{"id":35400,"date":"2021-06-23T06:57:09","date_gmt":"2021-06-23T04:57:09","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=35400"},"modified":"2022-05-30T14:29:07","modified_gmt":"2022-05-30T12:29:07","slug":"on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale\/","title":{"rendered":"\u00ab On a besoin d&rsquo;un syndicalisme de transformation sociale \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>On peut faire toutes les critiques de la Terre, si on ne parle pas d\u2019alternative syst\u00e9mique \u00e0 l\u2019organisation capitaliste de l\u2019\u00e9conomie, si on ne parle pas de socialisme, on est pi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-35219\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Lava17-illus-redkitten-TRK012web01-07.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1454\" \/>\n<p>Durant l\u2019hiver 2019-2020, il \u00e9tait sur tous les plateaux t\u00e9l\u00e9 fran\u00e7ais lors de la longue gr\u00e8ve contre la r\u00e9forme des retraites. Laurent Brun est secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration des Cheminots de la CGT (la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail). Syndicaliste ouvrier, ayant petit \u00e0 petit gravi les \u00e9chelons de la CGT Cheminots, il est aussi \u00e0 l\u2019aise lors d\u2019un d\u00e9bat que sur le terrain. Il combine franc-parler, analyses politiques et \u00e9conomiques, tout en ayant dirig\u00e9 deux luttes d\u2019envergure en 2018 (contre l\u2019ouverture \u00e0 la concurrence de la SNCF) et durant l\u2019hiver 2019-2020. Il est le symbole de cette tradition communiste fran\u00e7aise, devenue plus rare aujourd\u2019hui, de formation des ouvriers en vue de devenir des dirigeants syndicaux ou politiques<span id='easy-footnote-1-35400' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale\/#easy-footnote-bottom-1-35400' title='Voir l\u2019interview de Julian Mischi dans\u00a0&lt;em&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Lava&lt;\/span&gt;\u00a016&lt;\/em&gt;.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p><strong>Micha\u00ebl Verbauwhede.\u00a0Pouvez-vous situer la CGT dans le paysage syndical fran\u00e7ais? Quelles sont les autres forces syndicales en pr\u00e9sence dans le mouvement ouvrier en France?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Laurent Brun.\u00a0<\/strong>Historiquement, la CGT est le premier syndicat fran\u00e7ais. Aujourd\u2019hui, au r\u00e9sultat des \u00e9lections professionnelles dans les entreprises, la CFDT (Conf\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise d\u00e9mocratique du travail) est le premier syndicat, avec un peu plus de 26% de repr\u00e9sentativit\u00e9. La CGT est pass\u00e9e deuxi\u00e8me en 2017, avec un peu moins de 25%. C\u2019est un calcul officiel, mais on a quelques doutes sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de la transmission des chiffres par certains employeurs. Puis on retrouve des organisations comme Force ouvri\u00e8re (aux environs de 15%), la Conf\u00e9d\u00e9ration des cadres (\u00e0 peu pr\u00e8s 10%), et la Conf\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise des travailleurs chr\u00e9tiens (CFTC), avec un peu moins de 10%.<\/p>\n<p>La place de premier syndicat est donc disput\u00e9e avec la CFDT. Par contre, la CGT reste le premier syndicat en nombre d\u2019affili\u00e9s puisqu\u2019on affiche un peu plus de 640 000 membres, pour 620 000 \u00e0 la CFDT. Et puis surtout, on est la premi\u00e8re organisation dans les mobilisations. \u00c7a, \u00e7a ne fait pas un pli. On reste l\u2019opposant num\u00e9ro un au gouvernement dans le pays.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la grande diff\u00e9rence entre la CGT et la CFDT au niveau de la ligne d\u00e9fendue?<\/strong><\/p>\n<p>La CFDT est clairement dans une fuite en avant r\u00e9formiste. Ils th\u00e9orisent le fait qu\u2019il y aurait une rupture entre deux formes de syndicats irr\u00e9conciliables: le syndicat d\u2019opposition, caract\u00e9ris\u00e9 par la CGT, et ce qu\u2019ils appellent les syndicats constructifs, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui ne se basent plus sur le rapport de force, mais sur la discussion.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, on ne partage pas une seule ligne de cette analyse, mais cela am\u00e8ne un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau depuis quatre ou cinq ans: auparavant, quand la CGT convoquait une intersyndicale (une r\u00e9union de tous les syndicats, NdlR), tout le monde venait, d\u2019accord ou pas d\u2019accord. Maintenant, la CFDT et ses soutiens ne viennent plus. Il y a vraiment une confrontation culturelle.<\/p>\n<p><strong>La CGT reste-t-elle un syndicat \u00abr\u00e9volutionnaire\u00bb, qui veut changer la soci\u00e9t\u00e9? Ou a-t-elle abandonn\u00e9 cette ambition, notamment en prenant certaines distances avec le Parti communiste fran\u00e7ais (PCF)?<\/strong><\/p>\n<p>On conserve dans nos objectifs la transformation sociale, l\u2019abolition du salariat. \u00c7a ram\u00e8ne donc n\u00e9cessairement \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de discuter de sujets politiques. La r\u00e9forme des retraites par exemple, c\u2019est un sujet structurant pour l\u2019\u00e9conomie, pour le social. C\u2019est un sujet politique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, il y a beaucoup de d\u00e9bats autour de l\u2019implication des dirigeants syndicaux dans les partis politiques ou en tout cas autour de leur militantisme politique. Moi, par exemple, je m\u2019affiche compl\u00e8tement comme adh\u00e9rent du PCF, je l\u2019assume. Cela cr\u00e9e beaucoup de d\u00e9bats. Certains camarades du syndicat avancent l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne faut surtout pas soutenir un parti politique. En fait, ils ne veulent pas soutenir le PCF.<\/p>\n<p>Il y a plein de courants diff\u00e9rents dans le syndicat (France insoumise, les verts, les socialistes), et ces courants pr\u00e9f\u00e8rent que les affili\u00e9s ne se rapprochent pas trop du Parti communiste. Ils pr\u00e9tendent vouloir encourager une esp\u00e8ce de neutralit\u00e9 de l\u2019organisation vis-\u00e0-vis des partis politiques. Mais, bien s\u00fbr, ces courants politiques militent dans l\u2019organisation. Alors qu\u2019ils pr\u00e9conisent la neutralit\u00e9 vis-\u00e0-vis du PCF, ces autres courants continuent \u00e0 s\u2019implanter, \u00e0 prendre des responsabilit\u00e9s, \u00e0 placer des cadres, etc. Inversement, demain, il y aura un peu moins d\u2019espace pour l\u2019apparition \u00e9ventuelle de positions un peu plus franches de soutien ou en tout cas de travail avec le PCF.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des d\u00e9bats \u00e0 la CGT sur le type d\u2019actions \u00e0 mener?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a beaucoup de d\u00e9bats sur le rapport de force et notamment sur la question de la gr\u00e8ve et de son r\u00f4le : Est-ce que la gr\u00e8ve, c\u2019est efficace? Est-ce qu\u2019on peut la mener malgr\u00e9 la transformation du salariat, plus pr\u00e9caire et plus d\u00e9politis\u00e9?<\/p>\n<p>Il y a des camarades qui avancent des positions qui me semblent r\u00e9formistes, dans le sens o\u00f9 ils pensent qu\u2019il faut remplacer la gr\u00e8ve par d\u2019autres formes de lutte. Si on n\u2019arrive plus \u00e0 d\u00e9velopper la revendication parmi les salari\u00e9s, dans l\u2019entreprise, si on n\u2019arrive plus \u00e0 cr\u00e9er des rapports de force, peut-\u00eatre qu\u2019il faut travailler sur l\u2019opinion publique, peut-\u00eatre qu\u2019il faut travailler sur le buzz? Peut-\u00eatre faut-il penser \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019organisation?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"_idContainer081\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">La CGT reste le premier syndicat en nombre d\u2019affili\u00e9s puisqu\u2019on affiche un peu plus de 640000 membres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Du buzz, de l\u2019agit-prop, on en fait r\u00e9guli\u00e8rement. Ce n\u2019est pas en contradiction avec la gr\u00e8ve. Mais notre c\u0153ur d\u2019activit\u00e9, c\u2019est la construction du rapport de force.<\/p>\n<p>Je pense que ce d\u00e9bat va de plus en plus s\u2019affirmer ouvertement. On a un congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral, l\u2019ann\u00e9e prochaine, \u00e7a va \u00eatre un sujet de d\u00e9bat.<\/p>\n<p><strong>Il n\u2019y a plus eu de grandes victoires syndicales ces derni\u00e8res ann\u00e9es\u2026 On voit surtout des luttes d\u00e9fensives, sans victoires \u00e0 la cl\u00e9. Ce questionnement n\u2019est-il donc pas l\u00e9gitime?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, c\u2019est assez paradoxal. Oui, c\u2019est vrai, il n\u2019y a pas eu de lutte g\u00e9n\u00e9rale gagnante depuis les grands acquis sociaux de 1936<span id='easy-footnote-2-35400' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale\/#easy-footnote-bottom-2-35400' title='Les gr\u00e8ves du Front populaire en 1936 ont permis la cr\u00e9ation de la base de la s\u00e9curit\u00e9 sociale ainsi que les premiers cong\u00e9s pay\u00e9s.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span> ou la mobilisation de Mai 68 o\u00f9 on a foutu les patrons par terre, avec \u00e0 la cl\u00e9, un accord victorieux<span id='easy-footnote-3-35400' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale\/#easy-footnote-bottom-3-35400' title='Apr\u00e8s les mobilisations \u00e9tudiantes et ouvri\u00e8res de Mai 68, le salaire minimum est augment\u00e9 de 35%, les salari\u00e9s voient leur salaire augmenter de 10% en moyenne. Les syndicats obtiennent aussi des nouveaux droits dans l\u2019entreprise. Ce sont les accords de Grenelle.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. M\u00eame si en 1936 et en 1968, \u00e7a restait des compromis: on n\u2019a pas eu gain de cause sur l\u2019ensemble des revendications. Malgr\u00e9 tout, cela a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme de grandes victoires g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Mais comme j\u2019aime bien me baser sur des \u00e9l\u00e9ments factuels, j\u2019ai recens\u00e9 toutes les gr\u00e8ves de plus d\u2019une journ\u00e9e en 2020. Sans compter les gr\u00e8ves sur les retraites et celles des cheminots, il y a eu environ deux cents gr\u00e8ves de plus d\u2019une journ\u00e9e, en pleine p\u00e9riode de Covid. Aussi bien dans de toutes petites boites comme des labos d\u2019analyse que dans de grosses entreprises de la m\u00e9tallurgie ou de grosses cimenteries.<\/p>\n<p>La moiti\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s sont des luttes d\u00e9fensives, souvent sur des plans sociaux. L\u2019autre moiti\u00e9 sont des luttes offensives, quasiment toutes sur les salaires: il y a tr\u00e8s peu de luttes offensives pour le d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise. Ces gr\u00e8ves connaissent souvent des taux de mobilisation extr\u00eamement importants.<\/p>\n<p>Au niveau victoire, sur les salaires, c\u2019est dans 80% des cas. Mais ce qui m\u2019a surpris, c\u2019est que sur les plans sociaux aussi, il y a beaucoup de victoires. Les travailleurs ne gagnent peut-\u00eatre pas tout ce qu\u2019ils veulent, mais ils gagnent. La plupart du temps, on att\u00e9nue le plan social, ce qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable, mais on a aussi une ou deux annulations pures et simples de plans sociaux.<\/p>\n<p>Donc, on a des batailles locales, avec des victoires parfois tr\u00e8s importantes localement. Mais, effectivement, on n\u2019a pas de grande victoire g\u00e9n\u00e9rale. Notre probl\u00e9matique, c\u2019est qu\u2019on voudrait une grande victoire g\u00e9n\u00e9rale, mais sans faire de politique, sans discuter de projet de soci\u00e9t\u00e9. Du coup, on se demande bien sur quoi on va pouvoir obtenir une victoire et sur quoi on va pouvoir mobiliser. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on a des luttes locales qui pourraient permettre de f\u00e9d\u00e9rer les choses. Et on ne les utilise pas assez. Finalement, on les m\u00e9prise un peu, ces victoires-l\u00e0.<\/p>\n<p>Si on veut une grande victoire g\u00e9n\u00e9rale, alors il faut un projet g\u00e9n\u00e9ral de soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, si on veut une grande victoire sur la r\u00e9forme des retraites, il faut \u00eatre soutenus par des forces politiques qui veulent prendre le pouvoir et qui, au moment o\u00f9 elles auront pris le pouvoir, satisferont les revendications ou iront dans le sens des revendications. Mais \u00e7a, on ne veut pas se le dire. On est emp\u00eatr\u00e9s dans une esp\u00e8ce de g\u00e9latine id\u00e9ologique qui emp\u00eache d\u2019aller au bout de ce qu\u2019on revendique.<\/p>\n<p><strong>Le caract\u00e8re concret de ces luttes locales ne facilite-t-il pas la mobilisation? Alors qu\u2019il manque peut-\u00eatre d\u2019un \u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur, mobilisateur, pour les luttes g\u00e9n\u00e9rales?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui les salari\u00e9s ont l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans des batailles compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Dans ton entreprise, tu sais quel est l\u2019enjeu, tu sais qui prend la d\u00e9cision. Tu as l\u2019impression que c\u2019est plus facile \u00e0 obtenir que sur une question nationale qui est peut-\u00eatre un peu plus diffuse. Les travailleurs veulent pouvoir ma\u00eetriser les revendications.<\/p>\n<p>En ce moment, on a une bataille dans la m\u00e9tallurgie pour que les donneurs d\u2019ordre ne liquident pas leurs sous-traitants et contre la remise en cause des conventions collectives par les patrons. Dans l\u2019\u00e9nergie, il y a des gr\u00e8ves de plus de 30 ou 40 000 gr\u00e9vistes, ce qui n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9 depuis longtemps, contre l\u2019\u00e9clatement de l\u2019entreprise publique EDF<span id='easy-footnote-4-35400' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/on-a-besoin-dun-syndicalisme-de-transformation-sociale\/#easy-footnote-bottom-4-35400' title='Le gouvernement fran\u00e7ais cherche depuis deux ans \u00e0 privatiser l\u2019\u00e9nergie. Son projet \u00abHercule\u00bb vise \u00e0 scinder EDF (\u00c9lectricit\u00e9 de France, op\u00e9rateur principal, d\u00e9tenu \u00e0 80% par l\u2019\u00c9tat) en trois parties: nucl\u00e9aire, hydraulique et \u00e9nergies vertes. Non seulement, ces trois entit\u00e9s vont entrer en concurrence les unes avec les autres, mais le pouvoir macronien veut aussi en profiter pour faire entrer davantage le priv\u00e9 dans l\u2019entreprise, qui n\u2019aura plus de \u00abpublic\u00bb que le nom. Le gouvernement se heurte \u00e0 une r\u00e9sistance syndicale tr\u00e8s forte.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. On a une bataille des intermittents du spectacle sur la r\u00e9forme de l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage. Ce sont des luttes importantes.<\/p>\n<div id=\"_idContainer086\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">La gr\u00e8ve comme mode d\u2019action reste une valeur ind\u00e9passable pour beaucoup de salari\u00e9s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Pris comme \u00e7a, on se dit que la bataille de l\u2019\u00e9nergie n\u2019a rien \u00e0 voir avec la bataille des intermittents. Et en m\u00eame temps, ce que tous demandent, c\u2019est de la s\u00e9curisation.<\/p>\n<p>Il y a moyen de trouver des mots d\u2019ordre f\u00e9d\u00e9rateurs et de travailler le fait qu\u2019on est tous dans la m\u00eame bataille. Simplement, il faut regagner le fait que c\u2019est \u00e7a l\u2019objectif. Et convaincre chacun de ne pas y aller pour essayer de n\u00e9gocier de son petit bout de gras. C\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9. Comme on a perdu de vue ce qu\u2019est la f\u00e9d\u00e9ration des luttes, on fait de la \u00abconvergence\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire du rassemblement un peu \u00abtroupeau\u00bb. Mais dans le troupeau, il y a la plus grosse troupe. Et le risque, c\u2019est qu\u2019elle va se servir du rapport de force global pour gratter des trucs dans sa branche. Et une fois que ce sera obtenu, elle va sortir de la bataille. Les autres vont se dire \u00abC\u2019est de l\u2019arnaque! Nous, on n\u2019a rien obtenu.\u00bb Donc, il faut qu\u2019on arrive \u00e0 inventer ce mode dans lequel tout le monde est servi \u00e0 la hauteur du rapport de force. Il ne faut pas que chacun n\u00e9gocie dans son coin, mais qu\u2019on ait un n\u00e9gociateur commun: c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on a une conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Pour revenir \u00e0 la lutte contre la r\u00e9forme des retraites men\u00e9e l\u2019hiver dernier: il s\u2019agit quand m\u00eame d\u2019une grande victoire pour le mouvement syndical?<\/strong><\/p>\n<p>On a gagn\u00e9 puisque la r\u00e9forme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mise en place. On a quand m\u00eame eu un coup de bol, parce que c\u2019est en partie \u00e0 cause du Covid qu\u2019ils n\u2019ont pas pu aller plus loin. Mais, s\u2019il n\u2019y avait eu que le Covid, si on n\u2019avait pas men\u00e9 la bataille et qu\u2019on n\u2019avait pas mis le gouvernement en difficult\u00e9, il aurait fait passer la r\u00e9forme. Comme il en a fait passer d\u2019autres pendant la pand\u00e9mie sans que personne ne bronche. Des fois, \u00e7a arrive d\u2019avoir un coup de bol ou un coup de malchance. Cela fait partie de la lutte.<\/p>\n<p>Mais la lutte, au fond, on l\u2019a men\u00e9e avec tr\u00e8s peu de monde. La SNCF et la RATP (les transports publics \u00e0 Paris) ont bloqu\u00e9 les transports publics dans la r\u00e9gion parisienne. Il y a eu un peu de gr\u00e8ve chez les fonctionnaires, dans l\u2019\u00c9ducation nationale. Un peu de gr\u00e8ve dans quelques secteurs, comme les ports et dans l\u2019\u00e9nergie. Ce n\u2019\u00e9tait quand m\u00eame pas un rapport de force extraordinaire. Ce que je dis aux camarades, c\u2019est qu\u2019il faut \u00eatre lucide l\u00e0-dessus. On n\u2019a pas d\u00e9ploy\u00e9 tout ce qu\u2019on aurait pu d\u00e9ployer, m\u00eame en tenant compte de notre situation d\u2019affaiblissement. Et en m\u00eame temps, on les a fortement fragilis\u00e9s parce que, politiquement, ils \u00e9taient accul\u00e9s. La CFDT, qui a soutenu le gouvernement, ne savait plus comment s\u2019en d\u00e9p\u00eatrer. Il y avait des scandales qui tombaient pratiquement toutes les semaines. On a pu mener des actions gr\u00e2ce \u00e0 \u00e7a. On a gagn\u00e9 la bataille de l\u2019opinion publique. On les a mis en difficult\u00e9 avec une mobilisation qui a peut-\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 0,5 ou 1% du salariat fran\u00e7ais. Si on arrivait \u00e0 en mobiliser 5 ou 6, on serait les rois du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>Je ne suis pas id\u00e9aliste. Je n\u2019attends pas que 100% des salari\u00e9s descendent dans la rue pour obtenir une victoire: je sais tr\u00e8s bien que \u00e7a n\u2019existe pas. Par contre, dans l\u2019\u00e9tat actuel de la CGT, dans l\u2019\u00e9tat actuel de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, on peut mener des luttes tr\u00e8s fortes pour gagner la s\u00e9curisation de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, cette lutte nous a renforc\u00e9s. Il y a une vague d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la CGT. En p\u00e9riode de conflit, on se renforce toujours fortement. Et paradoxalement, cette fois, pas forc\u00e9ment dans les branches les plus mobilis\u00e9es. Je pense qu\u2019il y a eu la prise de conscience que les syndicats, \u00e7a pouvait servir \u00e0 quelque chose.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que la pand\u00e9mie est un moment charni\u00e8re pour les travailleurs, pour le syndicat? Est-ce que la pand\u00e9mie a ouvert les yeux sur ce qui est vraiment essentiel dans la soci\u00e9t\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, on a plein, plein, plein d\u2019\u00e9l\u00e9ments [il insiste] pour mettre sur la table la critique du syst\u00e8me \u00e9conomique. On pourrait vraiment fragiliser le camp d\u2019en face. Non seulement avec les luttes que j\u2019ai cit\u00e9es, mais aussi en posant des questions de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la bataille id\u00e9ologique, on a plein de sujets \u00e0 exploiter. Avant cette crise-l\u00e0, le syst\u00e8me capitaliste \u00e9tait plut\u00f4t triomphant: \u00abC\u2019est nous qui d\u00e9veloppons la technologie, le monde de demain. De toute fa\u00e7on, il n\u2019y a pas d\u2019alternative.\u00bb L\u00e0, il me semble qu\u2019on peut reparler d\u2019inefficacit\u00e9 du syst\u00e8me et que \u00e7a peut \u00eatre entendu par la population. Ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas auparavant. On pouvait d\u00e9noncer les disparit\u00e9s de salaires, les injustices, mais l\u2019inefficacit\u00e9 du syst\u00e8me, non. L\u2019inefficacit\u00e9 du syst\u00e8me, c\u2019\u00e9tait les Soviets, les files d\u2019attente. Le capitalisme, c\u2019\u00e9tait au contraire l\u2019efficacit\u00e9, le dynamisme, c\u2019est Tesla.<\/p>\n<div id=\"_idContainer089\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">On a beaucoup de victoires, parfois tr\u00e8s importantes, localement. Si on veut une grande victoire g\u00e9n\u00e9rale, alors il faut un projet g\u00e9n\u00e9ral de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Aujourd\u2019hui, on peut reparler d\u2019inefficacit\u00e9 car on a vu un syst\u00e8me incapable de fournir des biens et des services de base: les masques, les gels, etc. Je cite toujours l\u2019exemple du bl\u00e9: on a tant de bl\u00e9 en France, qu\u2019on ne sait plus quoi en faire. Mais on n\u2019avait plus de farine dans les grandes surfaces parce qu\u2019il nous manquait les sacs de petite contenance. Tout simplement parce que ces sacs en papier \u00e9taient produits en Chine. Du coup, la farine \u00e9tait vendue dans des sacs de dix\u00a0; kilos. C\u2019est con, hein! \u00c7a, c\u2019est un exemple de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins qui pose la question de l\u2019industrie, de l\u2019organisation \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il y a eu aussi le refus des actionnaires de mettre la main \u00e0 la poche. On a l\u2019exemple typique \u00e0 Renault, entreprise qui est annonc\u00e9e comme \u00e9tant en grande difficult\u00e9. Sauf que les actionnaires ne mettent pas la main \u00e0 la poche. Normalement, le principe d\u2019un actionnaire, du moins c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on nous le vend, c\u2019est qu\u2019il investit dans une entreprise en esp\u00e9rant en tirer un b\u00e9n\u00e9fice. S\u2019ils estimaient que leur entreprise avait de la valeur, il fallait qu\u2019ils y apportent du capital, qu\u2019ils fassent une augmentation de capital. Les actionnaires de Renault ont pomp\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s un milliard d\u2019euros par an de dividendes sur les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. On ne peut donc pas dire qu\u2019ils manquaient de moyens pour r\u00e9alimenter cette entreprise. Comme ils ont refus\u00e9 de le faire, c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui a apport\u00e9 trois milliards d\u2019euros publics. Quasiment aucune entreprise fran\u00e7aise n\u2019a annul\u00e9 les dividendes. Certaines ont \u00e9t\u00e9 malignes en annon\u00e7ant un report.<\/p>\n<p>On voit quand m\u00eame bien le syst\u00e8me parasitaire. C\u2019est compliqu\u00e9 de l\u2019envisager autrement. Aujourd\u2019hui, il faut mettre sur la table le socialisme, la question de l\u2019alternative \u00e0 l\u2019organisation capitaliste de l\u2019\u00e9conomie. Sous l\u2019angle pratique: le syst\u00e8me capitaliste ne r\u00e9pond pas \u00e0 nos besoins, on conna\u00eet un syst\u00e8me qui y r\u00e9pond.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est le syndicaliste CGT ou l\u2019adh\u00e9rent au PCF qui parle l\u00e0?<\/strong><\/p>\n<p>Les deux. J\u2019essaie de porter ce d\u00e9bat-l\u00e0 dans le syndicat. Pour moi, c\u2019est le syndicat qui ouvre le sujet en montrant qu\u2019il y a un probl\u00e8me avec le syst\u00e8me \u00e9conomique. Un exemple concret: les \u00e9quipementiers, les sous-traitants d\u2019Airbus sont en train d\u2019\u00eatre liquid\u00e9s. Parce qu\u2019Airbus a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9localiser une partie de sa production. Mais il ne veut pas supprimer des emplois chez lui parce qu\u2019il a touch\u00e9 des aides publiques et donc il faut qu\u2019il affiche la pr\u00e9servation de ses emplois. Il liquide donc chez ses sous-traitants fran\u00e7ais: en fait, il exporte la suppression d\u2019emplois. C\u2019est la crise? Le carnet de commandes d\u2019Airbus n\u2019a fait qu\u2019augmenter. Parce que les compagnies a\u00e9riennes ne se projettent pas \u00e0 six mois, mais \u00e0 trois, quatre, cinq ans. En r\u00e9sum\u00e9, les carnets de commandes augmentent et, parall\u00e8lement, on liquide les sous-traitants. Ce paradoxe, c\u2019est le syndicat qui le pose. Et comme la CGT est un syndicat de transformation sociale, il faut qu\u2019il ait une ligne sur les solutions. Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9, ensuite, il travaille avec le parti qui propose un projet de soci\u00e9t\u00e9 alternatif.<\/p>\n<p>La question du socialisme doit revenir \u00e0 l\u2019avant-plan. Aujourd\u2019hui, c\u2019est un gros mot, parfois dans les partis politiques, souvent dans l\u2019organisation syndicale. C\u2019est le moment de r\u00e9habiliter ce mot-l\u00e0 pour faire avancer la bataille id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>On peut faire toutes les critiques de la Terre, d\u00e9noncer les limites du cadre du capitalisme, les d\u00e9rives, les in\u00e9galit\u00e9s, etc. Mais s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019alternative syst\u00e9mique, si on ne parle pas de socialisme, on est pi\u00e9g\u00e9. Il y a beaucoup de salari\u00e9s que \u00e7a d\u00e9sesp\u00e8re et qui ne nous suivent plus. Et qui se disent qu\u2019il faut bien faire avec les patrons et leur app\u00e9tit, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres solutions.<\/p>\n<p><strong>Existe-t-il des discussions pour cr\u00e9er un grand \u00abpacte social\u00bb suite \u00e0 la pand\u00e9mie? Un peu comme ce qu\u2019on a connu apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale en France et en Belgique?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, et ce d\u00e9bat traverse aussi la CGT. Par exemple, sur le plan de relance, la CGT a sign\u00e9 un communiqu\u00e9 de presse commun avec la CFDT et le DGB (syndicat allemand) pour soutenir le plan de relance europ\u00e9en Macron-Merkel (dont l\u2019objectif officiel est de financer des investissements pour relancer l\u2019\u00e9conomie, NdlR). Je consid\u00e8re que \u00e7a veut dire qu\u2019on n\u2019analyse pas les ressorts de la crise \u00e9conomique, de la d\u00e9sindustrialisation qu\u2019on vit depuis un an en France. Ce n\u2019est pas le r\u00e9sultat du Covid mais d\u2019une nouvelle phase de transformation de l\u2019industrie. Le capitalisme fran\u00e7ais va \u00e0 nouveau exporter du capital, et donc exporter la production dans les pays de l\u2019Est, parce que \u00e7a correspond \u00e0 une restructuration qu\u2019il a voulue pour maintenir son taux de profit. Les plans de relance qu\u2019on va d\u00e9velopper ne vont \u00eatre que des plans de relance qui vont lui permettre d\u2019avancer l\u00e0-dessus. On va financer la modernisation de l\u2019industrie. En v\u00e9rit\u00e9, on finance la modernisation de l\u2019outil de production pour qu\u2019en France, on conserve l\u2019industrie de pointe. Des ministres couperont quelques rubans d\u2019inauguration d\u2019usines modernes en disant: \u00abVous voyez les milliards qu\u2019on y a mis, c\u2019est quand m\u00eame efficace.\u00bb Par contre, les industries de technologies inf\u00e9rieures, rel\u00e9gu\u00e9es aux marges par le syst\u00e8me, sont de plus en plus export\u00e9es dans les pays \u00e0 bas co\u00fbts de main-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, qu\u2019il faut investir le champ de l\u2019\u00e9conomie moderne, mais il faut aussi qu\u2019on reparle de l\u2019emploi peu qualifi\u00e9, de ces t\u00e2ches de production \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e, comme mon sac en papier de farine. Le produire chez nous sera peut-\u00eatre un peu plus cher. Mais si on ne pose pas ce d\u00e9bat, on peut faire tous les discours qu\u2019on veut sur la r\u00e9industrialisation, le plein emploi ou la justice \u00e9conomique, on n\u2019atteindra jamais notre objectif. Les millions de ch\u00f4meurs continueront \u00e0 augmenter. Et en relocalisant cette production, on pose le d\u00e9bat du march\u00e9. Parce que, si on relocalise dans le cadre du march\u00e9, on est en concurrence avec les pays \u00e0 bas co\u00fbts de main-d\u2019\u0153uvre. Donc, les entreprises implant\u00e9es en France, elles meurent, sauf si on les subventionne. Mais, s\u2019il faut les subventionner, pourquoi ne pas les rendre publiques? Et pour les subventionner le moins possible, peut-\u00eatre faut-il interdire les formes de concurrence injuste? \u00c7a nous entra\u00eene donc dans un d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 que les capitalistes et les r\u00e9formistes veulent \u00e9viter.<\/p>\n<div id=\"_idContainer090\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">Les capitalistes ne veulent pas relancer l\u2019\u00e9conomie, ils veulent transformer l\u2019\u00e9conomie en vue de maintenir leurs profits, c\u2019est tout.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Autre exemple: en France, on nous annonce cinq milliards d\u2019euros d\u2019aide au syst\u00e8me ferroviaire. Ces cinq milliards vont \u00eatre destin\u00e9s uniquement \u00e0 des travaux d\u2019infrastructure, de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des voies, etc. Mais en r\u00e9alit\u00e9, on ne soutient pas tellement le ferroviaire. On soutient surtout les carnets de commandes des grands groupes priv\u00e9s du b\u00e2timent comme Bouygues, Vinci, Eiffage. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, les R\u00e9gions (qui organisent le transport public local par train, NdlR) veulent r\u00e9duire l\u2019offre de transport.<\/p>\n<p>Accompagner comme syndicaliste un \u00abgrand pacte social\u00bb, c\u2019est une voie sans issue. \u00c7a brouille les cartes. \u00c7a voudrait dire qu\u2019on a tous le m\u00eame int\u00e9r\u00eat. Il faut au contraire \u00eatre en confrontation avec les capitalistes: ils ne veulent pas relancer l\u2019\u00e9conomie, ils ne veulent pas relancer l\u2019emploi, ils veulent transformer l\u2019\u00e9conomie en vue de maintenir leurs profits, c\u2019est tout.<\/p>\n<p><strong>Pour terminer, on observe une r\u00e9elle fascisation des esprits en France et ailleurs en Europe. Quel doit \u00eatre le r\u00f4le du syndicat face \u00e0 \u00e7a?<\/strong><\/p>\n<p>On se focalise sur l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2022, mais c\u2019est un mouvement qui vient de loin. \u00c7a fait vingt ans que le danger existe et grandit. Parce qu\u2019on n\u2019affronte pas l\u2019extr\u00eame droite sur les questions id\u00e9ologiques. On reste sur la question du tabou: \u00abBouh, l\u2019extr\u00eame droite. C\u2019est pas bien!\u00bb \u00c7a f\u00e9d\u00e8re des forces qui sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes, voire contradictoires, mais \u00e7a forme une digue. Le probl\u00e8me de la digue, c\u2019est qu\u2019au bout d\u2019un moment, elle est submerg\u00e9e par la mar\u00e9e. Et puis tout se d\u00e9sagr\u00e8ge. Aujourd\u2019hui, les digues sont en train de c\u00e9der. Une porosit\u00e9 entre la droite et l\u2019extr\u00eame droite se d\u00e9veloppe. L\u2019extr\u00eame droite, toute seule, ne peut pas acc\u00e9der au pouvoir. Il lui faut une alliance suffisamment large pour prendre le pouvoir. Avec ses man\u0153uvres, Emmanuel Macron essaye de faire exploser la droite: il veut repr\u00e9senter tout sur l\u2019\u00e9chiquier politique. Il y arrive. Mais du coup, cette frange de la droite qui est tr\u00e8s conservatrice, r\u00e9actionnaire, est plus tent\u00e9e de travailler avec l\u2019extr\u00eame droite que de se rallier au panache blanc du centre. C\u2019est un sacr\u00e9 danger.<\/p>\n<p>Je pense que sur les questions \u00e9conomiques et sociales, la gauche de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et les organisations syndicales, on est faiblard depuis des ann\u00e9es: on n\u2019a plus d\u2019alternative. On d\u00e9nonce des choses, mais on ne sait plus quoi construire \u00e0 la place. L\u2019exp\u00e9rience Hollande a \u00e9t\u00e9 catastrophique de ce point de vue-l\u00e0 parce que, finalement, les gens ont vot\u00e9 Hollande en se disant ce serait moins pire que Sarkozy. Mais ils se sont retrouv\u00e9s avec une politique de droite. Donc trahison, donc d\u00e9sespoir, donc d\u00e9mobilisation. Il y a une augmentation de l\u2019abstention au niveau politique, mais aussi au niveau syndical.<\/p>\n<p><strong>Outre la question de l\u2019alternative dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, comment doit agir le syndicat dans cette lutte contre le fascisme?<\/strong><\/p>\n<p>Un point \u00e0 mettre en avant est la d\u00e9sorganisation compl\u00e8te du mouvement ouvrier. Car il y a aussi une offensive sur l\u2019organisation. Certains disent que \u00abla structuration, c\u2019est l\u2019ali\u00e9nation\u00bb, \u00ables directions, c\u2019est l\u2019oppression\u00bb. Leur principe, c\u2019est chacun fait ce qu\u2019il veut, pas de centralisme. \u00c7a traduit une esp\u00e8ce de d\u00e9liquescence de nos pratiques d\u2019organisation. Donc, comme on n\u2019a plus de pratiques d\u2019organisation, on n\u2019est plus capable d\u2019agir sur la r\u00e9alit\u00e9, et le d\u00e9sespoir s\u2019avance. Chacun se d\u00e9merde.<\/p>\n<div id=\"_idContainer091\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---A\">Accompagner comme syndicaliste un \u00abgrand pacte social\u00bb, c\u2019est une voie sans issue. \u00c7a voudrait dire qu\u2019on a tous le m\u00eame int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Comme les patrons sont revenus depuis les ann\u00e9es 1980 sur un rapport de force brutal, certains dans le syndicat sont tent\u00e9s par une fuite en avant: on essaie de faire des sacrifices pour pr\u00e9server une partie de nos droits. Les lois Macron (de flexibilisation du march\u00e9 du travail, NdlR) permettent de cr\u00e9er des \u00abaccords de comp\u00e9titivit\u00e9\u00bb pour, par exemple, maintenir l\u2019emploi pendant deux ans en \u00e9change d\u2019une augmentation du temps de travail et d\u2019une baisse des salaires. \u00c9videmment, ce n\u2019est pas simple dans la t\u00eate des salari\u00e9s: soit j\u2019accepte 5% de baisse de salaire, soit c\u2019est le ch\u00f4mage. Ils nous ont mis dans des situations tr\u00e8s compliqu\u00e9es et il y a plein d\u2019endroits o\u00f9 on a c\u00e9d\u00e9 l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des syndicats, pour moi, c\u2019est de reconstruire des pratiques d\u2019organisation solides et efficaces pour mailler le terrain. Avec les cheminots, par exemple, on y travaille.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\" wp-image-35246 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Lava17-illus-redkitten-TRK012web01xp2-22.png\" alt=\"\" width=\"330\" height=\"282\" \/>\n<p>Il faut qu\u2019on reconstruise une organisation structur\u00e9e, des orientations et une id\u00e9ologie claires avec ce qu\u2019on appelle chez nous la double besogne, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois l\u2019action pour le quotidien et, en m\u00eame temps, la transformation sociale. Et apr\u00e8s, on constate d\u00e9j\u00e0 que d\u00e8s qu\u2019il y a un syndicat d\u2019organis\u00e9 dans une boite, il y a moins de vote Front national.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut faire toutes les critiques de la Terre, si on ne parle pas d\u2019alternative syst\u00e9mique \u00e0 l\u2019organisation capitaliste de l\u2019\u00e9conomie, si on ne parle pas de socialisme, on est pi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1774,"featured_media":35219,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[17,22],"tags":[630,651,2971,2904,3256],"class_list":["post-35400","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-fr","category-interview-fr","tag-belgique","tag-france-fr","tag-laurent-brun-fr","tag-michael-verbauwhede-fr","tag-syndicat","issues-numero-17"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35400","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1774"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35400"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35400\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39217,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35400\/revisions\/39217"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35219"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35400"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35400"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35400"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}