{"id":42766,"date":"2023-03-16T06:56:30","date_gmt":"2023-03-16T04:56:30","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=42766"},"modified":"2024-07-29T12:08:30","modified_gmt":"2024-07-29T10:08:30","slug":"les-petits-enfants-de-mussolini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/les-petits-enfants-de-mussolini\/","title":{"rendered":"Les petits-enfants de Mussolini"},"content":{"rendered":"<p class=\"s39\">Avec les Fratelli d\u2019Italia, l\u2019Italie a obtenu un h\u00e9ritier direct du fascisme au pouvoir. L\u2019UE et le patronat n\u2019ont aucun probl\u00e8me avec cela, mais les travailleurs en paient le prix.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42892\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/BroderL.png\" alt=\"\" width=\"2008\" height=\"1406\" \/>\n<p>\u00ab \u00c0 chaque \u00e9poque son fascisme \u00bb, notait Primo Levi, survivant italien de l\u2019Holocauste. En 1922, l\u2019inventeur du fascisme Benito Mussolini et ses chemises noires ont organis\u00e9 une marche sur Rome, apr\u00e8s laquelle il r\u00e9gnerait en dictateur jusqu\u2019\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2022, beaucoup d\u2019Europ\u00e9ens ont craint un retour du fascisme en Italie. Pas de coup d\u2019\u00c9tat des chemises noires cette fois, mais une victoire \u00e9lectorale de Giorgia Meloni, en tenue soign\u00e9e, \u00e0 la t\u00eate de son parti Fratelli d\u2019Italia.<\/p>\n<p>Dans son nouveau livre\u00a0<i>Mussolini\u2019s Grandchildren<\/i>, l\u2019historien David Broder remonte aux racines id\u00e9ologiques et politiques de Fratelli d\u2019Italia. M. Broder vit et travaille en Italie depuis de nombreuses ann\u00e9es et suit de pr\u00e8s la politique italienne. Dans ses livres pr\u00e9c\u00e9dents, il a examin\u00e9 l\u2019histoire du parti communiste italien et le succ\u00e8s actuel du populisme de droite en Italie. David Broder est r\u00e9dacteur europ\u00e9en pour le magazine <i>Jacobin\u00a0<\/i>et enseigne l\u2019histoire europ\u00e9enne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Syracuse \u00e0 New-York. <i>Lava\u00a0<\/i>a eu l\u2019occasion de l\u2019interviewer en exclusivit\u00e9 sur son nouveau livre, la politique du gouvernement Meloni et les perspectives de la gauche italienne.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">Il est parfaitement conciliable \u00e0 l\u2019heure actuelle de promouvoir des id\u00e9es fascistes tout en se positionnant en faveur de l\u2019UE et de l\u2019OTAN.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La nomination de Giorgia Meloni au poste de premier ministre de l\u2019Italie le 1<span class=\"s22\">er <\/span>octobre 2022 marque l\u2019apog\u00e9e provisoire d\u2019un processus de d\u00e9composition politique qui a d\u00e9but\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 avec la dissolution des trois partis de masse traditionnels de l\u2019Italie : les communistes, les socialistes et les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates. Depuis lors, la politique italienne a \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9e par trois fl\u00e9aux : une \u00ab d\u00e9politisation \u00bb de la vie publique, o\u00f9 de nombreuses d\u00e9cisions importantes sont r\u00e9duites \u00e0 la simple application technocratique des directives de l\u2019Union europ\u00e9enne ou du Fonds mon\u00e9taire international ; une pouss\u00e9e du populisme, o\u00f9 les partis de masse ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des personnalit\u00e9s qui visent principalement la popularit\u00e9 m\u00e9diatique ; et une extr\u00eame-droitisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, o\u00f9, d\u2019une part, l\u2019extr\u00eame-droite a \u00e9t\u00e9 normalis\u00e9e et, d\u2019autre part, la gauche authentique s\u2019est vue de plus en plus accul\u00e9e \u00e0 la damnation.<\/p>\n<figure id=\"attachment_42906\" aria-describedby=\"caption-attachment-42906\" style=\"width: 975px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-42906\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/broder_davidBW.jpg\" alt=\"\" width=\"975\" height=\"975\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-42906\" class=\"wp-caption-text\">David Broder est un traducteur et un historien sp\u00e9cialiste de l\u2019extr\u00eame droite. Il est l\u2019auteur de <em>First They Took Rome : How the Populist Right Conquered Italy<\/em> (Palgrave, 2020) et <em>The Rebirth of Italian Communism 1943-44<\/em> (Verso, 2021). En mars 2023 doit para\u00eetre chez Pluto Press son nouvel ouvrage <em>Mussolini\u2019s Grandchildren : Fascism in Contemporary Italy<\/em> (litt\u00e9ralement \u00abLes petits-enfants de Mussolini : le fascisme dans l\u2019Italie contemporaine\u00bb).<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"s74\"><strong>OLIVIER GOESSENS.\u00a0<span class=\"s75\">Giorgia <\/span>Meloni et son parti Fratelli d\u2019Italia (\u00ab Fr\u00e8res d\u2019Italie \u00bb, FdI) \u00e9taient relativement inconnus dans les m\u00e9dias internationaux avant les \u00e9lections italiennes de 2022. La couverture m\u00e9diatique est \u00e9galement pass\u00e9e tr\u00e8s rapidement de la crainte d\u2019un retour au fascisme \u00e0 un ton plus apaisant, selon lequel Giorgia Meloni ne serait pas si radicale apr\u00e8s tout et que tout irait bien. Quel est r\u00e9ellement la nature du parti Fratelli d\u2019Italia ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"s77\">DAVID BRODER.\u00a0<span class=\"p\">Il existe de nombreux exemples r\u00e9cents de l\u2019\u00e9mergence de partis ou d\u2019individus d\u2019extr\u00eame droite <\/span>pour lesquels les m\u00e9dias emploient des termes tels que \u00abfascisme\u00bb avec une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 : on pense notamment \u00e0 Trump, \u00e0 Bolsonaro, voire \u00e0 certains individus de la campagne du Brexit. Dans le cas de Fratelli d\u2019Italia, toutefois, il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une analogie paresseuse, d\u2019une avanie ou d\u2019un simple attribut servant \u00e0 les qualifier d\u2019extr\u00eames. En tant qu\u2019organisation, Fratelli d\u2019Italia est un h\u00e9ritier direct du fascisme historique. Les insignes et le pass\u00e9 dont se revendique Fratelli d\u2019Italia font r\u00e9f\u00e9rence au MSI (Movimento Sociale Italiano,<\/p>\n<p>\u00ab Mouvement social italien \u00bb), parti fond\u00e9 par les fascistes en 1946 apr\u00e8s leur d\u00e9faite lors de la Seconde Guerre mondiale. Un des co-fondateurs du MSI, Giorgio Almirante, avait figur\u00e9 parmi les chefs de file du r\u00e9gime fasciste et \u00e9tait le r\u00e9dacteur en chef du magazine raciste\u00a0<i>La Difesa de la Razza\u00a0<\/i>(\u00ab La d\u00e9fense de la race \u00bb). Giorgia Meloni le d\u00e9crit constamment comme son pr\u00e9d\u00e9cesseur id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Le MSI \u00e9tait aussi un parti ouvertement n\u00e9o-fasciste. Almirante voyait le fascisme comme un id\u00e9al social. Cela a chang\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, lorsque le parti a chang\u00e9 son nom en Alleanza Nazionale (\u00ab Alliance nationale \u00bb) et a adopt\u00e9 le label \u00abpost-fasciste\u00bb. Ce faisant, ils ont cherch\u00e9 \u00e0 se revendiquer de la tradition fasciste, afin de garder les partisans de la ligne dure de leur c\u00f4t\u00e9, tout en prenant un peu de distance par rapport \u00e0 la dictature de Mussolini.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi \u00e0 cette \u00e9poque que la jeune Giorgia Meloni est devenue active au sein du parti, bien que dans une interview tristement c\u00e9l\u00e8bre accord\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise, elle ait qualifi\u00e9 Mussolini de \u00abbon politicien\u00bb. En 2012, elle a fond\u00e9 Fratelli d\u2019Italia, qu\u2019elle d\u00e9crit non pas comme un parti fasciste ou post-fasciste, mais comme un parti conservateur. Dans les faits, Fratelli d\u2019Italia combine des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019id\u00e9ologie fasciste, notamment en ce qui concerne le pass\u00e9 de l\u2019Italie, l\u2019identit\u00e9 italienne et certaines th\u00e9ories conspirationnistes racistes, avec des id\u00e9es conservatrices et nationalistes moins radicales. Ainsi, le vieux courant fasciste se trouve int\u00e9gr\u00e9 dans une droite plus large.<\/p>\n<figure id=\"attachment_42933\" aria-describedby=\"caption-attachment-42933\" style=\"width: 263px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-42933\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Olivier-GoessensBW.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"263\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-42933\" class=\"wp-caption-text\">Olivier Goessens collabore au service d\u2019\u00e9tudes du PTB.\u00a0 Il a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019histoire et a \u00e9t\u00e9 actif pendant des ann\u00e9es au sein de Comac, le mouvement \u00e9tudiant du PTB. Il a ensuite travaill\u00e9 quelques ann\u00e9es dans un supermarch\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le titre de mon livre,\u00a0<i>Mussolini\u2019s Grandchildren<\/i>, fait en partie litt\u00e9ralement r\u00e9f\u00e9rence aux petits-enfants de l\u2019ancien dictateur qui sont aujourd\u2019hui actifs dans des partis d\u2019extr\u00eame droite tels que Fratelli d\u2019Italia. Il fait cependant \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un changement de g\u00e9n\u00e9ration. Je pense qu\u2019il est important de reconna\u00eetre que les partis d\u2019extr\u00eame-droite actuels en Italie sont dangereux d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente du fascisme des ann\u00e9es 1930. Il serait toutefois trompeur d\u2019affirmer qu\u2019ils sont pass\u00e9s au rang des partis traditionnels. Selon moi, les partis et organisations fascistes traditionnels trouvent aujourd\u2019hui un terrain d\u2019entente avec des forces conservatrices et nationalistes plus conventionnelles autour d\u2019un r\u00e9cit du d\u00e9clin de la civilisation occidentale et de l\u2019identit\u00e9 nationale. Un autre point de confusion dans les m\u00e9dias internationaux tient \u00e0 l\u2019attitude positive affich\u00e9e par Giorgia Meloni \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Union europ\u00e9enne, de l\u2019OTAN et des livraisons d\u2019armes \u00e0 l\u2019Ukraine, alors qu\u2019il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement de questions sensibles dans les cercles de la droite radicale. Il semble toutefois parfaitement conciliable de promouvoir des id\u00e9es fascistes et de se positionner en faveur de l\u2019UE et de l\u2019OTAN. Le soutien \u00e0 ces structures de pouvoir occidentales internationales \u00e9tait crucial pour l\u2019int\u00e9gration de Fratelli d\u2019Italia dans l\u2019establishment classique.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Vous parlez des partis d\u2019extr\u00eame-droite au pluriel. Quelques ann\u00e9es avant que le monde ne d\u00e9couvre Fratelli d\u2019Italia, c\u2019est Matteo Salvini et sa Lega d\u2019extr\u00eame droite qui dominaient l\u2019actualit\u00e9. Et avant \u00e7a, il y avait Forza Italia du populiste de droite Silvio Berlusconi. Ces partis coexistent toujours. Quelles sont les <\/strong><strong>similitudes et les diff\u00e9rences entre ces trois formations ?<\/strong><\/p>\n<p>La similitude est que ces trois partis ont eu, \u00e0 un moment donn\u00e9, l\u2019ambition de cr\u00e9er en Italie un grand parti conservateur. Cet objectif n\u2019a jamais vraiment \u00e9t\u00e9 atteint en raison de la force historique des chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates. Ces trois partis se distinguent par leur \u00e9volution historique. Forza Italia se positionne comme un parti lib\u00e9ral-conservateur pro-entreprise, b\u00e2ti autour de la figure de Silvio Berlusconi. Lega, dit aussi Lega Nord, \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine un parti r\u00e9gionaliste au service des milieux d\u2019affaires du nord, plus prosp\u00e8re. Ils ont continu\u00e9 \u00e0 se d\u00e9signer explicitement comme antifascistes jusque dans les ann\u00e9es 1990, notamment en raison de la r\u00e9sistance tr\u00e8s forte des partisans antifascistes du nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Le MSI n\u00e9o-fasciste et l\u2019Alleanza Nazionale \u00ab post-fascistes \u00bb (successeurs du MSI et pr\u00e9curseurs des Fratelli d\u2019Italia) ont opt\u00e9 pour une image plus \u00ab sociale \u00bb et \u00e9taient moins ax\u00e9s sur les milieux d\u2019affaires.<\/p>\n<p>Au fil du temps, cependant, les diff\u00e9rences se sont att\u00e9nu\u00e9es. Ainsi, Giorgia Meloni n\u2019est pas la seule \u00e0 s\u2019\u00eatre employ\u00e9e \u00e0 inscrire la \u00abfiert\u00e9 nationale\u00bb \u00e0 l\u2019ordre du jour. Berlusconi et Salvini font de m\u00eame. \u00c0 pr\u00e9sent, on se retrouve avec trois partis de tendance similaire qui tentent de se diff\u00e9rencier les uns des autres pour des raisons purement opportunistes au cours des campagnes \u00e9lectorales, sans que ces \u00abdiff\u00e9rences\u00bb ne d\u00e9passent un cycle \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>De fait, Forza Italia, Lega et Fratelli d\u2019Italia (\u00e0 l\u2019instar de son pr\u00e9d\u00e9cesseur Alleanza Nazionale) sont alli\u00e9s depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es et font souvent front commun lors des \u00e9lections. Bien que ce bloc de droite soit rest\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s stable, avec environ 12 millions de voix, le poids des partis au sein de la coalition a chang\u00e9. \u00c0 Forza Italia, autrefois le plus grand, ont succ\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s bri\u00e8vement Lega et maintenant Fratelli d\u2019Italia.<\/p>\n<p>Aussi faut-il nuancer quelque peu la victoire \u00e9lectorale de Giorgia Meloni : plut\u00f4t que d\u2019amener de nouveaux \u00e9lecteurs \u00e0 la droite, elle a surtout grappill\u00e9 des voix \u00e0 Berlusconi et \u00e0 Salvini . Fratelli a surtout su tirer parti de son appartenance \u00e0 l\u2019opposition ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, alors que Forza et Lega faisaient partie du \u00abgouvernement d\u2019unit\u00e9 nationale\u00bb du Premier ministre Mario Draghi.<\/p>\n<p>Ce qui est particuli\u00e8rement nouveau, c\u2019est que Fratelli d\u2019Italia a perc\u00e9 dans le nord du pays et a re\u00e7u le soutien des grandes entreprises italiennes. Mme Meloni a activement recherch\u00e9 leur soutien. Quelques mois avant l\u2019\u00e9lection, elle a organis\u00e9 un congr\u00e8s \u00e0 Milan o\u00f9 \u00e9taient convi\u00e9s les grands pontes du monde des affaires italien. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 une ultime diff\u00e9rence et non des moindres. En tant qu\u2019h\u00e9ritiers de la tradition fasciste, il \u00e9tait plus difficile pour les Fratelli (les Fr\u00e8res d\u2019Italie) de sortir de la marginalit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Giorgia Meloni s\u2019efforce du mieux qu\u2019elle peut pour se parer d\u2019une aura de respectabilit\u00e9 aux yeux de l\u2019establishment. D\u2019o\u00f9 le soutien \u00e0 l\u2019UE et \u00e0 l\u2019OTAN que j\u2019ai mentionn\u00e9 pr\u00e9alablement. S\u2019agissant de l\u2019Ukraine, Mme Meloni s\u2019\u00e9vertue \u00e9galement \u00e0 faire figure d\u2019\u00e9l\u00e8ve exemplaire. Elle ne peut pas se permettre de commettre des \u00abgaffes\u00bb comme, par exemple, Salvini, qui s\u2019interroge \u00e0 haute voix sur le co\u00fbt des fournitures d\u2019armes et qui a collabor\u00e9 avec le parti de Vladimir Poutine par le pass\u00e9.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Il est toutefois remarquable que le mouvement qui se pr\u00e9sentait autrefois comme \u00ab social \u00bb cherche aujourd\u2019hui le soutien des grandes entreprises. Comment caract\u00e9riseriez-vous le programme socio-\u00e9conomique de Fratelli d\u2019Italia ?<\/strong><\/p>\n<p>La vocation sociale de Fratelli d\u2019Italia et de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, tout comme la pr\u00e9sence du terme \u00absocial\u00bb dans le nom du MSI, se manifestait principalement \u00e0 l\u2019aune de leur public cible : les Italiens les plus pauvres. Or, dans les faits, ils n\u2019ont jamais propos\u00e9 autre chose que des recettes n\u00e9olib\u00e9rales. Fratelli fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie individualiste de Reagan et de Thatcher.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">Fratelli d\u2019Italia est l\u2019unique parti qui a syst\u00e9matiquement vot\u00e9 contre l\u2019introduction d\u2019une aide aux ch\u00f4meurs et d\u2019un salaire minimum.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La promesse \u00e9lectorale la plus marquante de Fratelli d\u2019Italia, et la r\u00e9alisation la plus significative du gouvernement de Giorgia Meloni \u00e0 ce jour, est l\u2019abolition des allocations de ch\u00f4mage. Les ch\u00f4meurs sont consid\u00e9r\u00e9s comme des parasites qui doivent se d\u00e9brouiller seuls. Ce faisant, Fratelli r\u00e9pond \u00e0 la complainte des entrepreneurs qui ne trouvent plus de personnel parce que plus personne ne veut travailler pour un salaire de mis\u00e8re alors qu\u2019il suffit d\u2019obtenir 780 euros d\u2019allocations de ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>Il convient ici de rappeler que l\u2019Italie a connu le d\u00e9clin salarial le plus dramatique de tous les pays de l\u2019UE. En moyenne, les salaires italiens ont diminu\u00e9 de 3% depuis 1992, alors qu\u2019ils ont augment\u00e9 de 22 % au cours de la m\u00eame p\u00e9riode dans les autres pays membres de l\u2019UE. Parall\u00e8lement, l\u2019Italie affiche le taux d\u2019emploi le plus faible de l\u2019UE, situ\u00e9 \u00e0 environ 60 % de la population active. La \u00ab solution \u00bb de Fratelli d\u2019Italia consiste \u00e0 forcer les gens \u00e0 travailler pour des salaires encore plus bas, afin de rendre le march\u00e9 du travail \u00abplus comp\u00e9titif\u00bb. C\u2019est le seul parti qui a toujours vot\u00e9 contre l\u2019introduction des allocations de ch\u00f4mage et contre l\u2019introduction d\u2019un salaire minimum.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 sa seule promesse sur le plan social, Fratelli a eu vite fait de l\u2019enterrer dans la foul\u00e9e de sa victoire aux urnes. Le parti avait, en effet, promis d\u2019obliger les entreprises \u00e0 accepter les paiements en esp\u00e8ces en dessous d\u2019un certain montant. Tout le monde savait que cette mesure avait pour finalit\u00e9 de blanchir l\u2019argent noir. Une premi\u00e8re proposition de loi mise en avant par Fratelli fixait cette limite \u00e0 dix mille euros. Mme Meloni a affirm\u00e9 que cette mesure visait \u00e0 aider les personnes pauvres ne poss\u00e9dant pas de compte bancaire, cependant il est difficile d\u2019imaginer que beaucoup d\u2019Italiens pauvres soient en possession de dix mille euros en liquide. La proposition visait davantage \u00e0 aider les propri\u00e9taires de petites entreprises \u00e0 \u00e9viter le fisc mais, en d\u00e9finitive, ce plan n\u2019a rien donn\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre exemple est le prix du carburant \u00e0 la pompe. Les Italiens paient actuellement 2,20 \u00e0 2,40 euros par litre \u00e0 la pompe \u00e0 essence. Apr\u00e8s avoir promis de r\u00e9duire les droits d\u2019accises, Fratelli d\u2019Italia a fait marche arri\u00e8re. Quatre mois se sont \u00e9coul\u00e9s et les prix des carburants restent inabordables.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le soutien dont elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la part de l\u2019\u00e9lite, une partie de la bourgeoisie italienne \u00e9tait beaucoup plus enthousiaste \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement de Mario Draghi. En tant qu\u2019ancien pr\u00e9sident de la Banque centrale europ\u00e9enne, ce dernier avait r\u00e9ussi \u00e0 faire entrer en Italie pas moins de 200 milliards d\u2019euros de subventions europ\u00e9ennes au titre du Green Deal.<\/p>\n<p>Si l\u2019Italie est toujours la deuxi\u00e8me puissance industrielle de l\u2019UE, l\u2019\u00e9cart avec l\u2019Allemagne se creuse d\u00e9sormais. Surtout dans le domaine des technologies de pointe. L\u2019Italie reste coinc\u00e9e dans un syst\u00e8me de main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 et peu qualifi\u00e9e et a besoin d\u2019investissements publics importants pour ne pas<\/p>\n<p>manquer le train des technologies nouvelles et vertes. Ainsi, avec Draghi, les capitalistes \u00e9taient en position favorable sur le long terme. De son c\u00f4t\u00e9, Fratelli d\u2019Italia cherche ni plus ni moins qu\u2019\u00e0 pr\u00e9server le syst\u00e8me \u00e9conomique en place et \u00e0 promouvoir au sein de celui-ci les int\u00e9r\u00eats directs des industriels et des investisseurs. Ils ne parlent jamais, par exemple, de la transition \u00e9cologique, mais plut\u00f4t de r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts pour les entreprises. La nouvelle ministre du Tourisme a d\u00e9clar\u00e9 vouloir faire du secteur du tourisme le moteur de l\u2019\u00e9conomie italienne. Cela correspond tout \u00e0 fait au mod\u00e8le d\u2019une \u00e9conomie qui repose sur une main-d\u2019\u0153uvre peu qualifi\u00e9e et mal pay\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Depuis la cr\u00e9ation de Fratelli d\u2019Italia en 2012, l\u2019Italie a connu pas moins de sept premiers ministres diff\u00e9rents. Le pays semble pris dans un cycle o\u00f9 s\u2019alternent tour \u00e0 tour technocrates et populistes. Entre les gouvernements technocratiques du Parti d\u00e9mocrate en particulier, nous avons vu d\u00e9filer le Mouvement 5 \u00e9toiles de Beppe Grillo et la Lega de Matteo Salvini. Et quelle que soit l\u2019\u00e9quipe au pouvoir, la politique \u00e9tait principalement d\u00e9finie par la Commission europ\u00e9enne. La perc\u00e9e de Fratelli d\u2019Italia est-elle simplement une \u00e9tape de plus dans ce cycle, et Mme Meloni sera-t-elle bient\u00f4t remplac\u00e9e par un technocrate en complet gris souris ? Ou une nouvelle \u00e8re s\u2019ouvre-t-elle d\u00e9sormais avec la prise de pouvoir de l\u2019extr\u00eame droite ?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que la comparaison avec l\u2019\u00e9lection de 2018 est int\u00e9ressante. Lorsque les sondages ont indiqu\u00e9 que le Mouvement 5 \u00e9toiles \u00e9tait en passe de l\u2019emporter, la panique a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus forte au sein de l\u2019establishment lib\u00e9ral traditionnel et dans les grands m\u00e9dias internationaux. Cela s\u2019expliquait en partie par le contexte international de l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e9lection de Trump et le r\u00e9f\u00e9rendum sur le Brexit \u00e9tant encore frais dans nos esprits. On craignait notamment que l\u2019Italie ne quitte l\u2019UE, bien que ces craintes aient \u00e9t\u00e9 infond\u00e9es.<\/p>\n<p>La principale diff\u00e9rence, cependant, est que le Mouvement 5 \u00e9toiles, sans \u00eatre clairement orient\u00e9 \u00e0 gauche ou \u00e0 droite, rev\u00eatait un caract\u00e8re plus ouvrier et formulait \u00e9galement certaines revendications sociales. En revanche, Mme Meloni a fait savoir tr\u00e8s clairement avant les \u00e9lections qu\u2019elle ne cherchait pas \u00e0 modifier le syst\u00e8me \u00e9conomique ou la position internationale de l\u2019Italie. Mme Meloni ne tient pas non plus \u00e0 compromettre le programme d\u2019investissement europ\u00e9en de 200 milliards d\u2019euros.<\/p>\n<p>Ce que je trouve particuli\u00e8rement frappant, c\u2019est que Fratelli d\u2019Italia reconnaisse pleinement sa propre faiblesse et celle de l\u2019Italie. Mme Meloni reconna\u00eet que l\u2019Italie est trop faible pour affronter l\u2019ordre \u00e9tabli europ\u00e9en ou atlantiste, et que sa propre position en tant que parti est trop fragile pour exprimer une quelconque ambition de changement. Dans les domaines politiques cl\u00e9s tels que l\u2019\u00e9conomie et les affaires \u00e9trang\u00e8res, elle adopte une position tr\u00e8s conformiste, acceptant la vision technocratique qui domine la politique italienne depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, toutefois, elle adopte une position tr\u00e8s radicale sur des th\u00e8mes tels que la migration et l\u2019identit\u00e9. Le gouvernement Fratelli ne cesse de d\u00e9frayer la chronique sur des questions hautement pol\u00e9miques telles que \u00able droit d\u2019accostage en Italie des bateaux transportant des migrants \u00ab et \u00abla d\u00e9fense de l\u2019identit\u00e9 nationale\u00bb. M\u00eame l\u2019abolition de l\u2019aide au ch\u00f4mage a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une lutte culturelle : sommes nous du c\u00f4t\u00e9 des gens qui veulent travailler dur, ou du c\u00f4t\u00e9 des paresseux du sud qui veulent juste s\u2019allonger sur le canap\u00e9 ?\u00bb. Ils cherchent donc \u00e0 appara\u00eetre radicaux autour de th\u00e8mes o\u00f9 ils peuvent encore faire la diff\u00e9rence, mais en m\u00eame temps ils reconnaissent d\u2019entr\u00e9e de jeu que leur marge de man\u0153uvre est extr\u00eamement tenu \u00e9troite. Pour l\u2019essentiel, ils se limitent \u00e0 la politique culturelle et \u00e0 ce qu\u2019ils entendent par identit\u00e9 nationale, ce qui inclut la migration.<\/p>\n<blockquote><p>La victoire \u00e9lectorale de l\u2019extr\u00eame-droite doit \u00eatre nuanc\u00e9e : plut\u00f4t que d\u2019amener de nouveaux \u00e9lecteurs \u00e0 la droite, Meloni a surtout grappill\u00e9 des voix \u00e0 Silvio Berlusconi et Matteo Salvini.<\/p><\/blockquote>\n<p>Est-ce que tout cela va durer ? Je ne veux pas pr\u00e9dire un effondrement, mais il y a quand m\u00eame des indications dans ce sens. Il est tr\u00e8s typique de la politique italienne que, lorsqu\u2019un nouveau gouvernement entre en fonction, tous les m\u00e9dias se montrent extr\u00eamement enthousiastes et la popularit\u00e9 du gouvernement conna\u00eet un bref pic, avant de s\u2019effondrer compl\u00e8tement par la suite. Au bout de deux ans, personne n\u2019ose admettre qu\u2019il a soutenu le premier ministre en exercice.<\/p>\n<p>Dans ce cas particulier, je pense que le plan de relance \u00e9conomique visant \u00e0 \u00e9liminer le ch\u00f4mage par des r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts au b\u00e9n\u00e9fice des entreprises n\u2019est pas scientifiquement fond\u00e9 et ne fonctionnera donc pas. De cette fa\u00e7on, vous augmentez les profits, mais vous ne cr\u00e9ez pas de demande suppl\u00e9mentaire. Giorgia Meloni s\u2019efforce de son mieux d\u2019appara\u00eetre comme tr\u00e8s comp\u00e9tente et m\u00eame comme une sorte de figure de proue, mais rien ne permet de penser qu\u2019elle parviendra \u00e0 s\u2019attaquer efficacement aux probl\u00e8mes structurels de l\u2019Italie. Sans parler de tous les d\u00e9fis qui nous attendent avec la guerre et les crises.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Quid pour la suite ? La fin du cycle a-t-elle enfin \u00e9t\u00e9 atteinte ?<\/strong><\/p>\n<p>Le vrai probl\u00e8me de la politique italienne est que la gauche est si faible que le populisme de droite n\u2019est jamais pleinement sanctionn\u00e9. Les \u00e9lecteurs de droite passent simplement au suivant. Je ne vois certainement pas les partis fascistes purs et durs comme CasaPound ou Forza Nuova arriver au pouvoir. Ceux-ci se comportent toujours comme les fascistes d\u2019avant-guerre. Forza Nuova, par exemple, \u00e9tait derri\u00e8re l\u2019attaque du b\u00e2timent du syndicat \u00e0 Rome en 2021. Avec leur symbolisme r\u00e9trograde et leur penchant pour la violence, ils restent heureusement confin\u00e9s \u00e0 la marginalit\u00e9.<\/p>\n<p>Il existe cependant un autre petit parti appel\u00e9 Italexit, qui n\u2019a pour l\u2019instant aucun membre \u00e9lu mais qui atteindrait d\u00e9sormais le seuil \u00e9lectoral selon les derniers sondages. Toutefois, avec son m\u00e9lange d\u2019euroscepticisme et de th\u00e9ories anti-vax, je vois difficilement comment cette formation pourrait gagner la confiance de l\u2019establishment \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il existe deux sc\u00e9narios plausibles. Soit la Lega \u00e9lit une nouvelle direction et redevient le plus grand parti de droite bien que Salvini ait essuy\u00e9 de fortes pertes face \u00e0 Fratelli dans le centre et le sud, il y a encore des r\u00e9gions dans le nord o\u00f9 ils obtiennent plus de 50 % des voix. Soit le Mouvement 5 \u00e9toiles se positionne au centre-gauche et remporte ainsi les \u00e9lections. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019ils font de plus en plus maintenant qu\u2019ils ont perdu tous leurs \u00e9lecteurs \u00e0 droite. Vient ensuite le Parti d\u00e9mocrate, le parti classique de l\u2019establishment et des technocrates qui, comme vous l\u2019avez dit, se porte souvent bien \u00e0 la suite du passage au gouvernement de populistes impr\u00e9visible.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Ne craignez-vous pas que Fratelli d\u2019Italia, comme cet autre gouvernement d\u2019extr\u00eame droite de l\u2019UE, celui de Viktor Orban en Hongrie, fasse tout ce qui est en son pouvoir pour se maintenir au pouvoir en restreignant, par exemple, la libert\u00e9 de la presse, en muselant les syndicats et l\u2019opposition et en serrant la bride au pouvoir judiciaire ?<\/strong><\/p>\n<p>Mme Meloni a souvent affirm\u00e9 que des pays comme la Hongrie et la Pologne correspondent \u00e0 son id\u00e9al d\u2019une \u00abEurope des nations\u00bb. En termes de style de gouvernement, on peut voir que Mme Meloni, \u00e0 l\u2019instar de Viktor Orban, tente d\u2019intimider les journalistes critiques. Elle les interpelle par leur nom pour signaler aux partisans radicaux que la chasse est ouverte. Les menaces de mort sont devenues monnaie courante, ce qui est particuli\u00e8rement dangereux dans un pays o\u00f9 une douzaine de journalistes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par la mafia et les organisations terroristes.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, Giorgia Meloni r\u00e9agit de mani\u00e8re hyst\u00e9rique lorsque des menaces lui sont adress\u00e9es en ligne. Par exemple, un homme avec moins de dix abonn\u00e9s sur son compte Twitter a fait les gros titres pendant plusieurs jours parce qu&rsquo;il a tweet\u00e9 qu\u203ail aimerait faire quelque chose \u00e0 la petite fille de Giorgia Meloni pour se venger de la suppression de ses allocations de ch\u00f4mage. L&rsquo;homme a m\u00eame \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et Alessandro Sallusti, journaliste et r\u00e9dacteur en chef du journal pro-Meloni Libero, a accus\u00e9 le Mouvement 5 \u00e9toiles d\u2019inciter \u00e0 la violence contre le gouvernement avec leur travail d\u2019opposition autour du soutien au ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>Des incidents mineurs sont constamment mont\u00e9s en \u00e9pingle pour criminaliser les critiques et les protestations. Ainsi, le ministre de la Justice intente actuellement une action en justice contre certains activistes climatiques qui avaient appos\u00e9 des graffitis sur le mur du S\u00e9nat.<\/p>\n<p>Selon Fratelli, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un acte de vandalisme de la pire esp\u00e8ce qui devrait \u00eatre s\u00e9v\u00e8rement puni. Il existe donc bien des similitudes. Cependant la situation est diff\u00e9rente. Je ne suis pas un expert de la Hongrie, mais je pense qu\u2019il existe une grande diff\u00e9rence avec l\u2019Italie en termes de la force de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Je pense qu\u2019il \u00e9tait plus facile pour Viktor Orban de restreindre les droits d\u00e9mocratiques qu\u2019il ne le serait pour Mme Meloni. Un mouvement social actif existe encore en Italie. On a notamment vu les syndicats et le mouvement pour la paix se mobiliser en masse au cours de ces derniers mois. Il existe \u00e9galement un mouvement de femmes tr\u00e8s fort en Italie.<\/p>\n<p>Et au-del\u00e0 des diff\u00e9rences internes, je pense qu\u2019il existe une diff\u00e9rence fondamentale en termes de positionnement international des deux pays. L\u2019Italie, comme nous l\u2019avons mentionn\u00e9, est fermement ancr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne et l\u2019OTAN, et Giorgia Meloni fait tout ce qu\u2019elle peut pour maintenir cette position. La dynamique est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qui existe entre la Hongrie et l\u2019UE, o\u00f9 l\u2019on assiste \u00e0 des batailles politiques constantes, comme r\u00e9cemment la r\u00e9solution europ\u00e9enne condamnant l\u2019\u00e9rosion de l\u2019\u00c9tat de droit en Pologne et en Hongrie.<\/p>\n<p>L\u2019une des raisons est que la Pologne et la Hongrie sont fondamentalement beaucoup moins importantes pour l\u2019UE que l\u2019Italie. Il s\u2019agit de pays dont le produit int\u00e9rieur est relativement faible et qui ne font m\u00eame pas partie de la zone euro. En revanche, l\u2019Italie est la troisi\u00e8me \u00e9conomie de l\u2019UE et le pays le plus endett\u00e9. Plus que tout autre pays membre, l\u2019Italie menace d\u2019entra\u00eener l\u2019ensemble de l\u2019Europe dans une crise structurelle. C\u2019est pourquoi l\u2019establishment europ\u00e9en s\u2019immisce autant dans les politiques \u00e9conomiques de Rome.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">Apr\u00e8s avoir promis de r\u00e9duire les droits d\u2019accises, Fratelli d\u2019Italia a fait marche arri\u00e8re. Quatre mois se sont \u00e9coul\u00e9s et les prix des carburants restent inabordables.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En tant que d\u00e9biteur, le gouvernement italien n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019acquiescer. Elle pourrait \u00e9ventuellement contester les dettes, mais rien ne laisse penser que Mme Meloni agirait de la sorte. En tant que Premier ministre, elle bloque toute proposition de ses ministres qui ne rentre pas dans le carcan budg\u00e9taire europ\u00e9en. L\u2019id\u00e9e d\u2019une confrontation entre le gouvernement italien et l\u2019establishment europ\u00e9en devient chaque jour moins probable. Et cela vaut dans les deux sens, d\u2019ailleurs : l\u2019UE a tr\u00e8s clairement soutenu Meloni, en lui adressant toutes sortes de f\u00e9licitations lorsqu\u2019elle a remport\u00e9 l\u2019\u00e9lection.<\/p>\n<p>La situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle des ann\u00e9es 1990, lorsque le MSI est arriv\u00e9 au pouvoir en tant que partenaire minoritaire de Berlusconi. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019establishment europ\u00e9en \u00e9tait furieux. Le vice-Premier ministre belge Elio Di Rupo, lui-m\u00eame d\u2019origine italienne, avait alors refus\u00e9 de serrer la main \u00e0 son homologue, le vice-Premier ministre italien. Une telle chose est impensable aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Bien entendu, je ne veux pas dire par l\u00e0 que l\u2019Union europ\u00e9enne pr\u00e9servera les droits d\u00e9mocratiques en Italie. Il est tr\u00e8s peu probable que l\u2019UE intervienne dans le cas o\u00f9 des ministres italiens feraient des d\u00e9clarations racistes ou parce que le gouvernement repousse en mer des bateaux transportant des migrants, et ce en violation du droit international. Comme dans le cas tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 du bateau repouss\u00e9 par l\u2019Italie qui a d\u00fb poursuivre sa route jusqu\u2019en France avant de pouvoir accoster. Cet \u00e9pisode a m\u00eame donn\u00e9 lieu \u00e0 une pol\u00e9mique entre Giorgia Meloni et le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron. Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019UE a depuis longtemps prouv\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait dispos\u00e9e \u00e0 autoriser des politiques anti-immigration.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne elle-m\u00eame a d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre la proposition la plus importante du programme migratoire de Fratelli d\u2019Italia, \u00e0 savoir l\u2019externalisation de la surveillance de ses fronti\u00e8res \u00e0 des pays comme la Libye et la Turquie. Cela revient \u00e0 engager des tiers contre paiement pour violer les droits humains. En outre, l\u2019UE a promptement mis fin \u00e0 ses critiques \u00e0 l\u2019encontre de la Pologne depuis l\u2019\u00e9clatement de la guerre en Ukraine, dans laquelle la Pologne a un r\u00f4le important \u00e0 jouer en tant que voisin de l\u2019Ukraine et base de soutien de l\u2019OTAN. Tant que l\u2019Italie fera ce qu\u2019on attend d\u2019elle, l\u2019UE fermera certainement les yeux sur les droits humains et la d\u00e9mocratie, mais je ne la vois pas aller aussi loin que la Hongrie.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Le parti Fratelli d\u2019Italia se nourrit-il d\u2019autres sources d\u2019inspiration internationales ? Trump et Bolsonaro, par exemple ? Ils ont, l\u2019un comme l\u2019autre, refus\u00e9 de reconna\u00eetre leur d\u00e9faite \u00e9lectorale et ont incit\u00e9 leurs partisans \u00e0 prendre d\u2019assaut les b\u00e2timents du parlement.<\/strong><\/p>\n<p>Il y a eu des contacts. Fratelli d\u2019Italia a notamment particip\u00e9 \u00e0 un congr\u00e8s international de l\u2019extr\u00eame-droite appel\u00e9 NatCon, organis\u00e9 par les partisans de Donald Trump \u00e0 Rome en mars 2020. Outre Giorgia Meloni et Viktor Orban, les chefs de file du Vlaams Belang y \u00e9taient pr\u00e9sents, d\u2019ailleurs. Ils ont \u00e9chang\u00e9 des conseils en mati\u00e8re de strat\u00e9gie et de communication, notamment sur la th\u00e9orie du \u00abgrand remplacement\u00bb qui fait actuellement fureur aupr\u00e8s de l\u2019extr\u00eame droite dans le monde entier.<\/p>\n<p>Comme le MSI auparavant, Fratelli s\u2019inspire \u00e9galement du syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel am\u00e9ricain, o\u00f9 l\u2019ex\u00e9cutif est \u00e9lu directement et a moins de comptes \u00e0 rendre devant les d\u00e9put\u00e9s. L\u2019un des points de leur programme est l\u2019abolition de la d\u00e9mocratie parlementaire italienne en faveur d\u2019une telle r\u00e9publique pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Je doute cependant qu\u2019une version italienne de l\u2019occupation du Capitole soit en gestation. Apr\u00e8s la prise d\u2019assaut de b\u00e2timents gouvernementaux au Br\u00e9sil par des partisans de Bolsonaro, Giorgia Meloni a condamn\u00e9 les putschistes et exprim\u00e9 son soutien aux institutions br\u00e9siliennes. L\u00e0 encore, elle a surtout cher-h\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger son image internationale, r\u00e9agissant de la m\u00eame mani\u00e8re que la plupart des dirigeants europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Il se trouve que j\u2019\u00e9tais au Br\u00e9sil pendant l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et ce que j\u2019ai vu l\u00e0-bas est totalement diff\u00e9rent de ce \u00e0 quoi je suis habitu\u00e9 en Italie. Le niveau de violence politique dans la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en Italie. Aux \u00c9tats-Unis aussi, bien s\u00fbr. Il existe donc un groupe beaucoup plus important de personnes pr\u00eates \u00e0 recourir \u00e0 la violence \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n<p>Et une autre diff\u00e9rence importante : le mouvement de base de la gauche au Br\u00e9sil est vraiment massif. Il mobilise des millions de travailleurs et d\u2019agriculteurs. Il existe donc une \u00abmenace\u00bb beaucoup plus forte pour la droite br\u00e9silienne que partout ailleurs en Europe.<\/p>\n<p class=\"s76\"><strong>Et c\u2019est l\u00e0 un aspect tout \u00e0 fait pertinent. Le fascisme historique a vu le jour en r\u00e9ponse aux grandes vagues de gr\u00e8ves, de manifestations et d\u2019occupations d\u2019usines au lendemain de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, souvent men\u00e9es par des travailleurs communistes. Mussolini se vantait que son fascisme \u00e9tait d\u2019abord une pratique et seulement ensuite une th\u00e9orie. Il faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9crasement violent des soul\u00e8vements ouvriers de gauche, pour lequel il \u00e9tait pay\u00e9 par les industriels et les banquiers du nord de l\u2019Italie. Aujourd\u2019hui, les h\u00e9ritiers du fascisme historique, les \u00ab petits-enfants de Mussolini \u00bb comme vous les appelez, reviennent au pouvoir dans des circonstances tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La \u00abmenace\u00bb de la gauche italienne, si tant est qu\u2019elle existe encore, semble faible. Pourquoi en est-il ainsi, et cela peut-il changer ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y a plus de partis de gauche en Italie capables de mobiliser les masses. Cela a beaucoup \u00e0 voir avec le r\u00f4le des sociaux-d\u00e9mocrates italiens de centre-gauche, qui ont syst\u00e9matiquement d\u00e9mantel\u00e9 toutes les r\u00e9alisations historiques du mouvement ouvrier au cours des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es. D\u2019abord en d\u00e9truisant le parti communiste italien en 1991, puis en d\u00e9faisant progressivement les politiques de gauche du pass\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">L\u2019UE elle-m\u00eame a d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre la proposition la plus importante du programme de migration du Fd\u2019I, \u00e0 savoir garder ses fronti\u00e8res par des pays comme la Libye et la Turquie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par exemple, lorsque Matteo Renzi \u00e9tait Premier ministre pour le parti d\u00e9mocrate, il a introduit une loi sur le travail qui a r\u00e9duit toutes les protections pour les travailleurs. Apr\u00e8s trois d\u00e9cennies de r\u00e9ductions salariales, de d\u00e9mant\u00e8lement des services publics et de diminution de l\u2019espace d\u00e9mocratique, la classe ouvri\u00e8re ne veut plus rien savoir des sociaux-d\u00e9mocrates. Ils ne s\u2019adressent toujours qu\u2019\u00e0 un \u00e9lectorat \u00e2g\u00e9 et fortun\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019extr\u00eame droite a besoin d\u2019un ennemi id\u00e9ologique avec lequel elle cherche constamment le conflit. En l\u2019absence d\u2019un v\u00e9ritable rival de gauche, Fratelli d\u2019Italia s\u2019invente donc constamment des ennemis : les ONG, les universitaires de gauche, les r\u00e9seaux dits communistes, le marxisme culturel, le wokisme&#8230; Ils font ensuite un vaste amalgame avec des th\u00e9ories du complot impliquant le milliardaire lib\u00e9ral hongrois George Soros, entre autre.<img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-42895\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/BroderS.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"494\" \/><\/p>\n<p>Bien entendu, ils int\u00e8grent \u00e9galement leurs adversaires politiques dans cette propagande, notamment le Parti d\u00e9mocrate et le Mouvement 5 \u00e9toiles. Fratelli propage constamment l\u2019id\u00e9e d\u2019une menace violente venant de la gauche, bien que cela soit d\u00e9pourvu du moindre fondement. Malheureusement, de nombreux m\u00e9dias se pr\u00eatent au jeu. Les attaques politiques constantes de Fratelli contribuent \u00e0 pousser le Mouvement 5 \u00e9toiles vers la gauche. Ils s\u2019opposent \u00e0 la suppression de l\u2019aide aux ch\u00f4meurs, ils continuent d\u2019enfoncer le clou sur les prix des carburants et ils cherchent \u00e0 rejoindre le grand mouvement pacifiste italien qui descend dans la rue pour une approche plus pacifique de la guerre en Ukraine. Il n\u2019est pas certain qu\u2019un programme coh\u00e9rent en ressorte r\u00e9ellement ; le Mouvement 5 \u00e9toiles est et reste un \u00e9trange m\u00e9li-m\u00e9lo de divers outsiders politiques. D\u2019une certaine mani\u00e8re, ils ressemblent davantage \u00e0 l\u2019ancien parti chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate italien qu\u2019\u00e0 un parti socialiste classique ; ils mettent davantage l\u2019accent sur la compassion et la charit\u00e9 que sur la solidarit\u00e9. En attendant, leur image de gauche en a fait le deuxi\u00e8me parti le plus important dans les sondages.<\/p>\n<p>Les initiatives visant \u00e0 faire rena\u00eetre un parti authentiquement de gauche des cendres du parti communiste, qui comptait entre un et deux millions de membres pendant la guerre froide et recueillait invariablement pr\u00e8s de 30 % des voix, n\u2019ont pas port\u00e9 leur fruit jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. N\u00e9anmoins, le succ\u00e8s actuel du Mouvement 5 \u00e9toiles montre clairement qu\u2019il y a effectivement de la place pour un projet de gauche, du moins s\u2019il parvient\u00e0 politiser le m\u00e9contentement populaire. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que le b\u00e2t blesse pour le moment. Il y a beaucoup de m\u00e9contentement et de nombreuses protestations. Il y a \u00e9galement un mouvement syndical et une large soci\u00e9t\u00e9 civile progressiste. Or, il n\u2019existe aucun parti capable de capter cette \u00e9nergie en s\u2019appuyant sur un r\u00e9cit de recrutement et de d\u00e9fier le gouvernement sur le plan politique. Nous n\u2019avons pas encore parl\u00e9 du plus grand parti d\u2019Italie : les abstentionnistes. Un nombre impressionnant, 36 % d\u2019Italiens sont rest\u00e9s chez eux lors du dernier scrutin, soit plus de 10 % de plus que ceux qui ont vot\u00e9 pour Fratelli d\u2019Italia. Les recherches sociologiques montrent qu\u2019il s\u2019agit surtout de jeunes, d\u2019ouvriers et de personnes \u00e2g\u00e9es ayant une faible pension. Et, bien s\u00fbr, il s\u2019agit l\u00e0 de trois groupes cibles potentiels pour un parti de gauche&#8230; Et bien que la gauche se trouve dans une position st\u00e9rile pour le moment, tout pourrait basculer tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec les Fratelli d\u2019Italia, l\u2019Italie a obtenu un h\u00e9ritier direct du fascisme au pouvoir. 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