{"id":45521,"date":"2023-10-09T15:16:07","date_gmt":"2023-10-09T13:16:07","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=45521"},"modified":"2024-07-29T11:49:37","modified_gmt":"2024-07-29T09:49:37","slug":"le-marche-du-carbone-europeen-le-pollueur-paye-et-le-travailleur-payeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/le-marche-du-carbone-europeen-le-pollueur-paye-et-le-travailleur-payeur\/","title":{"rendered":"Le march\u00e9 du carbone europ\u00e9en, le pollueur-pay\u00e9 et le travailleur-payeur"},"content":{"rendered":"<p>Intensifier le commerce de droits d\u2019\u00e9mission et augmenter les taxes carbone, cela n\u2019am\u00e9liorera pas le climat et cela n\u2019all\u00e9gera pas les factures. Il est grand temps de sortir la transition \u00e9cologique des griffes des multinationales.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-45625\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Lava26-illus-redkitten-TRK010web01xprt01-09.png\" alt=\"\" width=\"965\" height=\"675\" \/>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En avril 2023, la commission europ\u00e9enne, puis les Etats membres, ont adopt\u00e9 le texte Fit for 55. Il s\u2019agit d\u2019un groupe de douze mesures visant \u00e0 atteindre une baisse de 55% des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre d\u2019ici 2030 par rapport \u00e0 1990. L\u2019objectif est de mettre en \u0153uvre le \u00abpacte vert europ\u00e9en\u00bb, lanc\u00e9 en 2021 par la Commission europ\u00e9enne, avec pour ambition de baisser plus rapidement les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. Parmi ces mesures est pr\u00e9vue une r\u00e9forme du march\u00e9 du carbone europ\u00e9en, aussi appel\u00e9 Emission Trading Scheme (ETS).<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Depuis 2003, l\u2019ETS constitue le c\u0153ur de la politique climatique europ\u00e9enne envers les plus grands \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre. C\u2019est-\u00e0-dire la grande industrie, la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou le transport a\u00e9rien et maritime. L\u2019id\u00e9e: chaque entreprise re\u00e7oit un plafond qui limite la quantit\u00e9 de gaz \u00e0 effet de serre qu\u2019elle peut \u00e9mettre, sous forme de quotas d\u2019\u00e9missions \u00e9changeables sur un march\u00e9. Les entreprises qui restent sous le plafond peuvent vendre leurs quotas exc\u00e9dentaires \u00e0 celles qui d\u00e9passent cette limite. Chaque ann\u00e9e, l\u2019UE r\u00e9duit le volume de quotas. La fixation d\u2019un prix pour les \u00e9missions encouragerait les entreprises \u00e0 investir dans l\u2019\u00e9cologisation de leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<blockquote><p>Les \u00e9missions de la partie du secteur a\u00e9ronautique incluse dans l\u2019ETS ont augment\u00e9 de plus de 25% entre 2010 et 2019.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Mais dans la pratique, cette politique est tr\u00e8s critiqu\u00e9e par le mouvement environnemental, car les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre ont baiss\u00e9 bien moins que pr\u00e9vu et ce nouveau march\u00e9 a permis \u00e0 certains de s\u2019enrichir. L\u2019Union europ\u00e9enne pr\u00e9voit trois r\u00e9formes, notamment pour r\u00e9pondre \u00e0 ces critiques :<\/p>\n<ul>\n<li class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-3-Lava---article-body-text-BULLETS\">R\u00e9duire plus rapidement le volume de quotas sur le march\u00e9 ETS.<\/li>\n<li class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-3-Lava---article-body-text-BULLETS\">Supprimer les quotas gratuits allou\u00e9s aux plus grands \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre et les remplacer par une taxe carbone aux fronti\u00e8re de l\u2019Europe.<\/li>\n<li class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-3-Lava---article-body-text-BULLETS\">Cr\u00e9er un second march\u00e9 du carbone, l\u2019ETS2, portant sur l\u2019essence, le diesel, le gaz et le mazout de chauffage consomm\u00e9s par les m\u00e9nages, \u00e0 partir de 2027 au plus tard et qui devrait couter 243\u20ac par famille.<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019Union europ\u00e9enne a donc choisi la course en avant : renforcer et entendre les logiques de march\u00e9 au nom du climat. Cette politique, soutenue en Belgique par le gouvernement Vivaldi risque pourtant de reproduire les m\u00eames d\u00e9fauts : permettre aux grands pollueurs de s\u2019enrichir et de manipuler les r\u00e8gles \u00e0 leurs profits. Et d\u2019en ajouter un nouveau : faire payer la pollution des g\u00e9ants fossiles par les travailleurs et leurs familles.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Acheter des droits d\u2019\u00e9mission plut\u00f4t que de les r\u00e9duire<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Si nous examinons l\u2019\u00e9volution des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre au cours des dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la crise du coronavirus, nous constatons que les \u00e9missions de l\u2019industrie soumise \u00e0 l\u2019ETS (le syst\u00e8me d\u2019\u00e9change de quotas de droits d\u2019\u00e9mission de l\u2019UE) n\u2019ont baiss\u00e9 que de 2% pendant cette p\u00e9riode. Ce r\u00e9sultat est proche du n\u00e9ant quand on sait que les \u00e9missions doivent diminuer de 100% \u00e0 l\u2019horizon 2050 si nous voulons \u00e9viter un r\u00e9chauffement incontr\u00f4lable de la plan\u00e8te. Les \u00e9missions de la partie du secteur a\u00e9ronautique incluse dans l\u2019ETS ont m\u00eame augment\u00e9 de plus de 25% entre 2010 et 2019.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ainsi, l\u2019ETS n\u2019a pratiquement aucun effet sur les \u00e9missions des secteurs polluants qu\u2019il est cens\u00e9 r\u00e9duire drastiquement. Mais comment cela se fait-il? En th\u00e9orie, fixer un prix sur le CO2 devrait encourager les pollueurs \u00e0<\/p>\n<figure id=\"attachment_45474\" aria-describedby=\"caption-attachment-45474\" style=\"width: 598px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-45474\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/DeMuer_CaitlinBW-598x600.jpeg\" alt=\"\" width=\"598\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-45474\" class=\"wp-caption-text\">Caitlin De Muer a travaill\u00e9 sur les questions de climat et d\u2019environnement \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants. Elle travaille actuellement pour Medecine pour le Peuple.<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">r\u00e9duire leurs \u00e9missions de carbone, car c\u2019est financi\u00e8rement plus int\u00e9ressant \u00e0 long terme. Toutefois, ce n\u2019est pas du tout comme \u00e7a que cela se passe dans un march\u00e9 capitaliste. Sous le capitalisme, les entreprises se concentrent uniquement sur la maximisation des profits \u00e0 court terme. Et \u00e0 court terme, il est plus rentable pour les entreprises de racheter des droits d\u2019\u00e9mission, plut\u00f4t que de r\u00e9aliser les investissements n\u00e9cessaires pour r\u00e9duire leurs \u00e9missions, et donc acheter moins de quotas.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En fait, il y a une contradiction forte dans la logique du march\u00e9 du carbone. Le syst\u00e8me ETS pousse \u00e0 investir dans des changements marginaux, dont le co\u00fbt doit \u00eatre inf\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019achat de quotas suppl\u00e9mentaires pour couvrir les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre qui sont \u00e9vit\u00e9es par ces investissements. Or, la transformation de la production n\u00e9cessaire pour r\u00e9duire les \u00e9missions chez les gros pollueurs exige de beaucoup plus gros investissements, qui s\u2019amortissent sur le long terme. Par exemple, utiliser de l\u2019hydrog\u00e8ne ou de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 la place du gaz, du charbon ou p\u00e9trole dans la production d\u2019acier, de produits chimiques, de papier ou de b\u00e9ton demande une transformation compl\u00e8te de la production, ce que d\u00e9courage la logique \u00e0 court terme du march\u00e9 du carbone europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour contourner ce d\u00e9faut fondamental, l\u2019Union europ\u00e9enne a tent\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de r\u00e9duire les quotas d\u2019\u00e9missions disponibles sur le march\u00e9, comme elle entend le faire de nouveau dans les prochaines ann\u00e9es. L\u2019objectif est de faire remonter le prix des quotas pour inciter \u00e0 investir. Mais dans les faits cela ne fonctionne pas, car les grands industriels ont de nombreuses mani\u00e8res de d\u00e9tourner ce march\u00e9 \u00e0 leur profit.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Les vrais pollueurs ne paient pas<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Bien entendu, les entreprises polluantes ne vont pas payer leurs \u00e9missions de carbone avec le sourire. Gr\u00e2ce \u00e0 un lobbying habile, elles ont toujours veill\u00e9 \u00e0 ce que le syst\u00e8me comporte des failles qui leur permettent de minimiser les montants qu\u2019elles doivent payer et de r\u00e9cup\u00e9rer cet argent par d\u2019autres moyens. Leur argument est que si elles doivent payer leurs \u00e9missions de carbone, elles souffrent d\u2019un d\u00e9savantage concurrentiel par rapport aux entreprises situ\u00e9es en dehors de l\u2019Union europ\u00e9enne. Cela entra\u00eenerait soi-disant une \u00abfuite du carbone\u00bb : les entreprises, au lieu de r\u00e9duire leurs \u00e9missions, quitteraient l\u2019UE pour s\u2019installer dans des endroits o\u00f9 elles pourront continuer \u00e0 polluer sans avoir \u00e0 payer.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les entreprises sont indemnis\u00e9es de deux mani\u00e8res pour le d\u00e9savantage concurrentiel potentiel caus\u00e9 par l\u2019ETS. Premi\u00e8rement, les pays peuvent reverser \u00e0 leurs industries les revenus issus de la vente aux ench\u00e8res des quotas, afin de les aider \u00e0 faire face \u00e0 la hausse des co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie imputable \u00e0 l\u2019ETS. (En effet, le secteur de l\u2019\u00e9nergie r\u00e9percute le co\u00fbt de ses droits d\u2019\u00e9mission sur ses prix.) Ainsi, en 2021, 14 \u00c9tats membres de l\u2019UE ont revers\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 2,4 milliards d\u2019euros \u00e0 leurs industries en guise de \u00abcompensation des co\u00fbts indirects des \u00e9missions\u00bb. En Belgique, la r\u00e9gion flamande en est un triste exemple. Si l\u2019industrie \u00e0 forte consommation \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019a re\u00e7u \u00abque\u00bb 147 millions d\u2019euros de soutien li\u00e9 aux \u00e9missions au cours de la p\u00e9riode 2015-2018, elle percevra 173 millions d\u2019euros pour la seule ann\u00e9e 2023.<\/p>\n<blockquote><p>En 2021, 14 \u00c9tats membres de l\u2019UE ont revers\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 2,4 milliards d\u2019euros aux industries pour compenser \u00abdes co\u00fbts indirects<br \/>\ndes \u00e9missions\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Deuxi\u00e8mement, et c\u2019est beaucoup plus important, l\u2019industrie et l\u2019aviation re\u00e7oivent l\u2019essentiel de leurs quotas gratuitement. \u00c0 l\u2019origine, il s\u2019agissait d\u2019une mesure temporaire destin\u00e9e \u00e0 donner aux entreprises le temps de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un prix sur les \u00e9missions. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019encourager les entreprises \u00e0 investir dans des mesures visant \u00e0 r\u00e9duire leurs \u00e9missions de carbone, de mani\u00e8re \u00e0 ce que le co\u00fbt soit moindre pour elles d\u00e8s lors que les \u00e9missions deviendraient enti\u00e8rement payantes. Seulement, gr\u00e2ce au lobbying des secteurs polluants, cette mesure d\u2019exemption temporaire est toujours en place apr\u00e8s deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">De plus, l\u2019ampleur de la distribution des quotas d\u2019\u00e9mission gratuits est beaucoup plus importante que pr\u00e9vu. Lors de son introduction, l\u2019objectif \u00e9tait que seule une part minime des quotas d\u2019\u00e9mission soit distribu\u00e9e gratuitement. Mais le crit\u00e8re d\u2019attribution \u00e9tant beaucoup trop bas, les quotas gratuits sont devenus la r\u00e8gle plut\u00f4t que l\u2019exception. Ainsi, en 2017, 2018 et 2019 (les derni\u00e8res ann\u00e9es pour lesquelles nous disposons de chiffres), l\u2019industrie europ\u00e9enne a re\u00e7u des quotas gratuits \u00e0 hauteur de respectivement 98,8%, 96,8% et 97,5% de ses \u00e9missions. En 2016, elle a m\u00eame re\u00e7u plus de quotas gratuits que ce dont elle avait besoin pour couvrir toutes ses \u00e9missions.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans la pratique, les grands pollueurs peuvent donc continuer \u00e0 \u00e9mettre du carbone pratiquement gratuitement. Pire encore, ils peuvent m\u00eame en tirer un bon profit. En effet, bien que ces entreprises re\u00e7oivent la grande majorit\u00e9 de leurs quotas gratuitement, elles les r\u00e9percutent sur leurs prix au taux du march\u00e9. Elles facturent un co\u00fbt qui en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019existe pas, et r\u00e9alisent donc un profit pur et simple. Par cons\u00e9quent, au lieu de faire payer les gros pollueurs pour leurs \u00e9missions de carbone, l\u2019ETS leur permet de r\u00e9aliser des surprofits. Entre 2008 et 2019, l\u2019industrie \u00e0 haute consommation d\u2019\u00e9nergie a ainsi r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 elle seule 50 milliards d\u2019euros de surprofits gr\u00e2ce aux quotas d\u2019\u00e9mission gratuits. Au total, l\u2019industrie belge aurait d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 2,1 milliards d\u2019euros gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ETS, selon les r\u00e9v\u00e9lations du magazine Knack, fin 2020. Le titre de l\u2019article r\u00e9sumait bien la situation : \u00abLe pollueur ne paie pas, il est pay\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Enfin, si cette distribution des quotas gratuits \u00e9tait cens\u00e9e prot\u00e9ger l\u2019emploi dans l\u2019industrie, il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. Les g\u00e9ants de l\u2019acier, du ciment ou de la (p\u00e9tro)chimie, pourtant grands b\u00e9n\u00e9ficiaires de ces quotas gratuits, ont ferm\u00e9 de nombreuses usines en Europe. Comble du cynisme, \u00e0 cette occasion, ils ont m\u00eame pu revendre les quotas de CO2 exc\u00e9dentaires suite \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la production. Par exemple, rien que pour les hauts-fourneaux wallons alors \u00e0 l\u2019arr\u00eat, ArcelorMittal aurait r\u00e9colt\u00e9 plus de 200 millions par ce m\u00e9canisme entre 2008 et 2010.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Taxe carbone aux fronti\u00e8res : faire payer le pollueur non europ\u00e9en<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">On constate donc \u00e9videmment que les entreprises europ\u00e9ennes ne sont pas incit\u00e9es financi\u00e8rement \u00e0 investir pour rendre leurs activit\u00e9s plus \u00e9cologiques. La r\u00e9ponse classique des partisans de l\u2019\u00e9cologie lib\u00e9rale est de plaider pour la fin de la gratuit\u00e9 des quotas d\u2019\u00e9mission. C\u2019est \u00e9galement ce que la r\u00e9forme de l\u2019ETS vise \u00e0 faire en partie. Pour la production de fer, d\u2019acier, de ciment, d\u2019aluminium, d\u2019engrais, d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019hydrog\u00e8ne, les quotas gratuits seront progressivement supprim\u00e9s entre 2026 et 2034. Parall\u00e8lement, une taxe carbone aux fronti\u00e8res ext\u00e9rieures de l\u2019Union (Carbon Border Adjustment Mechanism ou CBAM) sera introduite pour ces produits, de sorte que les importations en provenance de pays tiers seront soumises \u00e0 la m\u00eame quantit\u00e9 de droits d\u2019\u00e9mission que la production europ\u00e9enne, prot\u00e9geant ainsi l\u2019industrie europ\u00e9enne d\u2019un d\u00e9savantage concurrentiel sur le march\u00e9 europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Selon les \u00e9cologistes europ\u00e9ens, le CBAM est un syst\u00e8me gagnant-gagnant pour le climat tant au niveau europ\u00e9en que mondial, et il garantit une concurrence verte et loyale dans l\u2019industrie. L\u2019eurod\u00e9put\u00e9e des Verts, Sara Matthieu, l\u2019a exprim\u00e9 en ces termes : \u00abLa taxe aux fronti\u00e8res garantit que les producteurs europ\u00e9ens ne soient pas les seuls \u00e0 payer pour leur pollution climatique, en visant \u00e9galement ceux qui se trouvent en dehors de l\u2019Europe. Nous faisons ainsi d\u2019une pierre deux coups : nous cr\u00e9ons des conditions de concurrence \u00e9quitables pour toutes les entreprises partout dans le monde, ET le pollueur paie.\u00bb Mais cette affirmation est fausse \u00e0 deux titres.<\/p>\n<blockquote><p>ArcelorMittal aurait r\u00e9colt\u00e9 plus de 200 millions pour ses hauts-fourneaux wallons \u00e0 l\u2019arr\u00eat gr\u00e2ce au syst\u00e8me ETS entre 2008 et 2010.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le pollueur \u2014 europ\u00e9en ou non \u2014 ne paie pas du tout. Il peut toujours r\u00e9percuter le co\u00fbt de ses quotas d\u2019\u00e9mission directement sur les citoyens et continuer \u00e0 polluer all\u00e8grement. Et s\u2019il devait tout de m\u00eame \u0153uvrer \u00e0 r\u00e9duire ses \u00e9missions de carbone, le CBAM lui permet de le r\u00e9percuter sur le prix aux consommateurs. Le PDG d\u2019ArcelorMittal Europe l\u2019explique ainsi : \u00abProduire de l\u2019acier de mani\u00e8re \u00e9cologique co\u00fbtera environ 150 \u00e0 200 euros de plus par tonne. [\u2026] Un m\u00e9canisme d\u2019ajustement carbone aux fronti\u00e8res garantira que le CO2 de l\u2019acier entrant soit tax\u00e9 au m\u00eame taux que celui qui est produit dans le pays. Cela entra\u00eenera \u00e9videmment une hausse des prix de l\u2019acier. Mais qu\u2019est-ce que cela signifiera pour les consommateurs? Prenons l\u2019exemple d\u2019une voiture. Une voiture est constitu\u00e9e d\u2019environ une tonne d\u2019acier qui co\u00fbtera 150 \u00e0 200 euros de plus. Cela fera donc augmenter le prix de la voiture de 150 \u00e0 200 euros.\u00bb<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">L\u2019id\u00e9e de favoriser l\u2019industrie europ\u00e9enne et de d\u00e9savantager l\u2019industrie non europ\u00e9enne par le biais du CBAM suscite \u00e9videmment la col\u00e8re des autres blocs commerciaux. Tant avec les \u00c9tats-Unis qu\u2019avec la Chine, un diff\u00e9rend au sein de l\u2019Organisation mondiale du commerce se profile \u00e0 l\u2019horizon. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas une co\u00efncidence si l\u2019Inflation Reduction Act <span id='easy-footnote-1-45521' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/le-marche-du-carbone-europeen-le-pollueur-paye-et-le-travailleur-payeur\/#easy-footnote-bottom-1-45521' title='Large programme de lutte contre l\u2019inflation et de relance \u00e9conomique, mis en place par Joe Biden et visant \u00e0 soutenir les investissements sur le sol am\u00e9ricain'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>\u00a0a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par les \u00c9tats-Unis pendant la n\u00e9gociation du CBAM. Ce train de mesures vise en effet \u00e0 inciter les entreprises \u00e0 s\u2019\u00e9tablir aux \u00c9tats-Unis pour y d\u00e9velopper leurs activit\u00e9s \u00e9cologiques, par le biais de l\u2019octroi de g\u00e9n\u00e9reuses subventions et r\u00e9ductions fiscales.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Peu \u00e0 peu, les premiers signes d\u2019une guerre commerciale verte, d\u00e9clench\u00e9e par le CBAM, sont de plus en plus visibles avec, \u00e0 la cl\u00e9, des risques r\u00e9els de pertes d\u2019emplois dans l\u2019industrie europ\u00e9enne. Par exemple, l\u2019entreprise Tesla a r\u00e9cemment annonc\u00e9 qu\u2019elle construirait sa plus grande usine de batteries au monde aux \u00c9tats-Unis, et non en Allemagne comme pr\u00e9vu initialement. D\u2019apr\u00e8s l\u2019ONG transport&amp;Environnement, deux tiers des usines de batteries projet\u00e9es en Europe, qui seraient n\u00e9cessaires pour stocker l\u2019\u00e9nergie renouvelable ou faire rouler des bus et voitures \u00e9lectriques, ainsi que les emplois qui vont avec, risquent de ne pas voir le jour. Et d\u2019\u00eatre construites aux Etats-Unis, en raison des aides publiques plus g\u00e9n\u00e9reuses et des prix plus bas de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans une vaine tentative d\u2019\u00e9viter un conflit commercial avec les \u00c9tats-Unis, l\u2019accord sur le CBAM pr\u00e9voit une exemption pour les importations en provenance de pays ayant des \u00abpolitiques climatiques \u00e9quivalentes\u00bb. La Commission europ\u00e9enne a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 que les \u00c9tats-Unis pourraient y recourir. \u00c0 l\u2019heure actuelle, il est d\u00e9j\u00e0 clair que l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019UE de ce qu\u2019est une \u00abpolitique climatique \u00e9quivalente\u00bb favorisera principalement des partenaires strat\u00e9giques sur la sc\u00e8ne g\u00e9opolitique. C\u2019est pourquoi la Chine, ainsi que ses partenaires des BRICS (Br\u00e9sil, Inde et Afrique du Sud), invoquent la convention des Nations unies sur le climat pour qualifier le CBAM de barri\u00e8re commerciale discriminatoire.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En effet, celui-ci viole le principe des \u00abresponsabilit\u00e9s partag\u00e9es mais diff\u00e9renci\u00e9es et des capacit\u00e9s respectives\u00bb. En vertu de ce principe, les pays d\u00e9velopp\u00e9s, qui portent historiquement une plus grande responsabilit\u00e9 dans la crise climatique, doivent faire davantage que les pays en d\u00e9veloppement pour la contrer. En ce sens, il est injuste d\u2019attendre de l\u2019industrie des pays du Sud le m\u00eame rythme de r\u00e9duction d\u2019\u00e9missions qu\u2019au Nord \u00e0 moins que le Nord ne fournisse au Sud les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Or, le CBAM fait exactement le contraire. L\u2019industrie du Sud est doublement p\u00e9nalis\u00e9e : elle ne re\u00e7oit aucune aide du Nord pour se d\u00e9velopper de mani\u00e8re durable, et elle doit maintenant payer des droits d\u2019importation \u00e9lev\u00e9s pour acc\u00e9der au march\u00e9 europ\u00e9en. Au lieu d\u2019inciter l\u2019industrie du Sud \u00e0 devenir plus \u00e9cologique, l\u2019Union europ\u00e9enne lui met des b\u00e2tons dans les roues avec le CBAM, puisque la taxe carbone aux fronti\u00e8res r\u00e9duira la marge d\u2019investissement des pays du Sud.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les belles paroles de l\u2019UE qui pr\u00e9tend que le CBAM prot\u00e9gerait les emplois de l\u2019industrie en Europe sont rapidement mises \u00e0 mal par la r\u00e9alit\u00e9. Car, dans les faits, le CBAM n\u2019impose aucune obligation aux monopoles industriels de maintenir ou de d\u00e9velopper l\u2019emploi en Europe. C\u2019est tout sauf une mesure sociale pour la classe travailleuse europ\u00e9enne. Il ne fait que d\u00e9clencher une course entre les blocs commerciaux en termes de r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts et d\u2019aides d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019industrie.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le CBAM est une victoire sur toute la ligne pour les monopoles industriels europ\u00e9ens. En effet, en plus de d\u00e9savantager l\u2019industrie \u00e9trang\u00e8re sur le march\u00e9 europ\u00e9en, il permettra aux entreprises de l\u2019Union europ\u00e9enne de b\u00e9n\u00e9ficier pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie de quotas gratuits, qui leur permettront de r\u00e9aliser des surprofits sans r\u00e9duire leurs \u00e9missions de carbone. Ensuite, elles pourront b\u00e9n\u00e9ficier des recettes du CBAM par le biais des diff\u00e9rents fonds dans lesquels l\u2019UE les versera. Au bout du compte, il n\u2019y a toujours pas de r\u00e9glementation contraignante les obligeant \u00e0 investir dans la r\u00e9duction de leurs \u00e9missions.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Les citoyens paient de plus en plus<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La politique climatique de l\u2019UE, fond\u00e9e sur le march\u00e9, est le meilleur alli\u00e9 des monopoles europ\u00e9ens. Elle leur rapporte beaucoup d\u2019argent et cr\u00e9e l\u2019illusion qu\u2019ils font quelque chose pour r\u00e9duire leurs \u00e9missions de carbone, sans qu\u2019aucune r\u00e9glementation ne les oblige \u00e0 le faire r\u00e9ellement. C\u2019est pourquoi les grands pollueurs sont terrifi\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019ETS soit remplac\u00e9 par une r\u00e9glementation contraignante. Gr\u00e2ce au lobbying massif des industries polluantes, l\u2019ETS est plus populaire que jamais aupr\u00e8s des d\u00e9cideurs politiques europ\u00e9ens. En cons\u00e9quence, de plus en plus de secteurs sont inclus dans ce syst\u00e8me. Alors qu\u2019au d\u00e9part, l\u2019ETS ne comprenait que l\u2019industrie lourde et le secteur de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019aviation intra-europ\u00e9enne a rapidement \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e. Le transport nautique, quant \u00e0 lui, suivra \u00e0 partir de 2024. Les consommateurs europ\u00e9ens peuvent donc compter sur le fait que s\u2019ils ach\u00e8tent un produit qui a \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 par bateau, ils contribuent d\u00e9sormais \u00e0 payer les \u00e9missions de carbone li\u00e9es au transport nautique.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Le commerce de droits d\u2019\u00e9mission est d\u00e9sormais \u00e9galement envisag\u00e9 pour la pollution qui touche davantage le quotidien des citoyens. Les gouvernements refusant d\u2019investir s\u00e9rieusement dans des transports publics de qualit\u00e9 et abordables, dans la r\u00e9novation \u00e9nerg\u00e9tique des habitations et dans les syst\u00e8mes de chauffage aux \u00e9nergies renouvelables, ceux-ci ont essay\u00e9 d\u2019instaurer de plus en plus de taxes carbone sur le mazout, le gaz, le diesel et l\u2019essence au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, afin d\u2019atteindre leurs objectifs climatiques en mati\u00e8re de transport et de chauffage. Toutefois, ces mesures se sont toujours heurt\u00e9es \u00e0 une forte r\u00e9sistance populaire. Ainsi, lorsque le pr\u00e9sident Macron a tent\u00e9 de le faire en France, il s\u2019est attir\u00e9 les foudres des gilets jaunes.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En Belgique, lorsque la Ministre f\u00e9d\u00e9rale du climat Zakia Khattabi (Ecolo) a mis sur la table une taxe carbone belge \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2020, l\u2019impopularit\u00e9 de la mesure l\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 retirer son projet.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Mais cette taxe carbone menace cette fois de nous \u00eatre impos\u00e9e au niveau europ\u00e9en. C\u2019est le principe de l\u2019ETS 2, approuv\u00e9 par le Parlement europ\u00e9en au printemps 2023. L\u2019id\u00e9e? \u00c9tendre le march\u00e9 du carbone europ\u00e9en aux \u00e9missions li\u00e9es au carburant des voitures ainsi qu\u2019au gaz et au mazout de chauffage. Les producteurs de carburant doivent donc acheter des quotas d\u2019\u00e9mission (l\u00e0, il n\u2019est pas question de quotas gratuits) et l\u2019intention explicite est de r\u00e9percuter ces achats sur le consommateur final, afin qu\u2019il modifie son comportement. Une extension de l\u2019ETS qui a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e par le PS et Vooruit, Les Engag\u00e9s et le CD&amp;V, le MR et l\u2019OpenVLD ainsi que les \u00e9cologistes francophones. Ainsi, ceux qui disaient renoncer \u00e0 la taxe carbone au sein du gouvernement Vivaldi ont, en fait, poursuivi le travail au niveau europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Si cette taxe carbone qui ne dit pas son nom est mise en place, se chauffer au gaz ou au mazout co\u00fbtera en moyenne 170\u20ac de plus et le prix du litre de carburant augmentera de 10 centimes \u00e0 partir de 2027, soit 243\u20ac de taxes par famille en moyenne. Ainsi, les consommateurs paient, alors que leurs patrons, qui peuvent s\u2019offrir un jet priv\u00e9 ou un yacht, eux, ne paient toujours rien dans le cadre de l\u2019ETS. En effet, les jets priv\u00e9s et les yachts b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une exemption de l\u2019ETS pour le transport nautique et a\u00e9ronautique. Un travailleur qui doit se rendre au travail en voiture parce qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019alternative durable n\u2019\u00e9met qu\u2019une fraction du carbone \u00e9mis par le PDG qui parcourt le monde dans son jet priv\u00e9. Pourtant, le PDG n\u2019est pas tax\u00e9, et le travailleur doit payer 45 euros par tonne de CO2, un montant qui sera \u00e9galement index\u00e9 avec l\u2019inflation. Ainsi, avec l\u2019ETS, les citoyens se voient invariablement refiler la facture de la pollution des grandes entreprises.<\/p>\n<blockquote><p>Zakia Khattabi (Ecolo) a propos\u00e9 une taxe carbone belge fin 2020, l\u2019impopularit\u00e9 de la mesure l\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 retirer son projet.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En outre, le prix du carbone fix\u00e9 par l\u2019ETS est une taxe forfaitaire, et les taxes forfaitaires sont toujours r\u00e9gressives : elles accroissent les in\u00e9galit\u00e9s parce qu\u2019elles p\u00e8sent plus lourdement sur les personnes aux revenus les plus bas, qui ne peuvent souvent pas y \u00e9chapper parce qu\u2019elles n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 une alternative. C\u2019est d\u2019autant plus dramatique lorsque cela concerne des besoins fondamentaux, tels que le transport et le chauffage, comme dans le nouvel ETS.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ainsi, les partisans de la tarification du carbone oublient toujours leur premi\u00e8re le\u00e7on d\u2019\u00e9conomie, celle sur l\u2019in\u00e9lasticit\u00e9 de la demande par rapport au prix. Pour les produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, la demande n\u2019est pas \u00e9lastique en fonction du prix. Lorsque les prix augmentent, la demande diminue \u00e0 peine, comme en t\u00e9moignent tous les Belges qui continuent \u00e0 payer leurs factures d\u2019\u00e9nergie absurdement \u00e9lev\u00e9es. Apr\u00e8s cette crise \u00e9nerg\u00e9tique, ceux qui le peuvent auront investi dans des solutions alternatives de chauffage et de transport. Ceux qui ne le peuvent pas sont laiss\u00e9s sur le carreau : la pauvret\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie et de transport atteint des sommets. Une taxe carbone par-dessus des prix de l\u2019\u00e9nergie \u00e9lev\u00e9s n\u2019aura que peu d\u2019effet sur le climat, et provoquera surtout une grande mis\u00e8re sociale.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Le march\u00e9, garant d\u2019une transition injuste<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Une politique climatique fond\u00e9e sur la logique de march\u00e9 est non seulement inefficace, mais aussi fondamentalement antisociale. En effet, elle se trompe toujours d\u2019ennemis. En fin de course, la facture de la tarification du carbone retombe toujours sur le consommateur. Pourtant, dans le fond, c\u2019est le producteur qui engendre la pollution : c\u2019est lui qui poss\u00e8de les moyens de production et qui d\u00e9termine quelles options sont offertes aux consommateurs pour satisfaire leurs besoins. Il est fondamentalement injuste que la politique climatique men\u00e9e par l\u2019interm\u00e9diaire du march\u00e9 p\u00e9nalise les citoyens pour la pollution qui leur est impos\u00e9e par les choix des entreprises. Cependant, les gouvernements consid\u00e8rent qu\u2019il est plus facile de faire payer les travailleurs et travailleuses ordinaires et de confier les r\u00eanes aux grandes entreprises.<br \/>\nPendant ce temps, cinq compagnies p\u00e9troli\u00e8res parmi les plus grandes au monde (Shell, BP, ExxonMobil, Chevron et TotalEnergies) ont r\u00e9alis\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices annuels records en 2022 : environ 200 milliards de dollars. Sur ce montant, elles ne paient pas un centime pour les \u00e9missions de carbone et les perturbations climatiques catastrophiques caus\u00e9es par leurs activit\u00e9s. Elles ne sont pas non plus oblig\u00e9es d\u2019investir cet argent dans la r\u00e9orientation de leur production vers les \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Ce d\u00e9s\u00e9quilibre dans la politique climatique europ\u00e9enne engendre une aversion pour celle-ci aupr\u00e8s d\u2019un nombre grandissant de citoyens. Les politiques climatiques n\u00e9olib\u00e9rales qui r\u00e9percutent la facture sur la classe travailleuse donnent du grain \u00e0 moudre aux climato-sceptiques. Ces derniers sugg\u00e8rent \u00e0 qu\u2019il serait moins co\u00fbteux pour les travailleurs de ne rien faire pour le climat. Les climato-sceptiques ne d\u00e9fendent pas les int\u00e9r\u00eats de la classe travailleuse, mais ceux des monopoles des \u00e9nergies fossiles qui les financent. L\u2019absence de politique climatique est en effet toujours une bonne nouvelle pour les multinationales du charbon, du p\u00e9trole et du gaz. En coulisses, les climato-sceptiques d\u2019extr\u00eame droite montrent leur vrai visage en d\u00e9fendant invariablement les int\u00e9r\u00eats du patronat le plus conservateur et le plus r\u00e9actionnaire. Ils votent toujours pour des politiques de lib\u00e9ralisation qui d\u00e9truisent les services publics tels que les transports publics. Ils votent toujours contre les plans d\u2019investissement public qui offriraient \u00e0 la classe travailleuse des alternatives vertes moins co\u00fbteuses. Et ils votent syst\u00e9matiquement contre les taxes sur les surprofits des monopoles de l\u2019\u00e9nergie visant \u00e0 faire diminuer les prix de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La crise actuelle de l\u2019\u00e9nergie montre une fois de plus que le climato-scepticisme est un pi\u00e8ge pour la classe travailleuse. Car elle paie la facture de notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles, via les hausses des prix de l\u2019\u00e9nergie. Cependant, la politique climato-\u00e9litiste de l\u2019Union europ\u00e9enne, fond\u00e9e sur le march\u00e9, donne aux climato-sceptiques d\u2019extr\u00eame droite la possibilit\u00e9 de s\u00e9duire la classe travailleuse en se donnant une image pseudo-sociale alors qu\u2019ils n\u2019ont jamais d\u00e9fendu les int\u00e9r\u00eats des travailleurs&#8230;<\/p>\n<blockquote><p>Les partisans de la tarification du carbone oublient toujours que la demande n\u2019est pas \u00e9lastique en fonction du prix pour l&rsquo;\u00e9nergie.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Les d\u00e9cideurs europ\u00e9ens savent \u00e9galement que leur taxe carbone est per\u00e7ue comme particuli\u00e8rement injuste. C\u2019est pourquoi ils la parent de propositions de correction sociale qui, \u00e0 en croire certains responsables politiques, comme la ministre f\u00e9d\u00e9rale Khattabi, pourraient m\u00eame entra\u00eener une redistribution, des riches vers les pauvres. Leur argument favori est qu\u2019il faut de l\u2019argent pour investir dans la mobilit\u00e9, le logement et le chauffage durables, qu\u2019ils peuvent couvrir ces investissements avec les recettes de la taxe carbone et que ces investissements profiteraient principalement aux couches les plus pauvres de la population. Mais les montants pr\u00e9vus ne compensent pas les cons\u00e9quences sociales\u2026 La d\u00e9put\u00e9e europ\u00e9enne Groen, Sara Matthieu, qui s\u2019est abstenue lors du vote de l\u2019ETS2, a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de le reconna\u00eetre : \u201cRien qu\u2019en Flandre, le co\u00fbt des r\u00e9novations des logements des groupes vuln\u00e9rables se situe entre 1,4 et 6 milliards par an. Les personnes \u00e0 faibles revenus ont d\u00e9sormais peu d\u2019alternatives disponibles, elles ont juste besoin d\u2019aide pour sortir de la pauvret\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et de la mobilit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Surtout, la taxe carbone va peser sur l\u2019ensemble de la classe travailleuse, pas uniquement sur les plus fragiles d\u2019entre eux, m\u00eame s\u2019ils seront encore plus frapp\u00e9s. Une correction marginale sera donc compl\u00e8tement insuffisante. Si l\u2019on veut que le financement de la transition soit r\u00e9ellement progressif pour les citoyens, il vaudrait mieux instaurer un imp\u00f4t sur la fortune ou un imp\u00f4t sur le revenu plus progressif.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-intertitle---streamer---1-Col--_3-3-Lava---article-INTERTITLE---C\">Pour une politique climatique et sociale, efficace et en-dehors du march\u00e9<\/h2>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour garantir des investissements climatiques justes et \u00e0 temps, le march\u00e9 n\u2019est pas la solution, ni pour les citoyens, ni pour les entreprises. Dans une \u00e9conomie capitaliste, les entreprises ne se concentrent que sur les profits \u00e0 court terme et n\u2019effectueront pas les investissements n\u00e9cessaires \u00e0 long terme, \u00e0 moins que le gouvernement ne leur donne de l\u2019argent pour cela. Et ce n\u2019est pas parce que les entreprises elles-m\u00eames manquent d\u2019argent. Avec ses 50 milliards d\u2019euros de surprofits gr\u00e2ce aux quotas d\u2019\u00e9mission gratuits, l\u2019industrie lourde aurait d\u00e9j\u00e0 pu investir beaucoup d\u2019argent pour rendre ses activit\u00e9s plus \u00e9cologiques. Les entreprises polluantes peuvent tout \u00e0 fait assumer elles-m\u00eames le co\u00fbt de leur transition, mais elles ne le feront que si on les y oblige.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Par cons\u00e9quent, il faut remplacer l\u2019ETS d\u00e8s que possible par des normes sociales et environnementales contraignantes en mati\u00e8re de r\u00e9duction des \u00e9missions, qui obligent l\u2019industrie \u00e0 investir dans sa transition. Il est aussi important que l\u2019industrie europ\u00e9enne r\u00e9alise les investissements n\u00e9cessaires au maintien durable des gens qui y travaillent. Il est donc essentiel que les travailleurs prennent en main cette transition en formulant leurs propres propositions. Cela am\u00e8nera \u00e0 des d\u00e9cisions d\u2019investissements plus durables qui rendront plus difficile la d\u00e9localisation des entreprises. Dans son article, Acier vert : reprendre la transition industrielle entre nos mains, Max Vancauwenberge pointe le r\u00f4le cl\u00e9 des syndicats pour mener une transition efficace qui permet de prot\u00e9ger et d\u00e9velopper l\u2019emploi dans la sid\u00e9rurgie europ\u00e9enne. <span id='easy-footnote-2-45521' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/le-marche-du-carbone-europeen-le-pollueur-paye-et-le-travailleur-payeur\/#easy-footnote-bottom-2-45521' title='Max Vancauwenberge, \u00abAcier vert : reprendre la transition industrielle entre nos mains\u00bb, Lava 23, d\u00e9cembre 2022.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<blockquote><p>Avec 100% d\u2019\u00e9nergie renouvelable entre nos mains, nous ferions de l\u2019Europe un espace attrayant pour une r\u00e9industrialisation durable.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Si nous voulons prot\u00e9ger notre tissu industriel en Europe dans la course \u00e0 la transition verte, nous devrions nous pencher sur la disponibilit\u00e9 d\u2019\u00e9nergies renouvelables abordables au lieu d\u2019envisager des taxes carbone \u00e0 nos fronti\u00e8res. Aujourd\u2019hui, les prix \u00e9lev\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie d\u00e9couragent les entreprises \u00e0 investir en Europe et poussent nombre d\u2019entre elles \u00e0 mettre fin \u00e0 leurs activit\u00e9s. Ainsi, \u00e0 court terme, les gouvernements europ\u00e9ens feraient bien mieux d\u2019intervenir pour faire baisser et bloquer les prix afin de limiter la prise en otage de l\u2019\u00e9conomie par les monopoles de l\u2019\u00e9nergie. \u00c0 long terme, nous avons besoin d\u2019un grand plan d\u2019investissement public dans les \u00e9nergies renouvelables afin de r\u00e9duire notre d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des combustibles polluants provenant de l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019Europe. Avec 100% d\u2019\u00e9nergie renouvelable entre nos mains, nous ferions de l\u2019Europe un espace attrayant pour une r\u00e9industrialisation durable.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour une transition juste, il n\u2019est pas seulement important de prot\u00e9ger nos entreprises des prix \u00e9lev\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie et de la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des combustibles fossiles. Il est \u00e9galement essentiel pour les citoyens que l\u2019\u00c9tat intervienne sur les prix et l\u2019offre, et ne s\u2019en remette pas aux signaux du march\u00e9. En effet, la plupart des citoyens ne peuvent pas supporter eux-m\u00eames le co\u00fbt de l\u2019\u00e9cologisation de leur chauffage et de leur mobilit\u00e9. Dans l\u2019Union europ\u00e9enne, 75% des logements sont mal isol\u00e9s. Environ la m\u00eame proportion de d\u00e9placements est effectu\u00e9e en voiture. Voil\u00e0 le bilan d\u00e9sastreux de la politique climatique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p class=\"_-2-body-text---1-col--_3-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Tant sur le plan environnemental que social, il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me majeur qui n\u00e9cessite une r\u00e9ponse collective. Au lieu d\u2019imposer aux citoyens une taxe carbone sur les transports et le chauffage pour leur faire payer les cons\u00e9quences de d\u00e9cennies de politiques lib\u00e9rales (qu\u2019ils n\u2019ont pour la plupart jamais choisies), il est temps pour le gouvernement d\u2019investir dans la r\u00e9novation \u00e9nerg\u00e9tique du parc immobilier et dans des transports publics bien d\u00e9velopp\u00e9s, de qualit\u00e9 et abordables. Nous avons besoin d\u2019un plan d\u2019investissement public pour r\u00e9duire les \u00e9missions et am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie de la classe travailleuse. Un plan qui soit bon \u00e0 la fois pour le climat et la population.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intensifier le commerce de droits d\u2019\u00e9mission et augmenter les taxes carbone, cela n\u2019am\u00e9liorera pas le climat et cela n\u2019all\u00e9gera pas les factures. 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