{"id":34005,"date":"2021-04-07T06:50:42","date_gmt":"2021-04-07T04:50:42","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=34005"},"modified":"2022-05-30T14:49:15","modified_gmt":"2022-05-30T12:49:15","slug":"a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/","title":{"rendered":"\u00c0 l\u2019assaut du ciel\u00a0: pour le 150e anniversaire de la Commune de Paris"},"content":{"rendered":"<p>La Commune de Paris de 1871 fut la premi\u00e8re tentative de r\u00e9publique ouvri\u00e8re. Un 99\u00a0% avant l\u2019heure. \u00c0 l\u2019occasion de l\u2019anniversaire <em>Lava<\/em> republie la pr\u00e9face de Friedrich Engels au livre de Marx <em>La Guerre civile en France<\/em>, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une introduction par Patrick Moens.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-34266\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lava16-illus-redkitten-TRK013webs02-10.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1454\" \/>\n<p>Si vous passez par Paris, n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 faire un d\u00e9tour par le cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise. L\u00e0, le long d\u2019une all\u00e9e, se dresse le \u00ab\u00a0mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, r\u00e9plique monumentale d\u2019une partie du mur d\u2019enceinte du cimeti\u00e8re contre lequel furent fusill\u00e9s les derniers combattants communards le 27 mai 1871. Si vous tendez l\u2019oreille, vous pourrez, peut-\u00eatre, y entendre le merle moqueur.<\/p>\n<p>Faisant suite \u00e0 une guerre perdue par la France et \u00e0 l\u2019instauration d\u2019une r\u00e9publique totalement r\u00e9actionnaire, la Commune de Paris fut d\u00e9clench\u00e9e le 18\u00a0mars 1871 et proclam\u00e9e solennellement le 28\u00a0mars. Elle fut la premi\u00e8re tentative de r\u00e9publique ouvri\u00e8re, la premi\u00e8re r\u00e9volution prol\u00e9tarienne de l\u2019Histoire. Elle fut \u00e9cras\u00e9e le 28 mai 1871 apr\u00e8s ce que l\u2019Histoire retiendra sous le nom de \u00ab\u00a0Semaine sanglante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_33991\" aria-describedby=\"caption-attachment-33991\" style=\"width: 305px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-33991\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Moens_Patrickbw.jpg\" alt=\"\" width=\"305\" height=\"304\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-33991\" class=\"wp-caption-text\">Patrick Moens est r\u00e9dacteur \u00e0 <em>Lava Revue<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Elle eut 72 jours pour \u00e9laborer concr\u00e8tement et pour mettre en pratique un programme de r\u00e9publique des travailleurs\u00a0: une r\u00e9publique sociale et authentiquement d\u00e9mocratique, unissant Fran\u00e7ais et \u00e9trangers, travailleuses et travailleurs, ouvriers, artisans et paysans, n\u2019excluant que les exploiteurs. Un 99\u00a0% avant l\u2019heure. Il lui manqua sans doute une direction ferme et unie pour \u00e9viter les emb\u00fbches dress\u00e9es sur sa route et les tergiversations de certaines de ses composantes.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019insurrection, les femmes jouent un r\u00f4le important\u00a0: ce sont elles qui arr\u00eatent les Versaillais venus r\u00e9cup\u00e9rer les canons de la Garde nationale, \u00e9manation du peuple en armes pendant la guerre prusso-fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le 11 avril, des Communardes, avec notamment \u00c9lisabeth Dmitrieff, repr\u00e9sentante du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Internationale, envoy\u00e9e par Marx \u00e0 Paris, cr\u00e9ent l\u2019Union des femmes pour la d\u00e9fense de Paris et les soins aux bless\u00e9s. Pour ces insurg\u00e9es, \u00ab la lutte pour la d\u00e9fense de la Commune, c\u2019est la lutte pour le droit des femmes<span id='easy-footnote-1-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-1-34005' title='Mich\u00e8le Camus, \u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/www.commune1871.org\/nos-actualites\/vie-de-l-association\/144-le-18-mars-2014-vive-la-commune-vive-la-sociale&quot;&gt;Le 18 mars 2014\u00a0: Vive la Commune\u00a0! Vive la Sociale\u00a0!&lt;\/a&gt;\u00a0\u00bb,&lt;em&gt; Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871&lt;\/em&gt;, 6 mai 2014.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span> \u00bb. La Commune commence \u00e0 instituer l\u2019\u00e9galit\u00e9 salariale (en commen\u00e7ant par les institutrices), reconna\u00eet l\u2019union libre, interdit la prostitution. Dans tous les organes mis en place par la Commune, les femmes ont droit de vote. Les femmes seront de tous les combats et nombreuses mourront sous les balles versaillaises ou seront condamn\u00e9es par les conseils de guerre apr\u00e8s la d\u00e9faite. L\u2019une des figures embl\u00e9matiques de la Commune, Louise Michel, fut exil\u00e9e en Nouvelle-Cal\u00e9donie. D\u00e8s l\u2019insurrection, et bien apr\u00e8s, ces combattantes furent affubl\u00e9es du nom de \u00ab p\u00e9troleuses \u00bb par ceux qui les accusaient \u00e0 la fois d\u2019hyst\u00e9rie et de bouter le feu aux monuments parisiens alors qu\u2019il est d\u00e9montr\u00e9 que les pyromanes furent bien les Versaillais eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Comme embl\u00e8me, la Commune adopta le drapeau rouge, le drapeau de la R\u00e9publique universelle, et des centaines d\u2019\u00e9trangers particip\u00e8rent \u00e0 la Commune dans un esprit internationaliste. Parmi eux, L\u00e9o Frankel, juif hongrois, si\u00e9gera au Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Commune et en deviendra ministre du Travail. Chaque \u00e9tranger servant la Commune est consid\u00e9r\u00e9 comme citoyen \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette insurrection d\u00e9mocratique dirig\u00e9e par le prol\u00e9tariat parisien engendra un d\u00e9cha\u00eenement de violences de la part de la bourgeoisie et de ses sbires versaillais : 20.000 tu\u00e9.e.s rien que pendant la Semaine sanglante. 50.000 proc\u00e8s suivirent, 10.000 Communard.e.s furent d\u00e9port\u00e9.e.s au bagne. Comme l\u2019\u00e9crivit Marx, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le massacre des Communards :<\/p>\n<p>\u00ab La civilisation et la justice de l&rsquo;ordre bourgeois se montrent sous leur jour sinistre chaque fois que les esclaves de cet ordre se l\u00e8vent contre leurs ma\u00eetres. Alors, cette civilisation et cette justice se d\u00e9masquent comme la sauvagerie sans masque et la vengeance sans loi<span id='easy-footnote-2-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-2-34005' title='Karl Marx, &lt;a href=&quot;https:\/\/www.marxists.org\/francais\/ait\/1871\/05\/km18710530.htm&quot;&gt;&lt;em&gt;La Guerre civile en France, Paris&lt;\/em&gt;&lt;\/a&gt;, \u00c9ditions sociales.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, alors que se pr\u00e9parent les comm\u00e9morations du 150e anniversaire, on peut assister aux j\u00e9r\u00e9miades de la droite fran\u00e7aise<span id='easy-footnote-3-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-3-34005' title='Voir\u00a0: Denis Cosnard, \u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2021\/02\/19\/la-commune-de-1871-un-anniversaire-sous-haute-tension-a-la-mairie-de-paris_6070470_823448.html&quot;&gt;\u2018L\u00e9gende noire\u2019 contre \u2018l\u00e9gende rouge\u2019 : la difficile comm\u00e9moration des 150 ans de la Commune de Paris&lt;\/a&gt;\u00a0\u00bb, &lt;em&gt;Le Monde&lt;\/em&gt;, 19 f\u00e9vrier 2021.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. Rappeler ce moment ouvrier est intol\u00e9rable pour certains adeptes de l\u2019ancien r\u00e9gime. C\u2019est que beaucoup de revendications communardes semblent encore \u00e9tonnamment d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p>Les femmes seront de tous les combats et nombreuses mourront sous les balles versaillaises ou seront condamn\u00e9es par les conseils de guerre.<\/p><\/blockquote>\n<p>Parmi les mesures phares prises par la Commune, l\u2019une des plus remarquables fut l\u2019instauration du \u00ab mandat imp\u00e9ratif \u00bb : \u00ab Les membres de l\u2019assembl\u00e9e municipale, sans cesse contr\u00f4l\u00e9s, surveill\u00e9s, discut\u00e9s par l\u2019opinion, sont r\u00e9vocables, comptables et responsables<span id='easy-footnote-4-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-4-34005' title='\u00ab\u00a0&lt;a href=&quot;https:\/\/www.commune1871.org\/index.php\/la-commune-de-paris\/histoire-de-la-commune\/chronologie-au-jour-le-jour\/484-les-elections-du-26-mars-1871&quot;&gt;Les \u00e9lections du 26 mars 1871&lt;\/a&gt;\u00a0\u00bb,&lt;em&gt; Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871&lt;\/em&gt;, 6 mai 2014.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Plus question d\u2019un \u00ab mandat de repr\u00e9sentation \u00bb qui donne toute latitude \u00e0 l\u2019\u00e9lu pour honorer ou non ses promesses \u00e9lectorales : on est \u00e9lu pour remplir une mission et si on s\u2019en \u00e9loigne, on peut imm\u00e9diatement \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9. Dans le m\u00eame esprit, comme pour les \u00e9lus, on est fonctionnaire pour servir et non pour se servir. La r\u00e9mun\u00e9ration de tous les fonctionnaires est plafonn\u00e9e \u00e0 6.000 francs par an, soit le salaire moyen d\u2019un ouvrier. Tous les autres privil\u00e8ges p\u00e9cuniaires attach\u00e9s au corps des fonctionnaires sont abolis. Ces mesures, et d\u2019autres encore que le rapport de forces permit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, montr\u00e8rent bien, comme le fit remarquer Marx, qu\u2019on ne pouvait pas se servir tel quel de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat existant apr\u00e8s une victoire ouvri\u00e8re. La Commune n\u2019osa cependant pas aller jusqu\u2019au bout de cette exigence. La preuve tragique de la justesse de cette assertion fut une nouvelle fois donn\u00e9e un si\u00e8cle plus tard au Chili.<\/p>\n<p>Dans le bref temps qui lui fut imparti, la Commune s\u2019employa \u00e9galement \u00e0 \u00e9laborer une l\u00e9gislation du travail, notamment du travail de nuit et de la remise aux mains des ouvriers des usines abandonn\u00e9es par leurs propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019automne 1870, Karl Marx avait mis en garde le mouvement r\u00e9volutionnaire parisien en essayant de lui d\u00e9montrer que toute insurrection serait vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. N\u00e9anmoins, d\u00e8s le d\u00e9but du soul\u00e8vement parisien, Marx s\u2019enthousiasma pour celui-ci.<\/p>\n<p>D\u00e8s juin 1871, quelques semaines apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasement de la Commune, le Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Premi\u00e8re Internationale adopta et fit publier le texte de Marx, Adresse du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Association internationale des travailleurs\u00a0: La Guerre civile en France.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-33997\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Commune_de_Paris_curieux_sur_la_colonne_Vendome.jpg\" alt=\"\" width=\"2143\" height=\"1640\" \/>\n<p>Pour le 20<sup>e<\/sup> anniversaire de la Commune, en mars 1891, Friedrich Engels r\u00e9digea une pr\u00e9face pour une nouvelle \u00e9dition anglaise de <em>La Guerre civile en France<\/em>. Nous en publions ci-dessous de larges extraits.<\/p>\n<h2>Extrait de la pr\u00e9face de Friedrich Engels \u00e0 La Guerre civile en France<\/h2>\n<p>Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et politique de la France depuis 1789 a fait que, depuis cinquante ans, aucune r\u00e9volution n\u2019a pu \u00e9clater \u00e0 Paris sans rev\u00eatir un caract\u00e8re prol\u00e9tarien, de sorte qu\u2019apr\u00e8s la victoire, le prol\u00e9tariat, qui l\u2019avait pay\u00e9e de son sang, entrait en sc\u00e8ne avec ses revendications propres. Ces revendications \u00e9taient plus ou moins fumeuses, et m\u00eame confuses, selon le degr\u00e9 de maturit\u00e9 atteint par les ouvriers parisiens, mais, en d\u00e9finitive, elles visaient toutes \u00e0 la suppression de l\u2019antagonisme de classes entre capitalistes et ouvriers. Comment la chose devait se faire, \u00e0 vrai dire on ne le savait pas. Mais \u00e0 elle seule, si ind\u00e9termin\u00e9e qu\u2019elle f\u00fbt encore dans sa forme, la revendication contenait un danger pour l\u2019ordre social \u00e9tabli\u00a0; les ouvriers, qui la posaient, \u00e9taient encore arm\u00e9s\u00a0; pour les bourgeois qui se trouvaient au pouvoir, le d\u00e9sarmement des ouvriers \u00e9tait donc le premier devoir. Aussi, apr\u00e8s chaque r\u00e9volution, acquise au prix du sang des ouvriers, \u00e9clate une nouvelle lutte, qui se termine par la d\u00e9faite de ceux-ci.<\/p>\n<figure id=\"attachment_33994\" aria-describedby=\"caption-attachment-33994\" style=\"width: 371px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-33994\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Friedrich_Engels_oldbw.jpg\" alt=\"\" width=\"371\" height=\"370\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-33994\" class=\"wp-caption-text\">Friedrich Engels (1820-1895) a contribu\u00e9 plus que sa part au marxisme. Toute sa vie, il est rest\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Karl Marx, avec qui il a \u00e9crit <em>Le Manifeste communiste<\/em>. Il a \u00e9galement publi\u00e9, entre autres, <em>La condition de la classe ouvri\u00e8re en Angleterre<\/em> et <em>Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<h3>Le prol\u00e9tariat arm\u00e9 apr\u00e8s la guerre<\/h3>\n<p>C\u2019est en 1848 que la chose arriva pour la premi\u00e8re fois. Les bourgeois lib\u00e9raux de l\u2019opposition parlementaire tinrent des banquets o\u00f9 ils r\u00e9clamaient la r\u00e9alisation de la r\u00e9forme \u00e9lectorale, qui devait assurer la domination de leur parti. De plus en plus contraints, dans leur lutte contre le gouvernement, \u00e0 faire appel au peuple, ils furent oblig\u00e9s de c\u00e9der peu \u00e0 peu le pas aux couches radicales et r\u00e9publicaines de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. Mais, derri\u00e8re elles, se tenaient les ouvriers r\u00e9volutionnaires, et ceux-ci, depuis 1830, avaient acquis beaucoup plus d\u2019ind\u00e9pendance politique que les bourgeois et m\u00eame que les r\u00e9publicains n\u2019en avaient id\u00e9e. Quand la crise \u00e9clata entre le gouvernement et l\u2019opposition, les ouvriers engag\u00e8rent le combat de rues. Louis-Philippe disparut, et avec lui la r\u00e9forme \u00e9lectorale\u00a0; \u00e0 sa place se dressa la r\u00e9publique, la r\u00e9publique \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb, comme les ouvriers victorieux la qualifi\u00e8rent eux-m\u00eames. Ce qu\u2019il fallait entendre par r\u00e9publique sociale, c\u2019est ce que personne ne savait au juste, pas m\u00eame les ouvriers.<\/p>\n<p>Mais maintenant, ils avaient des armes et ils \u00e9taient une force dans l\u2019\u00c9tat. Aussi, d\u00e8s que les bourgeois r\u00e9publicains qui se trouvaient au pouvoir sentirent le sol se raffermir sous leurs pieds, leur premier objectif fut-il de d\u00e9sarmer les ouvriers. Voici comment cela se fit\u00a0: en violant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la parole donn\u00e9e, en m\u00e9prisant ouvertement les prol\u00e9taires, en tentant de bannir les sans-travail dans une province lointaine, on les pr\u00e9cipita dans l\u2019Insurrection de juin 1848. Et comme on avait pris soin de r\u00e9unir les forces suffisantes, les ouvriers, apr\u00e8s une lutte h\u00e9ro\u00efque de cinq jours, furent \u00e9cras\u00e9s. On fit alors un massacre parmi les prisonniers sans d\u00e9fense, comme on n\u2019en avait pas vu de pareil depuis les jours des guerres civiles qui ont pr\u00e9par\u00e9 la chute de la R\u00e9publique romaine. Pour la premi\u00e8re fois, la bourgeoisie montrait jusqu\u2019\u00e0 quelle folle cruaut\u00e9 dans la vengeance elle peut se hausser, sit\u00f4t que le prol\u00e9tariat ose l\u2019affronter, comme classe distincte, ayant ses propres int\u00e9r\u00eats et ses propres revendications. Et pourtant 1848 ne fut encore qu\u2019un jeu d\u2019enfant compar\u00e9 \u00e0 la rage de la bourgeoisie de 1871.<\/p>\n<p>Le ch\u00e2timent ne se fit pas attendre. Si le prol\u00e9tariat ne pouvait pas gouverner la France encore, la bourgeoisie ne le pouvait d\u00e9j\u00e0 plus. Je veux dire du moins \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 elle \u00e9tait encore en majorit\u00e9 de tendance monarchiste et se scindait en trois partis dynastiques et en un quatri\u00e8me r\u00e9publicain. Ce sont ces querelles int\u00e9rieures qui permirent \u00e0 l\u2019aventurier Louis Bonaparte<span id='easy-footnote-5-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-5-34005' title='Il s\u2019agit de Louis-Napol\u00e9on Bonaparte qui, \u00e0 la suite du coup d\u2019\u00c9tat du 2\u00a0d\u00e9cembre 1851, met fin \u00e0 la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise, restaure l\u2019Empire et devient Empereur des Fran\u00e7ais sous le nom de Napol\u00e9on\u00a0III.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span> de s\u2019emparer de tous les postes-clefs \u2014 arm\u00e9e police, appareil administratif \u2014 et de faire sauter, le 2 d\u00e9cembre 1851, la derni\u00e8re forteresse de la bourgeoisie, l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Le Second Empire commen\u00e7a, et avec lui l\u2019exploitation de la France par une bande de flibustiers de la politique et de la finance. Mais, en m\u00eame temps, l\u2019industrie prit aussi un essor tel que jamais le syst\u00e8me mesquin et timor\u00e9 de Louis-Philippe, avec sa domination exclusive d\u2019une petite partie seulement de la grande bourgeoisie, n\u2019aurait pu lui donner.<\/p>\n<blockquote><p>Parmi les mesures phares prises par la Commune, l\u2019une des plus remarquables fut l\u2019instauration du \u00ab\u00a0mandat imp\u00e9ratif\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Louis Bonaparte enleva aux capitalistes leur pouvoir politique, sous le pr\u00e9texte de les prot\u00e9ger, eux, les bourgeois, contre les ouvriers, et de prot\u00e9ger \u00e0 leur tour les ouvriers contre eux\u00a0; mais, par contre, sa domination favorisa la sp\u00e9culation et l\u2019activit\u00e9 industrielle, bref, l\u2019essor et l\u2019enrichissement de toute la bourgeoisie \u00e0 un point dont on n\u2019avait pas id\u00e9e. C\u2019est cependant \u00e0 un degr\u00e9 bien plus \u00e9lev\u00e9 encore que se d\u00e9velopp\u00e8rent aussi la corruption et le vol en grand, qu\u2019on les vit fleurir autour de la cour imp\u00e9riale et pr\u00e9lever sur cet enrichissement de copieux pourcentages.<\/p>\n<p>Mais le Second Empire, c\u2019\u00e9tait l\u2019appel au chauvinisme fran\u00e7ais, c\u2019\u00e9tait la revendication des fronti\u00e8res du premier Empire, perdues en 1814, ou tout au moins de celles de la premi\u00e8re R\u00e9publique. Un empire fran\u00e7ais dans les fronti\u00e8res de l\u2019ancienne monarchie, que dis-je, dans les limites plus \u00e9triqu\u00e9es encore de 1815, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la longue un non-sens. De l\u00e0, la n\u00e9cessit\u00e9 de guerres p\u00e9riodiques et d\u2019extensions territoriales. Mais il n\u2019\u00e9tait pas de conqu\u00eate qui fascin\u00e2t autant l\u2019imagination des chauvins fran\u00e7ais que celle de la rive gauche allemande du Rhin. Une lieue carr\u00e9e sur le Rhin leur disait plus que dix dans les Alpes ou n\u2019importe o\u00f9 ailleurs. Une fois le Second Empire devenu un fait acquis, la revendication de la rive gauche du Rhin, en bloc ou par morceaux, n\u2019\u00e9tait qu\u2019une question de temps. Le temps en vint avec la guerre austro-prussienne de 1866\u00a0; frustr\u00e9 par Bismarck et par sa propre politique de tergiversations des \u00ab\u00a0compensations territoriales\u00a0\u00bb qu\u2019il attendait, il ne resta plus alors \u00e0 Bonaparte que la guerre, qui \u00e9clata en 1870, et le fit \u00e9chouer \u00e0 Sedan et, de l\u00e0, \u00e0 Wilhelmshoehe.<\/p>\n<p>La suite n\u00e9cessaire en fut la r\u00e9volution parisienne du 4\u00a0septembre 1870. L\u2019empire s\u2019\u00e9croula comme un ch\u00e2teau de cartes, la r\u00e9publique fut de nouveau proclam\u00e9e. Mais l\u2019ennemi \u00e9tait aux portes\u00a0: les arm\u00e9es imp\u00e9riales \u00e9taient ou enferm\u00e9es sans recours dans Metz, ou prisonni\u00e8res en Allemagne. Dans cette extr\u00e9mit\u00e9, le peuple permit aux d\u00e9put\u00e9s parisiens de l\u2019ancien Corps l\u00e9gislatif de se constituer en \u00ab\u00a0gouvernement de la D\u00e9fense nationale\u00a0\u00bb. Il le permit d\u2019autant plus volontiers qu\u2019alors, afin d\u2019assurer la d\u00e9fense, tous les Parisiens en \u00e9tat de porter les armes \u00e9taient entr\u00e9s dans la garde nationale et s\u2019\u00e9taient arm\u00e9s, de sorte que les ouvriers en constituaient maintenant la grande majorit\u00e9. Mais l\u2019opposition entre le gouvernement compos\u00e9 presque uniquement de bourgeois et le prol\u00e9tariat arm\u00e9 ne tarda pas \u00e0 \u00e9clater. Le 31\u00a0octobre, des bataillons d\u2019ouvriers assaillirent l\u2019H\u00f4tel de ville et firent prisonniers une partie des membres du gouvernement\u00a0; la trahison, un v\u00e9ritable parjure de la part du gouvernement, et l\u2019intervention de quelques bataillons de petits bourgeois, leur rendirent la libert\u00e9 et, pour ne pas d\u00e9cha\u00eener la guerre civile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une ville assi\u00e9g\u00e9e par une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re, on laissa en fonction le m\u00eame gouvernement.<\/p>\n<p>Enfin, le 28\u00a0janvier 1871, Paris affam\u00e9 capitulait. Mais avec des honneurs inconnus jusque-l\u00e0 dans l\u2019histoire de la guerre. Les forts furent abandonn\u00e9s, les fortifications d\u00e9sarm\u00e9es, les armes de la ligne et de la garde mobile livr\u00e9es, leurs soldats consid\u00e9r\u00e9s comme prisonniers de guerre. Mais la garde nationale conserva ses armes et ses canons et ne se mit que sur un pied d\u2019armistice avec les vainqueurs. Et ceux-ci m\u00eame n\u2019os\u00e8rent pas faire dans Paris une entr\u00e9e triomphale. Ils ne se risqu\u00e8rent \u00e0 occuper qu\u2019un petit coin de Paris, et encore un coin plein de parcs publics, et cela pour quelques jours seulement! Et pendant ce temps, ces vainqueurs qui durant 131\u00a0jours avaient assi\u00e9g\u00e9 Paris, furent assi\u00e9g\u00e9s eux-m\u00eames par les ouvriers parisiens en armes qui veillaient avec soin \u00e0 ce qu\u2019aucun \u00ab\u00a0Prussien\u00a0\u00bb ne d\u00e9pass\u00e2t les \u00e9troites limites du coin abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019envahisseur. Tant \u00e9tait grand le respect qu\u2019inspiraient les ouvriers parisiens \u00e0 l\u2019arm\u00e9e devant laquelle toutes les troupes de l\u2019empire avaient d\u00e9pos\u00e9 les armes\u00a0; et les Junkers prussiens, qui \u00e9taient venus assouvir leur vengeance au foyer de la r\u00e9volution, durent s\u2019arr\u00eater avec d\u00e9f\u00e9rence devant cette m\u00eame r\u00e9volution arm\u00e9e et lui pr\u00e9senter les armes\u00a0!<\/p>\n<h3>La Commune<\/h3>\n<p>Pendant la guerre, les ouvriers parisiens s\u2019\u00e9taient born\u00e9s \u00e0 exiger la continuation \u00e9nergique de la lutte. Mais, maintenant qu\u2019apr\u00e8s la capitulation de Paris, la paix allait se faire, Thiers, nouveau chef du gouvernement, \u00e9tait forc\u00e9 de s\u2019en rendre compte\u00a0: la domination des classes poss\u00e9dantes \u2014 grands propri\u00e9taires fonciers et capitalistes \u2014 se trouverait constamment menac\u00e9e tant que les ouvriers parisiens resteraient en armes. Son premier geste fut de tenter de les d\u00e9sarmer. Le 18\u00a0mars, il envoya des troupes de ligne avec l\u2019ordre de voler l\u2019artillerie appartenant \u00e0 la garde nationale et fabriqu\u00e9e pendant le si\u00e8ge de Paris \u00e0 la suite d\u2019une souscription publique. La tentative \u00e9choua\u00a0; Paris se dressa comme un seul homme pour se d\u00e9fendre, et la guerre entre Paris et le gouvernement fran\u00e7ais qui si\u00e9geait \u00e0 Versailles fut d\u00e9clar\u00e9e\u00a0; le 26\u00a0mars, la Commune \u00e9tait \u00e9lue\u00a0; le 28, elle fut proclam\u00e9e\u00a0; le Comit\u00e9 central de la garde nationale qui, jusqu\u2019alors, avait exerc\u00e9 le pouvoir, le remit entre les mains de la Commune, apr\u00e8s avoir aboli par d\u00e9cret la scandaleuse \u00ab\u00a0police des m\u0153urs\u00a0\u00bb de Paris.<\/p>\n<p>Le 30, la Commune supprima la conscription et l\u2019arm\u00e9e permanente, et proclama la garde nationale, dont tous les citoyens valides devaient faire partie, comme la seule force arm\u00e9e\u00a0; elle remit jusqu\u2019en avril tous les loyers d\u2019octobre\u00a01870, portant en compte pour l\u2019\u00e9ch\u00e9ance \u00e0 venir les termes d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9s, et suspendit toute vente d\u2019objets engag\u00e9s au mont-de-pi\u00e9t\u00e9 municipal. Le m\u00eame jour, les \u00e9trangers \u00e9lus \u00e0 la Commune furent confirm\u00e9s dans leurs fonctions, car \u00ab\u00a0le drapeau de la Commune est celui de la R\u00e9publique universelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019ironie de l\u2019histoire a voulu, que les blanquistes et de proudhoniens fissent le contraire de ce que leur prescrivait leur doctrine d\u2019\u00e9cole.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> avril, il fut d\u00e9cid\u00e9 que le traitement le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019un employ\u00e9 de la Commune, donc aussi de ses membres, ne pourrait d\u00e9passer 6\u00a0000\u00a0francs. Le lendemain, furent d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat et la suppression du budget des cultes, ainsi que la transformation de tous les biens eccl\u00e9siastiques en propri\u00e9t\u00e9 nationale\u00a0; en cons\u00e9quence, le 8\u00a0avril, on ordonna de bannir des \u00e9coles tous les symboles, images, pri\u00e8res, dogmes religieux, bref \u00ab\u00a0tout ce qui rel\u00e8ve de la conscience individuelle de chacun\u00a0\u00bb, ordre qui fut r\u00e9alis\u00e9 peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Le 5, en pr\u00e9sence des ex\u00e9cutions de combattants de la Commune prisonniers, auxquelles proc\u00e9daient quotidiennement les troupes versaillaises, un d\u00e9cret fut promulgu\u00e9, pr\u00e9voyant l\u2019arrestation d\u2019otages, mais il ne fut jamais ex\u00e9cut\u00e9.<\/p>\n<p>Le 6, le 137e bataillon de la garde nationale alla chercher la guillotine et la br\u00fbla publiquement, au milieu de la joie populaire.<\/p>\n<p>Le 12, la Commune d\u00e9cida de renverser la colonne Vend\u00f4me, symbole du chauvinisme et de l\u2019excitation des peuples \u00e0 la discorde, que Napol\u00e9on avait fait couler, apr\u00e8s la guerre de 1809, avec les canons conquis. Ce qui fut fait le 16\u00a0mai.<\/p>\n<p>Le 16\u00a0avril, la Commune ordonna un recensement des ateliers ferm\u00e9s par les fabricants et l\u2019\u00e9laboration de plans pour donner la gestion de ces entreprises aux ouvriers qui y travaillaient jusque-l\u00e0 et devaient \u00eatre r\u00e9unis en associations coop\u00e9ratives, ainsi que pour organiser ces associations en une seule grande f\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers, ainsi que les bureaux de placement, monopolis\u00e9s depuis le Second Empire par des individus choisis par la police et exploiteurs d\u2019ouvriers, de premier ordre\u00a0; ces bureaux furent affect\u00e9s aux mairies des vingt arrondissements de Paris.<\/p>\n<p>Le 30\u00a0avril, elle ordonna la suppression des monts-de-pi\u00e9t\u00e9, parce qu\u2019ils constituaient une exploitation priv\u00e9e des ouvriers et \u00e9taient en contradiction avec le droit de ceux-ci \u00e0 leurs instruments de travail et au cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Le 5 mai, elle d\u00e9cida de faire raser la chapelle expiatoire \u00e9lev\u00e9e en r\u00e9paration de l\u2019ex\u00e9cution de Louis\u00a0XVI.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 partir du 18\u00a0mars, apparut, tr\u00e8s net et pur, le caract\u00e8re de classe du mouvement parisien qu\u2019avait jusqu\u2019alors rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan la lutte contre l\u2019invasion \u00e9trang\u00e8re. Dans la Commune ne si\u00e9geaient presque que des ouvriers ou des repr\u00e9sentants reconnus des ouvriers\u00a0; ses d\u00e9cisions avaient de m\u00eame un caract\u00e8re nettement prol\u00e9tarien. Ou bien, elle d\u00e9cr\u00e9tait des r\u00e9formes, que la bourgeoisie r\u00e9publicaine avait n\u00e9glig\u00e9es par pure l\u00e2chet\u00e9, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvri\u00e8re une base indispensable, comme la r\u00e9alisation de ce principe que, en face de l\u2019\u00c9tat, la religion n\u2019est qu\u2019une affaire priv\u00e9e\u00a0; ou bien, elle promulguait des d\u00e9cisions prises directement dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la classe ouvri\u00e8re et qui, pour une part, faisaient de profondes entailles dans le vieil ordre social. Mais tout cela, dans une ville assi\u00e9g\u00e9e, ne pouvait avoir au plus qu\u2019un commencement de r\u00e9alisation. Et, d\u00e8s les premiers jours de mai, la lutte contre les troupes toujours plus nombreuses du gouvernement de Versailles absorba toutes les \u00e9nergies.<\/p>\n<h3>Les Versaillais contre La Commune<\/h3>\n<p>Le 7\u00a0avril, les Versaillais s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s du passage de la Seine, \u00e0 Neuilly, sur le front ouest de Paris\u00a0; par contre, le 11, sur le front sud, ils furent repouss\u00e9s avec des pertes sanglantes par une attaque du g\u00e9n\u00e9ral Eudes. Paris \u00e9tait bombard\u00e9 sans arr\u00eat, et cela par les m\u00eames gens qui avaient stigmatis\u00e9 comme sacril\u00e8ge le bombardement de cette ville par les Prussiens. Ces m\u00eames gens mendiaient maintenant, aupr\u00e8s du gouvernement prussien, le rapatriement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des soldats fran\u00e7ais prisonniers de Sedan et de Metz, pour leur faire reconqu\u00e9rir Paris.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e graduelle de ces troupes donna aux Versaillais, \u00e0 partir du d\u00e9but mai, une sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9cisive. Cela apparut d\u00e8s le 23 avril, quand Thiers rompit les n\u00e9gociations entam\u00e9es sur proposition de la Commune et visant \u00e0 \u00e9changer l\u2019archev\u00eaque de Paris et toute une s\u00e9rie d\u2019autres cur\u00e9s retenus comme otages, contre le seul Blanqui<span id='easy-footnote-6-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-6-34005' title='Auguste Blanqui (1805-1881) est un r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais. Adepte d\u2019une esp\u00e8ce de socialisme utopique et partisan d\u2019un volontarisme r\u00e9volutionnaire de type putschiste, il pr\u00e9conise que la prise du pouvoir doit \u00eatre le fait d\u2019hun petit groupe de militants d\u00e9termin\u00e9s. Dans les limites fix\u00e9es ici par Engels, les blanquistes ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant pendant la Commune de Paris.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>, deux fois \u00e9lu \u00e0 la Commune, mais prisonnier \u00e0 Clairvaux. Et cela se fit sentir plus encore dans le changement de ton du langage de Thiers ; jusqu\u2019\u00e0 ce moment atermoyant et \u00e9quivoque, il devint tout d\u2019un coup insolent, mena\u00e7ant, brutal. Sur le front sud, les Versaillais prirent, le 3 mai, la redoute du Moulin-Saquet, le 9, le fort d\u2019Issy, totalement d\u00e9moli \u00e0 coups de canon, le 14, celui de Vanves. Sur le front ouest, ils s\u2019avanc\u00e8rent peu a peu jusqu\u2019au rempart m\u00eame, s\u2019emparant de nombreux villages et b\u00e2timents contigus aux fortifications. Le 21, ils r\u00e9ussirent \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la ville par trahison et du fait de la n\u00e9gligence du poste de la garde nationale. Les Prussiens qui occupaient les forts du nord et de l\u2019est laiss\u00e8rent les Versaillais s\u2019avancer par le secteur du nord de la ville qui leur \u00e9tait interdit par l\u2019armistice, leur permettant ainsi d\u2019attaquer sur un large front que les Parisiens devaient croire prot\u00e9g\u00e9 par la convention et n\u2019avaient de ce fait que faiblement garni de troupes. Aussi n\u2019y eut-il que peu de r\u00e9sistance dans la moiti\u00e9 ouest de Paris, dans la ville de luxe proprement dite. Elle se fit plus violente et tenace, \u00e0 mesure que les troupes d\u2019invasion approchaient de la moiti\u00e9 est, des quartiers proprement ouvriers.<\/p>\n<blockquote><p>La bourgeoisie montrait jusqu\u2019\u00e0 quelle folle cruaut\u00e9 dans la vengeance elle peut se hausser,<br \/>\nsit\u00f4t que le prol\u00e9tariat ose l\u2019affronter.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s une lutte de huit jours que les derniers d\u00e9fenseurs de la Commune succomb\u00e8rent sur les hauteurs de Belleville et de M\u00e9nilmontant, et c\u2019est alors que le massacre des hommes, des femmes et des enfants sans d\u00e9fense, qui avait fait rage toute la semaine, et n\u2019avait cess\u00e9 de cro\u00eetre, atteignit son point culminant. Le fusil ne tuait plus assez vite, c\u2019est par centaines que les vaincus furent ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 la mitrailleuse. Le mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s, au cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise, o\u00f9 s\u2019accomplit le dernier massacre en masse, est aujourd\u2019hui encore debout, t\u00e9moin \u00e0 la fois muet et \u00e9loquent de la furie dont la classe dirigeante est capable d\u00e8s que le prol\u00e9tariat ose se dresser pour son droit. Puis, lorsqu\u2019il s\u2019av\u00e9ra impossible d\u2019abattre tous les Communards, vinrent les arrestations en masse, l\u2019ex\u00e9cution de victimes choisies arbitrairement dans les rangs des prisonniers, la rel\u00e9gation des autres dans de grands camps en attendant leur comparution devant les conseils de guerre. [&#8230;]<\/p>\n<h3>Postscriptum<\/h3>\n<p>Si, aujourd\u2019hui, vingt ans apr\u00e8s, nous jetons un regard en arri\u00e8re sur l\u2019activit\u00e9 et la signification historique de la Commune de Paris de 1871, il appara\u00eet qu\u2019il y a quelques additions \u00e0 faire \u00e0 la peinture qu\u2019en a donn\u00e9e <em>La Guerre civile en France<\/em>.<\/p>\n<p>Les membres de la Commune se r\u00e9partissaient en une majorit\u00e9 de blanquistes, qui avait d\u00e9j\u00e0 domin\u00e9 dans le Comit\u00e9 central de la garde nationale et une minorit\u00e9 : les membres de l\u2019Association internationale des travailleurs, se composant pour la plupart de socialistes proudhoniens. Dans l\u2019ensemble, les blanquistes n\u2019\u00e9taient alors socialistes que par instinct r\u00e9volutionnaire, prol\u00e9tarien ; seul un petit nombre d\u2019entre eux \u00e9tait parvenu, gr\u00e2ce \u00e0 Vaillant<span id='easy-footnote-7-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-7-34005' title='\u00c9douard Vaillant (1840-1915) est un dirigeant de la Commune de Paris, proche du blanquisme, en contact notamment avec Marx.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>, qui connaissait le socialisme scientifique allemand, \u00e0 une plus grande clart\u00e9 de principes.<\/p>\n<p>Ainsi s\u2019explique que, sur le plan \u00e9conomique, bien des choses aient \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9es, que, selon notre conception d\u2019aujourd\u2019hui, la Commune aurait d\u00fb faire. Le plus difficile \u00e0 saisir est certainement le saint respect avec lequel on s\u2019arr\u00eata devant les portes de la Banque de France. Ce fut d\u2019ailleurs une lourde faute politique. La Banque aux mains de la Commune, cela valait mieux que dix mille otages. Cela signifiait toute la bourgeoisie fran\u00e7aise faisant pression sur le gouvernement de Versailles pour conclure la paix avec la Commune. Mais le plus merveilleux encore, c\u2019est la quantit\u00e9 de choses justes qui furent tout de m\u00eame faites par cette Commune compos\u00e9e de blanquistes et de proudhoniens. Il va sans dire que la responsabilit\u00e9 des d\u00e9crets \u00e9conomiques de la Commune, de leurs c\u00f4t\u00e9s glorieux ou peu glorieux, incombe en premi\u00e8re ligne aux proudhoniens, comme incombe aux blanquistes celle de ses actes et de ses carences politiques. Et dans les deux cas, l\u2019ironie de l\u2019histoire a voulu, \u2014 comme toujours quand des doctrinaires arrivent au pouvoir, \u2014 que les uns comme les autres fissent le contraire de ce que leur prescrivait leur doctrine d\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Proudhon<span id='easy-footnote-8-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-8-34005' title='Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) est un th\u00e9oricien du socialisme libertaire dont les th\u00e8ses furent r\u00e9guli\u00e8rement contredites par Marx. Il influen\u00e7a de nombreux militants de la Commune.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>, le socialiste de la petite paysannerie et de l\u2019artisanat, ha\u00efssait positivement l\u2019association. Il disait d\u2019elle qu\u2019elle comportait plus d\u2019inconv\u00e9nients que d\u2019avantages, qu\u2019elle \u00e9tait st\u00e9rile par nature, voire nuisible, parce que mettant entrave \u00e0 la libert\u00e9 du travailleur ; dogme pur et simple, improductif et encombrant, contredisant tout autant la libert\u00e9 du travailleur que l\u2019\u00e9conomie de travail, ses d\u00e9savantages croissaient plus vite que ses avantages ; en face d\u2019elle, la concurrence, la division du travail, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e restaient, selon lui, des forces \u00e9conomiques. Ce n\u2019est que pour les cas d\u2019exception \u2014 comme Proudhon les appelle \u2014 de la grande industrie et des grandes entreprises, par exemple les chemins de fer, que l\u2019association des travailleurs ne serait pas d\u00e9plac\u00e9e [\u2026].<\/p>\n<blockquote><p>Le d\u00e9cret de loin le plus important de la Commune instituait une organisation de la grande industrie.<\/p><\/blockquote>\n<p>En 1871, m\u00eame \u00e0 Paris, ce centre de l\u2019artisanat d\u2019art, la grande industrie avait tellement cess\u00e9 d\u2019\u00eatre une exception que le d\u00e9cret de loin le plus important de la Commune instituait une organisation de la grande industrie et m\u00eame de la manufacture, qui devait non seulement reposer sur l\u2019association des travailleurs dans chaque fabrique, mais aussi r\u00e9unir toutes ces associations dans une grande f\u00e9d\u00e9ration\u00a0; bref, une organisation qui, comme Marx le dit tr\u00e8s justement dans <em>La Guerre civile<\/em>, devait aboutir finalement au communisme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019exact oppos\u00e9 de la doctrine de Proudhon. Et c\u2019est aussi pourquoi la Commune fut le tombeau de l\u2019\u00e9cole proudhonienne du socialisme. Cette \u00e9cole a aujourd\u2019hui disparu des milieux ouvriers fran\u00e7ais ; c\u2019est maintenant la th\u00e9orie de Marx qui y r\u00e8gne sans conteste, chez les possibilistes<span id='easy-footnote-9-34005' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/a-lassaut-du-ciel-pour-le-150e-anniversaire-de-la-commune-de-paris\/#easy-footnote-bottom-9-34005' title='Possibilistes\u00a0: en r\u00e9f\u00e9rence au courant socialiste r\u00e9formiste dont les partisans se regroup\u00e8rent dans les ann\u00e9es\u00a01880 autour de Paul Brousse, oppos\u00e9 au programme propos\u00e9 par Jules Guesde.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span> pas moins que chez les \u00ab marxistes \u00bb. Ce n\u2019est que dans la bourgeoisie \u00ab radicale \u00bb qu\u2019on trouve encore des proudhoniens.<\/p>\n<p>Les choses n\u2019all\u00e8rent pas mieux pour les blanquistes. \u00c9lev\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la conspiration, li\u00e9s par la stricte discipline qui lui est propre, ils partaient de cette id\u00e9e qu\u2019un nombre relativement petit d\u2019hommes r\u00e9solus et bien organis\u00e9s \u00e9tait capable, le moment venu, non seulement de s\u2019emparer du pouvoir, mais aussi, en d\u00e9ployant une grande \u00e9nergie et de l\u2019audace, de s\u2019y maintenir assez longtemps pour r\u00e9ussir \u00e0 entra\u00eener la masse du peuple dans la r\u00e9volution et \u00e0 la rassembler autour de la petite troupe directrice. Pour cela, il fallait avant toute autre chose la plus stricte centralisation dictatoriale de tout le pouvoir entre les mains du nouveau gouvernement r\u00e9volutionnaire. Et que fit la Commune qui, en majorit\u00e9, se composait pr\u00e9cis\u00e9ment de blanquistes\u00a0? Dans toutes ses proclamations aux Fran\u00e7ais de la province, elle les conviait \u00e0 une libre f\u00e9d\u00e9ration de toutes les communes fran\u00e7aises avec Paris, \u00e0 une organisation nationale qui, pour la premi\u00e8re fois, devait \u00eatre effectivement cr\u00e9\u00e9e par la nation elle-m\u00eame. Quant \u00e0 la force r\u00e9pressive du gouvernement nagu\u00e8re centralis\u00e9\u00a0: l\u2019arm\u00e9e, la police politique, la bureaucratie, cr\u00e9\u00e9e par Napol\u00e9on en 1798, reprise depuis avec reconnaissance par chaque nouveau gouvernement et utilis\u00e9e par lui contre ses adversaires, c\u2019est justement cette force qui, selon les blanquistes, devait partout \u00eatre renvers\u00e9e, comme elle l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>La Commune dut reconna\u00eetre d\u2019embl\u00e9e que la classe ouvri\u00e8re, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer \u00e0 se servir de l\u2019ancien appareil d\u2019\u00c9tat\u00a0; pour ne pas perdre \u00e0 nouveau la domination qu\u2019elle venait \u00e0 peine de conqu\u00e9rir, cette classe ouvri\u00e8re devait, d\u2019une part, \u00e9liminer le vieil appareil d\u2019oppression jusqu\u2019alors employ\u00e9 contre elle-m\u00eame, mais, d\u2019autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tout temps et sans exception, r\u00e9vocables. En quoi consistait, jusqu\u2019ici, le caract\u00e8re essentiel de l\u2019\u00c9tat\u00a0? La soci\u00e9t\u00e9 avait cr\u00e9\u00e9, par simple division du travail \u00e0 l\u2019origine, ses organes propres pour veiller \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats communs.<\/p>\n<p>Mais, avec le temps, ces organismes, dont le sommet \u00e9tait le pouvoir de l\u2019\u00c9tat, s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s, en servant leurs propres int\u00e9r\u00eats particuliers, de serviteurs de la soci\u00e9t\u00e9, en ma\u00eetres de celle-ci. On peut en voir des exemples, non seulement dans la monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, mais \u00e9galement dans la r\u00e9publique d\u00e9mocratique. Nulle part les \u00ab\u00a0politiciens\u00a0\u00bb ne forment dans la nation un clan plus isol\u00e9 et plus puissant qu\u2019en Am\u00e9rique du Nord, pr\u00e9cis\u00e9ment. L\u00e0, chacun des deux grands partis qui se relaient au pouvoir, est lui-m\u00eame dirig\u00e9 par des gens qui font de la politique une affaire, sp\u00e9culent sur les si\u00e8ges aux assembl\u00e9es l\u00e9gislatives de l\u2019Union comme \u00e0 celles des \u00c9tats, ou qui vivent de l\u2019agitation pour leur parti et sont r\u00e9compens\u00e9s de sa victoire par des places. On sait assez combien les Am\u00e9ricains cherchent depuis trente ans \u00e0 secouer ce joug devenu insupportable, et comment, malgr\u00e9 tout, ils s\u2019embourbent toujours plus profond\u00e9ment dans ce mar\u00e9cage de la corruption. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en Am\u00e9rique que nous pouvons le mieux voir comment le pouvoir d\u2019\u00c9tat devient ind\u00e9pendant vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9, dont, \u00e0 l\u2019origine, il ne devait \u00eatre que le simple instrument. L\u00e0, n\u2019existent ni dynastie, ni noblesse, ni arm\u00e9e permanente (\u00e0 part la poign\u00e9e de soldats commis \u00e0 la surveillance des Indiens), ni bureaucratie avec postes fixes et droit \u00e0 la retraite. Et pourtant nous avons l\u00e0 deux grandes bandes de politiciens sp\u00e9culateurs, qui se relaient pour prendre possession du pouvoir de l\u2019\u00c9tat et l\u2019exploitent avec les moyens les plus corrompus et pour les fins les plus \u00e9hont\u00e9es\u00a0; et la nation est impuissante en face de ces deux grands cartels de politiciens qui sont soi-disant \u00e0 son service, mais, en r\u00e9alit\u00e9, la dominent et la pillent.<\/p>\n<blockquote><p>La Commune ne r\u00e9tribua tous les services, des plus bas aux plus \u00e9lev\u00e9s, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour \u00e9viter cette transformation, in\u00e9vitable dans tous les r\u00e9gimes ant\u00e9rieurs, de l\u2019\u00c9tat et des organes de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019origine serviteurs de la soci\u00e9t\u00e9, en ma\u00eetres de celle-ci, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premi\u00e8rement, elle soumit toutes les places de l\u2019administration, de la justice et de l\u2019enseignement au choix des int\u00e9ress\u00e9s par \u00e9lection au suffrage universel, et, bien entendu, \u00e0 la r\u00e9vocation \u00e0 tout moment par ces m\u00eames int\u00e9ress\u00e9s. Et, deuxi\u00e8mement, elle ne r\u00e9tribua tous les services, des plus bas aux plus \u00e9lev\u00e9s, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers. Le plus haut traitement qu\u2019elle pay\u00e2t \u00e9tait de 6\u00a0000 francs. Ainsi, on mettait le hol\u00e0 \u00e0 la chasse aux places et \u00e0 l\u2019arrivisme, sans parler de la d\u00e9cision suppl\u00e9mentaire d\u2019imposer des mandats imp\u00e9ratifs aux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s aux corps repr\u00e9sentatifs.<\/p>\n<p>Cette destruction de la puissance de l\u2019\u00c9tat tel qu\u2019il \u00e9tait jusqu\u2019ici et son remplacement par un pouvoir nouveau, vraiment d\u00e9mocratique, sont d\u00e9peints en d\u00e9tail dans la troisi\u00e8me partie de La Guerre civile. Mais il \u00e9tait n\u00e9cessaire de revenir ici bri\u00e8vement sur quelques-uns de ses traits, parce que, en Allemagne pr\u00e9cis\u00e9ment, la superstition de l\u2019\u00c9tat est pass\u00e9 de la philosophie dans la conscience commune de la bourgeoisie et m\u00eame dans celle de beaucoup d\u2019ouvriers. Dans la conception des philosophes, l\u2019\u00c9tat est \u00ab\u00a0la r\u00e9alisation de l\u2019Id\u00e9e\u00a0\u00bb ou le r\u00e8gne de Dieu sur terre traduit en langage philosophique, le domaine o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 et la justice \u00e9ternelles se r\u00e9alisent ou doivent se r\u00e9aliser. De l\u00e0, cette v\u00e9n\u00e9ration superstitieuse de l\u2019\u00c9tat et de tout ce qui y touche, v\u00e9n\u00e9ration qui s\u2019installe d\u2019autant plus facilement qu\u2019on est, depuis le berceau, habitu\u00e9 \u00e0 s\u2019imaginer que toutes les affaires et tous les int\u00e9r\u00eats communs de la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re ne sauraient \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s que comme ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9s jusqu\u2019ici, c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019\u00c9tat et ses autorit\u00e9s d\u00fbment \u00e9tablies. Et l\u2019on croit d\u00e9j\u00e0 avoir fait un pas d\u2019une hardiesse prodigieuse, quand on s\u2019est affranchi de la foi en la monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire et qu\u2019on jure par la r\u00e9publique d\u00e9mocratique.<img decoding=\"async\" class=\" wp-image-34245 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Lava16-illus-redkitten-TRK013webs02-31.png\" alt=\"\" width=\"326\" height=\"496\" \/><\/p>\n<p>Mais, en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00c9tat n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un appareil pour opprimer une classe par un autre, et cela, tout autant dans la r\u00e9publique d\u00e9mocratique que dans la monarchie\u00a0; le moins qu\u2019on puisse en dire, c\u2019est qu\u2019il est un mal dont h\u00e9rite le prol\u00e9tariat vainqueur dans la lutte pour la domination de classe et dont, tout comme la Commune, il ne pourra s\u2019emp\u00eacher de rogner aussit\u00f4t au maximum les c\u00f4t\u00e9s les plus nuisibles, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration grandie dans des conditions sociales nouvelles et libres soit en \u00e9tat de se d\u00e9faire de tout ce bric-\u00e0-brac de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h5>Le texte que nous publions ici est un large extrait du texte original de la traduction de la pr\u00e9face d\u2019Engels r\u00e9dig\u00e9e en 1891. Nous avons proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 quelques coupures mineures \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celui-ci et avons red\u00e9coup\u00e9 certains paragraphes pour plus de confort de lecture. Les titres sont de la r\u00e9daction.<\/h5>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Commune de Paris de 1871 fut la premi\u00e8re tentative de r\u00e9publique ouvri\u00e8re. 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