{"id":35418,"date":"2021-06-23T06:44:07","date_gmt":"2021-06-23T04:44:07","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=35418"},"modified":"2022-05-31T19:14:51","modified_gmt":"2022-05-31T17:14:51","slug":"de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/","title":{"rendered":"De l\u2019argent, il y en a assez \u2014 mais pour qui ?"},"content":{"rendered":"<p>La th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne permet de voir qu\u2019il y a toujours suffisamment d\u2019argent, mais qu\u2019il n\u2019y en a jamais pour tout le monde, parce que les banquiers (centraux) d\u00e9cident qu\u2019il n\u2019y en a que pour eux.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-35231\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Lava17-illus-redkitten-TRK012web01-11.png\" alt=\"\" width=\"2057\" height=\"1440\" \/>\n<p>La pand\u00e9mie de coronavirus fait exploser les d\u00e9penses publiques des \u00c9tats-nations. Ces d\u00e9penses sont financ\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re que les aides d\u2019\u00c9tat aux banques en 2008-2013. La machine \u00e0 pr\u00eats tourne \u00e0 plein r\u00e9gime. L\u2019\u00c9tat emprunte aux banques qui, \u00e0 leur tour, empruntent \u00e0 la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) \u00e0 des taux lucratifs<span id='easy-footnote-1-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-1-35418' title='En 2016 d\u00e9j\u00e0, la BCE avait abaiss\u00e9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les banques \u00e0 0%. Dans les op\u00e9rations de refinancement \u00e0 plus long terme amorc\u00e9es en 2011 (Long-term Refinancing Operations) la BCE a \u00e9tendu les \u00e9ch\u00e9ances de quelques semaines \u00e0 3 ans. Au d\u00e9but, le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9tait de 1%; en 2013, le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 0,75%. Dans le cadre des deux successeurs des LTRO, \u00e0 savoir Targeted LTRO 1 et TLTRO 2, les conditions g\u00e9n\u00e9rales avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9largies. La dur\u00e9e fut \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 quatre ans et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat est d\u00e9sormais n\u00e9gatif (les banques re\u00e7oivent donc de l\u2019argent pour le pr\u00eater).'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Depuis 2015, la BCE soutient \u00e9galement les banques en leur rachetant des obligations d\u2019\u00c9tat (\u00e0 l\u2019exception des obligations d\u2019\u00c9tat grecques). La BCE d\u00e9tient d\u00e9sormais environ 25% des obligations d\u2019\u00c9tat en euros, ce qui en fait le principal cr\u00e9ancier des \u00c9tats membres.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Largement \u00e9prouv\u00e9e, la pratique de la dette a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de pand\u00e9mie. Le 18 mars 2020, dans le cadre du Programme d\u2019achat d\u2019urgence face \u00e0 la pand\u00e9mie (PEPP), la BCE a \u00e9largi son assouplissement quantitatif (Quantitative Easing), comme on appelle les achats de dette de la BCE. Toujours dans le cadre du PEPP, les obligations, tant d\u2019entreprises que d\u2019\u00c9tats, sont achet\u00e9es par l\u2019interm\u00e9diaire des banques. La hausse de la demande d\u2019obligations permet aux \u00c9tats (et aux entreprises) d\u2019emprunter \u00e0 moindre co\u00fbt. Les \u00c9tats peuvent ainsi financer les d\u00e9penses extraordinaires li\u00e9es au Covid \u00e0 un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat modeste<span id='easy-footnote-2-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-2-35418' title='La baisse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019est pas n\u00e9cessairement l\u2019objectif. Selon Daniela Gabor (p. 5), \u00aben neutralisant le risque des obligations d\u2019\u00c9tat pour un financement bas\u00e9 sur le march\u00e9, les banques centrales peuvent am\u00e9liorer simultan\u00e9ment les conditions de financement des gouvernements, mais il s\u2019agit d\u2019un effet secondaire, et non d\u2019un objectif politique comme dans la politique mon\u00e9taire keyn\u00e9sienne\u00bb. Elle souligne que les obligations d\u2019\u00c9tat ne sont pas seulement achet\u00e9es par les banques pour les revenus d\u2019int\u00e9r\u00eats, mais aussi pour servir de garantie de haute qualit\u00e9 dans ce qu\u2019on appelle les accords de rachat (repurchase agreements, ou repo). Le march\u00e9 repo est essentiel pour permettre aux banques d\u2019obtenir rapidement de l\u2019argent. Gabor (p. 5) \u00e9crit: \u00abLa cr\u00e9ation de cr\u00e9dit priv\u00e9 \u2014 &amp;lsquo;le pain et le beurre&amp;rsquo; des op\u00e9rations des banques centrales \u2014 repose fondamentalement sur la dynamique des march\u00e9s d\u2019obligations souveraines, l\u2019usine \u00e0 garanties d\u2019un syst\u00e8me financier \u00e0 forte intensit\u00e9 de garanties.\u00bb Avec les programmes d\u2019achat, les banques centrales garantissent et stabilisent la valeur du collat\u00e9ral (c\u2019est-\u00e0-dire les obligations d\u2019\u00c9tat), voir Daniela Gabor, \u00abRevolution without revolutionaries: Interrogating the return of monetary financing\u00bb, publi\u00e9 par Heinrich-B\u00f6ll-Stiftung, 2021.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. Bien que la dette publique augmente, il ne s\u2019agit pas d\u2019une pr\u00e9occupation imm\u00e9diate.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Introduction<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Dans l\u2019architecture de l\u2019euro, la dette est le seul moyen de financer des d\u00e9penses publiques importantes et soudaines. Au cours de la d\u00e9cennie suivante, le remboursement de la dette offre, tant pour le centre-gauche que pour le centre-droit, une nouvelle occasion, une raison et un pr\u00e9texte pour assainir les budgets publics, c\u2019est-\u00e0-dire pour revoir \u00e0 la baisse la s\u00e9curit\u00e9 sociale et les services publics. Et ainsi, le cercle politique de la dette est complet. Il y a toujours de l\u2019argent et il n\u2019y en a jamais. La dette est une arme \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable; le capital en profite et les travailleurs en paient le prix.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Cela ne signifie pas pour autant que la gauche doive tout \u00e0 coup pr\u00e9coniser des budgets en rouge pour financer la s\u00e9curit\u00e9 sociale et les services publics. La dette, y compris les euro-obligations, est un m\u00e9canisme disciplinaire par lequel le d\u00e9biteur est subordonn\u00e9 au cr\u00e9ancier. La dette, dans la zone euro, est plus qu\u2019une source de financement. Il s\u2019agit d\u2019un mod\u00e8le de gouvernance. Les cr\u00e9anciers \u00e9tablissent les r\u00e8gles. La r\u00e9ponse de la gauche \u00e0 la question du financement doit \u00eatre diff\u00e9rente.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Dans l\u2019actuel contexte de crise du Covid, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour un \u00abfinancement mon\u00e9taire\u00bb alternatif s\u2019est accru. Il semble efficace et m\u00e9rite en tout cas d\u2019\u00eatre s\u00e9rieusement envisag\u00e9. Le financement mon\u00e9taire est radical de par sa simplicit\u00e9. La banque centrale cr\u00e9e de la monnaie, comme elle le fait actuellement, mais \u00aboffre\u00bb cet argent directement aux \u00c9tats au lieu de le pr\u00eater aux banques, comme elle le fait actuellement. La planche \u00e0 billets de Francfort continue donc \u00e0 tourner, mais plus au profit des banques. La planche \u00e0 billets remplit une fonction diff\u00e9rente. Dans le cadre du financement mon\u00e9taire, ce n\u2019est plus en s\u2019endettant que les \u00c9tats financent les d\u00e9penses (suppl\u00e9mentaires). Ils cr\u00e9ent simplement les euros dont ils ont besoin par l\u2019interm\u00e9diaire de la BCE.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La dette public est une arme \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable; le capital en profite et les travailleurs en paient le prix.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire (FM) est d\u2019inspiration keyn\u00e9sienne. Des \u00e9conomistes comme Adair Turner, Paul De Grauwe et Willem Buiter plaident pour que le FM finance les d\u00e9penses publiques plus \u00e9lev\u00e9es r\u00e9sultant de la pand\u00e9mie. Par exemple, Kapoor et Buiter \u00e9crivent que les banques centrales \u00absont en train de franchir le Rubicon du financement mon\u00e9taire [\u2026] Il serait, de fait, irresponsable de leur part de ne pas le faire<span id='easy-footnote-3-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-3-35418' title='Sony Kapoor et Willem Buiter, \u00abTo fight the COVID pandemic, policymakers must move fast and break taboos\u00bb, &lt;i&gt;Voxeu&lt;\/i&gt;, 6 avril 2020.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb De Grauwe et Diessner notent comme principal avantage du financement mon\u00e9taire qu\u2019il \u00ab\u00e9viterait aux gouvernements d\u2019avoir \u00e0 \u00e9mettre de nouveaux instruments de dette: si toutes les nouvelles dettes \u00e9taient mon\u00e9tis\u00e9es, la crise n\u2019affecterait pas le rapport de la dette publique au PIB<span id='easy-footnote-4-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-4-35418' title='Paul De Grauwe et Sebastian Diessner, \u00abWhat price to pay for monetary financing of budget deficits in the euro area\u00bb, &lt;i&gt;Voxeu&lt;\/i&gt; 18 juin 2020.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le FM est \u00e9galement l\u2019enjeu avec un grand E de l\u2019ouvrage controvers\u00e9 Le mythe du d\u00e9ficit. Dans ce livre paru en 2020, l\u2019\u00e9conomiste Stephanie Kelton, ancienne collaboratrice de Bernie Sanders, discute du concept de la th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne (MMT, en anglais Modern Monetary Theory), qui constitue le fondement th\u00e9orique du financement mon\u00e9taire. La parlementaire am\u00e9ricaine Alexandria Ocasio-Cortez a fait valoir que le FM \u00abdevrait \u00e9galement faire partie de la discussion\u00bb, au m\u00eame titre que l\u2019imp\u00f4t sur la fortune<span id='easy-footnote-5-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-5-35418' title='Eliza Relman, \u00abAlexandria Ocasio-Cortez says the theory that deficit spending is good for the economy should \u2018absolutely\u2019 be part of the conversation\u00bb, &lt;i&gt;Business Insider&lt;\/i&gt;, 7 janvier 2019.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>. Le groupe de r\u00e9flexion progressiste Minerva a r\u00e9dig\u00e9 un rapport d\u00e9taill\u00e9 sur le FM, tout comme l\u2019institut Positive Money Europe<span id='easy-footnote-6-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-6-35418' title='Hielke Van Doorslaer &amp;amp; Mattias Vermeiren, \u00abQE \u2014 for the people ? Monetair beleid na de Grote Financi\u00eble Crisis\u00bb, Minerva, 2018; Stanislas Jourdan, \u00abHelicopter Money as a response to the Covid-19 recession in the Eurozone\u00bb, Positive Money, 2020.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>. D\u00e9but 2021, un grand nombre d\u2019experts (pour la plupart des \u00e9conomistes), dont Thomas Piketty et Eric Toussaint, ont appel\u00e9 \u00e0 l\u2019annulation de la dette souveraine d\u00e9tenue par la BCE<span id='easy-footnote-7-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-7-35418' title='Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/annulation-dette-publique-bce.com\/&quot;&gt;annulation-dette-publique-bce.com\/&lt;\/a&gt;.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire est en effet pr\u00e9f\u00e9rable au financement par la dette. Il met les cr\u00e9anciers bancaires hors d\u2019\u00e9tat de nuire, permet d\u2019\u00e9viter les frais d\u2019int\u00e9r\u00eats ainsi que (tout pr\u00e9texte en vue) de futures coupes budg\u00e9taires.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Cependant, l\u2019architecture de l\u2019euro est con\u00e7ue de fa\u00e7on \u00e0 rendre le FM impossible. L\u2019UEM interdit le financement mon\u00e9taire dans le trait\u00e9 de Maastricht. Les \u00c9tats sont tributaires de la dette<span id='easy-footnote-8-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-8-35418' title='L\u2019alternative reste l\u2019augmentation des imp\u00f4ts. Cela se produit d\u00e9j\u00e0 depuis des ann\u00e9es \u00e0 l\u2019instigation de la tro\u00efka dans un certain nombre de pays de la zone euro (en particulier, mais pas exclusivement, en Gr\u00e8ce), ainsi que dans les autres pays de la zone euro, en r\u00e9f\u00e9rence au pacte de stabilit\u00e9 et de croissance. Il s\u2019agit, bien entendu, toujours de taxes sur le travail et sur la consommation (TVA). L\u2019augmentation des taxes sur le capital et les b\u00e9n\u00e9fices, ainsi que sur les transactions financi\u00e8res et le k\u00e9ros\u00e8ne, est sabot\u00e9e par l\u2019ouverture des fronti\u00e8res (de l\u2019UE), du moins pour le capital. Les \u00c9tats membres disposent n\u00e9anmoins d\u2019une certaine marge de man\u0153uvre, par exemple pour augmenter les imp\u00f4ts sur le capital. La question des conditions dans lesquelles cette marge est substantielle n\u2019est pas abord\u00e9e ici.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. M\u00eame en p\u00e9riode de pand\u00e9mie exceptionnelle, l\u2019UEM fonctionne comme d\u2019habitude. Le PEPP conduit les \u00c9tats \u00e0 s\u2019enfoncer davantage dans le bourbier de la dette. Chaque crise accro\u00eet la dette, jusqu\u2019\u00e0 ce que la dette elle-m\u00eame se convertisse en crise. La crise est \u00e9galement un mod\u00e8le de gouvernance dans la zone euro.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le FM constituerait un obstacle \u00e0 ce mod\u00e8le de gouvernance. Et il sera donc combattu jusqu\u2019au dernier banquier (central). En m\u00eame temps, comme nous le verrons plus loin, nous ne devons pas nourrir trop d\u2019illusions socialistes sur le financement mon\u00e9taire. Quoi qu\u2019il en soit, le FM est un bon point de d\u00e9part pour la discussion. Il s\u2019agit d\u2019un levier discursif permettant de lib\u00e9rer et d\u2019\u00e9lever la pens\u00e9e de gauche, qui reste si souvent bloqu\u00e9e sur la question du financement<span id='easy-footnote-9-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-9-35418' title='Voici ce que dit Ewald Engelen \u00e0 propos du faible taux d\u2019int\u00e9r\u00eat du gouvernement: \u00ab\u00c0 partir du moment o\u00f9 les dettes que vous contractez co\u00fbtent moins cher que les rendements que vous g\u00e9n\u00e9rez en termes de bien-\u00eatre et de prosp\u00e9rit\u00e9 en faisant ces investissements, il n\u2019y a vraiment aucune raison de ne pas s\u2019endetter.\u00bb, vers la minute 13 dans Zihnigasten #8 \u2014 Ewald Engelen (youtube.com\/watch? v=8cBquvadjF0).'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>. Ou comme Schumpeter l\u2019a si bien dit: \u00abLes finances publiques sont l\u2019un des meilleurs points de d\u00e9part pour l\u2019examen d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, y compris mais pas exclusivement, de son caract\u00e8re politique.\u00bb Auparavant, toutefois, il s\u2019agit d\u2019examiner la pratique actuelle, dans laquelle le financement mon\u00e9taire est tabou.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La pratique actuelle en mat\u00e8re de dette<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Si les pays ont soudainement des d\u00e9penses extraordinairement \u00e9lev\u00e9es, ils les financent au moyen de la dette. Ce fut le cas en 2008, avec le sauvetage d\u2019ABN AMRO et d\u2019ING aux Pays-Bas; et il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame en Belgique lorsque les banques BNP Paribas Fortis, Dexia et KBC ont \u00e9t\u00e9 secourues. Ainsi vont les choses en p\u00e9riode de pand\u00e9mie. Cela implique d\u2019emprunter aupr\u00e8s de ce que l\u2019on appelle vaguement \u00ables march\u00e9s financiers\u00bb. Le march\u00e9, ainsi pr\u00e9sent\u00e9 comme anonyme et d\u00e9personnalis\u00e9, consiste en pratique en un oligopole bancaire<span id='easy-footnote-10-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-10-35418' title='C\u2019est ainsi que le formule Jerome Roos, Why not Default ? The Political Economy of Sovereign Debt, Princeton University Press, 2019, \u00e0 la p. 228 par exemple: \u00abDes recherches men\u00e9es par Barclays Capital ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019au d\u00e9but de la crise, quelque 80% des obligations grecques \u00e9taient d\u00e9tenues par une poign\u00e9e seulement de banques syst\u00e9matiquement importantes dans les pays riches de la zone euro, avec les 10 plus grands d\u00e9tenteurs d\u2019obligations repr\u00e9sentant \u00e0 eux seuls plus de la moiti\u00e9 des obligations en circulation du pays \u00e0 la mi-2011, et les 30 plus grands repr\u00e9sentant les deux tiers.\u00bb'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La d\u00e9pendance des banques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du cr\u00e9dit est une caract\u00e9ristique essentielle de l\u2019architecture de l\u2019euro. En effet, il est interdit \u00e0 la BCE de pr\u00eater aux \u00c9tats en vertu de l\u2019article 104 du trait\u00e9 de Maastricht (TFUE), qui stipule qu\u2019\u00abil est interdit \u00e0 la BCE et aux banques centrales des \u00c9tats membres d\u2019accorder des d\u00e9couverts ou tout autre type de cr\u00e9dit [\u2026] aux [\u2026] administrations centrales [\u2026] et l\u2019acquisition directe aupr\u00e8s d\u2019elles, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est \u00e9galement interdite.\u00bb Pour le cr\u00e9dit, les pays de la zone euro sont oblig\u00e9s de s\u2019en remettre aux banques. Les banques ont acc\u00e8s au guichet de pr\u00eat de la BCE. Elles sont les seules \u00e0 pouvoir emprunter \u00e0 la BCE. Le cr\u00e9dit est la pr\u00e9rogative des banques dans la zone euro.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire met les cr\u00e9anciers bancaires hors d\u2019\u00e9tat de nuire et permet d\u2019\u00e9viter les frais d\u2019int\u00e9r\u00eats ainsi que de futures coupes budg\u00e9taires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La BCE reste le souverain mon\u00e9taire. La BCE est la seule instance autoris\u00e9e \u00e0 cr\u00e9er de la monnaie, ce qu\u2019elle fait gratuitement car elle ne provient de rien<span id='easy-footnote-11-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-11-35418' title='Cet article se concentre sur la cr\u00e9ation de monnaie par la BCE qui, selon l\u2019article 105A.1 du trait\u00e9 de Maastricht, \u00abest seule habilit\u00e9e \u00e0 autoriser l\u2019\u00e9mission de billets de banque\u00bb. Cependant, les banques priv\u00e9es peuvent \u00e9galement cr\u00e9er de la monnaie de facto. Pour comprendre cela, il est important de noter qu\u2019il existe de multiples formes d\u2019argent. La banque centrale produit \u00e0 la fois de la monnaie fiduciaire (pi\u00e8ces et billets) et de la monnaie de la banque centrale (\u00e9galement appel\u00e9e monnaie de base ou \u00abbase money\u00bb). Cette derni\u00e8re est uniquement utilis\u00e9e pour r\u00e9gler les paiements entre les banques, et entre les banques et la BCE. Les banques priv\u00e9es peuvent en outre cr\u00e9er une autre forme d\u2019argent, \u00e9galement sous forme de dette. On parle alors de monnaie bancaire (\u00abbank money\u00bb). Les banques peuvent cr\u00e9diter les d\u00e9biteurs (par exemple, les entreprises et les citoyens) sur demande. La banque cr\u00e9dite alors \u2014 \u00e0 partir de rien et sans frais \u2014 de l\u2019argent sur un compte (le d\u00e9biteur doit toutefois rembourser la dette). Les d\u00e9biteurs peuvent alors utiliser l\u2019argent inscrit sur leur compte pour effectuer tous leurs paiements. L\u2019argent de la banque fonctionne comme de l\u2019argent ; \u00abc\u2019est\u00bb donc de l\u2019argent. Toutefois, si le d\u00e9biteur retire ou transf\u00e8re l\u2019argent cr\u00e9\u00e9 par la banque priv\u00e9e, la banque en question doit fournir de la monnaie fiduciaire dans le premier cas, et de la monnaie de banque centrale dans le second (\u00e0 transf\u00e9rer \u00e0 la banque aupr\u00e8s de laquelle l\u2019argent est transf\u00e9r\u00e9). Les banques priv\u00e9es peuvent emprunter de la monnaie de banque centrale \u00e0 la BCE sous certaines conditions (notamment une exigence de garantie). Puisque, dans la pratique, la BCE honore toutes les demandes de pr\u00eat des banques (\u00e9ventuellement en assouplissant l\u2019exigence de garanties), les banques priv\u00e9es peuvent de facto cr\u00e9er de la monnaie bancaire \u00e0 volont\u00e9. Les banques cr\u00e9ent ainsi une forme de monnaie d\u00e9riv\u00e9e de l\u2019euro (des \u00abeuros fictifs\u00bb num\u00e9riques) qui fonctionne enti\u00e8rement comme de la monnaie, si ce n\u2019est que les paiements mutuels ne peuvent pas (toujours) \u00eatre effectu\u00e9s avec elle. Par cons\u00e9quent, la monnaie de banque centrale est la forme ultime de monnaie, avec laquelle (et elle uniquement) en fin de compte chaque obligation financi\u00e8re dans la zone euro peut \u00eatre remplie. Voir \u00e9galement les paragraphes 10.8 et 10.9 dans Banks, Money and the Central Bank in The Core Team (2017), The Economy &amp;#8211; Economics for a changing world, Oxford University Press et M. McLeay, A. Radia et R. Thomas (2014), Money creation in the modern economy, Bank of England Quarterly Bulletin 2014 Q1, pp. 14-25. '><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. La BCE injecte de l\u2019argent dans le monde exclusivement par le biais de pr\u00eats aux banques priv\u00e9es<span id='easy-footnote-12-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-12-35418' title='Et c\u2019est l\u00e0 que la dette est cr\u00e9\u00e9e. L\u2019argent cr\u00e9\u00e9 par la BCE ne repr\u00e9sente pas encore de la dette en soi. De Grauwe et Diessner \u00e9crivent: \u00abLa base mon\u00e9taire cr\u00e9\u00e9e par une banque centrale moderne n\u2019est pas une dette. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une cr\u00e9ance sur l\u2019un des actifs d\u00e9tenus par la banque centrale.\u00bb Par cons\u00e9quent, la BCE ne peut pas faire faillite.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. Les banques, \u00e0 leur tour, pr\u00eatent cet argent aux \u00c9tats (ainsi qu\u2019aux entreprises et aux fonds d\u2019investissement, aux fonds de capital-investissement et aux fonds sp\u00e9culatifs, aux v\u00e9hicules hors bilan, aux m\u00e9nages et entre eux). Du point de vue de la construction, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00e9quivaut donc \u00e0 la cr\u00e9ation de dette. Et la cr\u00e9ation mon\u00e9taire implique la cr\u00e9ation de dettes dans la zone euro. L\u2019eurocapitalisme sans dette n\u2019est pas possible, du moins pas sans l\u2019introduction d\u2019un financement mon\u00e9taire.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La BCE n\u2019a aucune objection de principe \u00e0 la d\u00e9tention d\u2019obligations d\u2019\u00c9tat. Elle ach\u00e8te des obligations d\u2019\u00c9tat dans le cadre de multiples programmes depuis 2011<span id='easy-footnote-13-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-13-35418' title='Le premier programme de rachat a \u00e9t\u00e9 le Programme des march\u00e9s de valeurs mobili\u00e8res, mis en place en 2010 (Securities Markets Programme ou SMP).'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. Mais elle ne le fait que par l\u2019interm\u00e9diaire des banques, qui disposent donc \u00e9galement de la pr\u00e9rogative de vente<span id='easy-footnote-14-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-14-35418' title='Elle impose \u00e9galement des conditions, tant formelles que secr\u00e8tes, aux transactions entre la BCE et les banques \u2014 non pas \u00e0 la banque, mais \u00e0 l\u2019\u00c9tat membre dont l\u2019obligation est n\u00e9goci\u00e9e. Une circonstance curieuse puisque l\u2019\u00c9tat n\u2019est en aucune fa\u00e7on impliqu\u00e9 dans la transaction. En 2010, la BCE a exig\u00e9, par le biais de lettres secr\u00e8tes adress\u00e9es aux Premiers ministres espagnol et italien, des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et des r\u00e9ductions des droits de licenciement \u00aben \u00e9change\u00bb du SMP (aucune demande n\u2019a \u00e9t\u00e9 faite aux banques). Les lettres de Trichet au Premier ministre Zapatero ont \u00e9t\u00e9 rendues publiques apr\u00e8s leur fuite, voir: www.ecb.europa.eu\/pub\/pdf\/other\/2011-08-05-letter-from-trichet-and-fernandez-ordonez-to-zapateroen.pdf? 0dc1537e71c4dee7ac52279ff1f2902a. Reuters a publi\u00e9 un communiqu\u00e9 \u00e0 propos de la lettre adress\u00e9e \u00e0 Berlusconi, voir M. Rose (2011), \u00ab Trichet\u2019s letter to Rome published, urged cuts\u00bb, Reuters, 29 septembre 2011. En 2010, Trichet a \u00e9galement envoy\u00e9 des lettres au ministre irlandais des Finances, Lenihan. La BCE laisserait les banques irlandaises faire faillite \u00e0 moins que le gouvernement irlandais (i) ne r\u00e9duise les d\u00e9penses, (ii) ne revoie \u00e0 la baisse les r\u00e9glementations prot\u00e9geant l\u2019emploi et (iii) ne garantisse les banques irlandaises. Les lettres peuvent \u00eatre consult\u00e9es sur : irishtimes.com\/business\/economy\/ read-the-four-letters-between-lenihan-and-trichet-in-late-2010-1.1990824.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>. Elle ach\u00e8te ainsi les instruments des dettes des \u00c9tats (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9mis par les \u00c9tats) mais pas aupr\u00e8s des \u00c9tats (c\u2019est-\u00e0-dire dans le cadre d\u2019une transaction avec un \u00c9tat comme contrepartie). La BCE n\u2019a pas d\u2019objection de principe \u00e0 l\u2019achat d\u2019obligations sur le march\u00e9 primaire; elle ach\u00e8te cependant elle-m\u00eame des obligations de soci\u00e9t\u00e9s aupr\u00e8s des soci\u00e9t\u00e9s concern\u00e9es (par exemple Shell, Volkswagen et Ryanair). La BCE ne s\u2019oppose qu\u2019en principe \u00e0 tout contact financier direct avec un \u00c9tat membre. Tout doit \u00eatre indirect. Il y a toujours un interm\u00e9diaire, comme dans les films de gangsters. Rien de ce qui se passe dans les \u00c9tats membres ne peut \u00eatre directement imput\u00e9 \u00e0 la politique de la BCE.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">L\u2019oligopole bancaire est le poste avanc\u00e9 de la BCE. La BCE elle-m\u00eame appelle le secteur bancaire son canal de transmission mon\u00e9taire. Chaque op\u00e9ration transite obligatoirement par les grandes banques. Rien de tout cela n\u2019est secret, bien que l\u2019on n\u2019en dise pas grandchose. Rares sont \u00e9galement les politiques et les journalistes qui fanfaronnent \u00e0 ce sujet. Quoi qu\u2019il en soit, cela fait partie int\u00e9grante du trait\u00e9 de Maastricht (Trait\u00e9 sur l\u2019Union europ\u00e9enne ou TUE), qui confie le monopole de la monnaie \u00e0 la BCE et d\u00e9signe les banques comme gardiennes du cr\u00e9dit. Cela n\u2019a rien d\u2019un hasard ni d\u2019une contingence. Tout cela est intentionnel. Et les banques en profitent bien \u00e9videmment. Premi\u00e8rement, en raison de la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel elles empruntent \u00e0 la BCE et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel elles pr\u00eatent aux \u00c9tats; deuxi\u00e8mement, en raison de la puissance infrastructurelle qui en r\u00e9sulte. Elles d\u00e9terminent si, quand et comment les \u00c9tats obtiennent des cr\u00e9dits. Elles d\u00e9terminent si et de quelle mani\u00e8re la politique de la BCE, par exemple une baisse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la BCE, doit s\u2019appliquer pour elles-m\u00eames. Ce faisant, elles ont une incidence cruciale sur les finances publiques et, par l\u00e0 m\u00eame, sur la politique en g\u00e9n\u00e9ral. Selon Akitoby et Stratmann, \u00ables march\u00e9s financiers favorisent les r\u00e9gimes de droite [\u2026] tout en sanctionnant les r\u00e9gimes de gauche<span id='easy-footnote-15-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-15-35418' title='Bernardin Akitoby et Thomas Stratmann, \u00abFiscal Policy and Financial Markets\u00bb, &lt;i&gt;The Economic Journal &lt;\/i&gt;118 (533), 2008, pp. 1971-1985, p. 1972.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>\u00bb. Le sociologue Lazzarato r\u00e9sume ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme suit: \u00abLe pouvoir financier se r\u00e9sume fondamentalement au pouvoir d&rsquo;\u00e9valuer des \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0publics\u00a0\u00bb<span id='easy-footnote-16-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-16-35418' title='Maurizio Lazzarato, \u00abThe Making of the Indebted Man \u2014 an essay on the Neoliberal Condition\u00bb, &lt;i&gt;(Semiotext(e))&lt;\/i&gt;, 2011, p. 138.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>\u00bb.<\/p>\n<div id=\"_idContainer164\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">La BCE ne s\u2019oppose qu\u2019en principe \u00e0 tout contact financier direct avec un \u00c9tat membre. Il y a toujours un interm\u00e9diaire, comme dans les films de gangsters.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">L\u2019infrastructure mon\u00e9taire de l\u2019euro peut donc \u00eatre d\u00e9crite comme une symbiose entre une banque centrale quasi-publique et des banques priv\u00e9es. L\u2019absence de contact financier direct entre la BCE et les \u00c9tats membres fait qu\u2019il est difficile de tenir la BCE responsable de sa politique. La BCE peut signaler des conditions de pr\u00eat favorables pour les banques. C\u2019est ensuite au \u00abmarch\u00e9\u00bb de d\u00e9cider s\u2019il autorise les \u00c9tats \u00e0 partager ces conditions ou s\u2019il les discipline. Au cours de l\u2019ann\u00e9e de la pand\u00e9mie, les banques ont d\u00e9cid\u00e9 de faire le premier choix. Si cela change, les plaintes concernant les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s devront \u00eatre adress\u00e9es aux banques, et non \u00e0 la BCE. La BCE r\u00e8gne en ma\u00eetre. Telle un Roi Soleil, elle est inviolable et n\u2019a de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le 18 mars, la BCE a annonc\u00e9 un nouveau programme d\u2019achat \u00e0 hauteur de 750 milliards d\u2019euros; le 4 juin, ce montant a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 1350 milliards d\u2019euros. Le but du PEPP, selon le communiqu\u00e9 de presse, est de permettre de faire face aux \u00abrisques s\u00e9rieux que la persistance des graves conditions de pand\u00e9mie fait peser sur la politique mon\u00e9taire [les banques, DH] et l\u2019avenir de la zone euro\u00bb. La BCE a toutefois ajout\u00e9 que sa pr\u00e9occupation est de \u00absoutenir tous les habitants de la zone euro\u00bb. La BCE assure donc que \u00abtous les secteurs de l\u2019\u00e9conomie b\u00e9n\u00e9ficieront d\u2019un cadre financier favorable afin d\u2019amortir le choc. Cela vaut aussi bien pour les m\u00e9nages que pour les entreprises, les banques et les gouvernements\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La BCE semblait ainsi faire sa part pour rem\u00e9dier au moins aux r\u00e9percussions financi\u00e8res du Covid19. C\u2019\u00e9tait le cas, mais sans jamais se d\u00e9partir du sc\u00e9nario de dette. La BCE s\u2019est content\u00e9e d\u2019annoncer qu\u2019elle ach\u00e8terait encore plus de dettes aux banques. En tant que gros acheteur, la BCE fait monter le prix du march\u00e9. \u00c0 circonstances exceptionnelles, pas de mesures exceptionnelles, mais plut\u00f4t une radicalisation du statu quo, o\u00f9 la BCE rach\u00e8te tout ce dont les banques veulent se d\u00e9barrasser. Cela dit, les \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficient \u00e9galement du PEPP. Ils empruntent d\u00e9sormais \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat plus bas. La Commission europ\u00e9enne (CE) laisse \u00e9galement les \u00c9tats tranquilles pour l\u2019instant. Le Conseil europ\u00e9en a activ\u00e9 la disposition exceptionnelle du Pacte de stabilit\u00e9 et de croissance (PSC), en vertu duquel les niveaux d\u2019endettement sup\u00e9rieurs \u00e0 60% du PIB et les d\u00e9ficits de financement sup\u00e9rieurs \u00e0 3% du PIB ne d\u00e9clencheront pas, provisoirement, la proc\u00e9dure dite de \u00abd\u00e9ficit excessif\u00bb. Voil\u00e0 donc une pr\u00e9occupation de moins. Pour l\u2019instant, dixit la pr\u00e9sidente de la CE, Ursula van der Leyen, les \u00c9tats membres peuvent \u00abinjecter autant d\u2019[argent] que n\u00e9cessaire dans leur \u00e9conomie\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Bien s\u00fbr, c\u2019est \u00e0 la BCE, aux banques et \u00e0 la CE de d\u00e9terminer combien de temps cela va durer. De fait, la dette peut \u00e0 tout moment \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 nouveau comme un instrument disciplinaire pour imposer des \u00abmesures de rigueur\u00bb visant \u00e0 \u00abl\u2019assainissement budg\u00e9taire\u00bb. Le pouvoir infrastructurel des cr\u00e9anciers ne fait qu\u2019augmenter avec les pr\u00eats Covid et donc l\u2019augmentation de la dette. Les banques finiront t\u00f4t ou tard par exploiter ce pouvoir. Et si elles omettent de le faire, cela signifie seulement que les \u00c9tats ont internalis\u00e9 leurs exigences. Le sociologue Wolfgang Streeck d\u00e9crit avec justesse la praxis contemporaine: \u00abL\u2019exigence du &lsquo;capital&rsquo; de r\u00e9aliser un profit suffisant est consid\u00e9r\u00e9e comme la condition empirique du fonctionnement du syst\u00e8me. Cependant, les exigences du &lsquo;travail&rsquo; sont per\u00e7ues comme une intrusion<span id='easy-footnote-17-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-17-35418' title='Wolfgang Streeck, \u00abBuying Time \u2014 the delayed Crisis of Democratic Capitalism\u00bb, Verso, 2014, p. 61.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb Et, au final, tout le monde s\u2019y soumet, y compris ceux qui pr\u00e9tendent le contraire.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">En d\u00e9finitive, aucune partie substantielle ne refuse les cr\u00e9anciers. M\u00eame le parti Syriza qui, pas plus tard qu\u2019en 2014, dans le cadre de son Programme de Thessalonique, pr\u00f4nait l\u2019annulation de la dette, a fini par capituler en 2015. Cela d\u00e9montre une fois de plus que la conqu\u00eate du si\u00e8ge du gouvernement ne signifie pas la conqu\u00eate de l\u2019\u00c9tat et encore moins la soumission du capital. Nombreux sont les penseurs ou politiciens de gauche qui invoquent l\u2019acronyme TINA (pour \u00abthere is no alternative\u00bb ou \u00abil n\u2019existe pas d\u2019alternative\u00bb) pour d\u00e9noncer la fa\u00e7on peu imaginative dont les politiques de droite sont pr\u00e9sent\u00e9es comme n\u2019admettant pas d\u2019alternative. Or, les partis de gauche sont tout aussi susceptibles d\u2019agir comme s\u2019il n\u2019existait pas d\u2019autre voie. Mais, existe-t-il objectivement une alternative au financement par la dette?<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire appara\u00eet d\u00e9sormais dans le d\u00e9bat public comme une alternative. Il est et reste une alternative \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du capitalisme. La proposition ne pr\u00e9sente rien de radical en soi. Ce qui ne signifie pas, pour autant, qu\u2019elle ne m\u00e9rite pas d\u2019\u00eatre examin\u00e9e s\u00e9rieusement. Le concept remet en cause un pilier essentiel de l\u2019euro-capitalisme financiaris\u00e9. Bien qu\u2019il ne s\u2019agisse pas d\u2019un ersatz de socialisme, le financement mon\u00e9taire peut constituer un \u00e9l\u00e9ment important de tout projet social-d\u00e9mocrate s\u00e9rieux.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Le financement mon\u00e9taire est un financement par simple \u00abimpression d\u2019argent\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l\u2019heure actuelle, cela se r\u00e9sume pratiquement \u00e0 taper de l\u2019argent sur un clavier \u00e0 Francfort. Aujourd\u2019hui, la cr\u00e9ation mon\u00e9taire ne consiste gu\u00e8re plus \u00e0 faire tourner la planche \u00e0 billets. L\u2019ancien directeur de l\u2019instance de r\u00e9gulation du secteur financier britannique (FCA), Adair Turner, d\u00e9finit le FM en ces termes: \u00abr\u00e9aliser un d\u00e9ficit budg\u00e9taire [\u2026] non financ\u00e9 par la cr\u00e9ation d\u2019une dette portant int\u00e9r\u00eat, mais par l\u2019augmentation de la monnaie centrale [monnaie que seule la banque centrale peut cr\u00e9er, DH]<span id='easy-footnote-18-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-18-35418' title='Adair Turner, \u00abThe Case for Monetary Finance \u2014 An Essentially Political Issue\u00bb, Paper presented at the 16th Jacques Polak Annual Research Conference Hosted by the International Monetary Fund, 2015, p.2.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb<\/p>\n<div id=\"_idContainer165\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">La dette peut \u00e0 tout moment \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 nouveau comme un instrument disciplinaire pour imposer des \u00abmesures de rigueur\u00bb visant \u00e0 \u00abl\u2019assainissement budg\u00e9taire\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">L\u2019avantage, selon Kapoor et Buiter, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pand\u00e9mie, est qu\u2019\u00abelle a la vitesse et l\u2019\u00e9chelle dont nous avons besoin pour devancer l\u2019implosion\u00bb et qu\u2019elle \u00abne joue pas sur la politique future en mati\u00e8re de dette ou d\u2019\u00e9pargne.\u00bb Les d\u00e9penses publiques sans dette permettent de financer les soins, l\u2019\u00e9ducation, les infrastructures et les pensions sans aucune cons\u00e9quence n\u00e9gative, du moins sans paiement d\u2019int\u00e9r\u00eats, sans remboursement et sans d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des banques. Mais il y a aussi un autre avantage. Le FM peut stimuler directement les d\u00e9penses publiques, et donc la croissance et l\u2019emploi. Actuellement, la BCE ne peut cr\u00e9er de la croissance et de l\u2019emploi qu\u2019indirectement. Il n\u2019est, en effet, pas certain, pour chaque intervention de la BCE, que les banques soient pr\u00eates \u00e0 y donner suite. Avec le FM, les banques sont \u00e9limin\u00e9es en tant qu\u2019interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Dans le cadre du FM, l\u2019argent est inject\u00e9 dans le monde par et \u00e0 travers l\u2019\u00c9tat au lieu de passer par les banques. Aucun obstacle physique, technique, op\u00e9rationnel, logistique ou mat\u00e9riel ne s\u2019y oppose. La BCE cr\u00e9e d\u00e9sormais num\u00e9riquement des euros et les cr\u00e9dite sur des comptes d\u00e9tenus par des banques commerciales. Elle pourrait, cependant, tout aussi bien les d\u00e9poser sur un compte d\u00e9tenu par les \u00c9tats aupr\u00e8s de la BCE. La BCE \u00abdonnerait\u00bb ensuite l\u2019argent aux \u00c9tats. Il va sans dire que le terme \u00abdonner\u00bb est, dans ce cas, d\u00e9plac\u00e9. Premi\u00e8rement, l\u2019argent a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces. Deuxi\u00e8mement, il s\u2019agit d\u2019un \u00abcadeau\u00bb d\u2019une institution publique \u00e0 l\u2019\u00c9tat qui lui a accord\u00e9 le monopole de la monnaie. Il s\u2019agit d\u00e8s lors d\u2019une (r\u00e9)appropriation par l\u2019\u00c9tat de son propre monopole mon\u00e9taire. Lorsque l\u2019\u00c9tat consolide le bilan de la banque centrale, ce \u00abcadeau\u00bb est invisible.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Il ne semblerait pas y avoir d\u2019inconv\u00e9nients.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Inconv\u00e9nients du FM<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">L\u2019argument num\u00e9ro un avanc\u00e9 par les \u00e9conomistes de droite contre le FM est l\u2019inflation. Si l\u2019\u00c9tat peut financer ses d\u00e9penses en faisant tourner la planche \u00e0 billets, alors t\u00f4t ou tard, il y aura syst\u00e9matiquement recours. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut apparemment financer gratuitement tous les souhaits de tous les \u00e9lecteurs. Toutefois, dans un monde o\u00f9 la quantit\u00e9 de biens est limit\u00e9e, une croissance mon\u00e9taire infinie entra\u00eenera t\u00f4t ou tard une inflation. L\u2019\u00e9conomiste n\u00e9olib\u00e9ral Milton Friedman a r\u00e9sum\u00e9 cette situation de mani\u00e8re tr\u00e8s claire en affirmant que \u00abl\u2019inflation est toujours et partout un ph\u00e9nom\u00e8ne mon\u00e9taire\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Il est \u00e9videmment aussi vrai que les craintes inflationnistes sont int\u00e9ress\u00e9es et sont exploit\u00e9es de mani\u00e8re s\u00e9lective. Elle est exploit\u00e9e de mani\u00e8re s\u00e9lective car les banques centrales n\u2019observent que l\u2019inflation des prix \u00e0 la consommation. La hausse des prix du logement, des actions et d\u2019autres actifs n\u2019est jamais un probl\u00e8me pour les banques (centrales) mais est, au contraire, stimul\u00e9e par elles. Et ce n\u2019est gu\u00e8re un souci, car l\u2019appr\u00e9ciation de la propri\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas d\u00e9favorable \u00e0\u2026 la classe poss\u00e9dante<span id='easy-footnote-19-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-19-35418' title='Lisa Adkins, Melinda Cooper et Martijn Konings, dans un r\u00e9sum\u00e9 de leur livre The Asset Economy (Polity: 2020), soulignent que l\u2019inflation des actifs, notamment des maisons, ne profite pas seulement aux 1% les plus riches. En particulier, les augmentations des prix des logements profitent \u00e0 un groupe plus important. Selon les auteurs: \u00abL\u2019assouplissement quantitatif n\u2019est qu\u2019une version plus explicite des politiques financi\u00e8res men\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1980 qui visent \u00e0 rendre la possession d\u2019actifs rentable. Nous ne devrions pas non plus \u00eatre trop prompts \u00e0 consid\u00e9rer ce projet comme visant \u00e0 enrichir une minuscule \u00e9lite au d\u00e9triment du reste de la population, comme le sugg\u00e8re l\u2019accent mis actuellement sur la richesse galopante des 1%. Le ph\u00e9nom\u00e8ne des 1% qui s\u2019\u00e9loignent du reste de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est que trop r\u00e9el, mais s\u2019il est si \u00e9pineux et insoluble c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est ancr\u00e9 dans une configuration institutionnelle et sociale plus large qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des circonscriptions particuli\u00e8res ayant un int\u00e9r\u00eat direct dans ces types de politiques.\u00bb, voir: Lisa Adkins, Melinda Cooper et Martijn Konings, \u00abThe Asset Economy\u00bb, &lt;i&gt;Los Angeles Review of Books&lt;\/i&gt;, 11 ao\u00fbt 2020.'><sup>19<\/sup><\/a><\/span>. L\u2019inflation des prix \u00e0 la consommation est g\u00eanante dans la mesure o\u00f9 elle \u00e9rode la valeur r\u00e9elle de la richesse. Voil\u00e0 donc pour l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel. Cet int\u00e9r\u00eat s\u2019applique \u00e9galement aux retrait\u00e9s et aux salari\u00e9s, dans la mesure o\u00f9 les salaires et les pensions ne sont pas index\u00e9s et\/ou qu\u2019ils disposent d\u2019un petit patrimoine. En somme, l\u2019inflation n\u2019est pas un objectif souhaitable. Il convient donc de prendre s\u00e9rieusement en consid\u00e9ration le truisme inflationniste de la droite.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Paradoxalement, les \u00e9conomistes keyn\u00e9siens contredisent la pr\u00e9vision orthodoxe de l\u2019inflation mon\u00e9taire, tandis que les \u00e9conomistes marxistes prennent cette possibilit\u00e9 au s\u00e9rieux. Le contre-argument keyn\u00e9sien est avant tout empirique. Au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, la zone euro n\u2019a pratiquement pas connu d\u2019inflation. Il existait et existe toujours une plus grande menace de d\u00e9flation. Et lorsqu\u2019il y a eu inflation, il s\u2019agissait d\u2019inflation li\u00e9e aux cr\u00e9ances d\u2019actifs (maisons, actions, paquets d\u2019hypoth\u00e8ques). On peut ajouter que le \u00abconfinement\u00bb a entra\u00een\u00e9 une baisse de la consommation et des investissements en p\u00e9riode de crise. La demande globale s\u2019\u00e9tiole, alors que l\u2019inflation semble loin. Et quand bien m\u00eame la menace d\u2019inflation devrait surgir, le FM pourrait et devrait \u00eatre r\u00e9duit ou les imp\u00f4ts augment\u00e9s, de mani\u00e8re \u00e0 freiner la consommation priv\u00e9e et l\u2019investissement. Turner table sur le premier cas de figure; il convient de veiller \u00e0 ce que le FM \u00abne soit utilis\u00e9 que dans des circonstances appropri\u00e9es et dans une mesure appropri\u00e9e et calcul\u00e9e<span id='easy-footnote-20-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-20-35418' title='Turner, 2015, p. 32.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span>\u00bb. L&rsquo;\u00e9conomiste Stephanie Kelton, elle, souligne en particulier la seconde possibilit\u00e9 (fiscale). Les \u00e9conomistes keyn\u00e9siens reconnaissent donc le potentiel inflationniste th\u00e9orique d&rsquo;un FM sans restriction, mais soutiennent qu&rsquo;il est peu probable dans un avenir pr\u00e9visible et qu&rsquo;il peut \u00eatre contr\u00e9 \u00e0 condition que le FM soit soumis \u00e0 des restrictions.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Les \u00e9conomistes marxistes Roberts et Lapavitsas souscrivent \u00e0 la probabilit\u00e9 de l\u2019inflation. Ils soulignent qu\u2019en tant que d\u00e9tentrices du monopole de l\u2019argent, les banques centrales contr\u00f4lent la quantit\u00e9 d\u2019argent mais que, ni les banques centrales, ni les \u00c9tats, ne contr\u00f4lent la valeur de l\u2019argent. Dans une \u00e9conomie capitaliste, ce sont les entreprises qui la d\u00e9terminent. Elles d\u00e9terminent la quantit\u00e9 du moyen de paiement qu\u2019elles acceptent pour leurs biens et services. Il ne s\u2019agit pas n\u00e9cessairement d\u2019euros et, si c\u2019est le cas, le montant des euros demand\u00e9s peut augmenter. Les entreprises peuvent \u00e0 tout moment passer aux bitcoins, aux dollars ou \u00e0 l\u2019or \u2014 ou augmenter leurs prix en euros. Elles sont libres de le faire<span id='easy-footnote-21-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-21-35418' title='Si les entreprises doivent payer des imp\u00f4ts en euros, elles accepteront toujours en partie des euros.'><sup>21<\/sup><\/a><\/span>. Et elles le feront. Selon Roberts: \u00abL\u2019\u00c9tat peut tr\u00e8s bien contr\u00f4ler l\u2019\u00e9mission mon\u00e9taire dans sa propre monnaie, mais il ne peut pas d\u00e9terminer sa valeur par rapport aux autres monnaies ou \u00e0 l\u2019or, la monnaie mondiale. Si les propri\u00e9taires ou les acheteurs potentiels d\u2019une monnaie perdent confiance dans sa valeur, cette valeur s\u2019effondre effectivement, ce qui fait grimper l\u2019inflation en fl\u00e8che<span id='easy-footnote-22-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-22-35418' title='Michael Roberts, \u00abModern Monetary Theory: A Marxist Critique\u00bb,&lt;i&gt; Class, Race and Corporate Power&lt;\/i&gt; 7(1), 2020, p.17.'><sup>22<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb<\/p>\n<div id=\"_idContainer166\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">Les craintes inflationnistes sont exploit\u00e9es de mani\u00e8re s\u00e9lective, car les banques centrales n\u2019observent que l\u2019inflation des prix \u00e0 la consommation.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Les enjeux de l\u2019accumulation du capital avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s en 1848 dans le Manifeste du Parti communiste, \u00e0 savoir que le travail pouvait \u00eatre converti \u00aben capital, en argent, en rente fonci\u00e8re, bref en pouvoir social capable d\u2019\u00eatre monopolis\u00e9\u00bb. Lorsque cela ne sera plus possible, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque l\u2019\u00c9tat monopolisera la monnaie au profit de la soci\u00e9t\u00e9, le capital se r\u00e9voltera en d\u00e9pr\u00e9ciant l\u2019euro, voire en ne l\u2019acceptant plus. Quoi qu\u2019il en soit, cette possibilit\u00e9 doit \u00eatre prise en compte. Si tel \u00e9tait le cas, l\u2019\u00c9tat devrait tout de m\u00eame veiller \u00e0 rendre l\u2019euro obligatoire en tant que moyen de paiement et \u00e0 introduire des prix plafonds. Cette derni\u00e8re solution n\u2019est pas sans pr\u00e9c\u00e9dent (Nixon avait introduit des plafonds de prix et de salaires lorsque l\u2019\u00e9talon-or a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 en 1971), mais si elle est pouss\u00e9e suffisamment loin, le processus de distribution est de facto nationalis\u00e9. Si les entreprises se rebiffent alors en r\u00e9duisant ou en d\u00e9pla\u00e7ant la production, les moyens de production doivent \u00eatre nationalis\u00e9s (ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose que socialiser). Appliqu\u00e9 de mani\u00e8re coh\u00e9rente, le FM conduit \u00e0 des nationalisations.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Si vous pensez que les augmentations de prix par les grandes entreprises sont peu probables, rappelez-vous qu\u2019en 1992, il n\u2019\u00e9tait pas non plus imm\u00e9diatement clair que l\u2019euro donnait \u00e0 la BCE le pouvoir de faire chanter les \u00c9tats membres. Le capital d\u00e9ploiera tous les pouvoirs dont il disposera. L\u2019inflation est donc un sc\u00e9nario bien r\u00e9el, non pas tant pour des raisons \u00e9conomiques que pour des raisons politiques. Le capital ne supporte pas le FM. Roberts \u00e9crit \u00e0 ce sujet: \u00abIl est \u00e9galement illusoire de penser que les tendances \u00e0 la crise du mode de production capitaliste peuvent \u00eatre &lsquo;g\u00e9r\u00e9es&rsquo; par des &lsquo;astuces mon\u00e9taires&rsquo;, c\u2019est-\u00e0-dire par la manipulation de la monnaie, du cr\u00e9dit et des d\u00e9penses publiques. En effet, les causes structurelles des crises capitalistes ne se situent pas dans les secteurs mon\u00e9taire ou fiscal, mais dans la production capitaliste mondialis\u00e9e<span id='easy-footnote-23-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-23-35418' title='Michael Roberts, \u00abBooks in the year of the Covid\u00bb,&lt;i&gt; The Next Recession Blog&lt;\/i&gt;, 21 december 2020, &lt;a href=&quot;http:\/\/cadtm.org\/Books-in-the-year-of-the-COVID&quot;&gt;cadtm.org\/Books-in-the-year-of-the-COVID&lt;\/a&gt;.'><sup>23<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb Le FM n\u2019est pas insurmontable pour les grandes entreprises, mais elles ne le voient toujours pas de cet \u0153il. En particulier, les banques perdent leur pouvoir, du moins jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un nouveau moyen de paiement monopolistique priv\u00e9 soit mis en place.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Consid\u00e9ration juridique<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Dans une lecture actuelle du trait\u00e9 de Maastricht conclu en 1992, le financement mon\u00e9taire est \u00e9videmment interdit. L\u2019interdiction des pr\u00eats aux \u00c9tats, inscrite \u00e0 l\u2019article 104 du TUE, implique une interdiction du FM. Si la BCE n\u2019est pas autoris\u00e9e \u00e0 pr\u00eater aux \u00c9tats, les \u00abdons\u00bb sont a fortiori exclus.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de l\u2019article 104 conduit \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente. Nulle part dans le TUE n\u2019est-il question d\u2019une interdiction du FM. Et ce qui n\u2019est pas explicitement interdit n\u2019est pas interdit. C\u2019est la position de Kapoor et Buiter, qui affirment que le TUE \u00abne dit rien \u00e0 propos de la monnaie h\u00e9licopt\u00e8re ou des transferts [c\u2019est-\u00e0-dire le financement mon\u00e9taire, DH] [\u2026]. Il n\u2019interdit pas non plus \u00e0 la BCE de proc\u00e9der \u00e0 un versement exceptionnel unique de dividendes d\u2019un montant \u00e9gal aux banques centrales nationales des \u00c9tats membres (ses actionnaires), et donc aux autorit\u00e9s publiques de ces \u00c9tats membres<span id='easy-footnote-24-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-24-35418' title='De Grauwe et Diessner soutiennent \u00e9galement qu\u2019au moins une variante est admissible. Les \u00c9tats peuvent \u00e9mettre une dette publique perp\u00e9tuelle sans int\u00e9r\u00eat; ces emprunts ne sont donc jamais rembours\u00e9s. La BCE pourrait racheter ces obligations dans le cadre du PEPP, ou de tout autre programme de rachat, \u00e9ventuellement avec des banques comme interm\u00e9diaires. Les \u00c9tats voient alors leur dette officiellement augment\u00e9e, mais ils ne doivent jamais rembourser l\u2019argent re\u00e7u en raison de son \u00e9ch\u00e9ance perp\u00e9tuelle. Cette pratique ne serait pas formellement diff\u00e9rente de la pratique actuelle de rachat. La variante propos\u00e9e par De Grauwe et Diessner n\u2019est pas, \u00e0 proprement parler, un financement mon\u00e9taire, car elle augmente la dette publique. En fait, c\u2019est le cas. Parfois, la pratique actuelle d\u2019achat par laquelle les banques centrales du Japon, de la zone euro, des \u00c9tatsUnis et de la GrandeBretagne (entre autres) ach\u00e8tent des obligations d\u2019\u00c9tat est d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9e comme une forme de FM. Je pense que c\u2019est hors de propos. Les banques centrales peuvent exiger le remboursement et donc discipliner \u00e0 nouveau la dette \u00e0 tout moment.'><sup>24<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb On peut ajouter que \u00able protocole sur les statuts du Syst\u00e8me europ\u00e9en de banques centrales et de la Banque centrale europ\u00e9enne\u00bb stipule \u00e0 l\u2019article 20: \u00abLe conseil des gouverneurs peut d\u00e9cider, \u00e0 la majorit\u00e9 des deux tiers des suffrages exprim\u00e9s, de recourir aux autres m\u00e9thodes op\u00e9rationnelles de contr\u00f4le mon\u00e9taire qu\u2019il jugera opportunes, sous r\u00e9serve de l\u2019article 2\u00bb [Inflation inf\u00e9rieure \u00e0 2%, DH]. Le FM fait probablement partie de ces instruments qui sont autoris\u00e9s tant qu\u2019ils n\u2019entra\u00eenent pas l\u2019inflation. En bref, on peut soutenir que le FM est autoris\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Non pas que tout cela ait beaucoup d\u2019importance. Un litige \u00e0 propos du FM serait juridiquement int\u00e9ressant, mais serait \u00e9videmment r\u00e9gl\u00e9 par la voie politique. Et il est \u00e9vident que le FM va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019esprit banquier ordolib\u00e9ral du TUE. Le TUE, et tous les autres trait\u00e9s de l\u2019UE, codifient en premier lieu le pouvoir infrastructurel des banques, qui ont acc\u00e8s au guichet de pr\u00eat de la BCE, et ensuite, disciplinent les \u00c9tats membres, qui doivent obtenir des cr\u00e9dits aupr\u00e8s des banques \u2014 et donc aux conditions de celles-ci. Le FM serait rejet\u00e9 par la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne pour de simples raisons politiques, mais ce rejet est \u00e9galement \u00e9minemment d\u00e9fendable en termes juridiques. Quiconque prend le TUE au s\u00e9rieux et le consid\u00e8re comme l\u00e9gitime ne peut pas vraiment y entrevoir de soutien en faveur du FM. La BCE a enfreint le TUE pendant des ann\u00e9es, mais cela ne fournit pas une justification l\u00e9gale pour une autre infraction<span id='easy-footnote-25-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-25-35418' title='Depuis 2010, la BCE utilise son pouvoir mon\u00e9taire, en effet intouchable en vertu du TUE, pour forcer les gouvernements \u00e0 adopter des politiques budg\u00e9taires qui lui conviennent. Ceci n\u2019est pas pr\u00e9vu dans le cadre du TUE. En vertu de l\u2019article 4A du TUE, la BCE doit agir \u00ab\u2026 dans les limites des pouvoirs qui leur sont conf\u00e9r\u00e9s par le pr\u00e9sent trait\u00e9\u2026\u00bb. Ces limites ne comprennent pas le domaine fiscal. Les lettres secr\u00e8tes susmentionn\u00e9es adress\u00e9es aux chefs de gouvernement sont contra legem, et \u00e9taient donc probablement aussi secr\u00e8tes. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, selon Streeck: \u00abLa premi\u00e8re chose qu\u2019il faut savoir est qu\u2019\u00e0 Bruxelles, rien n\u2019est ce qu\u2019il para\u00eet, et tout peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019une infinit\u00e9 de fa\u00e7ons. En outre, la kyrielle d\u2019acteurs et de terrains de jeu pr\u00eate \u00e0 confusion, sans compter qu\u2019ils op\u00e8rent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre institutionnel \u2014 \u00ab les Trait\u00e9s \u00bb- \u00e0 ce point complexe qu\u2019aucun outsider n\u2019est \u00e0 m\u00eame de s\u2019y retrouver. Les op\u00e9rateurs qualifi\u00e9s y trouvent d\u2019innombrables possibilit\u00e9s d\u2019obscurcissement, d\u2019astuces proc\u00e9durales, d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s \u00e9vasives, de faux-semblants et d\u2019excuses \u2014 les interpr\u00e9tations divergentes et les faits alternatifs \u00e9tant cordialement invit\u00e9s.\u00bb, Wolfgang Streeck, \u00abWinners all\u00bb, &lt;i&gt;Sidecar&lt;\/i&gt;, 1er janvier 2021.'><sup>25<\/sup><\/a><\/span>. Cela illustre bien toute la pertinence du Manifeste du Parti communiste qui affirme que le droit \u00abn\u2019est que la volont\u00e9 de votre classe \u00e9rig\u00e9e en loi, volont\u00e9 dont le contenu est d\u00e9termin\u00e9 par les conditions mat\u00e9rielles d\u2019existence de votre classe\u00bb. Le TUE ne doit pas \u00eatre enfreint, sauf lorsque cela est opportun pour les banques. Et le capital n\u2019attache aucun int\u00e9r\u00eat au FM pour le moment.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Quiconque suit la voie l\u00e9gale se dirige vers une impasse. M\u00eame si le FM est juridiquement r\u00e9alisable, la BCE ne le mettra pas en \u0153uvre, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il met les banques sur la touche. Il ne s\u2019agit pas de convaincre la BCE mais de la d\u00e9manteler<span id='easy-footnote-26-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-26-35418' title='Le d\u00e9mant\u00e8lement de la BCE, dot\u00e9e d\u2019une \u00ab autonomie \u00bb historique et internationale exceptionnelle (comprendre antid\u00e9mocratique), est une condition n\u00e9cessaire, mais pas suffisante. Si un pays emprunte dans une devise \u00e9trang\u00e8re (par exemple pour payer ses importations), il d\u00e9pend de ses cr\u00e9anciers, qu\u2019il s\u2019agisse de banques priv\u00e9es ou de banques centrales \u00e9trang\u00e8res. Comme le ferait remarquer G. Persson, qui fut le ministre su\u00e9dois des finances dans les ann\u00e9es 90: \u00ab Pourquoi \u00e9lire des parlementaires si, en fin de compte, c\u2019est le FMI qui prendra la d\u00e9cision ? . Pourquoi se lancer dans une campagne \u00e9lectorale si l\u2019on n\u2019a pas la pleine capacit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions ? L\u2019exp\u00e9rience fut humiliante\u2026 Quand je me suis rendu \u00e0 Wall Street pour la premi\u00e8re fois en essayant d\u2019emprunter de l\u2019argent pour financer le d\u00e9ficit, j\u2019ai rencontr\u00e9 une foule de jeunes gar\u00e7ons de 27, 28 ans, et ils ricanaient tous en me regardant comme si j\u2019\u00e9tais un martien. \u00bb, citation extraite de Streeck, 2014, p. 122.'><sup>26<\/sup><\/a><\/span>. Et il ne s\u2019agit pas de convaincre la BCE de se livrer \u00e0 un tour de passe-passe juridique pour pr\u00e9senter le TUE sous un jour favorable, mais de ne plus reconna\u00eetre comme l\u00e9gitime la d\u00e9claration de guerre que fait le TUE \u00e0 l\u2019\u00c9tat-providence depuis des ann\u00e9es. Bien s\u00fbr, le seul gouvernement plus ou moins de gauche de la zone euro n\u2019a, \u00e0 aucun moment, \u00e9t\u00e9 en mesure de d\u00e9manteler la BCE et le TUE, et la faute n\u2019en revient certainement pas enti\u00e8rement \u00e0 Syriza. Il n\u2019y a eu que peu de soutien en dehors de la Gr\u00e8ce, alors que les institutions europ\u00e9ennes, BCE en t\u00eate, battent en br\u00e8che toute politique \u00e9quitable et sociale.<\/p>\n<h2 class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Conclusion<\/h2>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">La constellation de l\u2019euro rend impossible le financement mon\u00e9taire des d\u00e9penses par les \u00c9tats membres. Ce qui reste, c\u2019est soit une augmentation des taxes sur le travail et la consommation, soit la dette. Dans la pratique, il s\u2019agit d\u2019une combinaison des deux: d\u2019abord la dette, puis des augmentations d\u2019imp\u00f4ts et\/ou des r\u00e9ductions de d\u00e9penses pour \u00e9liminer ou, au moins, refinancer cette dette. La r\u00e9ponse de la BCE \u00e0 la pand\u00e9mie peut sembler radicale et g\u00e9n\u00e9reuse, mais elle s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du statu quo. Les \u00c9tats peuvent temporairement emprunter \u00e0 un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieur. C\u2019est tout. La dette reste la forme de financement et le mod\u00e8le de gouvernance. La dette reste l\u2019instrument disciplinaire qu\u2019elle s\u2019est de tout temps av\u00e9r\u00e9 \u00eatre. La dette reste la pr\u00e9misse sur laquelle repose le chantage. Dans la premi\u00e8re partie du Capital, Marx d\u00e9clare \u00e0 ce sujet: \u00abLa seule partie de la pr\u00e9tendue richesse nationale qui est r\u00e9ellement la propri\u00e9t\u00e9 commune des peuples modernes est leur dette nationale.\u00bb La dette doit toujours \u00eatre rembours\u00e9e et c\u2019est le salari\u00e9 qui doit la payer. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas en 1868, et \u00e7a l\u2019est toujours en 2021. En attendant, l\u2019argent va aux banques, ou comme le dit si bien Paul Verhaeghe: \u00abLa question n\u2019est pas de savoir qui va payer la crise, la question est de savoir \u00e0 qui nous allons payer la crise.\u00bb<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Quelle que soit l\u2019ampleur des besoins, les \u00c9tats de la zone euro ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 ne pas rembourser. La BCE surveille la situation. Par exemple, en 2011, la BCE a exig\u00e9 que le gouvernement grec ne restructure pas ses dettes. M. Trichet avait averti le Premier ministre grec, M. Papandreou, de ne pas proc\u00e9der \u00e0 une \u00abrestructuration de la dette, m\u00eame sur une base volontaire\u00bb, car la d\u00e9cision du conseil d\u2019administration de la BCE \u00abde lever les exigences en mati\u00e8re de notation des titres \u00e9mis par le gouvernement grec (ou garantis par lui) \u00e9tait fond\u00e9e sur le programme actuel et ce programme actuel est en bonne voie. Les restructurations ne sont pas compatibles avec le programme. En d\u2019autres termes, cette lev\u00e9e des exigences ne serait plus applicable.\u00bb En somme, la BCE a menac\u00e9 de ne plus accepter les obligations du gouvernement grec comme garantie. Cela serait pr\u00e9judiciable \u00e0 la Gr\u00e8ce, car les banques grecques, qui d\u00e9tiennent beaucoup d\u2019obligations d\u2019\u00c9tat grecques, n\u2019auraient plus acc\u00e8s aux liquidit\u00e9s. Les banques grecques entreraient d\u00e8s lors dans le purgatoire de la BCE appel\u00e9 fourniture de liquidit\u00e9 urgente (Emergency Liquidity Assistance, ELA). Dans ce programme, les banques paient des int\u00e9r\u00eats de p\u00e9nalit\u00e9 contre des exigences de garantie plus strictes. La banque centrale nationale doit se porter garante, cependant la BCE peut limiter l\u2019ELA et ainsi pousser les banques vers l\u2019ab\u00eeme.<\/p>\n<div id=\"_idContainer167\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">Les banques centrales contr\u00f4lent la quantit\u00e9 d\u2019argent mais, ni les banques centrales, ni les \u00c9tats, ne contr\u00f4lent la valeur de l\u2019argent.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">C\u2019est ce qu\u2019a initi\u00e9 la BCE le 28 juin 2015. Un jour apr\u00e8s l\u2019annonce du r\u00e9f\u00e9rendum, la BCE a restreint l\u2019acc\u00e8s des banques grecques \u00e0 l\u2019ELA. Les banques grecques sont devenues instantan\u00e9ment illiquides et les Grecs ont \u00e9t\u00e9 tenus \u00e0 un plafond de retrait de 60 euros maximum dans les jours pr\u00e9c\u00e9dant le r\u00e9f\u00e9rendum. Le 16 juillet, la BCE a \u00e0 nouveau fourni des liquidit\u00e9s \u00e0 la Gr\u00e8ce. Malgr\u00e9 le rejet de 61,3% des \u00e9lecteurs grecs, M. Tsipras a jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge et d\u00e9clar\u00e9, le 13 juillet, qu\u2019il acceptait le diktat d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de la tro\u00efka.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Syriza a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un chantage, ce qui n\u2019enl\u00e8ve rien au fait que le parti n\u2019a pas su se pr\u00e9parer \u00e0 ce chantage pr\u00e9visible et annonc\u00e9<span id='easy-footnote-27-35418' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/de-largent-il-y-en-a-assez-mais-pour-qui\/#easy-footnote-bottom-27-35418' title='C\u2019est ainsi que les \u00e9conomistes politiques Eric Toussaint et Costas Lapavitsas, entre autres, ont pr\u00e9dit le chantage de la BCE.'><sup>27<\/sup><\/a><\/span>. Et ce dernier point est crucial. En d\u00e9finitive, la restructuration de la dette (telle que pr\u00e9conis\u00e9e initialement par Syriza) et le FM sont impossibles sans une volont\u00e9 de quitter l\u2019UE. La r\u00e9forme de la zone euro est d\u00e8s lors impossible, du moins la r\u00e9forme dans le sens de la gauche. La zone euro est, bien s\u00fbr, r\u00e9form\u00e9e en permanence, mais dans le sens de la droite. Citons par exemple les programmes ad hoc de la BCE et le M\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9 soudainement mis en place, en dehors de tout trait\u00e9 et de tout contr\u00f4le parlementaire et juridique. Ce m\u00eame m\u00e9canisme a permis \u00e0 la tro\u00efka de gaver la Gr\u00e8ce de dettes afin de rembourser les cr\u00e9anciers bancaires.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Cela a toute l\u2019apparence d\u2019une impasse, et c\u2019en est une. Le choix se situe entre la poursuite de r\u00e9formes impossibles de l\u2019UE et les tentatives encore futiles d\u2019un lexit (une sortie de l\u2019euro par la gauche). La seule fa\u00e7on d\u2019en sortir, si tant est que ce soit le cas, est de d\u00e9crire l\u2019impasse diff\u00e9remment. Le slogan des ann\u00e9es 1960 \u00abSoyez r\u00e9aliste, exigez l\u2019impossible\u00bb constitue une ligne directrice appropri\u00e9e. Cette impossibilit\u00e9 peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e par l\u2019imp\u00e9ratif \u00abstop making capitalism\u00bb. Le capitalisme est un syst\u00e8me \u00e9conomique de relations sociales qui se dissout lorsque les gens se soul\u00e8vent collectivement. C\u2019est le principe de la gr\u00e8ve: \u00abToutes les roues de l\u2019usine s\u2019arr\u00eatent si ton bras puissant le veut\u00bb. Un tel monde est inimaginable pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le capitalisme est omnipr\u00e9sent. Il faut donc penser et imaginer des alternatives, et il faut aider cette imagination \u00e0 se d\u00e9velopper gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 la solidarit\u00e9. Cela ne fonctionnera pas sans pouvoir, car sans pouvoir de l\u2019\u00c9tat, il n\u2019y a pas de changement syst\u00e9mique.<img decoding=\"async\" class=\" wp-image-35258 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Lava17-illus-redkitten-TRK012web01xp2-26.png\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"96\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\">Et c\u2019est l\u00e0 que le FM a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans l\u2019imaginaire de la gauche. Il permet de voir qu\u2019il y a toujours suffisamment d\u2019argent, mais qu\u2019il n\u2019y en a jamais pour tout le monde. Et s\u2019il n\u2019y en a pas pour tout le monde, c\u2019est parce que les banquiers (centraux) d\u00e9cident qu\u2019il n\u2019y en a que pour eux. Avant, c\u2019\u00e9tait Dieu qui donnait et prenait. Maintenant, c\u2019est le complexe politico-bancaire qui donne et qui prend. Et s\u2019il donne sous forme de dette, t\u00f4t ou tard il reprendra sous forme de remboursement, d\u2019int\u00e9r\u00eats, de notations de cr\u00e9dit et de visites de la tro\u00efka. Le FM s\u2019\u00e9loigne du r\u00e9flexe, \u00e9galement r\u00e9pandu parmi la gauche de la gauche, selon lequel l\u2019\u00c9tat devrait simplement emprunter davantage, surtout lorsque les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont bas. Ou, dit autrement: si vous poussez la r\u00e9flexion sur le FM jusqu\u2019au bout, vous aboutissez \u00e0 la socialisation des moyens de production. De m\u00eame qu\u2019un socialiste n\u2019est finalement gu\u00e8re plus qu\u2019un social-d\u00e9mocrate qui ne badine pas. Et qui doit donc rejeter le monopole de la BCE sur la cr\u00e9ation mon\u00e9taire et le monopole des banques sur la distribution mon\u00e9taire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne permet de voir qu\u2019il y a toujours suffisamment d\u2019argent, mais qu\u2019il n\u2019y en a jamais pour tout le monde, parce que les banquiers (centraux) d\u00e9cident qu\u2019il n\u2019y en a que pour eux.<\/p>\n","protected":false},"author":928,"featured_media":35231,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"aside","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[2980,3267,656],"class_list":["post-35418","post","type-post","status-publish","format-aside","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-david-hollanders-fr","tag-droit","tag-economie-fr","post_format-post-format-aside","issues-numero-17"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35418","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/928"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35418"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35418\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39221,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35418\/revisions\/39221"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35231"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35418"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35418"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35418"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}