{"id":11011,"date":"2018-10-31T12:43:49","date_gmt":"2018-10-31T10:43:49","guid":{"rendered":"https:\/\/lavamedia.be\/?p=11011"},"modified":"2022-05-31T16:41:27","modified_gmt":"2022-05-31T14:41:27","slug":"jai-choisi-le-camp-de-lindependance-de-lanti-imperialisme-et-de-la-justice-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/jai-choisi-le-camp-de-lindependance-de-lanti-imperialisme-et-de-la-justice-sociale\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0J\u2019ai choisi mon camp\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du Congo n\u2019est pas une \u00e9ternelle descente en enfer selon l\u2019historien Elikia Mbokolo. Il offre une vision rafra\u00eechissante sur un pays dont on parle souvent, mais qu&rsquo;on \u00e9coute rarement.<\/p>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-11031\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/bezoek_Kinshasa-903x600.jpg\" alt=\"\" width=\"903\" height=\"600\" \/>\n<p><strong>Busselen. Les gens affirment que Kabila a eu le pouvoir pendant dix-sept ans et que, pendant ces dix-sept ans, il n\u2019y a pas vraiment eu d\u2019am\u00e9lioration de la situation sociale.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mbokolo. <\/strong> Ils oublient que le Congo a connu un certain nombre de guerres d\u2019agression et de guerres civiles, sans compter les interminables man\u0153uvres de nos partenaires, surtout occidentaux, ou les man\u0153uvres et les grenouillages des requins de la nouvelle \u00e9conomie mondiale. Ils oublient aussi que l\u2019\u00c9tat congolais, issu du monstre colonial, fragilis\u00e9 et parfois annihil\u00e9 pendant la Premi\u00e8re R\u00e9publique, asservi par la Seconde R\u00e9publique, \u00e9cartel\u00e9 par toutes sortes de conflits violents depuis 1997, un tel \u00c9tat existe plus sur le papier et dans les chancelleries de nos partenaires que dans la ma\u00eetrise effective du territoire, des structures administratives et appareils de toutes natures qui d\u00e9finissent un \u00c9tat moderne. Sait-on, par exemple, qu\u2019\u00e0 ma connaissance, aucun Congolais ne paye l\u2019imp\u00f4t sur le revenu, ni les taxes fonci\u00e8re ou d\u2019habitation\u00a0? Dans ces conditions les pr\u00e9tendus dix-sept ans de pouvoir rel\u00e8vent d\u2019un comptage qui ne correspond nullement aux r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues sur le terrain. Entre 2001 et 2006 \u00e0 peu pr\u00e8s, le Congo se trouvait de facto dans une situation d\u2019\u00e9clatement du territoire national. Pendant le reste du temps, une grande partie de son \u00e9nergie \u00e0 \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e, \u00e0 juste titre, \u00e0 ces moments intenses et r\u00e9p\u00e9titifs de \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0concertation\u00a0\u00bb, etc., n\u00e9cessaires \u00e0 cette paix civile sans laquelle il n\u2019existe ni nation, ni \u00c9tat.<\/p>\n<figure id=\"attachment_11012\" aria-describedby=\"caption-attachment-11012\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"size-small wp-image-11012\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/mbokolo--901x600.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11012\" class=\"wp-caption-text\">Elikia Mbokolo (73 ans) est un historien congolais, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire sociale, politique et intellectuelle de l\u2019Afrique.<br \/>Il a, entre autres, \u00e9t\u00e9 directeur d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales et enseignant \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politique \u00e0 Paris. Il a longtemps produit l\u2019\u00e9mission M\u00e9moire d\u2019un continent sur Radio France Internationale. Il est directeur du comit\u00e9 scientifique du projet de l\u2019Unesco pour l\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique. Il enseigne l&rsquo;histoire en qualit\u00e9 de Professeur Ordinaire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Kinshasa.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Certains affirment que l\u2019histoire du Congo n\u2019est qu\u2019une \u00e9ternelle descente aux enfers, que les choses se d\u00e9gradent continuellement. Il y a par exemple ceux qui disent\u00a0: \u00ab\u00a0Sous Mobutu, on vivait mieux qu\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est totalement idiot. Au regard de l\u2019Histoire, c\u2019est une manipulation grossi\u00e8re. On oublie, par exemple, que sous Mobutu, Kinshasa a connu deux gigantesques pillages, en 1991 et en 1993. Des pillages aveugles et tr\u00e8s violents, inefficaces mais l\u00e9gitimes, au cours desquels le peuple de Kinshasa a d\u00e9truit tous les outils de production parce qu\u2019il ne se reconnaissait pas dans ces outils. Quelques rares industries commen\u00e7aient \u00e0 se d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019\u00e9poque, notamment dans le secteur automobile o\u00f9 des firmes am\u00e9ricaines pensaient reproduire au Congo un mod\u00e8le \u00e0 la cor\u00e9enne. On aurait produit des voitures bon march\u00e9 pour le Congo et pour le march\u00e9 Africain. Les Kinois on d\u00e9finitivement d\u00e9truit ce projet parce qu\u2019ils ne se reconnaissaient pas dans ce syst\u00e8me capitaliste. Curieusement on ne parle jamais de capitalisme au Congo, on parle de d\u00e9mocratie, de droits de l\u2019homme, etc. mais on ne parle jamais du capitalisme, c\u2019est-\u00e0-dire du gigantesque pillage des ressources du pays.<br \/>\nDire qu\u2019on vivait mieux sous Mobutu est une mauvaise provocation. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que s\u2019est produite une \u00e9rosion vertigineuse du pouvoir d\u2019achat, sans pr\u00e9c\u00e9dent, notamment dans la classe moyenne qui l\u2019a v\u00e9cue comme une v\u00e9ritable trag\u00e9die. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Mobutu et sa clique disaient aux gens\u00a0: \u00ab\u00a0Demain, vous allez vous manger les uns les autres.\u00a0\u00bb Les gens ont continu\u00e9 \u00e0 s\u2019appauvrir massivement depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. Cela se traduit dans le fait que la r\u00e9sistance biologique aux maladies a dramatiquement diminu\u00e9. Il suffit d\u2019aller dans un cimeti\u00e8re de Kinshasa et d\u2019observer l\u2019\u00e2ge de ceux qui y sont enterr\u00e9s depuis les ann\u00e9es 1980-90\u00a0: on voit que l\u2019on meurt plus souvent \u00e0 20\u00a0ans qu\u2019\u00e0 80\u00a0ans. Et c\u2019est une situation structurelle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_11146\" aria-describedby=\"caption-attachment-11146\" style=\"width: 902px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-11146\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/kadertony-1.png\" alt=\"\" width=\"902\" height=\"543\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11146\" class=\"wp-caption-text\">Les chiffres ci-dessus montrent un r\u00e9el effondrement de l\u2019\u00e9conomie za\u00efroise dans la p\u00e9riode de Mobutu. Cet effondrement est d\u00fb \u00e0 plusieurs m\u00e9canismes :<br \/>&#8211; Les \u00ab \u00e9l\u00e9phants blancs \u00bb. La construction de m\u00e9gaprojets non rentables ou non fonctionnels a surtout rapport\u00e9 aux firmes de construction europ\u00e9ennes. Par exemple, le barrage d\u2019Inga et l\u2019aci\u00e9rie de Maluku sont responsables pour un quart de toute la dette congolaise. Or le barrage d\u2019Inga n\u2019a jamais tourn\u00e9 au dessus de 15 % de ses capacit\u00e9s et l\u2019aci\u00e9rie de Maluku n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 en production.<br \/>&#8211; L\u2019\u00e9volution n\u00e9gative des termes de l\u2019\u00e9change (rapport entre le prix des produits \u00e0 l\u2019exportation et ceux import\u00e9s). Ceux-ci ont chut\u00e9 de 24 % entre 1980 et 1984 et m\u00eame de 98 % entre 1989 et 1996.\u200f<br \/>&#8211; L\u2019effet boule de neige des int\u00e9r\u00eats sur la dette. En 1988, le Za\u00efre devait \u00e0 l\u2019\u00c9tat belge une somme de 110 milliards de FB pour une dette qui \u00e9tait initialement de 17 milliards de FB.<br \/>&#8211; La corruption et le vol par l\u2019\u00e9lite mise au pouvoir par les puissances imp\u00e9rialistes.<br \/>On constate par contre que pendant la p\u00e9riode 1999-2014, le PIB a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par sept, le revenu de l\u2019\u00c9tat par huit et que les importations et exportations ont consid\u00e9rablement augment\u00e9, malgr\u00e9 les guerres et les d\u00e9stabilisations, et malgr\u00e9 le joug du FMI qui, au nom de la dette laiss\u00e9e par Mobutu, a impos\u00e9 au pays entre 2001 et 2010 une politique \u00e9conomique antisociale et ultra-lib\u00e9rale.<br \/><em>Sources : CEDAF 1999, Banque Mondiale, Observatory of Economic Complexity (import et export) et gouvernement congolais.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>On dit de Kabila qu\u2019il a pouss\u00e9 la RDC dans le chaos total.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des choses dont on peut et dont on devrait savoir gr\u00e9, non seulement \u00e0 la personne de Kabila mais \u00e0 tous les gens qu\u2019il a su r\u00e9unir autour de lui, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 maintenir le Congo. De ce point de vue, Kabila se situe dans la continuit\u00e9 directe de Patrice Emery Lumumba. Maintenir le Congo. Maintenir le Congo \u00e0 tout prix\u00a0! Pendant toutes ces ann\u00e9es, le Congo, comme \u00c9tat et comme structure juridique, n\u2019a pas disparu. Mais c\u2019est aussi ce qui a permis le renforcement de cette bourgeoisie d\u2019\u00c9tat qui \u00e9clate aujourd\u2019hui dans la perspective des \u00e9lections. Tous ces gens qui se nichent dans les diff\u00e9rents partis politiques sont n\u00e9s dans le processus de captation de la rente mini\u00e8re. Joseph Kabila fait partie d\u2019un groupe plut\u00f4t jeune. Il y a avec lui des gens plus \u00e2g\u00e9s avant lui, qui ont entre 60 et 80\u00a0ans, qui, tous, font partie du bloc au pouvoir et qui se trouvent souvent en d\u00e9saccord parce que plus on contr\u00f4le le pouvoir, plus grande est la part de la rente que l\u2019on peut recevoir et redistribuer. Donc se contenter de dire \u201cKabila, Kabila, Kabila pendant 17 ans\u201d, ce n\u2019est ne pas voir la for\u00eat qui est derri\u00e8re l\u2019arbre et se fermer les yeux devant tous les autres qui font partie du bloc au pouvoir.<\/p>\n<figure id=\"attachment_11015\" aria-describedby=\"caption-attachment-11015\" style=\"width: 904px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-11015\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/rievierboot-904x600.jpg\" alt=\"\" width=\"904\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11015\" class=\"wp-caption-text\">photo : Bendele Ekweya Te<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Selon l\u2019ONU, le peuple congolais est l\u2019un des peuples les plus pauvres au monde, malgr\u00e9 son ind\u00e9pendance.<\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on parle de politique au Congo, on parle d\u2019individus, on parle d\u2019argent, on ne parle jamais de groupes sociaux. Alors que, depuis la fin de la colonisation classique, on est toujours enferm\u00e9 dans la strat\u00e9gie d\u00e9ploy\u00e9e par le r\u00e9gime colonial\u00a0dans les ann\u00e9es 1950 qui a \u00e9t\u00e9 de dire\u00a0: \u00ab\u00a0au fond nous les colonisateurs, nous pouvons partir, mais il nous faut cr\u00e9er sur place une classe sociale, une sorte de bourgeoisie locale, qui sera d\u2019accord avec nous pour continuer \u00e0 faire fonctionner le syst\u00e8me \u00e9conomique que nous avons mis en place\u00a0\u00bb combin\u00e9 avec un syst\u00e8me politique fond\u00e9 sur l\u2019autoritarisme, la violence de l\u2019\u00c9tat et, au besoin, des manipulations psychologiques, religieuses et autres. Cette strat\u00e9gie-l\u00e0 se prolonge jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<br \/>\nIl y a donc un processus sociopolitique, qui reste tr\u00e8s ouvert, de constitution d\u2019une sorte de classe dominante, install\u00e9e dans l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, avec une l\u00e9gitimit\u00e9 tr\u00e8s discutable, qui assure de fait le fonctionnement du syst\u00e8me social et \u00e9conomique tel que la colonisation l\u2019avait con\u00e7u et tel qu\u2019il l\u2019a laiss\u00e9 en place au Congo. Les colonisateurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9s du territoire national, mais les classes dirigeantes qui se sont constitu\u00e9es \u00e0 cette \u00e9poque continuent \u00e0 faire fonctionner le m\u00eame r\u00e9gime \u00e9conomique fond\u00e9 sur les mati\u00e8res premi\u00e8res et sur la captation de la rente mini\u00e8re. Entre-temps, le peuple joue le r\u00f4le de spectateur qui applaudit les hommes politiques, comme on applaudit les musiciens ou les joueurs de foot. Et la question sociale du coup est totalement \u00e9limin\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Comment cette question sociale est-elle mise sous le tapis et en faveur de quoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En 2003-2006, on \u00e9tait parvenu \u00e0 signer un grand accord social entre le gouvernement et les syndicats, appel\u00e9 accord de Mbudi. Il pr\u00e9voyait une sorte d\u2019\u00e9chelle mobile des salaires et un syst\u00e8me de protection sociale relativement bien \u00e9labor\u00e9 pour les salari\u00e9s. Mais ce d\u00e9but de politique sociale n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mis en place. Les gens oublient que le vice-pr\u00e9sident charg\u00e9 alors de l\u2019\u00e9conomie et des finances \u00e9tait un certain Jean-Pierre Bemba, qui n\u2019a jamais fait fonctionner ce syst\u00e8me.<br \/>\nEt en 2016, lors du dialogue de la Cit\u00e9 de l\u2019Union Africaine, les personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes dont j\u2019\u00e9tais ont remis sur la table de discussion la question sociale. Le parti du pr\u00e9sident Kabila \u00e9tait assez ouvert \u00e0 cette question sociale. Mais toutes les autres personnes pr\u00e9sentes, notamment les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019opposition, ont d\u00e9clar\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Ce qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019ordre du jour, c\u2019\u00e9tait la discussion politique. Donc il y a une grande mystification au Congo qui escamote la question sociale\u00a0: que fait-on de la rente mini\u00e8re en rapport avec cette question\u00a0? C\u2019est ce que les Occidentaux aussi occultent en faisant croire que \u00ab\u00a0la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb se r\u00e9duirait aux formes et aux m\u00e9canismes \u00e9lectoraux. Toute la classe politique veut sa part du g\u00e2teau et personne ne pose la question de la redistribution de la rente au peuple. La s\u00e9curit\u00e9 sociale, les \u00e9coles, les h\u00f4pitaux etc., ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. L\u2019ordre du jour c\u2019est\u00a0: tous les partis doivent \u00eatre l\u00e0, tous les chefs de partis doivent \u00eatre l\u00e0. Si l\u2019on pouvait refaire aujourd\u2019hui le syst\u00e8me de un pr\u00e9sident et quatre vice-pr\u00e9sidents (comme en 2003-2006) ou un syst\u00e8me rotatif, tout le monde serait \u00e9videmment tr\u00e8s content.<\/p>\n<figure id=\"attachment_11024\" aria-describedby=\"caption-attachment-11024\" style=\"width: 906px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-11024\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Kinshasa-vanuit-lucht-906x600.jpg\" alt=\"\" width=\"906\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11024\" class=\"wp-caption-text\">Kinshasa.<br \/>photo : Bendele Ekweya Te<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Alexander De Croo, ministre belge de la Coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Le Congo n\u2019est pas un \u00c9tat mais un syst\u00e8me d\u2019enrichissement personnel.\u00a0\u00bb Et il conclut en affirmant que la communaut\u00e9 internationale devrait prendre les choses en mains. Que pensez-vous de ces affirmations\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur De Croo oublie de dire que tous ceux qui ont voulu lutter contre cela ont \u00e9t\u00e9 sauvagement \u00e9limin\u00e9s. Je pense \u00e0 Lumumba, Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila, Pierre Mulele et tous les autres. Ils ont \u00e9t\u00e9 sauvagement \u00e9limin\u00e9s, justement parce qu\u2019ils disaient \u00ab\u00a0les ressources nous appartiennent, nous pouvons les exploiter quand nous voulons et, surtout, nous avons le droit souverain de les vendre \u00e0 qui on veut\u00a0\u00bb. Exploiter nos ressources \u00e0 un rythme d\u00e9cid\u00e9 par d\u2019autres pour les vendre \u00e0 tel partenaire exclusif, c\u2019est le syst\u00e8me colonial qui perdure. Et ce n\u00e9ocolonialisme est tellement enracin\u00e9 dans la t\u00eate des gens qu\u2019ils ne comprennent pas que l\u2019on puisse faire un autre choix. Tout ce qui est dit sur la nouvelle \u00e9conomie, les nouvelles ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et les nouvelles mati\u00e8res premi\u00e8res, c\u2019est impossible de le faire sans le Congo. Donc le r\u00f4le de fournisseur de mati\u00e8res premi\u00e8res est impos\u00e9 au Congo.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est aux Congolais d\u2019envisager ce qu\u2019il faut faire. On peut d\u00e8s aujourd\u2019hui imaginer des processus transitoires pour mettre en place une \u00e9conomie diff\u00e9rente qui donnerait durablement du travail aux gens, qui nous permettrait de contr\u00f4ler ces ressources et peut-\u00eatre de les utiliser nous-m\u00eames. Car tous ces tr\u00e9sors, le Congo peut aussi les exploiter dans une strat\u00e9gie novatrice d\u2019industrialisation. Ce d\u00e9bat-l\u00e0 n\u2019est pas pr\u00e9sent dans la pr\u00e9sentation paternaliste et erron\u00e9e que Monsieur De Croo donne de la lutte politique au Congo. La \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb est un slogan fourre-tout qui ne correspond pas concr\u00e8tement aux situations v\u00e9cues en RDC ni \u00e0 ce qui est g\u00e9rable par les Congolais.<br \/>\nC\u2019est le m\u00eame discours que celui de l\u2019Association internationale africaine, fond\u00e9e par L\u00e9opold II dans le but de conqu\u00e9rir le Congo. Il y a des probl\u00e8mes au Congo, mais ce n\u2019est pas l\u2019Occident qui va les r\u00e9soudre, c\u2019est nous Congolais qui allons les r\u00e9soudre. Et cela doit passer par la lutte des classes. Il n\u2019a jamais exist\u00e9 et il n\u2019existe aucun gouvernement \u00e9tranger \u00e0 un espace social qui puisse mener la lutte des classes en lieu et place des opprim\u00e9s de cet espace. Les Congolais sont tr\u00e8s conscient de ces enjeux.<br \/>\nCe discours constitue aussi une approche apparemment morale, en r\u00e9alit\u00e9 id\u00e9ologique, visant \u00e0 pr\u00e9parer une \u00e9ventuelle intervention arm\u00e9e au Congo. On nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Oublions le pass\u00e9, le probl\u00e8me aujourd\u2019hui, ce sont vos propres dirigeants dont nous pouvons vous aider \u00e0 vous d\u00e9barrasser.\u00a0\u00bb Mais le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial est toujours le m\u00eame, il se durcit m\u00eame aux d\u00e9pens des pays du Sud. Si les gauches europ\u00e9ennes oublient ce combat pour la distribution des richesses \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, au nom d\u2019un douteux combat moral, ce sera un \u00e9norme probl\u00e8me pour nous tous.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019\u00c9tat congolais, issu du monstre colonial, asservi par Mobutu, \u00e9cartel\u00e9 depuis 1997, existe plus dans les chancelleries de nos partenaires que dans la ma\u00eetrise du territoire<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Le m\u00eame De Croo a aussi dit\u00a0: \u00ab\u00a0La derni\u00e8re chose que nous devons faire en l\u2019Europe, c\u2019est de tourner le dos \u00e0 l\u2019Afrique car il y a d\u2019autres partenaires qui veulent nous remplacer. La Chine, on en parle d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps, mais aussi la Russie jouent un r\u00f4le en Afrique. Ils pr\u00e9tendent qu\u2019ils ont d\u2019autres solutions pour vos probl\u00e8mes que celles que propose l\u2019Europe.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les Congolais voient comment et \u00e0 quelle allure la Chine change. Ils voient aussi que le mod\u00e8le occidental n\u2019est pas le seul, qu\u2019il existe des pays qui, il y a 50\u00a0ans, se trouvaient dans une situation comparable \u00e0 la n\u00f4tre et qui fournissent d\u00e9sormais au march\u00e9 mondial leurs produits finis. Donc tous les st\u00e9r\u00e9otypes que nous avons h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019Occident (\u00ab\u00a0la Chine, c\u2019est de la camelote\u00a0\u00bb, la Chine est imp\u00e9rialiste, la Chine est raciste&#8230;\u00a0\u00bb) sont en train de partir en fum\u00e9e.<br \/>\nIl semblerait normal \u00e0 certains que le Congo doive ouvrir ses portes \u00e0 tous les requins de la nouvelle \u00e9conomie mondiale. Le Congo devrait, nous dit-on, n\u00e9gocier avec certains, les grandes firmes occidentales, mais pas avec la Chine, pas avec la Russie, pas avec l\u2019Inde. On se demande bien pour quelle raison. G\u00e9ographiquement, nous sommes bien plus pr\u00e8s de l\u2019Inde et de la Chine que des \u00c9tats-Unis. Dans une vraie strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement, on peut imaginer que nous nous approchions des \u00c9tats dont le profil historique est le plus proche du n\u00f4tre. Prenons la Chine. C\u2019est un pays qui a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9, exploit\u00e9, humili\u00e9 par l\u2019Occident, qui a d\u00e9cid\u00e9 que cela ne se reproduirait plus et qui a mis les moyens pour arriver au niveau de puissance requis. Donc, elle a pris en mains ses propres ressources mat\u00e9rielles, con\u00e7u et organis\u00e9 sa volont\u00e9 politique et pris en mains sa strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement.<br \/>\nToute la propagande de la presse occidentale, des milieux politiques belge et autres, visant \u00e0 faire croire aux Congolais que la seule voie \u00e0 suivre est celle de l\u2019Occident, conduirait le Congo \u00e0 une impasse.<\/p>\n<p><strong>Comment concevez-vous la relation entre le Congo et la Belgique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cela fait pratiquement soixante ans que le Congo est juridiquement ind\u00e9pendant. Pour quitter effectivement le temps de la colonisation, il faut que tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque soit mis sur la table et connu des gens, en insistant notamment sur le discours \u00ab\u00a0humanitaire\u00a0\u00bb et charitable, aujourd\u2019hui repris en partie par les ONG et qui a toujours \u00e9t\u00e9 une sorte de masque pour cacher la r\u00e9alit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats, des enjeux \u00e9conomiques, strat\u00e9giques.<br \/>\nCe travail-l\u00e0, nous les Congolais, nous devons le faire. Mais cela reste tr\u00e8s difficile \u00e0 expliquer aux classes populaires et aux couches moyennes de la soci\u00e9t\u00e9. Une partie significative de l\u2019opposition congolaise vit en Belgique. Et parle depuis la Belgique, avec des analyses et des opinions dont certaines sont issues directement du grand capital colonial belge. Ce cordon ombilical, il faudra bien le couper d\u00e9finitivement un jour.<br \/>\nLe moment n\u2019est pas loin o\u00f9 les Congolais, \u00e0 leur tour, parleront de la Belgique en montrant comment elle s\u2019est construite gr\u00e2ce au Congo. Ils diront aussi qu\u2019elle n\u2019est pas un mod\u00e8le ni de construction nationale ni de soci\u00e9t\u00e9 \u00e9quilibr\u00e9e, et que nous, Congolais, devons inventer des formes de vivre ensemble qui nous soient propres et qui s\u2019enracinent dans les r\u00e9alit\u00e9s que les gens exp\u00e9rimenteront. C\u2019est \u00e0 nous de faire ce travail et non pas \u00e0 une commission quelconque de l\u2019Union europ\u00e9enne, qui se chargerait de nous ouvrir les yeux, parce que les yeux, nous les avons bien ouverts.<br \/>\nAu Congo, les gens qui se donnent aujourd\u2019hui comme mod\u00e8les se pr\u00e9sentent en tant que personnes \u00ab\u00a0riches\u00a0\u00bb. Leur richesse, c\u2019est de l\u2019argent provenant des biens que Mobutu, lors de la za\u00efrianisation, a confisqu\u00e9s aux \u00ab\u00a0petits blancs\u00a0\u00bb, Portugais, Grecs et autres qui vivaient au Congo. Lors de cette op\u00e9ration, destin\u00e9e \u00e0 asseoir financi\u00e8rement la bourgeoisie d\u2019\u00c9tat et \u00e0 gagner durablement sa loyaut\u00e9, Mobutu n\u2019a jamais touch\u00e9 aux biens des grandes banques ni \u00e0 ceux des grandes compagnies mini\u00e8res, industrielles ou agropastorales. Gr\u00e2ce \u00e0 ce vol fondateur, beaucoup ont acquis une durabilit\u00e9 remarquable et plusieurs d\u2019entre eux sont sur la ligne de d\u00e9part des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Il y a donc une gigantesque manipulation \u00e0 nous pr\u00e9senter ces pr\u00e9dateurs du Congo comme des r\u00e9f\u00e9rents obligatoires.<\/p>\n<p><strong>Une id\u00e9e, surtout r\u00e9pandue aux \u00c9tats-Unis, est que le Congo est trop grand pour \u00eatre gouvern\u00e9 convenablement par un seul \u00c9tat, que le Congo n\u2019existe pas. Ou encore que \u00ab\u00a0la meilleure fa\u00e7on d\u2019aider le Congo, c\u2019est de le laisser se d\u00e9sint\u00e9grer\u00a0\u00bb. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le discours sur la taille pr\u00e9sum\u00e9e et souhaitable du Congo est sans cesse pr\u00e9sent dans les d\u00e9bats sur le Congo. Il est des gens qui r\u00e9pandent l\u2019id\u00e9e que le Congo serait trop grand. Trop grand par rapport \u00e0 qui, par rapport \u00e0 quoi\u00a0? Le Nigeria est grand, lui aussi\u00a0; les \u00c9tats-Unis sont grands, de m\u00eame que la Russie ou la Chine.<br \/>\nAvant le d\u00e9ferlement de l\u2019imp\u00e9rialisme colonial, cet espace \u00e9tait l\u2019un des rares espaces africains reli\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Indien, \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Atlantique et, par la vall\u00e9e du Nil, \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0: tout cela gr\u00e2ce \u00e0 la multiplication des r\u00e9seaux commerciaux \u00e0 longue distance. Le colonialisme de L\u00e9opold II a eu la na\u00efvet\u00e9 et l\u2019orgueil de croire que c\u2019\u00e9tait lui qui \u00ab\u00a0ouvrait\u00a0\u00bb le Congo au monde.<br \/>\nOn ne peut pas dire que le Congo est trop grand. C\u2019est un carrefour exceptionnel en Afrique. Et cela, Lumumba l\u2019avait tr\u00e8s bien vu, d\u2019o\u00f9 son panafricanisme. Il expliquait que les Congolais doivent parler le fran\u00e7ais, le swahili, l\u2019anglais parce que nous sommes au carrefour du destin de l\u2019Afrique.<br \/>\nHeureusement, dans les luttes \u00e9lectorales actuelles, le s\u00e9paratisme n\u2019est plus au centre des discours. Les vell\u00e9it\u00e9s autonomistes ou s\u00e9paratistes qui ont nagu\u00e8re exist\u00e9, notamment au Katanga semblent \u00e9teintes. La langue swahili, longtemps cantonn\u00e9e dans l\u2019est du Congo, est maintenant commune \u00e0 Kinshasa et, de plus en plus, dans l\u2019ouest du pays. C\u2019est l\u2019un des acquis des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, depuis la prise du pouvoir par Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila et l\u2019AFDL.<br \/>\nLe lingala, la langue de la Force Publique coloniale et de l\u2019\u00c9tat colonial, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le r\u00e9gime mobutiste, reste vivante mais ne semble plus exercer la m\u00eame h\u00e9g\u00e9monie. Avec le swahili, le Congo int\u00e8gre un espace linguistique et culturel beaucoup plus grand.<\/p>\n<blockquote><p>Il n\u2019a jamais exist\u00e9 et il n\u2019existe aucun gouvernement \u00e9tranger \u00e0 un espace social qui puisse mener la lutte des classes en lieu et place des opprim\u00e9s de cet espace<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Parlons maintenant de la situation politique actuelle. Vous avez sign\u00e9 la charte du Front commun pour le Congo (FCC). C\u2019est quoi, ce FCC\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le front commun pour le Congo est un concept qui existe dans l\u2019histoire politique du Congo depuis les ann\u00e9es 1950. La vie politique congolaise est caract\u00e9ris\u00e9e pour toutes sortes de raisons par un \u00e9miettement des groupements politiques sur des bases tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dues \u00e0 des dynamiques r\u00e9gionales, sociales, culturelles, voire religieuses. Tr\u00e8s peu de partis au Congo disposent d\u2019une assise nationale \u00e9quilibr\u00e9e. Donc, cette id\u00e9e de \u00ab\u00a0front\u00a0\u00bb est vraiment une id\u00e9e centrale de la vie politique congolaise. Depuis la fin des ann\u00e9es 1950, la formule \u00ab\u00a0front\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 celle qui a permis aux Congolais d\u2019arracher l\u2019ind\u00e9pendance et de gouverner ensemble pendant quelque temps. Les colonialistes ont r\u00e9ussi \u00e0 briser ce front. Mais cette id\u00e9e de front r\u00e9appara\u00eet toujours\u00a0: il s\u2019agit d\u2019une strat\u00e9gie d\u2019ouverture et d\u2019alliance qui enrichit les options politiques et, en m\u00eame temps, \u00e9largit la base \u00e9lectorale, sociale et g\u00e9ographique des formations politiques. C\u2019est la condition imp\u00e9rative du succ\u00e8s, surtout dans une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle \u00e0 un tour. Si le pouvoir mobutiste a dur\u00e9 aussi longtemps, ce fut entre autres raisons \u00e0 cause de la dispersion des forces d\u2019opposition.<br \/>\nLorsque le pr\u00e9sident Joseph Kabila et ses conseillers ont commenc\u00e9 \u00e0 envisager les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de 2018, ils ont pens\u00e9 \u00e0 juste titre que le PPRD, le parti de Kabila, ne r\u00e9ussirait pas \u00e0 mobiliser tout le monde. Et qu\u2019il fallait donc concevoir une structure dans laquelle pourrait na\u00eetre une sorte de programme commun pour gagner les \u00e9lections et gouverner le pays. Moi, cette id\u00e9e-l\u00e0 m\u2019a imm\u00e9diatement plu. Parce que cela voulait dire travailler ensemble \u00e0 un projet pour la soci\u00e9t\u00e9 congolaise. Lorsque des personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes dont je fais partie ont rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident Kabila, ils ont pu lui dire que la question urgente pour le Congo, c\u2019est la question sociale, pas la question \u00e9lectorale. Et nous avons constat\u00e9 de sa part une grande ouverture \u00e0 notre approche.<br \/>\nJe n\u2019ai donc pas h\u00e9sit\u00e9 un seul instant \u00e0 l\u2019annonce de la cr\u00e9ation du FCC\u00a0: ma place y \u00e9tait \u00e9videmment.<\/p>\n<blockquote><p>Toute la classe politique veut sa part du g\u00e2teau et personne ne pose la question de la redistribution de la rente au peuple<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Qui fait partie de ce front et quel est son objectif\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un mouvement tr\u00e8s, tr\u00e8s, tr\u00e8s large, comprenant le PPRD, des petits partis mais aussi beaucoup d\u2019acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile et beaucoup de syndicalistes. Au Congo, les syndicats sont souvent des syndicats de fonctionnaires. La classe ouvri\u00e8re, de son c\u00f4t\u00e9, est trop \u00e9miett\u00e9e pour aujourd\u2019hui donner naissance \u00e0 un grand syndicat ouvrier dans une soci\u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par les \u00ab\u00a0petits m\u00e9tiers\u00a0\u00bb et la d\u00e9brouillardise. Nos ranges comptent aussi des mouvements de citoyens, notamment des mouvements de jeunes, des mouvements de femmes. Nous avons aussi une floraison remarquable de groupements religieux\u00a0: les principales \u00c9glises protestantes, des kimbanguistes, des religions minoritaires au Congo, beaucoup d\u2019\u00c9glises ind\u00e9pendantes, les musulmans du Congo.<br \/>\nLe groupe de jeunes cadres issus de la diaspora est \u00e9galement tr\u00e8s important. Et beaucoup de ces jeunes cadres ont r\u00e9ussi, avec le label du Front, \u00e0 s\u2019inscrire sur les listes \u00e9lectorales en vue des l\u00e9gislatives. Beaucoup de jeunes, cela veut dire qu\u2019on va assister \u00e0 un probable rajeunissement et et renouvellement des \u00e9lus, ce qui serait une tr\u00e8s bonne chose.<br \/>\nPour f\u00e9d\u00e9rer toutes ces personnes et tous ces mouvements, il a fallu concevoir une vision commune. Cette vision commune, c\u2019est le pr\u00e9sident Kabila et son \u00e9quipe qui l\u2019ont \u00e9labor\u00e9e et d\u00e9clin\u00e9e en un certain nombre de principes\u00a0: le principe de l\u2019ind\u00e9pendance et de la souverainet\u00e9 nationale\u00a0; le principe de la ma\u00eetrise des ressources du Congo\u00a0; le besoin imp\u00e9ratif de faire \u00ab\u00a0\u00e9merger\u00a0\u00bb le Congo\u00a0; le refus de l\u2019ing\u00e9rence. Mais aussi le principe de solidarit\u00e9 agissante entre les Congolais, pas la charit\u00e9 mais la solidarit\u00e9 sociale\u00a0; la question de la la\u00efcit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens quelle que soit leur religion ou leur absence de religion.<br \/>\nEt aussi l\u2019engagement de tous \u00e0 \u00ab\u00a0soutenir une seule candidature \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle\u00a0\u00bb et l\u2019effort conjugu\u00e9 de tous pour disposer de la majorit\u00e9 parlementaire.<br \/>\nSur cette base l\u00e0, je peux dire que ce fameux 14\u00a0juillet 2018, les gens \u00e9taient tr\u00e8s heureux de signer enfin cette charte. On a l\u2019impression d\u2019avoir retrouv\u00e9 le temps o\u00f9 les Congolais s\u2019organisaient en masse dans la fraternit\u00e9 pour combattre les m\u00eames ennemis et commencer \u00e0 construire ensemble le pays.<\/p>\n<blockquote><p>Je pense que le processus de remplacement de la vieille classe politique a bel et bien commenc\u00e9, tr\u00e8s largement gr\u00e2ce au FCC<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Un moment d\u00e9cisif pour le FCC a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9lection du candidat pour les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Avec Ramazani Shadari, on a choisi un compagnon de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila. Cela vous a-t-il \u00e9tonn\u00e9 que Joseph Kabila ne soit pas candidat\u00a0? Et comment est-on parvenu \u00e0 ce choix\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai toujours pens\u00e9 que le pr\u00e9sident Kabila ne se repr\u00e9senterait pas. Il l&rsquo;avait clairement d\u00e9clar\u00e9 depuis longtemps d\u00e8s apr\u00e8s son \u00e9lection en 2006. Et il a tenu parole, chapeau !<br \/>\nUne fois le FCC cr\u00e9\u00e9, on s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 un exercice de d\u00e9mocratie et organis\u00e9 une sorte de \u00ab primaires \u00bb.. Le pr\u00e9sident a re\u00e7u en priv\u00e9 chacun des groupes politiques constituant le FCC. Il a d\u2019abord d\u00e9fini le profil du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il a pr\u00e9cis\u00e9 les onze qualit\u00e9s du futur pr\u00e9sident, qualit\u00e9s discut\u00e9es et d\u00e9termin\u00e9es auparavant. Il a demand\u00e9 \u00e0 chaque groupe de lui proposer quatre noms de candidats (deux femmes et deux hommes). \u00c0 ce jour, j\u2019ignore quels noms ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s, ce qui constitue une discr\u00e9tion et une discipline exceptionnelles dans le monde politique congolais. Dans les autres familles politiques, c\u2019est presque toujours le d\u00e9sordre qui r\u00e8gne\u00a0: candidatures multiples, discordes, ruptures, chacun jouant finalement sa propre carte. Avec le r\u00e9sultat que l\u2019on sait\u00a0: 23 candidats pr\u00e9sidentiels, avant le nettoyage op\u00e9r\u00e9 par la CENI (Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante). Un record mondial sans doute\u00a0!<br \/>\nIl faudra se battre pour que ces \u00e9lections aient bien lieu\u00a0: en effet, tout est fait pour qu\u2019on trouve un nouvel arrangement permettant \u00e0 chacun de trouver une place \u00e0 la table du pouvoir. Une partie de la bourgeoisie d\u2019\u00c9tat congolaise s\u2019acharne \u00e0 rester ind\u00e9finiment au pouvoir. Plut\u00f4t que d\u2019organiser de vraies \u00e9lections qui installeraient au pouvoir des femmes et des hommes appartenant \u00e0 un parti ou \u00e0 une majorit\u00e9 clairement identifi\u00e9e, on multiplie les pr\u00e9textes, accusations, incidents, voire violences pour que les \u00e9lections n\u2019aient pas lieu. Des arrangements et des combinaisons douteuses permettraient alors \u00e0 tous les groupes et forces politiques de participer au pouvoir, pouvoir, comme en 2003 (formule 1+4), (2013 et 2017 entr\u00e9e<br \/>\nd\u2019\u00ab opposants \u00bb au gouvernement). Beaucoup pr\u00e9f\u00e8rent que tout le monde soit \u00ab\u00a0ensemble\u00a0\u00bb. Et on sait que quand tout le monde est \u00ab\u00a0ensemble\u00a0\u00bb, c\u2019est le pire pour le Congo. C\u2019est alors que l\u2019exploitation d\u00e9sordonn\u00e9e et incontr\u00f4l\u00e9e des ressources atteint son maximum et que les d\u00e9tournements deviennent la r\u00e8gle. Au contraire, chaque fois qu\u2019on dispose d\u2019un gouvernement l\u00e9gitime relativement fort, appuy\u00e9 sur une majorit\u00e9 claire et stable, li\u00e9e par des engagements contraignants comme ceux qui lient les membres du FCC, on peut mener enfin une vraie politique, fond\u00e9e sur des choix clairs et s\u2019inscrivant dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_11021\" aria-describedby=\"caption-attachment-11021\" style=\"width: 900px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-11021\" src=\"https:\/\/lavamedia.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/kisangani-straat-900x600.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"600\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-11021\" class=\"wp-caption-text\">Kisangani.<br \/>photo : Bendele Ekweya Te<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>On trouve aussi dans le FCC une partie importante de cette classe politique que vous d\u00e9crivez comme faisant partie du syst\u00e8me n\u00e9ocolonial. Ne va-t-elle pas saboter cette strat\u00e9gie de r\u00e9partition des richesses\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que le processus de remplacement de la vieille classe politique a bel et bien commenc\u00e9, tr\u00e8s largement gr\u00e2ce au FCC. Les v\u00e9t\u00e9rans, trop souvent incapables de se conformer \u00e0 la discipline convenue dans le cadre du FCC, courent le risque de se discr\u00e9diter, exactement au moment o\u00f9 beaucoup de jeunes, souvent issus des nombreuses associations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, se sont inscrits sur les listes \u00e9lectorales nationales et, surtout, provinciales.<\/p>\n<p><strong>On a aussi beaucoup parl\u00e9 du r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise et de la Conf\u00e9rence \u00e9piscopale nationale du Congo, la CENCO. Comment voyez-vous le r\u00f4le que joue la CENCO\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Selon moi, le r\u00f4le des institutions religieuses dans la vie sociale et politique congolaise constitue un v\u00e9ritable probl\u00e8me, une sorte de bombe \u00e0 retardement. Apr\u00e8s une longue s\u00e9rie de d\u00e9chirements, les Congolais ont finalement appris \u00e0 vivre ensemble. Cette qu\u00eate de la paix civile se manifeste clairement sur le plan religieux. L\u2019article 1 de la Constitution dispose que \u00ab\u00a0la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo est, dans ses fronti\u00e8res du 30\u00a0juin 1960, un \u00c9tat de droit, ind\u00e9pendant, souverain, uni et indivisible, social, d\u00e9mocratique et la\u00efc\u00a0\u00bb. Pour moi, c\u2019est cela, la base de notre consensus national. Cette disposition fondamentale veut dire que l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas de religion, que chaque citoyen est libre d\u2019avoir ou de ne pas avoir de religion et qu\u2019il n\u2019y a aucune religion qui l\u2019emporte sur une autre. Or, l\u2019un des faits dominants des deux ou trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, c\u2019est la diffusion rapide, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et profonde de la religiosit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 congolaise. Cette prolif\u00e9ration des \u00c9glises va de pair avec l\u2019id\u00e9e selon laquelle \u00ab\u00a0si vous avez des probl\u00e8mes de quelque nature que ce soit, c\u2019est parce que vous avez oubli\u00e9 Dieu\u00a0\u00bb. Une propagande dangereuse qui d\u00e9responsabile tout le monde, et les individus et l\u2019Etat.<br \/>\nLes \u00c9glises sont libres de s\u2019organiser en respectant la loi. Et l\u2019\u00c9tat est ind\u00e9pendant des \u00c9glises. Or, quand on observe notre sc\u00e8ne politique, ce n\u2019est pas ce qui se passe. Au plan institutionnel, la la\u00efcit\u00e9 proclam\u00e9e de l\u2019\u00c9tat est contredite dans les faits par le maintien des privil\u00e8ges reconnus \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique depuis la signature de la \u00ab\u00a0Convention\u00a0\u00bb (une sorte de concordat, sign\u00e9 en 1906 entre l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo \u2012 l\u2019anc\u00eatre juridique de la RDC \u2012 et le Vatican), un texte qui reste la base des relations entre l\u2019\u00c9tat et l\u2019\u00c9glise catholique en RDC.<br \/>\nLa CENCO est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de cette longue histoire qui pose tout de m\u00eame de grosses questions. Est-il normal que l\u2019\u00c9glise catholique jouisse d\u2019un statut diff\u00e9rent de celui des autres religions\u00a0? Qu\u2019elle re\u00e7oive des subventions de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019elle pr\u00e9tende rendre des services particuliers \u00e0 l\u2019\u00c9tat\u00a0? Qu\u2019elle pr\u00e9tende s\u2019instituer comme l\u2019interlocuteur privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00a0? Que le Vatican continue de jouer et pr\u00e9tende jouer un r\u00f4le sp\u00e9cial dans la vie politique congolaise\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Pourquoi trouvez-vous cette situation dangereuse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que nous devons \u00e9viter toute d\u00e9rive vers des guerres de religion. Il existe aujourd\u2019hui des \u00ab\u00a0religions du r\u00e9veil\u00a0\u00bb, comme on dit, qui ne supportent absolument pas l\u2019\u00c9glise catholique \u00e0 cause de son r\u00f4le ambigu et controvers\u00e9 dans l\u2019histoire du Congo. Dans d\u2019autres \u00c9glises, l\u2019id\u00e9e de la souverainet\u00e9, de l\u2019ind\u00e9pendance et de la prise en charge du Congo par les Congolais est tr\u00e8s clairement \u00e9nonc\u00e9e. Par exemple, dans l\u2019\u00c9glise kimbanguiste, qui est en quelque sorte notre \u00c9glise nationale et dont le proph\u00e8te Simon Kimbangu et ses premiers fid\u00e8les, victimes d\u2019une r\u00e9pression coloniale inou\u00efe, sont morts pour notre ind\u00e9pendance. En RDC, les \u00c9glises protestantes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 directement associ\u00e9es \u00e0 la colonisation belge, elles en ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 les premiers adversaires d\u00e8s les ann\u00e9es 1890. Donc, leur cr\u00e9dit m\u00e9moriel et social est beaucoup plus positif que celui de l\u2019\u00c9glise catholique.<br \/>\nIl existe aussi un islam congolais, diabolis\u00e9 par la propagande europ\u00e9enne au nom de la lutte contre l\u2019esclavagisme, comme si la d\u00e9portation massive des Congolais \u00e0 travers l\u2019Atlantique n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre des nations chr\u00e9tiennes europ\u00e9ennes.<br \/>\nDes affrontements verbaux existent d\u00e9j\u00e0, des affrontements id\u00e9ologiques ou th\u00e9ologiques commencent aussi \u00e0 affleurer. Donc, pour \u00e9viter toutes ces d\u00e9rives incontr\u00f4lables, il vaudrait mieux que l\u2019\u00c9glise catholique se retire de la sc\u00e8ne politique. Et que la CENCO ne se consid\u00e8re plus comme l\u2019arbitre l\u00e9gitime, encore moins exclusif, d\u2019un jeu politique tr\u00e8s complexe qui n\u2019est pas seulement celui des catholiques.<br \/>\nLe Front commun pour le Congo prend ce danger tr\u00e8s au s\u00e9rieux. C\u2019est la raison pour laquelle au moment o\u00f9 il pr\u00e9sentait Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat, le ministre de la Communication et des M\u00e9dias a tenu \u00e0 ironiser\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un chr\u00e9tien pratiquant et tous ses enfants le sont aussi\u00a0\u00bb. Comme \u00e7a, on va ne pas discuter de cela.<\/p>\n<p><strong>Vous avez pris un engagement politique en tant qu\u2019acad\u00e9micien. Pourquoi avez-vous fait cela\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La question du positionnement des intellectuels au Congo est un vrai probl\u00e8me. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019ind\u00e9pendance, il y avait peu d\u2019intellectuels form\u00e9s et on leur a fait croire qu\u2019ils \u00e9taient en dehors du champ politique\u00a0: ils avaient juste la possibilit\u00e9 de proposer une expertise. Ces intellectuels-experts sont devenus des sortes de wagons qu\u2019on pouvait accrocher \u00e0 n\u2019importe quel train. On l\u2019a vu avec les \u00ab\u00a0commissaires g\u00e9n\u00e9raux\u00a0\u00bb (le coll\u00e8ge des \u00ab\u00a0commissaires g\u00e9n\u00e9raux\u00a0\u00bb install\u00e9 par Mobutu le 19\u00a0septembre 1960 pour remplacer le gouvernement de Lumumba et compos\u00e9 par des \u00e9tudiants et des universitaires). Ces intellectuels-experts ne doivent pas prendre de position politique claire\u00a0; ils doivent servir le pouvoir en place, quel qu\u2019il soit.<br \/>\nMoi, je pense qu\u2019il faut se d\u00e9clarer dans la lutte et ne pas attendre la sortie du vainqueur, les bras lev\u00e9s, pour offrir ses services. Je pense que si nous optons pour cette posture, cela va introduire de la clart\u00e9 dans le jeu politique congolais. En ce qui me concerne, par exemple, cela veut dire que si le Front perdait les \u00e9lections \u2012 ce que je ne crois pas \u2012, je ne me rallierais en aucune mani\u00e8re \u00e0 l\u2019autre camp. Ce qui, h\u00e9las, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas au Congo. On a vu des mobutistes devenir kabilistes, de soi-disant \u00ab\u00a0opposants\u00a0\u00bb, parfois arm\u00e9s, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 changer de camp, le plus souvent bruyamment, quitte \u00e0 rentrer ensuite dans l\u2019opposition\u00a0! Il se cr\u00e9e donc un v\u00e9ritable vagabondage, une sorte de prostitution des intellectuels qui d\u00e9cr\u00e9dibilise compl\u00e8tement les \u00ab \u00e9lites \u00bb aux yeux des citoyens de base. J\u2019en viens donc \u00e0 affirmer qu\u2019il faut pr\u00e9ciser dans quel camp on se situe pendant la lutte \u00e9lectorale, pour quelle politique on prend parti et pourquoi.<\/p>\n<blockquote><p>Je pense qu\u2019il faut se d\u00e9clarer dans la lutte et ne pas attendre la sortie du vainqueur, les bras lev\u00e9s, pour offrir ses services<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019engagement politique, m\u00eame au Congo, ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une affaire d\u2019int\u00e9r\u00eat personnel. La question est de d\u00e9noncer clairement le fait que les fabuleuses ressources du Congo aiguisent les app\u00e9tits des grands capitaines d\u2019industrie du monde. Pour enfin r\u00e9aliser notre r\u00eave d\u2019ind\u00e9pendance, nous devons construire et assurer l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9mergence\u00a0\u00bb du Congo. Celle-ci passe, entre autres, par la ma\u00eetrise nationale de nos ressources. Il faut en finir avec l\u2019exploitation sauvage et incontr\u00f4l\u00e9e de nos ressources mini\u00e8res qui a trop longtemps pourri les classes politiques congolaises. Si on n\u2019a pas une strat\u00e9gie claire de d\u00e9veloppement, on ne s\u2019en sortira pas. Chez nous au Congo, cette strat\u00e9gie claire \u00e9tait celle de Lumumba et de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila. C\u2019est elle qui nous permettra de cr\u00e9er des emplois, de r\u00e9partir et de redistribuer de mani\u00e8re \u00e9quitable et f\u00e9conde les ressources du pays. Toutes ces ambitions et les conditions de leur r\u00e9alisation sont clairement \u00e9nonc\u00e9es dans le programme du Front commun pour le Congo en face duquel se trouvent, pour l\u2019essentiel, des candidats autoproclam\u00e9s et des politiciens au rancart.<br \/>\nIl y a des acad\u00e9miciens qui ont choisi le camp adverse. N\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 un adepte du parti unique, je trouve cela tr\u00e8s bien. \u00c0 chacun ses choix. Mon camp, c\u2019est le camp de l\u2019ind\u00e9pendance, c\u2019est le camp de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme, c\u2019est le camp du refus des ing\u00e9rences et c\u2019est le camp de la solidarit\u00e9 nationale et de la justice sociale.<\/p>\n<h2>Annex<\/h2>\n<p><strong><em>Situation sociale en RDC<\/em><\/strong><br \/>\nApr\u00e8s 85\u00a0ann\u00e9es de colonialisme, 36\u00a0ann\u00e9es de dictature n\u00e9ocoloniale, 5\u00a0ann\u00e9es de guerre ouverte et 15\u00a0ann\u00e9es de guerre larv\u00e9e, le peuple congolais est l\u2019un des peuples les plus pauvres du monde, dans l\u2019un des pays les plus riches en ressources naturelles indispensables pour la croissance de l\u2019\u00e9conomie mondiale et pour le d\u00e9veloppement. Selon le Mineral Comodities Summaries, \u00e9dit\u00e9 par le gouvernement \u00e9tasunien en 2018, le pays poss\u00e8de 60\u00a0% des r\u00e9serves mondiales de cobalt (indispensable pour la fabrication des voitures \u00e9lectriques), 12\u00a0% des r\u00e9serves de diamant, 16\u00a0% des r\u00e9serves de zinc, etc.<br \/>\nAu contraire, dans le classement des Nations unies des pays selon leur produit national brut (PNB) par habitant, le Congo se trouve \u00e0 la 183e place sur 193 pays. Sur les 75\u00a0millions d\u2019hectares de terres arables, il n\u2019y en a que 10 millions qui sont cultiv\u00e9es. Le secteur agricole au Congo ne peut fournir que 75\u00a0% des besoins du pays. Chaque ann\u00e9e, il y a pour environ un milliard de $ d\u2019importations de produits alimentaires.<\/p>\n<p><strong><em>Aper\u00e7u des partis de l\u2019opposition les plus importants<\/em><\/strong><br \/>\n<strong>G7\u00a0<\/strong>: l\u2019opposition consid\u00e9r\u00e9e comme la plus radicale. C\u2019est un groupe de sept partis parmi lesquels quelques anciens membres du parti de Kabila r\u00e9unis autour de Mo\u00efse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, et de Pierre Lumbi, ancien conseiller \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 du pr\u00e9sident Kabila. Tous les dirigeants de ces sept partis ont occup\u00e9 des postes importants dans les gouvernements congolais jusqu\u2019en septembre 2015.<\/p>\n<p>L\u2019<strong>UPDS\u00a0<\/strong>: le parti d\u2019\u00c9tienne Tshisekedi, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en f\u00e9vrier 2017, et dirig\u00e9 actuellement par F\u00e9lix, son fils, candidat pr\u00e9sident pour l\u2019UDPS. \u00c9tienne Tshisekedi a fait partie du gouvernement et de l\u2019appareil \u00e9tatique de Mobutu, de 1960 jusqu\u2019en 1980. Lorsqu\u2019on entama en Occident un d\u00e9bat sur l\u2019apr\u00e8s-Mobutu, \u00c9tienne Tshisekedi fonda avec douze autres parlementaires un parti d\u2019opposition, s\u2019affichant comme un opposant \u00ab\u00a0radical\u00a0\u00bb \u00e0 Mobutu. Juste avant la chute de la dictature, il se r\u00e9concilia avec Mobutu dont il sera pendant quelques jours le Premier ministre\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019<strong>UNC\u00a0<\/strong>: dirig\u00e9e par Vital Kamerhe, ex-secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PPRD, le parti de Joseph Kabila, entre 2004 et 2007. Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale en 2007, il le restera jusqu\u2019en f\u00e9vrier 2009. Kamerhe restera dans le PPRD jusqu\u2019aux \u00e9lections 2011, en se profilant en m\u00eame temps comme opposant \u00e0 Kabila. Kamerhe a \u00e9crit Les Fondements de la politique transatlantique de la RDC, livre dans lequel il plaide pour une alliance tricontinentale entre l\u2019Afrique, le continent am\u00e9ricain et l\u2019Europe. Il y loue aussi l\u2019OTAN comme \u00e9tant un m\u00e9canisme de s\u00e9curit\u00e9 qui fait de l\u2019espace Atlantique Nord \u00ab\u00a0une zone de paix\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le <strong>MLC <\/strong>de Jean-Pierre Bemba, fils d\u2019un homme d\u2019affaires proche de Mobutu devenu millionnaire gr\u00e2ce aux \u00ab\u00a0za\u00efrianisations\u00a0\u00bb. Deux mois apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la guerre d\u2019agression rwando-ougandaise contre la RDC, Bemba fonde un mouvement militaire qui, avec l\u2019appui de l\u2019arm\u00e9e ougandaise, occupe le nord du pays. Suite aux accords de 2003, il devient vice-pr\u00e9sident, responsable pour les affaires \u00e9conomiques. Le MLC devient un parti politique officiel. Bemba perd le deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections en 2006 (avec 42\u00a0% des votes contre 58\u00a0% pour Kabila). Son refus de d\u00e9sarmer les restants de sa milice am\u00e8ne des combats de rue \u00e0 Kinshasa, occasionnant des centaines de morts. Il sera arr\u00eat\u00e9 en Belgique en mai 2008, accus\u00e9 devant la Cour p\u00e9nale internationale de crimes de guerre. Condamn\u00e9 en 2014, il sera acquitt\u00e9 en juin 2018. N\u00e9anmoins, sa condamnation pour subornation de t\u00e9moins sera confirm\u00e9e, raison pour laquelle la Commission \u00e9lectorale rejette sa candidature aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du Congo n\u2019est pas une \u00e9ternelle descente en enfer selon l\u2019historien Elikia Mbokolo. Il offre une vision rafra\u00eechissante sur un pays dont on parle souvent, mais qu&rsquo;on \u00e9coute rarement.<\/p>\n","protected":false},"author":948,"featured_media":11031,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[22],"tags":[3251,460,3318],"class_list":["post-11011","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interview-fr","tag-histoire","tag-imperialisme-fr","tag-tony-busselen"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11011","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/948"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11011"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11011\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":39359,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11011\/revisions\/39359"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11031"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavamedia.be\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}