{"id":32906,"date":"2020-12-21T07:47:52","date_gmt":"2020-12-21T05:47:52","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=32906"},"modified":"2022-05-31T14:39:47","modified_gmt":"2022-05-31T12:39:47","slug":"comment-les-communistes-ont-precipite-la-greve-du-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/comment-les-communistes-ont-precipite-la-greve-du-siecle\/","title":{"rendered":"Comment les communistes ont pr\u00e9cipit\u00e9 la \u00abgr\u00e8ve du si\u00e8cle\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>La lecture traditionnelle de la gr\u00e8ve de 60-61 a souvent fait la part belle \u00e0 l&rsquo;action des renardistes, mais les syndicalistes communistes ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans le coup d&rsquo;envoi de la plus fameuse des gr\u00e8ves belges.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32907\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Lava15-illus-redkitten-TRK010webs01xp1-07.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1440\" \/>\n<p>Que n\u2019a-t-on pas d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit sur la gr\u00e8ve de 1960-1961? Peu d\u2019\u00e9v\u00e9nements sociaux balisent en effet autant le XXe si\u00e8cle belge. Parmi les noms des syndicalistes qui ont marqu\u00e9 la gr\u00e8ve, Andr\u00e9 Renard est le premier. Le dirigeant radical de la centrale des m\u00e9tallurgistes (CMB) a incarn\u00e9 avec ardeur ce grand mouvement populaire, malgr\u00e9 l\u2019opposition initiale des instances de son syndicat (FGTB) et du Parti socialiste. Mais un autre nom appara\u00eet parfois dans ce r\u00e9cit: Robert Dussart. Si son nom subsiste encore aujourd\u2019hui dans une certaine m\u00e9moire politico-syndicale, c\u2019est parce qu\u2019il y a jou\u00e9 un r\u00f4le capital bien que m\u00e9connu, surtout lors de son d\u00e9clenchement \u00e0 Charleroi. Il n\u2019est pas le seul. \u00c0 Anvers et \u00e0 Seraing, d\u2019autres militants ouvriers personnifient, comme Dussart, l\u2019image du syndicaliste de terrain, \u00abde la base\u00bb, de ceux qui ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par leur action combative le d\u00e9clenchement d\u2019une mobilisation qui, soixante ans apr\u00e8s, continue de nous livrer de pr\u00e9cieuses le\u00e7ons sur une certaine id\u00e9e du syndicalisme de lutte des classes.<\/p>\n<h2>Les chemins vers la grande gr\u00e8ve<\/h2>\n<p>Au d\u00e9part de la \u00abgr\u00e8ve m\u00e8re\u00bb, il y a une protestation contre la \u00abLoi unique\u00bb, une s\u00e9rie de mesures voulant r\u00e9duire l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019allocation de ch\u00f4mage et \u00e0 la pension dans le service public, tout en augmentant certaines taxes. Cette \u00abLoi unique\u00bb a comme principal pr\u00e9texte l\u2019ind\u00e9pendance congolaise. Eyskens, le Premier ministre du gouvernement catholique-lib\u00e9ral, justifie cette premi\u00e8re grande cure d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 par la perte du Congo en juin 1960. Cet argument plut\u00f4t cynique au regard de son exploitation brutale depuis 1885 est en r\u00e9alit\u00e9 faux. La colonie belge \u00e9tait devenue bien moins rentable durant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es. La Loi unique vise plut\u00f4t \u00e0 adapter la Belgique aux exigences antisociales du March\u00e9 commun europ\u00e9en.<\/p>\n<blockquote><p>Le sommet de la mobilisation est atteint le 29 d\u00e9cembre avec 600000 gr\u00e9vistes<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u00f4t\u00e9 syndical, la FGTB veut rebondir sur les gr\u00e8ves de 1957-1959. Le combat des m\u00e9tallos marque en effet une mont\u00e9e en puissance du mouvement social. Les services publics sont eux aussi tr\u00e8s remont\u00e9s. Avec les gr\u00e8ves, en Flandre, d\u2019ouvriers du textile et de dockers, puis la lutte des mineurs contre la fermeture de charbonnages, une volont\u00e9 populaire grandit \u00e0 travers le pays pour retrouver le go\u00fbt des grandes conqu\u00eates sociales de la Lib\u00e9ration. La clinquante Expo 58 peine \u00e0 voiler le ralentissement \u00e9conomique belge. Le patronat comme le gouvernement de droite cherchent \u00e0 imposer une vague aust\u00e9ritaire. Une sorte d\u2019alignement des plan\u00e8tes se dessine en vue du choc de l\u2019hiver 60-61.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019intransigeance du gouvernement, la gauche syndicale et politique hausse le ton. M\u00eame si la contestation vient des bastions industriels wallons, la premi\u00e8re manifestation contre la Loi unique a lieu d\u00e9but octobre \u00e0 Anvers. Ce cort\u00e8ge d\u2019agents communaux a la particularit\u00e9 de d\u00e9filer en front commun FGTB-CSC, une pratique quasiment in\u00e9dite. Le syndicat chr\u00e9tien CSC est attach\u00e9 au parti du Premier ministre et est majoritaire en Flandre, tandis que la FGTB, li\u00e9e au Parti socialiste, domine les bassins industriels, situ\u00e9s surtout en Wallonie. Ce clivage sera l\u2019enjeu majeur de la gr\u00e8ve: malgr\u00e9 cette manifestation initiale, la FGTB portera seule le poids de la gr\u00e8ve, principalement au sud du pays, tout en tentant, au d\u00e9but, de faire basculer les syndiqu\u00e9s chr\u00e9tiens dans la gr\u00e8ve malgr\u00e9 le refus de la direction de la CSC.<\/p>\n<p>Mais la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reste toujours \u00e9loign\u00e9e. L\u2019\u00e9tat-major national de la FGTB est divis\u00e9 entre partisans de l\u2019action et adeptes de la concertation. Renard ferraille fermement contre Dore Smets, le patron de la Centrale g\u00e9n\u00e9rale, et Louis Major, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FGTB. Ces pontes syndicaux incarnent un courant plus centriste et subordonn\u00e9 \u00e0 la ligne \u00e9lectorale du PSB. Leur mainmise sur la partie n\u00e9erlandophone du syndicat nuira davantage encore \u00e0 la gr\u00e8ve en Flandre. Renard d\u00e9cide d\u00e8s lors de s\u2019appuyer sur ses propres forces: les m\u00e9tallurgistes et l\u2019aile wallonne de la FGTB. De grandes manifestations r\u00e9unissent en novembre et d\u00e9cembre jusqu\u2019\u00e0 100000 syndicalistes au travers de gr\u00e8ves locales, surtout \u00e0 Li\u00e8ge et dans le Hainaut. Mais un vote interne au comit\u00e9 national de la FGTB repousse le 16d\u00e9cembre \u00e0 une tr\u00e8s faible majorit\u00e9 la proposition de Renard d\u2019une gr\u00e8ve totale de 24heures en janvier. Le syndicat ne voit pas venir la vague populaire. La CGSP, dont beaucoup de militants sont communistes, ne se r\u00e9signe pas et d\u00e9pose un pr\u00e9avis de gr\u00e8ve pour le 20d\u00e9cembre, premier jour des d\u00e9bats parlementaires. Tout va tourner autour de cette date. La gr\u00e8ve, qui va mobiliser 700 000 travailleurs et durer cinq semaines, ne sera donc ni d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e officiellement par la FGTB\u2026 ni spontan\u00e9e.<\/p>\n<h2>Le r\u00f4le du PCB dans le d\u00e9clenchement de la gr\u00e8ve<\/h2>\n<p>Le Parti communiste de Belgique est en 1960 plut\u00f4t affaibli. Il n\u2019a plus que deux d\u00e9put\u00e9s, contre 23 en 1946, et 11500 membres (88000 \u00e0 la Lib\u00e9ration). Le PCB est pass\u00e9 d\u2019un statut de favori, suite \u00e0 son implication consid\u00e9rable dans la R\u00e9sistance antinazie, \u00e0 paria de la Guerre froide. Bien des communistes ont eu de grandes responsabilit\u00e9s syndicales mais peu les ont gard\u00e9es, tout comme peu de leurs cellules d\u2019entreprise ont surv\u00e9cu. Mais trois p\u00f4les ont persist\u00e9. D\u2019abord, dans la m\u00e9tallurgie li\u00e9geoise (100000 ouvriers), o\u00f9 les communistes ont conserv\u00e9 un ancrage solide, surtout \u00e0 Cockerill (Seraing) mais aussi \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance-Longdoz et \u00e0 la FN-Herstal. Au Port d\u2019Anvers (10000 dockers), une cellule s\u2019est maintenue envers et contre tout, continuant d\u2019agiter le chiffon rouge malgr\u00e9 l\u2019\u00e9norme pression de l\u2019appareil syndical socialiste. Enfin, ce \u00abtriangle\u00bb est compl\u00e9t\u00e9 par les ACEC de Charleroi. La particularit\u00e9 syndicale de cette usine de fabrications \u00e9lectriques (10000 salari\u00e9s) est que les communistes sont parvenus d\u00e8s 1950 \u00e0 s\u2019imposer peu \u00e0 peu \u00e0 la t\u00eate de la d\u00e9l\u00e9gation syndicale. En 1960, Robert Dussart n\u2019en est pas encore le pr\u00e9sident \u2013 et doit composer avec des socialistes \u2013 mais en est clairement l\u2019\u00e9toile montante, sinon de facto le meneur et va le d\u00e9montrer dans la gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Le PCB prend conscience de l\u2019ampleur du mouvement lors de la r\u00e9union de son comit\u00e9 central le week-end des 17 et 18d\u00e9cembre \u00e0 Bruxelles. Les cadres communistes d\u00e9cident d\u2019aider de toutes leurs forces la gr\u00e8ve de la CGSP du 20d\u00e9cembre. Beaucoup, en syndicalistes aguerris, sentent que la masse des travailleurs est chauff\u00e9e \u00e0 blanc et que l\u2019ind\u00e9cision du comit\u00e9 national de la FGTB ne sera pas accept\u00e9e. Le PCB d\u00e9cide de mobiliser sa vingtaine de sections d\u2019entreprise pour doper la gr\u00e8ve de la CGSP, y compris celle des ACEC-Charleroi dont Dussart est le responsable. Un tract d\u2019usine est rapidement \u00e9crit. L\u2019appel est clair: \u00abD\u00e8s ce lundi matin [19d\u00e9cembre], les assembl\u00e9es ouvri\u00e8res auront donc \u00e0 prendre les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires pour d\u00e9clencher la pression la plus grande sur le Parlement, qui entame la discussion ce mardi 20d\u00e9cembre. C\u2019est au cours de ces journ\u00e9es de d\u00e9bat public que l\u2019effort maximum doit \u00eatre fourni. Que l\u2019action commence d\u00e8s ce mardi et se g\u00e9n\u00e9ralise rapidement.\u00bb Les d\u00e9s sont jet\u00e9s.<\/p>\n<p>Le dimanche soir, de retour de Bruxelles, Dussart r\u00e9unit ses camarades, leur fait le point et pr\u00e9pare un num\u00e9ro sp\u00e9cial de leur petit journal d\u2019usine sur base du tract national, \u00e0 distribuer le lundi \u00e0 l\u2019usine. Tout se joue le 19d\u00e9cembre: les trois d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s socialistes des ACEC pr\u00e9sents au comit\u00e9 national FGTB du vendredi 16 ne viennent pas travailler le lundi et il n\u2019y a aux ateliers que trois permanents syndicaux, dont Dussart et un autre communiste. \u00c0 10h, \u00abj\u2019avais fait en sorte que ma permanence syndicale soit envahie par cent travailleurs exigeant des comptes\u00bb, raconte Dussart, espi\u00e8gle. \u00abJ\u2019ai propos\u00e9 tout de suite en catastrophe \u00e0 ma d\u00e9l\u00e9gation une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 13h.\u00bb Les ouvriers et employ\u00e9s des deux syndicats y sont pr\u00e9sents en masse et, comme pr\u00e9vu, sont furieux des atermoiements de la direction de la FGTB. La gr\u00e8ve jusqu\u2019au bout, \u00abau finish\u00bb, et en front commun (!) est vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour le lendemain. C\u2019est la premi\u00e8re usine \u00e0 partir en gr\u00e8ve.<\/p>\n<blockquote><p>La tension monte d&rsquo;un cran le 30 avec le premier gr\u00e9viste abattu par les forces de l&rsquo;ordre \u00e0 Bruxelles. Trois autres p\u00e9riront au cours de la gr\u00e8ve<\/p><\/blockquote>\n<p>Plus important, il est d\u00e9cid\u00e9 de lancer d\u00e8s 7h du matin un cort\u00e8ge en direction des entreprises susceptibles de les suivre. Apr\u00e8s l\u2019assembl\u00e9e, Dussart t\u00e9l\u00e9phone aux ACEC-Herstal pour leur annoncer la nouvelle et les inciter \u00e0 faire de m\u00eame, avec succ\u00e8s. Dussart rassure sa d\u00e9l\u00e9gation syndicale: si les ACEC sont isol\u00e9es le soir du 21, la reprise sera garantie le 22. Le mardi 20, les gr\u00e9vistes des ACEC assi\u00e8gent les usines voisines, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par des groupes de motards. C\u2019est une r\u00e9ussite: les ouvriers de ces usines rejoignent la gr\u00e8ve. Le patron socialiste de la FGTB-Charleroi est furieux de cette d\u00e9sob\u00e9issance et t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Dussart pour lui faire savoir son exclusion du syndicat. Mais c\u2019est trop tard. Le mercredi 21 \u00e0 14h, la r\u00e9gionale interprofessionnelle FGTB vote la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale sur le champ, annulant de ce fait la sanction. Les ACEC-Charleroi ont ainsi bien mis le feu aux poudres au Pays Noir.<\/p>\n<p>Ailleurs, la gr\u00e8ve se r\u00e9pand. Marcel Baiwir, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 communiste de Cockerill-Ougr\u00e9e, a laiss\u00e9 dans ses souvenirs le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 de cette journ\u00e9e du 20d\u00e9cembre o\u00f9, partie de l\u2019aci\u00e9rie et des ateliers centraux, la gr\u00e8ve se r\u00e9pand \u00e0 la vitesse de l&rsquo;\u00e9clair dans cette \u00e9norme entreprise de 45000 ouvriers, avec la complicit\u00e9 du pr\u00e9sident de la d\u00e9l\u00e9gation syndicale, le communiste Honor\u00e9 Swinbergh. Ce d\u00e9brayage impacte toute l\u2019industrie du bassin mosan, de la Haute \u00e0 la Basse-Meuse, o\u00f9 le PCB est bien implant\u00e9, avec en t\u00eate la FN-Herstal. Baiwir est \u00e9galement puni par sa hi\u00e9rarchie syndicale mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de Dussart, la peine sera maintenue. La sanction de trois mois de suspension de mandat syndical se double de la menace de ne plus \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par le syndicat et donc d\u2019\u00eatre livr\u00e9 \u00e0 un licenciement patronal. Renard avait de cette fa\u00e7on permis en 1947 l\u2019expulsion de six syndicalistes communistes indociles de la FN-Herstal.<\/p>\n<p>\u00c0 Anvers, Frans Vanden Branden, dirigeant communiste des dockers, mille fois chass\u00e9 par la porte du syndicat et mille fois revenu par la fen\u00eatre, rassemble le matin du 20d\u00e9cembre 500d\u00e9bardeurs devant le bureau r\u00e9gional de la FGTB, clo\u00eetr\u00e9 dans un silence d\u00e9daigneux, pour l\u2019obliger \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter la gr\u00e8ve. Il revient le soir avec mille d\u00e9chargeurs. Le chef local du syndicat l\u2019envoie finalement sur les roses mais c\u2019est sans effet: d\u00e8s le lendemain, le port est paralys\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 Gand, l\u2019entreprise-moteur de la gr\u00e8ve, ce sont les ateliers Carels (SEM), bient\u00f4t renomm\u00e9s en 1961 ACEC-Gand (1200 ouvriers). Depuis la guerre, un noyau communiste est implant\u00e9 dans cette vieille usine r\u00e9put\u00e9e comme le bastion rouge de la r\u00e9gion. Un jeune ouvrier incarnera petit \u00e0 petit cet ancrage local du PCB. Robert Blansaer deviendra d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 principal des ACEC-Gand dans la suite de la gr\u00e8ve 60-61, bien plus difficile \u00e0 tenir en Flandre qu\u2019au sud du pays.<\/p>\n<p>Enfin, les services publics (CGSP) remplissent leurs objectifs, avec un succ\u00e8s global \u00e0 travers tout le pays, en particulier \u00e0 Bruxelles, que ce soit dans les \u00e9coles, les administrations, les transports, l\u2019\u00e9nergie (Gazelco) ou encore la poste.<\/p>\n<h2>La position des communistes dans la gr\u00e8ve<\/h2>\n<p>La gr\u00e8ve fait tache d\u2019huile les jours suivants, mobilisant promptement 300000 travailleurs et continuant \u00e0 s\u2019\u00e9largir. Le r\u00f4le des communistes a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant pour la h\u00e2ter. Renard, d\u2019abord d\u00e9bord\u00e9, reprend peu apr\u00e8s le contr\u00f4le du mouvement, chapeautant les comit\u00e9s de gr\u00e8ve unitaires par les instances de la FGTB. Les autres dirigeants syndicaux font de m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 Charleroi, les ouvriers des ACEC cr\u00e9ent un rendez-vous presque quotidien pour les gr\u00e9vistes. Un cort\u00e8ge traverse la ville basse comme au carnaval. Un groupe de motards p\u00e9taradants, flanqu\u00e9s de side-cars, ouvre la manifestation. Les motos sont la cl\u00e9 des piquets de gr\u00e8ve volants \u00e0 travers toute la r\u00e9gion. Le d\u00e9fil\u00e9 est fleuri des drapeaux et banderoles les plus color\u00e9s. Une effigie suspendue \u00e0 un gibet ridiculise le Premier ministre. La foule entonne L\u2019Internationale ou La Marseillaise, chants r\u00e9volutionnaires traditionnels. Cette procession populaire soude les gr\u00e9vistes et renforce leur coh\u00e9sion. Ouvriers et ouvri\u00e8res s\u2019y retrouvent avec joie et fiert\u00e9. La gr\u00e8ve prend une allure festive, comme en mai-juin 1936. On scande la d\u00e9mission d\u2019Eyskens et la marche sur Bruxelles, comme durant la Question royale (1950). Voici dix ans que la classe ouvri\u00e8re attendait de revivre l\u2019atmosph\u00e8re conqu\u00e9rante des ann\u00e9es 1944-1950, la voil\u00e0 servie. Plus de 300 manifestations auront lieu durant toute la gr\u00e8ve, soit en moyenne dix par jour.<\/p>\n<p>Le PCB h\u00e9site \u00e0 monter sur la capitale pour y d\u00e9filer, craignant l\u2019\u00e9meute et la r\u00e9pression du mouvement qui s\u2019en suivrait. Les affrontements avec la police sont d\u00e9j\u00e0 quotidiens en province. Le PCB pr\u00e9f\u00e8re que la gr\u00e8ve continue de s\u2019\u00e9tendre en mettant la pression sur les autres partis, alors que le puissant pilier chr\u00e9tien p\u00e8se de tout son poids pour diaboliser la gr\u00e8ve, surtout en Flandre o\u00f9 elle reste principalement cantonn\u00e9e dans les services publics.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e est d\u00e9ploy\u00e9e tactiquement pr\u00e8s de certaines usines, ponts et routes. Des soldats sont rappel\u00e9s d\u2019Allemagne. 12 \u00e0 15000militaires sont mobilis\u00e9s pour renforcer la gendarmerie, forte de 18000agents. Le journal La Wallonie est saisi pour son appel \u00e0 la solidarit\u00e9 des soldats. Des militants sont arbitrairement arr\u00eat\u00e9s. Le sommet de la mobilisation est atteint le 29d\u00e9cembre avec 600000 gr\u00e9vistes. La tension monte d\u2019un cran le 30 avec le premier gr\u00e9viste abattu par les forces de l\u2019ordre \u00e0 Bruxelles. Trois autres p\u00e9riront au cours de la gr\u00e8ve, qui se durcit, comme en t\u00e9moignent les sabotages.<\/p>\n<blockquote><p>Dons et pr\u00eats \u00e0 taux nul arrivent des Trade Unions britanniques, la CGT fran\u00e7aise, communiste et des syndicats est-allemands ou sovi\u00e9tiques.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tenir une gr\u00e8ve aussi longue est \u00e9prouvant pour les foyers ouvriers. L\u2019indemnit\u00e9 de gr\u00e8ve ne comble qu\u2019un demi-salaire. No\u00ebl se f\u00eate aux chandelles. Les Maisons du Peuple, quartiers g\u00e9n\u00e9raux des gr\u00e9vistes, sont au centre des solidarit\u00e9s ouvri\u00e8res mais p\u00e2lissent d\u00e8s la troisi\u00e8me semaine de gr\u00e8ve, malgr\u00e9 les collectes au porte-\u00e0-porte et l\u2019apport des commer\u00e7ants. L\u2019internationalisme prol\u00e9tarien donne de l\u2019oxyg\u00e8ne \u00e0 une FGTB exsangue. Dons et pr\u00eats \u00e0 taux nul arrivent de syndicats des pays voisins comme les Trade Unions britanniques mais \u00e9galement de la CGT fran\u00e7aise, communiste, et des syndicats est-allemands ou sovi\u00e9tiques. L\u2019appui n\u2019est pas que financier. Bien des c\u00e9g\u00e9tistes du Nord accueillent des enfants de gr\u00e9vistes belges ou franchissent la fronti\u00e8re pour soutenir leurs camarades d\u2019Outre-Qui\u00e9vrain. Et pas seulement entre francophones: des dockers de Dunkerque sont re\u00e7us \u00e0 Anvers par leurs coll\u00e8gues, avant d\u2019\u00eatre expuls\u00e9s manu militari avec une interdiction d\u00e9finitive de s\u00e9jour \u00e0 la cl\u00e9. Dussart sollicite la CGT de Maubeuge, qui lui verse 50000 FB (9300 \u20ac actuels). Au-del\u00e0 du montant, cette solidarit\u00e9 internationale est moralement pr\u00e9cieuse: le sentiment d\u2019isolement ou, au contraire, d\u2019approbation peut d\u00e9terminer l\u2019issue de la lutte.<\/p>\n<p>Des d\u00e9l\u00e9gations ouvri\u00e8res traversent aussi la fronti\u00e8re linguistique pour se soutenir mutuellement, comme des Anversois \u00e0 Li\u00e8ge et des Louvi\u00e9rois \u00e0 Gand, avec un calicot explicite ( \u00abWallons, Flamands, soyons unis\u00bb), tandis que le socialiste anversois Jos Van Eynde se d\u00e9place \u00e0 Charleroi pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019unit\u00e9 ouvri\u00e8re Nord-Sud devant 45000 travailleurs. Dussart se rend aussi \u00e0 une assembl\u00e9e des ACEC-Ruysbroek (Leeuw-Saint-Pierre) en guise de soutien et prend position pour l\u2019id\u00e9e de marche sur Bruxelles, qui ne cesse d\u2019\u00eatre clam\u00e9e lors des manifestations. Renard va alors imposer un nouveau mot d\u2019ordre: l\u2019abandon de l\u2019outil. C\u2019est une menace grave, dangereuse, en particulier pour les hauts fourneaux, qui demandent un entretien minutieux. Les gr\u00e9vistes f\u00eatent le Nouvel An dans un optimisme que rien ne vient encore s\u00e9rieusement assombrir. La gr\u00e8ve dure depuis deux semaines et la journ\u00e9e du 3 janvier marque sans doute son point culminant. D\u2019immenses cort\u00e8ges parcourent tout le pays dans le calme.<\/p>\n<blockquote><p>Le tournant r\u00e9gionaliste de l&rsquo;action en Wallonie est interpr\u00e9t\u00e9 massivement au nord du pays comme une rupture de l&rsquo;unit\u00e9 ouvri\u00e8re<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais un autre slogan va rendre caduque l\u2019id\u00e9e de marche sur Bruxelles: le f\u00e9d\u00e9ralisme. Les cons\u00e9quences de ce mot d\u2019ordre en Flandre, o\u00f9 la gr\u00e8ve peine \u00e0 se maintenir, sont funestes. Selon Jacques Yerna, secr\u00e9taire national Gazelco-CGSP et penseur du mouvement wallon, le tournant r\u00e9gionaliste de l\u2019action en Wallonie est interpr\u00e9t\u00e9 massivement au nord du pays comme une rupture de l\u2019unit\u00e9 ouvri\u00e8re et, plus globalement, comme un abandon. Les pontes de la FGTB flamande y voient une porte de sortie et s\u2019en servent pour saper les bastions de la gr\u00e8ve \u00e0 Gand ou Anvers. Le statu quo de la troisi\u00e8me semaine de gr\u00e8ve anticipe une lassitude du mouvement.<\/p>\n<p>Le 6 janvier marque une nouvelle \u00e9tape du conflit: c\u2019est le saccage des Guillemins. Si une image de la gr\u00e8ve est rest\u00e9e dans les m\u00e9moires, c\u2019est bien l\u2019\u00e9meute face \u00e0 la gare de Li\u00e8ge. La col\u00e8re, contenue depuis 18 jours, explose. Il y a 75 bless\u00e9s et deux morts. C\u2019est une r\u00e9action de d\u00e9sespoir face \u00e0 l\u2019essoufflement de la gr\u00e8ve. Les forces de l\u2019ordre r\u00e9agissent par des arrestations cibl\u00e9es. Il y aura en tout 2000 incarc\u00e9rations et 1000 condamnations \u00e0 un mois de prison ou plus.<\/p>\n<p>\u00c0 Charleroi, 30 syndicalistes sont mis en cellule le 9 janvier. Le but est clairement de d\u00e9capiter les piquets de gr\u00e8ve. 25000 gr\u00e9vistes se retrouvent le soir-m\u00eame au stade du Sporting. \u00c0 la fin du meeting, un cort\u00e8ge spontan\u00e9 de 10000 ouvriers se forme et retourne vers le centre-ville en direction de la prison o\u00f9 les gr\u00e9vistes sont d\u00e9tenus. Les carreaux du p\u00e9nitencier volent en \u00e9clats. Les ouvriers des ACEC manifestent encore le lendemain, alors que de nouveaux gr\u00e9vistes sont mis en garde \u00e0 vue. On y entend \u00ab\u00c0 Bruxelles! \u00bb, \u00abBelgique, R\u00e9publique!\u00bb. Le 12 janvier, alors que Dussart s\u2019\u00e9tait toujours arrang\u00e9 avec la police pour la maintenir hors de la vue des manifestants contre sa garantie du maintien de l\u2019ordre, la gendarmerie mont\u00e9e charge la foule, sabre au clair et sans raison apparente. Il y a tant d\u2019autopompes en action que m\u00eame les cavaliers sont tremp\u00e9s. Nombreux sont les bless\u00e9s. Ce type de provocation polici\u00e8re se r\u00e9p\u00e8te partout dans le pays. Dussart s\u2019impose le lendemain en leader r\u00e9gional en r\u00e9unissant des milliers de manifestants dans le calme. Cette d\u00e9monstration de force parvient \u00e0 faire oublier que, au m\u00eame moment, la Chambre vote la Loi unique. C\u2019est un coup dur mais attendu.<\/p>\n<p>La cinqui\u00e8me semaine sonne la reprise. Beaucoup de retours au travail se font en groupe, le poing lev\u00e9, en chantant L\u2019Internationale, pour ne pas finir la gr\u00e8ve sur un ton n\u00e9gatif. Seul le \u00abbataillon de fer\u00bb, les bassins carolor\u00e9giens et li\u00e9geois, tient encore le coup, surtout dans la m\u00e9tallurgie. C\u2019est le secteur le plus strat\u00e9gique car le plus lucratif. Les ACEC-Ruysbroeck reprennent le travail le 19, ce sont les derniers en r\u00e9gion bruxelloise. Le 20janvier, la gr\u00e8ve dure depuis un mois: les ACEC d\u00e9filent une derni\u00e8re fois pour f\u00eater cet exploit remarquable. Le lendemain, les derniers 40000 m\u00e9tallurgistes gr\u00e9vistes de Charleroi votent la reprise, pr\u00e9vue pour le lundi 23janvier. Les ACEC-Herstal et des cheminots de Charleroi prolongent de peu la gr\u00e8ve pour r\u00e9agir contre des sanctions de leur direction.<\/p>\n<h2>Conclusions<\/h2>\n<p>Aux ACEC de Charleroi, la gr\u00e8ve s\u2019ach\u00e8ve en front commun. Certains \u00abvoulaient encore se battre, assure Dussart. C\u2019est pratiquement moi qui ai mis un terme \u00e0 la gr\u00e8ve, car les objectifs n\u2019existaient plus, [faute de] de r\u00e9ponses politiques possibles. On avait oubli\u00e9 d\u2019avoir une revendication syndicale de rechange comme 10 francs\/heure ou la semaine des 45 heures\u00bb, soit un cahier revendicatif, et pas seulement le mot d\u2019ordre de retrait de la Loi unique. D\u2019autre part, des collectes seront organis\u00e9es pour payer les indemnit\u00e9s des gr\u00e9vistes chr\u00e9tiens, qui ont d\u00e9bray\u00e9 contre la consigne de leur syndicat. \u00abLes d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s CSC des ACEC, je les consid\u00e8re comme mes meilleurs amis de combat\u00bb, rendra gr\u00e2ce Dussart. Son patron t\u00e2chera six mois plus tard de le licencier mais les ouvriers des ACEC se mobiliseront et parviendront \u00e0 faire \u00e9chouer sa revanche mesquine.<\/p>\n<p>Pour le PCB, la gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 \u00abla plus grande bataille sociale\u00bb de Belgique. Mais la Loi unique n\u2019a \u00e9t\u00e9 que retard\u00e9e. L\u2019aile gauche de la FGTB s\u2019est battue r\u00e9solument mais aurait d\u00fb s\u2019appuyer sur plus d\u2019assembl\u00e9es de base. Les classes moyennes ont \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9es. Le slogan f\u00e9d\u00e9raliste et d\u2019abandon de l\u2019outil a \u00abpermis \u00e0 la CSC d\u2019entretenir la diversion\u00bb, de m\u00eame que la police s\u2019est servi des sabotages pour justifier sa r\u00e9pression. Le PCB estime avoir \u00e9t\u00e9 par sa propagande \u00able v\u00e9ritable moniteur de la gr\u00e8ve\u00bb mais s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bien trop petit pour \u00eatre \u00ab\u00e0 la mesure du r\u00f4le qui s\u2019offrait \u00e0 nous\u00bb: peu de meetings, de ventes de presse, de travail aux usines ou d\u2019initiatives r\u00e9gionales.<\/p>\n<blockquote><p>On avait oubli\u00e9 d&rsquo;avoir un cahier revendicatif, et pas seulement le mot d\u2019ordre de retrait de la Loi unique<\/p><\/blockquote>\n<p>La gr\u00e8ve a cependant ouvert la voie \u00e0 une nouvelle phase de lutte. Les \u00abann\u00e9es 68\u00bb porteront en effet un nouveau cycle de gr\u00e8ves locales, indociles, cr\u00e9atives, usant par exemple d\u2019occupations d\u2019usines. La gr\u00e8ve cause la chute du gouvernement Eyskens. Le parti catholique perd sa majorit\u00e9 et s\u2019associe au PSB pour gouverner. Seuls les nationalistes flamands et le PCB sortent gagnants du scrutin. Les communistes sont r\u00e9compens\u00e9s de leur contribution \u00e0 la gr\u00e8ve, avec cinq d\u00e9put\u00e9s (+3). C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une \u00e9claircie politique qui se prolongera en 1965, avec encore un gain \u00e9lectoral alors que PSC et PSB perdront 40 d\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-32912 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Lava15-illus-redkitten-TRK010webs01xp1-15.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"606\" \/>\n<p>Quel bilan synth\u00e9tique porter de \u00ab60-61\u00bb? Ce n\u2019est pas la gr\u00e8ve belge la plus puissante (1936) mais c\u2019est la plus longue (34 jours) en Europe depuis 1945 et sans doute la plus exemplaire en Belgique de par son caract\u00e8re interprofessionnel et national. La nature populaire, autonome, unitaire et politique de l\u2019action syndicale est exceptionnelle. C\u2019est l\u00e0 ses principaux succ\u00e8s. Sur les effets, ce n\u2019est ni une victoire ni une d\u00e9faite. Oui, la Loi Unique sera petit \u00e0 petit appliqu\u00e9e, avec l\u2019aide du PSB, mais elle sera nettement retard\u00e9e. Il faudra un bon moment avant qu\u2019un gouvernement ose \u00e0 nouveau s\u2019attaquer \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Cette gr\u00e8ve n\u2019a certes pas \u00e9t\u00e9 insurrectionnelle mais a d\u00e9montr\u00e9 le potentiel r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re belge, malgr\u00e9 qu\u2019une mobilisation sociale de cette ampleur ne se r\u00e9p\u00e9tera plus. Le prol\u00e9tariat ne s\u2019est en effet pas radicalis\u00e9 mais a sanctionn\u00e9 durablement PSC et PSB. La social-d\u00e9mocratie belge mettra 25ans \u00e0 retrouver la confiance d\u2019une partie de son \u00e9lectorat, m\u00eame si la masse des d\u00e9\u00e7us pr\u00e9f\u00e9rera se tourner vers d\u2019autres partis que vers les communistes. Le PCB conna\u00eetra toutefois une embellie qui se refl\u00e9tera au Parlement et dans un renouvellement important de ses militants, surtout dans les usines. Ses cellules d\u2019entreprise de Cockerill, de la FN-Herstal et des ACEC-Charleroi multiplieront peu apr\u00e8s leur nombre de membres. Les communistes n\u2019ont pas dirig\u00e9 la gr\u00e8ve, bien trop ample pour leurs faibles forces, mais l\u2019ont pr\u00e9cipit\u00e9e. Ce n\u2019est pas rien. Le PCB est parvenu \u00e0 influencer utilement le plus grand conflit social de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle en Belgique. Quant \u00e0 la FGTB, sa structure en est chamboul\u00e9e. La pratique du front commun syndical va se r\u00e9pandre dans la lutte sociale, qui conna\u00eetra aussi un renouveau.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de la gr\u00e8ve 60-61 sont donc paradoxales et ne se r\u00e9sument pas \u00e0 une optique, mais permettent d\u2019imaginer les perspectives qu\u2019un tel mouvement pourrait avoir aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>L\u2019article est adapt\u00e9 d\u2019un chapitre d\u2019un livre qui para\u00eetra le 1er mai 2021: <em>Robert Dussart, une histoire ouvri\u00e8re des ACEC de Charleroi<\/em>. Il est possible de le pr\u00e9commander d\u00e8s maintenant en envoyant un mail \u00e0 l\u2019adresse: adri.thomas[at]hotmail.com.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lecture traditionnelle de la gr\u00e8ve de 60-61 a souvent fait la part belle \u00e0 l&rsquo;action des renardistes, mais les syndicalistes communistes ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans le coup d&rsquo;envoi de la plus fameuse des gr\u00e8ves belges. <\/p>\n","protected":false},"author":1574,"featured_media":32907,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[2708,3251,1433,3256],"class_list":["post-32906","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-adrian-thomas-fr","tag-histoire","tag-socialisme-fr","tag-syndicat","issues-numero-15"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32906","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1574"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32906"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32906\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39258,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32906\/revisions\/39258"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/32907"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32906"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32906"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32906"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}