{"id":35394,"date":"2021-06-23T06:59:40","date_gmt":"2021-06-23T04:59:40","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=35394"},"modified":"2022-05-30T14:28:21","modified_gmt":"2022-05-30T12:28:21","slug":"defis-pour-un-syndicalisme-post-covid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/","title":{"rendered":"D\u00e9fis pour un syndicalisme post-covid"},"content":{"rendered":"<p>Alors que les politiques actuelles se basent sur des mesures individuelles, injustes socialement et dont l\u2019efficacit\u00e9 environnementale est faible, une approche collective est possible, bas\u00e9e sur les besoins et non le profit.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-35213\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Lava17-illus-redkitten-TRK012web01-05.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1454\" \/>\n<p>Depuis plus d\u2019un an, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une pand\u00e9mie mondiale, sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire moderne. Les organisations syndicales belges, qui regroupent ensemble plus de trois millions d\u2019affili\u00e9s et des dizaines de milliers de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et militants de terrain, ont apport\u00e9 des r\u00e9ponses fortes pour d\u00e9fendre les travailleuses et les travailleurs d\u00e8s le d\u00e9but de cette pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 certaines directions d\u2019entreprise abandonnaient le navire, c\u2019est sur l\u2019impulsion de syndicalistes de terrain que des mesures de protection sanitaires ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es. Ce combat s\u2019est souvent men\u00e9 face \u00e0 un patronat inconscient et aveugl\u00e9 par le profit \u00e0 tout prix. Certains employeurs ont tent\u00e9 de maintenir la production co\u00fbte que co\u00fbte, avec peu de consid\u00e9ration pour la sant\u00e9, voire la vie, des travailleurs. Ces employeurs avaient non seulement peu de consid\u00e9ration pour leurs salari\u00e9s mais encore moins pour la viabilit\u00e9 de notre syst\u00e8me de sant\u00e9 qui \u00e9tait satur\u00e9. Concr\u00e8tement, la mobilisation syndicale a amen\u00e9 la suspension de la production dans toute une s\u00e9rie de secteurs non essentiels ou encore la mise en place de protocoles sanitaires stricts. Cette mobilisation syndicale a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s forte en Belgique mais \u00e9galement dans de nombreux pays: en France, en Italie, en Espagne\u2026 Le syndicalisme \u2014 dans ce qu\u2019il a de plus fondamental: la protection de la sant\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9 de la classe travailleuse \u2014 a donc d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 apporter des r\u00e9ponses rapides face \u00e0 une situation in\u00e9dite.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les ondes de choc de la crise sanitaire ne se limitent ni aux premiers mois de la crise ni \u00e0 la sant\u00e9. La pand\u00e9mie a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et amplifi\u00e9 la crise \u00e9conomique qui se profilait juste avant l\u2019arriv\u00e9e du Covid-19. Avec des cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales bien plus profondes que lors de la crise de 2008-2009. Tout en suscitant de nouveaux d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9, cette crise a aussi amen\u00e9 une s\u00e9rie de luttes et de pratiques syndicales nouvelles.<\/p>\n<p>Comme on l\u2019a vu au d\u00e9but de la crise et dans les r\u00e9centes n\u00e9gociations sur les salaires, le monde du Capital ne perd pas une minute pour tenter d\u2019utiliser la crise \u00e0 son avantage. Il met tout en \u0153uvre pour faire peser le prix de cette crise sur la classe travailleuse. Il s\u2019organise pour d\u00e9finir un cadre id\u00e9ologique et un agenda post-Covid en phase avec la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats: flexibilisation accrue, augmentation des heures suppl\u00e9mentaires, licenciements massifs pour r\u00e9engager ensuite sous forme d\u2019emplois pr\u00e9caires, limitation des augmentations de salaires, etc.<\/p>\n<p>Il devient donc urgent qu\u2019en tant que syndicalistes, nous r\u00e9agissions. Il devient urgent de d\u00e9finir nos horizons, notre cadre et nos pratiques. En 2018 sortait le texte <em>Retrouver le chemin d\u2019un syndicalisme offensif<\/em><span id='easy-footnote-1-35394' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/#easy-footnote-bottom-1-35394' title='Paul Lootens, \u00abRetrouver le chemin d\u2019un syndicalisme offensif\u2026\u00bb,\u00a0&lt;em&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Politique&lt;\/span&gt;&lt;\/em&gt;, 29 mai 2018.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Le but de cette publication \u00e9tait de d\u00e9terminer les d\u00e9fis auxquels font face les syndicalistes qui cherchent en permanence \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019offensive la classe travailleuse et ses organisations syndicales. Bon nombre de points de ce texte restent d\u2019actualit\u00e9. N\u00e9anmoins, nous voulons les r\u00e9actualiser \u00e0 la lumi\u00e8re de la nouvelle situation.<\/p>\n<h2>D\u00e9velopper la conscience et la fiert\u00e9 de la classe travailleuse<\/h2>\n<p>Une des cons\u00e9quences les plus remarquables de la crise du Covid-19 est la renaissance progressive d\u2019une conscience de classe et m\u00eame d\u2019un d\u00e9but de fiert\u00e9 de classe. La crise a mis \u00e0 nu ce qui est essentiel au bon fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9: se nourrir, se soigner, se d\u00e9placer, produire des biens essentiels, construire, se divertir, s\u2019\u00e9duquer\u2026 Des techniciens de surface ont par exemple jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la d\u00e9sinfection permanente des unit\u00e9s Covid. Les \u00e9boueurs, les postiers, les magasiniers, les caissiers, les infirmiers, les r\u00e9assortisseurs, les travailleurs de la chimie, les ouvriers de la logistique\u2026 et bien d\u2019autres. Des professions qu\u2019on ne voit que tr\u00e8s peu m\u00e9diatiquement, des professions souvent mal pay\u00e9es\u2026 et pourtant essentielles. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de noter que le gouvernement belge, dans le souci de limiter le nombre d\u2019entreprises \u00e0 l\u2019arr\u00eat pour cause sanitaire, ne cessait d\u2019\u00e9largir au fil de la crise la liste des secteurs dit \u00abessentiels\u00bb. Il s\u2019agissait de ces secteurs tellement essentiels \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas soumis au respect strict des r\u00e8gles sanitaires. Sous la pression du lobbying patronal, la liste de ces secteurs est devenue tellement longue qu\u2019ils regroupaient deux tiers de tous les salari\u00e9s<span id='easy-footnote-2-35394' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/#easy-footnote-bottom-2-35394' title='\u00abCritiques de la FGTB et du PTB sur ces patrons qui \u2018ne jouent pas le jeu\u2019 et la liste des secteurs \u2018essentiels\u2019\u00bb,\u00a0&lt;em&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;L\u2019Avenir&lt;\/span&gt;&lt;\/em&gt;, 25 mars 2020.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>La crise sanitaire a permis de mettre en miroir le caract\u00e8re essentiel de la classe travailleuse avec le r\u00f4le parasitaire des actionnaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>De nombreux travailleurs et de nombreuses travailleuses \u00e9taient contents d\u2019apprendre que, tout d\u2019un coup, ils avaient autant d\u2019importance pour le bon fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9. Curieusement, on ne retrouvait pas dans cette liste les m\u00e9tiers de rentier ou d\u2019actionnaire. Non, on retrouvait la plupart de ces professions qui composent ce que Marx avait appel\u00e9 autrefois le \u00abprol\u00e9tariat\u00bb et qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui classe ouvri\u00e8re ou classe des travailleurs, ou plus justement encore classe travailleuse (traduction litt\u00e9rale du terme anglais\u00a0working class, cette derni\u00e8re expression a le m\u00e9rite d\u2019englober travailleurs ET travailleuses). Cette classe produit et rend service collectivement mais n\u2019est pas propri\u00e9taire de ses moyens de production ou de services.<\/p>\n<p>La crise sanitaire a permis de mettre en miroir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le caract\u00e8re essentiel de la classe travailleuse et les bas salaires qu\u2019on y trouve et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le r\u00f4le parasitaire des actionnaires dans la soci\u00e9t\u00e9 et leurs r\u00e9mun\u00e9rations sans aucune limite. Ces actionnaires n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9sents dans le feu de la crise du Covid-19 mais sont bien l\u00e0 aujourd\u2019hui pour tenter de bloquer les salaires et d\u2019empocher de gros dividendes. La crise a permis de mettre en lumi\u00e8re un monde politique qui applaudit les m\u00e9tiers essentiels quand il s\u2019agit de les faire travailler au d\u00e9triment ou au p\u00e9ril de leur sant\u00e9 mais qui n\u2019est plus l\u00e0 quand il s\u2019agit de les soutenir dans leurs l\u00e9gitimes revendications \u00e0 des augmentations de salaire, des embauches suppl\u00e9mentaires ou des am\u00e9nagements de fin de carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans cette crise, \u00e9mergent donc les bases pour le d\u00e9veloppement d\u2019une conscience de classes d\u2019affirmation et d\u2019une conscience de classe d\u2019opposition. Une conscience de classe d\u2019affirmation, car elle est porteuse de fiert\u00e9, se construit sur le r\u00f4le positif et essentiel de la classe travailleuse dans la soci\u00e9t\u00e9. Une conscience de classe d\u2019opposition car elle s\u2019oppose \u00e0 la classe des d\u00e9tenteurs de capital, absente pendant la crise, sur laquelle elle vient buter dans le partage des richesses.<\/p>\n<p>Un des d\u00e9fis cl\u00e9s, pour nous syndicalistes, est donc de cultiver cette conscience de classe tout \u00e0 la fois dans ses aspects d\u2019affirmation et d\u2019opposition. C\u2019est un combat \u00e0 mener de mani\u00e8re syst\u00e9matique et consciente. Les tenants du lib\u00e9ralisme et leurs ap\u00f4tres ont travaill\u00e9 ces 40 derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 ensevelir toute conscience de classe jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9ussir \u00e0 ce qu\u2019on ne soit plus en capacit\u00e9 de nommer cette classe, la divisant en sous-cat\u00e9gories s\u00e9par\u00e9es les unes des autres et qui n\u2019auraient rien \u00e0 voir les unes avec les autres: ouvriers, employ\u00e9s, techniciens, infirmiers, aides-soignants, op\u00e9rateurs, assistants, int\u00e9rimaires, sous-traitants\u2026 Les tenants du lib\u00e9ralisme ont travaill\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019aucune fiert\u00e9 ne se d\u00e9gage de la classe mais plut\u00f4t de la honte, une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle il faut individuellement s\u2019\u00e9chapper plut\u00f4t que de se lib\u00e9rer collectivement.<\/p>\n<p>Nos organisations syndicales sont parmi les mieux plac\u00e9es pour mener ce combat. De par leur essence, nos organisations sont des organisations de la classe travailleuse. Mais la majorit\u00e9 de nos affili\u00e9s n\u2019ont pas toujours conscience de cette identit\u00e9 essentielle des syndicats. Et c\u2019est li\u00e9 aux attaques id\u00e9ologiques de la droite mais aussi \u00e0 une certaine absence sur ces questions dans le mouvement syndical. La crise du Covid-19 nous permet aujourd\u2019hui de revenir sur cette d\u00e9mission et de repartir \u00e0 l\u2019offensive sur le sujet. Tel est l\u00e0 un premier d\u00e9fi fondamental.<\/p>\n<h2>Sortir des lois du march\u00e9 et du cadre de la comp\u00e9titivit\u00e9<\/h2>\n<p>La crise du Covid-19 fait ressortir plus que jamais l\u2019importance de sortir du cadre du march\u00e9 et de la comp\u00e9titivit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour faire simple, ce qui a permis de maintenir la soci\u00e9t\u00e9 debout, c\u2019est avant tout ce qui ne r\u00e9pond pas aux lois du march\u00e9: la s\u00e9curit\u00e9 sociale et son pilier syndical qui a assur\u00e9 l\u2019afflux massif des paiements de ch\u00f4mage au plus fort de la crise, nos transports publics, nos h\u00f4pitaux, nos maisons m\u00e9dicales, la prise en main du testing par une plate-forme lanc\u00e9e par les universit\u00e9s du pays au lieu de la plateforme de testing domin\u00e9e par les laboratoires priv\u00e9s, le lancement d\u2019une production locale de masques chirurgicaux gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des pouvoirs publics\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, la situation qui pr\u00e9vaut pour les vaccins est l\u2019\u00e9pisode num\u00e9ro 42 de l\u2019\u00e9chec du march\u00e9. La mise au point des vaccins s\u2019est appuy\u00e9e sur des recherches de nos universit\u00e9s publiques, sur des financements publics\u2026 et aujourd\u2019hui, c\u2019est le march\u00e9 qui emp\u00eache la production r\u00e9ellement massive pour vacciner rapidement la plan\u00e8te enti\u00e8re. Les moyens pour y arriver sont disponibles mais le march\u00e9 et les politiques qui prot\u00e8gent la logique de march\u00e9 emp\u00eachent de d\u00e9ployer ces moyens. Les multinationales empochent des milliards de profits et, pendant ce temps-l\u00e0, des vies sont inutilement perdues et des besoins sociaux fondamentaux sont brid\u00e9s. En d\u2019autres mots, le march\u00e9 tue. Et ce n\u2019est pas simpliste de l\u2019affirmer.<\/p>\n<div id=\"_idContainer047\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---C\">C\u2019est dans la rue que s\u2019\u00e9crivent les lois adopt\u00e9es rue de la Loi. C\u2019est dans la rue que le monde du travail construit sa force et sa confiance en lui.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Avant les vaccins, le march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 incapable de fournir les moyens de protection les plus basiques tels que des masques de protections, des gants, des surblouses, des respirateurs ou m\u00eame des bouteilles d\u2019oxyg\u00e8ne. Finalement, les luttes post-Covid pour l\u2019Accord interprofessionnel (AIP)<span id='easy-footnote-3-35394' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/#easy-footnote-bottom-3-35394' title='L\u2019Accord interprofessionnel correspond \u00e0 la p\u00e9riode de lutte et de n\u00e9gociation pour tenter d\u2019arriver \u00e0 un accord entre patronat et syndicat pour d\u00e9finir les augmentations de salaires et l\u2019\u00e9volution des conditions de travail pour un terme de deux ans.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span> ont fait ressortir la n\u00e9cessit\u00e9 de penser \u00e0 nouveau nos salaires comme la juste contribution des richesses cr\u00e9\u00e9es par la classe travailleuse. Et pas comme un facteur d\u2019ajustement comp\u00e9titif. Dit autrement, les luttes autour de l\u2019AIP ont permis de rappeler que le match ne se situe pas dans la comparaison entre les salaires belge et ceux des pays voisins dans le but d\u2019avoir une \u00e9conomie comp\u00e9titive. Ces luttes ont fait ressortir que le match se m\u00e8ne entre le Travail et le Capital pour savoir comment se r\u00e9partissent les richesses produites. Salaires contre profits, salaires contre dividendes, salaires contre r\u00e9mun\u00e9rations exorbitantes des CEO. Les luttes salariales ne doivent pas \u00eatre une lutte qui divise la classe travailleuse des diff\u00e9rents pays mais bien une lutte entre deux classes aux int\u00e9r\u00eats diam\u00e9tralement oppos\u00e9s: la classe travailleuse et la classe des d\u00e9tenteurs de capitaux.<\/p>\n<p>Succ\u00e8s de ce qui n\u2019est pas soumis aux lois du march\u00e9, \u00e9chec cuisant du march\u00e9, r\u00f4le cl\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour tenir en place l\u2019\u00e9conomie, les salaires comme juste part des richesses produites\u2026 L\u2019inverse de l\u2019abc des dogmes lib\u00e9raux dans lesquels nous avons baign\u00e9 pendant trop d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Trop souvent, le pragmatisme ou le \u00abr\u00e9alisme\u00bb \u00e9conomique nous pousse comme syndicalistes \u00e0 ne pas sortir des horizons pr\u00e9tendument ind\u00e9passables de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 ou de la comp\u00e9titivit\u00e9. Nous avons donc devant nous le d\u00e9fi de sortir du cadre actuel. Dans nos discours, dans nos \u00abgrands\u00bb combats mais aussi dans nos mobilisations quotidiennes. Dans les grands combats pour l\u2019AIP mais aussi dans les plus petites, et moins visibles, luttes pour la sant\u00e9-s\u00e9curit\u00e9 et le bien-\u00eatre ou contre la sous-traitance et la privatisation larv\u00e9e. Les dogmes lib\u00e9raux ne seront jamais une solution. Traduire dans la dur\u00e9e l\u2019importance de sortir des lois du march\u00e9 et de la comp\u00e9titivit\u00e9 dans notre politique syndicale ne sera pas facile mais ce sera l\u2019un des grands d\u00e9fis de nos organisations syndicales pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<h2>Investir la rue en toute circonstance, une n\u00e9cessit\u00e9 pour la classe travailleuse<\/h2>\n<p>On se souvient des applaudissements de 20h pour les h\u00e9ros de la crise. On se souvient des discours sur l\u2019importance du r\u00f4le des femmes de m\u00e9nage ou des aide-m\u00e9nag\u00e8res au plus fort de la crise sanitaire. L\u2019importance de la propret\u00e9 et de la d\u00e9sinfection. L\u2019importance des travailleurs et travailleuses de la distribution alimentaire pour que nous puissions manger, l\u2019importance des travailleuses et des travailleurs du transport (priv\u00e9 et public), etc. Certains ont pens\u00e9 qu\u2019on assistait \u00e0 une prise de conscience g\u00e9n\u00e9rale de laquelle d\u00e9coulerait spontan\u00e9ment une reconnaissance pour celles et ceux qui font tourner la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant, l\u2019exp\u00e9rience du Covid-19 a montr\u00e9 le m\u00e9pris de classe inh\u00e9rent aux \u00e9lites. Mais cette crise a \u00e9galement montr\u00e9 la cr\u00e9ativit\u00e9 de la classe travailleuse pour d\u00e9velopper en sa faveur le rapport de force en toute circonstance. Nous devons retenir en m\u00eame temps que rien ne nous sera jamais servi sur un plateau, ou dans un salon de th\u00e9, et que s\u2019il y a de la volont\u00e9, la r\u00e9sistance trouvera toujours un chemin.<\/p>\n<p>En mars 2020, les travailleurs d\u2019Audi Bruxelles suspendent la production pour stopper la propagation du virus. Ils disent non \u00e0 leur patron qui voulait continuer la production \u00abpour terminer une commande\u00bb. \u00abNos vies valent plus que vos voitures\u00bb ont r\u00e9pondu les travailleurs et leurs organisations syndicales. Ce mouvement a \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans des centaines d\u2019entreprises. Au nord et au sud du pays: Volvo, Van Hool, Daf Trucks, Aperam, Industeel, Safran, la FN\u2026 pour ne citer que quelques entreprises du m\u00e9tal. L\u00e0 o\u00f9 certains grands patrons consid\u00e8rent que le travailleur et la travailleuse ne vivent que pour travailler, ces derniers leur ont rappel\u00e9 qu\u2019ils travaillaient pour vivre. Le but du travail n\u2019est pas de d\u00e9grader la vie. La classe travailleuse l\u2019a rappel\u00e9 en for\u00e7ant la main au patronat et en suspendant la production le temps que la contamination recule.<\/p>\n<p>En juin 2020, les dos tourn\u00e9s du personnel soignant de l\u2019h\u00f4pital Saint-Pierre ont sonn\u00e9 le point de d\u00e9part d\u2019une large mobilisation du personnel des h\u00f4pitaux, des maisons de repos et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, du secteur non marchand. Les images \u00e9taient fortes et ont fait le tour du monde. Elles \u00e9taient le symbole de la r\u00e9sistance d\u2019en bas face au m\u00e9pris d\u2019en haut. Cette col\u00e8re blanche avait commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019exprimer avant la pand\u00e9mie mais la crise sanitaire lui a donn\u00e9 un nouvel \u00e9cho.<\/p>\n<p>De juin \u00e0 d\u00e9cembre\u00a02020, les actions dans les h\u00f4pitaux se sont multipli\u00e9es. Et elles ont conduit \u00e0 arracher des revalorisations salariales structurelles de 6%, elles ont permis d\u2019arracher des primes, elles ont permis de d\u00e9gager des moyens pour l\u2019engagement de personnel\u2026 Moins m\u00e9diatique mais pourtant tr\u00e8s important, le personnel de la distribution alimentaire a men\u00e9 de tr\u00e8s nombreuses actions tout au long de l\u2019ann\u00e9e\u00a02020 pour exiger le respect face \u00e0 tous les efforts consentis. Leurs actions ont permis d\u2019arracher des jours de cong\u00e9 et des primes salariales. Plus r\u00e9cemment encore, le mouvement syndical s\u2019est mobilis\u00e9 massivement \u2014 en particulier lors de gr\u00e8ve nationale du 29\u00a0mars dernier \u2014 pour dire non au 0,4% d\u2019augmentation maximale des salaires et \u00e0 la loi obsol\u00e8te sur les salaires. La cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e9tait au rendez-vous avec des caravanes de voitures ou des piquets Covid-proof. De la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la d\u00e9termination pour exiger le respect.<\/p>\n<p>De la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la d\u00e9termination pour souligner une nouvelle fois une le\u00e7on fondamentale du mouvement ouvrier: c\u2019est dans la rue que s\u2019\u00e9crivent les lois adopt\u00e9es rue de la Loi (rue dans laquelle se trouve le parlement belge). C\u2019est dans la rue \u2014 en nombre et de mani\u00e8re organis\u00e9e \u2014 que le monde du travail construit sa force et sa confiance en lui. C\u2019est dans la rue qu\u2019il se fait et se fera respecter.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9veloppement permanent de l\u2019unit\u00e9<\/h2>\n<p>Le mouvement syndical concentre une triple force. La force du nombre, la force \u00e9conomique et la force de l\u2019organisation. La force du nombre parce que le monde du travail, c\u2019est plusieurs millions de personnes et les syndicats belges comptent plus de trois millions de membres. La force \u00e9conomique car ce nombre est concentr\u00e9 dans le c\u0153ur de la machine \u00e9conomique, le lieu o\u00f9 les richesses sont cr\u00e9\u00e9es. Sans la classe travailleuse, pas de richesses produites. Et finalement, la force de l\u2019organisation parce que les organisations syndicales peuvent s\u2019appuyer sur une base organis\u00e9e regroupant des dizaines de milliers de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et militants syndicaux. Ce sont aussi les organisations syndicales qui sont capables d\u2019informer, de sensibiliser, d\u2019organiser, de mobiliser et de mettre dans l\u2019action de mani\u00e8re structur\u00e9e une tr\u00e8s grande partie de la classe travailleuse.<\/p>\n<div id=\"_idContainer049\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---C\">Le mouvement syndical concentre une triple force. La force du nombre, la force \u00e9conomique et la force de l\u2019organisation.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Mais, pour que cette force se concr\u00e9tise, elle n\u00e9cessite de l\u2019unit\u00e9 face \u00e0 toutes les tentatives de division. Le combat pour l\u2019unit\u00e9 est \u00e0 la fois aussi vieux que le capitalisme et est un combat constitutif et existentiel du syndicalisme. Voil\u00e0 comment Marx et son compagnon Engels l\u2019expliquaient \u00e0 leur \u00e9poque: \u00abLe Capital est une force sociale concentr\u00e9e, tandis que l\u2019ouvrier ne dispose que de sa force de travail individuelle. Le contrat entre le Capital et le Travail ne peut donc jamais \u00eatre \u00e9tabli sur des bases \u00e9quitables [\u2026]. La seule puissance sociale que poss\u00e8dent les ouvriers, c\u2019est leur nombre. Mais la force du nombre est annul\u00e9e par la d\u00e9sunion. Cette d\u00e9sunion des ouvriers est engendr\u00e9e et perp\u00e9tu\u00e9e par la concurrence in\u00e9vitable qu\u2019ils se font les uns aux autres. Les syndicats sont n\u00e9s des efforts spontan\u00e9s d\u2019ouvriers luttant contre [\u2026] le Capital, pour emp\u00eacher ou, du moins, att\u00e9nuer les effets de cette concurrence que se font les ouvriers entre eux<span id='easy-footnote-4-35394' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/#easy-footnote-bottom-4-35394' title='Karl Marx et Friedrich Engels, \u00abInstructions pour les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Conseil central provisoire de l\u2019A. I. T. sur les diff\u00e9rentes questions \u00e0 d\u00e9battre au Congr\u00e8s de Gen\u00e8ve\u00bb (3-8 septembre 1866). Voir:&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;\u00a0&lt;a href=&quot;http:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/00\/parti\/kmpc054.htm&quot;&gt;www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/00\/parti\/kmpc054.htm&lt;\/a&gt;.&lt;\/span&gt;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>.\u00bb Dans un contexte nouveau, ce combat pour l\u2019unit\u00e9 continue aujourd\u2019hui.<\/p>\n<h3>Nationale<\/h3>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019ont en commun les luttes du personnel des h\u00f4pitaux, celles du personnel du commerce et celle pour l\u2019AIP? Ou encore avant \u00e7a, la lutte victorieuse contre la pension \u00e0 points du gouvernement Michel. Ce sont toutes des luttes relativement r\u00e9centes. Mais plus fondamentalement, ce sont des luttes nationales. Le caract\u00e8re national de ces luttes leur a \u00e9videmment donn\u00e9 plus de force. Elles ont renforc\u00e9 le rapport de force en faveur de ces travailleurs et travailleuses. Par exemple, quel r\u00e9sultat auraient obtenu les infirmi\u00e8res des diverses R\u00e9gions si elles avaient d\u00fb faire face \u00e0 des gouvernements diff\u00e9rents? Nettement moindre. On le constate par exemple avec le personnel des maisons de repos qui d\u00e9pend de trois gouvernements r\u00e9gionaux diff\u00e9rents. Il a obtenu moins que le personnel des h\u00f4pitaux. Mais, plus encore, les aides-soignantes et les infirmi\u00e8res ont obtenu une progression salariale post-Covid tr\u00e8s diff\u00e9rente en fonction des R\u00e9gions. Alors qu\u2019elles pratiquent le m\u00eame m\u00e9tier dans les trois R\u00e9gions, qu\u2019elles ont affront\u00e9 la m\u00eame crise, les m\u00eames difficult\u00e9, la m\u00eame absence de mat\u00e9riel de protection\u2026 C\u2019est une le\u00e7on importante pour les prochaines luttes post-Covid.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une le\u00e7on qui n\u2019est bien entendu pas nouvelle. La s\u00e9curit\u00e9 sociale mais aussi toutes les autres conqu\u00eates sociales du pays se sont b\u00e2ties dans l\u2019unit\u00e9 du mouvement social. Rappelons par exemple que la premi\u00e8re semaine de cong\u00e9 pay\u00e9 est le fruit de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1936 qui est partie du port d\u2019Anvers.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res d\u00e9cades, les forces nationalistes se sont relay\u00e9es pour propager le syndrome du repli et de la division. Avec un objectif en t\u00eate: tenter de d\u00e9manteler par la division l\u2019\u00e9difice social qui a \u00e9t\u00e9 construit dans l\u2019unit\u00e9. Mais la crise du Covid a mis plus que jamais \u00e0 nu la folie de la division. Un virus ne s\u2019arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res linguistiques. Le Covid a fait ressortir toute l\u2019absurdit\u00e9 du mod\u00e8le belge dans lequel de nombreux ministres sont \u00abcomp\u00e9tents\u00bb pour tout mais responsables de rien. Les morts sont tomb\u00e9s en masse dans les maisons de repos flamandes, wallonnes et bruxelloises comme r\u00e9sultat de l\u2019incomp\u00e9tence, du manque ou de la division des ressources et de la marchandisation d\u2019un secteur. La crise du Covid a montr\u00e9 que l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019exercice d\u2019une comp\u00e9tence \u00e9tait inversement proportionnelle au nombre de ministres qui l\u2019avaient en charge.<\/p>\n<p>Comme syndicalistes, nous devons faire ressortir cette le\u00e7on de la crise: le morcellement des comp\u00e9tences et la division du monde du travail qu\u2019il entra\u00eene n\u2019apportent rien \u00e0 la classe travailleuse. Ni en progr\u00e8s social ni en force dans la lutte. Aucun v\u00e9ritable acquis social n\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 mettre sur le compte du camp de la division. Comme syndicalistes, la crise du Covid-19 est un moteur de mobilisation pour r\u00e9clamer plus d\u2019unit\u00e9 dans nos soins de sant\u00e9 et plus d\u2019unit\u00e9 dans notre s\u00e9curit\u00e9 sociale. Mais, plus g\u00e9n\u00e9ralement, cette crise nous mobilise pour que nous tissions plus de liens entre syndicalistes des quatre coins du pays et pour que nous renforcions le caract\u00e8re unitaire et solidaire de nos instances et organisations syndicales.<\/p>\n<h3>Internationale<\/h3>\n<p>Lors de cette pand\u00e9mie, la classe travailleuse a partout fait face au m\u00eame virus et aux m\u00eames logiques patronales et gouvernementales. Suspension de la production non essentielle, \u00e9tablissement de protocoles sanitaires, applaudissements et mobilisation des diff\u00e9rents personnels soignants, manque de mat\u00e9riel de protection, etc. Partout en Europe, les situations et les luttes \u00e9taient les m\u00eames.<\/p>\n<p>Partout en Europe et dans le monde, la classe travailleuse a montr\u00e9 que c\u2019\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 elle que la soci\u00e9t\u00e9 tournait. Partout, la classe \u00e9tait au front. Une partie d\u2019entre elle s\u2019est m\u00eame montr\u00e9e cr\u00e9ative pour reconvertir la production en fonction des besoins de la lutte contre la pand\u00e9mie. \u00c0 l\u2019image des ouvriers de Seat en Espagne qui ont reconverti leurs lignes de montages pour produire les respirateurs qui faisaient cruellement d\u00e9faut dans les h\u00f4pitaux espagnols. Cet engagement, cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et ce caract\u00e8re essentiel \u00e9taient \u00e0 mettre en contraste avec ces milliardaires qui se planquaient sur leurs yachts ou sur leurs \u00eeles priv\u00e9es au plus fort de la pand\u00e9mie<span id='easy-footnote-5-35394' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/defis-pour-un-syndicalisme-post-covid\/#easy-footnote-bottom-5-35394' title='\u00abLa Dr\u00f4le de Vie Des Milliardaires Confin\u00e9s \u00c0 Bord De Leur Yacht\u00bb,\u00a0&lt;em&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Forbes France&lt;\/span&gt;&lt;\/em&gt;, 2 avril 2020. Consult\u00e9 le 2 mai 2021.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Diff\u00e9rentes instances syndicales ont tr\u00e8s rapidement organis\u00e9 des rencontres internationales en visioconf\u00e9rence pour \u00e9changer leurs exp\u00e9riences de syndicalistes. Nous devrons approfondir ce mouvement car nous faisons face au m\u00eame syst\u00e8me et aux m\u00eames multinationales. Plus largement encore, de plus en plus de d\u00e9cisions politiques sont prises \u00e0 des \u00e9chelons supranationaux. Les strat\u00e9gies des multinationales sont plurinationales. Face \u00e0 une unification toujours plus puissante du Capital et des \u00e9lites politiques, le syndicalisme a besoin d\u2019\u00eatre multilingue et plurinational pour \u00eatre victorieux. En ce sens, la Belgique pourrait faire office de laboratoire. \u00c0 l\u2019inverse, se diviser et se replier sur des territoires toujours plus petits pour esp\u00e9rer construire des rapports de force fait reculer le mouvement syndical et le monde du travail, et le conduit \u00e0 la d\u00e9faite sociale.<\/p>\n<h3>Interprofessionnelle<\/h3>\n<p>Le 15\u00a0d\u00e9cembre 2014, le pays est compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une impressionnante gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale contre le gouvernement de l\u2019\u00e9poque pour dire non \u00e0 la pension \u00e0 67\u00a0ans et non \u00e0 la suspension de l\u2019indexation automatique des salaires. Ce genre de gr\u00e8ves n\u2019a pas son pareil en Europe. Pourquoi? Parce qu\u2019une des forces du syndicalisme belge est son caract\u00e8re interprofessionnel, c\u2019est-\u00e0-dire sa capacit\u00e9 d\u2019unifier dans des combats communs diff\u00e9rentes \u00abprofessions\u00bb ou des travailleurs de secteurs diff\u00e9rents. C\u2019est cette sp\u00e9cificit\u00e9 que la Commission europ\u00e9enne voudrait voir dispara\u00eetre en d\u00e9centralisant le plus possible la n\u00e9gociation salariale dans le pays. Car, contrairement \u00e0 la plupart des pays dans le monde, en Belgique, la n\u00e9gociation salariale commence d\u2019abord au niveau national et de mani\u00e8re interprofessionnelle. L\u00e0 ou ailleurs, la n\u00e9gociation se fait directement par secteur ou par branche, comme on dit en France.<\/p>\n<div id=\"_idContainer050\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---C\">Ce serait un calcul compl\u00e8tement contre-productif de se replier de mani\u00e8re corporatiste sur son entreprise, sur son secteur ou sur ses probl\u00e8mes \u00abparticuliers\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Bien entendu, la recherche de solidarit\u00e9 interprofessionnelle occasionne des frictions qui entra\u00eenent des difficult\u00e9s \u00e0 constituer l\u2019unit\u00e9 entre diff\u00e9rentes centrales qui couvrent des r\u00e9alit\u00e9s et des traditions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Les replis professionnels sont souvent tentants et l\u2019unit\u00e9 \u00abinterpro\u00bb est souvent faible. Et cette faiblesse peut \u00eatre utilis\u00e9e pour justifier l\u2019absence d\u2019unit\u00e9. Au contraire, nous pensons que ces faiblesses doivent servir \u00e0 chercher l\u2019unit\u00e9 interpro avec plus d\u2019ardeur encore. C\u2019est une question de choix.<\/p>\n<p>Car l\u2019unit\u00e9 interpro ou l\u2019unit\u00e9 public-priv\u00e9 donnent une force unique au syndicalisme belge. Avoir les transports publics, les grands magasins, la chimie et le m\u00e9tal bloqu\u00e9s en m\u00eame temps, c\u2019est tr\u00e8s puissant dans le rapport de force \u00e9conomique. Le caract\u00e8re interprofessionnel du mouvement syndical a aussi contribu\u00e9 \u00e0 lui donner un fort caract\u00e8re politique \u2014 dans le bon sens du terme. Nous avons des syndicats impliqu\u00e9s dans la lutte contre le racisme, pour les travailleurs et travailleuses sans papiers, pour les droits des femmes\u2026 Certains diront que ces mobilisations sont encore trop faibles. Et ce n\u2019est pas faux. Par contre, elles le seraient encore plus si le caract\u00e8re interprofessionnel du mouvement syndical devait reculer.<\/p>\n<p>La crise du Covid nous a montr\u00e9 plus que jamais que tout est li\u00e9, que salaire, sant\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9mocratie, protection de l\u2019environnement, nouvelles technologies, bien-\u00eatre\u2026 forment un tout et que l\u2019expression de ce tout est diff\u00e9rente qu\u2019on appartienne \u00e0 la classe travailleuse ou \u00e0 la classe capitaliste. Ce serait donc un calcul compl\u00e8tement contre-productif de se replier de mani\u00e8re corporatiste sur son entreprise, sur son secteur ou sur ses probl\u00e8mes \u00abparticuliers\u00bb. Nous devons au contraire faire du lien, tisser des ponts, construire des solidarit\u00e9s entre secteurs et faire ressortir les racines communes des diff\u00e9rents maux du syst\u00e8me capitaliste. Nous devons travailler \u00e0 \u00e9largir les horizons et pas \u00e0 les restreindre.<\/p>\n<h3>L\u2019unit\u00e9 de la diversit\u00e9<\/h3>\n<p>La crise du Covid a fait sortir au grand jour des m\u00e9tiers mis habituellement dans l\u2019ombre. Par exemple, les aides-soignants des maisons de repos. La diversit\u00e9 des origines dans cette cat\u00e9gorie de personnel est immense. Mais c\u2019est vrai aussi dans les usines du m\u00e9tal, dans les transports publics, dans l\u2019industrie ou la distribution alimentaire, dans le nettoyage, parmi les aides-m\u00e9nag\u00e8res, dans la construction, etc. La classe travailleuse est tr\u00e8s diverse. Elle ne parle pas toujours la m\u00eame langue, elle peut avoir des religions diff\u00e9rentes ou des go\u00fbts culinaires vari\u00e9s. Sans parler des diff\u00e9rents accents ou des supporters des clubs de foot. Ces diff\u00e9rences peuvent nous d\u00e9chirer (ne regardez pas un match avec des supporters du Real et du Bar\u00e7a dans la m\u00eame pi\u00e8ce) mais elles forment surtout la richesse de la classe travailleuse.<\/p>\n<p>Les racistes ou communautaristes en tout genre utilisent ces diff\u00e9rences pour diviser la classe et l\u2019affaiblir. Le patronat s\u2019appuie sur le racisme pour justifier et perp\u00e9tuer les discriminations et mettre en concurrence les travailleurs entre eux en faisant croire \u00e0 une partie de la classe travailleuse que l\u2019absence de droit pour les uns prot\u00e9gerait les autres. Alors que c\u2019est l\u2019inverse qui est vrai. Le dumping social se construit sur l\u2019absence de droit des travailleurs et travailleuses sans papiers ou d\u00e9tach\u00e9s. Une partie du patronat utilise le racisme pour qu\u2019une partie de la classe travailleuse cherche la solution \u00e0 ses probl\u00e8mes tout en visant la limitation des droits de ceux qui sont encore plus bas.<\/p>\n<p>Plus que jamais comme syndicats, nous devons d\u00e9fendre une identit\u00e9 de classe forte comme antidote au racisme. Nous devons nous emparer du d\u00e9bat politique et \u00eatre dur \u00e0 la fois avec l\u2019extr\u00eame droite mais aussi avec les \u00e9lites qui d\u00e9veloppent les politiques qui font le lit de l\u2019extr\u00eame droite. Nous avons une responsabilit\u00e9 essentielle sur ce point. Car l\u00e0 o\u00f9 le racisme grandit, l\u00e0 o\u00f9 la division grandit, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019extr\u00eame droite grandit, c\u2019est la lutte qui recule et, avec elle, les conquis sociaux de la classe travailleuse.<\/p>\n<h2>Renouveler le rapport \u00e0 la politique<\/h2>\n<p>La tradition syndicale belge est tr\u00e8s politique et est encore organis\u00e9e selon des piliers bien d\u00e9termin\u00e9s (socialiste, chr\u00e9tien et lib\u00e9ral). Il y a des aspects positifs \u00e0 cela. Positifs, car le syndicalisme belge est construit sur la conviction que la lutte purement \u00e9conomique n\u2019est pas suffisante pour l\u2019\u00e9mancipation du monde du travail. Les organisations syndicales ont bien s\u00fbr pour vocation de prendre en main les luttes \u00e9conomiques des travailleurs. Mais il est crucial qu\u2019elles s\u2019inscrivent aussi dans un tout plus large qui permet de faire entendre la voix de la classe travailleuse dans le d\u00e9bat politique. Mais les probl\u00e8mes surviennent lorsque ceux qui se proclament \u00eatre le relais politique du monde du travail adoptent l\u2019essentiel des dogmes lib\u00e9raux. C\u2019est d\u00e9boussolant. Et il est tentant alors de croire que le salut se trouve dans le retrait des syndicalistes du d\u00e9bat politique. Pourtant rien n\u2019est moins vrai.<\/p>\n<p>Le capitalisme nuit gravement \u00e0 la sant\u00e9, et la crise du Covid l\u2019a amplement d\u00e9montr\u00e9. Ce syst\u00e8me ne peut \u00eatre r\u00e9form\u00e9, il faut le mettre aux oubliettes de l\u2019histoire. Il ne suffit pas d\u2019en \u00eatre convaincu, ni de le proclamer sous forme de slogan. C\u2019est bien en participant aux d\u00e9bats politiques, en construisant un r\u00e9el contre-pouvoir y compris dans les discussions politiques, que nous pourrons \u00e0 la fois barrer la route \u00e0 la droite lib\u00e9rale et \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, et emp\u00eacher que, comme par le pass\u00e9, des coalitions h\u00e9t\u00e9roclites finissent par appliquer l\u2019essentiel de leur programme.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela que les organisations syndicales sont de plus en plus pouss\u00e9es \u00e0 \u00e9largir leurs horizons et \u00e0 revoir leurs relations avec les partis. Il faut sortir des relations traditionnelles, li\u00e9es \u00e0 un pilier politique pr\u00e9cis, sortir de l\u2019\u00a0\u00abexclusivisme\u00bb politique, sortir des relations qui placent uniquement les espoirs sur des rapports de force gouvernementaux ou parlementaires. Rester dans un \u00abexclusivisme\u00bb politique bas\u00e9 sur la r\u00e9signation politique ne sert pas la classe travailleuse.<\/p>\n<p>La relation des organisations syndicales avec la politique doit partir de la construction d\u2019une confiance en soi, d\u2019une confiance dans la force du contre-pouvoir capable d\u2019imposer des changements. L\u2019Internationale \u2014 que nous chantons lors du 1er mai de la FGTB ou lors de nos congr\u00e8s \u2014 nous rappelle qu\u2019\u00a0\u00abil n\u2019y a pas de sauveurs supr\u00eames\u00bb.<\/p>\n<p>Nos organisations syndicales ne peuvent se conformer aux politiques mais bien conformer le politique aux besoins de la classe travailleuse. En politisant et enrichissant nos pratiques syndicales, nous travaillons \u00e0 imposer les besoins de la classe travailleuse dans le d\u00e9bat politique. Et pas l\u2019inverse. Les organisations syndicales n\u2019ont pas besoin de courir apr\u00e8s des partis politiques qui tenteraient d\u2019imposer un r\u00e9alisme de r\u00e9signation ou de couvrir leur renoncement. Suivre le \u00absans eux, ce serait pire\u00bb ne peut pas \u00eatre une perspective politique syndicale. C\u2019est en construisant un rapport de force politique et syndical offensif qu\u2019on imposera un d\u00e9bat politique plus social, plus \u00e0 gauche. C\u2019est en imposant les d\u00e9bats de la classe travailleuse que l\u2019on fait bouger les lignes.<\/p>\n<div id=\"_idContainer051\" class=\"Basic-Text-Frame\">\n<blockquote>\n<p class=\"_-4-Lava---article-STREAMER---C\">Le morcellement des comp\u00e9tences et la division du monde du travail qu\u2019il entra\u00eene n\u2019apportent rien \u00e0 la classe travailleuse.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>Le pr\u00e9tendu r\u00e9alisme du monde politique ne peut pas servir \u00e0 r\u00e9duire les horizons et les ambitions du monde du travail. De vrais relais politiques doivent au contraire les stimuler et les d\u00e9velopper. La journ\u00e9e des huit heures, la semaine de 40\u00a0heures, les cong\u00e9s pay\u00e9s, la s\u00e9curit\u00e9 sociale ne se sont pas construits dans une strat\u00e9gie politique de la moindre r\u00e9gression sociale ou \u00e0 partir d\u2019un pragmatisme politique. Ces conquis sociaux se sont construits sur base d\u2019une ambition et d\u2019une confiance de classe construite sur le plan syndical, associatif, mutuelliste et politique. C\u2019est dans le rassemblement des forces autour de revendications sociales et politiques fortes, que les principales conqu\u00eates du monde du travail ont pu se r\u00e9aliser. C\u2019est dans ce m\u00eame rassemblement qu\u2019elles sont le mieux d\u00e9fendues. Dans le respect de l\u2019ind\u00e9pendance mutuelle de chacune des composantes de ce rassemblement. Dit autrement, l\u2019enjeu est de s\u2019emparer du d\u00e9bat et de la mobilisation politiques et non de les voir confisqu\u00e9s par une petite couche de politiciens professionnels. Les syndicats sont un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 du contre-pouvoir global que repr\u00e9sente la classe travailleuse. Un contre-pouvoir dot\u00e9 de diff\u00e9rentes branches: syndicales, associatives, jeunes, culturelles, intellectuelles, politiques.<\/p>\n<h2>Et maintenant?<\/h2>\n<p>Les d\u00e9fis pr\u00e9sent\u00e9s au sein de ce texte ne sont certainement pas les seuls qui se profileront devant les syndicalistes dans la p\u00e9riode post-Covid. Ceux que nous avons mis en avant pour construire cette proposition ne s\u2019inscrivent pas dans une volont\u00e9 d\u2019imposer une vision ou un chemin exclusif. Mais bien d\u2019apporter une pierre aux orientations qui permettront au monde syndical d\u2019imposer un changement de cap radical en faveur de la classe travailleuse\u2026 les h\u00e9ros de la crise!<\/p>\n<p>Comme l\u2019indiquait Karl Marx: \u00abC\u2019est dans la pratique qu\u2019il faut que l\u2019homme prouve la v\u00e9rit\u00e9.\u00bb Travaillons donc rapidement \u00e0 cette mise en pratique au travers des luttes, celles \u00e0 construire et celles qui s\u2019imposeront \u00e0 nous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les politiques actuelles se basent sur des mesures individuelles, injustes socialement et dont l\u2019efficacit\u00e9 environnementale est faible, une approche collective est possible, bas\u00e9e sur les besoins et non le profit.<\/p>\n","protected":false},"author":1773,"featured_media":35213,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[1075,2967,2968,3256],"class_list":["post-35394","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-covid-19-fr","tag-hilall-sor","tag-paul-lootens-fr","tag-syndicat","issues-numero-17"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35394","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1773"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35394"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35394\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39215,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35394\/revisions\/39215"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35213"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}