{"id":31956,"date":"2020-09-29T07:46:59","date_gmt":"2020-09-29T05:46:59","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=31956"},"modified":"2022-05-31T14:57:33","modified_gmt":"2022-05-31T12:57:33","slug":"preparez-vous-a-laterrissage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9parez-vous \u00e0 l&rsquo;atterrissage"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\">L\u2019industrie de l\u2019aviation est en grande d\u00e9tresse \u00e0 cause de la crise du covid. Mais revenir aux vieilles recettes \u2013 combler les puits priv\u00e9s avec de l\u2019argent public \u2013 ne fait que reporter le probl\u00e8me.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-31857\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lava14-illus-redkitten-TRK011web01H.png\" alt=\"\" width=\"2000\" height=\"1400\" \/>\n<p>Le transport a\u00e9rien et l\u2019industrie a\u00e9ronautique sont au c\u0153ur de l\u2019actualit\u00e9 relative aux cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus. Les annonces de restructurations, licenciements et faillites dans le secteur se multiplient en Belgique, en Europe et dans le reste du monde. Si l\u2019arr\u00eat brutal de 90 % des avions au plus fort des mesures de restriction des d\u00e9placements est bien s\u00fbr un facteur explicatif, il n&rsquo;est qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur d\u2019une crise qui s\u2019annon\u00e7ait. La r\u00e9gulation lib\u00e9rale est en effet la principale responsable de la fragilit\u00e9 structurelle du secteur. Pourtant, plut\u00f4t que de changer de mod\u00e8le, les plans d\u2019aide au secteur entendent encore conforter cette r\u00e9gulation par le march\u00e9 en garantissant, avec de l\u2019argent public, la survie des plus grands acteurs et la reprise la plus rapide possible de la course aux profits \u00e0 court terme, au d\u00e9triment du climat, de l\u2019emploi et des finances publiques. Alors que le transport a\u00e9rien d\u00e9pend de l\u2019aide des \u00c9tats pour traverser la crise actuelle et \u00e0 venir et que cette industrie s\u2019est construite \u00e0 partir de lourds investissements publics, la seule alternative est la reprise de contr\u00f4le public et d\u00e9mocratique des compagnies a\u00e9riennes et infrastructures li\u00e9es et, plus largement, de l\u2019industrie a\u00e9ronautique.<\/p>\n<h2>La situation pr\u00e9-crise<\/h2>\n<p>Depuis l\u2019apr\u00e8s deuxi\u00e8me guerre mondiale, le transport a\u00e9rien se distingue comme une activit\u00e9 dont la croissance est, en moyenne, plus rapide que celle de l\u2019\u00e9conomie en g\u00e9n\u00e9ral. Cette hausse d\u2019activit\u00e9 est port\u00e9e par la baisse relative et absolue des prix des billets et l\u2019acc\u00e8s au transport a\u00e9rien de franges plus larges de la population mondiale en Asie, en Am\u00e9rique latine, au Moyen Orient et dans les pays occidentaux. C\u2019est aussi le r\u00e9sultat d\u2019importants investissements publics dans les infrastructures et d\u2019un r\u00e9gime fiscal favorable qui se traduit notamment par l\u2019absence de taxe sur le carburant. Ainsi, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus, le transport a\u00e9rien apparaissait comme une activit\u00e9 qui avait surmont\u00e9 rapidement les crises, dont les plus r\u00e9centes li\u00e9es aux attentats du 11 septembre 2001 ou au crash financier de 2008. Pourtant, ce tableau cachait des fragilit\u00e9s structurelles, notamment li\u00e9es aux changements profonds de r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>Jusque dans les ann\u00e9es \u201980, le transport a\u00e9rien \u00e9tait un secteur r\u00e9gul\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 publique. Les liaisons internationales \u00e9taient r\u00e9gies par des accords entre \u00c9tats, qui d\u00e9finissaient le nombre de vols, de si\u00e8ges et de compagnies autoris\u00e9es \u00e0 voler ou les tarifs \u00e0 appliquer. Les compagnies a\u00e9riennes et les a\u00e9roports \u00e9taient majoritairement des entreprises publiques ou assimil\u00e9es, en raison de leur importance g\u00e9ostrat\u00e9gique, politique et \u00e9conomique. Il en allait de m\u00eame pour les fabricants a\u00e9ronautiques. On \u00e9tait dans une logique de capitalisme d\u2019\u00c9tat. Ensuite, la r\u00e9gulation du secteur a \u00e9volu\u00e9 vers une approche marqu\u00e9e par les th\u00e8ses lib\u00e9rales. Les compagnies et a\u00e9roports sont privatis\u00e9s, alors que la r\u00e9gulation des liaisons int\u00e9rieures et internationales s\u2019appuie de plus en plus sur une logique de libre march\u00e9: libert\u00e9 plus grande, voire totale, pour les compagnies de voler depuis et vers n&rsquo;importe quel point, au tarif, \u00e0 la capacit\u00e9 et \u00e0 la fr\u00e9quence voulues.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019association internationale du transport a\u00e9rien (IATA) estime qu\u2019entre 150 et 200 milliards de dollars d\u2019aide seront n\u00e9cessaires pour traverser la crise.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au niveau des compagnies a\u00e9riennes, cela s\u2019est traduit par une forte concentration. Le transport a\u00e9rien long courrier, intercontinental, s\u2019organise de plus en plus autour d\u2019un oligopole, compos\u00e9 de trois alliances commerciales de compagnies a\u00e9riennes, qui repr\u00e9sentent pr\u00e8s des deux tiers du march\u00e9 a\u00e9rien mondial. L\u2019avantage pour les compagnies d\u2019int\u00e9grer ces alliances est de pouvoir partager leur offre pour proposer \u00e0 leur client\u00e8le une couverture mondiale et limiter la concurrence. En Europe, les alliances sont \u00e0 la base de la formation des trois plus grands conglom\u00e9rats a\u00e9riens: Air France-KLM, pour l\u2019alliance Skyteam, IAG (British Airways et Iberia, \u00e9largi ensuite \u00e0 Vueling, Aer Lingus et Air Europa), pour l\u2019alliance Oneworld et le groupe Lufthansa (Lufthansa, Swiss, Austrian, Brussels Airlines) pour la Star Alliance. Face \u00e0 ces alliances, seule une cat\u00e9gorie d\u2019acteurs reste non align\u00e9e, ce sont les compagnies des p\u00e9tromonarchies du Golfe. Par le biais des investissements massifs de la part de leurs gouvernements et actionnaires, ces compagnies ambitionnent d\u2019offrir seules une couverture des plus grands march\u00e9s mondiaux long courrier.<\/p>\n<p>Au niveau des march\u00e9s continentaux, courts et moyens courriers, europ\u00e9ens, nord-am\u00e9ricains et m\u00eame est-asiatiques et latinoam\u00e9ricains, se produit \u00e9galement une concentration, cette fois sous l\u2019impulsion des compagnies \u00ablow cost\u00bb<span id='easy-footnote-1-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-1-31956' title='Fr\u00e9d\u00e9ric Dobruszkes, Moshe Givoni, Timothy Vowles, \u00ab\u00a0Hello major airports, goodbye regional airports? Recent changes in European and US low-cost airline airport choice\u00a0\u00bb, &lt;em&gt;Journal of Air Transport Management&lt;\/em&gt;, volume 59, 2017, p. 50-62. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0969699716302848&quot;&gt;www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0969699716302848&lt;\/a&gt;.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Plusieurs caract\u00e9ristiques rassemblent ces acteurs:<\/p>\n<ul>\n<li>se baser sur une offre unique et limit\u00e9e de services aux passagers, dans l\u2019avion au sol, ce qui permet de r\u00e9duire le personnel et de faire plus de vols par jour avec les m\u00eames appareils ;<\/li>\n<li>se baser sur une flotte unique d\u2019avions, pour r\u00e9duire les co\u00fbts de maintenance, standardiser les proc\u00e9dures et les \u00e9quipages et avoir un fort pouvoir de n\u00e9gociation avec les constructeurs a\u00e9ronautiques ;<\/li>\n<li>se baser au d\u00e9part sur des liaisons secondaires et des a\u00e9roports r\u00e9gionaux, pour maximiser le pouvoir de n\u00e9gociation et le rapport de force et obtenir des aides directes et indirectes, sous forme de r\u00e9ductions de frais a\u00e9roportuaires, d\u2019aides \u00e0 l\u2019emploi, d\u2019investissements, etc. Le low cost n&rsquo;aurait pu \u00e9merger sans ces aides publiques ;<\/li>\n<li>en se jouant des l\u00e9gislations sociales pour r\u00e9duire les co\u00fbts de personnel, mettre les travailleurs en concurrence. En Europe, Ryanair est le leader de cette strat\u00e9gie et est devenue la premi\u00e8re compagnie continentale pour les vols int\u00e9rieurs. Elle dispose de ce fait d\u2019un pouvoir de pression sur les autorit\u00e9s publiques en termes de conditions de travail, de politique de transport, d\u2019environnement, de fiscalit\u00e9\u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette comp\u00e9tition tire les prix et les conditions de travail du secteur vers le bas et nuit aussi fortement \u00e0 la rentabilit\u00e9 des compagnies<span id='easy-footnote-2-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-2-31956' title='\u00abLe Transport A\u00e9rien en France, en Europe et dans le Monde\u00bb, &lt;em&gt;Progexa&lt;\/em&gt;, 2016. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/progexa.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/etude_janvier_2016\/files\/res\/downloads\/book.pdf&quot;&gt;http:\/\/progexa.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/etude_janvier_2016\/files\/res\/downloads\/book.pdf&lt;\/a&gt;.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. En effet, tous les acteurs sont contraints d\u2019investir massivement dans de nouvelles capacit\u00e9s pour capter plus de trafic, alors que les prix des billets sont toujours plus bas. Par ailleurs, le transport a\u00e9rien est historiquement une activit\u00e9 tr\u00e8s faiblement rentable, dont la croissance masque une tr\u00e8s forte fragilit\u00e9 et sensibilit\u00e9 aux turbulences \u00e9conomiques, politiques ou sociales: guerres et risques g\u00e9opolitiques, catastrophes naturelles, prix des carburants, s\u00e9curit\u00e9 a\u00e9rienne, conjoncture \u00e9conomique<span id='easy-footnote-3-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-3-31956' title='Jacques Roy, \u00abTransport a\u00e9rien: Risques, turbulences et m\u00e9tamorphoses\u00bb, &lt;em&gt;T\u00e9oros&lt;\/em&gt;, 23-1, 2004, p. 45-51. Voir: &lt;a href=&quot;https:\/\/journals.openedition.org\/teoros\/3128#tocto2n1.&quot;&gt;https:\/\/journals.openedition.org\/teoros\/3128#tocto2n1&lt;\/a&gt;.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>La forte comp\u00e9tition se r\u00e9percute aussi sur les infrastructures a\u00e9roportuaires. Les a\u00e9roports investissent massivement pour accro\u00eetre leurs capacit\u00e9s et attirer de nouvelles compagnies ou permettre leur extension. Ils sous-traitent aussi des parts importantes d\u2019activit\u00e9s pour r\u00e9duire les co\u00fbts de prestations demand\u00e9s aux compagnies a\u00e9riennes clientes: traitement des bagages, gardiennage, maintenance au sol, nettoyage \u2026 En cons\u00e9quence, alors que globalement l\u2019activit\u00e9 a\u00e9roportuaire affiche des taux de rentabilit\u00e9s \u00e9lev\u00e9s, les prestataires des t\u00e2ches annexes subissent une forte pression sur les co\u00fbts qui se traduit par de mauvaises situations financi\u00e8res, du sous-investissement et des conditions de travail d\u00e9sastreuses<span id='easy-footnote-4-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-4-31956' title='Koen Dereymaecker, \u00abLa gr\u00e8ve des bagagistes Swissport pose la question: \u00e0 qui doit profiter l\u2019a\u00e9roport ?\u00bb, &lt;em&gt;Solidaire&lt;\/em&gt;, 24 Ao\u00fbt 2017. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.solidaire.org\/articles\/la-greve-des-bagagistes-swissport-pose-la-question-qui-doit-profiter-l-aeroport&quot;&gt;www.solidaire.org\/articles\/la-greve-des-bagagistes-swissport-pose-la-question-qui-doit-profiter-l-aeroport&lt;\/a&gt;.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Cette comp\u00e9tition dicte aussi les conditions dans l\u2019industrie a\u00e9ronautique. La pression des tr\u00e8s grands acteurs se traduit par une sous-traitance accrue des t\u00e2ches de la part des principaux acteurs, Boeing et Airbus, pour r\u00e9duire les co\u00fbts et externaliser les risques. L\u2019\u00e9chec du Boeing 737 MAX est un symbole des cons\u00e9quences de cette comp\u00e9tition<span id='easy-footnote-5-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-5-31956' title='Boeing entendait lancer au plus vite un avion moins cher, moins consommateur et \u00e0 plus grande envergure de vol, pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande des compagnies low cost et classiques. Pour se faire, Boeing n&amp;rsquo;a pas respect\u00e9 les proc\u00e9dures de s\u00e9curit\u00e9 pour acc\u00e9l\u00e9rer la mise sur le march\u00e9 et a sous-trait\u00e9 l\u2019essentiel de la production de l\u2019avion, ce qui lui donnait un tr\u00e8s faible contr\u00f4le sur la chaine. Cette situation a abouti au d\u00e9sastre, deux crashs et le retrait du march\u00e9 de l\u2019appareil. Voir: \u00ab 737 MAX: Les disruptions sont plus risqu\u00e9es dans les gros syst\u00e8mes, par Timiota \u00bb, &lt;em&gt;Paul Jorion Blog&lt;\/em&gt;, 15 mars 2019. &lt;a href=&quot;http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/03\/15\/737-max-les-disruptions-sont-plus-risquees-dans-les-gros-systemes-par-timiota\/&quot;&gt;www.pauljorion.com\/blog\/2019\/03\/15\/737-max-les-disruptions-sont-plus-risquees-dans-les-gros-systemes-par-timiota\/&lt;\/a&gt;.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re victime de la logique lib\u00e9rale est le climat. La croissance du transport a\u00e9rien et son incapacit\u00e9 \u00e0 se baser sur une autre source principale d\u2019\u00e9nergie que le k\u00e9ros\u00e8ne en font le secteur dont les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre ont cr\u00fb le plus vite. Il profite pour cela de l\u2019absence de taxation sur le carburant, de son exon\u00e9ration presque compl\u00e8te du respect des protocoles internationaux de baisse des \u00e9missions polluantes et des subsides publics directs et indirects, en termes d\u2019investissements dans les infrastructures, de non-respect des l\u00e9gislations sociales, d\u2019absences de tva sur les billets et de r\u00e9duction des frais d\u2019utilisation des infrastructures a\u00e9roportuaires. Au contraire, le chemin de fer est le grand perdant, puisqu\u2019il ne peut proposer des co\u00fbts aussi bas.<\/p>\n<h2>Une crise qui est l\u2019occasion d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la restructuration<\/h2>\n<p>La crise li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus frappe donc un secteur connaissant de profondes reconfigurations et sa violence acc\u00e9l\u00e8re les transformations en cours. En effet, tout d\u2019abord, cette crise est particuli\u00e8rement brutale, puisque jusqu\u2019\u00e0 plus de 90 % de l\u2019activit\u00e9 s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 l\u2019arr\u00eat, suite aux mesures sanitaires et faute de passagers. En outre, les perspectives \u00e0 court et moyen terme restent floues et n\u00e9gatives, en raison des incertitudes quant \u00e0 la r\u00e9ouverture des fronti\u00e8res, \u00e0 la reprise des voyages de loisirs et d\u2019affaires et \u00e0 l\u2019impact du ralentissement \u00e9conomique. Ainsi, plusieurs sources s\u2019accordent pour dire que le retour au niveau du trafic de 2019 prendrait au moins cinq ans, peut \u00eatre jusqu\u2019\u00e0 dix ans.<\/p>\n<blockquote><p>Les plans d\u2019aide visent la reprise la plus rapide possible de la course aux profits, au d\u00e9triment du climat, de l\u2019emploi et des finances publique.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les investissements dans le secteur se basaient sur une poursuite de la croissance, qui devient maintenant tr\u00e8s hypoth\u00e9tique, compliquant la situation financi\u00e8re de nombreux acteurs. De plus, le privil\u00e8ge donn\u00e9 \u00e0 la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re \u00e0 court terme s\u2019est traduit par une extraction des b\u00e9n\u00e9fices engrang\u00e9s au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es sous forme de dividendes et de bonus au profit des actionnaires et propri\u00e9taires. D\u00e8s le mois de mars, l\u2019association internationale du transport a\u00e9rien (IATA) estimait que 75 % des compagnies a\u00e9riennes avaient moins de trois mois de tr\u00e9sorerie pour survivre. De ce fait, la m\u00eame association estime qu\u2019entre 150 et 200 milliards de dollars d\u2019aide seront n\u00e9cessaires pour traverser la crise<span id='easy-footnote-6-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-6-31956' title='Fabrice Gliszczynski, Coronavirus : 200 milliards de dollars d\u2019aides publiques sont n\u00e9cessaires pour le transport a\u00e9rien (IATA), &lt;em&gt;La Tribune&lt;\/em&gt;, 17 Mars 2020. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.latribune.fr\/entreprises-finance\/services\/transport-logistique\/shutdown-du-transport-aerien-les-etats-appeles-a-la-rescousse-842464.html&quot;&gt;www.latribune.fr\/entreprises-finance\/services\/transport-logistique\/shutdown-du-transport-aerien-les-etats-appeles-a-la-rescousse-842464.html&lt;\/a&gt;.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, les cons\u00e9quences de la crise sont de mettre en grande difficult\u00e9, voire de pousser \u00e0 la disparition les compagnies a\u00e9riennes les plus fragiles. Ce sont les compagnies qui s\u2019\u00e9taient lanc\u00e9es dans le low cost long courrier, comme Wow Air, Virgin ou Norwegian et qui n&rsquo;ont pu y d\u00e9velopper un mod\u00e8le aussi rentable qu\u2019au niveau continental car les avantages comparatifs du low cost y sont moindres<span id='easy-footnote-7-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-7-31956' title='Rogier Lieshout, Paolo Malighetti, Renato Redondi, Guillaume Burghouwt, \u00abThe competitive landscape of air transport in Europe\u00bb, &lt;em&gt;Journal of Transport Geography&lt;\/em&gt;, volume 50, 2016, p. 68-82. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0966692315000915&quot;&gt;www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0966692315000915&lt;\/a&gt;.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>. Ce sont aussi les compagnies \u00abcharter\u00bb, sp\u00e9cialis\u00e9es dans les vols touristiques, gravement concurrenc\u00e9es par le low cost. Ce sont enfin les compagnies moyennes, comme British Midlands, Brussels Airlines ou Avianca. Mais, l\u2019ensemble du secteur proc\u00e8de \u00e0 des plans de restructuration massifs. Que ce soit chez British Airways, Ryanair, Lufthansa ou Air France-KLM, des annonces de milliers de licenciements et de forte r\u00e9duction des activit\u00e9s se multiplient.<\/p>\n<p>Dans l\u2019industrie a\u00e9ronautique, la crise li\u00e9e au coronavirus a aussi d\u2019importants impacts. Vu les perspectives incertaines de reprise, de nombreuses compagnies ont annul\u00e9 ou report\u00e9 leurs commandes d\u2019avions. Boeing et Airbus envisagent une baisse de production de 50 % au cours des cinq prochaines ann\u00e9es. Tant Airbus que Boeing ont d\u00e8s lors annonc\u00e9 des licenciements d\u2019au moins 10 % de leur personnel, et les baisses de production vont se r\u00e9percuter sur leurs sous-traitants, \u00e0 la situation financi\u00e8re souvent moins solide. L\u00e0 aussi, ces plans de r\u00e9ductions de co\u00fbts et de personnels \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus avant la crise, en particulier chez Boeing et les acteurs d\u00e9pendants de ses cha\u00eenes de montage en raison des d\u00e9boires du 737 MAX, mais aussi chez Airbus suite \u00e0 l\u2019arr\u00eat pr\u00e9matur\u00e9 de la production de l\u2019A380.<\/p>\n<p>Au niveau a\u00e9roportuaire, ce sont les prestataires de services, dans les bagages, la maintenance ou le nettoyage qui voient leur situation s\u2019aggraver le plus vite, vu leur fragilit\u00e9 ant\u00e9rieure. Mais les perspectives de reprises peu optimistes encouragent l\u2019ensemble des acteurs \u00e0 annoncer des r\u00e9ductions d\u2019activit\u00e9s et d\u2019effectifs de travailleurs. L\u2019impact de la crise li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus est donc important, mais il est aggrav\u00e9 par la fragilit\u00e9 du secteur, dont nombre d\u2019acteurs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en difficult\u00e9 et allaient lancer des plans de restructuration. C\u2019est l\u2019occasion d\u2019imposer ces plans qui auraient sans doute \u00e9t\u00e9 inacceptables sinon.<\/p>\n<h2>Nationaliser les pertes sans prendre le contr\u00f4le du secteur<\/h2>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 cette crise, les \u00c9tats multiplient les annonces \u00abd\u2019aides\u00bb au secteur. Ces plans se concr\u00e9tisent essentiellement sous la forme de pr\u00eats, de garanties bancaires ou d\u2019aides directes, sans prise de contr\u00f4le public. La logique est d\u2019aider le transport a\u00e9rien \u00e0 traverser la crise sans en changer le mod\u00e8le, la r\u00e9gulation ou la direction. Ainsi, l\u2019ONG Transport &amp; Environment tient un bilan \u00e9difiant des aides publiques aux seules compagnies a\u00e9riennes europ\u00e9ennes, qui atteint d\u00e9j\u00e0 35 milliards d\u2019euros, souvent avec tr\u00e8s peu voire aucune condition sociale ou environnementale<span id='easy-footnote-8-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-8-31956' title='&lt;a href=&quot;http:\/\/www.transportenvironment.org\/what-we-do\/flying-and-climate-change\/bailout-tracker&quot;&gt;www.transportenvironment.org\/what-we-do\/flying-and-climate-change\/bailout-tracker&lt;\/a&gt;.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Ces plans d\u2019aide s\u2019apparentent donc \u00e0 un transfert de dette priv\u00e9e vers le public, puisque ce dernier se retrouve garant majoritaire de pr\u00eats \u00e0 des entreprises qui risquent de conna\u00eetre des difficult\u00e9s financi\u00e8res dans les mois et ann\u00e9es \u00e0 venir. D\u2019ailleurs, alors que les \u00c9tats s\u2019engagent \u00e0 couvrir jusqu\u2019\u00e0 90 % des pr\u00eats allou\u00e9s, les banques semblent consid\u00e9rer ces pr\u00eats suffisamment peu s\u00fbrs pour refuser m\u00eame d\u2019assumer le risque pour les 10 % restants. En n&rsquo;associant pas ces lourds investissements \u00e0 une prise de contr\u00f4le, les \u00c9tats s\u2019enferment dans une obligation de restauration de la situation ant\u00e9rieure \u00e0 la crise, donc de reprise de la croissance du transport a\u00e9rien et de toutes les cons\u00e9quences environnementales et sociales y li\u00e9es, seule \u00e0 m\u00eame de r\u00e9tablir la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re des compagnies a\u00e9riennes.<\/p>\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment marquant, vu l\u2019importance g\u00e9ostrat\u00e9gique et politique du secteur, c\u2019est la logique nationale qui pr\u00e9vaut. Ainsi, par exemple, il n&rsquo;y a pas de plan coordonn\u00e9 au niveau europ\u00e9en pour soutenir le transport a\u00e9rien, ni m\u00eame pour Airbus et ses fournisseurs. Ce sont les \u00c9tats qui d\u00e9bloquent des aides \u00e0 \u00ableurs\u00bb entreprises, parfois m\u00eame en y associant des conditions de rapatriement des activit\u00e9s d\u00e9localis\u00e9es ou de protection des emplois \u00abnationaux\u00bb. T\u00e9moignant de cette logique nationale et strat\u00e9gique, les \u00c9tats sont aussi nombreux \u00e0 envisager de relancer ou acc\u00e9l\u00e9rer les commandes militaires pour compenser les baisses de commandes dans l\u2019a\u00e9ronautique civil.<\/p>\n<blockquote><p>Une autre voie est pourtant \u00e9vidente, c\u2019est la prise de contr\u00f4le public, guid\u00e9 par les besoins de la population et le respect des travailleurs et du climat.<\/p><\/blockquote>\n<p>De ce fait, on arrive \u00e0 des situations contradictoires et un cercle vicieux: r\u00e9tablir la \u00absant\u00e9 financi\u00e8re\u00bb des compagnies a\u00e9riennes et rembourser les aides d\u2019\u00c9tats impliquera, plus que probablement, de r\u00e9duire leur capacit\u00e9, ce qui se r\u00e9percutera sur les activit\u00e9s a\u00e9roportuaires et les ventes d\u2019avions. Ces entreprises se tourneront \u00e0 leur tour vers les \u00c9tats pour obtenir des aides. Au contraire, maintenir artificiellement le niveau d\u2019offre a\u00e9rienne \u00abpr\u00e9-crise\u00bb et l\u2019activit\u00e9 a\u00e9roportuaire et de construction a\u00e9ronautique, co\u00fbtera tr\u00e8s cher aux compagnies, qui auront alors besoin de nouveaux pr\u00eats ou aides financi\u00e8res. Pour garantir la survie du secteur, les \u00c9tats seront aussi contraints de maintenir une politique favorisant le transport a\u00e9rien au d\u00e9triment des autres modes ou, en tout cas, \u00e0 ne pas trop encourager le report vers le rail par exemple, au risque de fragiliser encore le secteur.<\/p>\n<p>S\u2019y ajoute l\u2019absence de planification, qui induit une mise en comp\u00e9tition des aides des \u00c9tats. Par exemple, l\u2019aide publique fran\u00e7aise et n\u00e9erlandaise \u00e0 Air France-KLM est mise en comp\u00e9tition avec l\u2019argent public allemand, belge, autrichien et suisse vers\u00e9 au groupe Lufthansa, ainsi qu\u2019avec l\u2019ensemble des aides aux autres acteurs du secteur. Alors que la reprise est incertaine, cela implique plus que probablement que le \u00absucc\u00e8s\u00bb des plans d\u2019aides des uns, et le remboursement des aides associ\u00e9es, se fera au d\u00e9triment des autres et de l\u2019argent public qui y \u00e9tait li\u00e9.<\/p>\n<p>Les grands vainqueurs de cette politique sont, par contre, les directions et actionnaires du secteur, qui sont prot\u00e9g\u00e9s \u00e0 court terme du risque de faillite, qui ne voient pas leurs d\u00e9cisions entrav\u00e9es par de la r\u00e9gulation publique et qui peuvent faire financer par de l\u2019argent public leurs plans de restructurations, qu\u2019ils soient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus ou provoqu\u00e9s par la crise.<\/p>\n<h2>Le plan d\u2019aide \u00e0 la Lufthansa, un plan pour sauver les patrons<\/h2>\n<p>Alors que l\u2019\u00c9tat allemand a mis en place un plan de 9 milliards d\u2019euros d\u2019aide \u00e0 la compagnie Lufthansa, il n&rsquo;a r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s aucune contrepartie: 20 % des actions sous forme de participation silencieuse, c\u2019est-\u00e0-dire sans possibilit\u00e9 d\u2019intervenir dans le conseil d\u2019administration. La seule chose sur laquelle il pourra agir: prot\u00e9ger les dirigeants de Lufthansa en bloquant une \u00e9ventuelle offre d\u2019achat de la part d\u2019un concurrent. Cerise sur le g\u00e2teau, le ministre socialiste allemand des finances, Olaf Scholz, d\u00e9clare: \u00abQuand la Lufthansa ira \u00e0 nouveau mieux, le gouvernement vendra ses parts\u00bb.<\/p>\n<p>En \u00e9change, que sont pr\u00eats \u00e0 conc\u00e9der les dirigeants de Lufthansa? Un blocage des dividendes et de bonus pendant la dur\u00e9e du plan d\u2019aide, la plus courte possible. Rien \u00e9videmment au sujet des 22 000 emplois que la compagnie entend supprimer. Tout cela, alors que le groupe Lufthansa avait d\u00e9gag\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice de 9 milliards au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, au profit essentiellement des actionnaires de l\u2019entreprise, notamment par le biais de montages dans des paradis fiscaux. Argent qui n&rsquo;\u00e9tait donc plus disponible pour traverser la crise.<\/p>\n<p>C\u2019est sur cette base que la Lufthansa a n\u00e9goci\u00e9 les aides pour ses filiales belges, Brussels Airlines, autrichiennes, Austrian, et Suisses, Swiss International Air Lines, obtenant pr\u00e8s de 3 milliards suppl\u00e9mentaires d\u2019aide publique. Soit un total d\u2019environ 12 milliards d\u2019aide publique pour une entreprise dont la valeur sur le march\u00e9 est estim\u00e9e \u00e0 environ 4 milliards d\u2019euros. Et que fait la commission europ\u00e9enne? Elle approuve, \u00e0 la seule condition que la Lufthansa lib\u00e8re des droits d\u2019atterrissage dans ses principaux a\u00e9roports au profit de ses concurrents low cost, un soutien direct et indirect \u00e0 la Ryanairisation du secteur.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces conditions id\u00e9ales, le premier actionnaire de la compagnie allemande, le multimilliardaire Hans Hermann Thiele, qui a profit\u00e9 de la crise pour racheter \u00e0 bas prix 10 % des titres de la compagnie, entendait faire capoter le plan pour obtenir des conditions encore meilleures. Il a donc obtenu, c\u2019est bien l\u00e9gitime, des garanties de non-intervention de l\u2019\u00c9tat allemand et de retour le plus rapide possible aux profits et de sortie du public du capital de l\u2019entreprise.<\/p>\n<h2>La Belgique, cas exemplaire de la crise actuelle<\/h2>\n<p>La Belgique est un parfait exemple de la crise actuelle, de la fa\u00e7on dont elle est trait\u00e9e et des facteurs aggravants issus des choix de r\u00e9gulation. L\u2019outil le plus rentable du transport a\u00e9rien en Belgique, l\u2019a\u00e9roport de Bruxelles National (appel\u00e9 aujourd\u2019hui Brussels Airport), a \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9 en 2004, apr\u00e8s un lourd investissement public dans de nouveaux terminaux, le tout pour un prix extr\u00eamement bas. Il appartient maintenant \u00e0 75 % \u00e0 des fonds d\u2019investissements \u00e9trangers, qui ont cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9cran au Luxembourg pour y rapatrier leurs b\u00e9n\u00e9fices, 392 millions d\u2019euros au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, et r\u00e9duire leur imposition en Belgique. La privatisation est all\u00e9e de pair avec une sous-traitance de nombreuses activit\u00e9s. La mise en comp\u00e9tition de plusieurs prestataires de traitement des bagages, du catering ou de la maintenance a cr\u00e9\u00e9 une course au moindre co\u00fbt qui met en p\u00e9ril la survie de ces entreprises depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019absence de planification induit une comp\u00e9tition des aides des \u00c9tats: l\u2019aide \u00e0 Air France-KLM est mise en comp\u00e9tition avec l\u2019argent vers\u00e9 \u00e0 Lufthansa.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ensuite, la compagnie nationale, autrefois publique, Sabena, devenue Brussels Airlines, a \u00e9t\u00e9 revendue \u00e0 deux reprises, \u00e0 la Swissair en 1995 et \u00e0 la Lufthansa en 2017, ce qui s\u2019est sold\u00e9 par deux situations de quasi-faillite, en 2001 et aujourd\u2019hui, et le passage de plus de 10 000 travailleurs \u00e0 environ 3 000. Dans le cas de la Sabena, la responsabilit\u00e9 de l\u2019absence de strat\u00e9gie publique et de la gestion incoh\u00e9rente du propri\u00e9taire priv\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 bien document\u00e9e<span id='easy-footnote-9-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-9-31956' title='Guillaume Burghouwt, and Fr\u00e9d\u00e9ric Dobruszkes, \u00abThe (mis) fortunes of exceeding a small local air market\u00bb, &lt;em&gt;Tijdschr Econ Soc Geogr&lt;\/em&gt;, 2014, p. 105: 604-621. Voir: &lt;a href=&quot;https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/full\/10.1111\/tesg.12085&quot;&gt;https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/full\/10.1111\/tesg.12085&lt;\/a&gt;.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>. La situation actuelle de Brussels Airlines en est assez proche. La direction y poursuit depuis plusieurs ann\u00e9es un management chaotique, guid\u00e9 uniquement par la recherche de profit \u00e0 court terme, qui s\u2019est traduit par des projets de transformation en low cost, de scission des activit\u00e9s longs et court courrier ou de disparition du hub bruxellois. Ce flou et les retournements de strat\u00e9gies ont mis en p\u00e9ril la situation financi\u00e8re de la compagnie et un plan de licenciement y \u00e9tait annonc\u00e9 bien avant la crise li\u00e9e au coronavirus<span id='easy-footnote-10-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-10-31956' title='S.B. et P.V., \u00abRestructuration \u00e0 Brussels Airlines: la compagnie veut r\u00e9duire ses co\u00fbts de plus de 160 millions d\u2019euros\u00bb, &lt;em&gt;RTBF&lt;\/em&gt;, 7 novembre 2019. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.rtbf.be\/info\/economie\/detail_restructuration-a-brussels-airlines-la-compagnie-veut-reduire-ses-couts-de-plus-de-160-millions-d-euros?id=10359999&quot;&gt;www.rtbf.be\/info\/economie\/detail_restructuration-a-brussels-airlines-la-compagnie-veut-reduire-ses-couts-de-plus-de-160-millions-d-euros?id=10359999&lt;\/a&gt;.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>La r\u00e9gionalisation de la gestion des a\u00e9roports secondaires aggrave la situation<span id='easy-footnote-11-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-11-31956' title='Christian Delcourt, \u00abPour une politique a\u00e9roportuaire coop\u00e9rative\u00bb, &lt;em&gt;Revue Politique&lt;\/em&gt;, 2008. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.revuepolitique.be\/pour-une-politique-aeroportuaire-cooperative\/&quot;&gt;www.revuepolitique.be\/pour-une-politique-aeroportuaire-cooperative\/&lt;\/a&gt;.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. Pour plaire \u00e0 Ryanair \u00e0 Charleroi et TNT \u00e0 Li\u00e8ge, la R\u00e9gion wallonne m\u00e8ne une politique de dumping, en pratiquant des redevances a\u00e9roportuaires, c\u2019est-\u00e0-dire les frais pay\u00e9s par les compagnies a\u00e9riennes pour utiliser les infrastructures, extr\u00eamement bas. Ainsi, pour un m\u00eame vol, le prix de ces prestations peut \u00eatre jusqu\u2019\u00e0 dix fois plus bas \u00e0 Charleroi qu\u2019\u00e0 Bruxelles. La R\u00e9gion wallonne a d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e au niveau europ\u00e9en pour cette politique d\u2019aides publiques d\u00e9guis\u00e9es. En pratiquant des co\u00fbts artificiellement faibles, la politique wallonne met la pression sur Brussels Airport et Brussels Airlines, qui tentent de s\u2019aligner en baissant eux aussi le prix de leurs services.<\/p>\n<p>La crise actuelle ne fait donc qu\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les difficult\u00e9s du secteur. Les acteurs les plus faibles, qui sont les bagagistes de Swissport et Aviapartner ou la compagnie Brussels Airlines ont vu leur situation se d\u00e9grader tr\u00e8s rapidement, au point de mener \u00e0 la faillite pour le premier et \u00e0 des aides publiques pour sauver les deux autres.<\/p>\n<p>Les mesures prises par le gouvernement et les autorit\u00e9s a\u00e9roportuaires pour r\u00e9pondre \u00e0 cette crise s\u2019inscrivent dans la poursuite de ce mod\u00e8le comp\u00e9titif. D\u00e8s l\u2019annonce de la faillite de Swissport, plut\u00f4t que de reprendre en charge les services de traitement des bagages et de nettoyage des avions qu\u2019effectuait l\u2019entreprise, ainsi que les emplois li\u00e9s, la direction de Brussels Airport, avec l\u2019accord des repr\u00e9sentants publics qui disposent d\u2019une minorit\u00e9 de blocage au sein du CA, a lanc\u00e9 un appel d\u2019offre pour trouver un nouveau prestataire. R\u00e9sultat, alors que Swissport employait 1.500 travailleurs, le repreneur, Alyzia, n&rsquo;a r\u00e9embauch\u00e9 que 75 travailleurs, tous int\u00e9rimaires et \u00e0 temps partiel. La survie du concurrent de Swissport, l\u2019entreprise Aviapartner, \u00e9tait, elle aussi, compromise. Cette fois, le gouvernement a fait le choix de lui fournir une aide financi\u00e8re sous forme de pr\u00eat de 25 millions de la SFPI (Soci\u00e9t\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Participations et d\u2019Investissement). Le message est clair: alors que l\u2019occasion existait de mettre fin \u00e0 la comp\u00e9tition entre les bagagistes et leurs travailleurs en mobilisant une part des larges b\u00e9n\u00e9fices d\u00e9gag\u00e9s par l\u2019a\u00e9roport, le gouvernement et la direction de l\u2019a\u00e9roport ont fait le choix de poursuivre ce mod\u00e8le, quitte \u00e0 d\u00e9truire des milliers d\u2019emplois et y investir de l\u2019argent public.<\/p>\n<p>Les n\u00e9gociations entre le gouvernement belge et la direction de la Lufthansa quant \u00e0 l\u2019avenir de Brussels Airlines ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es dans la m\u00eame optique. L\u2019\u00c9tat a consenti un pr\u00eat d\u2019environ 300 millions d\u2019euros \u00e0 la compagnie, pourtant rachet\u00e9e pour 67 millions par la Lufthansa quelques ann\u00e9es auparavant<span id='easy-footnote-12-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-12-31956' title='Fran\u00e7ois Witvrouw, \u00ab Feu vert chez Brussels Airlines pour le plan d\u2019aide de 460 millions \u00bb, &lt;em&gt;L\u2019Echo&lt;\/em&gt;, 24 juillet 2020. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.lecho.be\/entreprises\/aviation\/feu-vert-chez-brussels-airlines-pour-le-plan-d-aide-de-460-millions\/10240695.html&quot;&gt;www.lecho.be\/entreprises\/aviation\/feu-vert-chez-brussels-airlines-pour-le-plan-d-aide-de-460-millions\/10240695.html&lt;\/a&gt;.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. En \u00e9change de quoi, les pouvoirs publics n&rsquo;ont pas obtenu de participation au capital de l\u2019entreprise, ni de vrai pouvoir d\u00e9cisionnel quant \u00e0 l\u2019avenir de la compagnie. Tout au plus, la Lufthansa s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 maintenir l\u2019existence de Brussels Airlines et d\u2019une activit\u00e9 significative \u00e0 Bruxelles. Cela ne l\u2019emp\u00eachera donc pas de licencier 25 % des travailleurs et de d\u00e9grader les conditions de travail de tous les autres, ainsi que de supprimer un grand nombre de vols non strat\u00e9giques pour la multinationale allemande. Message de nouveau on ne peut plus clair: la Lufthansa obtient pour sa filiale belge une avance d\u2019argent public repr\u00e9sentant 400 % de la valeur d\u2019achat de l\u2019entreprise, afin de poursuivre sa gestion jusqu\u2019ici pour le moins catastrophique de Brussels Airlines.<\/p>\n<p>La Belgique se distingue aussi par une forte pr\u00e9sence de fabricants de composants a\u00e9ronautiques, la SABCA dont le si\u00e8ge principal est \u00e0 Evere, la Sonaca \u00e0 Gosselies, la Safran Aero Boosters \u00e0 Li\u00e8ge, le BMT \u00e0 Ostende ou l\u2019Asco \u00e0 Zaventem pour ne citer que les plus grands. Ensemble, ils repr\u00e9sentent plus de 6 000 emplois directs et ont pour principaux clients les chaines d\u2019assemblages d\u2019Airbus, Boeing ou Bombardier. Ces entreprises pr\u00e9sentent la particularit\u00e9 d\u2019avoir, pour la plupart d\u2019entre-elles, les pouvoirs publics f\u00e9d\u00e9raux ou r\u00e9gionaux comme premier actionnaire. C\u2019est la cons\u00e9quence de l\u2019importance militaire, strat\u00e9gique et \u00e9conomique du secteur. Malgr\u00e9 tout, pour traverser la crise actuelle, les autorit\u00e9s r\u00e9gionales et nationales entendent \u00ablaisser faire le march\u00e9\u00bb. De ce fait, elles se retrouvent tributaires des baisses de cadences des grands assembleurs et les menaces de licenciements en raison des annulations ou reports de commandes se font de plus en plus audibles.<\/p>\n<h2>La socialisation du secteur, seule porte de sortie<\/h2>\n<p>Dans le d\u00e9bat public, les aides inconditionnelles au secteur a\u00e9rien font pol\u00e9mique. Nombreux sont ceux qui d\u00e9noncent l\u2019absence de clauses de r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre et la contradiction entre ces aides et les politiques environnementales en g\u00e9n\u00e9ral<span id='easy-footnote-13-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-13-31956' title='\u00abSecteurs a\u00e9rien et p\u00e9trolier: pas de plans de sauvetage sans engagements climatiques et sociaux\u00bb, &lt;em&gt;Novethic&lt;\/em&gt;, 2014. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.novethic.fr\/actualite\/environnement\/climat\/isr-rse\/secteurs-aerien-et-petrolier-pas-de-plans-de-sauvetage-sans-conditions-climatiques-et-sociales-alertent-les-ong-148419.html&quot;&gt;www.novethic.fr\/actualite\/environnement\/climat\/isr-rse\/secteurs-aerien-et-petrolier-pas-de-plans-de-sauvetage-sans-conditions-climatiques-et-sociales-alertent-les-ong-148419.html&lt;\/a&gt;; Lilian Alemagna et Coralie Schaub, \u00abL\u2019Etat fera-t-il un ch\u00e8que de 20 milliards aux entreprises polluantes sans contreparties ?\u00bb, &lt;em&gt;Lib\u00e9ration&lt;\/em&gt;, 17 avril 2020. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.liberation.fr\/france\/2020\/04\/17\/l-etat-fera-t-il-un-cheque-de-20-milliards-aux-entreprises-polluantes-sans-contreparties_1785560&quot;&gt;www.liberation.fr\/france\/2020\/04\/17\/l-etat-fera-t-il-un-cheque-de-20-milliards-aux-entreprises-polluantes-sans-contreparties_1785560&lt;\/a&gt;.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span>. Par contre, \u00e0 quelques rares exceptions<span id='easy-footnote-14-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-14-31956' title='Adrienne Buller et Matthew Lawrence, \u00abEmergency Landing: How Public Stakes Can Secure a Sustainable Future for Aviation\u00bb, &lt;em&gt;Common-Wealth&lt;\/em&gt;, 22 mars 2020. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.common-wealth.co.uk\/reports\/emergency-landing-how-public-stakes-can-secure-a-sustainable-future-for-aviation&quot;&gt;www.common-wealth.co.uk\/reports\/emergency-landing-how-public-stakes-can-secure-a-sustainable-future-for-aviation&lt;\/a&gt;; Sophie Chapelle, \u00abCompagnies a\u00e9riennes: pas de sauvetage public sans conditions, demande la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00bb, &lt;em&gt;Basta Mag&lt;\/em&gt;, 10 avril 2020. Voir: &lt;a href=&quot;http:\/\/www.bastamag.net\/Compagnies-aeriennes-pas-de-sauvetage-public-sans-conditions-demande-la-societe&quot;&gt;www.bastamag.net\/Compagnies-aeriennes-pas-de-sauvetage-public-sans-conditions-demande-la-societe&lt;\/a&gt;.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>, la logique de l\u2019aide publique au secteur priv\u00e9 sans changement de mod\u00e8le est peu abord\u00e9e. Or, sans cette remise en cause fondamentale, les mesures environnementales et sociales ne pourront \u00eatre que limit\u00e9es puisqu\u2019elles ne pourront entraver la reprise et la croissance du secteur a\u00e9rien, sous peine de (re) mettre en difficult\u00e9 les compagnies.<\/p>\n<p>Une autre voie est pourtant \u00e9vidente, c\u2019est la prise de contr\u00f4le public, des compagnies a\u00e9riennes et des a\u00e9roports ainsi que des fabricants a\u00e9ronautiques. Cela a tout son sens d\u2019un point de vue budg\u00e9taire, puisque le montant des aides d\u00e9passe de plusieurs ordres la valeur des entreprises b\u00e9n\u00e9ficiaires. Cela co\u00fbtera aussi beaucoup moins cher de nationaliser que de suivre les plans d\u2019aides pr\u00e9vus sans contr\u00f4le sur les sommes investies, qui risquent de devoir se r\u00e9p\u00e9ter dans le futur.<\/p>\n<p>Alors que l\u2019Union europ\u00e9enne cherche \u00e0 tout prix \u00e0 \u00e9viter que les plans d\u2019aide ne faussent le dogme de la libre concurrence, l\u2019investissement d\u2019argent public doit au contraire \u00eatre conditionn\u00e9 \u00e0 la sortie du march\u00e9. Un changement de mod\u00e8le n&rsquo;est possible qu\u2019en remettant en cause le cadre lib\u00e9ral de r\u00e9gulation du transport a\u00e9rien, sans quoi d\u2019\u00e9ventuels acteurs publics se verraient mis en comp\u00e9tition par les op\u00e9rateurs priv\u00e9s et contraints de s\u2019inscrire dans le m\u00eame mod\u00e8le concurrentiel. Il ne s\u2019agit pas non plus de revenir au mod\u00e8le d\u2019apr\u00e8s-guerre du capitalisme d\u2019\u00c9tat, lui aussi guid\u00e9 par le profit, mais bien de construire un nouveau mode de r\u00e9gulation, public et d\u00e9mocratique, guid\u00e9 par les besoins de la population et le respect des travailleurs et du climat.<\/p>\n<p>Pour les travailleurs, une renationalisation doit aller de pair avec la fin de leur mise en concurrence. Il s\u2019agit, au niveau des compagnies a\u00e9riennes, de cesser le dumping, en interdisant l\u2019engagement d\u2019\u00e9quipages sous le r\u00e9gime social et salarial d\u2019un pays tiers et en \u00e9tablissant un cadre contraignant pour les compagnies autoris\u00e9es \u00e0 voler sur le territoire. Dans tout le secteur, et en particulier les a\u00e9roports, cela implique de r\u00e9int\u00e9grer les fonctions sous-trait\u00e9es et de mettre en place un statut unique d\u2019op\u00e9rateur a\u00e9roportuaire. Au niveau de la construction a\u00e9rienne, le contr\u00f4le public irait de pair avec une r\u00e9int\u00e9gration des activit\u00e9s d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es et la fin de la mise en concurrence entre sites et fabricants.<\/p>\n<p>Pour l\u2019environnement, la recr\u00e9ation d\u2019un p\u00f4le public de transport a\u00e9rien faciliterait la planification d\u2019un transfert de l\u2019avion vers le train. On estime qu\u2019un tiers des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre du secteur sont li\u00e9es \u00e0 des vols de moins de 1.500 kilom\u00e8tres et qu\u2019en Europe, la moiti\u00e9 de ces m\u00eames \u00e9missions sont dues \u00e0 des vols qui ne quittent par le continent<span id='easy-footnote-15-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-15-31956' title='&lt;a href=&quot;https:\/\/theicct.org\/sites\/default\/files\/ICCT_CO2-commrcl-aviation-2018_facts-FR_final.pdf&quot;&gt;https:\/\/theicct.org\/sites\/default\/files\/ICCT_CO2-commrcl-aviation-2018_facts-FR_final.pdf&lt;\/a&gt;'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>. Ces vols courts doivent laisser la place \u00e0 des liaisons ferroviaires, en TGV pour liaisons interurbaines, en trains de nuit pour les trajets plus longs ou de loisir. Le transport a\u00e9rien se maintiendrait pour les liaisons intercontinentales, mais sur base d\u2019avions moins polluants, en faisant \u00e9quitablement contribuer le secteur aux finances publiques par la fin des exon\u00e9rations fiscales et en supprimant les classes business et autres vols d\u2019affaires extr\u00eamement polluants<span id='easy-footnote-16-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-16-31956' title='\u00ab Crise(s), climat: pr\u00e9parer l\u2019avenir de l\u2019aviation\u00bb, &lt;em&gt;The Shift Project&lt;\/em&gt;, 27 mai 2020. Voir: &lt;a href=&quot;https:\/\/theshiftproject.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/2020-05-27_Pr%C3%A9parer-lavenir-de-laviation_Synth%C3%A8se-des-contreparties_Shift-Project.pdf&quot;&gt;https:\/\/theshiftproject.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/2020-05-27_Pr%C3%A9parer-lavenir-de-laviation_Synth%C3%A8se-des-contreparties_Shift-Project.pdf&lt;\/a&gt;.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<blockquote><p>Alors que l\u2019\u00c9tat allemand a mis en place un plan de 9 milliards d\u2019euros d\u2019aide \u00e0 la compagnie Lufthansa, il n&rsquo;a r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s aucune contrepartie.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le contr\u00f4le public permettrait la reconversion des travailleurs, en \u00e9vitant la concurrence entre op\u00e9rateurs et le chantage \u00e0 l\u2019emploi. Par exemple, le d\u00e9veloppement du train de nuit n\u00e9cessitera des activit\u00e9s de catering, des stewards, des bagagistes, de la maintenance, tous des emplois qui pourront passer du domaine a\u00e9roportuaire au ferroviaire. Au contraire, actuellement, pour des raisons de rentabilit\u00e9, les TGV sont mis en comp\u00e9tition avec l\u2019avion, ce qui am\u00e8ne \u00e0 des absurdit\u00e9s, comme le fait que Thalys ne desserve pas Bruxelles national pour sa liaison vers Amsterdam, alors que dix vols par jour sont propos\u00e9s entre les deux villes.<\/p>\n<p>Dans l\u2019industrie a\u00e9ronautique, les \u00c9tats sont souvent d\u00e9j\u00e0 les principaux actionnaires du secteur et les aides pr\u00e9vues vont encore renforcer ce poids potentiel. Ce levier pourrait \u00eatre utilis\u00e9 pour changer de mod\u00e8le, d\u2019abord en prot\u00e9geant l\u2019emploi du secteur et les outils de production, ensuite en relan\u00e7ant la recherche, qui est en chute libre depuis plusieurs ann\u00e9es au profit des dividendes \u00e0 court terme. Les d\u00e9fis sont nombreux: d\u00e9velopper des avions plus performants, produire d\u2019autres moyens de transport collectifs ou d\u2019autres biens utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Ces cha\u00eenes des montages de pointe et leurs travailleurs ont d\u00e9montr\u00e9 toute leur utilit\u00e9 et expertise pendant la crise du coronavirus, en \u00e9tant capable par exemple de produire rapidement des composants m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Cette ambition de socialiser le secteur a\u00e9rien conna\u00eet un \u00e9cho croissant dans la gauche europ\u00e9enne. C\u2019est le c\u0153ur de la campagne du PTB pour sortir de la crise actuelle au niveau belge et europ\u00e9en. Autour du slogan \u00abnos emplois, notre a\u00e9roport\u00bb, le parti revendique une prise de contr\u00f4le public de la compagnie Brussels Airlines et de l\u2019a\u00e9roport de Bruxelles-National et la cr\u00e9ation d\u2019un statut pour l\u2019ensemble des travailleurs du secteur. La cr\u00e9ation d\u2019un statut a\u00e9roportuaire unique et reconnu pour les travailleurs est \u00e9galement d\u00e9fendue par des franges grandissantes des syndicats du secteur en Belgique. En Allemagne, Die Linke r\u00e9clame la nationalisation de la compagnie a\u00e9rienne Lufthansa et la cr\u00e9ation d\u2019une entreprise publique unique de transport \u00e0 longue distance, par le biais d\u2019une fusion entre la Lufthansa et la Deutsche Bahn, les chemins de fer allemands. Cette id\u00e9e de nationaliser les compagnies a\u00e9riennes pour cr\u00e9er un p\u00f4le public de transport regroupant rail et air est aussi reprise par des syndicats fran\u00e7ais et britanniques<span id='easy-footnote-17-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-17-31956' title='&lt;em&gt;Monde Diplomatique&lt;\/em&gt;, Juillet 2020.'><sup>17<\/sup><\/a><\/span>. En parall\u00e8le, plusieurs syndicats du groupe Airbus, allemands, fran\u00e7ais, britanniques m\u00e8nent campagne pour que les \u00c9tats europ\u00e9ens actionnaires reprennent en main l\u2019entreprise, pour bloquer les licenciements, r\u00e9int\u00e9grer les activit\u00e9s sous-trait\u00e9es et prot\u00e9ger les emplois li\u00e9s et r\u00e9orienter la production vers des mod\u00e8les moins polluants et vers la diversification des activit\u00e9s au profit de la fabrication d\u2019autres moyens de transports collectifs<span id='easy-footnote-18-31956' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/preparez-vous-a-laterrissage\/#easy-footnote-bottom-18-31956' title='&lt;em&gt;L\u2019Humanit\u00e9&lt;\/em&gt;, 9 juillet 2020.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span>.<img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-31853 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Lava14-illus-redkitten-TRK011web01gg-1.png\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"343\" \/><\/p>\n<p>Enfin, il faut rappeler que de nombreuses compagnies a\u00e9riennes conservent un actionnariat public important, voire majoritaire. De plus, dans le cadre de leur plan d\u2019aide, l\u2019Italie et le Portugal ont d\u00e9cid\u00e9 de nationaliser respectivement l\u2019Alitalia et la TAP Air Portugal. De m\u00eame, au niveau a\u00e9roportuaire, 9 des 10 plus grands a\u00e9roports mondiaux sont majoritairement aux mains des pouvoirs publics. La reprise de contr\u00f4le public du transport a\u00e9rien est donc une solution r\u00e9aliste et la seule qui permette de sortir le secteur de l\u2019impasse sociale et environnementale. Les seuls freins, mais ils sont puissants, sont le patronat et les actionnaires priv\u00e9s du secteur, l\u2019Union europ\u00e9enne garante du maintien du dogme lib\u00e9ral et les gouvernements qui s\u2019enferment volontairement dans la poursuite du mod\u00e8le actuel \u00e0 grand coup d\u2019injections d\u2019argent public, plus que probablement \u00e0 fonds perdus. La lutte pour transformer le secteur ne fait que commencer et se poursuivra dans les prochains mois et ann\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019industrie de l\u2019aviation est en grande d\u00e9tresse \u00e0 cause de la crise du covid. 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