{"id":42734,"date":"2023-03-16T06:58:38","date_gmt":"2023-03-16T04:58:38","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=42734"},"modified":"2024-07-29T12:08:02","modified_gmt":"2024-07-29T10:08:02","slug":"bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/","title":{"rendered":"Bonnes et mauvaises nationalisations de l&rsquo;\u00e9nergie"},"content":{"rendered":"<p class=\"s39\">De plus en plus de citoyens soutiennent la nationalisation du secteur. De leur c\u00f4t\u00e9, les partis traditionnels et la multinationale Engie y voient l\u2019occasion de socialiser les co\u00fbts des d\u00e9chets nucl\u00e9aires.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42871\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/StralleL.png\" alt=\"\" width=\"2008\" height=\"1406\" \/>\n<p class=\"s64\">Aujourd\u2019hui, m\u00eame les architectes du march\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie europ\u00e9en doivent le reconna\u00eetre, la faillite de la lib\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9nergie est \u00e9vidente : des prix impayables et dont l\u2019\u00e9volution est soumise au casino des bourses, poussant les gens \u00e0 rester dans le froid et les <span class=\"p\">usines \u00e0 fermer ; une production \u00e9nerg\u00e9tique qui repose <\/span>toujours \u00e9norm\u00e9ment sur des sources polluantes ; une d\u00e9pendance forte aux importations d\u2019\u00e9nergie. La nationalisation du secteur de l\u2019\u00e9nergie est une r\u00e9ponse qui gagne en audience ces derniers mois.<\/p>\n<p>Mais concr\u00e9tiser cette ambition semble pour beaucoup inatteignable. Ne risque-t-on pas de socialiser les pertes et co\u00fbts futurs ? Que faire des centrales nationalis\u00e9es ? Quelles indemnit\u00e9s devrions-nous payer ? Ne risque-t-on pas d\u2019\u00eatre punis par les autorit\u00e9 europ\u00e9ennes et les g\u00e9ants du secteur ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_42924\" aria-describedby=\"caption-attachment-42924\" style=\"width: 267px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-42924\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Mathieu-StralePotret.png\" alt=\"\" width=\"267\" height=\"266\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-42924\" class=\"wp-caption-text\">Mathieu Strale est chercheur \u00e0 l\u2019Institut de Gestion de l\u2019Environnement et d\u2019Am\u00e9nagement du territoire ( DGES-IGEAT ) de l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles. Ses recherches portent sur les probl\u00e9matiques de mobilit\u00e9 m\u00e9tropolitaine \u00e0 Bruxelles et en Europe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La Belgique est un cas exemplaire de ces enjeux. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 y est majoritairement dans les mains d\u2019une multinationale \u00e9trang\u00e8re, Engie. Le r\u00e9cent accord au sujet de la prolongation de deux r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires comprend d\u2019ailleurs une nationalisation partielle des infrastructures. Alors, est-on sur la bonne voie ? Y a-t-il des bonnes et des mauvaises nationalisations ?<\/p>\n<h2 class=\"s65\">En Belgique, reprendre le contr\u00f4le d\u2019Engie est indispensable pour avoir une politique \u00e9nerg\u00e9tique pour les gens<\/h2>\n<p>En rachetant le producteur historique d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en Belgique, Electrabel, la multinationale fran\u00e7aise Engie a pu s\u2019emparer du march\u00e9 belge de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Engie d\u00e9tient \u00e0 elle seule 70 % de la production \u00e9lectrique du pays. Elle contr\u00f4le la quasi-totalit\u00e9 du parc nucl\u00e9aire, mais aussi la majorit\u00e9 des centrales au gaz, de nombreux parcs \u00e9oliens via diff\u00e9rentes filiales, ainsi que la plus grande infrastructure de stockage d\u2019\u00e9nergie, la centrale de Coo, dans les Ardennes.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">On estime qu\u2019Electrabel a rapport\u00e9 15 milliards \u00e0 Engie depuis 1998 et sa prise de contr\u00f4le de la majorit\u00e9 du capital de l\u2019\u00e9nerg\u00e9ticien belge.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En devenant propri\u00e9taire de ces infrastructures, Engie a aussi h\u00e9rit\u00e9 d\u2019investissements largement amortis et donc tr\u00e8s rentables. Car la strat\u00e9gie de l\u2019\u00c9tat belge, appuy\u00e9e par les repr\u00e9sentants patronaux, a \u00e9t\u00e9 de surfacturer l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans les ann\u00e9es \u201970, \u201980 et \u201990 pour rembourser au plus vite les investissements dans les centrales nucl\u00e9aires et le r\u00e9seau \u00e9lectrique, et profiter d\u2019une \u00e9lectricit\u00e9 moins ch\u00e8re ensuite.<\/p>\n<p>Tous les travailleurs belges ont donc pay\u00e9 ces infrastructures avec leurs factures, dont les b\u00e9n\u00e9fices vont maintenant uniquement \u00e0 Engie.<\/p>\n<p>Electrabel est devenue la \u00ab vache \u00e0 lait \u00bb de la multinationale. On estime qu\u2019elle lui a rapport\u00e9 15 milliards depuis 1998 et sa prise de contr\u00f4le de la majorit\u00e9 du capital de l\u2019\u00e9nerg\u00e9ticien belge. La quasi-totalit\u00e9 de ces profits a \u00e9t\u00e9 revers\u00e9e en dividendes.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\" wp-image-42865 alignnone\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/StralleGraphFR.png\" alt=\"\" width=\"1333\" height=\"858\" \/>\n<p>Ce pouvoir \u00e9conomique donne \u00e0 Engie un pouvoir politique. Vu sa position dominante, elle n\u00e9gocie \u00ab dans un fauteuil \u00bb avec les autorit\u00e9s belges, que ce soit en mena\u00e7ant de nous couper le courant ou en installant ses repr\u00e9sentants dans les cabinets minist\u00e9riels. Ainsi, Engie tire profit de toutes les d\u00e9cisions prises en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie en Belgique. Depuis la fin des ann\u00e9es \u201990, l\u2019objectif affirm\u00e9 des gouvernements f\u00e9d\u00e9raux successifs \u00e9tait de fermer les centrales nucl\u00e9aires et de les remplacer par de l\u2019\u00e9nergie renouvelable. En 2003, une loi a m\u00eame \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e puis adapt\u00e9e et confirm\u00e9e en 2015, avec un arr\u00eat programm\u00e9 de tous les r\u00e9acteurs d\u2019ici 2025. Engie en a profit\u00e9 pour obtenir de g\u00e9n\u00e9reux subsides en vue de d\u00e9velopper la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9olienne ou solaire. Mais aussi de conserver et m\u00eame construire de nouvelles centrales au gaz aux frais du contribuable, car ces centrales devaient assurer notre \u00e9quilibre \u00e9nerg\u00e9tique \u00e0 la suite de la fermeture des centrales nucl\u00e9aires, le temps de disposer de suffisamment d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 verte.<\/p>\n<p>Maintenant que le gouvernement a fait le choix de prolonger la dur\u00e9e de vie de certains r\u00e9acteurs, Engie r\u00e9clame des subsides pour les travaux n\u00e9cessaires \u00e0 leur remise \u00e0 niveau. Mais l\u2019enjeu central pour Engie est la question du passif nucl\u00e9aire, c\u2019est-\u00e0-dire des co\u00fbts futurs li\u00e9s au d\u00e9montage des centrales nucl\u00e9aires et au stockage des d\u00e9chets radioactifs, qui interviendront t\u00f4t ou tard. L\u2019estimation actuelle de ce co\u00fbt est d\u2019environ 40 milliards d\u2019euros.<\/p>\n<p>Aucun d\u00e9montage complet et stockage final des d\u00e9chets d\u2019une centrale nucl\u00e9aire n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 \u00e0 bien dans le monde. En Belgique, aucun choix d\u00e9finitif n\u2019est intervenu sur la technologie et le lieu de stockage des d\u00e9chets. Les chances sont grandes que ce co\u00fbt du d\u00e9montage, qui durera cent ans, soit plus \u00e9lev\u00e9. La loi pr\u00e9voit qu\u2019Engie provisionne des fonds pour couvrir ces co\u00fbts et que le montant soit revu tous les trois ans, en fonction de l\u2019\u00e9volution des co\u00fbts r\u00e9els du d\u00e9montage et du rendement des fonds plac\u00e9s, ce qui suscite une grande incertitude chez les actionnaires d\u2019Engie, car cela pourrait faire baisser la valeur de leurs actions . Par cons\u00e9quent, Engie fait tout pour r\u00e9duire et plafonner son intervention et reporter les risques sur les autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>Engie est gagnante dans la crise actuelle. Alors que la majorit\u00e9 de sa production se base sur des centrales nucl\u00e9aires, dont les co\u00fbts de production ne sont pas soumis aux fluctuations du prix du gaz ou du p\u00e9trole, elle peut vendre cette \u00e9lectricit\u00e9 aux prix exorbitants atteints par les bourses, jusqu\u2019\u00e0 plus de dix fois son co\u00fbt de production. (Remarque : Pour quelqu\u2019un qui ne conna\u00eetrait pas le m\u00e9canisme du merit order, ce passage risque de para\u00eetre obscur ; il vaudrait peut-\u00eatre mieux l\u2019expliquer) Ainsi, les profits presque constants tir\u00e9s d\u2019Electrabel se transforment en surprofits<span id='easy-footnote-1-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-1-42734' title='Au sujet des m\u00e9canismes ayant men\u00e9 \u00e0 ces surprofits, voir notamment : Wim Debuocquoy, \u00ab Une \u00e9nergie verte, bon march\u00e9 et donc publique \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Lava 19&lt;\/i&gt;, 30 d\u00e9cembre 2019 ; et Mathieu Strale, \u00ab Comment les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie nous ont plong\u00e9s dans la crise du gaz \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Lava 22&lt;\/i&gt;, septembre 2022.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>\u00a0, chiffr\u00e9s \u00e0 9 milliards.<\/p>\n<p>C\u2019est donc une entreprise en position de monopole, qui contr\u00f4le une production essentielle, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et donc son prix. Elle tire profit d\u2019investissements financ\u00e9s par l\u2019ensemble des contribuables et d\u00e9tourne les d\u00e9cisions politiques \u00e0 sa guise<span id='easy-footnote-2-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-2-42734' title='Une id\u00e9e fondamentale de Marx, selon laquelle les int\u00e9r\u00eats de la vaste majorit\u00e9 de la population sont incompatibles avec ceux d\u2019une minorit\u00e9 capitaliste parasitaire, trouve ici une confirmation et une illustration \u00e9clatante.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. Alors, lorsqu\u2019on leur pose la question, de plus en plus de Belges r\u00e9clament une nationalisation compl\u00e8te d\u2019Electrabel et un contr\u00f4le public sur l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<h2 class=\"s65\">Une socialisation des pertes au service d\u2019Engie<\/h2>\n<p>Cette nationalisation d\u2019Engie-Electrabel et plus largement du secteur de l\u2019\u00e9nergie a fait un retour en force dans le d\u00e9bat public, avec des prises de position et des d\u00e9cisions qui brouillent les cartes. Jusqu\u2019il y a quelques mois, en Belgique, parmi les partis politiques, il n\u2019y avait que la gauche radicale (le PTB) qui luttait pour une reprise de contr\u00f4le publique de l\u2019\u00e9nergie. Pourtant, r\u00e9cemment, cette revendication a connu de nouveaux d\u00e9fenseurs inattendus. Ainsi, dans le cadre des n\u00e9gociations sur la prolongation de la dur\u00e9e de vie des r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires belges, les partis socialistes se sont mis eux aussi \u00e0 revendiquer la n\u00e9cessit\u00e9 de reprendre le contr\u00f4le public de ces r\u00e9acteurs. M\u00eame les lib\u00e9raux ont avanc\u00e9 la possibilit\u00e9 de r\u00e9quisitionner les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires et de les placer en gestion publique. D\u2019ailleurs, l\u2019accord conclu entre le gouvernement belge et Engie au sujet de la prolongation de deux r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires comprend effectivement une prise de participation de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 hauteur de 50 %, dans la propri\u00e9t\u00e9 de ces r\u00e9acteurs. Or cela semble satisfaire tant les partis de droite que les \u00e9cologistes et les socialistes, qui avaient pourtant tous vot\u00e9 la lib\u00e9ralisation du secteur \u00e0 la fin des ann\u00e9es \u201890. M\u00eame Engie est aux anges. Seraient-ils tous devenus marxistes ?<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019\u00c9tat va payer la moiti\u00e9 des frais de r\u00e9novation des r\u00e9acteurs prolong\u00e9s, un milliard d\u2019euros au minimum, et s\u2019engage \u00e0 garantir les revenus d\u2019Engie.<\/p><\/blockquote>\n<p>Non, loin de l\u00e0. Cette prise de participation publique correspond en fait \u00e0 une socialisation des co\u00fbts actuels. L\u2019\u00c9tat va prendre en charge la moiti\u00e9 des frais de r\u00e9novation des r\u00e9acteurs prolong\u00e9s, on parle d\u2019un budget d\u2019un milliard d\u2019euros au minimum. Une socialisation des risques aussi, puisque l\u2019\u00c9tat s\u2019engage \u00e0 garantir les revenus d\u2019Engie, soit via un prix minimum de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 vendue, au cas o\u00f9 le prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 baisserait fortement, soit via un subside fixe si les r\u00e9acteurs sont mis \u00e0 l\u2019arr\u00eat, un risque bien r\u00e9el vu l\u2019\u00e2ge des centrales. Par exemple, comme l\u2019explique l\u2019expert de l\u2019\u00e9nergie de la VRT Luc Pauwels<span id='easy-footnote-3-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-3-42734' title='Luc Pauwels, \u00ab Waar zitten de angels in het akkoord over de levensduurverlenging van Doel 4 en Tihange 3? \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;VRT&lt;\/i&gt;, 12 januari 2023.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>, le r\u00e9acteur 1 de la centrale de Tihange, lui aussi prolong\u00e9 pendant dix ans, a \u00e9t\u00e9 tellement souvent \u00e0 l\u2019arr\u00eat \u00e0 la suite de pannes multiples qu\u2019il est probable qu\u2019il ne d\u00e9gage aucun b\u00e9n\u00e9fice pendant ces dix ann\u00e9es, m\u00eame en tenant compte de l\u2019explosion actuelle des prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Or, cet argent public investi pour venir au secours d\u2019Engie risque de se retrouver sur les factures d\u2019\u00e9nergie des familles. Surtout si Engie obtient un plafonnement de son intervention financi\u00e8re dans le d\u00e9mant\u00e8lement et la gestion des d\u00e9chets nucl\u00e9aires. En effet, si le co\u00fbt d\u00e9passe ce plafond, ce qui est tr\u00e8s probable, c\u2019est l\u2019\u00c9tat et donc les contribuables qui prendront en charge l\u2019ensemble des frais. Le comble : c\u2019est un ancien cadre d\u2019Engie qui sera charg\u00e9 par le gouvernement d\u2019estimer l\u2019enveloppe maximale dont devra s\u2019acquitter la multinationale pour le passif nucl\u00e9aire<span id='easy-footnote-4-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-4-42734' title='Olivier Mouton, \u00ab Le co\u00fbt de la facture nucl\u00e9aire&amp;#8230; dans les mains d\u2019un ancien d\u2019Engie \u00bb, Le Vif&lt;span class=&quot;s57&quot;&gt;, 13 janvier 2023.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n<p>Les m\u00e9nages belges vont donc payer une troisi\u00e8me fois pour ces centrales : leurs factures ont d\u2019abord servi \u00e0 amortir l\u2019investissement des ann\u00e9es 70 aux ann\u00e9es 90, puis \u00e0 alimenter les profits d\u2019Engie dans les ann\u00e9es 2000 aux ann\u00e9es 2020 ; elles vont maintenant \u00e9ponger les frais pour leur remise \u00e0 niveau puis leur d\u00e9montage des ann\u00e9es 2020 aux ann\u00e9es&#8230;2100. Quant aux activit\u00e9s d\u2019Engie-Electrabel, elles ne sont bien s\u00fbr pas entrav\u00e9es par le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, la multinationale reste libre de vendre son \u00e9nergie au prix fort et d\u2019encaisser les profits. En \u00e9change de toutes ces concessions, l\u2019\u00c9tat devient copropri\u00e9taire de seulement 8 % de la production \u00e9lectrique du pays, ce qui est loin d\u2019\u00eatre suffisant <span class=\"p\">pour \u00ab reprendre notre \u00e9nergie en main \u00bb comme le <\/span>clament plusieurs membres du gouvernement belge. En fait, loin d\u2019\u00eatre une victoire face \u00e0 Engie, cet accord est une capitulation compl\u00e8te, qui rencontre l\u2019ensemble des demandes de l\u2019entreprise et t\u00e9moigne de sa puissance dans le cadre politique et r\u00e9glementaire actuel. Et comme le dit le journaliste de la RTBF Philippe Walkowiak, \u00ab \u00e0 la fin c\u2019est le contribuable qui paie \u00bb<span id='easy-footnote-5-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-5-42734' title='Philippe Walkowiak, \u00ab Nucl\u00e9aire : et \u00e0 la fin c\u2019est le contribuable qui paye \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;RTBF&lt;\/i&gt;, 10 janvier 2023.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">L\u2019\u00c9tat devient copropri\u00e9taire de seulement 8 % de la production \u00e9lectrique du pays, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre suffisant pour \u00ab reprendre notre \u00e9nergie en main \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette nationalisation des pertes n\u2019est pas une particularit\u00e9 belge. Le gouvernement allemand a par exemple nationalis\u00e9 Uniper, l\u2019un des cinq plus grands acteurs \u00e9nerg\u00e9tiques du pays, et d\u00e9tient maintenant 99 % de l\u2019entreprise. Cette reprise en main publique vise en fait \u00e0 \u00e9viter la faillite d\u2019Uniper, qui \u00e9tait l\u2019un des plus grands acheteurs de gaz russe. Suite \u00e0 la rupture de ses approvisionnements, elle doit se fournir en gaz sur le march\u00e9, o\u00f9 les prix ont explos\u00e9, et enregistre donc des milliards de pertes. En nationalisant l\u2019entreprise, l\u2019\u00c9tat prend \u00e0 sa charge ces pertes.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le gouvernement fran\u00e7ais, d\u00e9j\u00e0 propri\u00e9taire de 80 % des parts d\u2019EDF, entend monter \u00e0 100 % dans les prochains mois. Non pas pour reconstruire un service public de l\u2019\u00e9nergie, mais bien pour prendre en charge les \u00e9normes pertes de l\u2019entreprise \u00e0 la suite de la mise \u00e0 l\u2019arr\u00eat de la moiti\u00e9 des r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires du pays pour cause de retard d\u2019entretiens ou de d\u00e9faillances dans les syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9. Pire, par ce contr\u00f4le public complet, Macron esp\u00e8re faciliter la mise en \u0153uvre de son projet de diviser l\u2019entreprise en plusieurs entit\u00e9s et de privatiser les plus rentables.<\/p>\n<p>Finalement, que ce soit pour la prolongation des r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires en Belgique ou avec les exemples fran\u00e7ais et allemands, on se retrouve, comme pendant la crise bancaire de 2008, \u00e0 nationaliser les pertes et \u00e0 venir en aide aux acteurs priv\u00e9s en difficult\u00e9 avec de l\u2019argent public, tout en laissant au priv\u00e9 les profits pass\u00e9s, actuels et futurs par le maintien des logiques de march\u00e9 qui ont amen\u00e9 \u00e0 cette crise.<\/p>\n<p>L\u2019Etat qui vient au secours du priv\u00e9, souvent m\u00eame \u00e0 sa demande, pour traverser les crises ou remettre de l\u2019ordre sans rien changer au syst\u00e8me : c\u2019est un m\u00e9canisme connu (fr\u00e9quent?) dans le cadre du capitalisme. Les exemples d\u2019entreprises contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019Etat, en majorit\u00e9 ou en totalit\u00e9, et qui sont g\u00e9r\u00e9es comme des entreprises priv\u00e9es sont nombreux.<\/p>\n<p>En Belgique, pensons par exemple \u00e0 Belfius, qui appartient \u00e0 100% \u00e0 l\u2019Etat belge depuis 2011, \u00e0 la suite de la crise bancaire, et qui ne remplit pourtant aucun objectif public ou collectif. L\u2019Etat belge est aussi actionnaire majoritaire de Proximus (53% des parts lui appartiennent) mais l\u2019entreprise est g\u00e9r\u00e9e comme un acteur priv\u00e9 des t\u00e9l\u00e9communications et est m\u00eame cot\u00e9 en bourse \u00e0 Bruxelles au service des besoins collectifs (?). Paradoxalement, en plus d\u2019\u00eatre l\u2019actionnaire majoritaire d\u2019EDF, l\u2019Etat fran\u00e7ais d\u00e9tient aussi 25% d\u2019Engie, il est donc partie prenante de deux des trois g\u00e9ants qui contr\u00f4lent le march\u00e9 belge. Mais tout comme pour EDF, le gouvernement fran\u00e7ais laisse g\u00e9rer Engie comme un monopole priv\u00e9 et se contente d\u2019en r\u00e9cup\u00e9rer les dividendes.<\/p>\n<p>Engels, le compagnon de lutte de Marx, en parlait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin du XIXe, en \u00e9voquant la nationalisation au service des capitalistes : incapables de r\u00e9soudre leurs crises, menac\u00e9s de faillite, les capitalistes se tournent vers les \u00c9tats pour recevoir de l\u2019aide, partager les risques<span id='easy-footnote-6-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-6-42734' title='Friedrich Engels, \u00ab Socialisme scientifique \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;\/i&gt;, 1880.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>. Ces nationalisations au service du patronat n\u2019ont donc rien \u00e0 voir avec une reprise en main publique et d\u00e9mocratique au service des besoins collectifs.<\/p>\n<p>Pour autant, ce contr\u00f4le public peut \u00eatre un pr\u00e9alable pour faire na\u00eetre de nouvelles luttes. Si on revient sur le cas de Belfius, le collectif \u00ab Belfius est \u00e0 nous \u00bb, actif depuis de nombreuses ann\u00e9es, revendique une mise au service du collectif de la banque<span id='easy-footnote-7-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-7-42734' title='\u00ab Belfius est \u00e0 nous \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Financit\u00e9&lt;\/i&gt;, 19 d\u00e9cembre 2016.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"s45\">\u00a0<\/span>et lutte contre les projets gouvernementaux de privatisation. De m\u00eame, comme nous l\u2019expliquons plus bas, les syndicats fran\u00e7ais s\u2019appuient sur le contr\u00f4le de l\u2019Etat sur EDF pour lutter pour une autre politique \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<h2 class=\"s65\">Une nationalisation \u00e0 100 % au profit de la collectivit\u00e9, pour une \u00e9nergie moins ch\u00e8re et plus verte<\/h2>\n<p>Mais alors, comment \u00e9viter une socialisation des co\u00fbts actuels et des pertes futures en cas de prise de contr\u00f4le publique et d\u2019Engie-Electrabel et plus g\u00e9n\u00e9ralement des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie ? En somme, comment nationaliser au service des besoins sociaux et environnementaux collectifs ?<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, si l\u2019objectif est de rompre avec la toute-puissance des g\u00e9ants du secteur, il faut casser leur principal levier de pouvoir, celui de nous couper le courant. Cela veut dire nationaliser tous les grands acteurs de l\u2019\u00e9nergie et leurs actifs. Autrement dit, si l\u2019on veut reprendre notre destin \u00e9nerg\u00e9tique en main, c\u2019est bien l\u2019ensemble des centrales d\u2019Engie, EDF-Luminus et de TotalEnergies qu\u2019il faut nationaliser enti\u00e8rement plut\u00f4t qu\u2019une prise de contr\u00f4le partielle de deux centrales nucl\u00e9aires vieillissantes. Le second point est de cesser de financer ces monopoles avec de l\u2019argent public, que ce soit pour soutenir temporairement des entreprises en difficult\u00e9 ou pour prendre en charge des frais que ne voudrait pas financer le priv\u00e9. La question des co\u00fbts futurs li\u00e9s au d\u00e9montage des infrastructures fossiles ou nucl\u00e9aires doit faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9ponse <span class=\"p\">tout aussi ferme : ce sont les responsables de ces co\u00fbts, <\/span>les monopoles priv\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie et leurs actionnaires, qui doivent les prendre en charge int\u00e9gralement.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">Belfius, qui appartient \u00e0 100% \u00e0 l\u2019Etat belge depuis 2011 suite \u00e0 la crise bancaire, ne remplit aucun objectif public ou collectif.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En Belgique, Engie a pu prendre la main sur Electrabel sans aucun engagement vis-\u00e0-vis des choix pass\u00e9s. Elle n\u2019a pas d\u00fb indemniser tous les Belges ou s\u2019engager \u00e0 vendre son \u00e9lectricit\u00e9 moins cher (c\u2019est ici un adverbe) en \u00e9change de sa prise de contr\u00f4le sur des centrales d\u00e9j\u00e0 large- ment amorties. Aujourd\u2019hui, une nationalisation au service de nos besoins doit viser \u00e0 inverser cette logique, reprendre en main publique notre avenir \u00e9nerg\u00e9tique sans embarquer le passif du pr\u00e9c\u00e9dent propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>Ne faudrait-il pas se limiter \u00e0 prendre en mains publiquement l\u2019investissement dans les \u00e9nergies vertes tout en laissant les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9nergies fossiles qui n\u2019ont pas d\u2019avenir dans les mains du priv\u00e9 ? Vu le d\u00e9fi que repr\u00e9sente la prise en charge des co\u00fbts du d\u00e9montage et de la d\u00e9pollution des infrastructures gazi\u00e8res, p\u00e9troli\u00e8res et des centrales nucl\u00e9aires, laisser les propri\u00e9taires priv\u00e9s se d\u00e9brouiller ne serait-il pas plus simple ? Non, c\u2019est un leurre.<\/p>\n<p>D\u2019abord, les monopoles g\u00e9n\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 des co\u00fbts colossaux pour la soci\u00e9t\u00e9. Les profits qu\u2019ils tirent de l\u2019utilisation du gaz et du p\u00e9trole se transforment en d\u00e9r\u00e8glement climatique dont les co\u00fbts p\u00e8sent sur la collectivit\u00e9. C\u2019est la m\u00eame chose pour le nucl\u00e9aire, puisque les d\u00e9chets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s aujourd\u2019hui resteront radioactifs pendant des mill\u00e9naires. Seule une prise en mains totale du secteur permet de faire payer les actionnaires de ces multinationales priv\u00e9es. Ensuite, nous aurons besoin durant la transition vers 100 % d\u2019\u00e9nergies renouvelables pendant quelques ann\u00e9es encore de ces centrales fossiles pour \u00e9quilibrer notre production. Or, si les g\u00e9ants priv\u00e9s du secteur poss\u00e8dent encore ces centrales, ils conserveront un moyen de pression \u00e9conomique et politique. En Belgique, la production des centrales nucl\u00e9aires et au gaz d\u2019Engie couvre plus de la moiti\u00e9 de notre consommation d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. On ne pourra pas s\u2019en passer imm\u00e9diatement, m\u00eame en investissant au plus vite dans les \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>Enfin, s\u2019ils gardent le contr\u00f4le ; les g\u00e9ants priv\u00e9s de l\u2019\u00e9nergie, poursuivront leurs activit\u00e9s polluantes tant qu\u2019elles leur rapporteront de l\u2019argent, pour maximiser leurs profits<span id='easy-footnote-8-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-8-42734' title='Ils ont d\u2019ailleurs r\u00e9cemment men\u00e9 un lobbying intense et victorieux aupr\u00e8s de l\u2019Union europ\u00e9enne pour faire reconna\u00eetre le nucl\u00e9aire et le gaz fossile comme des \u00e9nergies vertes. Voir : Mathieu Strale, \u00ab Comment les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie nous ont plong\u00e9s dans la crise du gaz \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Lava 22&lt;\/i&gt;, septembre 2022.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. Ce n\u2019est pas une question morale, mais une cons\u00e9quence logique de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Le jour o\u00f9 ces activit\u00e9s ne leur rapporteront plus assez, les monopoles de l\u2019\u00e9nergie les fermeront, abandonneront les sites et chercheront \u00e0 se d\u00e9faire de leur responsabilit\u00e9, comme avant dans l\u2019industrie mini\u00e8re ou sid\u00e9rurgique, laissant les pouvoirs publics \u00e9ponger les d\u00e9g\u00e2ts.<\/p>\n<p>Que ce soit pour acc\u00e9l\u00e9rer la transition verte ou pour \u00eatre certains de pouvoir faire payer la facture des d\u00e9g\u00e2ts environnementaux et sociaux \u00e0 ceux qui en sont responsables, toutes les centrales des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie, y compris les activit\u00e9s qu\u2019on veut fermer d\u00e8s que possible, doivent \u00eatre nationalis\u00e9es.<\/p>\n<p>Car, bien s\u00fbr, une reprise en main publique de l\u2019\u00e9nergie au service du collectif ne doit pas se limiter \u00e0 changer la propri\u00e9t\u00e9 des g\u00e9ants du secteur. L\u2019enjeu est d\u2019abord d\u00e9mocratique. En Belgique, par exemple, une nationalisation ne doit pas se borner \u00e0 reconstituer un \u00ab Electrabel du temps de la Belgique \u00e0 Papa \u00bb. Electrabel n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 au service de la population. Pendant ses d\u00e9cennies d\u2019existence, l\u2019entreprise priv\u00e9e, filiale du holding financier belge de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, a surfactur\u00e9 son \u00e9nergie aupr\u00e8s des familles, en accord avec les intercommunales charg\u00e9es de distribuer le courant. Les b\u00e9n\u00e9fices ont \u00e9t\u00e9 revers\u00e9s \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, au secteur bancaire, \u00e0 l\u2019\u00c9tat et aux communes. Tandis que ces investissements financ\u00e9s par les gens servaient les besoins des industriels priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, une nationalisation doit viser au contraire \u00e0 mettre la production \u00e9nerg\u00e9tique au service des gens, en baissant et bloquant les prix et en investissant pour r\u00e9pondre aux besoins collectifs, sociaux et environnementaux. Le tout avec un contr\u00f4le des tarifs et des choix d\u2019investissements par les usagers et les travailleurs.<\/p>\n<p>Car l\u2019objectif doit \u00eatre de d\u00e9velopper au plus vite une \u00e9nergie moins ch\u00e8re et plus verte. M\u00eame dans les logiques de march\u00e9 actuelles, toutes les \u00e9tudes sur le sujet d\u00e9montrent qu\u2019une prise en mains publique de l\u2019\u00e9nergie fait baisser les prix et acc\u00e9l\u00e8re les investissements. Car on ne d\u00e9pend plus du diktat de la recherche de profit \u00e0 court terme impos\u00e9 par les actionnaires. Le Danemark en est un bon exemple. En conservant un contr\u00f4le public majoritaire sur sa principale entreprise \u00e9nerg\u00e9tique, Orsted, l\u2019\u00c9tat danois a pu transformer sa production \u00e9nerg\u00e9tique. En une g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019entreprise est pass\u00e9e d\u2019une production \u00e9lectrique bas\u00e9e \u00e0 85 % sur des centrales au charbon \u00e0 85 % d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9olienne, faisant du pays un champion mondial de l\u2019\u00e9nergie verte. Non pas en attendant que les centrales au charbon cessent d\u2019\u00eatre rentables, mais en planifiant les investissements en fonction des objectifs politiques d\u00e9cid\u00e9s d\u00e9mocratiquement. Plut\u00f4t que de vendre cette production sur le march\u00e9, la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produite est commercialis\u00e9e sur base de contrats \u00e0 long terme et \u00e0 prix fixe, ce qui limite drastiquement les surprofits de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Enfin, la nationalisation doit aller de pair avec une autre r\u00e9gulation du secteur. Plut\u00f4t que la comp\u00e9tition de tous contre tous qui r\u00e8gne actuellement, une reprise en main publique doit viser une logique coop\u00e9rative. il faut mettre en commun la production \u00e9nerg\u00e9tique et les investissements pour d\u00e9velopper au plus vite une \u00e9nergie moins ch\u00e8re, fiable et d\u00e9carbon\u00e9e, tout l\u2019inverse donc des projets r\u00e9gionalistes ou nationalistes port\u00e9s par la N-VA ou le Vlaams Belang. La production \u00e9lectrique, surtout bas\u00e9e sur des sources renouvelables, ne peut s\u2019envisager dans les limites d\u2019un \u00c9tat, encore moins d\u2019une r\u00e9gion.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9quilibre entre la production \u00e9olienne de la Mer du Nord, de la Baltique ou de l\u2019Atlantique, celle des barrages scandinaves ou alpins et des panneaux solaires du sud de l\u2019Europe qui constituera notre futur \u00e9nerg\u00e9tique. La diff\u00e9rence avec la logique actuelle a \u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9e : en mer du Nord, un investissement public coordonn\u00e9 co\u00fbterait 5 milliards de moins que la m\u00e9thode actuelle bas\u00e9e sur l\u2019initiative priv\u00e9e individuelle pour produire la m\u00eame quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie<span id='easy-footnote-9-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-9-42734' title='\u00ab Les \u00c9tats des mers du Nord s\u2019accordent sur une coop\u00e9ration plus \u00e9troite en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Commission Europ\u00e9enne&lt;\/i&gt;, 6 juin 2016.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>C\u2019est donc l\u2019ensemble des g\u00e9ants \u00e9nerg\u00e9tiques et tous leurs actifs qui doivent \u00eatre nationalis\u00e9s. Pas uniquement des canards boiteux ou des actifs co\u00fbteux dont les entreprises sont pr\u00eates \u00e0 se s\u00e9parer, mais aussi les machines \u00e0 surprofits. Pas seulement les parcs \u00e9oliens, mais aussi les centrales nucl\u00e9aires, au gaz ou au charbon que l\u2019on veut fermer d\u00e8s que l\u2019on en aura plus besoin. Pas simplement pour changer la direction des entreprises, mais pour changer de mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique. En commen\u00e7ant en Belgique par Engie-Electrabel. Reprise en main compl\u00e8te et fixation des prix, voil\u00e0 les deux leviers que se sont bien gard\u00e9s d\u2019avancer socialistes et lib\u00e9raux lorsqu\u2019ils parlaient de nationalisation. De ce fait, leurs pseudo-revendications sont en fait conformes aux attentes d\u2019Engie et ne visent pas \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de gens.<\/p>\n<h2 class=\"s65\">Nationaliser l\u2019\u00e9nergie est une lutte de classe<\/h2>\n<p>Nationaliser tous les actifs des g\u00e9ants du secteur de l\u2019\u00e9nergie est un id\u00e9al qui peut sembler inatteignable. Autant Engie est d\u2019accord de se d\u00e9fausser des co\u00fbts sur l\u2019\u00c9tat belge, autant cette entreprise comme les autres g\u00e9ants lutteront par tous les moyens pour garder leurs profits et nous faire payer au prix fort une expropriation \u00e9ventuelle.<\/p>\n<p>Mais la population n\u2019est pas sans atouts. Tout d\u2019abord, rien n\u2019emp\u00eache une propri\u00e9t\u00e9 publique dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie en Europe. Il existe d\u2019ailleurs de nombreuses entreprises majoritairement d\u00e9tenues par les \u00c9tats, telles EDF, Vattenfall ou Orsted par exemple.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les lois belge et europ\u00e9enne permettent de r\u00e9quisitionner et nationaliser des entreprises au motif de l\u2019utilit\u00e9 publique, et plusieurs experts ont soulign\u00e9 qu\u2019une reprise en main publique de l\u2019\u00e9nergie pourrait relever d\u2019une utilit\u00e9 publique.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">Gr\u00e2ce au contr\u00f4le public majoritaire, l\u2019entreprise danoise Orsted est pass\u00e9e d\u2019une \u00e9lectricit\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 85 % sur des centrales au charbon \u00e0 85 % sur l\u2019\u00e9olien.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien s\u00fbr, en cas de nationalisation, les anciens propri\u00e9taires vont r\u00e9clamer une forte indemnisation. Payer une nouvelle fois pour des infrastructures qui ont souvent d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 financ\u00e9es par des fonds publics et des surfacturations de l\u2019\u00e9nergie, et qui ont permis aux g\u00e9ants du secteur de faire des dizaines de milliards de b\u00e9n\u00e9fices, est socialement injuste et politiquement inacceptable. En Belgique, les m\u00e9nages ont d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 la note de la nationalisation d\u2019Engie plusieurs fois. Toute la population belge, europ\u00e9enne et mondiale paie chaque jour le co\u00fbt du r\u00e9chauffement climatique dans lequel les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie portent une lourde responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le sp\u00e9cialiste fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9nergie Aur\u00e9lien Bernier appelle les monopoles du secteur des \u00ab voleurs d\u2019\u00e9nergie \u00bb<span id='easy-footnote-10-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-10-42734' title='Aurelien Bernier,\u00a0&lt;i&gt;Accaparement et privatisation de l\u2019 \u00e9lectricit\u00e9, du gaz, du p\u00e9trole&lt;\/i&gt;, Editions Seuil, 19 septembre 2018.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"s45\">\u00a0<\/span>: le priv\u00e9 a voulu reprendre la main sur l\u2019\u00e9nergie par tous les moyens. Saccage d\u203aentreprises nationales publiques, adoption de directives ultralib\u00e9rales par l\u203aUnion europ\u00e9enne, ouvertures \u00e0 la concurrence forc\u00e9es pour les pays du Sud\u2026. Et nous fait payer le prix social et environnemental. Une reprise en main publique doit donc avoir lieu sans indemnit\u00e9. C\u2019est ce que disent les sp\u00e9cialistes du centre d\u2019\u00e9tude des services publics de l\u2019Universit\u00e9 de Greenwich, qui alimentent la campagne de lutte sociale Enough is Enough au Royaume-Uni : les profits actuels des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie sont ill\u00e9gitimes et bas\u00e9s sur des fonds et subsides publics<span id='easy-footnote-11-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-11-42734' title='David Hall, \u00ab Public ownership of the UK energy system \u2013 benefits, costs and processes \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;Public Services International Research Unit&lt;\/i&gt;, avril 2016 ; et Vera Weghman, \u00ab Going Public: A Decarbonised, Affordable and Democratic Energy System for Europe. The failure of energy liberalisation. \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;EPSU&lt;\/i&gt;, 2019.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. il n\u2019y a donc aucune raison de les payer une nouvelle fois en cas d\u2019expropriation.<\/p>\n<p>Si on exproprie les g\u00e9ants du secteur, comment faire payer les anciens propri\u00e9taires des infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques pour les co\u00fbts du d\u00e9mant\u00e8lement et de la r\u00e9paration des dommages sociaux et environnementaux ? Tout d\u2019abord, l\u2019ampleur de ces co\u00fbts est un argument fort pour nationaliser ces entreprises sans indemnisation. Ensuite, il s\u2019agira d\u2019identifier les autres moyens de pression sur ces propri\u00e9taires priv\u00e9s : mettre en garantie d\u2019autres actifs qu\u2019ils d\u00e9tiennent, bloquer ou saisir d\u2019autres participations de leurs actionnaires dans d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s, poursuivre devant les tribunaux internationaux les responsables des co\u00fbts sociaux et environnementaux, etc. Par exemple, en Belgique, l\u2019\u00c9tat peut s\u2019appuyer sur la loi, qui pr\u00e9voit qu\u2019Engie doit provisionner suffisamment d\u2019argent pour financer le d\u00e9montage des centrales et le stockage des d\u00e9chets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le principe du pollueur-payeur est inscrit dans le droit europ\u00e9en depuis plus de trente ans et le changement de propri\u00e9t\u00e9 ne lib\u00e8re pas l\u2019ancien exploitant de sa responsabilit\u00e9. En cas de nationalisation d\u2019Electrabel, il resterait des leviers pour faire pression <span class=\"p\">sur Engie si l\u2019entreprise refuse de payer. Que ce soit par <\/span>la n\u00e9gociation avec son principal actionnaire, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, ou par la saisie d\u2019autres actifs du groupe Engie en Belgique comme Tractebel, ou des participations d\u2019Electrabel dans de nombreux pays \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les monopoles et leurs relais politiques voudront \u00ab punir \u00bb les populations qui les exproprient. Si, en cas de nationalisation de tous les g\u00e9ants europ\u00e9ens, on peut imaginer qu\u2019un p\u00f4le \u00e9nerg\u00e9tique public continental sera \u00e0 m\u00eame \u00e0 faire face aux g\u00e9ants am\u00e9ricains par exemple, l\u2019exercice peut sembler plus p\u00e9rilleux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un pays.<\/p>\n<p>Si on d\u00e9cide de nationaliser Electrabel, ne risque-t-on de se voir couper le courant ? L\u00e0 aussi, on a des arguments \u00e0 faire valoir. Tout d\u2019abord, la Belgique est autonome pour sa production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et est carrefour et est un point d\u2019entr\u00e9e du gaz pour les pays voisins, Allemagne, France et Pays-Bas. On ne peut pas isoler le pays pour nous sanctionner si on nationalise nos centrales. Au contraire, dans le contexte actuel, la France, premier actionnaire d\u2019Engie, a besoin de notre gaz et de notre \u00e9lectricit\u00e9 pour \u00e9viter le black-out et elle aurait tout \u00e0 gagner d\u2019une production \u00e9lectrique \u00e0 prix plafonn\u00e9 pour alimenter ses besoins.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"s64\">La production \u00e9lectrique, surtout bas\u00e9e sur des sources renouvelables, ne peut s\u2019envisager dans les limites d\u2019un \u00c9tat, encore moins d\u2019une r\u00e9gion.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si de nombreuses preuves d\u00e9montrent qu\u2019une \u00e9nergie publique serait moins ch\u00e8re et plus verte, si des moyens existent pour nationaliser les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie sans socialiser les pertes et sans indemniser les actionnaires, pourquoi ces mesures ne sont-elles pas mises en \u0153uvre ?<\/p>\n<p>Car ce changement de propri\u00e9t\u00e9 et de politique est une lutte de classe. Entre les travailleurs et les propri\u00e9taires priv\u00e9s. Celui qui contr\u00f4le l\u2019\u00e9nergie d\u00e9tient un levier cl\u00e9 sur la fa\u00e7on dont s\u2019organise la soci\u00e9t\u00e9, dont on produit, dont on se d\u00e9place ou dont on se chauffe. Alors, un changement de mod\u00e8le ne se jouera pas devant les tribunaux, dans les parlements belges ou europ\u00e9ens et encore moins dans les salles feutr\u00e9es des conseils d\u2019administration des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Pour construire ce rapport de force, le mouvement social est essentiel. La lutte contre ce contr\u00f4le priv\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie est un combat central du monde du travail, des syndicats et des partis de gauche. Ce sont les mobilisations de la classe travailleuse qui ont permis la reprise en main publique de la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais aussi des g\u00e9ants du p\u00e9trole ou des mines de charbon dans de nombreux pays, de la France au Royaume-Uni ou \u00e0 l\u2019Italie, \u00e0 la sortie de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale<span id='easy-footnote-12-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-12-42734' title='En Belgique, cette nationalisation n\u2019aura pas lieu. Un compromis sera trouv\u00e9 entre les revendications syndicales et des forces de gauche et les int\u00e9r\u00eats du patronat. C\u2019est-\u00e0-dire le maintien d\u2019un monopole priv\u00e9 sur la production, Electrablel, aux mains de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique et du Holding Bruxelles Lambert, mais soumis \u00e0 une r\u00e9gulation forte des prix et des investissements par un comit\u00e9 de contr\u00f4le o\u00f9 le patronat, les syndicats et le gouvernement sont repr\u00e9sent\u00e9s.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. La plupart de ces services publics de l\u2019\u00e9nergie se maintiendront jusque dans les ann\u00e9es \u201980 gr\u00e2ce aux luttes syndicales.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, dans le cadre de la construction de l\u2019Union europ\u00e9enne n\u00e9o-lib\u00e9rale, le grand patronat a tr\u00e8s vite cibl\u00e9, avec succ\u00e8s, l\u2019\u00e9nergie comme un secteur \u00e0 lib\u00e9raliser et privatiser au plus vite.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la majorit\u00e9 de la population a int\u00e9r\u00eat \u00e0 un changement de mod\u00e8le. C\u2019est la lutte sociale, port\u00e9e par les travailleurs du secteur et les syndicats, les partis de gauche authentique, les m\u00e9nages et les petits entrepreneurs exasp\u00e9r\u00e9s par les factures impayables, le monde environnemental et associatif qui d\u00e9nonce les cons\u00e9quences climatiques et sociales du mod\u00e8le actuel, qui peut construire le rapport de force. Alors, ensemble ils pourront s\u2019emparer de tous les outils \u00e9conomiques, juridiques et politiques pour s\u2019attaquer au pouvoir des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie.<img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-42874\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/StralleS.png\" alt=\"\" width=\"555\" height=\"190\" \/><\/p>\n<p>Des luttes naissent d\u2019ailleurs partout en Europe. En Allemagne, elles sont port\u00e9es par les habitants, les syndicats et le monde environnemental pour reprendre en main les r\u00e9seaux de distribution d\u2019\u00e9nergie et une partie de la production. Des combats victorieux qui m\u00e8nent \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s locales publiques d\u2019\u00e9nergie ou \u00e0 la pr\u00e9servation des entreprises menac\u00e9es de privatisation dans des dizaines des villes dont Berlin, Munich, Hambourg ou Stuttgart. Au Royaume-Uni, le rejet des factures impayables par les usagers a abouti \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019entreprises publiques de distribution d\u2019\u00e9nergie. Maintenant, c\u2019est le mouvement social Enough is Enough qui prend le relais et revendique une nationalisation du secteur \u00e9nerg\u00e9tique, projet soutenu par la grande majorit\u00e9 des gens dont m\u00eame plus de deux tiers\u2026 des \u00e9lecteurs du parti conservateur<span id='easy-footnote-13-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-13-42734' title='\u00ab Two-thirds of Tory voters back temporary nationalisation of energy firms \u2013 poll \u00bb,\u00a0&lt;i&gt;The Guardian&lt;\/i&gt;, 16 ao\u00fbt 2022.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. En France, les syndicats luttent et bloquent les projets successifs de Sarkozy, Hollande et Macron visant \u00e0 d\u00e9manteler l\u2019entreprise publique historique EDF<span id='easy-footnote-14-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-14-42734' title='Programme Progressiste de l\u2019Energie de la FNME CGT : r\u00e9pondre aux besoins \u00e9nerg\u00e9tiques et lutter contre la r\u00e9chauffement climatique, f\u00e9vrier 2021.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>. En Belgique, la nationalisation de l\u2019\u00e9nergie est une revendication de la plate-forme \u00ab trop is te veel \u00bb, qui regroupe notamment syndicats, monde associatif et repr\u00e9sentants \u00e9tudiants<span id='easy-footnote-15-42734' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/bonnes-et-mauvaises-nationalisations-de-lenergie\/#easy-footnote-bottom-15-42734' title='Collectief Trop is Te Veel. Voyez site.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>. La nationalisation du secteur \u00e9nerg\u00e9tique est une revendication du groupe parlementaire de la gauche radicale The Left au parlement europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Sept g\u00e9ants \u00e9nerg\u00e9tiques et trois multinationales du p\u00e9trole contr\u00f4lent le march\u00e9 europ\u00e9en : Engie, TotalEnergie, Shell, E-ON, Enel, BP, RWE, EDF, Vattenfall et Iberdrola. Bien s\u00fbr, ces monopoles ne restent pas inactifs. Entre lobbying, y compris au sein des partis au gouvernement, et proc\u00e8s contre les remunicipalisations en Allemagne, sabotage des fournisseurs publics au Royaume-Uni, attaque en justice des mesures de r\u00e9gulation du march\u00e9, pourtant limit\u00e9es, en Espagne ou en Italie, ils multiplient les contre-attaques car ils sentent le vent tourner.<\/p>\n<p>On l\u2019a compris, pour mener \u00e0 bien une nationalisation de l\u2019\u00e9nergie et remettre les entreprises d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tenues par les Etats au service de la collectivit\u00e9, plus que des outils juridiques ou des arguments \u00e9conomiques, les exemples pass\u00e9s et actuels montrent que c\u2019est la lutte sociale qui est le moyen de changer le rapport de force en faveur de la collectivit\u00e9. Or, les moments de crise, comme celui que nous vivons aujourd\u2019hui, sont des p\u00e9riodes cl\u00e9s pour construire et gagner ces combats collectifs.<\/p>\n<p class=\"s39\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De plus en plus de citoyens soutiennent la nationalisation du secteur. 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