{"id":32926,"date":"2020-12-21T07:46:26","date_gmt":"2020-12-21T05:46:26","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=32926"},"modified":"2022-05-31T14:40:51","modified_gmt":"2022-05-31T12:40:51","slug":"la-bourgeoisie-flamande-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/","title":{"rendered":"La bourgeoisie flamande (partie 2)"},"content":{"rendered":"<p>La cr\u00e9ation et le renforcement d\u2019une bourgeoisie flamande \u00e9tait un objectif historique d\u2019une partie du mouvement flamand. Mais les patrons flamands se vendent facilement aux investisseurs \u00e9trangers.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32927\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Lava15-illus-redkitten-TRK010webs01xp1-08.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1440\" \/>\n<table style=\"width: 100%; border: solid 30px #eee; background: #eee;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\">\n<h3>Bourgeoisie flamande: un diptyque<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re grande r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat a eu lieu en 1970, sous la houlette du Premier ministre CVP Gaston Eyskens. 50 ans plus tard, l\u2019\u00e9lite de ce pays a radicalement chang\u00e9: la N-VA donne le ton et agit comme le porte-parole d\u2019une classe entrepreneuriale de plus en plus assertive, repr\u00e9sent\u00e9e par la f\u00e9d\u00e9ration patronale du Voka. La transformation des classes capitalistes est \u00e0 la fois un moteur et un r\u00e9sultat de ce processus. Il est essentiel de bien appr\u00e9hender ce changement structurel dans la classe capitaliste pour pouvoir se faire une id\u00e9e de la situation politique actuelle. Cet article tente de faire la lumi\u00e8re sur un certain nombre de points sous forme de diptyque. La premi\u00e8re partie est principalement de nature historique et a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le Lava n\u00b014. Cette seconde partie analyse l\u2019ancrage international de la bourgeoisie flamande et ses contradictions internes, qui jouent des tours \u00e0 la sph\u00e8re politique flamande, et \u00e0 la N-VA en particulier.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2>La faiblesse persistante de la bourgeoisie flamande<\/h2>\n<p>La bourgeoisie flamande a beau se renforcer, il ne faudrait pas pour autant surestimer son pouvoir. Il s\u2019agit d\u2019une fraction de classe extr\u00eamement consciente de ses limites. Les critiques concernant le manque d\u2019esprit d\u2019entreprise, la facilit\u00e9 avec laquelle les patrons c\u00e8dent leurs entreprises prosp\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou la pression en faveur du maintien de la structure familiale des entreprises sont l\u00e9gion.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, le pouvoir de la bourgeoisie s\u2019articule \u00e9videmment autour de la possession du capital. La relative faiblesse de la bourgeoisie flamande se traduit par un manque de capital et une incapacit\u00e9 \u00e0 mobiliser de gros capitaux. Ce probl\u00e8me se manifestait d\u00e9j\u00e0 il y a cent ans et reste d\u2019actualit\u00e9. Avant la Seconde Guerre mondiale d\u00e9j\u00e0, l\u2019exploitation du bassin houiller du Limbourg \u00e9tait l\u2019un des premiers objectifs du Vlaams Economisch Verbond [alliance \u00e9conomique flamande, n.d.t.]. Cette ambition se heurtait toutefois \u00e0 un probl\u00e8me: \u00abl\u2019absence effective de capitaux flamands suffisants\u00bb<span id='easy-footnote-1-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-1-32926' title='Ludo Meyvis,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Markt en Macht. Het VEV van 1926 tot heden&lt;\/span&gt;, Lannoo, 2004, p. 30.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Par cons\u00e9quent, le charbon du Limbourg s\u2019est retrouv\u00e9 entre les mains de francophones. Cette question reste d\u2019actualit\u00e9 aujourd\u2019hui. Dans le contexte actuel, il en va le plus souvent d\u2019un manque de capital-risque, d\u2019une faible capitalisation boursi\u00e8re, d\u2019un faible d\u00e9veloppement des fonds de pension ou d\u2019une incapacit\u00e9 \u00e0 canaliser l\u2019\u00e9pargne des Flamands prosp\u00e8res vers des investissements (une grande partie de l\u2019\u00e9pargne est aujourd\u2019hui dirig\u00e9e vers des investissements financiers \u00e9trangers)<span id='easy-footnote-2-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-2-32926' title='Sur les limites du capital-risque, voir le document du Voka \u00ab&lt;a href=&quot;https:\/\/issuu.com\/vokavzw\/docs\/2017-05-vl-vokapaper\/8&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Geld om te groeien. Turbo naar de top&lt;\/a&gt;\u00bb, mai 2017.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>On voit bien fleurir des initiatives ici et l\u00e0 pour lever des capitaux par le biais de divers fonds d\u2019investissement. Ce secteur est en plein essor, mais reste moins dynamique que dans d\u2019autres pays. Bien souvent, ce sont des entrepreneurs flamands en pleine croissance qui placent une partie de leur capital dans un fonds d\u2019investissement, tel que Dovesco, le fonds de la famille Jan De Clerck, d\u2019une valeur de quelques 200millions d\u2019euros, ou Pentahold, fond\u00e9 par des entrepreneurs flamands tels que Philippe Vlerick et Paul Thiers, d\u2019une valeur estim\u00e9e \u00e0 100millions d\u2019euros.<\/p>\n<p>Le plus important de ces fonds est celui de l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9 d\u2019investissement flamande GIMV [Gewestelijke Investeringsmaatschappij voor Vlaanderen, N.D.R.], privatis\u00e9e en 2007, et disposant de 1,6milliard d\u2019euros. GIMV se d\u00e9marque nettement de la concurrence: tr\u00e8s peu de fonds atteignent plusieurs centaines de millions<span id='easy-footnote-3-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-3-32926' title='Voir \u00e0 ce sujet la brochure du gouvernement flamand \u00abJe zoekt risicokapitaal? &lt;a href=&quot;http:\/\/www.vlaio.be\/nl\/publicaties\/overzicht-van-de-risicokapitaalverschaffers-vlaanderen&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Overzicht risicokapitaalverschaffers in Vlaanderen&lt;\/a&gt; \u2013 juli 2019\u00bb, Agentschap Innoveren &amp;amp; Ondernemen, 2019.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. En Belgique, un fonds de capital-risque dispose en moyenne de 58 millions d\u2019euros, alors qu\u2019un fonds d\u2019investissement priv\u00e9 dispose en moyenne de 140 millions d\u2019euros<span id='easy-footnote-4-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-4-32926' title='Document du Voka \u00ab&lt;a href=&quot;https:\/\/issuu.com\/vokavzw\/docs\/2017-05-vl-vokapaper\/8&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Geld om te groeien. Turbo naar de top&lt;\/a&gt;\u00bb, mai 2017, p. 13.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. On est tr\u00e8s loin de la situation de l\u2019Allemagne par exemple, ou du champion europ\u00e9en, le Royaume-Uni.<\/p>\n<p>Un tel manque de capital-risque a une incidence notable sur la formation des classes. Selon une \u00e9tude de la Antwerp Management School, toute entreprise d\u00e9sireuse de lever 10 millions d\u2019euros est oblig\u00e9e d\u2019aller voir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En Flandre, trop peu de financiers sont en capacit\u00e9 de mettre suffisamment d\u2019argent sur la table<span id='easy-footnote-5-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-5-32926' title='Dani\u00eblle Vanwesenbeeck et Barbara Moens, \u00abGebrek aan kapitaal drijft bedrijven naar buitenland\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De Tijd&lt;\/span&gt;, 1&lt;span class=&quot;lava---superscript _idGenCharOverride-1&quot;&gt;er&lt;\/span&gt;\u00a0f\u00e9vrier 2019.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>. La relative faiblesse de la bourgeoisie cr\u00e9e alors un cercle vicieux, qui accro\u00eet l\u2019emprise des capitaux \u00e9trangers.<\/p>\n<p>La facilit\u00e9 avec laquelle les chefs d\u2019entreprise flamands prosp\u00e8res vendent leurs entreprises \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ne fait que renforcer cette influence ext\u00e9rieure. Il suffit de songer \u00e0 la fa\u00e7on dont Marc Coucke a c\u00e9d\u00e9 sa soci\u00e9t\u00e9 Omega Pharma \u00e0 l\u2019entreprise am\u00e9ricaine Perrigo pour 3,6milliards d\u2019euros, avant d\u2019investir son capital dans une s\u00e9rie de fonds et de soci\u00e9t\u00e9s, du groupe de construction Versluys au parc animalier Pairi Daiza, en passant par des complexes h\u00f4teliers de luxe \u00e0 Durbuy. Un autre exemple est celui de Paul Thiers, parfois d\u00e9crit comme l\u2019un des \u00abplus puissants investisseurs ou capitaines d\u2019industrie flamands\u00bb<span id='easy-footnote-6-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-6-32926' title='Alain Mouton, \u201cDe Vlerick-meritocratie\u201d,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Trends&lt;\/span&gt;, 2013, p. 131.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>. Il a vendu l\u2019entreprise familiale Unilin (le fabricant de rev\u00eatements de sol Quick Step) \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine Mohawk pour 2,2 milliards d\u2019euros, ce qui lui a rapport\u00e9 88 millions d\u2019euros, avec lesquels il se positionne d\u00e9sormais comme un financier priv\u00e9. On voit ainsi na\u00eetre un nouveau type de capitaliste flamand qui se d\u00e9tache de \u00abson\u00bb entreprise: il abandonne son r\u00f4le de chef d\u2019entreprise au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 familiale pour assumer celui de pivot au centre d\u2019un r\u00e9seau d\u2019entreprises, qui ob\u00e9it \u00e0 une logique financi\u00e8re, investit des capitaux dans une multitude de secteurs (incluant souvent l\u2019immobilier) et si\u00e8ge dans toutes sortes de conseils d\u2019administration.<\/p>\n<p>Ce processus est toutefois une arme \u00e0 double tranchant. D\u2019une part, on voit se d\u00e9velopper peu \u00e0 peu une mini-version de ce que faisait la vieille bourgeoisie francophone: mobiliser rapidement des capitaux et investir, par exemple, dans des PME. Par ailleurs, \u00e0 force de c\u00e9der ses entreprises florissantes \u00e0 des groupes \u00e9trangers, la Flandre peine \u00e0 cr\u00e9er des entreprises propres capables de faire le poids \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 une question fondamentale, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9valuer le pouvoir de la bourgeoisie flamande ou de comprendre la politique du gouvernement flamand: comment se positionne la bourgeoisie flamande dans la structure de classe internationale?<\/p>\n<h2>Une bourgeoisie nationale?<\/h2>\n<p>\u00c0 son heure de gloire, la bourgeoisie belge \u00e9tait une bourgeoisie imp\u00e9rialiste classique, intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat, qui exportait des capitaux \u00e0 grande \u00e9chelle et exploitait une immense colonie. Depuis l\u2019entre-deux-guerres, elle n\u2019a plus jamais \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019occuper une telle position. Entre-temps, la structure du capitalisme mondial a \u00e9galement \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 vrai dire, pour envisager ou comprendre la structure de classe mondiale, il faut n\u00e9cessairement adopter un point de vue plan\u00e9taire. L\u2019\u00e9conomie flamande (tout comme l\u2019\u00e9conomie belge au sens large) s\u2019inscrit dans une structure mondiale, des cha\u00eenes de production et des march\u00e9s de capitaux mondiaux, et une division internationale du travail. La bourgeoisie flamande est une fraction localis\u00e9e du conglom\u00e9rat mondial qu\u2019est la bourgeoisie, avec toutes ses contradictions et ses conflits internes.<\/p>\n<p>Le patronat flamand a beau \u00eatre un pilier de la N-VA et ce parti se positionner comme nationaliste, cela ne change rien au fait que l\u2019on peut difficilement qualifier la bourgeoisie flamande de nationale. En effet, dans la tradition marxiste, on entend par bourgeoisie nationale une bourgeoisie qui opte pour la construction de sa propre base \u00e9conomique nationale, sans se placer en relation de d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des puissances \u00e9conomiques \u00e9trang\u00e8res. La bourgeoisie nationale s\u2019emploie \u00e0 cr\u00e9er les bases d\u2019une politique (internationale) autonome et, dans ce sens, n\u2019agit pas en fonction des calculs strat\u00e9giques du capital \u00e9tranger. Elle est attach\u00e9e \u00e0 son propre d\u00e9veloppement \u00e9conomique, o\u00f9 les groupes de capitaux nationaux exercent un contr\u00f4le sur les investissements et o\u00f9 la production n\u2019est pas ax\u00e9e exclusivement sur les exportations, mais principalement sur le march\u00e9 int\u00e9rieur<span id='easy-footnote-7-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-7-32926' title='Anthony Brewer,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Marxist Theories of Imperialism. A Critical Survey&lt;\/span&gt;, 1980, Londres, Routledge, p. 289.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>. Une telle orientation peut, bien entendu, conduire \u00e0 une situation o\u00f9 une bourgeoisie nationale est en d\u00e9saccord avec les int\u00e9r\u00eats des grandes entreprises \u00e9trang\u00e8res<span id='easy-footnote-8-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-8-32926' title='Nicos Poulantzas, \u00abOn Social Classes\u00bb, dans: James Martin (ed.)\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;The Poulantzas Reader. Marxism&lt;\/span&gt;, Law, and the State. Londres, Verso, 2008, p. 200.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. Une bourgeoisie nationale est typiquement anti-imp\u00e9rialiste; elle r\u00e9siste \u00e0 la domination \u00e9trang\u00e8re et promeut l\u2019ind\u00e9pendance nationale. Elle pourrait donc repr\u00e9senter, selon certains marxistes, un alli\u00e9 potentiel dans la lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<blockquote><p>La bourgeoisie flamande est extr\u00eamement pragmatique, tourn\u00e9e vers l\u2019international et peu encline aux aventures politiques ind\u00e9pendantistes<\/p><\/blockquote>\n<p>Affirmer que la bourgeoisie flamande n\u2019a rien \u00e0 voir avec cela, c\u2019est enfoncer une porte ouverte. Dans le monde capitaliste d\u00e9velopp\u00e9, l\u2019existence d\u2019une \u00abbourgeoisie nationale\u00bb au sens strict est, pour ainsi dire, inconcevable<span id='easy-footnote-9-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-9-32926' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid&lt;\/span&gt;, p. 201.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>. La bourgeoisie flamande est, au m\u00eame titre que la bourgeoisie belgo-centr\u00e9e, atlantiste et europ\u00e9aniste.<\/p>\n<p>Il existe certainement une longue tradition de critique flamande de la domination fran\u00e7aise sur l\u2019\u00e9conomie belge, qui s\u2019est vue renforc\u00e9e par le fait que toute une s\u00e9rie de grandes entreprises belges, comme Electrabel notamment, sont tomb\u00e9es entre les mains de grands groupes fran\u00e7ais<span id='easy-footnote-10-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-10-32926' title='Voir par exemple Hans Brockmans,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;200 jaar filiaal: de Franse greep op de Vlaamse economie&lt;\/span&gt;, Louvain, Davidsfonds, 1995.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>. En outre, il ne fait aucun doute que la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomique flamande \u00e9tait un objectif important au sein du mouvement flamand. Cela \u00e9tant, le soutien du VEV \u00e0 l\u2019entreprise flamande a toujours \u00e9t\u00e9 assorti de conditions. En ce qui concerne la d\u00e9fense du n\u00e9erlandais, \u00able VEV ne visait pas une flamandisation en soi, mais souhaitait prot\u00e9ger et promouvoir le n\u00e9erlandais en tant que langue commerciale, pour autant que cela profite aux entreprises flamandes\u00bb, \u00e9crit Ludo Meyvis, le biographe du VEV<span id='easy-footnote-11-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-11-32926' title='Meyvis, 2004, p. 34.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. En fin de compte, les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques ont toujours eu la priorit\u00e9 sur les aspirations flamandes. Le VEV a longtemps \u00e9t\u00e9 partag\u00e9 entre deux r\u00f4les: celui de tenant de la flamandisation et celui d\u2019organisation patronale au service de l\u2019ensemble des entreprises implant\u00e9es sur le territoire flamand. Dans cette seconde optique, l\u2019admission de soci\u00e9t\u00e9s typiquement belges au VEV, et m\u00eame de filiales de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale situ\u00e9es en Flandre, a fait l\u2019objet de controverses<span id='easy-footnote-12-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-12-32926' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid&lt;\/span&gt;, 2004, p. 41, 49.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Le VEV a jou\u00e9 un v\u00e9ritable r\u00f4le dans la flamandisation de la vie \u00e9conomique et politique en Belgique mais, en fin de compte, il s\u2019est toujours montr\u00e9 tr\u00e8s prudent et pragmatique. M\u00eame dans les moments o\u00f9 il privil\u00e9giait davantage son identit\u00e9 flamande, notamment au cours de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant les r\u00e9formes de l\u2019\u00c9tat d\u00e8s 1970, il n\u2019a jamais pris d\u2019initiatives mobilisatrices: il n\u2019\u00e9tait pas question \u00abd\u2019actions dans la rue\u00bb <span id='easy-footnote-13-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-13-32926' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid&lt;\/span&gt;, 2004, p. 88.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. Son objectif central restait la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomique flamande, d\u2019une bourgeoisie flamande: il s\u2019agissait de fonder \u00abune classe sup\u00e9rieure dirigeante n\u00e9erlandophone en Flandre, qui devait prendre la place de la bourgeoisie francophone\u00bb, explique M. Meyvis<span id='easy-footnote-14-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-14-32926' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid&lt;\/span&gt;, 2004, p. 98.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019argument dans le Manifeste de Warande en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance de la Flandre \u00e9tait explicitement d\u2019ordre \u00abcommercial\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>La cr\u00e9ation et le renforcement d\u2019une bourgeoisie flamande \u00e9tait un objectif historique d\u2019une partie du mouvement flamand. Cela ne signifie pas pour autant que cette bourgeoisie endosse aussi le r\u00f4le pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e: la facilit\u00e9 avec laquelle les patrons flamands se vendent aux investisseurs \u00e9trangers en dit long, au grand dam d\u2019une partie de la classe politique pro-flamande. Ce type de bourgeoisie est, il va sans dire, le fruit de la politique qui l\u2019a engendr\u00e9e: une politique qui consistait \u00e0 faire de la Flandre un espace propice \u00e0 l\u2019accumulation du capital am\u00e9ricain, notamment. Son propre d\u00e9veloppement est ainsi devenu un d\u00e9riv\u00e9 de celui des multinationales am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Combien de chefs d\u2019entreprise flamands sont r\u00e9ellement mus par un quelconque sentiment nationaliste flamand? La bourgeoisie flamande est extr\u00eamement pragmatique, tourn\u00e9e vers l\u2019international et peu encline aux aventures politiques ind\u00e9pendantistes. Si la construction de la nation par la formation d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e, celle-ci allait paradoxalement de pair avec le bradage de toute souverainet\u00e9 (\u00e9conomique, mais pas uniquement) dans un contexte de mondialisation. Depuis les ann\u00e9es 1960, il est de moins en moins question d\u2019une bourgeoisie flamande qui serve de contrepoids int\u00e9rieur \u00e0 la bourgeoisie francophone dominante, que d\u2019une bourgeoisie flamande aux vis\u00e9es transnationales, soucieuse de se d\u00e9faire des structures anciennes afin de mieux se positionner sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>Il existe bien s\u00fbr une minorit\u00e9 de chefs d\u2019entreprise qui prennent clairement position en faveur d\u2019un \u00c9tat flamand. Ceux-ci se sont notamment fait conna\u00eetre par le biais du Manifeste de Warande (2005), r\u00e9dig\u00e9 par Remi Vermeiren (ancien patron de la KBC), mais surtout soutenu par des universitaires, des faiseurs d\u2019opinion et le cadre professionnel autour de la classe entrepreneuriale. L\u2019ind\u00e9pendance de la Flandre a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d\u2019accro\u00eetre la croissance \u00e9conomique et la comp\u00e9titivit\u00e9. L\u2019argument en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance de la Flandre \u00e9tait explicitement d\u2019ordre \u00abcommercial\u00bb, ce qui est significatif: il ob\u00e9issait, de fait, essentiellement \u00e0 une logique n\u00e9o-lib\u00e9rale de concurrence entre r\u00e9gions au sein d\u2019un march\u00e9 unique europ\u00e9en.<\/p>\n<p>L\u2019argument se d\u00e9cline en toutes sortes de variantes, m\u00eame plus mod\u00e9r\u00e9es. Pour citer Michel Delbaere, ancien pr\u00e9sident du Voka: \u00abLe socio-\u00e9conomique doit remplacer le communautaire. [\u2026] Je ne suis absolument pas un s\u00e9paratiste. Un conf\u00e9d\u00e9raliste alors? What\u2019s in a name? Qu&rsquo;y a-t-il dans un nom? Il faut arr\u00eater de coller des \u00e9tiquettes sans substance. Je suis pour l\u2019efficacit\u00e9\u00bb<span id='easy-footnote-15-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-15-32926' title='Alain Mouton et Daan Killemaes, \u00abMichel Delbaere (Crop\u2019s, ex-Voka): \u00abEen pensioen van 1500 euro, daar kun je niet tegen zijn\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Trends&lt;\/span&gt;, 26 septembre 2019.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2>Une bourgeoisie comprador?<\/h2>\n<p>Dans son livre De teloorgang van de Belgische bourgeoisie, paru en 1982, Andr\u00e9 Mommen \u00e9crit: \u00abLa bourgeoisie flamande s\u2019est transform\u00e9e en une bourgeoisie comprador typique qui a fourni des administrateurs, des managers et des technocrates aux grandes entreprises multinationales.\u00bb<span id='easy-footnote-16-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-16-32926' title='Andr\u00e9 Mommen,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De teloorgang van de Belgische bourgeoisie&lt;\/span&gt;, Leuven, Kritak, 1982, p. 115'><sup>16<\/sup><\/a><\/span> C\u2019est l\u2019alternative radicale: la bourgeoisie flamande n\u2019est pas une bourgeoisie nationale, mais une bourgeoisie qui vend son \u00e2me au capital \u00e9tranger. En Flandre, elle agit comme un agent au service des entreprises \u00e9trang\u00e8res et en tire profit. Une bourgeoisie comprador est une bourgeoisie ou une fraction de bourgeoisie qui ne poss\u00e8de aucune base propre pour l\u2019accumulation du capital et est donc subordonn\u00e9e au capital \u00e9tranger<span id='easy-footnote-17-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-17-32926' title='Nicos Poulantzas, \u00abOn Social Classes\u00bb, dans: James Martin (ed.)\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;The Poulantzas Reader. Marxism, Law, and the State&lt;\/span&gt;. Londres, Verso, 2008, p. 200.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span>. Elle est \u00e9galement li\u00e9e politiquement et id\u00e9ologiquement \u00e0 des int\u00e9r\u00eats imp\u00e9rialistes \u00e9trangers.<\/p>\n<p>L\u2019argument de Mommen se fonde sur le constat que la bourgeoisie flamande, bien plus que la bourgeoisie belge des holdings, a conclu une alliance avec le capital multinational, soutenue en cela par le gouvernement qui a d\u00e9roul\u00e9 le tapis rouge aux multinationales. Ces multinationales nommaient souvent des cadres et des managers flamands et autorisaient l\u2019usage du n\u00e9erlandais dans l\u2019entreprise. En ce sens, le capital multinational a \u00e9t\u00e9 un levier important pour la flamandisation du monde des affaires.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui donne d\u2019autant plus de poids \u00e0 l\u2019argument de M. Mommen. L\u2019importance du r\u00f4le des multinationales en Flandre et en Belgique est ind\u00e9niable, m\u00eame aujourd\u2019hui. Si le nombre de soci\u00e9t\u00e9s en Flandre sous contr\u00f4le \u00e9tranger (dont au moins la moiti\u00e9 des parts sont d\u00e9tenues par des \u00e9trangers) est limit\u00e9, leur impact est significatif<span id='easy-footnote-18-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-18-32926' title='Philippe Nys et Jan Van Nispen,&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;\u00a0Buitenlandse zeggenschap in de Vlaamse economie: een kwantitatieve analyse&lt;\/span&gt;, Departement Economie, Wetenschap &amp;amp; Innovatie, mai 2018.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span>. Elles repr\u00e9sentent 0,8% des entreprises de Flandre, mais 31% de la valeur ajout\u00e9e; et m\u00eame 54% de la valeur ajout\u00e9e dans l\u2019industrie. Ces soci\u00e9t\u00e9s se concentrent principalement dans la zone portuaire d\u2019Anvers et dans la p\u00e9riph\u00e9rie bruxelloise. Certains secteurs sont presque enti\u00e8rement aux mains d\u2019entreprises \u00e9trang\u00e8res: c\u2019est notamment le cas d\u2019industries pharmaceutiques et (p\u00e9tro)chimiques. Plus il s\u2019agit d\u2019un secteur de haute technologie, plus le r\u00f4le des \u00e9trangers est important. Conclusion: les multinationales de haute technologie, tr\u00e8s productives, des pays voisins mais surtout des \u00c9tats-Unis, continuent \u00e0 jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie flamande. Il s\u2019agit de soci\u00e9t\u00e9s telles que Janssen Farmaceutica, BASF, ExxonMobil, Telenet, Arcelor, Volvo, Electrabel, etc.<\/p>\n<p>La place pr\u00e9pond\u00e9rante du capital \u00e9tranger r\u00e9duit la marge de man\u0153uvre de la bourgeoisie nationale: celle-ci perd le contr\u00f4le et peine \u00e0 poursuivre sa propre strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement. Ce n\u2019est pas un hasard si les PME, par exemple, ne s\u2019opposent pas particuli\u00e8rement au r\u00e9gime fiscal pr\u00e9f\u00e9rentiel accord\u00e9 aux multinationales, m\u00eame si cela entra\u00eene pour elles un d\u00e9savantage fiscal. Il est donc vain d\u2019imaginer une ligne de d\u00e9marcation entre, d\u2019une part, les PME, qui pourraient \u00e9clore comme une sorte de bourgeoisie \u00abnationale\u00bb, et, d\u2019autre part, les grandes multinationales.<\/p>\n<p>M\u00eame dans la vie culturelle et sociale de la bourgeoisie flamande, les g\u00e9ants \u00e9trangers prennent parfois les devants. Ainsi, la plupart des cercles d\u2019affaires exclusifs ont \u00e9t\u00e9 co-fond\u00e9s par des cadres sup\u00e9rieurs de multinationales. \u00c0 titre d\u2019exemple, De Hanze, un cercle d\u2019affaires bas\u00e9 \u00e0 Bruges et comptant quelques 250 membres, principalement issus de l\u2019\u00e9lite \u00e9conomique, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1978 \u00e0 l\u2019initiative de cadres sup\u00e9rieurs de Siemens et de Philips. Le Club international de Flandre \u00e0 Gand a vu le jour lorsque, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, des multinationales se sont implant\u00e9es \u00e0 Gand. En son sein, la lingua franca \u00e9tait l\u2019anglais et des personnalit\u00e9s de haut rang de Volvo, Sidmar ou Honda y ont jou\u00e9 un r\u00f4le central<span id='easy-footnote-19-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-19-32926' title='Henk Dheedene, \u00abHet leven van een subtopper\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De Tijd&lt;\/span&gt;, 7 d\u00e9cembre 2002.'><sup>19<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Et pourtant, l\u2019argument selon lequel la bourgeoisie flamande serait une \u00abbourgeoisie comprador\u00bb de par sa subordination aux multinationales \u00e9trang\u00e8res reste peu convaincant. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Andr\u00e9 Mommen a \u00e9labor\u00e9 sa th\u00e8se, la classe entrepreneuriale flamande disposait d\u00e9j\u00e0 de sa propre base \u00e9conomique, laquelle s\u2019est consid\u00e9rablement renforc\u00e9e au fil de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le nombre d\u2019entreprises flamandes actives \u00e0 l\u2019international et transform\u00e9es en petites multinationales a clairement augment\u00e9. Qui plus est, depuis les ann\u00e9es 1980, la r\u00e9gion flamande a men\u00e9 une politique tr\u00e8s explicite de renforcement de cette base propre.<\/p>\n<h2>Une bourgeoisie interne<\/h2>\n<p>Nicos Poulantzas a d\u00e9velopp\u00e9 le concept de \u00abbourgeoisie interne\u00bb dans les ann\u00e9es 1970 pour d\u00e9crire la position interm\u00e9diaire complexe dans laquelle se trouvent de grandes parties de la bourgeoisie d\u2019Europe occidentale \u00e0 un moment o\u00f9 le capitalisme s&rsquo;internationalise fortement. La bourgeoisie interne est une fraction de classe qui poss\u00e8de sa propre base d\u2019accumulation et qui constitue dans le m\u00eame temps un levier pour les ambitions internationales<span id='easy-footnote-20-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-20-32926' title='Max Koch, \u00abPoulantzas\u2019s Class Analysis\u00bb, dans: Alexander Gallas et al (ed.),\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Reading Poulantzas&lt;\/span&gt;, Merlin Press, 2011, p. 113.'><sup>20<\/sup><\/a><\/span>. Cela permet une certaine autonomie \u00e9conomique et politique par rapport \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme (am\u00e9ricain). Cependant, une part de d\u00e9pendance persiste vis-\u00e0-vis des capitaux \u00e9trangers issus de la m\u00e9tropole imp\u00e9rialiste. D\u00e8s lors, un positionnement et une politique \u00e9trang\u00e8re totalement autonomes ne semblent plus gu\u00e8re envisageables.<\/p>\n<blockquote><p>La Flandre exporte par habitant trois fois plus que l\u2019Allemagne. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des emplois sont dus \u00e0 des investisseurs \u00e9trangers<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis que Poulantzas a \u00e9crit son ouvrage phare, l\u2019internationalisation de l\u2019\u00e9conomie est bien s\u00fbr all\u00e9e beaucoup plus loin et l\u2019\u00e9conomie belge en est une illustration. Selon l\u2019indice de mondialisation du KOF, la Belgique est le troisi\u00e8me pays le plus mondialis\u00e9 au monde apr\u00e8s la Suisse et les Pays-Bas<span id='easy-footnote-21-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-21-32926' title='Voir KOF Institut \u00e9conomique suisse, https:\/\/kof.ethz.ch\/en\/forecasts-and-indicators\/indicators\/kof-globalisation-index.html'><sup>21<\/sup><\/a><\/span>. En Belgique, l\u2019\u00e9conomie flamande en particulier a une orientation internationale prononc\u00e9e. La Flandre repr\u00e9sente 83% des exportations et importations belges. La Flandre exporte par habitant trois fois plus que l\u2019Allemagne. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des emplois sont dus \u00e0 des investisseurs \u00e9trangers<span id='easy-footnote-22-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-22-32926' title='&lt;a href=&quot;http:\/\/www.vlaanderen.be\/publicaties\/regeerakkoord-van-de-vlaamse-regering-2014-2019&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Vertrouwen, Verbinden, Vooruitgaan&lt;\/span&gt;. Accord du gouvernement flamand 2014-2019&lt;\/a&gt;.'><sup>22<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette internationalisation se cache une certaine d\u00e9pendance qui se manifeste, notamment, dans la nature des flux de capitaux. L\u2019afflux de capitaux \u00e9trangers investis ici est plus important que l\u2019inverse. Et une grande partie des capitaux qui circulent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ne constituent pas des investissements productifs mais des placements dans le secteur financier<span id='easy-footnote-23-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-23-32926' title='C. Duprez et Ch. Van Nieuwenhuyze, \u00abDe buitenlandse directe investeringen in en van Belgi\u00eb\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;NBB Economisch Tijdschrift&lt;\/span&gt;, septembre 2016, p. 62.'><sup>23<\/sup><\/a><\/span>. Une grande partie de l\u2019industrie en Flandre n\u2019est qu\u2019un maillon dans des processus de production internationaux (notamment dans l\u2019industrie chimique) et, en ce sens, elle est fondamentalement tributaire de lignes internationales d\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res ou en produits semi-transform\u00e9s.<\/p>\n<p>Cela ne signifie pas pour autant une d\u00e9pendance unilat\u00e9rale. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est la constellation du pouvoir qui devient de plus en plus complexe. La bourgeoisie flamande est particuli\u00e8rement sensible \u00e0 la pression du capital mondial. C\u2019est pour cette raison qu\u2019elle d\u00e9fend bec et ongles ces flux de capitaux internationaux dans toutes ses activit\u00e9s, traitant ces int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers pour ainsi dire comme les siens. La bourgeoisie flamande se positionne de telle mani\u00e8re que ses revendications ou ses orientations strat\u00e9giques tiennent d\u00e9j\u00e0 compte de l\u2019importance des capitaux \u00e9trangers, sans que cela ne signifie pour autant qu\u2019elle les suive aveugl\u00e9ment. La bourgeoisie est \u00abinterne\u00bb dans le sens o\u00f9, dans sa fa\u00e7on de se positionner et d\u2019agir, elle \u00abinternalise\u00bb les int\u00e9r\u00eats du capital \u00e9tranger.<\/p>\n<p>Le terme \u00abbourgeoisie interne\u00bb, bien qu\u2019un peu vague, pr\u00e9sente l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019\u00e9viter deux pi\u00e8ges. En effet, il permet d\u2019une part de comprendre \u00e0 quel point le capitalisme est interd\u00e9pendant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, sans pour autant supposer l\u2019existence d\u2019une bourgeoisie homog\u00e8ne et transnationale. En termes de formation des classes, la mondialisation du capitalisme se d\u00e9cline sous forme d\u2019une mosa\u00efque de bourgeoisies internes qui adoptent une orientation transnationale, en ce sens qu\u2019elles internalisent les int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers dans la mani\u00e8re dont elles d\u00e9veloppent leurs strat\u00e9gies \u00e9conomiques et politiques. D\u2019autre part, le cadre de Poulantzas nous permet de comprendre qu\u2019il est vain de penser que la bourgeoisie nationale et son \u00c9tat sont \u00aben porte-\u00e0-faux\u00bb avec les multinationales \u00e9trang\u00e8res et que des contradictions politiques puissent m\u00eame surgir \u00e0 ce niveau. L\u2019interd\u00e9pendance est trop forte pour cela. En ce sens, l\u2019image d\u2019un \u00c9tat national dont la base de pouvoir r\u00e9siderait dans les fractions de classe nationales et qui serait soumis aux pressions des multinationales et des imp\u00e9ratifs du march\u00e9 international n\u2019est pas correcte. La bourgeoisie interne est d\u00e9j\u00e0 \u00e9troitement li\u00e9e au capital \u00e9tranger et son positionnement est syst\u00e9matiquement fond\u00e9 sur la volont\u00e9 de renforcer sa propre base en servant le capital \u00e9tranger de mani\u00e8re sp\u00e9cifique<span id='easy-footnote-24-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-24-32926' title='Bob Jessop, Nicos Poulantzas:\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Marxist theory and political strategy&lt;\/span&gt;, Houndmills, Macmillan, 1985, p. 176.'><sup>24<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>Une opposition des PME au r\u00e9gime fiscal favorable aux multinationales est neutralis\u00e9 par la place pr\u00e9pond\u00e9rante du capital \u00e9tranger<\/p><\/blockquote>\n<p>Une id\u00e9e centrale de Poulantzas est que le bloc de pouvoir, la constellation de fractions de classe qui forme la colonne vert\u00e9brale de l\u2019\u00c9tat capitaliste, s\u2019en trouve transform\u00e9: au sein de ce bloc de pouvoir, ce ne sont plus seulement les int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie nationale qui sont repr\u00e9sent\u00e9s, mais aussi ceux du capital \u00e9tranger. Le bloc de pouvoir s\u2019internationalise: il \u00abne peut plus \u00eatre circonscrit \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national uniquement\u00bb<span id='easy-footnote-25-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-25-32926' title='Koch, 2011, p. 115'><sup>25<\/sup><\/a><\/span>. Lorsque les int\u00e9r\u00eats du capital \u00e9tranger sont \u00abinternalis\u00e9s\u00bb, la politique \u00e9tatique doit faire la synth\u00e8se des int\u00e9r\u00eats du capital national et du capital \u00e9tranger. L\u2019\u00c9tat conserve bel et bien une forme nationale, mais son contenu (les int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sent\u00e9s dans la politique men\u00e9e) change. En d\u2019autres termes, l\u2019\u00c9tat internalise les int\u00e9r\u00eats du capital am\u00e9ricain dans la mani\u00e8re dont il construit sa base \u00e9conomique nationale: depuis les lois d\u2019expansion \u00e9conomique des ann\u00e9es 1960 jusqu\u2019aux centres de coordination et aux avantages fiscaux accord\u00e9s aux multinationales aujourd\u2019hui. Inversement, l\u2019\u00c9tat facilite \u00e9galement l\u2019accumulation de capitaux \u00e9trangers dans la fa\u00e7on dont il construit sa propre base \u00e9conomique. Le bloc de pouvoir flamand a donc un volet ext\u00e9rieur, \u00e9tranger.<\/p>\n<p>Cela n\u2019entra\u00eene pas la disparition de toute tension. Des exercices d\u2019\u00e9quilibrage constants sont n\u00e9cessaires: nous en voyons une expression en Belgique o\u00f9 une grande partie du capital flamand pr\u00e9f\u00e8re se concentrer sur l\u2019Allemagne plut\u00f4t que sur la France, par exemple (l\u2019Allemagne est le plus important march\u00e9 d\u2019exportation pour les entreprises flamandes)<span id='easy-footnote-26-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-26-32926' title='&lt;a href=&quot;http:\/\/flandersingermany.be\/nl\/economische-betrekkingen&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;flandersingermany.be\/nl\/economische-betrekkingen&lt;\/a&gt;'><sup>26<\/sup><\/a><\/span>. Le fait que les PME flamandes paient proportionnellement plus d\u2019imp\u00f4ts que de nombreuses multinationales est bien s\u00fbr une source potentielle de friction, mais on notera qu\u2019elle n\u2019aboutit jamais \u00e0 une situation de rupture franche, ce qui est caract\u00e9ristique du positionnement de la bourgeoisie interne.<\/p>\n<h2>L\u2019ambivalence de la politique flamande<\/h2>\n<p>L\u2019\u00c9tat ne se contente donc pas seulement de d\u00e9fendre le capital flamand contre les concurrents \u00e9trangers. Il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la bourgeoisie interne que l\u2019\u00c9tat am\u00e9nage sur son propre territoire un espace d\u2019accumulation des capitaux \u00e9trangers. Diverses orientations strat\u00e9giques peuvent bien s\u00fbr se d\u00e9velopper au sein de ce cadre. L\u2019analyse de la politique \u00e9conomique du gouvernement flamand dans ce contexte r\u00e9v\u00e8le un glissement int\u00e9ressant, qui se r\u00e9sume grosso modo \u00e0 ce qui suit. Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, le gouvernement flamand menait une politique visant \u00e0 renforcer activement les entreprises flamandes et, donc, la bourgeoisie flamande et \u00e0 les \u00abancrer\u00bb en Flandre. Au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, il a abandonn\u00e9 cette politique pour mettre davantage l\u2019accent sur la comp\u00e9titivit\u00e9 de la Flandre sur les march\u00e9s internationaux. Ce sont des choses qu\u2019il faut savoir si l\u2019on veut comprendre le contexte dans lequel la N-VA a vu le jour.<\/p>\n<p>La bourgeoisie flamande ne constitue pas seulement la base sociale de la r\u00e9gionalisation de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat. Ce qui rend l\u2019histoire de cette classe int\u00e9ressante, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le mouvement inverse: la cr\u00e9ation et la croissance de cette bourgeoisie \u00e9taient au c\u0153ur des objectifs d\u2019une strat\u00e9gie politique. Dans un certain sens, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas pour Lodewijk De Raet (qui s\u2019est surtout concentr\u00e9 sur la cr\u00e9ation d\u2019une couche comp\u00e9tente sur le plan technique), mais aussi, quoiqu\u2019\u00e0 un tout autre niveau, pour le gouvernement flamand. On pourrait dire que l\u2019essor de la bourgeoisie flamande a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois un point d\u2019appui pour la formation de la R\u00e9gion flamande et un objectif strat\u00e9gique de la politique du gouvernement flamand depuis les ann\u00e9es 1980. \u00abLe capitalisme produit des marchandises, mais il produit aussi des classes sociales\u00bb, \u00e9crivait Marx. L\u2019\u00c9tat joue un r\u00f4le capital dans la reproduction extensive des classes, en l\u2019occurrence le d\u00e9veloppement de la bourgeoisie<span id='easy-footnote-27-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-27-32926' title='Poulantzas, 1974, p. 31.'><sup>27<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Par exemple, en r\u00e9ponse \u00e0 la p\u00e9nurie de capitaux d\u2019investissement, le gouvernement flamand a pris, depuis les ann\u00e9es 1980, une s\u00e9rie d\u2019initiatives qui, au final, consistent toujours \u00e0 stimuler la formation de classes et \u00e0 renforcer la bourgeoisie flamande. On pourrait \u00e9crire un livre sur les tentatives de cr\u00e9ation ou de d\u00e9veloppement d\u2019entreprises flamandes fortes et leur maintien en Flandre. De la \u00abTroisi\u00e8me r\u00e9volution industrielle en Flandre\u00bb ( \u00abDerde Industri\u00eble Revolutie in Vlaanderen\u00bb, DIRV) de Gaston Geens au lancement de la GIMV, en passant par Flanders Technology, de la discussion sur une holding d\u2019ancrage flamand jusqu\u2019au lancement de Telenet en 1996, chacune de ces \u00e9tapes est une tentative suppl\u00e9mentaire d\u2019\u00e9lever d\u2019un cran la formation de la classe capitaliste en Flandre. Parall\u00e8lement, de nouvelles formes de capital ont \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9es: des Fonds Archim\u00e8de (Arkimedesfondsen) \u00e0 toutes sortes d\u2019incitations \u00e0 la conversion de l\u2019\u00e9pargne en capital-risque et \u00e0 la cr\u00e9ation de fonds d\u2019investissement<span id='easy-footnote-28-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-28-32926' title='Le r\u00f4le du gouvernement \u00e9tait ambivalent: tandis que la Flandre entendait stimuler le march\u00e9 des capitaux, une partie importante des capitaux \u00e9tait retir\u00e9e du march\u00e9 pour servir au financement de la dette publique \u00e9lev\u00e9e de la Belgique. Ainsi, 90% des capitaux lev\u00e9s entre 1989 et 1998 sur le march\u00e9 belge des capitaux ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s aux pouvoirs publics (Michielsen et Delvaux, 1999, p. 314). La tendance a chang\u00e9 par la suite, d\u2019o\u00f9 la sant\u00e9 florissante des bourses au d\u00e9but du XXI&lt;span class=&quot;lava---superscript _idGenCharOverride-1&quot;&gt;e\u00a0&lt;\/span&gt;si\u00e8cle.'><sup>28<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Le gouvernement flamand a d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie explicite de cr\u00e9ation d\u2019entreprises flamandes fortes capables de trouver leur place dans la division internationale du travail, en misant sur les biotechnologies par exemple. Par le biais de GIMV et, plus tard, de la PMV, le gouvernement flamand a lui-m\u00eame fourni du capital-risque. Des entreprises telles que Barco, Standaard Boekhandel ou DEME ont ainsi pu compter sur le capital de GIMV, ce qui leur a permis de rester entre des mains flamandes et de devenir des piliers de l\u2019\u00e9conomie flamande. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, GIMV d\u00e9tenait 80 \u00e0 90% du march\u00e9 du capital-risque en Flandre<span id='easy-footnote-29-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-29-32926' title=''><sup>29<\/sup><\/a><\/span>. GIMV avait une orientation clairement flamande: contrairement \u00e0 leurs homologues wallons de la SRIW, de hauts responsablRaynier Van Outryve d\u2019Ydewalle et Stefaan Michielsen,\u00a0<span class=\"LAVA---SOURCE-italic1\">De bedrijvenbouwer: GIMV: twintig jaar ten dienste van de Vlaamse economie<\/span>. Lannoo, 2000, p. 77.s de GIMV ont ainsi refus\u00e9 de faire partie des conseils d\u2019administration de grandes entreprises francophones, dont la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale ou, du moins, ce qu\u2019il en restait dans les ann\u00e9es 1990<span id='easy-footnote-30-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-30-32926' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid&lt;\/span&gt;, p. 143.'><sup>30<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990, toutefois, de plus en plus d\u2019entreprises se retrouvent aux mains de soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est principalement \u00e0 l\u2019initiative de Luc Van den Brande (CVP) et d\u2019autres, que des efforts sont alors d\u00e9ploy\u00e9s pour maintenir les entreprises flamandes, mais aussi les centres de prise de d\u00e9cision, en Flandre et promouvoir la cr\u00e9ation de champions flamands. Ceci aboutit au fameux \u00abd\u00e9bat d\u2019ancrage\u00bb particuli\u00e8rement vif au cours des ann\u00e9es 1990. Ce d\u00e9bat et l\u2019\u00e9chec, en fin de compte, de la politique d\u2019ancrage ont permis de constater les limites de la strat\u00e9gie du gouvernement focalis\u00e9e sur le renforcement de son propre entreprenariat flamand. De fait, d\u00e8s qu\u2019une PME flamande atteint une certaine taille, elle devient une proie attrayante pour les investisseurs \u00e9trangers. Et comme nous avons pu le constater plus haut, nombre d\u2019entrepreneurs flamands n\u2019y trouvent rien \u00e0 redire<span id='easy-footnote-31-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-31-32926' title='L\u2019absence d\u2019imp\u00f4t sur les plus-values joue certainement dans ce domaine: lorsqu\u2019on vend son entreprise en faisant une plus-value, on ne paie pas d\u2019imp\u00f4t sur cette plus-value. \u00c0 cet \u00e9gard, la Belgique est une sorte de paradis fiscal. Le r\u00e9gime fiscal a donc une incidence sur la formation des classes.'><sup>31<\/sup><\/a><\/span>. En ce sens, il existe une tension entre les tentatives du gouvernement flamand de renforcer sa propre base \u00e9conomique (et donc aussi la bourgeoisie flamande) et la tendance des entrepreneurs flamands \u00e0 vendre leur entreprise et \u00e0 s\u2019engager dans une logique plus financiaris\u00e9e et li\u00e9e \u00e0 la Flandre. Une partie de la bourgeoisie flamande contrecarre en quelque sorte la politique gouvernementale m\u00eame, qui vise \u00e0 cr\u00e9er et ancrer des entreprises flamandes. Cette situation refl\u00e9terait-elle une orientation internationale et financi\u00e8re d\u2019une grande partie de la population flamande plus marqu\u00e9e que ne le souhaiteraient ses repr\u00e9sentants politiques? Nous sommes ici r\u00e9ellement face \u00e0 une tension caract\u00e9ristique de la bourgeoisie interne.<\/p>\n<blockquote><p>Telenet s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre moins un instrument de d\u00e9veloppement et d\u2019ancrage flamand que de mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale<\/p><\/blockquote>\n<p>Un cas int\u00e9ressant dans ce contexte est celui de Telenet, une initiative fortement soutenue par la classe politique flamande, et destin\u00e9e \u00e0 faire sauter le monopole de la belge Belgacom. La cr\u00e9ation de Telenet en 1996 r\u00e9pond \u00e0 des motifs clairement politiques: il s\u2019agissait d\u2019une \u00abattaque frontale contre le monopole de Belgacom sur les t\u00e9l\u00e9communications en Belgique\u00bb, \u00e9crit l\u2019ancien pr\u00e9sident de GIMV, Outrive d\u2019Ydewalle<span id='easy-footnote-32-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-32-32926' title='Van Outryve d\u2019Ydewalle et Michielsen, 2000, p. 149.'><sup>32<\/sup><\/a><\/span>. Ici encore, Luc Van den Brande (CVP) \u00e9tait \u00e0 la man\u0153uvre. Ce n\u2019est toutefois qu\u2019un \u00e9ni\u00e8me remake du m\u00eame sc\u00e9nario, qui aboutit au final \u00e0 la vente de l\u2019entreprise \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine Liberty Global prenant le contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 flamande en 2012. Ce cas est particuli\u00e8rement parlant. En fin de compte, Telenet s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre moins un instrument de d\u00e9veloppement et d\u2019ancrage flamand que de mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Historiquement, Telenet a servi \u00e0 briser le monopole de Belgacom, acc\u00e9l\u00e9rer la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 des t\u00e9l\u00e9communications et renforcer davantage le contr\u00f4le \u00e9tranger exerc\u00e9 sur l\u2019\u00e9conomie flamande.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chec de la politique d\u2019ancrage entra\u00eene un virage encore plus lib\u00e9ral de la politique \u00e9conomique \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000<span id='easy-footnote-33-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-33-32926' title='Voir aussi Dirk Luyten, \u00abL&amp;rsquo;\u00e9conomie et le mouvement flamand\u00bb.\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Courrier hebdomadaire du CRISP&lt;\/span&gt;, n\u00b02076, 2010, pp. 5-46.'><sup>33<\/sup><\/a><\/span>. Qu\u2019il s\u2019agisse de \u00abVlaanderen in Actie\u00bb, du positionnement de la Flandre en tant que centre logistique ou du slogan de la bonne gouvernance: ce ne sont qu\u2019autant de tentatives de profilage international plut\u00f4t que d\u2019interventions directes visant \u00e0 renforcer les entreprises flamandes. L\u2019ancrage des entreprises flamandes a fait place \u00e0 de nouveaux concepts tels que l&rsquo; \u00abancrage du savoir\u00bb, principalement destin\u00e9 \u00e0 profiler la Flandre en tant que r\u00e9gion innovante et donc en tant que p\u00f4le d\u2019attraction potentiel pour le capital.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00abinternationalisation de l\u2019\u00e9conomie flamande\u00bb est \u00abune priorit\u00e9 absolue\u00bb, peut-on lire dans l\u2019accord de coalition du gouvernement Bourgeois (2014-2019)<span id='easy-footnote-34-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-34-32926' title='&lt;a href=&quot;http:\/\/www.vlaanderen.be\/publicaties\/regeerakkoord-van-de-vlaamse-regering-2014-2019&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Vertrouwen, Verbinden, Vooruitgaan&lt;\/span&gt;. Accord du gouvernement flamand 2014-2019&lt;\/a&gt;.'><sup>34<\/sup><\/a><\/span>. Il s\u2019agit moins d\u2019ancrer les entreprises flamandes que d\u2019attirer et retenir les investisseurs \u00e9trangers. Et le succ\u00e8s est au rendezvous. Les investissements \u00e9trangers en Flandre explosent: en 2018, un montant record de 4,24 milliards d\u2019euros de capitaux \u00e9trangers a \u00e9t\u00e9 investi en Flandre<span id='easy-footnote-35-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-35-32926' title='\u00abBuitenlandse investeringen in Vlaanderen bereikten recordpeil in 2018\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Trends&lt;\/span&gt;, 22 janvier 2019.'><sup>35<\/sup><\/a><\/span>. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la Belgique attire plus de capitaux, en particulier des \u00c9tats-Unis, suivis par ceux en provenance des pays voisins<span id='easy-footnote-36-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-36-32926' title='EY, Sterke groei over de hele lijn. Barometer van de Belgische Attractiviteit 2019.'><sup>36<\/sup><\/a><\/span>. Le gouvernement Jambon poursuit sur cette voie. Il va sans dire que ce succ\u00e8s dissimule \u00e9galement vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u00e9pendance: la pression pour rester comp\u00e9titif au niveau international est forte.<\/p>\n<p>Cette chronique de la politique \u00e9conomique flamande a son importance et pas seulement parce qu\u2019elle illustre le positionnement changeant de la bourgeoisie \u00abinterne\u00bb dans le contexte international. On ne peut pas cr\u00e9er une classe bourgeoise et attendre de cette classe qu\u2019elle mette en \u0153uvre le projet \u00abflamand\u00bb. On ne peut pas opter \u00e0 la fois pour le n\u00e9olib\u00e9ralisme et pour un ancrage local. On ne peut pas \u00e0 la fois s\u2019engager dans l\u2019internationalisation et esp\u00e9rer que les financiers ainsi cr\u00e9\u00e9s s\u2019identifieront loyalement \u00e0 la cause flamande. En d\u00e9finitive, pour la bourgeoisie flamande, le profit financier prime sur l\u2019identit\u00e9 flamande. L\u2019argument \u00abmercantiliste\u00bb (n\u00e9o-lib\u00e9ral) en faveur de l\u2019autonomie flamande ne livrera qu\u2019une loyaut\u00e9, elle aussi, \u00abmercantiliste\u00bb.<\/p>\n<p>Aussi, la politique gouvernementale accorde-t-elle d\u00e9sormais moins de place \u00e0 la constitution et \u00e0 l\u2019ancrage volontaires du capital flamand qu\u2019au positionnement de la Flandre sur le march\u00e9 international. La N-VA cadre parfaitement avec cette orientation, que l\u2019on pourrait qualifier de typiquement n\u00e9o-lib\u00e9rale. En 2014, en pleine campagne \u00e9lectorale, la N-VA lan\u00e7ait l\u2019id\u00e9e de d\u00e9velopper une soci\u00e9t\u00e9 flamande de l\u2019\u00e9nergie: on se serait cru revenus \u00e0 la philosophie des ann\u00e9es 1980. La N-VA cherchait, semble-t-il, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter l\u2019histoire de Telenet en cr\u00e9ant un concurrent flamand pour Electrabel. En attendant, l\u2019id\u00e9e est morte de sa belle mort.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>La bourgeoisie r\u00e8gne mais ne gouverne pas. La bourgeoisie peut entretenir toutes sortes de relations avec les responsables politiques, sans toutefois jamais s\u2019harmoniser totalement avec eux<span id='easy-footnote-37-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-37-32926' title='Une partie du personnel \u00abdirigeant\u00bb est \u00e9videmment issue du grand capital multinational: il suffit de songer aux cabinettards qui, avant ou apr\u00e8s (leur passage au cabinet), partent travailler pour de grandes entreprises \u00e9trang\u00e8res.'><sup>37<\/sup><\/a><\/span>. Mais quelle bourgeoisie ou quelle fraction capitaliste est aux commandes? Cette question ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e ind\u00e9pendamment du contexte international, qui joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la constellation des pouvoirs nationaux. Tout au long de l\u2019histoire de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, nous avons vu comment, \u00e0 certains moments cl\u00e9s, la constellation du pouvoir entre les diff\u00e9rentes classes sociales en Belgique est tributaire de soutiens \u00e9trangers. Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher se confronte directement avec le monde du travail dans les ann\u00e9es 1980. Les classes bourgeoises belges et leurs repr\u00e9sentants politiques semblent beaucoup moins enclins \u00e0 oser une chose pareille.<\/p>\n<blockquote><p>Le gouvernement flamand accorde d\u00e9sormais moins de place \u00e0 la constitution et l\u2019ancrage du capital flamand qu\u2019\u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 sur les march\u00e9s internationaux<\/p><\/blockquote>\n<p>La pression \u00e9trang\u00e8re agit tr\u00e8s souvent comme un levier. L\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la CECA en 1951 \u00e9tait essentielle pour permettre la restructuration de l\u2019industrie lourde et, surtout, du secteur minier et en transf\u00e9rer la responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe<span id='easy-footnote-38-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-38-32926' title='Kristof Smeyers et Erik Buyst,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Het gestolde land: een economische geschiedenis van Belgi\u00eb&lt;\/span&gt;, Polis, 2016, p. 160.'><sup>38<\/sup><\/a><\/span>. En Belgique, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, le virage vers une politique d\u2019assainissement n\u00e9olib\u00e9rale s\u2019est fait sous la pression allemande<span id='easy-footnote-39-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-39-32926' title='Voir \u00e0 ce sujet Alain Mouton,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Het geld is op! De financi\u00eble putten van Belgi\u00eb&lt;\/span&gt;, Uitgeverij Vrijdag, 2017, p. 22 et suiv.'><sup>39<\/sup><\/a><\/span>. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la pression europ\u00e9enne de l\u2019euro et aux crit\u00e8res de Maastricht que Jean-Luc Dehaene a pu faire avancer son plan global. Les march\u00e9s financiers sont un moyen de pression constant pour emp\u00eacher la dette publique de d\u00e9railler. La menace des multinationales de cesser d\u2019investir en Belgique constitue un pilier du rapport de force dans les relations entre classes. Dans un petit pays o\u00f9 le mouvement ouvrier est dynamique, la bourgeoisie a besoin d\u2019un tel soutien ext\u00e9rieur pour maintenir sa sup\u00e9riorit\u00e9 de classe. La concurrence \u00e9trang\u00e8re, la puissance des multinationales ou des march\u00e9s financiers, ou des institutions comme l\u2019UE, constituent une base de pouvoir essentielle et indirecte pour la bourgeoisie int\u00e9rieure. Si la bourgeoisie flamande est devenue un p\u00f4le crucial dans le jeu complexe des rapports de force dans ce pays, nous devons rester prudents dans l\u2019emploi de la notion d&rsquo; \u00abh\u00e9g\u00e9monique\u00bb pour la qualifier.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas parce que la N-VA veut appliquer \u00e0 la lettre les revendications de la bourgeoisie flamande et du Voka que cette classe est elle-m\u00eame h\u00e9g\u00e9monique. Il est parfaitement possible que cette bourgeoisie interne flamande ne joue son r\u00f4le que dans un bloc de pouvoir plus \u00e9tendu, au sein duquel elle lie son propre d\u00e9veloppement \u00e0 celui des multinationales et du capital financier. Il n\u2019est gu\u00e8re facile de d\u00e9terminer si une classe est h\u00e9g\u00e9monique ou non. On peut n\u00e9anmoins s\u2019en faire une id\u00e9e globale \u00e0 partir de la politique qui est men\u00e9e. Et celle-ci est fa\u00e7onn\u00e9e, en premier lieu, en fonction du grand capital multinational. Si le gouvernement flamand suit bien une strat\u00e9gie claire d\u2019accumulation, un aspect crucial de cette strat\u00e9gie consiste \u00e0 faire de la Flandre un espace d\u2019accumulation du capital \u00e9tranger, de telle sorte que la bourgeoisie flamande en ressorte \u00e9galement renforc\u00e9e<span id='easy-footnote-40-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-40-32926' title='La notion de \u00abstrat\u00e9gie d\u2019accumulation\u00bb vient de Bob Jessop, par exemple de son ouvrage\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;State Theory. Putting Capitalist States in their Place&lt;\/span&gt;. Cambridge, Polity Press, 1990.'><sup>40<\/sup><\/a><\/span>. Les entrepreneurs flamands sont parfaitement conscients de l\u2019importance de cette question.<\/p>\n<p>Comment cette constellation se traduit-elle dans les relations int\u00e9rieures? La strat\u00e9gie du CVP a de tout temps \u00e9t\u00e9 ax\u00e9e sur l\u2019int\u00e9gration du monde du travail, au sens corporatif, dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Flandre. Or, le d\u00e9placement du balancier politique vers la N-VA indique que la donne a chang\u00e9. La N-VA se positionne ouvertement en tant que d\u00e9fenseur du Voka et adopte une position ferme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des syndicats et de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cependant, elle poursuit avant tout une politique destin\u00e9e \u00e0 rendre la Flandre internationalement attractive aux yeux des capitaux \u00e9trangers. Un tel projet ne m\u00e8ne pas \u00e0 une v\u00e9ritable h\u00e9g\u00e9monie, mais met en avant les int\u00e9r\u00eats corporatifs de ce capital, vu le peu de place laiss\u00e9 \u00e0 une strat\u00e9gie \u00e9conomique alternative. \u00abIl n\u2019y a pas d\u2019alternative\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un jour Bart De Wever. Un tel propos n\u2019est pas le reflet d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie forte et expansive.<\/p>\n<blockquote><p>Un programme \u00e9conomique ax\u00e9 sur les revendications du Voka ne permet pas de gagner des \u00e9lections. Il reste \u00e0 la N-VA la fuite en avant x\u00e9nophobe<\/p><\/blockquote>\n<p>Cela pose cependant un probl\u00e8me d\u00e9mocratique pour un parti comme la N-VA. Un discours nationaliste ne permet pas d\u2019aller bien loin; et un programme \u00e9conomique ax\u00e9 sur les revendications du Voka, o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats du capital multinational sont internalis\u00e9s, ne permet pas de gagner des \u00e9lections. Il s\u2019av\u00e8re d\u00e8s lors n\u00e9cessaire de chercher ailleurs des points de soutien de la part de la population. Pour reprendre les propos du marxiste britannique Colin Leys: \u00abLes classes dirigeantes nationales ont de plus en plus de mal \u00e0 r\u00e9soudre la tension entre les exigences du capital mondial et les int\u00e9r\u00eats de la population dont elles ont besoin pour rester au pouvoir.\u00bb<span id='easy-footnote-41-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-41-32926' title='Leys Colin, \u00abThe British Ruling Class\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;The Socialist Register&lt;\/span&gt;\u00a02014, Merlin Press, p. 108.'><sup>41<\/sup><\/a><\/span>. Pour s\u2019enraciner dans le sens commun (populaire), il reste toujours la fuite en avant x\u00e9nophobe. C\u2019est le seul moyen qui reste pour rassembler les masses. Dans le m\u00eame temps, bien entendu, une tension appara\u00eet entre les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques de la bourgeoisie flamande et la politique que la N-VA consid\u00e8re apparemment comme n\u00e9cessaire pour remporter les \u00e9lections: en t\u00e9moigne la chute du gouvernement suite au Pacte de Marrakech et le m\u00e9contentement que cela a suscit\u00e9 chez les entrepreneurs flamands.<\/p>\n<p>Dans ses derniers travaux, Jean-Paul Sartre soulignait que l\u2019on ne na\u00eet pas \u00abbourgeois\u00bb, on le devient<span id='easy-footnote-42-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-42-32926' title='Jean-Paul Sartre,&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;\u00a0Critique de la raison dialectique&lt;\/span&gt;, Gallimard, 1985;\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;L\u2019idiot de la famille&lt;\/span&gt;, Gallimard, 1972.'><sup>42<\/sup><\/a><\/span>. Son \u00ab\u00eatre-de-classe\u00bb n\u2019est pas une partie plus profonde de son \u00eatre, mais quelque chose qui se trouve en dehors de soi et qu\u2019on doit int\u00e9grer. Cela signifie que, d\u2019une certaine mani\u00e8re, vous devez donner du sens \u00e0 votre situation objective de classe, y compris \u00e0 l&rsquo;histoire de votre classe. Sartre s\u2019oppose \u00e0 la notion de \u00abconscience de classe\u00bb, qui sugg\u00e8re bien trop que la classe est un sujet dot\u00e9 d\u2019une conscience. Il lui pr\u00e9f\u00e8re la notion d\u2019\u00abesprit de classe\u00bb, \u00e0 savoir un ensemble de notions qui circulent dans un environnement donn\u00e9 et permettent d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019\u00eatre-de-classe. Il suffit de lire une s\u00e9rie d\u2019entretiens avec des entrepreneurs flamands de premier plan pour se faire une id\u00e9e de cet \u00abesprit\u00bb et de la fa\u00e7on dont la classe per\u00e7oit sa situation objective.<\/p>\n<p>Cette situation objective s\u2019inscrit dans une fraction de classe qui gagne en importance mais reste n\u00e9anmoins marqu\u00e9e par sa subordination historique et des formes de d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du grand \u00e9tranger. Elle b\u00e9n\u00e9ficie du soutien de l\u2019\u00c9tat mais reste \u00e0 la tra\u00eene par rapport aux politiques n\u00e9olib\u00e9rales qui semblent possibles dans certains pays voisins. Elle est confront\u00e9e \u00e0 un mouvement ouvrier fort, capable d\u2019une r\u00e9sistance d\u00e9fensive permanente, mais sans \u00e9clats soudains de lutte intense (comme en France, par exemple). D\u2019o\u00f9 un sentiment qui semble largement partag\u00e9 au sein de la bourgeoisie flamande: plus rien ne bouge. Les patrons veulent aller de l\u2019avant mais d\u00e9clarent se sentir impuissants. Le pays est \u00abbloqu\u00e9\u00bb, selon Erik Buyst, historien \u00e9conomique associ\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien centre de recherche VIVES de Louvain. On ne peut rien faire dans ce pays, tout est bloqu\u00e9 par la complexit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et le \u00abconservatisme\u00bb des syndicats. Cela en dit long sur l\u2019exp\u00e9rience de classe de la bourgeoisie flamande, qui est une exp\u00e9rience d\u2019inertie. Les dol\u00e9ances sont parfois aussi intestines: le fait que la bourgeoisie flamande ne puisse pas progresser est alors imput\u00e9 \u00e0 l\u2019inertie d\u2019autres entrepreneurs qui prennent trop peu d\u2019initiatives ou ne font pas suffisamment preuve de courage ou d\u2019ambition<span id='easy-footnote-43-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-43-32926' title='L\u2019\u00ab\u00eatre-de-classe\u00bb est bien s\u00fbr \u00e9galement diff\u00e9renci\u00e9 et pr\u00e9sente d\u2019autres aspects: songez au paternalisme qui caract\u00e9rise le chef d\u2019entreprise catholique flamand et \u00e0 l\u2019orientation internationale et cosmopolite de certains entrepreneurs dans les secteurs des TIC ou pharmaceutique.'><sup>43<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-32936 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Lava15-illus-redkitten-TRK010webs01xp1-16.png\" alt=\"\" width=\"556\" height=\"620\" \/>\n<p>La bourgeoisie flamande conna\u00eet son lot de drames, souvent inspir\u00e9s par des projets avort\u00e9s (Oosterweel, Uplace), des multinationales qui se retirent ou des obstacles auxquels elle peut imputer ses d\u00e9boires. Lorsque son projet Uplace s\u2019est heurt\u00e9 \u00e0 une r\u00e9sistance, Bart Verhaeghe a clam\u00e9, sans craindre l\u2019exc\u00e8s: \u00abNous sommes l\u2019Empire romain en d\u00e9clin\u00bb<span id='easy-footnote-44-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-44-32926' title='Stephanie De Smedt, \u00abWe zijn het Romeinse Rijk in verval\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De Tijd&lt;\/span&gt;, 12 novembre 2011.'><sup>44<\/sup><\/a><\/span>. Nicolas Saverys, descendant du fondateur du chantier naval Boelwerf \u00e0 Temse et grand homme du groupe maritime Exmar, a un jour qualifi\u00e9 le PS de \u00abvieux parti bolchevique\u00bb<span id='easy-footnote-45-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-45-32926' title='\u00abNous ne remarquons pas la crise\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De Morgen&lt;\/span&gt;, 22 d\u00e9cembre 2012'><sup>45<\/sup><\/a><\/span>. \u00abCe n\u2019est pas du socialisme, c\u2019est du marxisme\u00bb, \u00e9crivait il y a quelques ann\u00e9es Luc Bertrand, cadre sup\u00e9rieur d\u2019Ackermans &amp; Van Haaren, un groupe qui d\u00e9tient des participations importantes dans l\u2019entreprise de dragage DEME, \u00e0 propos du gouvernement Di Rupo<span id='easy-footnote-46-32926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/la-bourgeoisie-flamande-partie-2\/#easy-footnote-bottom-46-32926' title='Fran\u00e7ois-Xavier Lef\u00e8vre, \u00abBeleid Di Rupo is marxisme\u00bb,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;De Tijd&lt;\/span&gt;, 22 septembre 2012.'><sup>46<\/sup><\/a><\/span>. N\u2019est-ce pas l\u00e0 l\u2019esprit d\u2019une \u00e9lite \u00e9conomique \u00e9mergente qui veut se positionner dans le monde et cherche depuis des d\u00e9cennies les instruments politiques appropri\u00e9s pour y parvenir, mais qui, \u00e0 son grand d\u00e9sespoir, ne les a pas encore tout \u00e0 fait trouv\u00e9s?<\/p>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cr\u00e9ation et le renforcement d\u2019une bourgeoisie flamande \u00e9tait un objectif historique d\u2019une partie du mouvement flamand. 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