{"id":24011,"date":"2019-12-16T07:05:22","date_gmt":"2019-12-16T05:05:22","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=24011"},"modified":"2022-05-31T15:44:33","modified_gmt":"2022-05-31T13:44:33","slug":"le-fascisme-est-il-de-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/le-fascisme-est-il-de-retour\/","title":{"rendered":"Le fascisme est-il de retour?"},"content":{"rendered":"<p>Trois penseurs contemporains se demandent si le fascisme est sur le point de conna\u00eetre une nouvelle ascension.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24064\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Lava11-illus-redkitten-TRK011web01-05-1.png\" alt=\"\" width=\"2056\" height=\"1440\" \/>\n<blockquote><p>Le fascisme pourrait bien \u00eatre le seul moyen pour les classes poss\u00e9dantes de maintenir, et m\u00eame d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, les politiques de destruction n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p><\/blockquote>\n<h2><strong>Ugo Palheta<\/strong><\/h2>\n<p>Les succ\u00e8s \u00e9lectoraux r\u00e9cents des extr\u00eames droites \u2013 en Inde, au Br\u00e9sil ou encore en Italie et en France \u2013 mais aussi l\u2019\u00e9lection surprise aux \u00c9tats-Unis d\u2019un aventurier x\u00e9nophobe, raciste et misogyne, ont ouvert \u00e0 nouveau dans le d\u00e9bat public, du c\u00f4t\u00e9 des gauches et au-del\u00e0, la question du fascisme et de son retour possible.<\/p>\n<figure id=\"attachment_24019\" aria-describedby=\"caption-attachment-24019\" style=\"width: 190px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-24019\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Palheta_UgoBW1-1.jpg\" alt=\"Ugo Palheta est sociologue, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sciences de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lille, rattach\u00e9 au Cresppa-CSU, ainsi que chercheur associ\u00e9 au GRESCO. Il est par ailleurs directeur de publication de la revue Contretemps et membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. \" width=\"190\" height=\"190\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-24019\" class=\"wp-caption-text\">Ugo Palheta est sociologue, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en sciences de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lille, rattach\u00e9 au Cresppa-CSU, ainsi que chercheur associ\u00e9 au GRESCO. Il est par ailleurs directeur de publication de la revue <em>Contretemps<\/em> et membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue <em>Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il est vrai que, parmi ceux qui affirment le retour de la menace fasciste, certains tentent par l\u00e0 de faire oublier leurs bilans politiques d\u00e9sastreux, dont l\u2019une des cons\u00e9quences est pr\u00e9cis\u00e9ment la progression des extr\u00eames droites, et d\u2019appara\u00eetre comme d\u2019improbables sauveurs. Ainsi a-t-on vu Emmanuel Macron, Hillary Clinton ou encore Matteo Renzi, s\u2019\u00e9riger en \u00abprogressistes\u00bb et en \u00abremparts\u00bb face \u00e0 la mont\u00e9e des Le Pen, Trump et Salvini. Or l\u2019extr\u00eame centre n\u00e9olib\u00e9ral, dont Macron &amp; Cie, est le grand responsable de la renaissance et du d\u00e9veloppement des extr\u00eames droites. Et aucune alternative \u00e0 ces derni\u00e8res ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une rupture avec le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral et d\u2019une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de ses repr\u00e9sentants dans le champ politique. Mais la lucidit\u00e9 commande de ne pas s\u2019arr\u00eater en chemin: si danger il y a, il ne dispara\u00eet pas du seul fait d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9 par les politiciens n\u00e9olib\u00e9raux; et si ces derniers profitent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence des succ\u00e8s des extr\u00eames droites pour se maintenir au pouvoir, cela ne signifie en rien que les forces ultra-nationalistes, r\u00e9actionnaires et racistes, en d\u00e9veloppement un peu partout, ne constitueraient que de simples marionnettes dans les mains de l\u2019extr\u00eame centre.<\/p>\n<p>Cela dit, et si l\u2019on s\u2019accorde sur le fait que les extr\u00eames droites constituent un p\u00e9ril sp\u00e9cifique, peut-on parler d\u2019un retour du fascisme? Peut-on user d\u2019une cat\u00e9gorie aussi lourde de signification historique pour penser la situation politique actuelle et les extr\u00eames droites contemporaines? R\u00e9pondre \u00e0 cette question une fois pour toutes supposerait de disposer d\u2019une d\u00e9finition consensuelle du ph\u00e9nom\u00e8ne fasciste car, \u00e0 d\u00e9faut, il est probable que chacun choisira une d\u00e9finition du fascisme lui permettant d\u2019appuyer ais\u00e9ment la th\u00e8se pr\u00e9alablement choisie. Or, il suffit de parcourir les d\u00e9bats \u00e9tats-uniens \u00e0 propos de Trump, ou fran\u00e7ais \u00e0 propos du FN\/RN, pour constater qu\u2019un tel consensus n\u2019existe pas. Il nous semble n\u00e9anmoins possible d\u2019avancer en mettant tout d\u2019abord \u00e0 distance deux \u00e9cueils: une d\u00e9finition si restrictive qu\u2019elle interdit toute comparaison (\u00e0 la limite le fascisme serait r\u00e9ductible au fascisme italien des ann\u00e9es 1920-1930); une d\u00e9finition si large (g\u00e9n\u00e9ralement le fascisme est consid\u00e9r\u00e9 comme autoritarisme) qu\u2019elle englobe une multitude de ph\u00e9nom\u00e8nes et ne saisit plus rien sp\u00e9cifiquement, ni sur le plan id\u00e9ologique ni sur celui des modalit\u00e9s de conqu\u00eate et d\u2019exercice du pouvoir.<\/p>\n<p>Le fascisme est un ph\u00e9nom\u00e8ne politique prot\u00e9iforme, et, dans l\u2019entre-deux-guerres, des diff\u00e9rences importantes existaient d\u00e9j\u00e0 entre les mouvements g\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9s de fascistes (PNF de Mussolini, NSDAP de Hitler, Phalange espagnole, Garde de fer roumaine, PPF de Doriot, etc.). Cependant, le fait de recourir \u00e0 une m\u00eame cat\u00e9gorie pour les penser suppose qu\u2019ils ont quelque chose de commun, au-del\u00e0 d\u2019un simple \u00abair de famille\u00bb: \u00e0 la fois une id\u00e9ologie qui cherche l\u2019oreille des masses, une strat\u00e9gie pour conqu\u00e9rir le pouvoir politique, et une fonction du point de vue du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Une id\u00e9ologie: la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration d\u2019une nation fantasmatique, mythifi\u00e9e et essentialis\u00e9e, par l\u2019op\u00e9ration d\u2019une double purification (ethnique et politique), ciblant notamment les minorit\u00e9s, les mouvements sociaux et la gauche politique. Une strat\u00e9gie: la construction et le d\u00e9veloppement d\u2019une organisation cherchant \u00e0 appara\u00eetre \u00e0 la population comme une alternative aussi bien aux partis bourgeois traditionnels (aux yeux des poss\u00e9dants) qu\u2019aux partis ouvriers (aux yeux des d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s). Une fonction: le r\u00e9tablissement d\u2019un ordre politique devenu instable, par la destruction de tout espace d\u00e9mocratique, et le renforcement d\u2019un ordre social contest\u00e9, par l\u2019\u00e9crasement de tout mouvement de contestation.<\/p>\n<p>Selon nous, ce n\u2019est donc pas la constitution de bandes arm\u00e9es, ni m\u00eame l\u2019usage de la violence politique, qui constituent le propre du fascisme, que ce soit en tant que mouvement ou comme r\u00e9gime, m\u00eame si ces ph\u00e9nom\u00e8nes y occupent une place centrale. En effet, d\u2019autres mouvements et d\u2019autres r\u00e9gimes, n\u2019appartenant nullement \u00e0 la constellation des fascismes, ont eu recours \u00e0 la violence pour conqu\u00e9rir le pouvoir ou s\u2019y maintenir, parfois en assassinant des dizaines de milliers d\u2019opposants (sans m\u00eame parler de l\u2019usage l\u00e9gitime de la violence par des mouvements de lib\u00e9ration). Les milices extra-\u00e9tatiques, qui constituent la dimension la plus visible du fascisme classique, sont en r\u00e9alit\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment subordonn\u00e9 \u00e0 la strat\u00e9gie des directions fascistes: celles-ci n\u2019en font qu\u2019un usage tactique en fonction des exigences impos\u00e9es par le d\u00e9veloppement de leurs organisations. D\u2019autant plus que, d\u00e8s l\u2019entre-deux-guerres mais encore davantage aujourd\u2019hui, la conqu\u00eate l\u00e9gale du pouvoir politique suppose d\u2019appara\u00eetre comme un tant soit peu respectable, donc de mettre \u00e0 distance les formes les plus visibles de violence. La force des mouvements fascistes ou n\u00e9ofascistes se mesure alors \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 manier \u2013 selon la conjoncture historique \u2013 tactique l\u00e9gale et tactique violente, guerre de position et guerre de mouvement (pour reprendre les cat\u00e9gories de Gramsci).<\/p>\n<p>D\u00e9terminer le caract\u00e8re fasciste d\u2019un mouvement ne revient donc pas \u00e0 se demander si figurent en son sein et en bonne place des fascistes d\u00e9clar\u00e9s, des nostalgiques affich\u00e9s de Mussolini ou d\u2019Hitler, mais dans quelle mesure on y retrouve ces \u00e9l\u00e9ments fondamentaux. De ce point de vue, il nous semble que nombre de politiciens et de mouvements contemporains d\u2019extr\u00eame droite \u2013 du BJP indien au FN\/RN en passant par la Lega et Bolsonaro \u2013 doivent \u00eatre qualifi\u00e9s de fascistes, et non simplement de \u00abpopulistes\u00bb. Cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie ne fait qu\u2019obscurcir les d\u00e9bats puisqu\u2019elle m\u00eale, \u00e0 partir de crit\u00e8res flous, des mouvements de gauche et d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Mais parler de danger fasciste permet \u00e9galement de pointer un certain type de situation politique, en l\u2019occurrence une crise d\u2019h\u00e9g\u00e9monie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, o\u00f9 se combinent un \u00e9branlement de la domination politique bourgeoise et une faiblesse des mouvements d\u2019\u00e9mancipation. C\u2019est durant ce type de crise que des organisations d\u2019extr\u00eame droite peuvent alors parvenir au pouvoir. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, si le fascisme est \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019ordre du jour, c\u2019est parce qu\u2019en tant qu\u2019agent de destruction de toute d\u00e9mocratie, m\u00eame entendue dans un sens minimal, il pourrait bien \u00eatre le seul moyen pour les classes poss\u00e9dantes de maintenir, et m\u00eame d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, les politiques de destruction n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n<blockquote><p>Les nouveaux populistes d\u2019extr\u00eame droite partagent des objectifs politiques et deviennent les compagnons de route de nombreux fascistes.<\/p><\/blockquote>\n<h2><strong>Federico Finchelstein<\/strong><\/h2>\n<p>Nous vivons actuellement dans un contexte de renouveau de l\u2019extr\u00e9misme, de l\u2019autoritarisme et du racisme. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque du fascisme, l\u2019attaque envers la d\u00e9mocratie prend la forme d\u2019une critique de ses dimensions \u00e9mancipatrices. Cela se fait au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 raciale et est souvent pr\u00e9sent\u00e9 en termes apocalyptiques. Les d\u00e9tracteurs parlent d\u2019une mani\u00e8re douteuse au moyen de projections. Ils se pr\u00e9sentent comme opposants \u00e0 des tyrans (l\u2019UE ou le Mexique) et \u00e0 des agresseurs qualifi\u00e9s d\u2019envahisseurs, de rempla\u00e7ants, desocialistes, d\u2019ennemis du peuple ou de gens du voyage. En r\u00e9alit\u00e9, ils font de ceux qui sont diff\u00e9rents, pensent ou agissent diff\u00e9remment, les victimes de leur politique tout en r\u00e9p\u00e9tant les mensonges selon lesquels ce serait eux les victimes. Pensez au slogan des supporters de Trump: \u00abMake America Great Again\u00bb. Ils veulent revenir \u00e0 une \u00e9poque de profonde in\u00e9galit\u00e9 politique et d\u2019in\u00e9galit\u00e9 tout court, \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019avant le d\u00e9veloppement des droits civiques. Partout, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, la d\u00e9mocratie est attaqu\u00e9e par des ennemis aussi nouveaux qu\u2019anciens qui pr\u00e9tendent tous parler au nom du peuple alors que, comme c\u2019\u00e9tait le cas dans le fascisme, ces nouveaux adeptes de l\u2019autoritarisme ne constituent qu\u2019une partie de la population, celle qui est blanche et qui a une identit\u00e9 ou une origine chr\u00e9tienne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_12044\" aria-describedby=\"caption-attachment-12044\" style=\"width: 215px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-12044\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/finkelstein_federicoBW1.jpg\" alt=\"Federico Finchelstein\" width=\"215\" height=\"215\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-12044\" class=\"wp-caption-text\">Federico Finchelstein est professeur d\u2019histoire \u00e0 la New School for Social Research et au Eugene Lang College \u00e0 New York. Il est l\u2019auteur de plusieurs livres, dont <em>From Fascism to Populism in History<\/em> (2017, University of California), <em>Transatlantic Fascism<\/em> (2010, Duke Uni Press) et <em>The Ideological Origins of the Dirty War<\/em> (2014, Oxford Uni Press). Son livre \u00e0 para\u00eetre s\u2019intitule<em> A Brief History of Fascist Lies<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Cela signifie-t-il que le fascisme est de retour? L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te-t-elle? Apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence du trumpisme et autres populismes racistes extr\u00e9mistes, on entend souvent dire que nous serions revenus \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Weimar ou de Munich, \u00e9poque o\u00f9 la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e d\u2019abord de l\u2019int\u00e9rieur et ensuite de l\u2019ext\u00e9rieur par l\u2019invasion fasciste.<\/p>\n<p>Bien des choses ont chang\u00e9 depuis la chute du fascisme en 1945 et le monde n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait. S\u2019il est vrai que la situation actuelle ressemble de plus en plus au monde fasciste d\u2019autrefois, l\u2019Histoire n\u2019est pas cyclique et notre r\u00e9alit\u00e9 a peu \u00e0 voir avec celle du fascisme classique. Il n\u2019y a pas de guerres civiles et imp\u00e9rialistes au nom d\u2019un dirigeant et d\u2019une race. Il n\u2019y a pas d\u2019Union sovi\u00e9tique et des pays comme la Chine ou l\u2019Inde sont maintenant de grands acteurs ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Pourtant, il y a de nombreux signes qui peuvent le laisser croire. Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a plus de guerres fascistes, mais il y a en revanche beaucoup de mensonges x\u00e9nophobes et racistes. Ces mensonges sont fabriqu\u00e9s par le sommet et font partie d\u2019une d\u00e9sinformation planifi\u00e9e, d\u2019une propagande identique \u00e0 celle qui a rendu le fascisme tr\u00e8s puissant. La premi\u00e8re chose \u00e0 clarifier sur ces convergences entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent est que l\u2019\u00e9poque d\u2019Adolf Hitler, de Benito Mussolini et du g\u00e9nocide des juifs d\u2019Europe est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. Les droits de l\u2019homme, la d\u00e9colonisation et le renforcement de la d\u00e9mocratie, apr\u00e8s les d\u00e9faites du fascisme, ont \u00e9t\u00e9 les plus belles victoires de la lutte antifasciste. Les guerres, les r\u00e9pressions, les dictatures et m\u00eame les g\u00e9nocides ont persist\u00e9 apr\u00e8s 1945. Mais, s\u2019il y a une le\u00e7on \u00e0 retenir de notre difficile victoire sur Hitler, c\u2019est que la d\u00e9mocratie peut \u00eatre d\u00e9truite si on ne la d\u00e9fend pas avec vigueur. Pensez \u00e0 l\u2019invasion fasciste de l\u2019\u00c9thiopie en 1935, \u00e0 la guerre civile espagnole (1936-1939) et au pacte de Munich en 1938: il s\u2019agissait de d\u00e9mocraties ayant perdu pied devant les fascistes, pensant qu\u2019elles \u00e9viteraient une guerre plus longue si elles ne r\u00e9agissaient pas aux attaques contre des pays \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des grandes puissances occidentales. Sommes-nous en train d\u2019ignorer des situations semblables comme l\u2019ont fait les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales dans les ann\u00e9es 1930? Sommes-nous en train d\u2019ignorer le fait que les pays qui ont remport\u00e9 la Seconde Guerre mondiale sont gouvern\u00e9s par des dirigeants autoritaires\u00a0?<\/p>\n<p>Nous sommes maintenant dans une position beaucoup plus favorable que celle des d\u00e9mocraties qui, autrefois, ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9es par le fascisme transnational. Notre connaissance de l\u2019Histoire n\u2019est pas la m\u00eame, la technologie n\u2019est pas la m\u00eame, notre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information n\u2019est pas le m\u00eame (quand on s\u2019y int\u00e9resse) et les nouveaux autoritarismes populistes ne sont pas non plus les m\u00eames.<\/p>\n<p>En somme, nous vivons dans un contexte tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui qu\u2019il y avait \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des fascismes et qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une destruction totale. Dans l\u2019entre-deux-guerres, la critique de la d\u00e9mocratie par l\u2019extr\u00eame droite \u00e9tait devenue \u00e0 la mode et les r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 fascistes, corporatistes et dictatoriales. Et cela, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. En Allemagne et en Italie, mais aussi en Argentine, au Br\u00e9sil et dans de nombreux autres pays du monde, des gouvernements dictatoriaux se sont constitu\u00e9s et la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9truite. Cependant, la mont\u00e9e du fascisme au pouvoir, la guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale ont amen\u00e9 un soul\u00e8vement mondial et spectaculaire de l\u2019antifascisme.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1945, le bloc sovi\u00e9tique et le lib\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019Am\u00e9ricaine se sont affront\u00e9s dans une guerre froide entre communisme et lib\u00e9ralisme, donc entre ceux qui avaient vaincu le fascisme. Mais cette p\u00e9riode a aussi vu la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle forme de r\u00e9gime de pouvoir: le populisme. D\u2019abord en Am\u00e9rique latine, puis \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, le populisme a tent\u00e9 de cr\u00e9er une forme politique d\u00e9mocratique en dehors, ou au-del\u00e0, du lib\u00e9ralisme et du socialisme et de pr\u00e9senter une r\u00e9ponse \u00e0 la fois d\u00e9mocratique et autoritaire. Apr\u00e8s 1945, la plupart des r\u00e9gimes populistes ont rejet\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du fascisme: la violence, la dictature et le racisme. Et pourtant, les nouveaux populistes d\u2019extr\u00eame droite partagent des objectifs politiques et deviennent les compagnons de route de nombreux fascistes. De plus, Donald Trump ou Jair Bolsonaro reviennent aux m\u00e9thodes et aux th\u00e8mes de pr\u00e9dilection des fascistes. Comme eux, ils placent la d\u00e9magogie, le culte de la personnalit\u00e9 et la glorification de la violence au c\u0153ur de leur r\u00e9gime et le racisme est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de leur politique. Cependant, de nos jours, si les populistes veulent minimiser la d\u00e9mocratie et la diminuer, ils ne veulent pas la d\u00e9truire, contrairement aux fascistes. Et, dans de nombreux pays du monde, ils r\u00e9ussissent bel et bien, d\u00e9clarant finalement la guerre \u00e0 tous ceux qui ne partagent pas leur foi dans le racisme et la dictature. Pour dire les choses simplement, les populistes actuels n\u2019aiment pas les dictatures, ils veulent une forme de d\u00e9mocratie raciste et profond\u00e9ment in\u00e9galitaire.<\/p>\n<p>Et, pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce contexte, il est important de rappeler que, m\u00eame si le fascisme n\u2019est pas de retour au pouvoir, ces formes racistes de populisme ne doivent pas \u00eatre prises \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re et consid\u00e9r\u00e9es comme une simple continuit\u00e9 des autres formes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s. La m\u00e9moire des crimes fascistes fait partie de notre culture politique d\u00e9mocratique et nous devrions \u00eatre tr\u00e8s conscients de tout ce que l\u2019Histoire nous enseigne \u00e0 cet \u00e9gard. La plupart de nos d\u00e9mocraties, en Europe, en Am\u00e9rique latine et ailleurs, sont enracin\u00e9es dans l\u2019h\u00e9ritage id\u00e9ologique de la victoire sur le fascisme en 1945. L\u2019histoire du fascisme nous enseigne quel a \u00e9t\u00e9 cet ennemi finalement vaincu, quelles ont \u00e9t\u00e9 l\u2019horreur et la destruction li\u00e9es \u00e0 ses actions et de cela nous devons nous souvenir. Mais nous devons aussi comprendre que cela a \u00e9t\u00e9 rendu possible parce que la d\u00e9mocratie \u00e9tait moins participative, qu\u2019elle \u00e9tait in\u00e9galitaire et dirig\u00e9e de fa\u00e7on autoritaire. L\u2019histoire des fascismes et de la guerre mondiale qu\u2019ils ont d\u00e9clench\u00e9e et celle des populismes apparus apr\u00e8s eux au si\u00e8cle dernier nous enseignent que, face \u00e0 ces projets, la d\u00e9mocratie constitutionnelle doit se d\u00e9fendre en s\u2019amplifiant, en devenant plus participative et moins in\u00e9galitaire.<\/p>\n<blockquote><p>M\u00eame si une menace fasciste r\u00e9elle est peu probable, une \u00e9rosion profonde et durable de la culture d\u00e9mocratique est \u00e0 l\u2019ordre du jour partout dans le monde.<\/p><\/blockquote>\n<h2><strong>Vivek Chibber<\/strong><\/h2>\n<p>Il est tr\u00e8s peu probable que le fascisme soit \u00e0 l\u2019ordre du jour politique en Europe et aux \u00c9tatsUnis. Je doute m\u00eame qu\u2019il se profile \u00e0 l\u2019horizon en Inde, le pays o\u00f9 il repr\u00e9sente la plus grande menace. Mais ce n\u2019est pas une raison pour nous reposer sur nos lauriers. M\u00eame si une menace fasciste r\u00e9elle est peu probable, une \u00e9rosion profonde et durable de la culture d\u00e9mocratique est \u00e0 l\u2019ordre du jour partout dans le monde. Notre capacit\u00e9 \u00e0 y faire face et \u00e0 reconstruire les outils n\u00e9cessaires \u00e0 la participation d\u00e9mocratique d\u00e9pend d\u2019une analyse sans complaisance de la conjoncture, sans s\u2019adonner \u00e0 l\u2019hyperbole ou l\u2019hyst\u00e9rie, ce que la gauche a tendance \u00e0 faire chaque fois qu\u2019un conservateur gagne une \u00e9lection.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1215\" aria-describedby=\"caption-attachment-1215\" style=\"width: 191px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1215\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/vivek-gorsel-1bw1web1.png\" alt=\"\" width=\"191\" height=\"191\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1215\" class=\"wp-caption-text\">Vivek Chibber est sociologue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de New York (NYU) et a r\u00e9cemment publi\u00e9 <em>The ABCs of Capitalism<\/em> chez Verso (2018). Il est \u00e9galement r\u00e9dacteur en chef de <em>Catalyst Magazine<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le fascisme est le nom donn\u00e9 \u00e0 la forme de gouvernance qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans les deux d\u00e9cennies qui ont suivi la Premi\u00e8re Guerre mondiale; l\u2019Italie et l\u2019Allemagne \u00e9tant les cas les plus connus. Il est associ\u00e9 \u00e0 beaucoup de choses et il n\u2019existe pas de consensus quant \u00e0 son essence. Mais, la plupart des gens s\u2019accordent \u00e0 dire que l\u2019une de ses principales caract\u00e9ristiques est le d\u00e9mant\u00e8lement des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques, la suspension des droits politiques, une id\u00e9ologie nationaliste f\u00e9roce et une notion de communaut\u00e9 politique fond\u00e9e sur une forte dose de racisme et de x\u00e9nophobie. Certains de ces \u00e9l\u00e9ments se retrouvent aujourd\u2019hui chez les partis de droite, notamment la x\u00e9nophobie et le racisme. Et c\u2019est ce qui conduit beaucoup de personnes \u00e0 sugg\u00e9rer que ces partis sont une nouvelle incarnation du fascisme de l\u2019entre-deux-guerres. Mais, si les similitudes sont tout \u00e0 fait r\u00e9elles, il y a lieu cependant d\u2019\u00eatre sceptique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des affirmations les plus enflamm\u00e9es.<\/p>\n<p>La raison fondamentale pour laquelle ces partis ne repr\u00e9sentent pas une menace fasciste est qu\u2019il n\u2019y a aucun signe indiquant que les classes dirigeantes les soutiennent. Dans toute d\u00e9mocratie moderne, remporter des si\u00e8ges au gouvernement exige un succ\u00e8s \u00e9lectoral et il ne fait aucun doute que la droite a min\u00e9 la base \u00e9lectorale des principaux partis, y compris celle des partis de gauche. Mais, pour r\u00e9ussir \u00e0 gouverner le monde et \u00e0 r\u00e9aliser le genre de transformations politiques associ\u00e9es au fascisme de l\u2019entre-deux-guerres, il faudrait obtenir l\u2019assentiment et le soutien des groupes qui comptent vraiment, c\u2019est-\u00e0-dire les banquiers et les industriels qui contr\u00f4lent l\u2019\u00e9conomie et financent les campagnes \u00e9lectorales des partis. Pendant l\u2019entre-deux-guerres, les \u00e9lites \u00e9conomiques se sont tourn\u00e9es vers les fascistes en grande partie parce qu\u2019elles consid\u00e9raient la gauche comme une menace pour leur survie et que tous les autres stratag\u00e8mes destin\u00e9s \u00e0 d\u00e9truire la gauche avaient \u00e9chou\u00e9. Elles \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 se plier \u00e0 la restructuration radicale de l\u2019\u00c9tat parce que cela semblait \u00eatre la seule solution \u00e0 un probl\u00e8me politique insoluble. C\u2019\u00e9tait une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de maintenir leur pouvoir, sans doute une surestimation de la menace pos\u00e9e par les partis communistes, m\u00eame si cette perception n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 sans fondement.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente. Le succ\u00e8s actuel de la droite se produit dans un contexte d\u2019implosion de la gauche et de repli massif du mouvement syndical. Il n\u2019y a de menace ni pour les profits et la stabilit\u00e9 \u00e9conomique, ni pour l\u2019ordre politique. M\u00eame si la croissance s\u2019est ralentie dans tous les secteurs, la r\u00e9partition entre les salaires et les b\u00e9n\u00e9fices est massivement favorable \u00e0 ces derniers. En effet, m\u00eame le resserrement des march\u00e9s du travail ne semble pas donner d\u2019impulsion durable aux augmentations de salaires. Pour les employeurs, la situation est donc presque aussi id\u00e9ale qu\u2019au cours du dernier demi-si\u00e8cle. L\u2019une des raisons pour lesquelles l\u2019envol des salaires ne s\u2019est pas produit est que l\u2019\u00e8re n\u00e9olib\u00e9rale, m\u00eame si elle semble maintenant s\u2019essouffler, a l\u00e9gu\u00e9 un environnement institutionnel dans lequel tous les m\u00e9canismes traditionnels de pression des travailleurs sur les employeurs ont \u00e9t\u00e9 abolis: syndicats, partis politiques, communaut\u00e9s culturelles, etc. Les travailleurs sont maintenant confront\u00e9s \u00e0 leurs employeurs en tant qu\u2019individus, en tant que porteurs atomis\u00e9s de la force de travail, priv\u00e9s de tout soutien social et de toute solidarit\u00e9 de classe. Le r\u00e9sultat de cette \u00e9rosion des institutions sociales est une chute catastrophique de la capacit\u00e9 d\u2019action collective, \u00e0 agr\u00e9ger des int\u00e9r\u00eats individuels en revendications collectives.<\/p>\n<p>Fondamentalement, les pauvres jouissent de toute la gamme des droits politiques, mais sont de moins en moins en mesure de les exercer. Ils peuvent voter, mais ne peuvent avoir beaucoup d\u2019influence sur les programmes des partis: ils peuvent choisir des d\u00e9put\u00e9s, mais n\u2019ont pas la capacit\u00e9 de les tenir pour responsables; ils ont le droit \u00e0 la parole, mais le d\u00e9bat politique est enti\u00e8rement domin\u00e9 par les \u00e9lites qui l\u2019abreuvent de d\u00e9clarations formelles et pr\u00e9fabriqu\u00e9es. Il en r\u00e9sulte une tendance croissante au cynisme et au d\u00e9sespoir, au sentiment que toute tentative de participation est inutile et que le syst\u00e8me est enti\u00e8rement truqu\u00e9. Ils abandonnent la politique et essaient simplement d\u2019acheter leur libert\u00e9 en devenant plus individualistes dans le monde du travail.<\/p>\n<p>Dans cette situation, il n\u2019y a tout simplement aucune raison d\u2019\u00e9radiquer les droits politiques et de d\u00e9manteler la d\u00e9mocratie, comme l\u2019ont fait les fascistes dans les ann\u00e9es 1930. Ce serait contreproductif. Ce que les classes dirigeantes cherchent \u00e0 faire, c\u2019est dominer le processus politique. Mais, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que cela passe par l\u2019exclusion formelle des citoyens. Cela reste bien s\u00fbr une option. Mais, si les pauvres et les classes travailleuses choisissent de quitter simplement l\u2019ar\u00e8ne politique ou d\u2019aller volontairement \u00e0 droite, le fascisme ne devient pas seulement inutile, il peut aussi nuire aux int\u00e9r\u00eats des \u00e9lites. Comme Noam Chomsky l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises, enlever des droits aux gens a tendance \u00e0 susciter une r\u00e9action: ils veulent les r\u00e9cup\u00e9rer, m\u00eame s\u2019ils n\u2019en ont fait qu\u2019un usage intermittent. La meilleure option est de continuer avec les oripeaux formels de la d\u00e9mocratie, tout en \u00e9rodant la capacit\u00e9 et la volont\u00e9 des gens \u00e0 les utiliser. La meilleure strat\u00e9gie n\u2019est donc pas d\u2019\u00e9radiquer les droits, mais de les rendre inapplicables.<\/p>\n<p>Cela ne veut pas dire que tout est sous contr\u00f4le pour les \u00e9lites dirigeantes. L\u2019\u00e9chec \u00e9conomique du n\u00e9olib\u00e9ralisme, qui a permis le d\u00e9veloppement de ces partis de droite, a conduit dans le m\u00eame temps \u00e0 son effondrement id\u00e9ologique. Dans un grand nombre de pays, les citoyens consid\u00e8rent aujourd\u2019hui ce mod\u00e8le comme profond\u00e9ment ill\u00e9gitime. Et, faute d\u2019autres moyens pour exprimer leur m\u00e9contentement, ils canalisent leurs frustrations dans l\u2019ar\u00e8ne \u00e9lectorale. Ils votent pour la droite parce qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, c\u2019est la formation politique qui stimule le plus la demande \u00e9conomique, alors que la gauche traditionnelle est totalement compromise et que c\u2019est elle qui, trop souvent, a impos\u00e9 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 aux travailleurs. La droite radicale, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent en marge du syst\u00e8me, a su capitaliser ce m\u00e9contentement. Mais, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les banquiers et les industriels ne voient aucunement leur pouvoir profond\u00e9ment menac\u00e9, qu\u2019ils n\u2019encouragent aucune initiative visant \u00e0 d\u00e9manteler l\u2019\u00c9tat d\u00e9mocratique. Ils continuent simplement \u00e0 r\u00e9duire la port\u00e9e de la participation politique des citoyens.<img decoding=\"async\" class=\" wp-image-24096 alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Lava11-illus-redkitten-TRK011web01-17-1.png\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"214\" \/><\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la v\u00e9ritable menace. L\u2019obsession du fascisme obscurcit la capacit\u00e9 de la gauche \u00e0 voir que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9veloppement nouveau du capitalisme, \u00e0 une situation dans laquelle une forme oligarchique de gouvernement est consolid\u00e9e alors m\u00eame que les institutions d\u00e9mocratiques formelles restent en place. Ce qui cimente une exclusion politique fond\u00e9e, non pas sur une r\u00e9pression ouverte, mais sur l\u2019augmentation des obstacles \u00e0 la participation politique, sur l\u2019atomisation de la population par les forces du march\u00e9 et sur la diabolisation des petits groupes. Cela conduit \u00e0 une forme nouvelle et plus subtile de contr\u00f4le politique, o\u00f9 la violence est exerc\u00e9e de mani\u00e8re plus judicieuse, o\u00f9 les tribunaux et la loi sont utilis\u00e9s pour disperser tout signe de protestation collective, o\u00f9 la nature m\u00eame de la participation politique est r\u00e9duite \u00e0 la ratification de d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises \u00e0 huis clos. C\u2019est cela qui est \u00e0 l\u2019ordre du jour de la nouvelle droite. Une situation bien diff\u00e9rente de celle des ann\u00e9es 1930, mais tout aussi dangereuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois penseurs contemporains se demandent si le fascisme est sur le point de conna\u00eetre une nouvelle ascension.<\/p>\n","protected":false},"author":1247,"featured_media":24022,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[3247,3248,464,3295],"class_list":["post-24011","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-europe","tag-extreme-droite","tag-fascisme-fr","tag-ugo-palheta","issues-numero-11"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24011","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1247"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24011"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24011\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39308,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24011\/revisions\/39308"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}