\n\t\t<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary\" \/>\n\t\t<meta name=\"twitter:title\" content=\"G\u00e9nocide ambiant | Lava\" \/>\n\t\t<meta name=\"twitter:description\" content=\"Daniel Zamora revient sur ce &quot;brillant \u00e9chec&quot; de Jonathan Glazer qu&#039;est &quot;The Zone of Interest&quot;. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.\" \/>\n\t\t<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png\" \/>\n\t\t<script type=\"application\/ld+json\" class=\"aioseo-schema\">\n\t\t\t{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#article\",\"name\":\"G\\u00e9nocide ambiant | Lava\",\"headline\":\"G\\u00e9nocide ambiant\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/author\\\/daniel-zamora\\\/#author\"},\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#organization\"},\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/09\\\/monocle30.png\",\"width\":2067,\"height\":1406},\"datePublished\":\"2024-09-15T15:30:17+02:00\",\"dateModified\":\"2024-10-04T12:40:15+02:00\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#webpage\"},\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#webpage\"},\"articleSection\":\"Article, Articles, Monocle, art, Daniel Zamora, Num\\u00e9ro 30, Facultatif\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#breadcrumblist\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#listItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/\",\"nextItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/#listItem\",\"name\":\"Articles\"}},{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/#listItem\",\"position\":2,\"name\":\"Articles\",\"item\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/\",\"nextItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/article-fr\\\/#listItem\",\"name\":\"Article\"},\"previousItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#listItem\",\"name\":\"Home\"}},{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/article-fr\\\/#listItem\",\"position\":3,\"name\":\"Article\",\"item\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/article-fr\\\/\",\"nextItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#listItem\",\"name\":\"G\\u00e9nocide ambiant\"},\"previousItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/#listItem\",\"name\":\"Articles\"}},{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#listItem\",\"position\":4,\"name\":\"G\\u00e9nocide ambiant\",\"previousItem\":{\"@type\":\"ListItem\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/category\\\/articles-fr\\\/article-fr\\\/#listItem\",\"name\":\"Article\"}}]},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#organization\",\"name\":\"Lava\",\"description\":\"Tijdschrift voor sociale kritiek en marxistische analyses.\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/author\\\/daniel-zamora\\\/#author\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/author\\\/daniel-zamora\\\/\",\"name\":\"Daniel Zamora\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#authorImage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2017\\\/09\\\/Zamora010-e1505701623718-100x100.jpg\",\"width\":96,\"height\":96,\"caption\":\"Daniel Zamora\"}},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#webpage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/\",\"name\":\"G\\u00e9nocide ambiant | Lava\",\"description\":\"Daniel Zamora revient sur ce \\\"brillant \\u00e9chec\\\" de Jonathan Glazer qu'est \\\"The Zone of Interest\\\". Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\\u00e9 tout pris en \\u00e9tau entre esth\\u00e9tique et politique.\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#website\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#breadcrumblist\"},\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/author\\\/daniel-zamora\\\/#author\"},\"creator\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/author\\\/daniel-zamora\\\/#author\"},\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/09\\\/monocle30.png\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#mainImage\",\"width\":2067,\"height\":1406},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/genocide-ambiant\\\/#mainImage\"},\"datePublished\":\"2024-09-15T15:30:17+02:00\",\"dateModified\":\"2024-10-04T12:40:15+02:00\"},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/\",\"name\":\"LAVA\",\"description\":\"Tijdschrift voor sociale kritiek en marxistische analyses.\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/lavamedia.be\\\/fr\\\/#organization\"}}]}\n\t\t<\/script>\n\t\t<!-- All in One SEO -->\n\n","aioseo_head_json":{"title":"G\u00e9nocide ambiant | Lava","description":"Daniel Zamora revient sur ce \"brillant \u00e9chec\" de Jonathan Glazer qu'est \"The Zone of Interest\". Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.","canonical_url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/","robots":"max-image-preview:large","keywords":"art,daniel zamora","webmasterTools":{"google-site-verification":"M91YhmyZU9gzTRUuTNiNii1YDMlCdjob5YRHRK47qsw","miscellaneous":""},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#article","name":"G\u00e9nocide ambiant | Lava","headline":"G\u00e9nocide ambiant","author":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/author\/daniel-zamora\/#author"},"publisher":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#organization"},"image":{"@type":"ImageObject","url":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png","width":2067,"height":1406},"datePublished":"2024-09-15T15:30:17+02:00","dateModified":"2024-10-04T12:40:15+02:00","inLanguage":"fr-FR","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#webpage"},"isPartOf":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#webpage"},"articleSection":"Article, Articles, Monocle, art, Daniel Zamora, Num\u00e9ro 30, Facultatif"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#breadcrumblist","itemListElement":[{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#listItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/","nextItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/#listItem","name":"Articles"}},{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/#listItem","position":2,"name":"Articles","item":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/","nextItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/article-fr\/#listItem","name":"Article"},"previousItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#listItem","name":"Home"}},{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/article-fr\/#listItem","position":3,"name":"Article","item":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/article-fr\/","nextItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#listItem","name":"G\u00e9nocide ambiant"},"previousItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/#listItem","name":"Articles"}},{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#listItem","position":4,"name":"G\u00e9nocide ambiant","previousItem":{"@type":"ListItem","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/category\/articles-fr\/article-fr\/#listItem","name":"Article"}}]},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#organization","name":"Lava","description":"Tijdschrift voor sociale kritiek en marxistische analyses.","url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/author\/daniel-zamora\/#author","url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/author\/daniel-zamora\/","name":"Daniel Zamora","image":{"@type":"ImageObject","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#authorImage","url":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Zamora010-e1505701623718-100x100.jpg","width":96,"height":96,"caption":"Daniel Zamora"}},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#webpage","url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/","name":"G\u00e9nocide ambiant | Lava","description":"Daniel Zamora revient sur ce \"brillant \u00e9chec\" de Jonathan Glazer qu'est \"The Zone of Interest\". Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.","inLanguage":"fr-FR","isPartOf":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#website"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#breadcrumblist"},"author":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/author\/daniel-zamora\/#author"},"creator":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/author\/daniel-zamora\/#author"},"image":{"@type":"ImageObject","url":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#mainImage","width":2067,"height":1406},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/#mainImage"},"datePublished":"2024-09-15T15:30:17+02:00","dateModified":"2024-10-04T12:40:15+02:00"},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#website","url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/","name":"LAVA","description":"Tijdschrift voor sociale kritiek en marxistische analyses.","inLanguage":"fr-FR","publisher":{"@id":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/#organization"}}]},"og:locale":"fr_FR","og:site_name":"Lava Media","og:type":"article","og:title":"G\u00e9nocide ambiant | Lava","og:description":"Daniel Zamora revient sur ce &quot;brillant \u00e9chec&quot; de Jonathan Glazer qu'est &quot;The Zone of Interest&quot;. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.","og:url":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/genocide-ambiant\/","fb:app_id":"846358645511450","og:image":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png","og:image:secure_url":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png","og:image:width":2067,"og:image:height":1406,"article:published_time":"2024-09-15T13:30:17+00:00","article:modified_time":"2024-10-04T10:40:15+00:00","twitter:card":"summary","twitter:title":"G\u00e9nocide ambiant | Lava","twitter:description":"Daniel Zamora revient sur ce &quot;brillant \u00e9chec&quot; de Jonathan Glazer qu'est &quot;The Zone of Interest&quot;. Se voulant aux antipodes des traitements spectaculaires ou esth\u00e9tisants de la Shoah, le film semble malgr\u00e9 tout pris en \u00e9tau entre esth\u00e9tique et politique.","twitter:image":"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/monocle30.png"},"aioseo_meta_data":{"post_id":"49878","title":null,"description":null,"keywords":null,"keyphrases":{"focus":{"keyphrase":"","score":0,"analysis":{"keyphraseInTitle":{"score":0,"maxScore":9,"error":1}}},"additional":[]},"primary_term":null,"canonical_url":null,"og_title":null,"og_description":null,"og_object_type":"default","og_image_type":"default","og_image_url":null,"og_image_width":null,"og_image_height":null,"og_image_custom_url":null,"og_image_custom_fields":null,"og_video":"","og_custom_url":null,"og_article_section":null,"og_article_tags":null,"twitter_use_og":false,"twitter_card":"default","twitter_image_type":"default","twitter_image_url":null,"twitter_image_custom_url":null,"twitter_image_custom_fields":null,"twitter_title":null,"twitter_description":null,"schema":{"blockGraphs":[],"customGraphs":[],"default":{"data":{"Article":[],"Course":[],"Dataset":[],"FAQPage":[],"Movie":[],"Person":[],"Product":[],"ProductReview":[],"Car":[],"Recipe":[],"Service":[],"SoftwareApplication":[],"WebPage":[]},"graphName":"Article","isEnabled":true},"graphs":[]},"schema_type":"default","schema_type_options":null,"pillar_content":false,"robots_default":true,"robots_noindex":false,"robots_noarchive":false,"robots_nosnippet":false,"robots_nofollow":false,"robots_noimageindex":false,"robots_noodp":false,"robots_notranslate":false,"robots_max_snippet":"-1","robots_max_videopreview":"-1","robots_max_imagepreview":"large","priority":null,"frequency":"default","local_seo":null,"breadcrumb_settings":null,"limit_modified_date":false,"ai":null,"created":"2024-07-31 09:08:55","updated":"2024-10-04 10:40:16","seo_analyzer_scan_date":null,"focus_keyword":null,"additional_keywords":null,"truseo_locale":null},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/31"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49878"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49878\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":50660,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49878\/revisions\/50660"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/50508"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=49878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=49878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}