{"id":16668,"date":"2019-06-21T07:00:53","date_gmt":"2019-06-21T05:00:53","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=16668"},"modified":"2022-05-31T16:07:57","modified_gmt":"2022-05-31T14:07:57","slug":"lexpulsion-comme-logique-du-systeme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/lexpulsion-comme-logique-du-systeme\/","title":{"rendered":"L\u2019expulsion comme logique du syst\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p>Limiter les pathologies dont souffre le capitalisme contemporain \u00e0 une intensification du n\u00e9olib\u00e9ralisme et \u00e0 une augmentation des in\u00e9galit\u00e9s est un diagnostic r\u00e9ducteur. Entretien sur l\u2019\u00e9tat du monde avec la sociologue Saskia Sassen.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-16422\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Lava09-illus-redkitten-TRK011web01-11.png\" alt=\"\" width=\"2115\" height=\"1454\" \/>\n<p>Dans son dernier livre, Expulsions. Brutalit\u00e9 et complexit\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie globale, Saskia Sassen donne une s\u00e9\u00adrie de points de vue, de faits et donn\u00e9es chiffr\u00e9es sur des th\u00e8mes aussi vari\u00e9s que la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 au Nord, les programmes d\u2019ajus\u00adte\u00adment structurel au Sud, les finances, la prati\u00adque du land grabbing (accaparement des terres), le changement clima\u00adtique, les expulsions locatives, l\u2019incarc\u00e9\u00adra\u00adtion, les populations d\u00e9port\u00e9es, les zones mortes dans les eaux oc\u00e9aniques\u2026<\/p>\n<p>L\u2019auteure, qui parvient \u00e0 assembler harmonieusement le tout, \u00e9tablit des liens surprenants avec certains concepts cl\u00e9s comme les predatory formations (formations pr\u00e9datrices) et la systemic edge (limite syst\u00e9mique). Elle r\u00e9v\u00e8le ainsi la logique syst\u00e9mique de ce qu\u2019elle appelle les expulsions, titre de son dernier livre qui fait ainsi r\u00e9f\u00e9rence aussi bien \u00e0 l\u2019exclusion des personnes, qu\u2019\u00e0 la suppression d\u2019emplois ou \u00e0 la destruction d\u2019habitats, d\u2019\u00e9conomies locales et m\u00eame de certaines parties de la biosph\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Ruben Ramboer: Int\u00e9ressons-nous tout d\u2019abord \u00e0 votre con\u00adcept de systemic edge (limite syst\u00e9mique). Vous dites que les fl\u00e9aux de notre \u00e9poque sont tellement extr\u00eames que les statisticiens ne les enregistrent plus. Voulez-vous rendre visibles des tendances plus globales en partant de situations extr\u00eames?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saskia Sassen:<\/strong> Prenons un exemple et remontons un peu dans le temps. Dans la seconde moiti\u00e9 du 18esi\u00e8cle, l\u2019Angleterre apparaissait comme une \u00e9conomie essentiellement rurale. Mais en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie politique dominante \u00e9tait le capitalisme industriel. Les moutons des campagnes alimentaient en laine les machines des usines dans les villes. On pourrait donc dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque les moutons et les machines se situaient \u00e0 la \u00ablimite syst\u00e9mique\u00bb, autrement dit, ils \u00e9voluaient dans une nouvelle \u00e8re industrielle et urbaine malgr\u00e9 les apparences d\u2019\u00e9conomie rurale de l\u2019Angleterre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_16457\" aria-describedby=\"caption-attachment-16457\" style=\"width: 202px\" class=\"wp-caption alignright\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-16457\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/sassen_saskiaBW.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"202\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-16457\" class=\"wp-caption-text\"><br \/>Saskia Sassen est sociologue et \u00e9conomiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Columbia. Ses recherches portent principalement sur les villes, les migrations et le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019\u00e9conomie mondiale. Elle est l\u2019auteur, entre autres, d\u2019Expulsions (2014) et de The Global City (1991).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Aujourd\u2019hui, je constate \u00e9galement que l\u2019\u00e9conomie politique en d\u00e9clin du vingti\u00e8me si\u00e8cle a entra\u00een\u00e9 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles logiques syst\u00e9miques. Un couloir de la mort a \u00e9t\u00e9 mis en place dans les ann\u00e9es1980 avec la destruction ou la mise sous pression des \u00c9tats-providence et des mouvements ouvriers en Occident et en Am\u00e9rique latine. Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame dans les pays communistes, m\u00eame si cela s\u2019est fait avec des modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques pour chacun, ou encore dans d\u2019autres pays comme l\u2019Inde, l\u2019\u00c9gypte et plusieurs pays d\u2019Afrique. Dans ces pays, le d\u00e9clin a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es1990. Le passage du keyn\u00e9sianisme \u00e0 la mondialisation, la privatisation et la d\u00e9r\u00e9gulation ont mis en branle une dynamique totalement diff\u00e9rente. Nous sommes ainsi pass\u00e9s de l\u2019inclusion et de l\u2019int\u00e9gration \u00e0 l\u2019\u00e9loignement et \u00e0 la d\u00e9portation, du rassemblement au refoulement et \u00e0 l\u2019exil forc\u00e9 des personnes.<\/p>\n<p><strong>On ne peut pourtant pas dire que le 20e si\u00e8cle ait \u00e9t\u00e9 particu\u00adli\u00e8rement rose et plaisant.<\/strong><\/p>\n<p>Non, certainement pas. Si je parle de d\u00e9clin, ce n\u2019est pas pour id\u00e9aliser le vingti\u00e8me si\u00e8cle. En effet, les principales caract\u00e9ristiques de ce si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 la guerre, le g\u00e9nocide, la faim, etc. Mais apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, l\u2019\u00e9conomie politique a surtout \u00e9t\u00e9 guid\u00e9e par une logique d\u2019inclusion, avec le d\u00e9veloppement d\u2019une classe moyenne, des mesures visant \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des plus pauvres, non seulement en Occident, mais aussi partout dans le monde. En Afrique noire, plusieurs pays ont \u00e9galement connu une p\u00e9riode de production de masse, avec des villes florissantes, le d\u00e9veloppement d\u2019une classe moyenne et des syst\u00e8mes de soins de sant\u00e9 et d\u2019enseignement efficaces. Aujourd\u2019hui, la limite syst\u00e9mique est devenue un lieu d\u2019exclusion et non plus un lieu d\u2019int\u00e9gration, comme c\u2019\u00e9tait le cas durant la p\u00e9riode keyn\u00e9sienne. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il y avait une dynamique de production de masse et de consommation de masse.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les in\u00e9galit\u00e9s continuent d\u2019augmenter et il est possible de mieux les d\u00e9crire en tant que forme d\u2019expulsion. Les in\u00e9galit\u00e9s ont toujours \u00e9t\u00e9 une caract\u00e9ristique des \u00e9conomies de march\u00e9 avanc\u00e9es, mais elles sont aujourd\u2019hui d\u2019un tout autre ordre que dans les d\u00e9cennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Les \u00c9tats-Unis en sont bien entendu l\u2019exemple le plus significatif. Avant que n\u2019\u00e9clate la crise de 2008, la croissance des revenus \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e, mais extr\u00eamement in\u00e9gale. La plus grosse partie est all\u00e9e aux 10%, et plus sp\u00e9cifiquement au 1% des m\u00e9nages les plus riches. Les 90% restants ont vu leurs revenus diminuer de 4,2% entre 2001 et 2005. Quant au 1% des m\u00e9nages les plus riches, leurs revenus ont connu une hausse de 280% entre 1979 et 2007. Une tendance qui se poursuit \u00e0 l\u2019heure actuelle. Si les in\u00e9galit\u00e9s entre pays expliquent en grande partie les in\u00e9galit\u00e9s mondiales, ce sont les in\u00e9galit\u00e9s au sein m\u00eame des pays qui continuent de cro\u00eetre depuis les ann\u00e9es1980 alors que les in\u00e9galit\u00e9s entre pays ont diminu\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p>Aujourd\u2019hui, les in\u00e9galit\u00e9s continuent d\u2019augmenter et il est possible de mieux les d\u00e9crire en tant que forme d\u2019expulsion.<\/p><\/blockquote>\n<p>On observe plusieurs mutations brutales dans diff\u00e9rents domaines: croissance rapide des b\u00e9n\u00e9fices des grandes entreprises, augmentation rapide des d\u00e9ficits budg\u00e9taires, augmentation des populations carc\u00e9rales au Nord, et de plus en plus de populations d\u00e9port\u00e9es au Sud. Chacun de ces domaines a ses sp\u00e9cificit\u00e9s, mais lorsque les conditions deviennent extr\u00eames, elles contribuent \u00e0 mettre en route une nouvelle phase, une phase caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019\u00e9loignement, l\u2019expulsion et l\u2019exclusion. Cela va beaucoup plus loin qu\u2019une simple intensification des in\u00e9galit\u00e9s et de la pauvret\u00e9. M\u00eame si cette tendance n\u2019est pas encore tout \u00e0 fait visible et identifiable, il faut s\u2019attendre \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation progressive des conditions extr\u00eames sur la limite syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>Le grand nombre de sans-abri, de personnes \u00e2g\u00e9es livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, de personnes vivant dans des bidonvilles, de d\u00e9tenus, de personnes d\u00e9favoris\u00e9es sans aucun acc\u00e8s aux services sociaux, etc. est le reflet d\u2019une nouvelle tendance. Sans oublier les \u00e9conomies en d\u00e9clin, les vastes superficies de terres d\u00e9vast\u00e9es, les zones mortes des eaux oc\u00e9aniques, les esp\u00e8ces animales en voie de disparition\u2026 L\u2019\u00e9radication est donc devenue la principale dynamique sur la nouvelle limite syst\u00e9mique \u2013 tant sur le plan \u00e9conomique, social que biosph\u00e9rique.<\/p>\n<p><strong>En vous focalisant sur les extr\u00eames, ne risquez-vous pas de vous attarder sur des exceptions plut\u00f4t que de r\u00e9v\u00e9ler ces tendances?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est aussi pour cela que je parle de tendances qui ne sont pas encore visibles pour les statisticiens. Le PIB, par exemple, est un indicateur \u00e9conomique extr\u00eamement probl\u00e9matique. La croissance \u00e9tait un facteur fondamental dans le projet d\u2019\u00c9tat-providence. C\u2019\u00e9tait entre autre un moyen pour augmenter les richesses \u00e0 se partager, m\u00eame si certains en profitaient plus que d\u2019autres. Aujourd\u2019hui, le PIB est enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 la croissance des entreprises. Toute chose ou toute personne qui constitue une entrave aux b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019entreprise est \u00e9cart\u00e9e \u2013 expuls\u00e9e.<\/p>\n<p>Prenons par exemple, le march\u00e9 global des terres. Si une entreprise ou un gouvernement \u00e9tranger fait l\u2019acquisition d\u2019une grande parcelle de terrain pour sa production d\u2019huile de palme \u00e0 destination des biocarburants, cela revient \u00e0 d\u00e9loger des petits agriculteurs, de la production rurale locale et m\u00eame l\u2019ensemble de la faune et de la flore. C\u2019est l\u00e0 le sort qui est aujourd\u2019hui r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 d\u2019immenses \u00e9tendues de terres en Am\u00e9rique centrale et en Afrique. Il est possible qu\u2019\u00e0 tr\u00e8s long terme, la terre s\u2019amende mais, en attendant, les descendants des agriculteurs et des producteurs ruraux expuls\u00e9s devront vivre entass\u00e9s dans des bidonvilles \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des grandes villes. Tout cela se traduit par la croissance des b\u00e9n\u00e9fices des entreprises et l\u2019accroissement des PIB nationaux.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la redistribution des revenus, son \u00e9volution est camoufl\u00e9e. Un tiers de la population active est d\u00e9cemment r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Ses d\u00e9penses en v\u00eatements, appartement, voiture personnelle, etc. ont donn\u00e9 l\u2019impression qu\u2019il y avait plus de richesses dans les villes qu\u2019auparavant. La r\u00e9novation des centres urbains donne \u00e9galement l\u2019impression que \u00abtout le monde s\u2019en sort particuli\u00e8rement bien\u00bb. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il manque un \u00e9l\u00e9ment dans ce tableau, \u00e0 savoir la classe moyenne modeste et la classe ouvri\u00e8re. Ce sont eux les perdants. Celui qui se prom\u00e8ne dans une rue branch\u00e9e en Occident ne voit pas la paup\u00e9risation de la classe moyenne car celle-ci vit toujours dans les m\u00eames jolies maisons. Mais derri\u00e8re ces belles fa\u00e7ades se cachent d\u2019importants probl\u00e8mes financiers. De plus en plus de familles sont contraintes de vendre leurs biens pour pouvoir payer leurs factures, de plus en plus de jeunes adultes sont contraints de vivre chez leurs parents car ils ne trouvent pas de logements abordables. Pour moi, ces situations extr\u00eames permettent de mieux comprendre la dynamique plus globale, apparemment moins extr\u00eame, de nos \u00e9conomies politiques.<\/p>\n<p><strong>Tout cela nous am\u00e8ne aux politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 en Europe. La Gr\u00e8ce, l\u2019Espagne et le Portugal sont, selon vous, \u00ables laboratoires d\u2019exp\u00e9rimentation des d\u00e9cideurs europ\u00e9ens\u00bb. Que voulez-vous dire par l\u00e0?<\/strong><\/p>\n<p>Les mesures qui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es \u00e0 ces pays sont extractives et touchent plus durement la classe ouvri\u00e8re, mais aussi la classe moyenne modeste. Les banques et les multinationales jouissent d\u2019une libert\u00e9 de mouvement absolue. Les gouvernements occidentaux, les banques centrales et le FMI insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire la dette publique, d\u2019\u00e9pargner sur le budget de la s\u00e9curit\u00e9 sociale si on veut qu\u2019elle reste \u00abpayable\u00bb, de d\u00e9r\u00e9guler. C\u2019est le discours dominant. Cela permettrait de restaurer la confiance des investisseurs et des march\u00e9s financiers, condition sine qua non d\u2019une reprise \u00e9conomique.<\/p>\n<blockquote><p>De plus en plus de familles sont contraintes de vendre leurs biens pour pouvoir payer leurs factures.<\/p><\/blockquote>\n<p>Autrement dit, on nous promet qu\u2019une fois les exc\u00e8s corrig\u00e9s, nous reviendrons \u00e0 une situation normale, comme aux beaux jours de la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre. Or, cette promesse emp\u00eache de voir \u00e0 quel point ce monde a bel et bien disparu et aussi \u00e0 quel point les entreprises n\u2019en veulent plus, quoi qu\u2019en disent les politiciens. Ce qu\u2019elles veulent c\u2019est un monde o\u00f9 les gouvernements d\u00e9pensent de moins en moins pour les services publics et les besoins sociaux. On a affaire \u00e0 un projet de r\u00e9duction, non pas des b\u00e9n\u00e9fices des entreprises, mais de l\u2019espace \u00e9conomique du pays.<\/p>\n<p>La transformation brutale de la Gr\u00e8ce illustre parfaitement ce qui vient d\u2019\u00eatre dit. La classe moyenne modeste mais aussi la classe moyenne plus ais\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 massivement exclues de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, aux services sociaux, aux soins de sant\u00e9 et au logement. Un tiers de la population active grecque s\u2019est retrouv\u00e9e sans travail ni acc\u00e8s aux services de base. La Gr\u00e8ce, mais aussi l\u2019Espagne et le Portugal montrent \u00e0 quel point l\u2019espace \u00e9conomique peut \u00eatre r\u00e9duit. Ce genre de r\u00e9duction n\u2019est pas quelque chose d\u2019habituel dans un pays en d\u00e9veloppement qui n\u2019est pas en guerre. Les ch\u00f4meurs ont tout perdu. Sans travail, sans logement, sans assurance maladie, ils se retrouvent facilement sur la touche. Les petits ind\u00e9pendants coulent. Faim et suicides augmentent. Les \u00e9tudiants et professionnels hautement qualit\u00e9s \u00e9migrent. De nombreux enfants sont confi\u00e9s aux \u00e9glises par des parents trop pauvres pour pouvoir les nourrir.<\/p>\n<p>Cela ressemble beaucoup \u00e0 une forme d\u2019\u00e9puration ethnique sur le plan \u00e9conomique qui consiste \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes en les \u00e9liminant. Les exclus n\u2019apparaissent plus dans les chiffres et leur impact n\u00e9gatif sur la croissance est neutralis\u00e9. Cette red\u00e9finition de l\u2019\u00e9conomie la rend \u00e0 nouveau pr\u00e9sentable en mati\u00e8re de chiffres, avec m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re augmentation du PIB par habitant. Ainsi, apr\u00e8s avoir exclu pr\u00e8s de 30% de son \u00e9conomie, la Gr\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e \u00absur la bonne voie\u00bb par la Tro\u00efka, en route vers une reprise \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Dans l\u2019UE des 27, le risque de pauvret\u00e9 concerne 120millions de personnes, soit 24,2% de la population. Ces personnes sont extr\u00eamement d\u00e9favoris\u00e9es sur le plan mat\u00e9riel ou vivent avec de tr\u00e8s faibles revenus. Pour le ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e, le petit ind\u00e9pendant en faillite, le d\u00e9tenu, la personne qui met fin \u00e0 ses jours au Nord ou pour les populations d\u00e9port\u00e9es au Sud, c\u2019est un tout autre discours. Mais la tendance suit une seule et m\u00eame direction: l\u2019expulsion.<\/p>\n<p><strong>Existent-ils des indicateurs qui d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre prennent en compte les tendances que vous d\u00e9crivez?<\/strong><\/p>\n<p>Le Genuine Progress Indicator (GPI) est un indicateur qui inclut les facteurs sociaux et les co\u00fbts environnementaux dans les calculs, de sorte qu\u2019il tient \u00e9galement compte du co\u00fbt de la pollution, de la criminalit\u00e9, des in\u00e9galit\u00e9s ainsi que des activit\u00e9s qui g\u00e9n\u00e8rent des richesses en dehors du commerce de l\u2019argent, comme le travail domestique et le b\u00e9n\u00e9volat. Une \u00e9tude men\u00e9e dans 17pays, repr\u00e9sentant pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population mondiale, a d\u00e9montr\u00e9 que le GPI a connu un pic en 1978 mais que, depuis, il n\u2019a cess\u00e9 de diminuer malgr\u00e9 un PIB par habitant en constante augmentation.<\/p>\n<p>Les tendances sont \u00e9galement visibles au niveau des chiffres relatifs \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. Au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du 21esi\u00e8cle, la croissance des profits aux \u00c9tats-Unis a \u00e9t\u00e9 trois fois plus rapide que celle de l\u2019imp\u00f4t r\u00e9colt\u00e9. Selon Richard Murphy, l\u2019\u00e9vasion fiscale des multinationales et des plus riches s\u2019\u00e9levait, en 2010, \u00e0 3000milliards d\u2019euros au niveau de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Ce qui repr\u00e9sente 5% de l\u2019\u00e9conomie mondiale et pr\u00e8s de 18% des recettes fiscales mondiales. Les grands perdants dans toute cette histoire, ce sont les gens. Et cette situation est la plus manifeste aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 les revenus des 90% n\u2019ont cess\u00e9 de diminuer depuis le d\u00e9but du 21esi\u00e8cle, tandis que ceux des 10%, et en particulier du 1%, ont connu une hausse ph\u00e9nom\u00e9nale.<\/p>\n<p><strong>Les autorit\u00e9s sont donc aussi confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s finan\u00adci\u00e8res. L\u2019appel \u00e0 r\u00e9duire la dette publique semble d\u00e8s lors assez logique, non?<\/strong><\/p>\n<p>Toute cette probl\u00e9matique autour de la dette est en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00e9gime disciplinaire. Ce que nous connaissons aujourd\u2019hui en Europe sous le vocable d\u2019assainissement de la dette publique ressemble tr\u00e8s fort aux Programmes d\u2019ajustement structurel (PAS) impos\u00e9s au Sud par le FMI et la Banque mondiale \u00e0 partir des ann\u00e9es1980. Ces programmes ont repositionn\u00e9 les pays concern\u00e9s en tant que sites d\u2019extraction. Apr\u00e8s vingt ans de PAS, un grand nombre de ces pays se retrouvent avec une dette publique beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e qu\u2019auparavant. Entre 1982 et 1998, le montant de leur dette a quadrupl\u00e9. Au cours de cette m\u00eame p\u00e9riode, ils ont rembours\u00e9 en int\u00e9r\u00eats quatre fois le montant de leur dette d\u2019origine. Ils ont rembours\u00e9 plus d\u2019argent au FMI que ce qu\u2019ils ont investi dans le d\u00e9veloppement, et notamment pour la sant\u00e9 et pour l\u2019enseignement. Pour chaque dollar d\u2019aide \u00e9trang\u00e8re, les pays africains paient 1,4dollar en co\u00fbts financiers li\u00e9s \u00e0 la dette.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, c\u2019est pratiquement la totalit\u00e9 de l\u2019Afrique et une importante partie de l\u2019Am\u00e9rique latine et de l\u2019Asie centrale qui sont repositionn\u00e9es dans une \u00e9conomie mondiale massivement restructur\u00e9e avec une demande croissante de terres et terrains pour la nourriture, l\u2019eau et les min\u00e9raux. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019amortissement de la dette et de concurrence de la part d\u2019entreprises \u00e9trang\u00e8res, il ne reste pas grand-chose des secteurs \u00e9conomiques modernes de ces pays. La destruction des \u00e9conomies traditionnelles a facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces terres pour les entreprises et gouvernements \u00e9trangers. Les entreprises locales et la classe moyenne ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es par le brain drain, les conflits militaires et les PAS. Partout dans le monde, les dettes des \u00c9tats-nations ont augment\u00e9. Pour \u00e9viter l\u2019effondrement, on a fait appel aux soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res, avec comme cons\u00e9quence le fait qu\u2019une importante partie des revenus a servi \u00e0 payer les int\u00e9r\u00eats sur la dette. C\u2019est l\u00e0 une forme extr\u00eame de capitalisme extractif.<\/p>\n<p><strong>Comment l\u2019industrie financi\u00e8re est-elle un processus d\u2019extrac\u00adtion? Quelle est la diff\u00e9rence entre finance et banques tradi\u00adtionnelles?<\/strong><\/p>\n<p>Les finances font partie de notre histoire depuis des mill\u00e9naires. En soi, il n\u2019y a aucun probl\u00e8me avec les dettes et les instruments financiers. Ils peuvent permettre en effet la r\u00e9alisation de projets d\u2019envergure, comme l\u2019assainissement de sites toxiques ou les investissements dans une \u00e9nergie plus verte ou encore dans le social. En Chine, le capital financier a permis de sortir de la pauvret\u00e9 un nombre consid\u00e9rable de personnes. Toutefois, ce sont l\u00e0 des investissements dans la production, l\u2019infrastructure et autres \u00e9conomies mat\u00e9rielles. C\u2019est le contraire d\u2019une financiarisation des cr\u00e9dits \u00e0 la consommation, hypoth\u00e8ques, pr\u00eats \u00e9tudiants, pensions, fonds municipaux, etc.<\/p>\n<p>Ce qui est nouveau et caract\u00e9ristique de la p\u00e9riode actuelle, c\u2019est la capacit\u00e9 de la finance \u00e0 cr\u00e9er des instruments extr\u00eamement complexes qui permettent de pratiquement tout titriser. La question est de savoir si nous avons besoin d\u2019instruments financiers aussi complexes pour financer les besoins fondamentaux des entreprises et des familles. La r\u00e9ponse est non. Les banques traditionnelles vendent de l\u2019argent qu\u2019elles ont en leur possession, les soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res quant \u00e0 elles vendent une chose qu\u2019elles ne poss\u00e8dent pas.<\/p>\n<blockquote><p>Cette probl\u00e9matique autour de la dette est en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00e9gime disciplinaire.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour y parvenir, la finance doit envahir et conqu\u00e9rir \u2014 titriser \u2014 les secteurs non financiers, dans son propre int\u00e9r\u00eat et pour son avantage. La titrisation, c\u2019est la relocalisation d\u2019un immeuble, d\u2019un bien ou d\u2019une dette dans le circuit financier. L\u00e0, il devient mobile et peut \u00eatre achet\u00e9 et vendu sur des march\u00e9s proches ou lointains. Gr\u00e2ce aux produits financiers complexes, des \u00e9l\u00e9ments qui rel\u00e8vent de la sph\u00e8re familiale (bourses d\u2019\u00e9tudes, pr\u00eats automobiles, dettes municipales) sont titris\u00e9s. Les ing\u00e9nieurs financiers construisent ensuite de longues cha\u00eenes d\u2019instruments de sp\u00e9culation qui tous reposent sur la pr\u00e9tendue stabilit\u00e9 de l\u2019input. Nous n\u2019avons plus affaire ici aux math\u00e9matiques des mod\u00e8les micro-\u00e9conomiques, mais aux math\u00e9matiques de la physique. Et les coulisses de Goldman Sachs pullulent de physiciens.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les cons\u00e9quences de cette financiarisation?<\/strong><\/p>\n<p>Entre 2006 et 2010, 13,6millions de m\u00e9nages ont fait l\u2019objet d\u2019une expulsion aux \u00c9tats-Unis. C\u2019est l\u00e0 une forme brutale d\u2019accumulation primitive et le r\u00e9sultat d\u2019une op\u00e9ration extr\u00eamement complexe recourant \u00e0 des expertises en finance, droit, comptabilit\u00e9 et math\u00e9matiques. Suite \u00e0 la perte de recettes fiscales pour les communes, c\u2019est l\u2019ensemble des zones m\u00e9tropolitaines qui va devoir payer les frais. La d\u00e9cision de sauver les banques avec l\u2019argent du contribuable a engendr\u00e9 une diminution de la croissance, une augmentation de la pauvret\u00e9 parmi les citoyens et pour les gouvernements, et elle a conduit \u00e0 des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Par contre, la global finance a de nouveau engrang\u00e9 des superprofits.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re, la finance a radicalement transform\u00e9 notre monde de bien des fa\u00e7ons. La titrisation et la ventilation ont cach\u00e9 ce qui \u00e9tait en train de se passer, et le tourbillon de la titrisation a d\u00e9truit \u00e0 grande \u00e9chelle les \u00e9conomies saines, les dettes publiques saines et les m\u00e9nages sains. Si quelque chose va mal, la nature brutale de la violence \u00e9conomique affleure \u00e0 la surface, comme avec les expulsions locatives massives dans des pays aussi divers que les \u00c9tats-Unis, l\u2019Espagne ou la Lettonie. Ou encore les pertes massives de fonds municipaux \u00e0 la suite de la sp\u00e9culation.<\/p>\n<p>Prenons le logement. Dans les comptes de l\u2019\u00c9tat, on le retrouvait aux rubriques secteur de la construction, march\u00e9 immobilier et march\u00e9 hypoth\u00e9caire. Mais depuis les ann\u00e9es1980, les hypoth\u00e8ques ont \u00e9t\u00e9 titris\u00e9es, divis\u00e9es en plusieurs composantes plus petits et associ\u00e9es \u00e0 d\u2019autres et finalement transform\u00e9es en instrument financier pour la sp\u00e9culation. L\u2019instrument pouvait servir de garantie dans le circuit de l\u2019investissement et la valeur du logement ou de l\u2019hypoth\u00e8que ne comptait plus. R\u00e9sultat: on s\u2019est retrouv\u00e9 avec un instrument extr\u00eamement complexe et opaque. Dans ce paquet, aucun \u00e9l\u00e9ment ne repr\u00e9sente la maison enti\u00e8re. La source de profit, ce n\u2019est plus le paiement de la traditionnelle hypoth\u00e8que mais la vente du paquet financier qui contient des centaines de fragments d\u2019hypoth\u00e8que. De plus, selon la logique de la finance, il est \u00e9galement possible de faire du profit en sp\u00e9culant sur la chute du cours.<\/p>\n<p><strong>Selon Giovanni Arrighi, lorsque les finances sp\u00e9culatives deviennent dominantes au cours d\u2019une p\u00e9riode donn\u00e9e, c\u2019est que cette p\u00e9riode est proche du d\u00e9clin. Sommes-nous en train de vivre un tel moment?<\/strong><\/p>\n<p>Dans un certain sens, oui. Mais cela prendra du temps. D\u2019une certaine mani\u00e8re, nous sommes aveugl\u00e9s par la multiplication des immeubles de standing, des boutiques chics, des restaurants branch\u00e9s dans les centres urbains. La croissance para\u00eet dominante, mais en r\u00e9alit\u00e9 elle est tr\u00e8s partielle et s\u00e9lective. Elle repose sur la paup\u00e9risation de plus de la moiti\u00e9 des m\u00e9nages. On sait aujourd\u2019hui que les b\u00e9n\u00e9fices engrang\u00e9s par les couches les plus riches de la population ne ruissellent pas vers le bas. On sait aussi que les \u00e9pid\u00e9mies caus\u00e9es par la pauvret\u00e9 et un syst\u00e8me de soins de sant\u00e9 inadapt\u00e9 finiront \u00e0 terme par \u00e9galement toucher les plus riches. Cela fait partie des limites de la financiarisation.<\/p>\n<p>Avant la crise de 2008, la valeur (fictive) des produits financiers d\u00e9riv\u00e9s en circulation s\u2019\u00e9levait \u00e0 630000milliards de dollars, soit 10fois le PIB mondial. Un tel d\u00e9calage ne s\u2019\u00e9tait encore jamais vu en Occident. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la crise, apr\u00e8s que des milliards se sont envol\u00e9s en fum\u00e9e, et apr\u00e8s la faillite de nombreuses entreprises, pouvoirs publics, m\u00e9nages et \u00e9conomies enti\u00e8res, elle a \u00e0 nouveau augment\u00e9 et est pass\u00e9e \u00e0 800000 milliards de dollars en 2012, et \u00e0 1million de milliards en 2013. La force de la finance, et donc ce qui la rend si dangereuse, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 amasser des fortunes m\u00eame lorsque les m\u00e9nages, les \u00e9conomies et les gouvernements perdent de la valeur.<\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier que la crise de 2008 n\u2019est pas la premi\u00e8re de ce type. Les crises r\u00e9currentes sont caract\u00e9ristiques de ce syst\u00e8me financier. Aux \u00c9tats-Unis, il y a eu depuis le krach boursier de 1987 cinq grandes op\u00e9rations de sauvetage des banques. \u00c0 chaque fois, c\u2019est l\u2019argent des contribuables que l\u2019on a inject\u00e9 dans le syst\u00e8me financier. Quant \u00e0 l\u2019industrie financi\u00e8re, elle a utilis\u00e9 cet argent comme nouveau levier, avec pour objectif encore plus de sp\u00e9culation et plus de profit, et non pas le remboursement des dettes, puisque, aujourd\u2019hui, cette industrie est enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers la dette.<\/p>\n<p>La finance a besoin de conqu\u00e9rir de nouveaux secteurs \u00e9conomiques pour pouvoir se d\u00e9velopper. Mais une fois qu\u2019elle a soumis l\u2019essentiel de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 sa logique, elle se heurte \u00e0 ses propres limites, et la spirale descendante semble s\u2019enclencher. Lorsque dans un secteur tout est financiaris\u00e9 en une longue cha\u00eene d\u2019instruments financiers, il n\u2019y a plus de valeur \u00e0 extraire. Arriv\u00e9 \u00e0 ce stade, la finance a besoin de nouveaux secteurs non financiaris\u00e9s. Le fait que les soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res soient capables de miser \u00e0 la fois sur la croissance d\u2019un secteur et sur son d\u00e9clin en est un exemple mordant. Goldman Sachs a d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des produits d\u00e9riv\u00e9s qui ont facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s de la Gr\u00e8ce \u00e0 l\u2019UE et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle a d\u00e9velopp\u00e9 des instruments pouvant d\u00e9boucher sur des profits en cas de banqueroute du pays.<\/p>\n<p><strong>La pratique du land grabbing, ou accaparement des terres, est une autre forme d\u2019expulsion. Selon Oxfam, des terrains d\u2019une superficie totale \u00e9gale \u00e0 huit fois celle du Royaume-Uni auraient \u00e9t\u00e9 vendus ou lou\u00e9s entre 2000 et 2010. Cet accaparement des terres est peut-\u00eatre moins violent, mais il est beaucoup plus d\u00e9vastateur que les conqu\u00eates territoriales de l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale. Pourquoi?<\/strong><\/p>\n<p>La pratique de l\u2019accaparement des terres est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Le recours de plus en plus fr\u00e9quent \u00e0 cette pratique n\u2019est pas tr\u00e8s visible. Mais de fait, trente gouvernements et une centaine d\u2019entreprises poss\u00e8dent des terres \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en particulier en Afrique mais aussi en Am\u00e9rique latine et dans des r\u00e9gions plus pauvres d\u2019Europe. Parmi les entreprises qui recourent \u00e0 cette pratique, les entreprises mini\u00e8res sont les plus connues. M\u00eame si les \u00e9conomies de plantations y recourent tr\u00e8s probablement beaucoup plus. De nombreux pays ont acquis de vastes parcelles de terre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour la culture d\u2019aliments et mati\u00e8res premi\u00e8res biologiques. Tout cela se fait au nom d\u2019une \u00e9nergie plus verte, mais il n\u2019y a pas grand-chose de vert l\u00e0-dedans.<\/p>\n<blockquote><p>Partout dans le monde, les dettes des \u00c9tats-nations ont augment\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019acquisition de terres \u00e0 l\u2019\u00e9tranger n\u2019est pas un probl\u00e8me en soi. Cela se fait depuis tr\u00e8s longtemps. Le probl\u00e8me, c\u2019est que la forte augmentation de ces acquisitions affecte consid\u00e9rablement la nature des \u00e9conomies locales \u2013 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sur son territoire. L\u2019accaparement des terres n\u2019a strictement rien \u00e0 voir avec l\u2019implantation d\u2019une usine Ford g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019emplois en Europe ou d\u2019une usine Volkswagen au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Les terres acquises par les \u00e9trangers sont de vastes superficies de territoire national incluant villages, petites exploitations agricoles et districts industriels ruraux. L\u2019accaparement des terres balaie cette complexit\u00e9 politico-structurelle. Des millions de petits propri\u00e9taires fonciers sont expuls\u00e9s. Le territoire national est rel\u00e9gu\u00e9 au rang de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re \u00e9trang\u00e8re destin\u00e9e \u00e0 des plantations qui chassent les gens, suppriment les \u00e9conomies locales et d\u00e9truisent la biosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas que le probl\u00e8me d\u2019accaparement des terres, il y a aussi l\u2019accaparement des eaux. En pratiquant la fracturation hydraulique, les entreprises mini\u00e8res sont devenues les plus grosses consommatrices d\u2019eau, qu\u2019en outre elles polluent, directement et indirectement. Les fabricants de sodas et embouteilleurs d\u2019eau ont \u00e9galement augment\u00e9 leur consommation d\u2019eau. Nestl\u00e9, par exemple, a construit de gigantesques pipelines et utilise d\u2019immenses navires-citernes pour transporter l\u2019eau sur de longues distances. On estime que d\u2019ici 2030, la demande en eau aura augment\u00e9 de 50%. Certains parlent de l\u2019eau comme du \u00abnouveau p\u00e9trole\u00bb. Le grand patron de Nestl\u00e9, Peter Brabeck-Letmathe, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 propos de la privatisation des ressources hydriques: \u00abIl faut attribuer \u00e0 l\u2019eau un prix du march\u00e9, car l\u2019eau est un nutriment comme un autre\u00bb. Pour lui, consid\u00e9rer l\u2019eau comme un droit public est une \u00absolution extr\u00eame\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Dans \u00abTerre morte, eau morte\u00bb, le dernier chapitre de votre livre, vous brossez un tableau plut\u00f4t apocalyptique de la terre: six \u00e9normes d\u00e9charges dans les oc\u00e9ans contenant 7millions de ton\u00adnes de plastique, 400zones c\u00f4ti\u00e8res cliniquement mortes, 75% des terres agricoles infertiles en Am\u00e9rique centrale, concentrations de m\u00e9thane dans l\u2019eau, s\u00e9ismes caus\u00e9s par la fractu\u00adration hydraulique, pollution chimique\u2026<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est mon chapitre favori. J\u2019aime le titre \u00abTerre morte, eau morte\u00bb. Le terme \u00abchangement climatique\u00bb est beaucoup trop propre. Pour parler de ces ph\u00e9nom\u00e8nes brutaux, il faut des termes brutaux.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais aborder une des cons\u00e9quences de cette destruction, \u00e0 savoir la migration. L\u2019Europe, l\u2019Australie et les \u00c9tats-Unis ont r\u00e9agi en construisant des murs, des camps, des centres fer\u00adm\u00e9s et des push backs. \u00abNous ne pouvons pas accueillir toute la mis\u00e8re du monde\u00bb est un argument souvent entendu. Ou encore: \u00abLa Convention de Gen\u00e8ve ne s\u2019applique pas aux candidats \u00e0 l\u2019Eldorado.\u00bb<\/p>\n<p>Je trouve particuli\u00e8rement p\u00e9nible la mani\u00e8re dont sont d\u00e9peints les r\u00e9fugi\u00e9s que l\u2019on pr\u00e9sente comme des candidats \u00e0 l\u2019Eldorado alors que ce sont les entreprises occidentales qui ont expuls\u00e9 les populations rurales locales avec leur pratique d\u2019accaparement des terres. Pourquoi sont-ils si nombreux \u00e0 fuir le Honduras, le Salvador ou le Guatemala? Les petits agriculteurs ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de leur terre par les milices priv\u00e9es des riches propri\u00e9taires terriens. Les r\u00e9fugi\u00e9s forment la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du cycle g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019accaparement des terres pratiqu\u00e9 par les pays riches. La migration commence dans les bureaux des directions des multinationales et des quartiers g\u00e9n\u00e9raux militaires. Mais personne ne fait le lien entre ces \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Auparavant, le prototype du migrant c\u2019\u00e9tait la personne qui mettait sur pied son petit commerce, qui envoyait de l\u2019argent \u00e0 ses proches et r\u00eavait de pouvoir rentrer au pays rendre visite \u00e0 sa famille ou y retourner pour de bon. Mais aujourd\u2019hui, on a affaire \u00e0 une nouvelle forme de migration, avec comme \u00e9picentres la mer M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019Am\u00e9rique centrale et la mer d\u2019Andaman. Ce qui pousse les gens \u00e0 partir, ce n\u2019est plus vraiment la qu\u00eate d\u2019une vie meilleure, mais la destruction de leur habitat. Des familles et communaut\u00e9s enti\u00e8res ont ainsi \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es. Elles n\u2019ont plus d\u2019endroit o\u00f9 aller. L\u2019endroit o\u00f9 se trouvait leur maison est devenu une plantation, une zone de guerre, un d\u00e9sert, une mine, une zone inond\u00e9e, une ville priv\u00e9e. Toutes ces personnes qui ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es et expuls\u00e9es de leur maison, de leur terre ou de leur travail viennent alimenter les r\u00e9seaux criminels de trafic et traite d\u2019\u00eatres humains.<\/p>\n<p>Toutes les formes de d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 du sol, de l\u2019eau et de l\u2019air touchent beaucoup plus durement les communaut\u00e9s d\u00e9favoris\u00e9es. On estime que cette d\u00e9gradation a engendr\u00e9 800millions de d\u00e9port\u00e9s dans le monde, dont 80% sont accueillis par le Sud. La population de r\u00e9fugi\u00e9s a un impact \u00e9conomique beaucoup plus important sur le Sud en g\u00e9n\u00e9ral. Au Pakistan, par exemple, on a 605r\u00e9fugi\u00e9s pour 1USD de PIB par habitant; en Allemagne, seulement 15. Ce sont donc les pays les plus pauvres qui portent le fardeau.<\/p>\n<p><strong>Vous dites que nous nous trouvons \u00e0 l\u2019aube d\u2019une nouvelle \u00e8re, une \u00e8re marqu\u00e9e par les expulsions. Mais vous \u00e9crivez \u00e9gale\u00adment que ces tendances ne sont ni des exceptions ni le r\u00e9sultat d\u2019une crise. Mais, au contraire, le r\u00e9sultat d\u2019une \u00abintensification syst\u00e9mique des relations capitalistes\u00bb. Quelle est la diff\u00e9rence avec des concepts comme \u00abaccumulation par d\u00e9possession\u00bb (David Harvey), \u00abaccumulation primitive\u00bb (Karl Marx) ou \u00abrupture m\u00e9tabolique\u00bb (John Bellamy Foster)? Le terme \u00abexpulsion\u00bb appara\u00eet un peu comme un concept fourre-tout.<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019aime tous les termes que vous citez. Si j\u2019ai opt\u00e9 pour le terme \u00abexpulsion\u00bb, c\u2019est non seulement pour mettre en lumi\u00e8re cette situation de privation, mais aussi la violence active. Je mets \u00e9galement l\u2019accent sur les dynamiques actuelles qui engendrent des expulsions \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle, plut\u00f4t que sur les dynamiques qui existent depuis le d\u00e9but du capitalisme. Par ailleurs, tout cela se fait en utilisant le terme de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. L\u2019utilisation de ce terme est une invitation \u00e0 ne pas penser, \u00e0 ne pas approfondir, \u00e0 ne pas chercher\u2026 Le d\u00e9veloppement, cela ne peut \u00eatre que positif, non?! Ce sont nos r\u00e9f\u00e9rentiels qui rendent cette distorsion possible. La plantation se d\u00e9veloppe, le PIB par habitant augmente, mais les cons\u00e9quences pour les 200petits agriculteurs qui produisaient de la nourriture pour les habitants locaux et ceux des villages voisins ne sont pas prises en compte\u2026 Elles sont totalement invisibles dans les livres comptables. C\u2019est l\u00e0 le probl\u00e8me. Les concepts d\u2019expulsion\/exclusion ainsi que celui de formations pr\u00e9datrices facilitent mes recherches. J\u2019avais besoin de d\u00e9stabiliser les d\u00e9finitions en place. Je voulais aussi que la notion de \u00abterritoire\u00bb ait une plus grande r\u00e9sonance dans cet ensemble de concepts.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"-4-lava---article-streamer\">La migration commence dans les bureaux des directions des multinationales et des quartiers g\u00e9n\u00e9raux militaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut dire que le rapport entre capitalisme avanc\u00e9 et capitalisme traditionnel est caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019extraction et la destruction, un peu comme la relation entre le capitalisme traditionnel et les \u00e9conomies pr\u00e9capitalistes. Avec du recul, le capitalisme avanc\u00e9 est probablement entr\u00e9 dans une nouvelle phase dans les ann\u00e9es1980: une p\u00e9riode qui a r\u00e9invent\u00e9 les m\u00e9canismes d\u2019accumulation primitive. Certaines formes de croissance extr\u00eamement destructrices sont consid\u00e9r\u00e9es comme positives. Finalement, cela conduit \u00e0 la paup\u00e9risation et \u00e0 l\u2019exclusion d\u2019un nombre toujours plus grand de personnes qui ont perdu leur utilit\u00e9 en tant que travailleurs et consommateurs. Des acteurs \u00e9conomiques qui jouaient autrefois un r\u00f4le fondamental dans le d\u00e9veloppement du capitalisme, comme la petite bourgeoisie et la bourgeoisie traditionnelle nationale, sont devenus inutiles.<\/p>\n<p><strong>Le sous-titre de votre livre est \u00ab Brutalit\u00e9 et complexit\u00e9 dans l\u2019\u00e9co\u00adnomie globale \u00bb . Vous insistez sur le fait que les brutalit\u00e9s ne sont pas des actes directs et univoques commis par les multi\u00adnationales ou les plus riches, et sur le fait qu\u2019il n\u2019est pas simple de montrer du doigt la Banque mondiale ou le FMI. Pour vous, ces brutalit\u00e9s sont le fait de \u00abformations pr\u00e9datrices\u00bb plut\u00f4t que d\u2019une poign\u00e9e d\u2019individus ou de multinationales qui tirent les ficelles. Pouvez-vous pr\u00e9ciser?<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre comment la complexit\u00e9 engendre la brutalit\u00e9, prenons l\u2019exemple du commerce du carbone, principale \u00abinnovation\u00bb des accords inter\u00e9tatiques pour sauvegarder le climat. Dans les faits et dit assez brutalement, le commerce du carbone n\u2019est rien d\u2019autre que le combat de pays qui cherchent \u00e0 \u00e9tendre leur droit de polluer. Ce que veulent les gouvernements, c\u2019est soit augmenter leur droit de polluer par le biais de quotas \u00abl\u00e9gaux\u00bb, soit augmenter les quotas qu\u2019ils peuvent revendre aux autres gouvernements qui voudraient polluer davantage. L\u2019objectif n\u2019est donc pas de r\u00e9duire la destruction, mais d\u2019obtenir pour son pays un droit de d\u00e9truire le plus \u00e9tendu possible.<\/p>\n<p>Cela entra\u00eene un d\u00e9calage profond entre la situation de la plan\u00e8te et la logique dominante qui r\u00e9git les r\u00e9ponses et les politiques adopt\u00e9es. Les \u00c9tats profitent de la politique climatique qui fait consensus: le commerce du carbone. Atmosph\u00e8re pollu\u00e9e, terre d\u00e9vast\u00e9e et oc\u00e9ans \u00e0 l\u2019agonie sont devenus une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9tach\u00e9e du paysage g\u00e9opolitique et de la politique dominante.<\/p>\n<p>Ce que je veux faire comprendre, c\u2019est que ce ne sont pas simplement des entreprises et personnes qui entrent en jeu. Il s\u2019agit de formations beaucoup plus complexes qui s\u2019alimentent l\u2019une l\u2019autre et se r\u00e9p\u00e8tent. En raison de cette complexit\u00e9, d\u00e9clarer ill\u00e9gales les pratiques d\u2019accaparement des eaux par Nestl\u00e9, par exemple, ne suffit pas. Nestl\u00e9 accapare l\u2019eau de centaines de sites \u00e0 l\u2019insu des gouvernements ou sans qu\u2019ils puissent exercer le moindre contr\u00f4le. Nestl\u00e9 peut ainsi extraire l\u2019eau des sites jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte, et c\u2019est seulement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que ses actions apparaissent au grand jour. Je d\u00e9fends donc la th\u00e8se selon laquelle on n\u2019a pas vraiment affaire \u00e0 une \u00e9lite pr\u00e9datrice, mais plut\u00f4t \u00e0 des formations pr\u00e9datrices, un m\u00e9lange d\u2019\u00e9lites avec des capacit\u00e9s syst\u00e9miques, la finance intervenant comme principal facilitateur.<\/p>\n<p>Ces formations poussent \u00e0 la concentration. La concentration au sommet n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 bien s\u00fbr. Ce qui est inqui\u00e9tant, c\u2019est la forme extr\u00eame qu\u2019elle rev\u00eat aujourd\u2019hui. En 2012, les cent milliardaires les plus riches ont vu leur fortune augmenter de 240milliards. Cela suffirait \u00e0 \u00e9radiquer quatre fois la pauvret\u00e9 dans le monde. Aujourd\u2019hui, les structures o\u00f9 se produit cette concentration sont des assemblages complexes d\u2019\u00e9l\u00e9ments multiples. La concentration n\u2019est pas le r\u00e9sultat du transfert des richesses par une poign\u00e9e de bandits. Un syst\u00e8me capable de concentrer autant de richesses \u00e0 une telle \u00e9chelle est un syst\u00e8me \u00e0 part, totalement diff\u00e9rent du syst\u00e8me qui, \u00e0 une \u00e9poque, a \u00e9t\u00e9 capable d\u2019accro\u00eetre les richesses de la classe ouvri\u00e8re et de la classe moyenne en Occident en g\u00e9n\u00e9ral, dans une grande partie de l\u2019Am\u00e9rique latine et dans certains pays d\u2019Afrique, comme la Somalie par exemple.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les cons\u00e9quences de ces complexit\u00e9s pour la r\u00e9\u00adsis\u00adtance et la lutte des classes? Comment lutter contre ces formations pr\u00e9datrices? Les zones o\u00f9 se trouvent les exclus \u00abne sont pas des trous noirs\u00bb, \u00e9crivez-vous, mais de nouveaux chantiers potentiels qui cr\u00e9ent de nouvelles \u00e9conomies locales, de nouvelles histoires et de nouvelles formes d\u2019appartenance.<\/strong><\/p>\n<p>En effet, les endroits vers lesquels les gens ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s pourraient devenir des laboratoires pour le d\u00e9veloppement de nouvelles formes d\u2019\u00e9conomie ou d\u2019autres formes de soci\u00e9t\u00e9. Ce qui veut dire que chaque site local a de l\u2019importance, et ce \u00e0 un niveau global. Bien s\u00fbr, c\u2019est l\u00e0 un d\u00e9fi. Une chose qui n\u2019est pas simple \u00e0 organiser. M\u00eame si les possibilit\u00e9s existent, cela ne sera pas facile. Pour commencer, il va falloir reconna\u00eetre les cons\u00e9quences n\u00e9gatives de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 et est encore consid\u00e9r\u00e9 comme croissance positive. Il va falloir faire pression sur les autorit\u00e9s nationales, mais aussi locales. Nous avons <img decoding=\"async\" class=\" wp-image-16437 alignleft\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Lava09-illus-redkitten-TRK011web01-19.png\" alt=\"\" width=\"239\" height=\"207\" \/>besoin de l\u2019expertise du monde entier pour pouvoir \u00e9tudier et \u00e9crire sur ce qui se passe dans le monde. Je pense que nous en sommes au tout d\u00e9but. Cela ne sera jamais une op\u00e9ration totalement aboutie, mais cela permettra de mobiliser et de r\u00e9v\u00e9ler au grand jour les destructions et extractions, qui sont trop souvent camoufl\u00e9es.<\/p>\n<h5>Saskia Sassen, <em>Expulsions. Brutalit\u00e9 et complexit\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie globale<\/em>, Paris, Gallimard, 2016.<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Limiter les pathologies dont souffre le capitalisme contemporain \u00e0 une intensification du n\u00e9olib\u00e9ralisme et \u00e0 une augmentation des in\u00e9galit\u00e9s est un diagnostic r\u00e9ducteur. Entretien sur l\u2019\u00e9tat du monde avec la sociologue Saskia Sassen.<\/p>\n","protected":false},"author":1117,"featured_media":16422,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[17,22],"tags":[441,460,657],"class_list":["post-16668","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-fr","category-interview-fr","tag-capitalisme","tag-imperialisme-fr","tag-saskia-sassen-fr","issues-numero-9"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16668","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1117"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16668"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16668\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39329,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16668\/revisions\/39329"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16668"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16668"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16668"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}