{"id":13348,"date":"2019-03-25T07:06:19","date_gmt":"2019-03-25T05:06:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=13348"},"modified":"2022-05-31T16:17:20","modified_gmt":"2022-05-31T14:17:20","slug":"envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/","title":{"rendered":"Envisager les femmes comme une classe \u00e0 part"},"content":{"rendered":"<p>Savoir en quoi Marx consid\u00e9rait les femmes comme une classe sociale \u00e0 part concerne toute la pratique du mouvement ouvrier et du mouvement des femmes.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13353\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Lava08-illus-redkitten-TRK013web02.png\" alt=\"Envisager les femmes comme une classe \u00e0 part\" width=\"2116\" height=\"1440\" \/>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La question de savoir si les femmes forment ou non une classe sociale est un enjeu qui tire ses origines de probl\u00e8mes \u00e0 la fois th\u00e9oriques et politiques. Cette question fait d\u00e9j\u00e0 son apparition chez Engels dans\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">L&rsquo;Origine de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de la famille et de l&rsquo;\u00c9tat<\/span><\/em>\u00a0puis \u00e0 nouveau dans les ann\u00e9es 70, dans le mouvement social des femmes, en France notamment. Dans le contexte social et politique de ce mouvement,<span class=\"CharOverride-13\">\u00a0apparaissent un certain nombre de th\u00e9oriciennes, qui prendront le nom de \u00abf\u00e9ministes mat\u00e9rialistes\u00bb, comme Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Colette Guillaumin, Paola Tabet, pour ne citer que les principales<\/span><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-1-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-1-13348' title='Selon Mich\u00e8le Riot-Sarcey, \u00abd&amp;rsquo;autres femmes construisent des syst\u00e8mes de pens\u00e9es qui, d&amp;rsquo;un point de vue \u00e9pist\u00e9mologique, perturbent l&amp;#8217;empire du masculin. Parmi elles, et pour n&amp;rsquo;en citer que quelques-unes, Paola Tabet, Nicole-Claude Mathieu, anthropologues [\u2026], Colette Guillaumin, Christine Delphy, sociologues, Mich\u00e8le Le D\u0153uff, philosophe.\u00bb M. Riot-Sarcey&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;, &lt;em&gt;Histoire du f\u00e9minisme&lt;\/em&gt;, Paris, La D\u00e9couverte, 2002&lt;\/span&gt;, p.\u00a0104.&lt;\/span&gt;&lt;span class=&quot;Lava---text-NOTE-NUMBER&quot;&gt;'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><span class=\"CharOverride-13\">. Ces penseuses seront conduites \u00e0 reprendre le concept de classe sociale pour penser les femmes comme une autre classe, distincte de celle des hommes. Pour rendre compte de la position th\u00e9orique et politique des f\u00e9ministes mat\u00e9rialistes, il convient de la resituer dans leur histoire politique: elle na\u00eet directement du contexte de luttes sociales et politiques o\u00f9 appara\u00eet le Mouvement de Lib\u00e9ration des Femmes.<\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><span class=\"CharOverride-13\">Ces th\u00e9oriciennes, engag\u00e9es dans ces luttes (et c&rsquo;est tout \u00e0 leur honneur), cherchent \u00e0 donner une coh\u00e9rence th\u00e9orique au mouvement et \u00e0 rendre compte des\u00a0<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">communes conditions<\/span><span class=\"CharOverride-13\">\u00a0que partagent la majorit\u00e9 des femmes. Mais elles cherchent \u00e9galement \u00e0 faire reconna\u00eetre sur le plan social et politique les probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques que rencontrent les femmes en consid\u00e9rant que, dans la th\u00e9orie marxiste classique comme dans les organisations de gauche, l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes reste un probl\u00e8me \u00absecondaire\u00bb. C&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;elles sont amen\u00e9es \u00e0 s&rsquo;approprier le terme de \u00abclasse\u00bb, apparent\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e marxiste, et conduites \u00e0 consid\u00e9rer que les femmes forment une classe sociale. \u00c0 partir de cette position<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">\u00a0th\u00e9orique<\/span><span class=\"CharOverride-13\">, elles sont logiquement conduites \u00e0 revendiquer une autonomie<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">\u00a0politique<\/span><span class=\"CharOverride-13\">\u00a0du mouvement des femmes. Autrement dit, elles sont conduites \u00e0 consid\u00e9rer que les femmes doivent quitter les organisations de gauche (les partis et les syndicats) pour former leur propre mouvement parce que, selon elles, les femmes n&rsquo;ont plus un int\u00e9r\u00eat commun de classe avec les hommes, les deux sexes formant deux classes sociales distinctes et en lutte. Pour r\u00e9sumer leur position, elles consid\u00e8rent que la th\u00e9orie marxiste ne fait pas une juste place aux femmes et conduit \u00e0 en faire un probl\u00e8me secondaire.<\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><span class=\"CharOverride-13\">Cette secondarit\u00e9 des femmes se retrouverait alors dans les organisations de gauche, incapables, selon elles, de traiter des probl\u00e8mes que rencontrent les femmes. En reprenant le terme de \u00abclasse\u00bb \u00e0 la th\u00e9orie marxiste, pour poser que les femmes rel\u00e8vent d&rsquo;une autre classe que celle des hommes, elles pensent \u00eatre \u00e0 m\u00eame d&rsquo;\u00e9clairer leurs probl\u00e8mes et de l\u00e9gitimer la revendication d&rsquo;une autonomie politique de leur mouvement. N\u00e9anmoins, faute d&rsquo;une d\u00e9finition rigoureuse dans leurs th\u00e9ories, ce terme reste un terme g\u00e9n\u00e9rique. Il pourrait renvoyer soit vers le concept de \u00abclasse\u00bb, mais sans que ce dernier soit rigoureusement d\u00e9fini, soit vers l&rsquo;id\u00e9e de \u00abgroupe\u00bb, soit vers celle de \u00abcat\u00e9gorie\u00bb comme la \u00abcat\u00e9gorie de sexe\u00bb par exemple. En r\u00e9alit\u00e9, ces trois termes, classe, groupe et cat\u00e9gorie, sont utilis\u00e9s comme des synonymes dans le f\u00e9minisme mat\u00e9rialiste<\/span><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-2-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-2-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Penser le genre, Syllepse, 2009&lt;\/span&gt;, pp.\u00a0296-297.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><span class=\"CharOverride-13\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><span class=\"CharOverride-13\">Or, du point de vue marxiste, la relation entre la th\u00e9orie et le politique n&rsquo;est pas n\u00e9gligeable. Si la th\u00e9orie est confuse dans ses conceptions, elle risque de conduire \u00e0 une forme d&rsquo;id\u00e9ologie et d&rsquo;entraver ainsi, non pas la lutte politique, mais la strat\u00e9gie politique. Il est donc temps aujourd&rsquo;hui d&rsquo;ouvrir \u00e0 nouveau ce d\u00e9bat et de faire un retour sur l&rsquo;\u0153uvre de Marx pour voir si elle est en mesure de nous \u00e9clairer sur ces questions.<\/span>\u00a0<span class=\"CharOverride-13\">Dans\u00a0<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">L&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/span><span class=\"CharOverride-13\">, Marx semble s&rsquo;orienter vers l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle les femmes constitueraient une classe \u00e0 part. Proc\u00e9dant dans cet ouvrage \u00e0 une histoire de la formation des classes sociales, Marx pose qu&rsquo;elles naissent de la division du travail et de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Pour lui, l&rsquo;origine de la division du travail \u00e9tant dans la division sexuelle du travail et la famille \u00e9tant la toute premi\u00e8re forme de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, les femmes seraient donc une classe \u00e0 part. Cette id\u00e9e semble se confirmer aussi chez Engels lorsque, dans\u00a0<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">L&rsquo;Origine de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de la famille et de l&rsquo;\u00c9tat,\u00a0<\/span><span class=\"CharOverride-13\">il<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">\u00a0<\/span><span class=\"CharOverride-13\">\u00e9tablit une analogie entre le rapport de l&rsquo;ouvrier \u00e0 son patron et le rapport de la femme \u00e0 son mari<\/span><span class=\"Lava---TEXT-italic CharOverride-13\">.<\/span>\u00a0Pourtant, dans le livre I du\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Capital,<\/span>\u00a0o\u00f9 il fait un usage massif de donn\u00e9es concernant les femmes, Marx ne les envisage jamais comme une classe sociale. Comment, dans ces conditions, comprendre la place qu&rsquo;il accorde aux femmes dans son analyse? Faut-il consid\u00e9rer que, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9crit dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">L&rsquo;Id\u00e9ologie allemande,\u00a0<\/span>il consid\u00e8re dans le livre I du\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Capital\u00a0<\/span>les rapports entre les sexes comme secondaires par rapport \u00e0 la classe sociale?<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><span class=\"CharOverride-13\">Nous verrons qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 Marx ne s&rsquo;oriente ni vers une \u00absecondarit\u00e9\u00bb des rapports entre les sexes, ni vers la constitution d&rsquo;une classe sociale des femmes. Dans ce cadre, nous tenterons alors de comprendre comment l&rsquo;analyse marxiste peut \u00e9clairer d&rsquo;un regard nouveau les luttes pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes.<\/span><\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">Les femmes dans L&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour poser la question de savoir si les femmes constituent une classe sociale, il convient de revenir bri\u00e8vement sur la fa\u00e7on dont Marx tente d&rsquo;\u00e9laborer le concept de classe sociale dans\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">L&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/span>. Pour lui, les classes sociales n&rsquo;\u00e9tant pas une r\u00e9alit\u00e9 anhistorique, elles ont donc une naissance et une fin. C&rsquo;est \u00e0 ce processus de gen\u00e8se logique que s&rsquo;attelle Marx en prenant appui sur l&rsquo;\u00e9tude historique de diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 diff\u00e9rentes p\u00e9riodes. Pour cela, il reprend plus particuli\u00e8rement les concepts de division du travail et de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Tout d&rsquo;abord, pour lui, ces deux termes semblent se distinguer mais en r\u00e9alit\u00e9 ils d\u00e9signent la m\u00eame chose. Seulement, l&rsquo;un permet de comprendre le\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">mouvement<\/span>, l&rsquo;activit\u00e9 humaine, l&rsquo;autre permet de saisir le\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">r\u00e9sultat<\/span>, le produit de cette activit\u00e9 humaine. Pour lui, <em>\u00abla division du travail et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sont des expressions identiques \u2013 dans la premi\u00e8re, on \u00e9nonce, en relation avec l&rsquo;activit\u00e9, la m\u00eame chose que ce qu&rsquo;on \u00e9nonce dans l&rsquo;autre concernant le produit de l&rsquo;activit\u00e9.\u00bb<\/em><span id='easy-footnote-3-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-3-13348' title='K. Marx, F. Engels, J. Weydemeyer,\u00a0&lt;em&gt;&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;L&amp;rsquo;Id\u00e9ologie allemande&lt;\/span&gt;&lt;\/em&gt;, 1er et 2e chapitres, Paris, GEME, \u00c9ditions sociales, 2014, p.\u00a075.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">C&rsquo;est d&rsquo;abord dans l&rsquo;\u00abacte sexuel\u00bb que Marx situe l&rsquo;une des toutes premi\u00e8res formes de division du travail. La division du travail prend naissance sur la base de la diff\u00e9rence sexuelle en ce que cette derni\u00e8re pose le probl\u00e8me de la procr\u00e9ation: \u00ab<em>La division du travail, [\u2026] originellement, n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre que la division du travail dans l&rsquo;acte sexuel, avant de devenir la division du travail qui se fait d&rsquo;elle-m\u00eame ou de mani\u00e8re \u201cnaturelle-spontan\u00e9e\u00a0\u00bben vertu des dispositions naturelles (par exemple la force corporelle), des besoins, des hasards, etc.\u00bb<\/em><span id='easy-footnote-4-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-4-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid.,&lt;\/span&gt;\u00a0p.\u00a071.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span> Comme division du travail et propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne vont pas l&rsquo;une sans l&rsquo;autre, c&rsquo;est \u00e9galement dans la famille que Marx situe la premi\u00e8re forme de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e: <em>\u00abLa propri\u00e9t\u00e9 [\u2026] a d\u00e9j\u00e0 son germe, sa premi\u00e8re forme, dans la famille, o\u00f9 la femme et les enfants sont les esclaves de l&rsquo;homme. L&rsquo;esclavage dans la famille, qui est certes encore tr\u00e8s brut et latent, est la premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9, qui du reste correspond ici d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement \u00e0 la d\u00e9finition des \u00e9conomistes modernes, selon laquelle elle consiste dans le fait de disposer de la force de travail d&rsquo;autrui.\u00bb<\/em><span id='easy-footnote-5-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-5-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid.,&lt;\/span&gt;\u00a0p.\u00a075.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Cette derni\u00e8re citation, limpide en apparence, nous porte \u00e0 croire que, du fait de cette division du travail, les femmes constituent une classe sociale. Il va m\u00eame plus loin puisqu&rsquo;il avance que les femmes, tout comme les enfants, sont une force de travail \u00e0 la disposition du ma\u00eetre autrement dit du p\u00e8re et mari propri\u00e9taire. Cette division du travail, fond\u00e9e sur la diff\u00e9rence sexuelle, pose d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 un ma\u00eetre, n\u00e9cessairement et exclusivement jouisseur, de l&rsquo;autre une femme (et des enfants), forces de travail \u00e0 la disposition du ma\u00eetre propri\u00e9taire. Ainsi semble se confirmer la proposition d&rsquo;Engels selon laquelle: \u00abDans la famille, l&rsquo;homme est le bourgeois, la femme joue le r\u00f4le du prol\u00e9tariat.\u00bb<span id='easy-footnote-6-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-6-13348' title='Engels, &lt;em&gt;L&amp;rsquo;Origine de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l&amp;rsquo;\u00c9tat&lt;\/em&gt;, Paris, \u00c9ditions sociales, 1954, p.\u00a072.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En r\u00e9alit\u00e9, Engels part d&rsquo;une analogie avec les rapports sociaux dominants (bourgeois\/prol\u00e9taires) tels qu&rsquo;ils existent dans le mode de production capitaliste. Il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour Marx. Pour mieux cerner la position de Marx , ce dernier passage de\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">L&rsquo;id\u00e9ologie allemande,<\/span>\u00a0aussi pr\u00e9cieux soit-il, n&rsquo;est pas suffisant. En poursuivant au del\u00e0 de ce seul passage sur les femmes l&rsquo;analyse que m\u00e8ne Marx de la division du travail, nous d\u00e9couvrons que son cadre th\u00e9orique est plus large qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet. Autrement dit, si Marx pose dans ce qu&rsquo;il appelle l&rsquo;\u00abacte sexuel\u00bb l&rsquo;origine de la division du travail, cela ne veut pas dire que celle-ci est pleinement r\u00e9alis\u00e9e. Pour lui, l&rsquo;histoire logique<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-7-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-7-13348' title='L&amp;rsquo;histoire \u00ablogique\u00bb veut dire ici que Marx se situe en dehors de la temporalit\u00e9 historique. Comme il ne peut pas remonter aux premiers temps humains, il est oblig\u00e9 de poser un mod\u00e8le de d\u00e9part qui permette de rendre compte de la mani\u00e8re dont a pu se former la division du travail et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00e0 l&amp;rsquo;origine.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>\u00a0de la division du travail poursuit plusieurs \u00e9tapes avant de se r\u00e9aliser v\u00e9ritablement, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant de pouvoir \u00eatre envisag\u00e9e comme au fondement des classes sociales: entre la division du travail dans l&rsquo;acte sexuel et la naissance des classes sociales s&rsquo;intercale un certain nombre d&rsquo;\u00e9tapes que nous allons tenter d&rsquo;appr\u00e9hender afin de mieux comprendre \u00e0 partir de quel moment il devient v\u00e9ritablement possible de parler d&rsquo;une division du travail accomplie et donc de parler v\u00e9ritablement de classes sociales.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Un des premiers effets de la division effective du travail est qu&rsquo;elle conduit \u00e0 une forme d&rsquo;\u00abamputation\u00bb\u00a0de l&rsquo;individu.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La division du travail ne prend un caract\u00e8re\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">effectif<\/span>, selon Marx, que lorsqu&rsquo;il y a division entre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le travail mat\u00e9riel et de l&rsquo;autre le travail intellectuel. Marx insiste sur le caract\u00e8re fondateur de cette premi\u00e8re forme effective de division parce qu&rsquo;il tente de faire la gen\u00e8se permettant de rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;\u00abid\u00e9ologie\u00bb<span id='easy-footnote-8-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-8-13348' title='Nous ne nous occuperons pas ici du probl\u00e8me de l&amp;rsquo;\u00abid\u00e9ologie\u00bb qui n&amp;rsquo;est pas notre sujet, nous chercherons seulement \u00e0 retracer la fa\u00e7on dont Marx \u00e9labore le concept de \u00abclasse sociale\u00bb.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>\u00a0ou d&rsquo;une conscience qui se tient \u00abla t\u00eate en bas\u00bb. En effet, \u00abla division du travail ne devient effectivement division du travail qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 entre en jeu une division du travail mat\u00e9riel et du travail intellectuel. D\u00e8s cet instant, la conscience\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">peut<\/span>\u00a0effectivement s&rsquo;imaginer qu&rsquo;elle est autre chose que la conscience de la pratique existante, qu&rsquo;elle repr\u00e9sente effectivement quelque chose sans repr\u00e9senter quelque chose d&rsquo;effectif &#8211; d\u00e8s cet instant la conscience est en mesure de s&rsquo;\u00e9manciper du monde et de passer \u00e0 la formation de la \u201cpure\u00a0\u00bb th\u00e9orie, de la th\u00e9ologie, de la philosophie, de la morale, etc<span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\">.<\/span>\u00bb<span id='easy-footnote-9-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-9-13348' title='K. Marx, F. Engels, J. Weydemeyer,\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;op.cit.&lt;\/span&gt;\u00a0p.\u00a071.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Un des premiers effets de la division effective du travail est qu&rsquo;elle conduit \u00e0 une forme d&rsquo;\u00abamputation\u00bb de l&rsquo;individu pour faire de ce dernier un \u00eatre born\u00e9, un \u00eatre seulement born\u00e9 au travail manuel mais incapable de \u00abconceptualiser\u00bb, ou au contraire un \u00eatre seulement born\u00e9 au travail intellectuel mais incapable d&rsquo;avoir une \u00abconscience pratique\u00bb. Puis, en plus des bornes qu&rsquo;elle impose aux individus, la division du travail implique n\u00e9cessairement de distribuer les instruments de la production. Dans le cadre de leurs activit\u00e9s productives, les individus ont un rapport avec la mati\u00e8re sur laquelle ils travaillent ou avec l&rsquo;outil au moyen duquel ils la travaillent. En m\u00eame temps qu&rsquo;ils sont limit\u00e9s \u00e0 un type sp\u00e9cifique d&rsquo;activit\u00e9, ils sont limit\u00e9s par rapport au type d&rsquo;instrument dont ils font usage. En effet, \u00abpar la division du travail, est \u00e9galement d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e la division des conditions de travail, des outils et des mat\u00e9riaux.\u00bb<span id='easy-footnote-10-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-10-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid.,&lt;\/span&gt;\u00a0p.\u00a0225.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Enfin, le mouvement de la division du travail aboutit \u00e0 la formation des classes sociales lorsqu&rsquo;il d\u00e9bouche sur la s\u00e9paration de la ville et de la campagne. D\u00e8s lors qu&rsquo;\u00e9mergent des villes en opposition aux campagnes, nous assistons, \u00e0 proprement parler, \u00e0 la naissance des classes sociales. En effet, \u00abla plus grande division entre le travail mat\u00e9riel et le travail intellectuel est la s\u00e9paration de la ville et de la campagne. L&rsquo;opposition entre la ville et la campagne commence avec le passage de la barbarie \u00e0 la civilisation, de la tribu \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, de l&rsquo;organisation locale \u00e0 la nation, et elle s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 travers toute l&rsquo;histoire de la civilisation jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours [\u2026]. C&rsquo;est ici que se fait jour en premier lieu la division de la population en deux grandes classes, laquelle repose directement sur la division du travail et sur les instruments de production.\u00bb<span id='easy-footnote-11-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-11-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Ibid.,&lt;\/span&gt;\u00a0p.\u00a0149.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span> Nous comprenons d&rsquo;apr\u00e8s ce passage que si la division du travail est bien au fondement de la formation des classes sociales, elle doit poursuivre un certain d\u00e9veloppement avant de faire appara\u00eetre des classes sociales aux int\u00e9r\u00eats clairement oppos\u00e9s. Si donc la division du travail prend bien son origine dans l&rsquo;acte sexuel, ce moment dans l&rsquo;histoire logique de la naissance et du d\u00e9veloppement de la division du travail ne suffit pas \u00e0 lui seul \u00e0 donner naissance aux classes sociales.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Un second \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;analyse permet de comprendre pourquoi les femmes ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;une classe sociale distincte. La relation entre les sexes et entre les g\u00e9n\u00e9rations au sein de la famille est effectivement fond\u00e9e sur un type de division du travail. D\u00e8s lors, elle s&rsquo;accompagne n\u00e9cessairement d&rsquo;un type de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. D\u00e8s que sont pos\u00e9s les concepts de division du travail et de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, il faut alors envisager que les individus engag\u00e9s dans ce processus ont des relations qui correspondent au type de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e dont ils rel\u00e8vent. D\u00e8s qu&rsquo;il y a division du travail, et donc propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, cela implique d&rsquo;une part que les individus subissent une forme d&rsquo;amputation et, d&rsquo;autre part, que ces relations sont gouvern\u00e9es par des formes de ce que nous pouvons appeler des rapports de domination. Mais, la forme que prend la division du travail dans la relation entre les sexes et entre les g\u00e9n\u00e9rations au sein de la famille et la nature sp\u00e9cifique de ce type de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n&rsquo;implique pas d&#8217;embl\u00e9e que se forment l\u00e0 des rapports de classes.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En effet, dans le cadre de la famille, femmes, hommes et enfants forment une \u00abcommunaut\u00e9\u00bb de vie. Dans ces conditions, les femmes s&rsquo;identifient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire de la famille. Elles peuvent, tout comme les enfants, se trouver dans un rapport de domination avec leur conjoint, et n\u00e9anmoins, gouvern\u00e9es par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel de la famille, \u00eatre relativement d\u00e9termin\u00e9es (par les conditions mat\u00e9rielles) \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 cet int\u00e9r\u00eat. De ce point de vue, Marx se montre relativement proche de Hegel. Si Marx et Hegel n&rsquo;ont absolument pas les m\u00eames analyses par rapport au mariage et \u00e0 la famille, ils ont, en revanche, une certaine proximit\u00e9 sur la question de la n\u00e9gation de la personnalit\u00e9 des individus au sein de la famille. Dans les\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\"><em>Principes de la philosophie du droit<\/em>\u00a0<\/span>(troisi\u00e8me partie consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00ab\u00e9thicit\u00e9\u00bb, premi\u00e8re section intitul\u00e9e \u00abLa famille\u00bb), Hegel \u00e9crit que <em>\u00able point de d\u00e9part objectif [du mariage] est le libre consentement des personnes, en l&rsquo;occurrence le consentement \u00e0\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">constituer une seule personne<\/span>, \u00e0 renoncer \u00e0 leur personnalit\u00e9 naturelle et singuli\u00e8re dans cette unit\u00e9-l\u00e0, [\u2026] il est, \u00e0 cet \u00e9gard une autorestriction.\u00bb<\/em><span id='easy-footnote-12-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-12-13348' title='G. W. F.\u00a0&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;Hegel,&lt;em&gt; Principes de la philosophie du droit&lt;\/em&gt;, Paris, Gallimard, 1989.&lt;\/span&gt;'><sup>12<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En ce sens, si, d&rsquo;apr\u00e8s Marx la relation de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e implique, en effet, un rapport de domination masculine, en revanche, au sein de la famille, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des membres de cette communaut\u00e9 qui voient leur personnalit\u00e9 ni\u00e9e en tant qu&rsquo;individu. Au fond, dans le cadre de cette forme sp\u00e9cifique de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e que constitue ce que nous pouvons appeler la famille patriarcale, aucun des membres n&rsquo;existe v\u00e9ritablement en tant qu&rsquo;individu. C&rsquo;est l&rsquo;ensemble des membres qui, en tant qu&rsquo;\u00abunit\u00e9\u00bb, constituent une \u00abpersonnalit\u00e9\u00bb. En effet, selon Hegel, \u00ab<span class=\"Lava---TEXT-italic\">en tant que personne<\/span><span class=\"Lava---text-NOTE-NUMBER\"><span id='easy-footnote-13-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-13-13348' title='C&amp;rsquo;est nous qui soulignons.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, la famille a sa r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure dans une\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">propri\u00e9t\u00e9<\/span>\u00a0en laquelle elle n&rsquo;a l&rsquo;\u00eatre-l\u00e0 de sa personnalit\u00e9 substantielle qu&rsquo;en tant que [r\u00e9alis\u00e9] dans une\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">richesse<\/span>.\u00bb<span id='easy-footnote-14-13348' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/lavamedia.be\/fr\/envisager-les-femmes-comme-une-classe-a-part\/#easy-footnote-bottom-14-13348' title='&lt;span class=&quot;LAVA---SOURCE-italic1&quot;&gt;G. W. F. Hegel, op.cit.&lt;\/span&gt;, p.\u00a0268.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Pour Hegel, le mariage suppose la n\u00e9gation des personnalit\u00e9s individuelles, qui sont subsum\u00e9es dans la communaut\u00e9 de vie et la fondation d&rsquo;une famille implique la propri\u00e9t\u00e9. Contrairement \u00e0 Hegel, Marx critique la division du travail dans l&rsquo;acte sexuel puisqu&rsquo;il pr\u00f4ne l&rsquo;abolition de la division du travail et de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. En revanche, il est proche de Hegel pour consid\u00e9rer, qu&rsquo;au sein de la famille, les diff\u00e9rents individus, quels que soient leur sexe ou leur \u00e2ge, n&rsquo;existent pas v\u00e9ritablement \u00aben tant qu&rsquo;individus\u00bb. Cette forme d&rsquo;existence communautaire emp\u00eache les femmes, au sein de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale, de se constituer v\u00e9ritablement en classe sociale. Par ailleurs, pour que les femmes deviennent une classe sociale \u00e0 part enti\u00e8re, il faudrait qu&rsquo;elles soient rassembl\u00e9es sous des conditions mat\u00e9rielles communes qui leur permettent de d\u00e9gager un int\u00e9r\u00eat commun dans le cadre de luttes communes qui les opposeraient aux chefs de famille. Or, les femmes, dans le cadre de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale, ont plut\u00f4t tendance \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire de la famille plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 leur int\u00e9r\u00eat en tant qu&rsquo;individu membre d&rsquo;une classe de femmes.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans ces conditions, la nature du lien qui relie une femme \u00e0 un homme ainsi qu&rsquo;aux enfants dans le cadre de la famille patriarcale n&rsquo;a, selon nous, rien \u00e0 voir avec celle qui relie l&rsquo;ouvrier \u00e0 son patron. Le premier est de nature \u00abpersonnelle\u00bb, le second de nature \u00abimpersonnelle\u00bb. L&rsquo;ouvrier ne forme, en aucun cas, une \u00abcommunaut\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00bb avec le patron. Autrement dit, il ne d\u00e9fend pas, en g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de son patron et, s&rsquo;il se met en gr\u00e8ve, c&rsquo;est par exemple pour augmenter son salaire. Contrairement \u00e0 la relation qu&rsquo;une femme entretient avec son conjoint, le rapport de l&rsquo;ouvrier \u00e0 son patron n&rsquo;est pas un rapport \u00abaffectif\u00bb, c&rsquo;est un rapport impersonnel au sens o\u00f9 l&rsquo;ouvrier est relativement indiff\u00e9rent \u00e0 la\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">personne<\/span>\u00a0du patron. Il a un patron aujourd&rsquo;hui, demain il en aura probablement un autre et ainsi de suite.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans le soin que les femmes apportent aux diff\u00e9rents membres de la famille, aux enfants en particulier, de m\u00eame que dans le travail domestique, elles peuvent entretenir avec ces diff\u00e9rentes activit\u00e9s \u00abun rapport de servitude affectif\u00bb, il n&rsquo;en demeure pas moins que ce type de rapport n&rsquo;a lieu que parce qu&rsquo;elles ne sont pas tenues\u00a0<span class=\"Lava---TEXT-italic\">s\u00e9par\u00e9es<\/span>\u00a0des conditions dans lesquelles elles effectuent ces activit\u00e9s. Parce qu&rsquo;elles s&rsquo;identifient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire, elles sont port\u00e9es par un sentiment d&rsquo;appartenance \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale. Elles nomment les produits de leur procr\u00e9ation \u00ableurs\u00bb enfants. En revanche, l&rsquo;ouvrier ne qualifie pas les marchandises, qui sont pourtant le fruit de son travail, comme \u00abses\u00bb produits ou bien \u00abses\u00bb marchandises.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">Les femmes dans\u00a0le livre I du Capital<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Nous avons vu que, dans <em>L&rsquo;<span class=\"Lava---TEXT-italic\">Id\u00e9ologie allemande<\/span><\/em>, Marx reconna\u00eet pleinement une division sexuelle du travail qui fait des femmes et des enfants une \u00abforce de travail\u00bb et des \u00eatres domin\u00e9s. Nous avons vu \u00e9galement que cette division du travail au sein de la famille n&rsquo;atteignait pas un degr\u00e9 de d\u00e9veloppement suffisant pour permettre de faire v\u00e9ritablement des femmes une classe sociale. Comment cette question \u00e9volue-t-elle dans la pens\u00e9e de Marx? Pour y r\u00e9pondre, il convient d&rsquo;aller voir directement du c\u00f4t\u00e9 du livre I du <em>Capital<\/em> o\u00f9 il aborde largement la question des rapports entre les sexes et o\u00f9 il rassemble des quantit\u00e9s prodigieuses de donn\u00e9es concernant les femmes. Si ces donn\u00e9es n&rsquo;ont pas une valeur purement documentaire mais qu&rsquo;elles font bien l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse par Marx, o\u00f9 cette analyse le conduit-elle exactement? L&rsquo;ampleur des donn\u00e9es concernant les femmes permettrait-elle de faire des femmes une classe sociale \u00e0 part enti\u00e8re? Ce n&rsquo;est pas la voie que choisit Marx.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans le livre I du\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Capital<\/span><\/em>, les femmes ne sont pas une classe sociale, en revanche elles sont une cat\u00e9gorie de salari\u00e9s. Cela conduit-il \u00e0 ce que la question des rapports entre les sexes devienne secondaire par rapport aux questions de classes? Pour Marx, les rapports entre les sexes sont pleinement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;analyse de la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble. Seulement la classe ouvri\u00e8re, la masse des travailleurs et travailleuses, ne forme pas d&#8217;embl\u00e9e un tout uni ou bien un tout qui s&rsquo;unifierait de fa\u00e7on m\u00e9canique. Au contraire, elle est divis\u00e9e en cat\u00e9gories dont certaines, comme le sexe et l&rsquo;\u00e2ge, sont \u00e0 la fois naturelles et historiques. Le propre du capital est de tirer profit de divisions naturelles et historiques pour en faire des cat\u00e9gories \u00e9conomiques. Les femmes, selon la division entre les sexes, deviennent pour le capital une cat\u00e9gorie \u00e9conomique, une cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique de salari\u00e9s pour laquelle il est possible de dresser des constantes, de trouver des r\u00e9gularit\u00e9s. Sous le joug du capital du XIX<span class=\"lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e<\/span>\u00a0si\u00e8cle, il en est de m\u00eame, selon la division entre les \u00e2ges, pour les enfants. C&rsquo;est \u00e0 partir de ce sch\u00e9ma que d\u00e9marre l&rsquo;analyse de Marx et qu&rsquo;il nous dresse le tableau des trajectoires contradictoires de ces diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de salari\u00e9s, divis\u00e9es entre elles.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En effet, dans le livre I du\u00a0<em><span class=\"Lava---TEXT-italic\">Capital<\/span><\/em>, le travailleur concret, r\u00e9el, a toujours et de fa\u00e7on syst\u00e9matique un sexe et un \u00e2ge (et Marx ajoute \u00e9galement la qualification car elle joue un r\u00f4le dans la division cat\u00e9gorielle des salari\u00e9s). Ces cat\u00e9gories pr\u00e9sentent des constantes dans le domaine empirique relativement aux individus qu&rsquo;elles subsument. Par exemple, le salaire des cat\u00e9gories de travailleurs qui rel\u00e8ve du sexe f\u00e9minin et de l&rsquo;\u00e2ge adulte est en moyenne de moiti\u00e9 inf\u00e9rieur au salaire des travailleurs adultes de sexe masculin. De m\u00eame, les individus subsum\u00e9s sous une cat\u00e9gorie peuvent pr\u00e9senter des constantes qui transcendent la classe sociale: par exemple, une loi du Code civil Napol\u00e9on soumet l&rsquo;ensemble des femmes mari\u00e9es \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de leur mari. Il n&rsquo;en demeure pas moins que les femmes de la classe ouvri\u00e8re, les seules \u00e0 \u00eatre l&rsquo;objet de l&rsquo;analyse de Marx dans le livre I du <em>Capital<\/em>, rel\u00e8vent bien de la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble.<\/p>\n<blockquote><p>Les femmes\u00a0sont une cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique au c\u0153ur de la contradiction entre propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale\u00a0et propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e capitaliste<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">La particularit\u00e9 de la cat\u00e9gorie des salari\u00e9s adultes de sexe f\u00e9minin est qu&rsquo;elle se trouve au c\u0153ur de la contradiction entre deux types de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Dans l&rsquo;analyse de Marx, les femmes adultes ne sont pas s\u00e9par\u00e9es entre leur vie au foyer et leur vie \u00e0 l&rsquo;usine, au contraire elles sont saisies dans ce va-et-vient, dans cette trajectoire contradictoire entre les deux, en tenant compte des effets que cela produit sur les diff\u00e9rents membres de la famille mais \u00e9galement sur le salariat. La cat\u00e9gorie des femmes prol\u00e9taires rel\u00e8ve d&rsquo;abord d&rsquo;un tout qu&rsquo;est la famille ouvri\u00e8re. Au sein de ce tout, les femmes subissent la division sexuelle du travail tout comme les enfants subissent la division g\u00e9n\u00e9rationnelle. Chaque composante de ce tout est envisag\u00e9e de fa\u00e7on dialectique dans sa trajectoire entre le foyer et l&rsquo;usine, trajectoire \u00e0 laquelle se m\u00ealent bien s\u00fbr les luttes ouvri\u00e8res. C&rsquo;est ainsi que se dessine une violente contradiction entre deux types de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e: la famille et l&rsquo;usine. Si la f\u00e9odalit\u00e9, qui affecte les rapports sociaux au sein de la famille, est un h\u00e9ritage plus ancien que l&rsquo;histoire capitaliste, il n&rsquo;en demeure pas moins que l&rsquo;arriv\u00e9e du capitalisme touche de plein fouet la famille et affecte la division du travail qui caract\u00e9rise cette forme de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Dans l&rsquo;histoire du d\u00e9veloppement de la division du travail, Marx ne d\u00e9tache pas celui qui se produit au sein de la famille (et qui est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;arriv\u00e9e du mode de production capitaliste) de celui qui se produit au sein du march\u00e9 du travail. Il tient les deux bouts des rapports contradictoires entre ces deux types de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de division du travail, les deux bouts de ces institutions sociales que sont la famille et l&rsquo;usine parce que ce qui se passe dans l&rsquo;une a des cons\u00e9quences au sein de l&rsquo;autre. Les cons\u00e9quences sur la division du travail au sein du foyer peuvent \u00e0 leur tour se transformer en luttes ouvri\u00e8res, pour interdire par exemple le travail de nuit des cat\u00e9gories de salari\u00e9s que sont les femmes adultes. Il est impossible ici de revenir sur toutes les cons\u00e9quences pour la famille et pour le salariat engendr\u00e9es par l&rsquo;entr\u00e9e massive des femmes (ainsi que des enfants et adolescents des deux sexes) dans le march\u00e9 du travail, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de la grande industrie. N\u00e9anmoins, nous pouvons voir que la question des rapports entre les sexes ne rel\u00e8ve ni d&rsquo;une question secondaire ni d&rsquo;une question prioritaire mais d&rsquo;un important probl\u00e8me d&rsquo;une part de division cat\u00e9gorielle au sein m\u00eame de la classe ouvri\u00e8re et d&rsquo;autre part d&rsquo;un rapport contradictoire entre les deux types de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e que sont la famille et l&rsquo;usine.<\/p>\n<h2 class=\"_-3-Lava---article-INTERTITLE\">La perspective politique<\/h2>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer ces questions d&rsquo;un point th\u00e9orique chez Marx, il s&rsquo;agit maintenant de tenter d&rsquo;envisager ces questions dans une perspective politique. En ne commen\u00e7ant pas par une d\u00e9finition rigoureuse du concept de classe, les f\u00e9ministes mat\u00e9rialistes n&rsquo;avaient alors pas les moyens de penser les femmes comme \u00e9tant \u00e9galement des salari\u00e9es. Leur conception permettait de penser le travail domestique des femmes et leur travail en direction des enfants mais il laissait dans l&rsquo;impasse leur rapport au capital en tant que salari\u00e9es. De plus, cette absence de d\u00e9finition rigoureuse du concept de classe les avait conduites \u00e0 confondre les femmes en tant que cat\u00e9gorie de sexe et les femmes en tant que cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique relevant d&rsquo;une classe sociale. \u00c0 cause de cette confusion, la lutte f\u00e9ministe s&rsquo;est trouv\u00e9e r\u00e9duite \u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;une lutte d&rsquo;identit\u00e9. Faute de mettre en place les concepts ad\u00e9quats, les f\u00e9ministes mat\u00e9rialistes se sont trouv\u00e9es en difficult\u00e9 pour penser le moment historique qu&rsquo;elles traversaient mais elles ont fini \u00e9galement par \u00eatre en difficult\u00e9 pour penser \u00e0 plus long terme l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes.<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;\u00e9mancipation politique ne suffit pas \u00e0 r\u00e9aliser ce que Marx appelle l&rsquo;\u00e9mancipation humaine ou l&rsquo;\u00e9mancipation sociale.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En r\u00e9alit\u00e9, selon nous, les ann\u00e9es 70 constituent le point d&rsquo;aboutissement du processus d&rsquo;\u00e9mancipation politique des femmes. Cela veut dire qu&rsquo;au terme de ce processus, qui commence avec l&rsquo;obtention du droit de vote, les femmes deviennent des sujets de droit, c&rsquo;est-\u00e0-dire des citoyennes \u00e0 part enti\u00e8re, comme le sont devenus en 1848 les ouvriers masculins fran\u00e7ais en obtenant le suffrage universel masculin. Les femmes deviennent un sujet de droit \u00e0 la fois au sein de la famille et au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Apr\u00e8s avoir obtenu le droit de vote, elles obtiennent que la \u00abpuissance paternelle\u00bb se transforme en \u00abautorit\u00e9 parentale\u00bb. C&rsquo;est parce que les femmes se sont d&rsquo;abord engag\u00e9es dans un processus d&rsquo;\u00e9mancipation politique qu&rsquo;elles ont pu revendiquer une autonomie politique par rapport aux organisations politiques et syndicales ouvri\u00e8res. En effet, dans ce cadre, les femmes de la classe ouvri\u00e8re comme les femmes de la bourgeoisie avaient des int\u00e9r\u00eats communs. De m\u00eame, en France, pendant toute une partie du XIX<span class=\"lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e<\/span>\u00a0si\u00e8cle, les ouvriers se sont associ\u00e9s \u00e0 la bourgeoisie pour r\u00e9aliser l&rsquo;\u00e9mancipation politique et instaurer la R\u00e9publique. Mais, si l&rsquo;\u00e9mancipation politique constitue un progr\u00e8s non n\u00e9gligeable d&rsquo;un point de vue marxiste, elle ne suffit pas \u00e0 r\u00e9aliser ce que Marx appelle l&rsquo;\u00e9mancipation humaine ou l&rsquo;\u00e9mancipation sociale. Car, en devenant des sujets de droit, ouvriers et ouvri\u00e8res n&rsquo;ont pas pour autant surmont\u00e9 les rapports sociaux li\u00e9s \u00e0 la division du travail et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et restent enr\u00f4l\u00e9s dans les rapports de ces deux types de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e que sont la famille et l&rsquo;usine.<\/p>\n<blockquote><p>Les organisations ouvri\u00e8res ne parviennent pas \u00e0 d\u00e9gager une strat\u00e9gie politique claire d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit des femmes et de leur \u00e9mancipation.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En outre, ces confusions conceptuelles entre cat\u00e9gorie de sexe et cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique, de m\u00eame que les confusions entre \u00e9mancipation politique et \u00e9mancipation sociale, ont fini par se retrouver \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 des organisations ouvri\u00e8res elles-m\u00eames. Face \u00e0 la revendication d&rsquo;une autonomie politique du mouvement des femmes, en particulier dans les ann\u00e9es 70 en France, les organisations ouvri\u00e8res ont fini par int\u00e9grer les questions f\u00e9ministes \u00e0 la fin du XX<span class=\"lava---superscript _idGenCharOverride-1\">e<\/span>\u00a0si\u00e8cle mais elles ont reconduit les confusions conceptuelles des th\u00e9oriciennes du Mouvement de lib\u00e9ration des femmes. Si nous voulons \u00e9clairer ce probl\u00e8me, il convient de comprendre que, en tant que cat\u00e9gorie de sexe, les femmes rel\u00e8vent de ce que nous appelons \u00ables droits de l&rsquo;Homme\u00bb, autrement dit ce sont des femmes envisag\u00e9es comme des \u00eatres humains et qui, \u00e0 ce titre, sont en droit de revendiquer les droits fondamentaux de tous les \u00eatres humains. Cela rel\u00e8ve du processus d&rsquo;\u00e9mancipation politique universel des femmes.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En revanche, en tant que cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique, les femmes se divisent selon leur place dans les rapports de production capitalistes. Dans la mesure o\u00f9 pour Marx, premi\u00e8rement les femmes ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;une classe sociale mais sont une cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique, et deuxi\u00e8mement que les rapports que les femmes entretiennent au sein de la famille sont conditionn\u00e9s par les rapports entre le capital et le travail, alors leur int\u00e9r\u00eat en tant que cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique rel\u00e8ve soit de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de classe de la bourgeoisie, soit de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de classe du prol\u00e9tariat. Comme la place des femmes au sein de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale ne suffit pas \u00e0 faire d&rsquo;elles une classe sociale \u00e0 part, c&rsquo;est la position qu&rsquo;elles occupent, avec leur famille, dans les rapports de production capitalistes qui d\u00e9termine leur position de classe.<\/p>\n<blockquote><p>Faute de distinguer la cat\u00e9gorie de sexe de la cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique, la question de l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes est pos\u00e9e comme \u00e9tant relative \u00e0 la d\u00e9fense des minorit\u00e9s<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">Faute de lever le voile sur ces confusions th\u00e9oriques, les organisations ouvri\u00e8res ne parviennent pas \u00e0 d\u00e9gager une strat\u00e9gie politique claire d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit des femmes et de leur \u00e9mancipation. En confondant \u00e9mancipation politique et \u00e9mancipation sociale, elles ne parviennent pas \u00e0 penser l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de classe des femmes du prol\u00e9tariat et sont conduites, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 les envisager seulement comme une cat\u00e9gorie de sexe. De m\u00eame, lorsqu&rsquo;elles reprennent les id\u00e9es de certaines th\u00e9oriciennes f\u00e9ministes selon lesquelles les femmes seraient une autre classe sociale, elles sont conduites \u00e0 penser la question des femmes comme une question, certes importante, mais qui reste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des probl\u00e8mes des femmes en tant que cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique et, par exemple, \u00e0 mettre sur le m\u00eame plan la question des luttes f\u00e9ministes avec la question de la lutte des classes, comme si les femmes se trouvaient en dehors des rapports entre le capital et le travail. En outre, lorsqu&rsquo;elles ont \u00e0 traiter des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale, elles envisagent \u00e0 nouveau les femmes comme une cat\u00e9gorie de sexe et sont conduites \u00e0 traiter ces probl\u00e8mes comme une question soci\u00e9tale relative \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des m\u0153urs ou m\u00eame une question identitaire qui rel\u00e8verait des droits \u00e0 la reconnaissance des minorit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-13358 size-full alignright\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/Lava08-illus-redkitten-TRK013web05b-1.png\" alt=\"Envisager les femmes comme une classe \u00e0 part\" width=\"618\" height=\"324\" \/>Or, ces confusions politiques sont pr\u00e9judiciables \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de classe du salariat dans son ensemble et susceptibles de conduire \u00e0 des impasses politiques. Faute de poser la centralit\u00e9 du concept de classe dans le cadre d&rsquo;une perspective communiste, et faute de distinguer la cat\u00e9gorie de sexe de la cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique, les organisations ouvri\u00e8res se retrouvent dans les m\u00e9andres et les contradictions de la gauche, comme aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 la question de l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes est pos\u00e9e comme \u00e9tant relative \u00e0 la d\u00e9fense des minorit\u00e9s. Une d\u00e9fense des minorit\u00e9s o\u00f9, le concept de classe ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9, les minorit\u00e9s apparaissent non seulement comme coup\u00e9es ou s\u00e9par\u00e9es des questions sociales mais, bien pire encore, comme s&rsquo;opposant aux int\u00e9r\u00eats des masses populaires. Ces confusions finissent par \u00eatre pr\u00e9judiciables \u00e0 la fois aux organisations ouvri\u00e8res mais aussi \u00e0 la masse des femmes, dans la mesure o\u00f9 c&rsquo;est bien du c\u00f4t\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re que les femmes, en tant que cat\u00e9gorie de sexe et cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique sont les plus nombreuses.<\/p>\n<p class=\"_-2-Lava---article-BODY-TEXT\">En raison des probl\u00e8mes \u00e0 la fois th\u00e9oriques et politiques pos\u00e9s par la mani\u00e8re dont sont envisag\u00e9es les femmes \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 du mouvement f\u00e9ministe et du c\u00f4t\u00e9 des organisations ouvri\u00e8res, un large d\u00e9bat et de larges confrontations politiques seront n\u00e9cessaires pour penser l&rsquo;\u00e9mancipation politique universelle des femmes en tant que cat\u00e9gorie de sexe et penser leur participation \u00e0 la lutte des classes en tant que cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Savoir en quoi Marx consid\u00e9rait les femmes comme une classe sociale \u00e0 part concerne toute la pratique du mouvement ouvrier et du mouvement des femmes.<\/p>\n","protected":false},"author":1063,"featured_media":13353,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[16,17],"tags":[355,637,3312],"class_list":["post-13348","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article-fr","category-articles-fr","tag-feminisme-fr","tag-marxisme-fr","tag-saliha-boussedra-fr","issues-numero-8"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1063"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13348"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39340,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13348\/revisions\/39340"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13353"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}