{"id":40292,"date":"2022-09-30T07:00:33","date_gmt":"2022-09-30T05:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=40292"},"modified":"2024-07-29T12:27:45","modified_gmt":"2024-07-29T10:27:45","slug":"comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/","title":{"rendered":"Comment les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie nous ont plong\u00e9s dans la crise du gaz"},"content":{"rendered":"<p>La relation incestueuse entre l\u2019industrie gazi\u00e8re et les d\u00e9cideurs politiques nous a men\u00e9 \u00e0 la catastrophe actuelle avec des factures annuelles qui pourraient atteindre 7000\u00a0\u20ac d\u2019ici l\u2019hiver prochain.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-40703\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Strale-Lava22-illus-redkitten-TRK010web01-05-857x600.png\" alt=\"\" width=\"857\" height=\"600\" \/>\n<figure id=\"attachment_5753\" aria-describedby=\"caption-attachment-5753\" style=\"width: 176px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-5753\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Mathieu-StralePotretBw1.jpg\" alt=\"Mathieu Strale\" width=\"176\" height=\"145\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5753\" class=\"wp-caption-text\">Mathieu Strale est chercheur \u00e0 l\u2019Institut de Gestion de l\u2019Environnement et d\u2019Am\u00e9nagement du territoire (DGES-IGEAT) de l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles. Ses recherches portent sur les probl\u00e9matiques de mobilit\u00e9 m\u00e9tropolitaine \u00e0 Bruxelles et en Europe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La crise \u00e9nerg\u00e9tique dure depuis plusieurs mois en Europe. D\u2019abord, ce sont les prix qui ont explos\u00e9. Maintenant on parle d\u2019un risque de p\u00e9nurie de gaz naturel d\u2019ici l\u2019hiver prochain. Le coupable tout d\u00e9sign\u00e9 est la Russie, qui utiliserait ses exportations de gaz comme un moyen de chantage dans le cadre de la guerre en Ukraine. C\u2019est oublier la vraie raison. La lib\u00e9ralisation du march\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9en a mis une poign\u00e9e de g\u00e9ants priv\u00e9s au pouvoir et cette confiance aveugle dans le march\u00e9 nous a men\u00e9s \u00e0 la catastrophe actuelle.<\/p>\n<p>Le gaz naturel a trois usages principaux : se chauffer, produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et \u00eatre transform\u00e9 dans l\u2019industrie<span id='easy-footnote-1-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-1-40292' title='Le chauffage des b\u00e2timents repr\u00e9sente 40\u00a0% de la consommation europ\u00e9enne,30\u00a0% du gaz consomm\u00e9 sert \u00e0 produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et 25\u00a0%, correspond aux usages industriels\u00a0: production d\u2019engrais, utilisation dans les fours des raffineries, des cimenteries, des verreries, etc.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. De ce fait, la consommation de gaz est plus forte en hiver, lorsque les besoins de chauffage et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sont plus \u00e9lev\u00e9s. Pour s\u2019y adapter, les pays europ\u00e9ens disposent de capacit\u00e9s de stockage qu\u2019ils remplissent en \u00e9t\u00e9. Notre approvisionnement d\u00e9pend surtout de sources ext\u00e9rieures, puisque la production gazi\u00e8re europ\u00e9enne ne couvre que 10% de nos besoins.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel de ces apports est achemin\u00e9 par des gazoducs nous reliant aux pays producteurs. C\u2019est le moyen le moins cher puisqu\u2019il ne demande aucune transformation du gaz. Celui-ci vient de Russie, 40 % de nos approvisionnements, de Norv\u00e8ge, 20 \u00e0 25 %, et de Libye, d\u2019Alg\u00e9rie ou d\u2019Azerba\u00efdjan, environ 10 % ensemble. L\u2019autre source d\u2019approvisionnement est le gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL)<span id='easy-footnote-2-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-2-40292' title='Il consiste \u00e0 compresser et refroidir le gaz jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il atteigne l\u2019\u00e9tat liquide, afin de pouvoir ensuite le transporter dans des bateaux.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. C\u2019est une technique plus ch\u00e8re, car il faut des usines pour compresser et d\u00e9compresser le gaz et des bateaux particuliers, sortes de grands thermos. Mais elle pr\u00e9sente l\u2019avantage de pouvoir ensuite transporter ce gaz liqu\u00e9fi\u00e9 dans le monde entier. Ce GNL couvre 10 \u00e0 20 % de la consommation europ\u00e9enne, avec du gaz provenant du Qatar, des \u00c9tats-Unis ou du Nigeria.<\/p>\n<blockquote><p>Corporate Europe Observatory estime que les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie ont embauch\u00e9 plus de 1000\u00a0lobbyistes et d\u00e9pens\u00e9 plusieurs centaines de millions d\u2019euros.<\/p><\/blockquote>\n<p>La guerre en Ukraine et la mont\u00e9e en tension avec la Russie menacent donc notre premi\u00e8re source d\u2019approvisionnement. \u00c0 court terme, il est compliqu\u00e9 de trouver des alternatives. Nos autres fournisseurs par gazoduc utilisent d\u00e9j\u00e0 leurs capacit\u00e9s \u00e0 plein r\u00e9gime. L\u2019importation de gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 est aussi limit\u00e9e, d\u2019une part par la capacit\u00e9 des terminaux europ\u00e9ens, notamment \u00e0 Zeebrugge en Belgique, qui sont souvent d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9s, d\u2019autre part par la flotte de navires sp\u00e9cialis\u00e9s, qui est mobilis\u00e9e \u00e0 plein r\u00e9gime. D\u00e8s lors, la plupart des sp\u00e9cialistes estiment que si les exportations russes s\u2019interrompent, l\u2019Union europ\u00e9enne se dirige vers une p\u00e9nurie de gaz, peut-\u00eatre d\u00e8s l\u2019hiver prochain, sans doute aussi durant les suivants, car investir dans de nouveaux gazoducs ou terminaux et navires demande plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Assiste-t-on \u00e0 un chantage de la part de la Russie en r\u00e9torsion au soutien europ\u00e9en \u00e0 l\u2019Ukraine\u2009? Peut-\u00eatre. Mais si on se retrouve dans cette situation de grande fragilit\u00e9, c\u2019est d\u2019abord \u00e0 cause notre politique \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, le syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9en a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9ralis\u00e9. Selon l\u2019Union europ\u00e9enne, la cr\u00e9ation d\u2019un grand march\u00e9 continental de l\u2019\u00e9nergie et la libre concurrence devaient permettre aux gens de choisir de meilleurs tarifs, de faire baisser les prix et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les investissements dans l\u2019\u00e9nergie renouvelable. En r\u00e9alit\u00e9, le principal effet de la lib\u00e9ralisation est d\u2019avoir permis \u00e0 quelques g\u00e9ants de contr\u00f4ler le march\u00e9 en rachetant les petits acteurs et les anciennes entreprises publiques. L\u2019\u00e9nergie europ\u00e9enne est devenue une affaire de monopoles. Une poign\u00e9e d\u2019entreprises fixent les r\u00e8gles et les prix et l\u2019\u00e9nergie est devenue une marchandise au service des g\u00e9ants du secteur.<\/p>\n<h2>Un intense lobbying \u00ab\u2009progaz\u2009\u00bb<\/h2>\n<p>L\u2019enjeu premier pour ces g\u00e9ants est de faire un maximum de profits en investissant le moins possible. Le PDG de TotalEnergie, Patrick Pouyann\u00e9, le dit clairement : \u00ab\u2009ce dont les actionnaires veulent avant tout s\u2019assurer\u2026 c\u2019est de la durabilit\u00e9 de nos dividendes\u2009\u00bb<span id='easy-footnote-3-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-3-40292' title='\u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/nature-environnement\/petrole-et-gaz\/climat-le-pdg-de-total-juge-le-debat-trop-manicheen_140456&quot;&gt;Le PDG de Total juge le d\u00e9bat sur le r\u00e9chauffement climatique \u00ab\u00a0trop manich\u00e9en\u00a0\u00bb&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;Sciences et Avenir&lt;\/em&gt;, 15 janvier 2020.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. Dans ce contexte, une coalition d\u2019int\u00e9r\u00eats s\u2019est cr\u00e9\u00e9e pour favoriser l\u2019utilisation du gaz.<\/p>\n<p>Les monopoles du p\u00e9trole et du gaz, comme Total, Shell ou BP, voient dans la production de gaz naturel un moyen de conserver leur business model, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019extraction et la transformation et la vente d\u2019\u00e9nergies fossiles, tout en s\u2019appuyant sur l\u2019image plus \u00ab\u2009verte\u2009\u00bb du gaz par rapport au p\u00e9trole. Les monopoles de la production \u00e9lectrique, tel Engie, E.ON ou RWE, ont vu le d\u00e9veloppement de la production \u00e9lectrique via le gaz comme le meilleur moyen de sortir du charbon et du p\u00e9trole avec un moindre investissement. Dans le cadre du d\u00e9veloppement de la production \u00e9lectrique renouvelable, le mod\u00e8le dominant des g\u00e9ants du secteur est aussi de recourir \u00e0 des centrales au gaz que l\u2019on peut allumer ou \u00e9teindre en cas de vent faible, d\u2019ensoleillement r\u00e9duit ou de consommation \u00e9lev\u00e9e. Cette combinaison est la plus rentable individuellement et \u00e9vite de devoir d\u00e9velopper des capacit\u00e9s de stockage d\u2019\u00e9nergie demandant une plus grande planification ou des investissements plus lourds.<\/p>\n<p>L&rsquo;objectif de ces monopoles du p\u00e9trole et du gaz est de pr\u00e9senter le gaz comme la meilleure technologie \u00ab\u2009interm\u00e9diaire\u2009\u00bb, n\u00e9cessaire pour d\u00e9velopper la production d\u2019\u00e9nergie renouvelable et se passer d\u2019\u00e9nergies plus polluantes comme le charbon ou le p\u00e9trole. Pour mener \u00e0 bien leurs ambitions, ils ont mis les moyens. L\u2019ONG Corporate Europe Observatory estime que les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie ont embauch\u00e9 plus de 1000 lobbyistes et d\u00e9pens\u00e9 plusieurs centaines de millions d\u2019euros<span id='easy-footnote-4-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-4-40292' title='\u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/corporateeurope.org\/sites\/default\/files\/the_great_gas_lock_in_english_.pdf&quot;&gt;The Great Gas Lock-in&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;Corporate Europe Observatory&lt;\/em&gt;, o&lt;span dir=&quot;ltr&quot; role=&quot;presentation&quot;&gt;ctobre 2017.&lt;\/span&gt;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Un lobbying d\u2019autant plus efficace que l\u2019Union europ\u00e9enne s\u2019appuie sur \u00ab\u2009l\u2019expertise\u2009\u00bb de ces monopoles pour fixer sa politique \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ainsi, ce sont les \u00e9nerg\u00e9ticiens qui sont charg\u00e9s par l\u2019UE d\u2019estimer les besoins europ\u00e9ens de gaz et de proposer les infrastructures n\u00e9cessaires pour r\u00e9pondre \u00e0 ces besoins. Ce conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats m\u00e8ne \u00e0 une surestimation permanente des volumes, qui elle-m\u00eame justifie la poursuite d\u2019investissements publics dans les capacit\u00e9s de transport, de stockage et de production de gaz. Entre 2013 et 2020, l\u2019UE a d\u00e9pens\u00e9 4,5\u00a0milliards d\u2019euros pour de nouveaux projets d\u2019infrastructure gazi\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p>Le coupable tout d\u00e9sign\u00e9 est la Russie, mais c\u2019est la politique lib\u00e9rale europ\u00e9enne qui a cr\u00e9\u00e9 cette fragilit\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie cherchent depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 obtenir la reconnaissance du gaz comme une technologie verte<span id='easy-footnote-5-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-5-40292' title='\u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/reclaimfinance.org\/site\/2021\/07\/22\/bye-bye-la-science-bienvenue-aux-lobbies-le-gaz-le-nucleaire-et-la-taxonomie-de-lue\/#&quot;&gt;Bye bye la science, bienvenue aux lobbies : Le gaz, le nucl\u00e9aire et la taxonomie de l\u2019UE&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;Reclaim Finance&lt;\/em&gt;, 22 juillet 2022.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>, afin de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de financements publics d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ce lobbying vient d\u2019\u00eatre couronn\u00e9 de succ\u00e8s, le parlement europ\u00e9en a reconnu tant le nucl\u00e9aire que le gaz comme des \u00e9nergies vertes. La production d\u2019hydrog\u00e8ne \u00e0 partir de gaz fossile va sans doute aussi \u00eatre reconnue comme durable par l\u2019UE<span id='easy-footnote-6-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-6-40292' title='Mike Parr, \u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/www.euractiv.com\/section\/energy\/opinion\/europes-hydrogen-split-blue-vs-green-and-north-vs-south\/&quot;&gt;Europe\u2019s hydrogen split: blue vs green and north vs south&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;Euractiv&lt;\/em&gt;, 20 juillet 2021.&lt;em&gt;'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>.<\/em><\/p>\n<p>Les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie ont aussi pouss\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de m\u00e9canismes de r\u00e9mun\u00e9ration<span id='easy-footnote-7-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-7-40292' title='En Belgique, ce m\u00e9canisme prend le nom de CRM (m\u00e9canisme de r\u00e9mun\u00e9ration des capacit\u00e9s) et se traduit par la mise aux ench\u00e8res de nouveaux projets de centrales au gaz. Mais tels dispositifs existent dans toute l\u2019Europe : &lt;a href=&quot;https:\/\/cadmus.eui.eu\/bitstream\/handle\/1814\/72460\/RSC%202021_71.pdf?sequence=1&quot;&gt;https:\/\/cadmus.eui.eu\/bitstream\/handle\/1814\/72460\/RSC%202021_71.pdf?sequence=1&lt;\/a&gt;.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire le versement d\u2019agent public au priv\u00e9, justifi\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer de centrales \u00e9lectriques que l\u2019on peut facilement allumer ou \u00e9teindre afin d\u2019\u00e9quilibrer la production \u00e9lectrique renouvelable. Dans les faits, cet argent sert essentiellement \u00e0 conserver ou construire des centrales au gaz.<\/p>\n<p>Ensemble, ces mesures drainent l\u2019argent public vers les acteurs priv\u00e9s et prot\u00e8gent leurs profits, induisent un surinvestissement et une surconsommation de gaz et un enfermement technologique qui ralentit le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9nergie renouvelable. Ce lobbying en faveur de l\u2019utilisation du gaz est d\u2019une telle ampleur que des ONG ont mis en place un observatoire d\u00e9di\u00e9<span id='easy-footnote-8-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-8-40292' title='\u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/www.globalwitness.org\/en\/blog\/innovative-tracking-tool-trained-fossil-gas-lobbyists\/&quot;&gt;Innovative tracking tool trained on fossil gas lobbyists&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;global witness&lt;\/em&gt;, 3 juin 2021.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2>Un sous-investissement chronique<\/h2>\n<p>Une autre cons\u00e9quence de la soumission de notre politique \u00e9nerg\u00e9tique au march\u00e9 est que le profit \u00e0 court terme est la seule r\u00e8gle qui compte, au m\u00e9pris de toute anticipation des tendances futures.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a02000, la production europ\u00e9enne de gaz couvrait un tiers de la consommation. Elle servait de tampon pour absorber les besoins de consommations hivernaux et \u00e9viter une mont\u00e9e des prix ou des p\u00e9nuries, en augmentant les volumes de production \u00e0 ce moment. Mais les gisements de la mer du Nord s\u2019\u00e9puisent, ils ne couvrent plus qu\u2019un dixi\u00e8me des besoins europ\u00e9ens aujourd\u2019hui. Dans le m\u00eame temps, des r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s en Allemagne et France, ainsi que des centrales au charbon et au p\u00e9trole partout en Europe, r\u00e9duisant les capacit\u00e9s de production.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces changements structurels pr\u00e9visibles, il n\u2019y a pas eu de strat\u00e9gie d\u2019investissements.<br \/>\nChaque \u00c9tat a men\u00e9 sa propre politique et les choix ont \u00e9t\u00e9 erratiques, en fonction des prix du march\u00e9 et des imp\u00e9ratifs de rentabilit\u00e9 des monopoles. Comme les prix de l\u2019\u00e9nergie \u00e9taient bas au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 2010, les investissements dans de nouvelles capacit\u00e9s de production alternatives au gaz ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9duits.<\/p>\n<p>En particulier, les investissements dans l\u2019\u00e9nergie renouvelable ont \u00e9t\u00e9 trop faibles. Il faudrait tripler ces investissements pour atteindre les objectifs climatiques europ\u00e9ens. D\u00e9velopper l\u2019\u00e9nergie \u00e9olienne, dont le volume de production est plus \u00e9lev\u00e9 en hiver, est aussi une r\u00e9ponse potentielle \u00e0 la baisse de la production de gaz de l\u2019Union europ\u00e9enne, dont la consommation est plus forte \u00e0 cette saison.<\/p>\n<p>La lenteur des investissements dans la r\u00e9novation et l\u2019isolation des b\u00e2timents aggrave la situation. On estime qu\u2019une bonne isolation des b\u00e2timents permet de faire baisser la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des b\u00e2timents de deux tiers. Rappelons que le gaz est la premi\u00e8re source de chauffage en Europe. Pourtant, au rythme actuel, il faudra cinquante ans pour isoler toutes les passoires thermiques europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence de ce manque d\u2019investissements, nous n\u2019avons pas diminu\u00e9 notre consommation de gaz de fa\u00e7on significative, alors que notre production \u00e9tait divis\u00e9e par trois. Notre syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique est devenu plus d\u00e9pendant aux importations de gaz et nous n\u2019avons pas d\u00e9velopp\u00e9 assez d\u2019alternatives \u00e0 son utilisation.<\/p>\n<h2>Pas de maitrise des prix<\/h2>\n<p>Enfin, la politique europ\u00e9enne a cr\u00e9\u00e9 le cadre qui permet et aggrave la hausse actuelle des prix de l\u2019\u00e9nergie. La lib\u00e9ralisation du march\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique est intervenue essentiellement dans le contexte post crise de 2008, avec une surabondance de capacit\u00e9s de production \u00e9nerg\u00e9tique et de faible prix des mati\u00e8res premi\u00e8res internationales, donc de faible tension sur les march\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques. Elle n\u2019a donc pas eu d\u2019impact imm\u00e9diat \u00e0 la hausse sur les prix de l\u2019\u00e9nergie. Mais elle a cr\u00e9\u00e9 une bombe \u00e0 retardement.<br \/>\nJusqu\u2019en 2005, la majorit\u00e9 des contrats d\u2019approvisionnement en gaz de l\u2019Union europ\u00e9enne avec des pays \u00e9trangers \u00e9tait bas\u00e9e sur des prix stables, index\u00e9s sur la moyenne des cours du p\u00e9trole liss\u00e9e sur une longue p\u00e9riode, et des contrats fix\u00e9s \u00e0 long terme, vingt ans en moyenne.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019Europe est le seul grand bloc \u00e9conomique \u00e0 \u00eatre autant expos\u00e9 aux caprices des march\u00e9s d\u2019\u00e9nergie.<\/p><\/blockquote>\n<p>La lib\u00e9ralisation de l\u2019approvisionnement en gaz de l\u2019UE a correspondu \u00e0 une double transformation : le passage \u00e0 une tarification bas\u00e9e uniquement sur l\u2019offre et la demande de gaz avec cr\u00e9ation de bourses d\u2019\u00e9changes du gaz et le raccourcissement de la dur\u00e9e des contrats d\u2019approvisionnements. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de faire jouer la concurrence entre les approvisionnements pour faire baisser le prix. Cette lib\u00e9ralisation \u00e9tait soutenue par les monopoles de l\u2019\u00e9nergie car elle leur ouvrait un nouveau march\u00e9 lucratif, celui du n\u00e9goce international de gaz.<\/p>\n<p>Elle a induit une grande instabilit\u00e9 des tarifs et a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un nouveau march\u00e9 sp\u00e9culatif. Chaque litre de gaz effectivement livr\u00e9 en Europe fait en moyenne l\u2019objet de plus de 25 transactions (achats et ventes). Les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie ont cr\u00e9\u00e9 des services de trading d\u00e9di\u00e9s, qui g\u00e9n\u00e8rent des milliards de profits.<\/p>\n<p>De ce fait, l\u2019Europe est tr\u00e8s expos\u00e9e aux caprices des march\u00e9s, car elle combine une d\u00e9pendance \u00e0 des approvisionnements ext\u00e9rieurs doubl\u00e9e de prix non contr\u00f4l\u00e9s. C\u2019est le seul grand bloc \u00e9conomique \u00e0 se retrouver dans cette situation. La majorit\u00e9 des pays asiatiques, eux aussi importateurs de gaz, ont conserv\u00e9 des contrats d\u2019approvisionnements \u00e0 long terme et \u00e0 prix stabilis\u00e9 par l\u2019indexation sur les cours du p\u00e9trole. Si les USA se basent comme l\u2019Europe sur des bourses du gaz pour en fixer le prix, ils sont prot\u00e9g\u00e9s par leur production int\u00e9rieure de gaz qui leur permet de couvrir l\u2019ensemble de leurs besoins et m\u00eame d\u2019exporter leurs exc\u00e9dents.<\/p>\n<h2>Vers une temp\u00eate parfaite<\/h2>\n<p>Une consommation de gaz forte, une d\u00e9pendance plus importante aux exportations et des alternatives \u00e0 l\u2019utilisation du gaz r\u00e9duites, le tout sans m\u00e9canisme de contr\u00f4le des prix\u00a0: les conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour une temp\u00eate parfaite, il ne manquait que l\u2019\u00e9tincelle.<br \/>\nC\u2019est en 2021 que le feu va prendre. Tout d\u2019abord, \u00e0 la suite du Coronavirus, l\u2019entretien de plusieurs infrastructures gazi\u00e8res avait d\u00fb \u00eatre report\u00e9, r\u00e9duisant la production de gaz. Ensuite, la combinaison entre un hiver et un printemps froid et un t\u00e9l\u00e9travail encore tr\u00e8s r\u00e9pandu ont induit une plus forte consommation de gaz. Enfin, la reprise \u00e9conomique post-Covid a engendr\u00e9 une forte demande de gaz en Europe et dans le monde.<\/p>\n<p>De ce fait, les prix sur les bourses du gaz ont doubl\u00e9 entre le printemps et l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a02021. Face \u00e0 cette hausse, les monopoles de l\u2019\u00e9nergie ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 utiliser le gaz stock\u00e9 \u00e0 bas prix en 2020 que de s\u2019approvisionner sur les march\u00e9s, r\u00e9duisant d\u2019autant nos r\u00e9serves en vue de l\u2019hiver\u00a02021-2022.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que les tensions avec la Russie au sujet de l\u2019Ukraine se sont ajout\u00e9es \u00e0 partir de l\u2019automne\u00a02021. Elles se mat\u00e9rialisent d\u2019abord par le report puis l\u2019abandon de l\u2019ouverture d\u2019un nouveau gazoduc \u00ab\u2009NorthStream\u00a02\u2009\u00bb entre la Russie et l\u2019Allemagne, puis par une r\u00e9duction des volumes de gaz vendus par Gazprom, l\u2019entreprise russe d\u00e9tenant le monopole des exportations de gaz. Combin\u00e9 au faible niveau des stocks de gaz, cette menace sur les approvisionnements a fait grimper les cours sur les bourses. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e\u00a02021, les prix avaient \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par quatre.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie estimait que la hausse des prix permettrait aux \u00e9nerg\u00e9ticiens europ\u00e9ens de d\u00e9gager plus de 200\u00a0milliards de profits en 2022.<\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie au printemps\u00a02022 et en r\u00e9ponse aux sanctions europ\u00e9ennes, la Russie a d\u2019abord interrompu les livraisons de gaz des acheteurs qui refusaient de r\u00e9gler leurs achats en roubles. Elle a ensuite limit\u00e9 fortement les volumes export\u00e9s par gazoduc, en raison, selon elle, de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019entretenir les infrastructures \u00e0 la suite des sanctions occidentales qui bloquent l\u2019achat des pi\u00e8ces de rechange. Ensemble, ces mesures ont induit une baisse de 80\u00a0% des flux de gaz de la Russie vers l\u2019Europe et ont encore fait monter les prix, qui sont maintenant huit \u00e0 dix fois plus \u00e9lev\u00e9s que la moyenne des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Que peut-il se passer ensuite ? Pour l\u2019instant, vu la hausse des cours, Gazprom tire toujours plus de revenus de ses ventes de gaz \u00e0 l\u2019Europe qu\u2019avant la crise. Ironie de l\u2019histoire, c\u2019est l\u2019Union europ\u00e9enne qui a impos\u00e9 \u00e0 Gazprom de limiter ses ventes de gaz sur base de prix volumes fixes au profit de tarifs variables bas\u00e9s sur les cours des bourses<span id='easy-footnote-9-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-9-40292' title='Vitaly Yermakov, &lt;a href=&quot;https:\/\/a9w7k6q9.stackpathcdn.com\/wpcms\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Russian-gas-amid-market-tightness.pdf&quot;&gt;Big Bounce: Russian gas amid market tightness&lt;\/a&gt;, &lt;em&gt;The Oxford Institute for Energy Studies&lt;\/em&gt;, septembre 2021'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>, un choix qui se retourne maintenant contre nous.<\/p>\n<p>Se pose la question de la suite. Une baisse plus forte encore des exportations russes risquerait de mettre en p\u00e9ril ces revenus. Pour autant, la Russie ne peut pas rester inactive face aux annonces europ\u00e9ennes de sanctions plus fortes et de la volont\u00e9 se passer de gaz russe au plus vite. Or, si la Russie veut faire pression sur l\u2019UE, l\u2019automne est un moment cl\u00e9 pour cr\u00e9er le rapport de force, car c\u2019est la p\u00e9riode de reconstitution des stocks.<\/p>\n<p>La baisse de livraison de gaz depuis la Russie appara\u00eet d\u00e8s lors comme une politique opportuniste. Mais c\u2019est la politique lib\u00e9rale europ\u00e9enne qui a cr\u00e9\u00e9 cette fragilit\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique. C\u2019est la combinaison entre la confiance aveugle dans le march\u00e9 et la d\u00e9pendance de l\u2019Europe vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9tranger qui est mortelle. Aujourd\u2019hui, les pays europ\u00e9ens sont contraints de chercher du gaz ailleurs pour \u00e9viter une p\u00e9nurie. Or, en l\u2019absence de contrats \u00e0 long terme et \u00e0 prix fixe, ils doivent d\u2019une part payer le prix fort, d\u2019autre part se contenter de l\u2019offre marginale non achet\u00e9e par les autres clients.<\/p>\n<h2>Arroseurs arros\u00e9s<\/h2>\n<p>Ceux qui payent le prix de cette politique, ce sont les m\u00e9nages. Leurs factures de chauffage et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ont explos\u00e9, passant de 2500\u00a0\u20ac par an en moyenne d\u00e9but\u00a02021 \u00e0 plus de 5000\u00a0\u20ac d\u00e9but\u00a02022. La hausse se poursuit, on parle maintenant de montants annuels qui pourraient atteindre 7000\u00a0\u20ac d\u2019ici l\u2019hiver prochain. Cela sans tenir compte du risque de p\u00e9nurie de gaz.<\/p>\n<p>Les grands gagnants en revanche sont les monopoles de l\u2019\u00e9nergie. Les huit plus grandes entreprises actives en Europe avaient d\u00e9j\u00e0 vu leurs profits d\u00e9passer les 40\u00a0milliards en 2021. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e\u00a02022, l\u2019Agence Internationale de l\u2019\u00c9nergie estimait que la hausse des prix permettrait aux \u00e9nerg\u00e9ticiens europ\u00e9ens de d\u00e9gager plus de 200\u00a0milliards de profits en 2022. 200\u00a0milliards cela veut dire qu\u2019en moyenne chaque famille europ\u00e9enne payera 1000\u00a0\u20ac en 2022 pour alimenter ces surprofits.<\/p>\n<p>Puisque les prix ont encore augment\u00e9 depuis, les profits seront sans doute encore plus \u00e9lev\u00e9s.<br \/>\nLe moteur de ces surprofits est simple. Alors que le co\u00fbt de production du gaz est rest\u00e9 stable, son prix de vente a explos\u00e9<span id='easy-footnote-10-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-10-40292' title='La m\u00e9canique est similaire avec le p\u00e9trole, dont les cours ont doubl\u00e9 depuis d\u00e9but 2021.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>. Cela permet aux entreprises productrices, comme TotalEnergie, Equinor, Shell ou BP d\u2019encaisser des profits historiques. Par la m\u00e9canique du march\u00e9 lib\u00e9ral de l\u2019\u00e9nergie, expliqu\u00e9e dans l\u2019article de Wim Debucquoy<span id='easy-footnote-11-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-11-40292' title='Wim Debucquoy, \u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/lavamedia.be\/fr\/une-energie-verte-bon-marche-et-donc-publique\/&quot;&gt;Une \u00e9nergie verte, bon march\u00e9 et donc publique&lt;\/a&gt; \u00bb,\u00a0&lt;em&gt;Lava&lt;\/em&gt;, 30 d\u00e9cembre 2021.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>, les hausses du prix du gaz se r\u00e9percutent sur celui de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Les monopoles de l\u2019\u00e9nergie peuvent donc aussi vendre l\u2019ensemble de leur \u00e9lectricit\u00e9 au co\u00fbt de production des centrales au gaz, alors que 80 % de leur production (nucl\u00e9aire, hydraulique, \u00e9olienne ou solaire) ne d\u00e9pend pas des prix du gaz. En Belgique, cela permet par exemple \u00e0 Engie de vendre l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 produite \u00e0 partir des centrales nucl\u00e9aires jusqu\u2019\u00e0 dix fois son prix r\u00e9el, car ces centrales sont anciennes, ont \u00e9t\u00e9 construites avec des investissements publics et sont donc largement amorties et leur co\u00fbt de production n\u2019a pas augment\u00e9 puisqu\u2019il ne d\u00e9pend ni du gaz ni du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Les principaux d\u00e9fenseurs de la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9en, qui sont donc les premiers responsables de l\u2019impasse sociale, \u00e9conomique et climatique actuelle, en sont les premiers b\u00e9n\u00e9ficiaires. Leur r\u00e9ponse \u00e0 la crise\u2009? \u00ab\u2009TotalEnergie, EDF et Engie vous demandent de moins consommer\u2009\u00bb, nous disent leurs PDG. Comme si le probl\u00e8me \u00e9tait la consommation des gens.<\/p>\n<h2>L\u2019Europe ouvre grand la porte au gaz (de schiste)<\/h2>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Union europ\u00e9enne peine aussi \u00e0 proposer des r\u00e9ponses convaincantes. L\u2019enjeu imm\u00e9diat est de disposer de suffisamment de gaz. De ce point de vue, l\u2019UE est face \u00e0 une contradiction entre objectifs collectifs et logiques de march\u00e9 r\u00e9sum\u00e9 ici<span id='easy-footnote-12-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-12-40292' title='\u00ab &lt;a href=&quot;https:\/\/www.bruegel.org\/policy-brief\/how-make-eu-energy-platform-effective-emergency-tool&quot;&gt;How to make the EU Energy Platform an effective emergency tool&lt;\/a&gt; \u00bb, &lt;em&gt;Bruegel org&lt;\/em&gt;, 16 juin 2022.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span> : \u00ab\u2009Les acteurs du march\u00e9 sont confront\u00e9s \u00e0 un dilemme : s\u2019ils font des stocks alors que les prix sont \u00e9lev\u00e9s pour se pr\u00e9parer \u00e0 une p\u00e9nurie de gaz qui ne se mat\u00e9rialise pas, ils perdent de l\u2019argent\u2009; et s\u2019ils ne se pr\u00e9parent pas, ils risquent de ne pas avoir assez de gaz pour approvisionner leurs clients. La situation devient un v\u00e9ritable paradoxe si l\u2019on consid\u00e8re que le risque que la Russie (menace envisageable) coupe l\u2019approvisionnement augmente avec le manque de pr\u00e9paration\u2009\u00bb. Faute de r\u00e9soudre ce paradoxe, l\u2019Union europ\u00e9enne va sans doute mettre de l\u2019argent public \u00e0 disposition des monopoles pour acheter du gaz en suffisance.<\/p>\n<p>Pourtant, aucun blocage des prix ou des bourses de l\u2019\u00e9nergie n\u2019est envisag\u00e9. M\u00eame la proposition d\u2019une taxe exceptionnelle sur les profits des g\u00e9ants du secteur, soutenue par certains gouvernements, n\u2019est pas reprise, car on craint qu\u2019elle ne \u00ab\u2009d\u00e9sincite\u2009\u00bb \u00e0 investir dans les \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel de la politique europ\u00e9enne et des \u00c9tats membres consiste donc \u00e0 chercher d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des sources de gaz alternatives aux importations russes. Comme le d\u00e9taille Natalie Eggermont<span id='easy-footnote-13-40292' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-geants-de-lenergie-nous-ont-plonges-dans-la-crise-du-gaz\/#easy-footnote-bottom-13-40292' title='Natalie Eggermont, \u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-guerre-brule-la-planete\/&quot;&gt;La guerre brule la plan\u00eat &lt;\/a&gt;\u00a0&lt;strong&gt;\u00bb&lt;\/strong&gt;, &lt;em&gt;Lava&lt;\/em&gt;, \u00e9t\u00e9 2022.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>, les monopoles occidentaux du gaz en profitent au m\u00e9pris de toute consid\u00e9ration sociale ou environnementale.<\/p>\n<p>D\u2019abord, les Am\u00e9ricains pour ouvrir grand la porte europ\u00e9enne pour le gaz de schiste \u00e9tasunien. C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019un lobbying intense de leur gouvernement\u00a0: d\u2019abord en soutenant la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du gaz europ\u00e9en pour casser les contrats d\u2019approvisionnement \u00e0 long terme. Ensuite, sous Trump puis Biden, en sanctionnant les entreprises qui participaient \u00e0 la construction de nouveaux gazoducs reliant la Russie \u00e0 l\u2019UE. Ils r\u00e9coltent maintenant les fruits de cette politique, ils apparaissent comme des sauveurs en abreuvant l\u2019Europe de leur gaz cher et polluant.<\/p>\n<p>Les g\u00e9ants europ\u00e9ens ne sont pas en reste. Au nom de la s\u00e9curit\u00e9 et de la diversification des approvisionnements, des investissements massifs sont annonc\u00e9s par la Commission europ\u00e9enne dans de nouvelles infrastructures gazi\u00e8res\u00a0: terminaux de GNL, nouveaux gazoducs, etc. Pire, le lobbying peut reprendre pour lancer la production de gaz de schiste au sein de l\u2019Europe. C\u2019est le moment ou jamais\u00a0: les prix \u00e9lev\u00e9s rendent cette technologie rentable et l\u2019Union et les \u00c9tats membres cherchent \u00e0 se passer du gaz russe \u00e0 tout prix.<\/p>\n<blockquote><p>Nous ne sommes pas condamn\u00e9s \u00e0 payer notre gaz \u00e0 prix d\u2019or et \u00e0 nous diriger vers une p\u00e9nurie. Mais cela implique de rompre avec notre d\u00e9pendance complice aux monopoles de l\u2019\u00e9nergie.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour les travailleurs europ\u00e9ens, cela ne r\u00e9sout rien\u00a0: passer au GNL co\u00fbteux tout en construisant de nouvelles infrastructures de gaz ne fera pas baisser les prix et l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9pendra toujours autant de sources \u00e9nerg\u00e9tiques ext\u00e9rieures. Pour le climat et l\u2019environnement, c\u2019est une catastrophe, car cela revient \u00e0 s\u2019enfermer pour de nombreuses ann\u00e9es dans l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9nergie fossile.<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s Pascoe Sabido de l\u2019ONG Corporate Europe Observatory,\u00a0il est on ne peut plus clair que l\u2019UE fait passer les int\u00e9r\u00eats de l\u2019industrie gazi\u00e8re avant ceux des gens et du climat, en raison de la relation incestueuse et de longue date entre l\u2019industrie gazi\u00e8re et les d\u00e9cideurs.<\/p>\n<h2>Rompons avec la logique des monopoles<\/h2>\n<p>Pourtant, m\u00eame si nous d\u00e9pendons \u00e0 90\u00a0% de sources non europ\u00e9ennes pour notre consommation de gaz, nous ne sommes pas condamn\u00e9s \u00e0 payer notre gaz \u00e0 prix d\u2019or et \u00e0 nous diriger vers une p\u00e9nurie. Mais cela implique de rompre avec notre d\u00e9pendance complice aux monopoles de l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\nLa priorit\u00e9 est de s\u2019attaquer aux profiteurs de guerre. Nous devons engager le rapport de force avec les g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie, en imposant une taxe sur les surprofits qui ne serait lev\u00e9e qu\u2019en cas de baisse des prix de vente du gaz et dont le montant servirait \u00e0 faire baisser les factures d\u2019\u00e9nergie et \u00e0 reconstituer les stocks de gaz.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit ensuite reprendre le contr\u00f4le sur nos approvisionnements. En dehors des apports russes, plus du tiers de notre gaz nous arrive par gazoduc, en provenance de Norv\u00e8ge, du Maghreb ou d\u2019Azerba\u00efdjan. \u00c0 court terme, ces pays ne peuvent pas r\u00e9orienter ces flux vers d\u2019autres clients, car cela demande de lourds investissements\u00a0: construire de nouveaux gazoducs ou des infrastructures pour compresser et liqu\u00e9fier le gaz. Il y a une d\u00e9pendance mutuelle sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour n\u00e9gocier des tarifs d\u2019approvisionnement hors march\u00e9. M\u00eame en tenant compte de la mont\u00e9e des cours du p\u00e9trole, revenir \u00e0 des contrats index\u00e9s permettrait de diviser le prix de nos approvisionnements de gaz par trois ou quatre. Pour le vendeur, l\u2019avantage est de disposer de perspectives de rentr\u00e9es stables et fix\u00e9es \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance. Certains pays, dont l\u2019Italie et l\u2019Espagne b\u00e9n\u00e9ficient encore de tels contrats pour leurs achats de gaz alg\u00e9rien et d\u2019Azerba\u00efdjan. Le Qatar, premier vendeur de LNG du Golfe, est aussi demandeur de tels contrats.<img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-40706 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Strale-Lava22-illus-redkitten-TRK010web01-05b.png\" alt=\"\" width=\"388\" height=\"428\" \/><\/p>\n<p>L\u2019enjeu est bien s\u00fbr aussi de r\u00e9duire au plus vite notre consommation de gaz. De nouvelles recherches montrent qu\u2019un soutien accru \u00e0 l\u2019\u00e9nergie solaire sur les toits et \u00e0 l\u2019isolation des b\u00e2timents pourrait r\u00e9duire notre consommation de gaz d\u2019un quart au cours des trois prochaines ann\u00e9es. En parall\u00e8le, nous devons acc\u00e9l\u00e9rer les investissements dans les \u00e9nergies renouvelables. Mener de tels investissements rapidement et efficacement demande un pilotage public, pour qu\u2019ils soient planifi\u00e9s collectivement et d\u00e9mocratiquement en fonction de ce qui est le plus efficace et pas le plus rentable imm\u00e9diatement. Un tel plan d\u2019investissement public fournirait aussi l\u2019opportunit\u00e9 de former et employer des milliers de personnes tout en r\u00e9duisant leurs factures.<\/p>\n<p>Enfin, si la situation \u00e9nerg\u00e9tique demande des \u00e9conomies d\u2019urgence pour \u00e9viter une p\u00e9nurie, les choix doivent aussi \u00eatre men\u00e9s d\u00e9mocratiquement et pas en fonction des int\u00e9r\u00eats des g\u00e9ants de l\u2019\u00e9nergie, en garantissant la couverture des besoins de base et n\u2019excluant personne de l\u2019acc\u00e8s au chauffage ou \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Si on veut faire face \u00e0 la crise \u00e9nerg\u00e9tique actuelle et sortir des conditions qui nous y ont men\u00e9s, nous devons changer de cap et de capitaine. Sortons Engie-Electrabel, TotalEnergie ou Shell du poste de pilotage et r\u00e9tablissons un contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique du secteur pour reprendre le pouvoir de transformer notre avenir \u00e9nerg\u00e9tique et climatique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La relation incestueuse entre l\u2019industrie gazi\u00e8re et les d\u00e9cideurs politiques nous a men\u00e9 \u00e0 la catastrophe actuelle avec des factures annuelles qui pourraient atteindre 7000\u00a0\u20ac d\u2019ici l\u2019hiver prochain.<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":40703,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[441,656,2877],"class_list":["post-40292","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-capitalisme","tag-economie-fr","tag-mathieu-strale-fr","issues-numero-22"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40292","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40292"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40292\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":40731,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40292\/revisions\/40731"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/40703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40292"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40292"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40292"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}